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mercredi 14 septembre 2011

Geordry, expulsé et en danger au Cameroun à cause d’une fuite de documents suisses

Un Camerounais de 26 ans, renvoyé de Suisse, a été emprisonné à Yaoundé. Il vit aujourd’hui caché. Des documents liés à sa procédure d’asile ont abouti en mains camerounaises. Malaise à Berne.

Il a été expulsé de force et s’est retrouvé quelques mois plus tard en prison. Geordry, un Camerounais de 26 ans, est un des protagonistes du documentaire Vol spécial de Fernand Melgar, tourné dans le centre de détention administrative de Frambois. Aujourd’hui, après cinq mois passés derrière des barreaux camerounais, il vit caché à Yaoundé. Car il craint d’être à nouveau arrêté par la police pour le seul fait d’avoir demandé l’asile en Suisse. Inquiet, Fernand Melgar est intervenu auprès de Simonetta Sommaruga.

Cette affaire met en exergue la problématique des requérants emprisonnés dans leur pays pour avoir tenté de trouver refuge ailleurs (lire ci-dessous). Mais dans le cas de Geordry, l’affaire se corse: des documents confidentiels qui n’auraient jamais dû quitter la Suisse ont été retrouvés au Cameroun. Et c’est sur la base de ces documents que les autorités locales le poursuivent. Explications.

Geordry a déposé une demande d’asile à Vallorbe le 10 avril 2006. Débouté par l’Office fédéral des migrations (ODM), il a été incarcéré le 22 octobre 2009 à Frambois. Le 4 mars 2010 au petit matin, il est expulsé de force, par vol spécial, vers le Cameroun. Ligoté, menotté, avec un casque sur la tête. Le 20 mars, il se rend au commissariat du 16e arrondissement de Yaoundé pour établir une nouvelle carte d’identité. Et c’est là que les ennuis commencent. Il apprend qu’il est recherché. Et que la police détient des documents prouvant qu’il a demandé l’asile en Suisse.

Geordry ne peut pas nier longtemps. Il dit aux policiers qu’il l’a fait «parce que je mourais de faim». Relâché après deux jours, il est à nouveau convoqué le 25 décembre 2010. Ce jour-là, il est emmené de force à la prison Kondengui, où il croupira avec 14 détenus dans une cellule insalubre de 4 m2. Il est libéré le 26 mai 2011, mais dois rester à la disposition de la justice. Le 27 juillet, il reçoit une convocation pour le 3 août, pour «détention de documents douteux». Il panique, craint d’être à nouveau emprisonné. Il ne se rend pas à la convocation et vit depuis caché.

Un rapport de la police camerounaise du 20 mars 2010, que Le Temps a vu, fait état de l’interpellation de Geordry, «détenteur d’un ensemble de documents dont les origines nous paraissent douteuses». La police liste un laissez-passer établi par l’ambassade du Cameroun à Berne, qu’elle considère comme faux, sa fiche signalétique de Frambois avec son numéro d’écrou et son «titre de séjour VD 4211445», en fait son livret N de requérant d’asile. Le rapport mentionne aussi le PV d’une audition menée par l’ODM. «C’est faux», assure Geordry, joint par téléphone. «Ils ne sont pas venus m’arrêter, c’est moi qui suis allé au poste de police pour ma carte d’identité. Et c’est eux qui avaient les documents. Je n’avais que le laissez-passer. Ils m’ont montré ce jour-là ma carte d’écrou de Frambois. En voyant ça, je suis tombé dans les pommes. Plus tard, j’ai appris qu’ils avaient d’autres documents.»

Des documents qui, quoi qu’il en soit, n’auraient jamais dû se retrouver au Cameroun. Seule la présence du laissez-passer est justifiée: il s’agit du document dont l’ODM a besoin pour livrer les expulsés de vols spéciaux aux autorités locales. Geordry l’a reçu à l’aéroport. Il affirme n’avoir jamais eu les autres documents. Celui de Frambois est un document interne. Et son permis N, il l’avait déposé au Service de la population vaudois (SPOP) avant son arrestation pour Frambois.

Interrogé, l’ODM assure que les Etats d’origine «ne reçoivent, de la part des autorités suisses, aucune information sur le fait que la personne renvoyée a suivi une procédure d’asile en Suisse.» «Il n’y a aucun échange de documents concernant la procédure. Lors des renvois forcés, ce sont les autorités cantonales qui contrôlent que les personnes renvoyées ne sont pas en possession des documents de procédure d’asile», précise le porte-parole Michael Glauser.

