jeudi, avril 09, 2009

[France] Ils s'accusent d'avoir aidé des sans papiers

08/04/2009
LIBERATION.FR - LibéToulouse
http://www.libetoulouse.fr/2007/2009/04/cest-jos-bov-qu.html

Coupables volontaires à Toulouse: ils s'accusent devant le palais de justice d'avoir aidé des sans papiers

DÉSOBÉISSANCE CIVILE. C’est José Bové qui parle: «J’ai aidé des sans-papiers, je l’assume, je demande à être inculpé. J'ai l'habitude», sourit-il. La députée socialiste de Haute-Garonne Catherine Lemorton est plus circonstanciée : «J’ai à plusieurs reprises transporté et fourni des médicaments à des familles Bulgares. Je suis une citoyenne délinquante récidiviste. Je me livre à la justice».

Ils sont 600 ou 300 selon la police, cette fin d’après-midi, à venir se constituer prisonniers volontaires place du Salin devant le palais de Justice, revendiquant avoir commis le «délit de solidarité».

Ce qui vaudra aux plus connus d’entre eux d’être enchaînés. Symboliquement, s’entend : ils sont en ligne face au palais de justice, une chaîne passée aux menottes sous l’objectif des photographes.

Il y a les people, mais Il y a le chauffeur Carcassonnais d’Emmaüs aussi parmi eux. Ou le leader toulousain du Réseau Éducation sans frontière. Et des élus communistes du Tarn, des Alternatifs de Toulouse, des Verts d’un peu partout. Même de Bègles puisque Noël Mamère est de la partie. Plus beaucoup de syndicalistes et de simples citoyens.

C’est l’ex-juge d’instruction Eva Joly, à Toulouse pour cause de meeting électoral d’Europe-Écologie ce mercredi soir qui explique : les dernières informations ministérielles font état de 28.000 sans papiers à renvoyer chez eux et de 5.500 nationaux qui se seraient rendus complices de leur séjour irrégulier en France. «Ces 5.500 personnes ne peuvent pas être uniquement des passeurs et autres délinquants, dit-elle. Sont visés aussi les “aidants”, les citoyens qui, par pure solidarité, viennent simplement au secours des gens démunis».

Des élus en écharpe, des célbrités et des militants ordinaires pour dire sur la place publique, à Toulouse comme devant le palais de justice des grandes villes de France, qu'il n'y a plus à se cacher pour cacher des sans papiers... Témoignages.

La ville de Toulouse a elle aussi ses aidants mis en examen. Mais pour «manquement aux règles de sécurité»… Ces quatre salariés du club de prévention d’Empalot ont franchi les portiques de l’aéroport de Blagnac, le 19 juin dernier pour protester jusqu’au bout contre l’expulsion express du père d’une famille dont ils avaient professionnellement la charge.

Qui manifeste aussi devant le palais de justice, le frère franciscain Didier. Il est de ceux qui participent au cercle de silence contre les centres de rétention, tous les mois depuis le mois d’octobre 2007 sur la place du Capitole: «Nous hébergeons aussi des familles chez nous, dit-il. Nous les aidons aussi dans leur démarche. Plus récemment, nous avons fêté les 18 ans d’une jeune Algérienne arrivée en France depuis 5 ans et donc susceptible de recevoir son obligation de quitter le territoire à sa majorité».

Brigitte, est membre du Réseau éducation sans frontières (RESF) et de la Ligue des droits de l’homme (LDH): «Depuis 2005, j’aide des familles, raconte-t-elle. Nous les cachons dans des endroits connus de nous seuls. J’organise aussi des parrainages. J’ai eu cent fois l’occasion d’être arrêtée pour ce que je fais».

Sylvie, elle, «n’a pas attendu qu’on en parle pour s’engager». «J’ai commencé à aider des sans papiers en 1997 sous le gouvernement Jospin et son ministre de l’intérieur Jean-Pierre Chevènement, raconte-t-elle. C’était aussi l’époque de la guerre civile en Algérie entre les islamistes et le gouvernement. Beaucoup de types débarquaient de là-bas pour échapper aux massacres. Nous les avons aidés en les hébergeant, en louant des appartements pour eux et en les aidant à obtenir des papiers où à passer en Grande-Bretagne où c’était plus facile pour eux». «Ce n’est pas un délit. C’est de l’humanisme», reprend Habib qui «avoue» avoir hébergé des copains sénégalais.

«C’est un devoir de désobéissance civile, déclare Guy, militant d’Act Up. C’était déjà dur de soutenir les sans papiers du temps des socialistes. Mais ce gouvernement a franchi un pas en décidant d’appliquer des quotas. Cela ne m’empêchera pas de continuer à me battre pour empêcher les expulsions dans les aéroports et pour les droits des étrangers malades».

GLv. et J-M.E



DERNIERES NOUVELLES D'ALSACE - JeuDI 9 avril 2009
http://www.dna.fr/une/2378251.html

250 personnes ont manifesté hier à Strasbourg contre le "délit de solidarité"


Un religieux de 78 ans inquiété parce qu'il accompagnait une famille de demandeurs d'asile (vidéo)

Un religieux alsacien de 78 ans a été placé en garde à vue, il y a quelques semaines à Strasbourg, parce qu'il accompagnait une famille de demandeurs d'asile, ont révélé hier matin les organisateurs d'une manifestation contre les mesures policières prises ces dernières semaines contre des membres d'associations qui soutiennent des sans-papiers. Les manifestants dénoncent le "délit de solidarité".

Les faits se sont déroulés il y a quelques semaines, alors que le religieux raccompagnait à la gare de Strasbourg, dans sa voiture, une famille de sans-papiers qui devait se rendre à Grenoble (lire son témoignage ci-contre).

