samedi 29 mai 2010

Martigny: des délinquants comme les autres ou des criminels étrangers ?

L'origine des auteurs de la fusillade de dimanche dernier monopolise l'attention. La police et les médias doivent-ils systématiquement dévoiler la nationalité des auteurs de délits? Un article de Simon Petite dans le Courrier.
Un mort, deux blessés, pour sept coups de feu tirés. Voilà le bilan tragique de la fusillade entre deux groupes – des «ressortissants serbes» d'un côté et des «Portugais du Cap-Vert» de l'autre – le dimanche de Pentecôte en plein centre de Martigny. Pas sûr que l'histoire ferait couler autant d'encre si les acteurs impliqués étaient Suisses. Car le débat sur la criminalité étrangère est brûlant. La semaine prochaine, le parlement se prononcera sur l'initiative de l'Union démocratique du centre (UDC) dite des moutons noirs visant à généraliser l'expulsion des criminels étrangers. L'UDC valaisanne a d'ailleurs aussitôt réclamé la révocation du titre de séjour des personnes impliquées dans la fusillade, tout comme Christophe Darbellay, le président du PDC-Suisse, partisan, lui, d'un contre-projet un peu plus modéré.
«Par transparence»
C'est la police valaisanne qui a immédiatement communiqué les nationalités des protagonistes par «transparence», selon le chef de l'information et de la prévention Jean-Marie Bornet. Les choses ne se seraient pas passées différemment dans un autre canton. Même le chef de la sûreté neuchâteloise Olivier Guéniat, qui conteste vigoureusement tout lien entre la nationalité et la criminalité1, s'est rangé à cette pratique. «Si un communiqué ne mentionne pas la nationalité des auteurs d'un délit, on est assailli de téléphones de journalistes. Si on cachait cette information, les médias finiraient par la découvrir. Autant dire les choses tout de suite», explique-t-il, un brin fataliste.
Sexe, âge et couleur du passeport. «La police, dans le feu de l'action, est condamnée à communiquer sur des éléments factuels», estime M. Guéniat. Même si, selon lui, ce sont l'environnement dans lequel vit un individu, son contexte familial ou ses perspectives d'intégration qui déterminent le passage à l'acte. «C'est la justice qui établira un profil plus complet. Je ne crois pas qu'on puisse mener une réflexion sur la complexité de la criminalité en traitant à chaud d'un fait divers.»
Le fait que la police donne systématiquement la nationalité des auteurs de délits n'oblige pas les médias à en faire autant. Mais depuis dix ans, les mentalités ont beaucoup évolué. Auparavant, la mention de la couleur du passeport constituait l'exception. C'est maintenant devenu la règle.
Médiateur pour les publications d'Edipresse, Daniel Cornu en témoigne: «J'étais personnellement très réticent. Aujourd'hui, je crois qu'il faut évaluer l'intérêt en termes d'information au cas par cas et donner la nationalité de toutes les personnes, et pas seulement celle des étrangers. En revanche, je reste opposé à la mention de l'origine. Un Suisse naturalisé est un Suisse à part entière. Le ramener à ses origines, c'est nier sa naturalisation. Personne ne remet en cause la nationalité des joueurs de l'équipe suisse de football.»
Mentionner la nationalité, mais pas de façon discriminatoire, c'est aussi la doctrine du Conseil suisse de la presse, l'organe chargé du respect des règles déontologiques de la profession. Son président Dominique von Burg estime que «pour les événements de Martigny, il y avait un intérêt public à révéler la nationalité des uns et des autres. Car, qu'on le veuille ou non, la question des criminels étrangers est très présente dans le débat politique. Il vaut mieux dire les choses et les expliquer. Les non-dits sont beaucoup plus insidieux.»
Lecture biaisée
Les avis sont plus critiques du côté des instances de lutte contre le racisme. «Dans la plupart des cas rapportés dans les médias, la mention de la nationalité ne se justifie pas. Elle n'apporte rien en termes d'explication du contexte et ne fait que renforcer les préjugés», analyse Sabine Simkhovitch-Dreyfus. La vice-présidente de la Commission fédérale contre le racisme craint que la mention des origines des auteurs de délits prenne une place de plus en plus importante.
Karl Grünberg, de l'association Acor SOS Racisme, est totalement opposé à la publication de la nationalité. «Elle ne constitue pas une information en soi. Je constate seulement qu'en Suisse la généralisation de cette pratique a renforcé la croyance dans une délinquance à caractère ethnique ou racial.» Le cas de Martigny serait révélateur. «La focalisation sur l'origine des protagonistes fait croire à un conflit entre communautés», affirme le militant. Or aucun élément ne confirme cette version. Et la police valaisanne n'était jamais intervenue pour une bagarre entre «Serbes» et «Portugais du Cap Vert».

