mercredi, mars 11, 2009

Semaine lausannoise d'actions contre le racisme 2009

Semaine lausannoise d'actions contre le racisme 2009


Tout le programme de la semaine!

Mercredi 18 mars

13h00-13h45
«Roman-photo»
Performances théâtrales 

14h30-16h00
«Les p'tits papiers» 
Contes pour enfants sur le thème du racisme

18h00
«Lausannes avec couleurs» 
Vernissage de l'exposition

19h30-21h00
«Un roi sage et rusé» 
Conte et musique 

 


Jeudi 19 mars

13h00-13h45
«Roman-photo» 
Performances théâtrales

14h00-17h30
«Atelier de formation pour animateurs et éducateurs»

16h00-17h00
«Roman-photo» 
Performances théâtrales

 

19h00-23h00
«D'ailleurs, je suis d'ici» 
Souper quizz

20h00-23h00
«Pas les flics, pas les Noirs, pas les Blancs»
Film documentaire 


Vendredi 20 mars

13h00-13h45
«Roman-photo» 
Performances théâtrales

16h00-17h00
«Roman-photo» 
Performances théâtrales

17h00-19h15
«Des Noirs en couleurs»
Film documentaire 

19h00
«Lorsque le racisme s'affiche» 
Vernissage de l'exposition suivi d'une table ronde 

19h30-21h00
«Un roi sage et rusé» 
Conte et musique 


Samedi 21 mars

10h30-12h45
«Les jeunes débattent: le racisme en quetion» 
Débat de jeunes

11h00-12h30
«Ça blesse!» 
Performance de rue

13h15-16h00
«Imaginaire sur le sportif émigrés»
Table ronde
 

15h00-16h30
«Les p'tits papiers» 
Conte pour enfants

21h00-5h00
«Africa moves up» 
Soirée de clôture


Et tous les jours du 18 au 21 mars 2009

9h00-19h00
«Stop au racisme!» 
Kiosque d'information 

9h00-19h00
«Chez nous le travail n’a pas de couleurs»
Actions de sensibilisation dans les commerces lausannois

 

 

 


Lausanne muscle son combat contre le racisme

Pour la troisième fois, la ville et diverses associations proposent une semaine contre le racisme, du 18 au 21 mars. Car, si les incidents racistes ont diminué, les discriminations sont en augmentation. Un article de Caroline Rieder dans 24 Heures.

Gabriela Amarelle, déléguée à l’intégration pour la ville, a coordonné le travail des associations pour cette semaine contre le racisme. Selon elle, il est très important que la société civile y participe, afin de faire avancer les choses. En arrière-fond, l’affiche de cette édition 2009, dessinée par des adolescents d’une classe d’accueil de Béthusy. LAUSANNE, LE 10 MARS 2009, photo Chris Blaser Avec 38% d’étrangers et 158 nationalités, Lausanne est une vraie cité multiculturelle. Et la cohabitation se passe plutôt bien. «La situation est meilleure qu’ailleurs, mais ça ne signifie pas que les problèmes n’existent pas», note Jean-Christophe Bourquin, municipal des Affaires sociales. Depuis trois ans, la ville organise ainsi, avec de nombreuses associations, une semaine contre le racisme. L’édition de cette année, du 18 au 21 mars, prend une ampleur inégalée, avec vingt actions (lire ci-contre), et une participation record de la société civile.

Le rendez-vous cible cette fois les jeunes. «Un tiers de ceux qui vivent à Lausanne ont fait l’expérience de l’immigration, un quart des moins de 25 ans n’ont pas encore de passeport suisse, et dans près d’un couple sur deux, l’un des partenaires est étranger», détaille Gabriela Amarelle, déléguée lausannoise à l’intégration. Christophe Blanchet, responsable des classes d’accueil des étrangers, confirme que «le racisme est présent à l’école. Il est donc important de travailler sur ces attitudes.»

Les jeunes sont par ailleurs confrontés à des comportements discriminatoires lorsqu’ils arrivent sur le marché du travail. «Le nombre de bagarres racistes a baissé. Par contre, on constate une recrudescence de la discrimination dans des situations d’embauche ou de recherche de logement», note Tidiane Diouwara, président du Forum des étrangers (FEEL). Selon Douglas Gonzalez, secrétaire général du FEEL, il y a aussi beaucoup de racisme entre les diverses communautés: «Travailler auprès des enfants permet de toucher aussi les parents.»