Lors d'un contrôle de police dans la gare, le religieux est intervenu pour dire qu'il s'agissait de ses amis. Il a été placé en garde à vue durant près de 24 heures, ont indiqué hier matin des membres de RESF Strasbourg qui participaient à un rassemblement, devant le tribunal de grande instance, pour protester contre l'interpellation, ces dernières semaines en France, de plusieurs militants associatifs inquiétés parce qu'ils soutenaient des sans-papiers.

"Si la solidarité devient un délit, nous demandons à être poursuivis", a notamment déclaré Jean-Michel Hitter, président de la Fédération d'entraide protestante devant quelque 250 personnes rassemblées à l 'appel d'une douzaine d'associations et de mouvements politiques.

Voir la vidéo : Manif contre le "délit de solidarité" à Strasbourg

Dans la foule, on notait la présence de plusieurs pasteurs, dont le vice-président de l'Union des églises protestantes d'Alsace et de Lorraine, Geoffroy Goetz.

"Jusqu'où nous pouvons être solidaires et où commence le délit ?"

Jean-Michel Hitter a notamment rappelé les récents incidents qui sont à l'origine des manifestations qui ont eu lieu ce matin dans plusieurs villes de France : l'interpellation le 18 février de Monique Pouille, bénévole des Restos du coeur, inquiétée parce qu'elle organisait des dons de nourriture et d'habits pour les migrants à Calais et parce qu'elle rechargeait leurs portables; l'interpellation et le placement en garde à vue d'un responsable de la communauté Emmaüs de Marseille, où une perquisition a été effectuée, le 16 février. Des représentants d'Emmaüs Strasbourg et Scherwiller étaient présents ce matin devant le tribunal de grande instance de Strasbourg.

"Le président de la République avait garanti que les personnes qui aidaient les demandeurs d'asile ne seraient pas inquiétées. Des indices concordants montrent que ce n'est plus le cas. Les choses ne sont pas claires, nous voulons savoir jusqu'où nous pouvons être solidaires et où commence le délit", explique Jean-Michel Hitter.

Devant les personnes rassemblées, il a réclamé l'abrogation des dispositions qui ont permis l'interpellation des militants associatifs. "Avant d'être des sans-papiers, les personnes que nous aidons sont des enfants, des hommes et des femmes en difficulté. C'est notre devoir de les aider".

Dans la loi de finance 2009 figure l'objectif de 28.000 reconduites à la frontière pour 2010 et de 5500 interpellations d'aidants pour 2011...

"Votre médecin sera-t-il interpellé pour avoir soigné un sans-papier malade? L'instituteur de vos enfants sera-t-il inquiété pour avoir appris à lire à un enfant ?", ont interrogé les personnes rassemblées devant le tribunal de grande instance de Strasbourg ce matin.

Les assurances d'Eric Besson au micro de France Inter, hier matin

Voir la vidéo : Eric Besson : rassurez-vous, la loi n'est jamais appliquée 

Christian Bach

Le témoignage de frère André placé en garde à Strasbourg

Frère André a 78 ans. Religieux et membre de la communauté des frères rédemptoristes, il est aussi militant d'ATD Quart Monde et intervient auprès de nombreuses personnes en difficulté, en Alsace. Et à ce titre, il est amené à secourir des demandeurs d'asile.

Début mars, il a été sollicité par une personne d'origine arménienne qui lui signalait une famille avec quatre enfants, de 4 à 15 ans, présente à la gare de Strasbourg. Le religieux s'est occupé de leur hébergement et des démarches auprès de la préfecture.

La mère, malade, devait être opérée. Les démarches auprès de la préfecture du Bas-Rhin n'ont rien donné et la famille devait repartir à Grenoble.

C'est à la gare de Strasbourg, au moment du départ pour Grenoble, que cette famille a été contrôlée par des agents de la police de l'air et des frontières. "L'homme a été interpellé en premier, puis la femme et les enfants. Je suis intervenu, je les avais accompagnés et j'avais acheté les billets. On m'a déclaré que je n'avais rien à dire, que je ne faisais pas partie d'un organisme d'Etat. Puis, les policiers ont appris que j'avais les bagages de la famille dans la voiture. C'est ce qui a déclenché mon interpellation. J'ai été placé en garde à vue de 5h du soir à 4h le lendemain après-midi. Les policiers se sont bien comportés. Mais à la sortie j'ai dû récupérer ma voiture à la fourrière".

Le religieux ne sait pas aujourd'hui s'il fera l'objet de poursuites judiciaires : "On m'a dit que le dossier a été transmis au procureur, je n'ai pas de nouvelles", explique Frère André que nous avons joint à Bischwiller.

Pour l'heure, frère André a déjà une sorte d'amende à acquitter : il doit payer la fourrière puisque les policiers n'ont pas mis sa voiture à l'abri...

Aide aux sans-papiers sur la Côte

Le Collectif de La Côte invite les autorités à soutenir les travailleurs sans statut légal.

Comme il l’avait fait en janvier à Nyon, le Collectif de soutien et de défense des sans-papiers de La Côte a remis hier une pétition à Christine Girod, présidente du Conseil communal de Gland. Muni de 560 signatures, ce texte demande aux élus de soutenir la régularisation des clandestins, dont 12 000 travaillent dans le canton (un millier à La Côte). Si cette démarche n’est pas de la compétence des communes, le Collectif espère les pousser à soutenir publiquement la régularisation par Berne. «La commune doit aussi promouvoir le respect de la réglementation du travail pour ces gens sans statut légal et leur garantir l’accès aux prestations», a précisé son président, Pierre Strauss.