En d’autres termes: Geordry ne pouvait pas avoir sur lui ces documents, dont Le Temps a pu voir des photocopies. Le fait qu’ils proviennent à la fois de l’ODM, de Frambois et du SPOP est troublant. Jean-Michel Claude, le directeur de Frambois, ne cache pas son malaise à propos du bulletin d’écrou. «C’est un document interne. Les requérants n’y ont pas accès», confirme-t-il. «Avant leur expulsion, ils sont à la fois fouillés par notre personnel et par la police pour être sûr qu’ils n’ont aucun document sur eux». Jean-Michel Claude précise surtout que ce document était avant transmis à la police «à des fins d’identification» des expulsés. «Mais depuis que cette fuite nous a été signalée à propos de Geordry, nous avons changé de pratique. Et nous ne transmettons plus ces documents à la police», admet-il du bout des lèvres.

Du côté du SPOP, Erich Dürst, chef de la division asile, confirme que le permis N est retiré aux requérants lorsqu’une décision de rejet et de renvoi entre en force et devient exécutoire. Et qu’il n’est «jamais transmis» aux autorités du pays d’origine. Mais dans le cas de Geordry, il dit «ne pas être en mesure de confirmer que l’intéressé aurait remis son permis N échu aux autorités cantonales.»

Pour Fernand Melgar, la situation est grave: «Geordry est en danger. La Suisse doit le protéger». Il a été le voir avec son équipe en juin à Yaoundé. Geordry a raconté les tortures subies en prison pour avoir «sali l’image de son pays à l’étranger.». Et pour qu’il avoue ses motifs d’asile. «Il a de nombreuses séquelles physiques et psychologiques», commente le cinéaste.

Le 2 août, le Service d’aide juridique aux exilés a demandé à l’ODM de l’autoriser d’entrer en Suisse «pour la conduite de la procédure d’asile ordinaire». L’Office, qui d’habitude ne s’exprime pas sur des cas particuliers, précise qu’une enquête, à laquelle participe l’ambassade de Suisse au Cameroun, a été lancée. En attendant, Geordry vit toujours dans la peur. «J’essaie de tenir le coup. Mais c’est dur», dit-il.

Valérie de Graffenried dans le Temps

mardi 6 septembre 2011

Droit d'asile: amendes confirmées pour une manif non autorisée

Le 10 décembre 2010, sept militants du droit d’asile menaient une action symbolique à l’entrée du Service cantonal de la population (SPOP) à Lausanne. Allongés sur le sol, ils entendaient protester contre la politique actuelle en matière de renvois (notre édition du 11 décembre 2010). Suite à ce rassemblement, qui s’était déroulé sans incident, les participants s’étaient vu infliger une amende pour manifestation non autorisée.

Saisi du recours de deux des manifestants, le Tribunal de police lausannois vient de confirmer cette sanction, en se basant sur le règlement municipal de police. Ce dernier oblige les organisateurs d’une manifestation à solliciter un accord préalable des autorités. Les sept militants devront s’acquitter d’une amende d’environ 150 francs. Quant aux recourants, ils écopent en sus des frais de justice (400 francs chacun).
Jeudi dernier, face au juge Alexandre Feser, ils ont tous deux invoqué la liberté d’expression et «le droit inaliénable de manifester». «J’estime aussi que, s’il y a urgence, on peut faire des actions spontanées», a déclaré Florence*. Le fait que cette action est restée «très circonscrite» a par ailleurs été souligné. Un témoin a confirmé à ce propos que les participants n’avaient pas empêché l’accès au bâtiment du SPOP.

Deux policiers étaient arrivés sur place après une demi-heure, sans pour autant intervenir. «Ils ne nous ont pas demandé de quitter les lieux», a précisé Florence. Ce n’est qu’après avoir quitté les abords du SPOP que les participants avaient été rattrapés par trois voitures de police et une dizaine d’agents. Les photos de cette interpellation ont pourtant été versées à leur dossier, ont raconté les recourants, dénonçant «une stratégie de dissuasion» de la part de la police.
A l’annonce du verdict, les militants ont, dans un communiqué, exprimé leur inquiétude face à «un durcissement général contre les mouvements de protestation».