Plan d’action en vue

La mise sur pied d’un tel événement a permis de fédérer les partenaires. «Cette édition est l’aboutissement d’un an de travail des participants», note Gabriela Amarelle. Jean-Christophe Bourquin relève, au fil des ans, une plus grande proximité entre autorités et associations: «En cas d’incident raciste, nous sommes mieux assurés que l’information nous parvienne.»

Autre avancée, une subvention commune a été demandée cette année à la Confédération au nom de toutes les structures. A ces 30 000 francs s’ajoutent 30 000 autres de la ville. Les autorités sont par ailleurs en train de mettre au point un programme d’actions contre le racisme. Cela permettra à Lausanne de finaliser son adhésion à la Coalition européenne des villes contre le racisme. Elle a signé, en 2005, une déclaration d’intention pour rejoindre cet organe, qui compte aujourd’hui 185 villes.

Renvoi de requérant

Les lecteurs de 24 Heures réagissent à la situation de Fahad Khamas.

Il est fondamental de différencier chaque situation

A propos de l’article intitulé «Le petit matin glauque d’un retour forcé» et de la Question du jour intitulée «Vous semble-t-il légitime de tout tenter pour faire échouer le renvoi d’un requérant?» (24 heures du 3 mars 2009):

Avant tout il paraît fondamental de différencier chaque situation en fonction du motif de la demande d’asile, de la situation sociale et politique du pays d’origine, de l’état de santé physique et psychique de la personne. D’autres facteurs doivent être étudiés dont les risques de persécutions pour des causes de différences ethniques ou religieuses, comme spécifié dans la loi sur l’asile.

La situation défendue par le cinéaste Fernand Melgar est loin d’être exceptionnelle. Sa médiatisation peut heureusement être profitable au principal intéressé et il semble légitime, vu les risques encourus tels que des dangers de mort, de tout faire pour que la décision des autorités suisses soit reconsidérée. Renvoyer une personne dans un pays où plus aucune structure stable n’existe est contraire aux principes éthiques chers à nos sociétés occidentales. Par ailleurs, il existe aussi des différences de critères entre les pays européens et des pays considérés comme sûrs par les uns qui ne le sont pas par les autres.

Face à cet ensemble de situations il est recommandable de prendre le temps d’approfondir l’étude d’un dossier avant de prendre des décisions irrévocables.

Pierre Amaudruz, Lausanne

La forteresse des lois…

La loi, lorsqu’elle est appliquée froidement, n’a généralement plus rien d’humain. Ce qui l’amène dans bien des cas à se trouver en contradiction avec les droits de l’homme et du citoyen. S’arrêter à la rigueur des énoncés et des définitions transforme injustement ce citoyen en pion sur l’échiquier d’un arbitraire.

Que voulons-nous pour Fahad K.?

Appliquer la loi, sans états d’âme, ou veiller à ce que des êtres humains puissent parfois échapper aux retombées collatérales des conflits et des guerres voulues par des rapaces en tout genre qui, comble d’injustice, ne sont que rarement traînés devant des tribunaux pour rendre compte de leurs forfaits abominables.

Pour contrecarrer ce déséquilibre flagrant entre ceux qui provoquent et ceux qui subissent, il est bon de considérer d’abord les événements dans leur cruelle réalité.

Laisser ce requérant d’asile repartir dans son pays d’origine sachant ce qui l’attend serait d’une innommable lâcheté.

Je ne serais pas fier de mon pays, ni de tout autre, si ces derniers devaient se comporter comme des Ponce Pilate. Car finalement ce réfugié politique nous renvoie à notre faute originelle qui est celle d’avoir laissé les EU perpétrer le massacre irakien.

Si nous avons l’honnêteté de reconnaître cette erreur, alors une sage décision sera adoptée et cet homme ne sera pas, lui aussi, massacré.

Ce n’est pas détourner la loi que de sauver une vie!