M. S. dans 24 Heures.

Le «Petit Bagdad» suédois submergé par les Irakiens en exil

Le «Petit Bagdad» suédois submergé par les Irakiens en exil

ASILE | Depuis que la Suède a durci sa politique vis-à-vis des Irakiens, ces derniers, dont Fahad K., tentent leur chance ailleurs, y compris en Suisse.



Suède
© MARTINE CLERC | Depuis Bagdad, ils rêvaient d’émigrer à Södertälje, en Suède. Aujourd’hui, Sinan Hermiz et Oday Jalo, chrétiens d’Irak, (ici avec leur ami Karam Zicho) constituent la dernière vague de requérants d’asile qui submerge la petite ville.


«Södertälje, c’est connu jusqu’en Irak. Tout le monde rêve d’y émigrer!» Se débattant avec un kebab dégoulinant, Karam Zicho, 21 ans, de Bagdad, a obtenu la permission de rester dans cette ville suédoise il y a un peu plus d’un an. Et, depuis, il s’escrime à apprendre la langue, pestant contre le boulot qui n’arrive pas.

Södertälje. C’est ici, à une trentaine de kilomètres au sud de Stockholm, qu’a grandi Björn Borg, et que Scania produit ses poids lourds. Mais, aujourd’hui, c’est pour sa vaste communauté irakienne que cette commune industrielle de plus de 80 000 habitants est connue dans le monde entier. Depuis le début de la guerre en 2003, près de 6500 réfugiés irakiens y ont trouvé refuge. Bien plus qu’aux Etats-Unis et au Canada réunis, répète le maire de la ville.

Lire la suite de cet article de Martine Clerc dans 24heures

mercredi, avril 08, 2009

5 500 prisonniers volontaires pour interpeller le pouvoir

5 500 prisonniers volontaires pour interpeller le pouvoir

Des associations veulent dénoncer aujourd’hui le délit de solidarité.

CATHERINE COROLLER dans Libé

L’initiative se veut spectaculaire et provocatrice. Aujourd’hui, 5 500 citoyens vont se constituer prisonniers dans plusieurs villes de France. Pour quel délit ? Avoir aidé des sans-papiers. «Si la solidarité devient un délit, nous demandons à être poursuivis», déclarent-ils. L’article L 622-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile prévoit en effet que «toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irrégulier d’un étranger en France sera puni d’un emprisonnement de cinq ans et d’une amende de 30 000 euros». Un amendement à la loi de finances 2009 fixe également pour 2010 un objectif de 5 500 interpellations d’«aidants» de sans-papiers. Selon les associations, plusieurs personnes ont été récemment inquiétées pour avoir aidé des sans-papiers. «Aujourd’hui, en France, accueillir, accompagner ou simplement aider une personne sans papiers est devenu un délit», accusent les associations.

Evénement inédit, l’appel à se rassembler aujourd’hui devant les palais de justice de 80 villes de France a été signé par les mouvements coutumiers de ce genre d’actions comme le Gisti ou la Cimade, mais aussi par des associations confessionnelles tout aussi engagées mais préférant œuvrer dans la discrétion comme le Secours catholique, la Fédération d’entraide protestante ou les petits Frères des pauvres.

Un certain nombre de parlementaires socialistes ont annoncé leur participation à cette mobilisation. Sur cette affaire, le PS est monté au créneau. Il est à l’origine d’une proposition de loi visant à dépénaliser le délit de solidarité qui sera débattue le 30 avril à l’Assemblée nationale.

L'Office fédéral des migrations (ODM) tire un premier bilan positif de l'accord de Dublin sur l'asile

En vigueur depuis le 12 décembre 2008, l'accord de Dublin a permis à la Suisse de déposer des demandes de prise en charge pour 997 personnes auprès d'autres Etats parties. Si le bilan est positif pour l'Office fédéral des migrations (ODM), la pratique inquiète les défenseurs du droit d'asile.

D'après l'accord de Dublin, l'Etat responsable du traitement d'une demande d'asile est celui dans lequel la première demande a été déposée. Suite à une décision négative, le requérant d'asile ne doit plus avoir la possibilité d'introduire une nouvelle requête auprès d'un autre Etat Dublin.

Sur les 997 demandes déposées par la Suisse, 564 ont été acceptées par un autre Etat Dublin. Pour 355 personnes, la demande est encore pendante alors que 58 demandes ont été rejetées, précise l'ODM.

Pour sa part, la Suisse a reçu 52 demandes de prise en charge provenant d'autres Etats Dublin. Parmi elles, 39 ont été acceptées, 10 ont été rejetées et 3 sont encore en cours.

La collaboration avec les Etats parties fonctionne bien, relève l'ODM. On constate que la Suisse a pu remettre nettement plus de personnes aux autres Etats qu'elle n'a dû en reprendre sur la base de cet accord.

Cette collaboration s'est notamment appliquée dans le cas du traducteur irakien Fahad Khammas, expulsé de Suisse la semaine passée. Il se trouve désormais en Suède, pays compétent pour traiter son dossier en vertu de l'accord de Dublin. Son sort a été largement médiatisé en raison de son rôle dans le documentaire La Forteresse, plusieurs fois primé.

C'est notamment à partir de ce cas qu'Amnesty International (AI) et l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR) dénoncent «des manquements graves» dans la protection des droits de la personne.

Selon les deux ONG, les décisions de renvoi sont communiquées aux intéressés beaucoup trop tard pour qu'un recours ait la moindre chance d'aboutir.