Arnaud Crevoisier dans le Courrier

* prénom d’emprunt

jeudi 10 février 2011

Les conditions de l'aide au retour

Courrier de lecteur à propos de l’article intitulé «Les aider à trouver un projet de vie» (24 heures du 4 février 2011).

Un passage de cet article concernant l’hébergement de requérants d’asile à l’abri de protection civile de Coteau Fleuri, à Lausanne, appelle quelques compléments d’information.

On y lit: «Il est rare qu’un requérant en «situation irrégulière» obtienne un soutien finan- cier pour favoriser la réintégration dans son pays d’origine.»

Or les personnes de nationalité étrangères qui doivent quitter notre pays peuvent, en règle générale, bénéficier de prestations de conseil et d’aide au retour. Cette aide consiste justement en un soutien financier en vue de favoriser leur réintégration dans leur pays d’origine. Elle est accessible aussi bien aux requérants d’asile déboutés qu’aux personnes sans autorisation de séjour, sous certaines conditions bien entendu.

Pour pouvoir bénéficier d’une telle aide, il est notamment indispensable que les personnes concernées collaborent activement à la préparation de leur départ et de leur réinsertion sur place. En 2010, plus de 200 personnes ont ainsi quitté le canton de Vaud en bénéficiant d’une aide au retour. Cette aide peut atteindre jusqu’à plusieurs milliers de francs pour une famille.

Erich Dürst, chef de la division Asile, Service de la population vaudois, Lausanne

24 Heures

lundi 23 août 2010

Un pasteur accuse l’état d’avoir poussé un père au suicide

Séparé de sa femme résidant sur La Côte, un Indien était au désespoir de ne plus jamais revoir son enfant de 5 ans, le Service de la population lui ayant interdit le séjour en Suisse. Norbert Valley s’en prend à l’Etat.

Norbert Valley

Un jour de fin juillet, on a retrouvé son corps au bord du lac Léman, non loin de Gland. Il reposait sous un arbre. Lui, le déraciné originaire du sud de l’Inde, a choisi la pendaison pour mettre fin à ses jours. Il était rongé par mille tourments, mais une seule chose explique cet acte de désespoir: sa conviction de ne plus pouvoir revoir son fils, à tout jamais, s’il était chassé de notre pays après la séparation d’avec sa femme établie dans la région. Ganapati* avait 26 ans.

Dans une lettre en anglais qu’il a adressée au pasteur Norbert Valley, il écrit ces mots: «Je suis si désolé, je ne peux vivre sans mon fils. C’est tellement, tellement douloureux. J’ai déjà eu assez de misères. C’est vraiment trop lourd à porter pour le restant de mon existence. Cette voie que j’ai choisie ne signifie pas que j’ai fui ma vie. Je ne peux pas concevoir de vivre sans mon fils. Je n’ai qu’un fils.»

L’émotion est vive dans la voix du pasteur qui a connu Ganapati dès son arrivée et suivi tout son parcours en Suisse. Il évoque la cérémonie d’adieu en présence de son enfant, âgé de 5 ans, en train de confectionner une croix en bois pour son papa. L’assistante sociale qui a accompagné Ganapati dans ses nombreuses démarches ne peut retenir ses larmes en relatant ce même événement.

Mariage en Inde

Le pasteur de l’église évangélique de Gland, établi maintenant dans le canton de Fribourg, ne peut supporter l’idée qu’une décision du Service vaudois de la population (SPOP) ait pu conduire un homme à se donner la mort: «Malgré tous ses efforts pour prouver sa bonne foi à l’administration vaudoise, il n’a pas été entendu. Un enfant de 5 ans est privé de son papa.»

Choc culturel

Ganapati L’histoire de Ganapati ne se résume pas en quelques lignes. Il a connu son épouse, qui vit dans le canton, en mars 2004, lors d’un voyage de cette dernière en Inde. Le mariage est célébré dans ce pays, un enfant naît une année après leur rencontre. Mais ce n’est qu’après de multiples démarches de sa femme, le 31 décembre 2006, qu’il peut venir s’établir sur les rives du Léman. L’homme, écrit le pasteur Valley, «a très rapidement souffert d’un rejet en raison de sa couleur et la situation du couple s’est détériorée».

Entre les époux, les relations s’enveniment. Occasionnellement, Ganapati noie sa détresse dans l’alcool. Sa conjointe se sent menacée par ses réactions surdimensionnées. Après vingt mois de vie commune, ils se séparent.