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Le chemin de l’information

Le drame de Martigny a été confirmé par un communiqué de la police valaisanne dès le lendemain des événements. Il est d'emblée fait mention de l'origine des acteurs impliqués: d'un côté, «des Portugais du Cap-Vert» et de l'autre «des ressortissants de l'ex-Yougoslavie». Quelques heures plus tard, un second communiqué précise qu'il s'agit de «Serbes» et de «Capverdiens».
Ces éléments ont été repris plus ou moins fidèlement dans tous les médias, y compris dans ces colonnes. Ressortissants des Balkans à lire les uns, Serbes, voire Kosovars, pour les autres. Quant à l'auteur présumé du coup de feu fatal, sa nationalité portugaise a rapidement disparu des comptes rendus et a été remplacée par sa seule origine capverdienne.
Le chef de l'information et de la prévention de la police valaisanne, Jean-Marie Bornet, explique avoir communiqué l'origine capverdienne des ressortissants portugais «parce qu'elle était explicitement mentionnée sur leurs papiers». Pour l'autre groupe, la police s'est contentée de la couleur de leur passeport. Interrogé sur son lit d'hôpital par Le Matin, l'un des deux blessés de nationalité serbe a affirmé faire partie de la minorité albanophone de ce pays. Il dit être arrivé en Suisse à l'âge de six mois.

SPE dans le Courrier

La Cimade dénonce des contrôles à proximité de ses locaux

Le Cimade et l'association Casas ont manifesté hier devant leurs locaux, à Strasbourg, pour dénoncer une "chasse aux sans papiers facile et sans dangers". Les deux associations, qui épaulent les demandeurs d'asile, se plaignent de contrôles d'identité "quasi-quotidiens" menés par la police aux frontières "au niveau de l'arrêt de tram Porte de l'hôpital", donc à deux pas de leur porte.

"Les gens nous sollicitent soit par téléphone, soit par Internet, parce qu'ils ont peur d'être contrôlés", raconte Françoise Poujoulet, déléguée de la Cimade pour les régions Alsace et Lorraine : "Dans ces conditions, on ne peut pas leur apporter le même type d'aide, parce que cela complique les choses pour la transmission des pièces et parce que cela empêche la relation interpersonnelle de confiance de se créer".
Les associations ont écrit en septembre 2009 au préfet du Bas-Rhin pour dénoncer ces "entraves à (leur) travail" et lui demander de donner "les instructions nécessaires pour que ces pratiques cessent". Depuis, elles n'ont pas reçu de réponse.
Ce samedi, à 14h, un autre rassemblement aura lieu place Broglie à l'initiative du Réseau éducation sans frontières, pour protester contre la fin de l'hébergement d'urgence de familles étrangères demandeuses d'asile en attente de réadmission vers la Pologne, leur pays d'entrée dans l'UE. RESF affirme qu'une "centaine de personnes seront mises à la rue à partir du 31 mai".

T.C. sur LibéStrasbourg

Mobilisation autour de la loi anti-clandestins en Arizona

Des milliers de personnes venues de tout les Etats-Unis par bus ont défilé samedi devant le capitole de l'Arizona à Phoenix, pour protester contre une nouvelle loi de lutte contre l'immigration clandestine qui doit entrer en vigueur le 29 juillet dans cet Etat frontalier du Mexique.