D'autre part, les Etats Dublin fondent leurs décisions sur des critères qui différent beaucoup de l'un à l'autre, ce qui peut mettre les requérants en danger. C'est pourquoi, AI et l'OSAR demandent aux autorités suisses de suivre les procédures même à l'étranger et d'intervenir au besoin.

swissinfo et les agences

Centre d’accueil de requérants à Lamboing

Lamboing (BE): le village est fâché de ne pas avoir été consulté sur l'ouverture d'un centre de requérants d'asile.

Voir le sujet de la TSR

Eduard Gnesa: bilan positif

Eduard Gnesa, directeur de l’Office fédéral des migrations, commente la politique actuelle d’asile en Suisse et plus particulièrement le cas de Fahad Khamas, récemment expulsé vers la Suède, selon les accords de Dublin.

A voir sur 10vor10 (en allemand)

Soeur Marie-Rose avait raison

Un expert neutre a tranché. Les requérants soutenus par la célèbre religieuse ont bien été lésés par l'Etat du Valais. Thomas Burgener a fait son mea culpa et a accepté qu'ils soient remboursés.

Soeur Marie-Rose Genoud est ravie. L'expert Thierry Béguin affirme que son combat en faveur des requérants d'asile était correct. Le conseiller d'Etat Thomas Burgener a promis de changer de pratique et davantage de transparence dans ce dossier. BITTEL«Me Thierry Béguin approuve notre demande faite au canton de dédommager les requérants lésés durant la période 1992-1996, pendant laquelle eut lieu un double remboursement de dette longtemps démenti», déclare Soeur Marie-Rose Genoud, visiblement ravie. La religieuse a gagné son combat contre l'Etat du Valais.

L'expert mandaté conjointe ment par l'Etat et les défenseurs des requérants, Me Thierry Béguin, ancien conseiller d'Etat et ancien procureur du canton de Neuchâtel, l'a affirmé hier en conférence de presse. «Il est indéniable que des requérants d'asile ont été lésés durant la période 1992-1996.»

Des milliers de francs à rembourser

Le conseiller d'Etat Thomas Burgener, dont les services sont clairement désavoués dans cette affaire, accepte les conclusions du rapport. «Nous allons rembourser les requérants.» Ce sera fait, même si juridiquement l'Etat n'y est pas tenu, a-t-il précisé.

Pour l'heure, il est difficile de donner des chiffres précis pour évaluer ce que les erreurs de l'administration vont coûter à la caisse cantonale. Pour les 44 dossiers qui ont déjà été analysés, un montant de 146 000 francs est articulé. Mais 300 autres dossiers devront être rouverts, selon le Service de l'action sociale.

Ponctionnés à double

Thierry Béguin a rappelé hier le déroulement de cette histoire.

Jusque dans les années 1990, l'Etat du Valais a fait retenir une partie du salaire des requérants d'asile pour rembourser l'aide reçue du canton. Cette façon de faire était justifiée jusqu'à fin 1991. Ensuite, dès le début 1992, la Confédération fait elle-même retenir une partie du salaire des requérants (7% jusqu'en 1995, puis 10%). Malgré ce prélèvement, «le canton du Valais a continué à exiger des requérants d'asile exerçant une activité lucrative des remboursements de la dette d'assistance par des prélèvements sur les salaires», relève l'expert. Il y a donc un double prélèvement qui durera des années. «L'Office fédéral des réfugiés a toléré cette pratique jusqu'en 1996», constate encore Thierry Béguin dans son rapport. Ensuite, le Valais abandonnera cette méthode, jugée illégale par le Tribunal administratif fédéral.

Des pratiques absurdes

Si le double remboursement n'existe plus à partir de 1997, des pratiques pour le moins floues ont perduré, relève Soeur Marie-Rose. Par exemple, «l'expertise signale le maintien, jusqu'en 2002, de formulaires inadéquats pour ne pas dire absurdes où l'on désoriente et humilie les requérants en leur faisant signer des reconnaissances de dettes, alors qu'il s'agit de montants qu'eux-mêmes versent au bureau administratif de leur région».

Dessin de Casal dans le Nouvelliste

Combat contre l'injustice

Les défenseurs des réfugiés se sont élevés contre les pratiques de l'administration cantonale. Pendant des années, ils sont régulièrement montés aux barricades. Soeur Marie-Rose Genoud a été leur figure de proue. A ses côtés se trouvent celle qui était alors députée de l'Alliance de gauche, Véronique Barras, ainsi que le député PDC Laurent Léger et le conseiller national socialiste Stéphane Rossini. Un comité constitué de 111 membres les seconde.

Le combat n'a pas été facile. Laurent Léger se rappelle avoir été accusé d'avoir agi «sans vérification ni pondération» lorsqu'il a actionné la sonnette d'alarme. Il souligne également l'apathie de l'Etat dans ce dossier. «Que de fois les autorités cantonales ont promis des améliorations. Elles sont arrivées, mais au compte-gouttes, aussitôt contrebalancées par des nouveautés ambiguës, qui gardent les requérants travailleurs dans une situation d'assistés, pour ne pas dire de sous-catégorie sociale.»

Justifications

Thomas Burgener semble soulagé de constater que cette affaire soit terminée. «C'est un dossier qui m'occupe depuis dix ans. Je suis content de ne pas laisser de peau de banane à mon successeur.» Il admet les lacunes dans la gestion de ce dossier, avouant avoir été personnellement débordé par la complexité du sujet.

Le conseiller d'Etat semble avoir la conscience tranquille. Il dit ne pas avoir fait changer les pratiques de ses services, parce que sept rapports de l'Inspectorat cantonal des finances ont affirmé que tout était en ordre, tout comme un rapport de la Commission de gestion du Grand Conseil et un rapport émanant de la Confédération.