C’est lors du changement d’adresse que le SPOP entre en scène. Les faits qu’on reproche à Ganapati, condamné deux fois à des jours-amendes, conduisent le SPOP à estimer que son intégration est un échec. N’ayant pas rempli la condition d’une vie en couple de trois ans au moins, le 30 novembre 2009, l’homme reçoit un avis d’expulsion.

Après recours, le Tribunal cantonal confirme la décision du SPOP. Le 13 juillet, Ganapati apprend qu’il dispose de trois mois pour quitter la Suisse.

Seconde chance refusée

Le pasteur Norbert Valley est scandalisé de la précipitation du SPOP, qui n’a pas attendu la fin de la procédure de divorce pour prendre sa décision.

De son côté, l’assistante sociale admet que le comportement de son protégé n’a pas toujours été celui attendu. Elle remarque cependant qu’on lui a refusé une seconde chance alors qu’il était sur la bonne voie. Elle précise qu’il n’était ni dealer ni délinquant. Et s’il avait été reconnu coupable d’actes de violence sur sa femme, elle aurait cessé de le soutenir.

Et la relation avec son enfant, primordiale aux yeux de Ganapati? La famille qui les accueillait lors des droits de visite témoigne aujourd’hui que le comportement du père avec son fils était «tout à fait adapté. Il était paisible.»

Dans sa dernière lettre, l’homme demandait au pasteur de dire à son fils qu’il n’était pas une mauvaise personne. «Je l’aime si fort.»

* Prénom d’emprunt

Article signé Jean-Marc Corset dans 24 Heures

vendredi 25 avril 2008

Le Conseil d’Etat renforce en urgence les effectifs du Service de la population

Après plusieurs années de crise, cinq personnes supplémentaires seront engagées pour venir à bout des retards du SPOP. Un article de Nadine Haltiner dans 24 Heures.

Philippe Leuba a obtenu l’engagement d’une task force au Service de la population.


A situation d’urgence, mesure ur­gente. Après plusieurs années de crise au Service de la population (SPOP) et suite à de nombreux témoignages de colère dans nos colonnes, le Conseil d’Etat a dé­cidé mercredi soir d’engager, dès l’été, cinq personnes supplémen­taires – trois juristes et deux secrétaires.
«Vous voyez, je respecte mes promesses!» lançait hier, non sans fierté, Philippe Leuba. Le conseiller d’Etat en charge du dossier avait en effet annoncé, en octobre 2007 déjà, la mise en place d’une task force spéciale, pour résoudre des retards de plus de quatre mois dans le re­nouvellement et l’octroi des per­mis B. Voilà qui est chose faite.
Mais si le politicien tient pa­role, il doit admettre que cette mesure reste provisoire. Le ren­fort n’est en effet prévu que jusqu’en décembre 2009. «La durée et le nombre de personnes à engager ont été estimés par la direction du SPOP. Cela paraît suffisant pour résoudre la crise. Fin 2009, nous verrons, en fonc­tion de la situation, s’il est né­cessaire de poursuivre les enga­gements. »
Mesure exceptionnelle

Et combien coûte cette task force? Rien. Pour obtenir l’aval de ses collègues, le conseiller d’Etat a dû compenser les dépen­ses à l’intérieur de son départe­ment. Ainsi, des ressources du Secrétariat général ont notam­ment été déplacées vers le SPOP. Une pratique peu habituelle en cours d’exercice. «C’est une me­sure exceptionnelle. En général, on ne peut pas engager du per­sonnel en cours d’année. Mais le Conseil d’Etat s’est rendu compte de l’urgence de la situation.» Reste que l’allocation des nou­velles ressources ne concerne que la division Etrangers. Or, selon le syndicat SUD, tous les secteurs sont touchés. «Le Conseil d’Etat propose le mini­mum pour essayer de prévenir les éclats de voix du personnel. Mais ce ne sera pas suffisant», analyse le syndicaliste Aristides Pedraza, qui revendiquera dès la semaine prochaine un audit sur les conditions de santé du per­sonnel.
Pour Philippe Leuba, au con­traire, le renforcement d’une di­vision soulagera aussi les autres. Et, selon lui, les premiers effets seront visibles dès cet automne.