Yorick Delaunay, La Croix-Lutry

Fahad K. vs Philippe Leuba

Café politique hors du commun ce soir au Café-Théâtre Le Bourg autour du film La Forteresse, de Fernand Melgar. Après la projection du documentaire se tiendra une table ronde avec comme invité de dernière minute Fahad K., requérant d’asile irakien et protagoniste du film, menacé d’expulsion. Face à lui, entre autres, le conseiller d’Etat Philippe Leuba. Projection de La forteresse à 19 h. Débat à 20 h 45. Entrée libre, places limitées. Le Bourg, rue de Bourg 51 à Lausanne.

mardi, mars 10, 2009

La Suisse doit accueillir des groupes de réfugiés


Comme elle l'a fait pendant 45 ans, la Suisse doit à nouveau accueillir des groupes de réfugiés, estime la Commission fédérale pour les questions de migration (CFM). Devant l'afflux de réfugiés provenant des Balkans, Berne avait suspendu cette mesure dans les années 90.

Sous l'étiquette «politique des contingents», la Suisse a régulièrement accueilli des réfugiés en groupe dans le cadre de programme de réinstallation entre 1950 et 1995. C'est en 1991 et pour quatre ans que, pour la dernière fois, 500 réfugiés ont bénéficié de cette mesure coordonnée par le Haut commissariat pour les réfugiés.

«La Suisse doit se montrer solidaire avec les Etats davantage concernés qu'elle par l'afflux de réfugiés», a défendu lundi devant les médias à Berne le président de la CFM Francis Matthey. Et le socialiste neuchâtelois de mettre en avant la tradition humanitaire de la Suisse.

En automne, la CFM a remis un rapport sur la «politique de contingents» au gouvernement. Elle recommande que Berne accueille 200 à 300 réfugiés par an dans le cadre de programmes de réinstallation. D'après ses calculs, le coût de cette «opération humanitaire» reviendrait à 20 ou 30 millions de francs par an.

Pour Francis Matthey, les bases légales pour accueillir ces personnes existent. Il souligne qu'une telle politique permettrait d'aider ceux qui en ont le plus besoin: des réfugiés qui ne peuvent retourner dans leur pays et vivent souvent de manière précaire dans un premier pays d'accueil

SAUVEUR DE TÊTE(S)

SAUVEUR DE TÊTE(S) dans le nouvelliste

7 mars 2009  -  Aucun commentaire

PIERRE KELLER directeur ECAL, professeur EPFL

Aéroport de Kloten, 5 h 55. Alors qu'il fait encore nuit, un homme distribue des messages de sensibilisation aux passagers d'un vol pour Stockholm. Il s'agit de Fernand Melgar, metteur en scène du documentaire «La Forteresse», qui narre le destin de requérants regroupés au centre d'enregistrement de Vallorbe (VD) en attendant que la Confédération décide de leur sort. Un sort scellé depuis pour Fahad Khammas, «héros malgré lui» de ce film, qui devait être expulsé lundi dernier.

Ne connaissant pas assez bien le dossier, je ne me prononcerai pas sur les motifs ni sur la procédure d'expulsion de ce ressortissant irakien. Mais ce qui m'a profondément touché, c'est la générosité d'une personnalité comme Fernand Melgar, qui n'a pas hésité à monter au front pour défendre et peut-être sauver la peau de l'un des protagonistes de son long métrage. Une fidélité et une amitié qui ne se limitent pas à l'instant où le moteur de la caméra tourne, mais qui perdurent bien au-delà. Ce qui n'est pas toujours le cas dans le milieu du cinéma.

Le réalisateur lausannois s'est donc rendu dans le froid zurichois pour faire pression afin que Fahad Khammas soit (re)débarqué de l'avion sur sol helvétique au lieu d'être renvoyé vers la Suède. En effet, les autorités de la patrie d'Ingmar Bergman et d'Alfred Nobel auraient sans doute transféré l'ancien interprète vers Bagdad où il aurait risqué sa vie, menacé par les Islamistes, pour avoir collaboré avec les troupes américaines. A l'heure actuelle, le renvoi de Fahad Khammas est provisoirement suspendu, le temps d'examiner un recours reposant désormais entre les mains des juges.

A ce titre, je tenais à louer l'implication de Fernand Melgar, qui a toujours manifesté une empathie d'une rare qualité et une ouverture sur le monde sans égale. Son précédent film «Exit: le droit de mourir» évoquait déjà avec une sensibilité hors du commun la problématique de l'assistance au suicide pour les personnes en fin de vie.

Récompensé en 2006 lors des Prix du Cinéma suisse, il pourrait ce samedi à Lucerne repartir une nouvelle fois avec le Quartz du meilleur documentaire.