Thomas Burgener rappelle aussi qu'il a demandé, il y a quatre ans, à la Confédération de rembourser les requérants, ce qui n'avait pas pu être fait, faute de base légale.

Le socialiste se dit finalement satisfait de pouvoir lire dans le rapport de l'expert que ses services n'ont jamais été animés par l'intention de mal agir.

Voir le reportage de la TSR

Lamboing se bat pour le Twannberg

L’ambiance était plutôt électrique, hier soir dans la salle communale de Lamboing. Les représentants de l’autorité communale n’ont pas mâché leurs mots: «On est décidé à faire rompre ce contrat», a déclaré Monique Courbat, maire de Lamboing. Dans le Journal du Jura.

Après quelques explications, des différents intervenants, notamment de l’Office des migrations ou d’Asile Bienne-régions, les questions et reproches n’ont cessé de fuser, ponctués d’applaudissements. «Pourquoi Dora Andres, présidente de la fondation du Twannberg n’est-elle pas là? On a signé une pétition, mais vous n’en avez rien à cirer. C’est de la dictature pure et simple, c’est dégueulasse de prendre ce chemin-là.»
La manière d’agir des autorités cantonales et de la présidente de la Fondation a visiblement choqué. Car au-delà de la peur que suscite l’arrivée de 200 requérants d’asile dans l’ancien village de vacances du Twannberg, les habitants se sentent lésés et impuissants. Urs Liechti, de la police cantonale, a tenté de rassurer les esprits, mais on sentait bien, au sortir de la séance d’information, que les cœurs étaient encore bien lourds au début de cette longue bataille annoncée. /mlp

Voir le reportage de la TSR

Le sort de la conférence sur le racisme sera connu cette semaine

La plupart des pays attendent l’issue des discussions engagées cette semaine pour confirmer leur présence à Genève le 20 avril prochain.

C’est une semaine cruciale. Depuis lundi, les diplomates s’emploient à bétonner le projet de texte qui sera soumis à examen lors de la conférence sur le racisme, organisée à Genève du 20 au 24 avril prochain.

On saura dans quelques jours seulement si les négociations menées dans l’ombre ont porté leurs fruits. Pour l’instant, rien n’est gagné. Et la plus grande prudence reste de mise. A dix jours de l’ouverture de la conférence, on ne connaît d’ailleurs toujours pas les noms et la composition des délégations attendues. Quid des mille délégués? La plupart des gouvernements hésitent encore à fournir des listes.

Le 17 mars dernier, le Russe Youri Boychenko a déminé le terrain en convainquant les participants à la Conférence de suivi de Durban de travailler sur un nouveau document plus consensuel. Un texte allégé, de seulement dix-sept pages, qui laisse de côté les sujets qui fâchent comme la diffamation des religions, la liberté d’expression, la discrimination à l’égard des homosexuels, le colonialisme et surtout la condamnation d’Israël. Une solution de compromis arrachée de haute lutte par les diplomates grâce aux missions de bons offices conduites au sein de chaque groupe régionaux par les pays les plus modérés.

Pour que l’opération de sauvetage de Durban II aboutisse, il faut qu’un large consensus se dégage autour de l’adoption de ce nouveau texte d’ici à l’ouverture de la conférence. Autrement dit, il faut limiter le nombre des amendements. C’est tout l’enjeu du round de réunions préparatoires qui a commencé en début de semaine à Genève. En l’état, le projet de texte peut être accepté par les pays de l’Union européenne et la Suisse. La fameuse «ligne rouge» (condamnation d’Israël, diffamation des religions…) n’est pas franchie. Sauf que, au détour d’un amendement, le texte peut connaître de nouveaux glissements sémantiques.

Un risque pour la Suisse

Lundi, la Syrie, l’Iran, le Soudan, l’Algérie, le Pakistan, la Chine et Cuba ont émis des réserves. Certains sont même revenus à la charge en affichant des vues divergentes sur l’incitation à la haine raciale, la liberté d’expression, les préjudices passés et la création d’un observatoire du racisme. Si le climat est plus apaisé qu’il y a quelques semaines, des désaccords profonds subsistent. Comme pays hôte, la Suisse sait qu’elle joue très gros. Micheline Calmy-Rey a dit qu’elle n’aimerait pas voir le nom de Genève associé à un échec. Au moindre enflammement verbal d’une ou l’autre des délégations sur l’un des sujets qui fâchent, la Conférence peut tourner au pugilat médiatique. Chaque mot, chaque formulation sera passé en revue par les ONG, les médias du monde entier mais aussi par Israël qui ne fait pas mystère de sa volonté de riposter à toutes les attaques.

ALAIN JOURDAN pour 24 Heures.

Bilan positif de l'accord de Dublin pour la Suisse

Bilan positif de l'accord de Dublin pour la Suisse

Lu dans Romandie.com

L'Office fédéral des migrations (ODM) tire un bilan positif de l'accord de Dublin pour la Suisse. En vigueur depuis le 12 décembre 2008, il a permis à la Confédération de déposer des demandes de prise en charge pour 997 personnes auprès d'autres Etats parties.

D'après l'accord de Dublin, l'Etat responsable du traitement d'une demande d'asile est celui dans lequel la première demande a été déposée. Suite à une décision négative, le requérant d'asile ne doit plus avoir la possibilité d'introduire une nouvelle requête auprès d'un autre Etat Dublin.

Sur les 997 demandes déposées par la Suisse, 564 ont été acceptées par un autre Etat Dublin. Pour 355 personnes, la demande est encore pendante alors que 58 demandes ont été rejetées, précise l'ODM. A ce jour, 140 requérants d'asile ont pu être remis aux Etats Dublin responsables de leur demande et la procédure de remise est en cours pour 424 autres.