jeudi 17 avril 2008

Un privilège inacceptable

A propos de l’article intitulé «L’inviolabilité du Service de la population contestée en justice» ( 24 heures du 4 avril 2008), l'opinion de M. Claude Collet, de Lucens:
C’est par l’association Alliance Suisse que j’ai appris ce privilège absolument effarant que le Grand Conseil a –à une voix d’écart! – accordé dans la nouvelle loi votée le 18 décembre 2007, une période de quatre heures et une zone d’impu­nité pour des étrangers en situation illégale, comme l’ex­pose avec une belle précision l’article mentionné ci-dessus.
Je n’ai cependant pas le souvenir que, le 19 décembre dernier (ni même après), 24 heures ait fait ses grands titres avec cette nouvelle loi.
Ce qui aurait été l’occasion de relever que, dans un état dé­mocratique, il ne doit pas y avoir de zones de non-droit.
Surtout au bénéfice de minori­tés illégales, donc au détriment de l’intérêt général.

La rédaction de 24 Heures précise: "Cette problématique a été complètement expliquée avant le débat du Grand Conseil, dans notre édition du 20 novembre 2007".

vendredi 4 avril 2008

L’inviolabilité du SPOP contestée en justice

Baptisé «Alliance Suisse», un groupuscule anti-étrangers conteste l’interdiction des arrestations au SPOP. Un article paru dans 24 Heures.
Ce fut l’article le plus discuté de la nouvelle loi vaudoise d’appli­cation des lois fédérales sur l’asile. Le 18 décembre dernier, après avoir changé deux fois d’avis et à une seule voix de majorité, les députés vaudois décidaient de faire des locaux du Service de la population (SPOP) un sanctuaire pour les requérants déboutés.
Pourvu qu’il n’ait pas été con­damné pénalement, un requé­rant débouté ne risque donc pas l’arrestation lorsqu’il va au SPOP pour répondre à une con­vocation ou recevoir une pres­tation. Ce sauf-conduit est éga­lement valable dans les deux heures qui suivent ou précèdent la convocation. Pour les députés de gauche, il s’agissait de ne pas rompre un lien de confiance avec l’administration. Ceux de droite ont dénoncé la création d’une zone de non-droit.
«Le fléau des illégaux»
La Cour constitutionnelle tranchera. La disposition a en effet été attaquée par Alliance Suisse, qui revendique 600 membres. Son président, Claude Resin, a déjà tenté sans succès d’empêcher l’octroi des droits politiques communaux aux étrangers. «L’immigration illégale, juge-t-il, est le principal fléau de notre pays», et il est particulièrement remonté con­tre les délais d’impunité concé­dés aux requérants: «On se mo­que de forces de l’ordre.» Sur le point attaqué, le re­cours a obtenu l’effet suspensif, comme un second recours, qui s’attaque à l’interdiction d’un renvoi tant qu’une procédure est ouverte. Là, c’est l’Etat qui est intervenu, jugeant cet ajout con­traire à la loi fédérale.

lundi 31 mars 2008

Retards chroniques au Service de la population

Citoyens et communes s’insurgent contre des retards atteignant quatre mois dans le renouvellement et l’octroi des permis B. Philippe Leuba se dit sur le coup. Mais que fait-il? Un article de Nadine Haltiner dans 24 Heures.


Permis B Le SPOP n’arrive
plus à suivre les demandes.