Les marcheurs portant des pancartes, des bannières et des drapeaux américains et mexicains ont emplis les huit kilomètres de l'artère centrale de Phoenix. Des dizaines de policiers les encadraient, et des hélicoptères tournaient au-dessus de la foule. Les protestataires ont entonné "si se puede", un équivalent espagnol de "Yes we can", la formule de Barack Obama.

La police n'a pas donné d'estimation du nombre des manifestants, mais il semble que 10 à 20.000 personnes aient bravé la chaleur cuisante. Les organisateurs en attendaient 50.000. Certains se faisaient de l'ombre avec leur pancarte ou des parapluies, et des bénévoles distribuaient de l'eau en bouteille aux marcheurs. Une vingtaine de personnes ont été traitées pour des insolations.

Quelques 300 personnes opposées au texte se sont retrouvées autour du Capitole d'Austin au Texas, et autant devant l'ambassade des Etats-Unis au Mexique, pour réclamer la régularisation des clandestins mexicains travaillant aux Etats-Unis.

Des Américains favorables au projet se sont en revanche prononcés pour des achats de produits en provenance de l'Arizona, suggérant d'aller passer des vacances sur place pour soutenir l'Etat qui résiste aux injonctions du pouvoir central. Ils étaient réunis dans un stade de football à Tempe, et certains comme Gina Loudon de St. Louis se comparaient aux défenseurs de Fort Alamo contre les Mexicains.

Les détracteurs du projet de loi affirment qu'il vise injustement les Hispaniques et pourrait mener à des interpellations motivées par la couleur de peau. Ses partisans affirment que l'Arizona doit agir parce que le gouvernement fédéral ne le fait pas, alors que cela relève de ses prérogatives.

AP dans le Nouvel Obs

vendredi 28 mai 2010

“Y’a bon awards 2010”: le palmarès

Jeudi 27 mai avait lieu à la Bellevilloise, à Paris, la cérémonie de remise des « Y'a bon awards » 2010, deuxième cuvée de la manifestation parodique, dont Rue89 est partenaire, organisée par l'association Les Indivisibles. Durant un peu plus de deux heures trente, s'est égrainée une litanie de sorties racistes dans l'espace public, et surtout médiatique. Palmarès de la compétition.

Ce chapelet un peu halluciné a permis d'exhumer sur grand écran -vidéo à l'appui le plus souvent- des dizaines de rictus xénophobes, « essentialistes », plus ou moins triviaux. Parmi ceux-là, neuf ont tiré leur épingle de ce jeu désarmant.

La suite, en vidéos et citations éloquentes, sur le site de Rue89

Même privés d’argent, des requérants déboutés restent en Suisse

Une étude commandée par l’Office fédéral des migrations démontre que la suppression de l’aide sociale n’est pas aussi efficace qu’attendu.

C’est un héritage de l’ère Blocher: depuis le 1er janvier 2008, tous les requérants d’asile déboutés sont privés d’aide sociale, et plus seulement ceux frappés d’une décision de non-entrée en matière. La mesure était censée s’avérer dissuasive, et pousser ceux qui ne bénéficient que d’une aide d’urgence à quitter plus rapidement la Suisse. Or elle ne l’est pas autant qu’espéré. C’est ce qui se lit entre les lignes d’une étude commandée par l’Office fédéral des migrations (ODM).

Dans son communiqué, l’ODM préfère voir le verre à moitié plein. Il souligne que la moitié des personnes déboutées ne recourent pas à l’aide d’urgence et quittent la Suisse, et que «seuls 15%» continuent à la percevoir au bout d’un an. Mais cela signifie également que près de 50% restent en Suisse, sans forcément revendiquer cette aide minimale garantie par la Constitution – environ 8 francs par jour, un toit et des soins médicaux si nécessaire. La situation inquiète les cantons, compétents en matière d’exécution des renvois. Ils reçoivent de la Confédération un forfait de 6000 francs par requérant débouté pour les coûts liés à l’aide d’urgence, mais passent à la caisse dès que ce montant est dépassé.