Mais quoi qu'il arrive, je lui décerne d'ores et déjà la palme de l'humanité!

Le renvoi façon Dublin, c'est pas du cinéma

Le renvoi façon Dublin, c'est pas du cinéma

Fahad Kammas derrière les grilles de «La Forteresse». Quelques mois après le tournage, il s'était vu opposer une décision de non-entrée en matière.
Fahad Kammas derrière les grilles de «La Forteresse». Quelques mois après le tournage, il s'était vu opposer une décision de non-entrée en matière. (cineman)

Le renvoi d'un Irakien qui avait joué son propre rôle dans le documentaire sur l'asile «La Forteresse» a finalement été suspendu. Médiatisé, son cas illustre le jeu de ping-pong auquel sont confrontés certains requérants depuis que Berne applique la procédure de Dublin.

Liant une trentaine d'Etats européens, l'accord de Dublin procède d'une volonté de maîtriser les flux migratoires. L'un de ses objectifs est ainsi d'éviter que des demandes d'asile soient déposées en parallèle dans plusieurs pays différents.

Depuis le 12 décembre dernier, la Suisse collabore à ce système de réadmission. Elle met donc en pratique la règle qui veut que les requérants d'asile soient renvoyés dans le premier pays où ils ont déposé leur requête.

Ce qui se traduit pour un certain nombre d'entre eux par des aller-retour pénibles, dont fait notamment l'expérience Fahad Kammas.

Traducteur-interprète pour les Américains à Bagdad, ce jeune homme de 24 ans a fui l'Irak au cours de l'été 2007, menacé selon ses dires par des miliciens islamistes.

Son périple l'a mené en Syrie, en Turquie, en Grèce, en Suède, en France, puis enfin en Suisse début 2008. C'est là, dans le centre d'enregistrement de Vallorbe où se tourne alors La Forteresse, que son destin est mis en images par Fernand Melgar.

Primé dans plusieurs festivals, dont celui de Locarno, ce documentaire a aussi eu beaucoup de succès dans les salles. A en croire son réalisateur, les quelques requérants qui en sont les protagonistes malgré eux n'ont pas tous connu un parcours administratif aussi difficile que celui de Fahad Kammas.

Action de sensibilisation

Aujourd'hui, le sort du jeune Irakien est toujours en suspens. Il aurait dû être expulsé le 2 mars dernier vers la Suède – qui a déjà refusé de lui accorder l'asile -, mais le Tribunal administratif fédéral (TAF) a finalement suspendu l'exécution de son renvoi.

Présents à l'aéroport de Kloten le 2 mars, Fernand Melgar et d'autres y ont mené une action de sensibilisation autour de Fahad Kammas. «Il a refusé de monter dans l'avion, la police l'a contraint. Des passagers se sont indignés et le commandant de bord a décidé de le faire descendre», raconte le réalisateur.

Suite à cet épisode, la section suisse d'Amnesty International a demandé à la Confédération de réexaminer son cas. En espérant qu'elle reviendra sur la décision de non-entrée en matière prononcée en juillet 2008.

A l'époque, le jeune Irakien avait déjà été embarqué dans un «vol spécial» pour la Suède - un traitement que subissent près de 200 requérants par année dans le cadre de renvois forcés. De là, il aurait été renvoyé en Irak s'il ne s'était pas soustrait aux autorités pour vivre dans la clandestinité. Du côté de ses défenseurs, on estime donc que la décision du TAF est une victoire, mais une victoire d'étape seulement.

Pour un système d'exceptions

«Il faut que ce succès puisse d'abord se concrétiser pour Monsieur Khammas, mais il faut aussi faire en sorte que ce succès individuel devienne un succès institutionnel et que dans le cadre de l'application de Dublin, on ménage une possibilité systématique d'échappatoire réservée aux cas particuliers tels que celui de Fahad Khammas», indique le parlementaire socialiste Carlo Sommaruga.

En décembre 2008, relayant l'inquiétude de l'Observatoire du droit d'asile et des étrangers, il a déposé une interpellation devant le Parlement. Il y demande au gouvernement d'envisager l'introduction «d'un système d'exception à la logique implacable du principe de renvoi au pays précédent.»

Et d'argumenter en dénonçant notamment le fait que «les pays examinent tous avec des lunettes différentes les conditions de recevabilité de l'asile.»