Joshua* ne décolère pas. En dé­but d’année, il dépose au Service cantonal de la population (SPOP) une demande de renouvellement du permis B pour son épouse colombienne. Sans nouvelle de­puis des semaines, il tente à plu­sieurs reprises de joindre le ser­vice pour savoir où en est son dossier. Mais là, pas de réponse. Le standard téléphonique est sans cesse occupé ou remplacé par un répondeur automatique. L’homme en a marre, d’autant que sans permis, son épouse peut difficilement changer de travail ou partir en vacances dans son pays. «Un véritable scandale», estime-t-il. Et il n’est pas le seul.
Son histoire est le lot de plus d’un immigré. Particulièrement ceux qui s’établissent pour la pre­mière fois en Suisse par le biais du regroupement familial ou grâce à un nouvel emploi.
«Crise monstrueuse»
En octobre 2007, nous rele­vions déjà ces retards. Philippe Leuba, conseiller d’Etat en charge du dossier, expliquait alors qu’ils étaient dus à deux facteurs. Pre­mièrement, le taux croissant d’étrangers venant s’établir dans le canton. Deuxièmement, le nombre important de permis B dont la validité de cinq ans arri­vait à échéance en même temps, soit en été 2007. Une situation qui a fini par «engorger» le SPOP. Le conseiller d’Etat avait alors promis pour la fin de l’an­née dernière une «task force», afin de résoudre ce problème.
Aujourd'hui, plus de cinq mois après cette annonce, force est de constater que rien n’est résolu. Au contraire, les retards s’allon­gent, dépassant parfois les quatre mois. Au point que les commu­nes aussi perdent patience. «C’est une crise monstrueuse, dit le chef de service d’une commune de l’Ouest lausannois préférant gar­der l’anonymat. Nous incitons les habitants à écrire au Conseil d’Etat pour faire bouger les cho­ses. »
«Le problème résolu en automne»
Cela va-t-il enfin s’améliorer? «C’est en train d’évoluer, explique Philippe Leuba. A la fin de l’an­née dernière, j’ai mis en place deux trains de mesures. D’abord une réorganisation des forces au sein du Service de la population. Ensuite, ilyaunmois, j’ai de­mandé des moyens supplémen­taires pour engager des juristes et du personnel administratif. Le Conseil d’Etat devrait se pencher sur ce dossier avant l’été.» Et qu’en est-il du standard télé­phonique submergé d’appels? Sur cette question, le conseiller d’Etat se montre plus embar­rassé, ne connaissant pas l’am­pleur du problème. «J’avais déjà demandé des réformes, mais ap­paremment elles n’ont pas encore porté leurs fruits. Mais tout est lié. Et l’engagement de nouvelles personnes résoudra aussi ce pro­blème.
» Reste à savoir quand. Car il y a urgence. Avant les vacances d’été, les demandes de renouvellement de permis augmentent. Philippe Leuba en est conscient, mais rap­pelle qu’il faut du temps dans l’administration cantonale pour prendre les mesures adéquates. «Si tout va bien, conclut-il, le problème devrait être résolu cet automne.» En attendant, communes et citoyens n’ont qu’à continuer à prendre leur mal en patience.

mardi 20 novembre 2007

Des habits et un matelas, le reste à la benne !


Lisez ce témoignage de Pierrette Iselin sur l'application inhumaine que le canton de Vaud fait de la nouvelle LASI.


Voilà ce qu’un ou une requérante qui déménage d’un centre à un autre a le droit d’emporter.
Imaginez que cela vous arrive. Vous devez changer d’endroit sous la pression et la contrainte. Qu’emporteriez-vous ? vos effets personnels bien sûr, vos souvenirs, vos livres préférés, tout ce qui fait votre vie.
En Suisse, et cela se passe en Suisse, quand un -e requérant-e doit changer de centre, il va devoir se limiter à un matelas et des habits. Tout le reste va être strictement contrôlé. Ces jours, et c’est maintenant que cela se passe, vu que les requérants n’auront plus droit à l’aide sociale dès le 1er janvier 08, mais qu’ils devront se conformer aux nouvelles directives du SPOP qui leur délivrera une décision d’octroi de l’aide d’urgence, le lieu d’hébergement et les conditions d’hébergement vont complètement changer.