Interdites de travail, peinant à s’intégrer et sans le sou, ces personnes vivent dans des conditions très précaires. Du coup, des privés et œuvres d’entraide viennent à leur secours. «Le soutien des sociétés civiles et des partis politiques apporté aux requérants a tendance à accroître la durée de séjour des bénéficiaires de l’aide d’urgence», souligne l’étude.

«Une idéologie de répression»

D’autres facteurs sont mis en avant. Comme le fait que les renvois ne peuvent pas toujours être exécutés: certains pays rechignent à reprendre leurs ressortissants. Recourir à l’aide d’urgence est aussi pour certains un scénario moins rebutant que le retour dans leur pays d’origine. Que faire face à un pareil casse-tête? Selon l’étude, les cantons peuvent agir à deux niveaux: en «mêlant judicieusement mesures incitatives et sanctions en ce qui concerne le régime de l’aide d’urgence et en intensifiant leurs efforts en vue de l’exécution des renvois». Elle souligne qu’il est d’une «importance capitale de disposer d’un nombre suffisant de places de détention, de bénéficier d’une certaine disponibilité pour les opérations policières et d’avoir la possibilité de transférer des personnes en vue de leur identification». Un groupe de travail va se pencher sur les solutions à apporter.

Pour l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés, «cette idéologie de répression, qui ne tient pas compte des personnes vulnérables, ne change rien». «Il est irresponsable de pousser ces personnes dans une situation de précarité sans respecter la dignité humaine», commente le porte-parole Adrian Hauser.

Valérie de Graffenried dans le Temps

Asile: aide sociale supprimée “efficace”

asile aide sociale

Sur txt.ch

Immigration: les gens de Québec encore frileux

Même si les milieux politiques et économiques de Québec comptent sur les immigrants pour assurer la croissance de la région et occuper les nombreux emplois vacants, la population de la capitale demeure craintive par rapport aux nouveaux venus, surtout lorsqu'ils sont «visibles». Un article signé Baptiste Ricard-Châtelain dans le Soleil de Québec, relayé par Cyberpresse.

«Il y a encore des résistances liées à l'ignorance», observe la directrice du Centre multiethnique de Québec, Dominique Lachance. «Il y a une adhésion qui doit se faire.»

Les institutions ont embarqué dans le train de l'immigration, mais les résidants seraient encore sur le quai à se demander s'ils veulent vraiment monter dans les wagons remplis de visages multicolores.

L'arrivée récente de réfugiés birmans a d'ailleurs suscité de vives réactions au sein de la communauté. Une nouveauté pour l'équipe du Centre multiethnique, qui a reçu, pour la première fois, des courriels et des appels troublants : «Il y a une peur.»

Il faudra bien que les récalcitrants s'adaptent parce que la capitale est la principale destination des réfugiés admis au Québec. D'ailleurs, plusieurs groupes de Bhoutanais réfugiés au Népal s'installeront au cours des prochaines années. Et une vague de réfugiés de l'Irak est attendue d'ici l'automne.

Surpris par le constat de Mme Lachance? Vous nous pensez accommodants? Au moins 30 % des propriétaires d'immeubles de logements de la région refusent catégoriquement d'héberger des immigrants réfugiés, critique Hélène Gosselin, l'employée du Centre multiethnique, qui a la difficile tâche de dénicher de grands logements abordables pour les familles débarquant à Québec. «De la couleur icitte, j'en veux pas», se fait-elle souvent lancer par ces locateurs. Leurs noms sont dès lors consignés sur la liste noire...

«On a une liste de propriétaires avec lesquels on ne fait pas affaire», insiste la directrice Dominique Lachance. Résultat : les réfugiés sont regroupés au centre-ville ainsi que dans le secteur Vanier et Limoilou, où l'accueil serait plus jovial. «On n'a pas le choix, quand on trouve des propriétaires ouverts, de "concentrer" [même si] ça va contre nos principes.»