Pour sa part, la Suisse a reçu 52 demandes de prise en charge provenant d'autres Etats Dublin. Parmi elles, 39 ont été acceptées, 10 ont été rejetées et 3 sont encore en cours. Sept personnes ont déjà été remises à la Suisse.

La collaboration avec les Etats parties fonctionne bien, relève l'ODM. On constate que la Suisse a pu remettre nettement plus de personnes aux autres Etats qu'elle n'a dû en reprendre sur la base de cet accord.

Cette collaboration s'est appliquée dans le cas du requérant d'asile irakien Fahad Khammas, qui a été expulsé de Suisse la semaine passée. Il se trouve désormais en Suède, pays compétent pour traiter son dossier en vertu de l'accord de Dublin. Son sort a été largement médiatisé en raison de son rôle dans le documentaire "La Forteresse".

Le Valais taxait deux fois des requérants d’asile

Le Valais taxait deux fois des requérants d’asile

par Nicolas Maradan

Pendant quatre ans, le Canton a taxé à double le salaire de 44 requérants. Le bug serait dû à un manque de communication.


Thomas Burgener a promis de rembourser les lésés. (Photo: Keystone)
Info-Box
«Blocher ne voulait pas rendre l’argent» 
L’argent perçu n’a pas fini dans les caisses du Canton. «Il a été transféré à la Confédération», explique Thomas Burgener. «Et Christoph Blocher (n.d.l.r.: conseiller fédéral responsable de l’asile à l’époque) a dit qu’il ne voulait pas rendre l’argent, car les gens n’avaient pas fait opposition», regrette le conseiller d’Etat. Mais en Valais, 3500 dossiers ont été examinés, soit 3500 personnes qui parlent 63 langues différentes, «la communication ne s’est tout simplement pas faite».

A la lumière d’une expertise publiée mardi, le Valais a été reconnu coupable de prélèvements illégaux sur les requérants d’asile établis dans le canton.

A partir de 1987, l’Etat valaisan a en effet retenu un pourcentage du salaire des requérants actifs afin de rembourser la dette d’assistance. Mais, dès 1992, la modification de la loi fédérale sur l’asile a remis cette procédure en question. Selon ces nouvelles dispositions, la Confédération a elle aussi retenu jusqu’à 10% du revenu des requérants.

Jusqu’en 1996, date à laquelle le Valais a cessé de percevoir son pourcentage, les requérants ont donc subi un double prélèvement. «Ils ont remboursé plus qu’ils n’ont coûté à l’Etat», déplore Thomas Burgener, conseiller d’Etat valaisan en charge des Affaires sociales. Le Canton a ainsi taxé 44 personnes de manière illégitime, pour un montant total dépassant les 200 000 fr.

L’expertise ne jette cependant pas la pierre au Canton. L’Office fédéral des réfugiés n’avait à l’époque pas condamné ces agissements. La conclusion de l’expertise met surtout la faute sur un manque de communication entre les administrations.

«Le Valais était dans l’illégalité, mais le rapport a démontré que l’administration avait agi de bonne foi», tempère Thomas Burgener. Le conseiller d’Etat a annoncé que toutes les personnes lésées seraient dédommagées. «Elles seront remboursées avec les intérêts», promet-il.

Sur le même sujet:

Valais: des requérants d'asile seront dédommagés

L'Etat du Valais va dédommager des requérants d'asile. Une expertise a été dévoilée mardi: ils ont subi des retenues salariales illégitimes. ...

Aide aux migrants: des bons samaritains coupables pour la loi

Des migrants dans la «jungle» de Calais le 30 mars 2009/Reuters / Pascal Rossignol«Toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité l'entrée, la circulati on ou le séjour irrégulier d'un étranger en France, sera puni d'un emprisonnement de cinq ans et d'une amende de 30 000 euros.» L'article L622-1 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers, popularisé récemment par le film Welcome, sera au coeur aujourd'hui de plusieurs manifestations dans quelque quatre-vingts villes en France.