A ses yeux, l'exemple de militants du PKK auxquels l'Allemagne avait par le passé refusé l'asile que la Suisse avait accordé, montre qu'il existe des «dizaines voire des centaines» de cas par année pour lesquels un régime d'exception se justifierait. Un avis qu'est loin de partager le gouvernement.

Dans sa réponse à l'interpellation de Carlo Sommaruga, celui-ci mentionne que la Suisse peut mener elle-même la procédure lorsque l'Etat vers lequel doit être effectué le renvoi n'offre pas les garanties suffisantes. Entendez par là que ledit Etat n'est pas signataire de la Convention européenne des droits de l'homme et de la Convention relative au statut des réfugiés.

Tendance au durcissement

«Cette réponse est en soi insatisfaisante. En réalité, ces garanties sont de type formel, elles existent dans tous les pays européens. Ce qu'il faut, c'est pouvoir accorder l'asile à une personne si elle en remplit les conditions selon le droit suisse, ceci quand bien même sa demande a été refusée dans un autre Etat», explique le parlementaire socialiste, qui promet de poursuivre le combat.

Reste qu'au niveau gouvernemental, la tendance est plutôt au durcissement en matière d'asile. Dans le catalogue de mesures mis en consultation à la mi-janvier, il est ainsi prévu d'introduire de nouvelles dispositions facilitant le renvoi des requérants dans le pays européen où ils sont arrivés avant de venir en Suisse.

A l'heure où le nombre d'immigrés arrivant d'Afrique et du Proche-Orient par mer ne cesse d'augmenter (+80% en 2008 selon le Haut commissariat aux réfugiés de l'ONU) et que des pays comme l'Italie voient exploser les cas de réadmission, les histoires aussi douloureuses que celle de Fahad Khammas risquent donc de se multiplier

Un nettoyeur du CHUV somalien sort un dictionnaire

Ce père de famille ne peut pas faire valoir en Suisse ses études en Somalie. Son dico réunit 10 000 mots pour aider ses compatriotes arrivant ici ou en France. Un article de Mathieu Signorell dans 24 Heures.

Abdulghani Gouré Farah ne peut pas enseigner le français en Suisse car sa formation n'est pas reconnue par les instances helvétiques (photo ODILE MEYLAN) Abdulghani Gouré Farah ne passe plus inaperçu dans les longs couloirs du CHUV. Avec ses lunettes rondes et son sourire, ce nettoyeur d’origine somalienne est devenu célèbre depuis que le magazine interne de l’hôpital lui a consacré une page spéciale.

Son destin hors du commun l’a mené à sortir un dictionnaire français-somali. Riche de 10 000 mots, ce dico passe du lammadegaan (désert) au kumbuyuutar (ordinateur). «Il y a aussi certains mots français qu’on ne peut pas traduire en somali, explique l’auteur. J’ai dû les expliquer par des phrases.»

Un dico d’aventurier

«L’aventure est là-dedans», s’exclame un membre du Service juridique du CHUV, grand admirateur de l’auteur et de son dictionnaire. «Je suis fière de vous», lâche une blouse blanche en sortant de l’ascenseur, rencontrant Abdulghani Gouré Farah pour la première fois.

Son ancienne vie, Abdulghani Gouré Farah la passe à Mogadiscio, capitale de la Somalie. Là-bas, il est professeur assistant de français à l’Université nationale, jusqu’à ce que les violences le contraignent à fuir le pays. «Je suis allé en bateau au Kenya, à Nairobi», se souvient-il. Et de là, direction Genève en avion.

Au début des années 2000, il demande à pouvoir enseigner le français en Suisse. Peine perdue: la Conférence des recteurs des universités suisses (CRUS) reconnaît son titre somalien, mais la Conférence des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP) estime que sa formation n’est pas équivalente à celle des professionnels suisses.

Destiné aux compatriotes d’Abdulghani Gouré arrivant en France ou en Suisse, son dictionnaire a pris le temps de mûrir depuis la fin des années 1980. En 1999 déjà, Abdulghani Gouré Farah éditait un premier dictionnaire, inverse, somali-français. Ce qui l’aidera pour obtenir un permis B.