Un demi-siècle d'accueil

Il y a 50 ans, les immigrants étaient reçus à la gare centrale de Québec par de riches femmes anglophones et une tasse de thé!

L'accueil des immigrants a bien évolué depuis la naissance, en 1960, de la Fraternité canadienne, l'ancêtre du Centre multiethnique de Québec.

«On n'utilise plus le Carnaval et la cabane à sucre!» rigole la directrice, Dominique Lachance.

À l'époque, ces activités étaient inscrites au parcours d'intégration typique, avec le concours de bonnets de la Sainte-Catherine et la kermesse gastronomique organisée une semaine avant la fête des Mères.

Les nouveaux arrivants ont aujourd'hui accès à une équipe structurée pour favoriser leur installation. Diane Plourde est l'une de ces intervenantes à l'accueil.

Dès la première rencontre, elle les accompagne dans les dédales gouvernementaux pour l'inscription à l'assurance maladie, à l'aide sociale... Puis, il y a la première expérience de magasinage au centre commercial afin d'habiller les familles souvent nombreuses.

La vie en appartement

Quand un logement est enfin déniché, il faut également diriger les futurs Québécois dans leur logis. Les réfugiés qui ont longtemps séjourné dans les camps sont particulièrement perdus.

Mme Plourde doit donc expliquer le fonctionnement du thermostat, du réfrigérateur, de la toilette, même. Il ne faut surtout pas oublier d'insister sur un point : le rideau de douche doit pendre dans la douche pour éviter les dégâts d'eau! C'est du nouveau pour ceux qui ont vécu dans le dénuement.

Tout cela peut sembler banal, convient Diane Plourde. Mais chaque irritant en moins sur les épaules des immigrants est un pas de plus vers une intégration réussie.

jeudi 27 mai 2010

Amnesty épingle la Suisse raciste

L’ONG britannique s’inquiète de la montée d’un discours xénophobe dans la Confédération. Et juge que la législation antidiscrimination n’est pas assez forte.Dans son dernier rapport annuel, publié aujourd’hui, Amnesty International s’inquiète de la montée du racisme et de la xénophobie dans le discours public en Suisse. Lors de la campagne pour les votations du 29 novembre, «la minorité musulmane a été stigmatisée par la propagande politique» des opposants aux minarets, écrit l’ONG.

L’ONG britannique s’inquiète de la montée d’un discours xénophobe dans la Confédération. Et juge que la législation antidiscrimination n’est pas assez forte.
Dans son dernier rapport annuel, publié aujourd’hui, Amnesty International s’inquiète de la montée du racisme et de la xénophobie dans le discours public en Suisse. Lors de la campagne pour les votations du 29 novembre, «la minorité musulmane a été stigmatisée par la propagande politique» des opposants aux minarets, écrit l’ONG.

Elle rappelle que la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI) du Conseil de l’Europe avait dénoncé une initiative «violant les droits de l’homme». Plus généralement, ajoute Amnesty, l’ECRI mettait en évidence une «montée en puissance du discours raciste et xénophobe», en particulier de la part de l’UDC.

Le rapport souligne également que des brutalités policières ont été signalées, en particulier contre des requérants d’asile et des migrants. Le comité des droits de l’homme de l’ONU a réclamé en octobre la création de mécanismes indépendants pour enquêter sur les plaintes déposées contre la police. Dans ce contexte, Amnesty estime que l’article du Code pénal interdisant la discrimination raciale n’a qu’une «efficacité limitée». Elle demande un renforcement de l’arsenal juridique avec l’adoption d’une véritable loi contre les discriminations.