A lire sur le site de 20 Minutes.fr

mardi, avril 07, 2009

Se remobiliser contre le racisme

SE RE-MOBILISER CONTRE LE RACISME

Paru le Mardi 07 Avril 2009 
   KARL GRÜNBERG    

ContrechampONU - Du 20 au 24 avril, Genève accueille la Conférence mondiale contre le racisme. Il s'agit en fait d'examiner la situation huit ans après le sommet de Durban. Les milieux anti-racisme constatent, eux, que le fléau a empiré. Eclairage par Karl Grünberg, d'ACOR SOS Racisme. 
Depuis le procès de Nuremberg, les Etats démocratiques condamnent ce fléau1. La Déclaration universelle des droits de l'homme a proclamé «l'avènement d'un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère»2. Depuis quelques années, les Etats démocratiques occidentaux, se référant à la Shoah, affirment un devoir de mémoire qui les protégerait du racisme. Combien de massacres de masse ou de génocides depuis 1945? Et combien reconnus comme tels? Des Tribunaux pénaux internationaux poursuivent les responsables du génocide au Rwanda et des crimes contre l'humanité commis en ex-Yougoslavie. Des tribunaux spéciaux instruisent les massacres de Sierra Leone et du Cambodge. En Afrique, en Amérique latine, en Asie les morts innombrables de crimes ignorés glissent dans l'oubli. 
Doudou Diène, rapporteur spécial sur le racisme, l'exposait dès 2007. Le Comité pour l'élimination de la discrimination raciale relevait en 2008 que la législation suisse n'a pas correctement défini la discrimination raciale. Il relevait le recours au profilage racial3 et la protection inadéquate du droit de se marier et de fonder une famille pour les étrangers originaires d'un État non membre de l'Union européenne. Il constatait les attitudes racistes et xénophobes contre les Noirs, les musulmans, les Roms, les immigrants, les requérants d'asile. Il regrettait les violences policières4. 
Il s'inquiétait de ce que nous connaissons: la sélection raciste des bénéficiaires d'autorisations de séjour, les centaines de milliers de «sans-papiers» vivant dans la peur et sans statut légal; 
La loi sur l'asile, cruelle pour les réfugiés qu'elle déboute, à nouveau révisée: les guerres poussent à l'exil de nouveaux malheureux; 
La loi genevoise anti-mendiants dont les auteurs savaient que les Roms fuient le racisme dans leur pays d'origine; 
Les récentes décisions du Conseil national: ne pas invalider l'initiative anti-minarets, durcir le Code civil «afin que les étrangers séjournant illégalement en Suisse ne puissent plus se soustraire par mariage à l'obligation de quitter le pays». 
Last but not least, les autorités ont interrompu le subventionnement d'ACOR SOS Racisme, seul organisme indépendant qui assurait en Suisse une défense professionnelle des victimes du racisme. 
L'aggravation du racisme alarmait la Conférence de Durban5, troisième conférence mondiale consacrée à le combattre. Des oppositions entre pays arabes et occidentaux avaient marqué celles de 1978 et de 1983, que les Etats-Unis avaient boycottées. En 2001, le Proche-Orient et les réparations liées à l'esclavage avaient opposé pays occidentaux, pays arabes et ONG africaines6 qui demandaient la reconnaissance de la traite transatlantique, de l'esclavage et du colonialisme comme crime contre l'humanité7. 
L'Organisation de libération de la Palestine revendique depuis novembre 19678 le retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés pendant la guerre des 6 jours. Une résolution de l'Assemblée générale des Nations unies assimilait en 1975 le sionisme à une forme de racisme. Elle sera annulée en 1991 grâce aux accords d'Oslo. Israël, depuis lors, s'est débarrassé des Accords d'Oslo. 
Le racisme a-t-il reculé depuis 2001? Combien de pays ont-ils pris de réelles mesures pour en protéger les victimes, Afro-descendants, minorités, peuples autochtones, peuples opprimés, Roms? 
Le 11 Septembre, les kamikazes, les attentats de Londres, Madrid et Bombay mettent le feu à la rumeur. Les «jeunes nés de l'immigration» ne refuseraient pas l'injustice, ils seraient racistes anti-blanc, islamistes. Un racisme identitaire et victimaire gonfle au coeur des ex-puissances coloniales et des idéologies nationalistes et racistes nées au sein d'ex-colonies contribuent à accréditer le mythe du «clash des civilisations»9 qui désinhibe le racisme occidental contemporain. 
Le 17 janvier 2008, à l'initiative de Filip Dewinter, député d'Anvers et porte-parole du Vlaams Belang flamand, plusieurs mouvements nationaux et identitaires constituent l'organisation européenne «Les villes contre l'islamisation». Le 14 février 2008, les Jeunesses identitaires de Savoie se réjouissent que le tribunal administratif de Grenoble ait annulé le permis de construire une mosquée à Annecy. Le 20 septembre 2008, une manifestation européenne a réuni à Cologne les mouvements contre l'islamisation. La Lega Nord en Italie a déposé un projet de loi contre la construction de mosquées que le lobby islamophobe combat dans l'Europe entière. C'est en Suisse que ce mouvement est le plus fort: la question y sera soumise au vote10. Oskar Freysinger, fer de lance de l'initiative anti-minarets, ne cache pas sa collaboration avec le Vlaams Belang. 
L'Etat d'Israël et ses partisans pensent-ils éviter que ne soit entendue à Genève l'indignation soulevée par le sort de Gaza? De nombreux intellectuels animent une campagne d'opinion massive. Ils dénoncent la menace contre Israël que représenterait l'antisémitisme musulman et s'acharnent à délégitimer la prochaine conférence contre le racisme. 
Des organisations représentant les communautés juives ont déployé parallèlement une intense activité politique et diplomatique. Mardi 3 mars 2009, le Congrès juif européen demandait aux pays de l'Union européenne de boycotter la Conférence de l'ONU contre le racisme11. Mardi 17 mars, le groupe de travail préparant la Conférence a diffusé, dans l'espoir de couper court aux menaces de boycott des pays occidentaux, un projet de déclaration finale consensuel et nettoyé des points de discorde12. Les quatre conditions que les Etats-Unis avaient fixées le 27 février 2009 semblent aujourd'hui satisfaites. 
Le 22 juin 2006, à la première séance plénière du nouveau Conseil des Droits de l'homme, le ministre iranien des Affaires étrangères engageait la lutte contre la diffamation du message divin de l'islam et contre son dénigrement. 