«Aujourd’hui, dès 5 h du matin, je travaille au nettoyage des laboratoires de microbiologie. Ensuite, je suis dans les couloirs avec une laveuse jusqu’à 14 h.» Une partie de son salaire, il l’envoie à sa famille, restée en Afrique. «Là-bas, 240 fr. suffisent pour une famille de cinq personnes pendant un mois.»

Mais ce n’est en tout cas pas pour l’argent qu’il a écrit son dictionnaire: «Avant de gagner quelque chose, je dois en vendre 3000 exemplaires…»

MATHIEU SIGNORELL

Abdulghani Gouré Farah, Dictionnaire français-somali, L’Harmattan, en vente en librairie au prix de 70 fr. Le CHUV distribue cinq exemplaires aux institutions venant en aide aux personnes exilées.

L'accueil de contingents de réfugiés à l'étude

La Suisse pourrait renouer avec une vieille tradition en matière d’asile: l’accueil de contingents de réfugiés. Un groupe de travail rendra son rapport en juin. Un article de Cédric Waelti dans 24 Heures.

Hier, la Commission fédérale pour les questions de migration (CFM) a plaidé pour cette solution. «Il y a actuellement seize millions de réfugiés vivant dans des camps à travers le monde. La Suisse, avec sa tradition humanitaire, se doit d’être solidaire», insiste le président de la CFM, Francis Matthey.

C’est l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) qui a sollicité l’aide de la Suisse afin d’accueillir des groupes de réfugiés. Des contingents de 200 à 300 personnes viendraient compléter les chiffres actuels. «Les requêtes individuelles continueraient d’être traitées», précise Yann Golay, porte-parole de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR). «Ces contingents permettent de soulager des pays qui comptent déjà beaucoup de réfugiés sur leur territoire.»

Selon la CFM, ce sont «principalement les grandes villes» qui devraient héberger les nouveaux arrivants. «L’intégration est plus facile si les structures existent déjà», rappelle Francis Matthey. 20 à 30 millions par année seraient débloqués pour financer ces opérations humanitaires.

Les contingents ne nécessitent pas d’adaptation de la loi sur l’asile. Celle-ci autorise déjà l’arrivée de tels groupes. Jusqu’à la fin des années 90, et la vague de réfugiés provenant des Balkans, la Suisse avait l’habitude d’accueillir des blocs de plusieurs centaines de migrants.

Des échos positifs

Dans un contexte différent, un retour à cette tradition est-il envisageable? «Nous avons des échos assez positifs de l’administration», glisse Yann Golay. Au final, c’est la ministre Eveline Widmer-Schlumpf qui tranchera. Chez les parlementaires de gauche, on juge l’idée intéressante. Tout en restant vigilant. «Il ne faudrait pas que ces contingents se fassent au détriment des procédures individuelles», prévient le conseiller national Carlo Sommaruga (PS/GE). C’est précisément le calcul que faisait l’ancien ministre Christoph Blocher. Aujourd’hui, l’UDC ne veut plus louvoyer sur le sujet. «Ces contingents vont dans le mauvais sens», conclut André Reymond (UDC/GE).

Médecins du monde fait le point sur les problèmes de santé rencontrés par les migrants

Quelles sont les pathologies les plus courantes parmi les migrants ?

« Il y a pas mal de problèmes dermatologiques, des infections de la peau, de l'eczéma, des petits abcès. Il y a aussi des gastrites, liées au stress. On soigne beaucoup de problèmes traumatologiques et rhumatologiques, comme des entorses et parfois même des fractures. Avec l'hiver et l'arrivée du froid, les rhumes et les angines se sont multipliés.

Sur les trente personnes que nous soignons à chaque consultation, je dirais qu'il y a quatre ou cinq malades sérieux. Les autres viennent pour de la bobologie. Ils expriment un besoin fort d'être rassurés, d'être touchés.

  »

A lire dans la Voix du Nord

lundi, mars 09, 2009

Semaine contre le racisme

Héros de La forteresse, Fahad retrouve la liberté


ASILE | Sorti samedi de la cellule zurichoise d’où il attendait son expulsion pour l’Irak via la Suède, Fahad K. , héros du film La forteresse, a retrouvé son ami Fernand Melgar à Sainte-Croix, grâce à un effet suspensif du tribunal.



Fahad
© JOANA ABRIEL | Il y avait de l’émotion dans la ferme de René et Anne-Lise Tanner, qui entourent Fahad. «Je me sens bien ici», dit-il.