Vie difficile de requérants d’asile déboutés
L’organisation cite également les conclusions de plusieurs comités d’experts européens ou de l’ONU qui s’inquiètent des conditions de vie difficiles des requérants d’asile déboutés ou de l’insuffisance de services d’aide pour les victimes de la traite des êtres humains. La Suisse a cependant pris «toute une gamme de mesures» visant à lutter contre la violence à l’égard des femmes et la traite des êtres humains. Mais les services d’aide aux victimes n’existent que dans certains cantons et la loi sur la protection des victimes n’est pas appliquée de manière systématique.

De même, la Confédération a ratifié le protocole facultatif à la Convention de l’ONU contre la torture et instauré une commission de prévention. L’organisation de défense des droits humains se réjouit aussi de la décision du Conseil fédéral d’accorder une protection humanitaire à des détenus de Guantánamo.

ATS / 24 Heures

“La Suisse cherche à se rendre indésirable au détriment des personnes persécutées”

Amnesty International fait part de son indignation suite à la révision de la Loi sur l’asile telle que présentée le 26 mai 2010 par la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf. Des durcissements inacceptables sont proposés, comme le refus de l’asile aux déserteurs (hommes et femmes), la suppression de la demande d’asile dans les ambassades suisses ou la réduction du délai de recours à 15 jours. Par contre, Amnesty International se réjouit de la suppression de la procédure de non-entrée en matière, qu’elle avait toujours dénoncée comme contraire à la Convention sur les réfugiés.

Amnesty International s’indigne de la suppression de la procédure dans les ambassades, une suppression qui avait pourtant récolté une très large opposition lors de la procédure de consultation. «Il est incompréhensible que le Conseil fédéral maintienne la suppression de la procédure d’ambassade. Cela aurait pour conséquence qu’à l’avenir, des personnes persécutées devraient entreprendre un long et souvent périlleux voyage, sans pouvoir déposer une demande d’asile auprès d’une ambassade suisse dans la région en crise», relève Denise Graf, coordinatrice asile auprès de la Section suisse d’Amnesty International. «Amnesty International s’est impliquée à plusieurs reprises en faveur de personnes menacées en Turquie et en Colombie qui ont pu fuir le pays grâce à l’aide de l’ambassade suisse.»
La modification de la notion de réfugié à l’égard des déserteurs est particulièrement problématique car elle porte atteinte à la condition juridique des requérants d’asile. La réduction du délai de recours de 30 à 15 jours empêcherait les personnes persécutées de se procurer des preuves. Quant au conseil en matière de procédure et d’évaluation des chances, tel que proposé par le Conseil fédéral, il est insuffisant. Amnesty International exige une véritable aide juridique financée par l’Etat, telle qu’elle existe dans d’autres pays européens. «Les nombreux durcissements prévus dans la révision de la loi portent atteinte à la tradition humanitaire de la Suisse. Le Conseil fédéral cherche à rendre la Suisse indésirable, au détriment des personnes persécutées», ajoute Denise Graf.

Communiqué de presse d’Amnesty International publié le 26 mai 2010, Berne / Lausanne.

Les femmes s’affrontent sur la burqa

A l’invitation du «Tages-Anzeiger», six femmes ont débattu mardi soir à Zurich de l’interdiction de la burqa, ou du niqab, pour employer le terme correct. Même parmi celles qui s’opposent à une interdiction, la réprobation, voire l’agressivité envers la seule femme à porter le voile intégral lors de la discussion étaient palpables. Un article de Catherine Cossy dans le Temps.

débat burqa TA

La réprobation voire l’agressivité étaient palpables. Sur le podium, six femmes alémaniques s’engageant pour les droits des femmes avaient été invitées mardi soir à Zurich, par le Tages-Anzeiger, à débattre d’une interdiction de la burqa, ou niqab, selon le terme exact. Nora Illi, la déléguée aux questions féminines du Conseil central islamique suisse, drapée dans un voile intégral noir qui ne laissait voir que la fente de ses yeux, polarisait par sa seule présence. S’engageant à ses côtés contre une interdiction, Jacqueline Fehr, conseillère nationale et vice-présidente du Parti socialiste suisse, a commencé par l’attaquer de front: «Cette question est un faux débat qui nous coûte de l’énergie que nous ferions mieux d’investir pour améliorer l’intégration, notamment à l’école. Cela ne concerne pas Mme Illi, qui peut même se permettre de travailler depuis la maison. Avec le zèle de convertie qu’elle démontre, et sa manière de se couper des autres, je la considère plutôt comme membre d’une secte.»