Je vous livre ce témoignage qui m’a profondément marquée. Cela se passe en Suisse, tout près de Lausanne.
Le vendredi 16 novembre 2007, un parrain d’une réfugiée me mandate pour l’aider à déménager de Crissier à la rue du Simplon à Lausanne. À l’heure dite, je me rends au Centre de requérants de la Fareas de Crissier pour aider cette femme et son enfant à déménager. Il est huit heures et demie, nous attendons le « camion » qui viendra emporter les affaires de 5 requérant-e-s qui sont censés partir à 8h.30. Des Africains-e-s en majorité, m’invitent pour un café. L’ambiance est bon enfant. Le matériel a été descendu au rez-de-chaussée pour être déménagé. Chacun-e ajoute encore une valise, un carton, des vivres sortis du frigo pour assurer la suite. J’observe un requérant un peu à part qui descend ses affaires avec précaution, deux valises, un carton de casseroles, et deux ou trois paquets bien ficelés. Il semble avoir soigneusement empaqueté son matériel et ne le perd pas des yeux. J’apprends qu’il est Iranien. La jeune femme avec l’enfant, n’a pas pu prendre du temps pour empaqueter les affaires qui la concernent ; en plus elle tient à prendre deux petits meubles avec les affaires de l’enfant, ainsi que des jeux, des jouets, une télé pour passer des films à son fils et des cassettes. Çà et là encore quelques affaires avec les langes de l’enfant, des vivres, des biberons et des produits pour son entretien. Tout cela fait un joli échafaudage, mais faute de moyens, tout est offert à ciel ouvert aux yeux inquisiteurs des personnes présentes.
À 9h.20, toujours pas de camion. Je m’impatiente, le responsable du Centre me dit que le camionneur a dû faire une course auparavant. Enfin, vers 10h., le camion arrive. Tout le monde descend pour embarquer ses affaires. C’est là que les choses se gâtent. Le responsable du camion, totalement obnubilé par des consignes qu’il est censé faire appliquer,
refuse d’embarquer une partie du matériel qui se trouve au bas de l’escalier. Il répète plusieurs fois : « des habits et un matelas, le reste à la benne ! « Je vois les requérant-e-s se ratatiner et se faire tout petits pour qu’on les oublie, et qu’ils passent inaperçus à côté de leurs effets. Je n’oublierai jamais le regard de détresse que lance le requérant iranien. Un univers d’humanité s’écroule pour lui, ses précieux bagages sont menacés. Tout ce qui constitue un reste de vie et de préservation du domaine personnel est mis en danger. Les autres voient aussi avec effroi qu’ils vont devoir faire des choix draconiens. D’autant plus que le camionneur en rajoute : « là-bas, au Simplon, c’est tout petit, il y a de la place pour un lit et une table » s’époumone-t-il, refusant toujours de charger. L’impatience gagne les rangs. Un autre membre de la Fareas rajoute : » c’est lui qui décide, conformez-vous à ses indications ». Tout le monde piétine. Je sors mon portable pour interpeller un ou deux membres de la coordination asile. Le responsable du camion lâche encore ces mots : « Inutile de vous faire des illusions, quand vous serez au Simplon, il y aura des Sécuritas et des responsables qui laisseront tout ce superflu sur le trottoir ! « et il termine en disant : « de toute façon, pourquoi prendre tout ce matériel, dans deux ou trois mois, vous devrez quitter la Suisse ! »
Subitement, comme l’affaire risque de tourner à l’aigre et que des pressions ont tout de même pu être faites, le camion est chargé et part aux trois quarts plein pour se diriger à l’avenue du Simplon à Lausanne. Il reste encore du matériel de ma protégée. En désespoir de cause, je vide les tiroirs de deux petites commodes et j’embarque tout ce qui reste dans ma voiture, après avoir mis le contenu dans des sacs en plastique ; les deux commodes bancales sont déchiquetées et passent dans la benne. Une fois à la rue du Simplon à Lausanne, le déménagement se fait assez rapidement, grâce à l’entraide des requérants africains qui montent tout le matériel sur leur dos. Par un curieux hasard, l’ascenseur n’est pas disponible. Visiblement, l’équipe du Simplon tolère ce premier arrivage. Mais la responsable brandit déjà un règlement qui va être communiqué plus tard aux nouveaux arrivants. Les consignes fusent : pas de télé dans les chambres et des écouteurs sur les oreilles pour les appareils de radio.
Tout le monde est logé au quatrième étage, dans des chambres pas trop exiguës, qui viennent d’être rénovées. Le reste de la maison est encore en travaux. Pour une femme avec un enfant de bas âge, il faudra descendre les étages (sans prendre l’ascenseur), pour aller à la cuisine. La tâche ne sera pas si aisée.
Je surprends au passage des mots échangés par les gardiens Sécuritas et le personnel de la rue du Simplon :
« Pour les suivants, il s’agira d’être strict et déterminé. Des habits et un matelas, c’est tout. »

Trois questions viennent immédiatement à l’esprit :
- Cette violence est-elle compatible avec une situation de détresse et de respect des droits humains ?
- Qu’adviendra-t-il des déménagements qui vont se faire à partir des appartements ?
- Comment les employé-e-s de la Fareas peuvent-ils gérer de telles situations, sans devenir de véritables exécuteurs-trices de mesures inhumaines et scandaleuses ?

Les prochains déménagements devraient se faire sous les yeux de membres de la Ligue des droits humains et de membres d’ONG, solidaires de l’asile. Mais cela n’atténue en rien la totale injustice qui exclut aujourd’hui l’hébergement en appartement et qui pousse les gens à se déraciner encore plus, en les coupant de lieux de vie et de minimum de convivialité.

Signé : Pierrette Iselin