Christian Aebi | 09.03.2009 | 00:06

La poignée de main est chaleureuse, le regard plein d’émotion. Fahad K. savourait un moment de répit, ce week-end dans la ferme des Tanner, à Sainte-Croix. «Je suis si heureux d’être là», souffle en anglais le héros du film La forteresse du réalisateur lausannois Fernand Melgar.

Samedi matin, le jeune Irakien, requérant d’asile de 24 ans, était encore dans une cellule zurichoise en attente de son expulsion pour l’Irak, via la Suède. Il a finalement été relâché. Momentanément. Le temps que le Tribunal administratif fédéral (TAF) statue sur son recours. «Il ne savait pas où aller. A Zurich, les autorités l’ont laissé partir dans la nature en lui disant de revenir lundi», explique Elise Schübs, sa représentante juridique. La médiatisation de cette affaire, grâce au film dont Fahad était l’un des protagonistes, a sans doute joué un rôle, avance Fernand Melgar.

Samedi soir, La forteresse était précisément l’un des favoris à la cérémonie de remise des Prix du cinéma suisse samedi soir.

«Il a meilleure mine»
Dès qu’il a appris la nouvelle, Fernand Melgar(Photo en compagnie de Fahad) a fait jouer son réseau pour trouver un toit provisoire à son ami. Il lui a fallu deux coups de fil. Les Tanner, de Sainte-Croix, ont accepté. «Tout naturellement.» Ce ne sont ni des babas, ni des tiers-mondistes. C’est une famille d’agriculteurs. «C’est ça la Suisse que j’aime! s’exclame le réalisateur. Il y a dans ce pays des gens qui ont une vraie idée de l’accueil et de l’asile.»

Lundi, il accompagnera Fahad à Zurich. Le requérant doit y déposer une demande d’aide d’urgence. «Nous allons tout faire pour qu’il puisse rester dans le canton de Vaud, poursuit Fernand Melgar. Nous avons tout pour lui: l’hébergement, un encadrement pour reprendre ses études, des bénévoles disponibles.»

Hier, dans la petite ferme de Sainte-Croix, Fahad enchaînait les interviews sous l’œil bienveillant d’Anne-Lise Tanner. Elle connaît Fahad du temps où il résidait au centre de la Fareas de Sainte-Croix. Elle y œuvre comme bénévole. «Il a meilleure mine que sur les dernières photos que j’ai vues dans le journal» dit-elle. J’ai été le chercher à la gare d’Yverdon, samedi soir. On s’est tombé dans les bras. C’était émouvant.»

Condamné à mort
Etudiant en physique à Bagdad, Fahad est considéré comme traître par les milices islamistes pour avoir collaboré en tant qu’interprète pour les forces américaines. «Le renvoyer, c’est une condamnation à mort», soupire Fernand Melgar, qui multiplie les actions et les appels à l’aide. Il a notamment écrit à deux reprises à la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf.

Fahad avait fui l’Irak en 2007, il a traversé l’Europe, de la Grèce à la Suède, rebondissant contre les limites juridiques de l’Accord de Dublin. «C’est une vraie patate chaude!» dénonce Fernand Melgar. Après la Suède, Fahad était arrivé à Vallorbe alors que le réalisateur lausannois entamait son film La forteresse , sur la réalité de l’accueil des requérants. Fahad deviendra l’un des personnages principaux du film. Début mars, l’Office des migrations a refusé d’entrer en matière sur sa deuxième demande d’asile. Fahad devait quitter la Suisse le 2 mars. Le Tribunal administratif a désormais suspendu son renvoi.

Asile: famille ukrainienne de retour dans son pays


Asile: famille ukrainienne de retour dans son paysCe matin une famille ukrainienne a été renvoyée dans son pays depuis Cointrin. [Reuters] 

La famille ukrainienne qui avait été secourue sur le Monte-Lema, au Tessin, en janvier 2008 a quitté la Suisse ce matin. Elle est partie de Cointrin ce matin, à bord d'un vol spécial. Cette mère et ses 5 enfants ont accepté l’option d’un départ volontaire et d’un retour dans leur pays d’origine après le rejet de leur demande d’asile. Par notre correspondante à Bellinzone, Nicole Della Pietra.