«Vous avez déjà fait des progrès, je vois vos mains, contrairement au débat télévisé auquel vous avez participé la semaine dernière», a lancé à Nora Illi Rosmarie Zapfl, ancienne conseillère nationale PDC et actuelle présidente d’Alliance F, regroupant les associations féminines de Suisse. Elle argumente en faveur d’une interdiction: «Dans toutes les religions, les femmes subissent des discriminations. Le port de la burqa est un retour en arrière. Rien dans le Coran ne prescrit le voile. Mme Illi ne peut pas dire qu’elle vit le seul vrai islam.»

Saïda Keller-Messahli, présidente du Forum pour un islam progressiste, renchérit: «Cela me fait mal quand je vois ce que Mme Illi fait avec ma religion. Il faut interdire le niqab avant que nous ayons une situation comme en France. Derrière cette façon de cacher, et donc de nier, son corps, je vois un refus de s’exposer au monde extérieur, c’est une attitude régressive.»

Troisième partisane de l’interdiction, la psychologue thurgovienne et auteure de livres à succès sur les rapports entre femmes et hommes Julia Onken, qui s’était déjà engagée pour l’interdiction des minarets, s’est sentie obligée de prendre la défense des hommes: «Ces femmes emballées d’un voile noir suggèrent que les hommes ne sont que des bêtes dominées par la testostérone. Je dis pourtant que si l’on peut apprendre à un berger allemand à ne pas mordre dans la saucisse qui est devant son nez, on peut aussi apprendre aux hommes à se maîtriser.»

Une salve d’attaques que Nora Illi ne pouvait laisser passer: «L’islam n’est pas une secte. Je n’ai pas la prétention de représenter tout l’islam, mais une facette de cette religion. Je trouve que le niqab est mieux pour moi, mais je n’ai jamais dit que toutes les musulmanes doivent le porter. Une interdiction aurait pour conséquence que les femmes portant le niqab resteraient cloîtrées chez elles.» Seule à ne pas se sentir agressée par la présence de Nora Illi en monolithe noir, Stella Jegher, membre de la direction d’Amnesty International Suisse, a rappelé que la liberté des femmes ne pouvait pas être garantie par des interdictions. «On instrumentalise les droits des femmes pour discriminer une religion. Il est tragique que l’on voie dans l’interdiction du niqab un signe contre l’oppression, alors que c’en est un contre l’islam.»

Les inquiétudes face à l’islam n’en demeurent pas moins fortes. Les circonvolutions de Jacqueline Fehr en témoignent: «Je suis contre le port de la burqa, un visage caché dans l’espace public me gêne. Il est pour moi hors de question qu’une femme portant un voile intégral travaille dans un hôpital, une banque ou au supermarché. Mais je suis opposée à ce que l’on légifère pour le moment. Une interdiction ne ferait qu’aggraver le problème.» Une argumentation qui, pour Rosmarie Zapfl, ne tient pas: «Les parents qui demandent des dispenses de cours de natation pour leurs filles sont toujours plus nombreux, nous ne pouvons pas être tolérants. Il faut donner un signe fort. On a dit la même chose pour les mariages forcés, et maintenant, il y a un projet de loi en consultation.»

La discussion a bien montré que les positions, à part celles de Nora Illi, ne sont pas si éloignées. La centaine de femmes qui portent le niqab en Suisse mettent les intervenantes devant un casse-tête. Pour les tenantes de l’interdiction, il faut enrayer le mouvement le plus vite possible. Les autres pensent que les priorités sont ailleurs. Elles se retrouvent sur un point: si la question était soumise au verdict populaire, l’interdiction l’emporterait en tous les cas.