dimanche, mars 08, 2009

Tuvalu, les nouveaux réfugiés

Histoire vivante se penche cette semaine sur un phénomène éternel: les mouvements migratoires. L'histoire de l'humanité s'est faite à travers ces déplacements, justifiés par des raisons aussi nombreuses que variées. Or, un nouveau facteur a vu le jour ; le réchauffement climatique, à l'origine d'une nouvelle catégorie de réfugiés.
Pendant toute la semaine, RSR La 1ere revient la problématique des migrations et des réfugiés. Elle reçoit Geneviève Ferone, docteur en droit international économique et le géographe, économiste et démographe Gérard-François Dumont, professeur à l'université de Paris-Sorbonne.
Sur le même thème, TSR 2 propose le dimanche 8 mars à 23:35 le documentaire de Hervé Corbière, Morad Aït-Habbouche et Thierry Pasquet: « Tuvalu, les nouveaux réfugiés », petit archipel du Pacifique-Sud menacé par la montée des eaux. En cas d'annulation en raison de la Coupe Davis, une autre retransmission est prévue le lundi 9 mars, à 23:45 sur TSR2.

La suite sur le site d'Histoire Vivante

La lettre de Fernand Melgar à Mme Widmer-Schlumpf

Fernand Melgar lance un appel à la conseillère fédérale: «Madame Widmer-Schlumpf, dites quelque chose!»

Stéphanie Germanier - le 07 mars 2009, 23h14
Le Matin Dimanche

Elle s'était déclarée très émue après avoir découvert le film «La forteresse». Eveline Widmer-Schlumpf le sera-t-elle aussi par le sort réservé au héros du documentaire, Fahad, un requérant d'asile irakien? Dans une lettre envoyée hier à la conseillère fédérale et lue dans la soirée à la cérémonie des Quartz à Lucerne, le réalisateur Fernand Melgar, qui est devenu l'ami du requérant, en appelle à la clémence de la Grisonne. Fahad avait obtenu un sursis de trois mois. En détention préventive jusqu'à hier soir, le jeune homme a été libéré dans l'après-midi. Il regagnait hier dans la soirée une famille d'accueil à Sainte-Croix. S'il n'a pas reçu de prix lors de la cérémonie, Fernand Melgar a tout de même savouré une autre victoire: celle de la relaxation de son protégé, menacé de mort en Irak et dont le sort demeure malgré tout en suspend.

Madame la Conseillère fédérale,

Vous m'avez fait l'honneur d'assister à la première de la Forteresse en
août dernier au Festival de Locarno. Après la projection, vous m'avez
sincèrement félicité pour la profonde humanité de mon film et son
absence de parti pris.

Vous avez donc vu Fahad, les images de Fahad dans le film. Vous avez vu
sa gentillesse, son humour, sa sagesse et son désarroi. Il est devenu
mon ami.

Vous avez vu qu'il demande asile et protection car il est menacé de
mort par des milices islamiques dans son pays, l'Irak. Ces dernières le
considèrent comme un traître parce qu'il a travaillé comme interprète
pour l'armée américaine.

J'étais opposé à la guerre américaine en Irak et j'ai manifesté avec
des millions d'autres pour tenter de l'empêcher. Mais il y a eu la
guerre et je ne suis pas Irakien. Je suis Suisse.

Et vous aussi, Madame la Conseillère fédérale, qui êtes une des « Sept
Sages » de notre pays, une grande femme politique, d'une rare probité
intellectuelle et spirituelle.

C'est à ce titre que j'ose vous poser publiquement une question qui me
hante : en votre âme et conscience, Madame la Conseillère, avec tout le
respect et l'estime que j'ai pour vous, pouvez-vous accepter l'idée que
notre Pays se rende complice, par une lâcheté phénoménale à la Ponce
Pilate, des tortionnaires qui, dans quelques jours peut-être,
écraseront les doigts de Fahad à coups de marteau et l'égorgeront?

Cet horrible scénario peut se produire « pour de vrai » dans une
semaine ou dans un mois. Et TOUT LE MONDE le sait, en est conscient.
Cette situation est terrible, insupportable.

Je vous le demande humblement et sincèrement, Madame la Conseillère, je vous en conjure : dites quelque chose.

Fahad libéré hier soir

Fahad, le requérant d'asile irakien, héros du film «La forteresse», a été libéré hier soir, mais son sort reste en suspens. Fernand Melgar lance un appel à la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf

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