Cette exigence provoque une inquiétude légitime. En décembre 2007, le journaliste Jean-Claude Bührer13 estime la liberté d'expression en danger. En février 2008, la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) diffuse un appel signé par de nombreux intellectuels français. Elle craint que l'année 2008 ne voie «simultanément le soixantième anniversaire de la déclaration universelle des droits de l'homme par l'ONU et la destruction de ses principes par la même ONU» et alarme l'opinion contre «la révolution multiculturelle (...) de l'OCI (Organisation de la conférence islamique), du Mouvement des Non Alignés (...) et de la Chine avec la complaisance cynique de la Russie»14. 
Le 24 avril 2008, l'essayiste et journaliste Caroline Fourest soutient dans Le Monde que «les Etats liberticides ont profité de l'après-11-Septembre pour faire évoluer l'ONU vers une vision différentialiste des droits de l'homme. (...) Contrairement à l'expression 'racisme antimusulmans', qui vise bien le racisme envers des individus, le mot 'islamophobie' désigne la phobie envers l'islam au risque de disqualifier toute parole critique envers la religion ou l'intégrisme comme étant une forme de racisme». 
La Déclaration universelle des droits de l'homme aspirait à un monde «où les êtres humains soient libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère». Les Etats démocratiques occidentaux ont-il lutté pour leur application? Les seules avancées qu'ont connues ces droits n'ont pas d'autre source que les luttes des mouvements ouvrier et écologiste, des mouvements de défense des droits humains et de libération sociale, nationale, de genre ou d'orientation sexuelle. 
Certains invoquent le rempart contre la barbarie que représenterait la laïcité française. Oublient-ils que cette dernière s'est imposée contre l'alliance du sabre et du goupillon et pour la démocratie sociale mais que le mouvement qui la portait n'a pas combattu la colonisation? La république a soumis les Algériens comme sujets musulmans, leur a refusé la citoyenneté et la démocratie. Sarkozy et sa cour refusent aujourd'hui la repentance. Et le devoir de mémoire? 
L'Organisation de la conférence islamique (OCI) compte l'Arabie saoudite et les pétromonarchies, le Pakistan, d'autres pays avec lesquels l'Occident et les Etats-Unis forment le monde réellement existant qui se moque des droits de l'homme comme de colin-tampon. Si l'OCI s'opposait au racisme islamophobe qui ferme l'Occident «aux ressortissants des pays qui n'ont pas les idées européennes (au sens large)» elle viserait juste. Mais la politique de bloc que mène cette Union sacrée conforte les inégalités économiques, sociales, politiques, religieuses, de genre au sein des pays qu'elle rassemble. Et qui accepte la politique migratoire occidentale. 
Drapés dans les vertus qu'ils s'attribuent, démocratiques pour l'Occident, religieuses pour l'OCI, ces deux larrons s'entendent sur l'essentiel. Tondre la laine sur le dos des peuples qu'ils dominent. 
L'échec de la Conférence de Durban, l'échec programmé de la Conférence diplomatique de Genève, n'ont évidemment rien à voir avec l'antisémitisme ou les revendications mémorielles. 
Les émotions que soulève la question palestinienne ne tiennent pas au fait que sa résistance porte les espoirs qu'avait soulevés dans les années cinquante les mouvements de libération. Mais au blocus de Gaza, au massacre du ghetto de Gaza qui satisfont aux intérêts coloniaux d'Israël. D'un Israël qui bénéficie du soutien des pouvoirs qui dominent la planète parce que le mur qui divise la Palestine est un tronçon de la muraille qu'ils érigent contre les pauvres. 
Une photo de famille souriante conclura peut-être la Conférence diplomatique et il faudrait avoir l'esprit bien chagrin pour la déplorer. Ce décor dissimulera l'essentiel. 
Mais l'essentiel, l'espoir, est ailleurs. Il se niche dans les ateliers qu'animeront au cours du week-end précédant la conférence les militant-e-s du monde entier réunis par le Forum de la société civile. Il s'exprimera dans la manifestation nationale et internationale qu'organisent à Genève le 18 avril la multitude d'organisations solidaires des droits des réfugiés, des migrants, de toutes les minorités dans leur combat contre le racisme et la discrimination. 
Il réside dans cette opinion publique internationale qui émerge et se renforce aujourd'hui pour appliquer les droits humains et qui apprend qu'elle ne devra compter sur le soutien d'aucun Etat mais tous les mettre en question. I 1 Le Tribunal de Nuremberg a siégé du 14 novembre 1945 au 1er octobre 1946. L'Assemblée générale des Nations unies a confirmé le 11 décembre 1946 «les principes de droit international reconnus par le Statut du tribunal de Nuremberg et par le jugement de celui-ci». 
2 Préambule de la Déclaration universelle des droits de l'homme, http://www.un.org/french/aboutun/dudh.htm 
3 Délit de faciès: délit de «sale gueule». 
4 19 août 2008, Le Courrier, «La lutte contre le racisme connaîtra-t-elle un nouvel essor?» 
5 Conférence d'examen de Durban, http://www.un.org/french/durbanreview2009/ngo.shtml 
6 25 août 2001, Libération, «L'antiracisme piégé par le sionisme et l'esclavage». 
7 Aidh.org http://www.aidh.org/Racisme/durb_conf_05.htm 
8 Résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations Unies. 
9 Samuel P. Huntington, Le clash of civilizations and the remaking of world order, Simon & Schuster, UK, 1997. 
10 solidaritéS, n°140 (08/01/2009), «Libre circulation: les racistes à l'affût». 
11 Cicad 874, 4 mars 2009, Le Congrès juif européen demande aux pays de l'UE de boycotter «Durban II». 
12 Cicad 884, 18 mars 2009, «Durban II»: le groupe de travail propose un nouveau texte très consensuel. 
13 Décembre 2007, Jean-Claude Buhrer, «L'ONU contre les droits de l'homme». 
14 LICRA, http://www.licra.org/index.php?section=detail&cur_rub=1&id=3000 
Note : 1 Le Tribunal de Nuremberg a siégé du 14 novembre 1945 au 1er octobre 1946. L'Assemblée générale des Nations unies a confirmé le 11 décembre 1946 «les principes de droit international reconnus par le Statut du tribunal de Nuremberg et par le jugement de celui-ci». 
2 Préambule de la Déclaration universelle des droits de l'homme, http://www.un.org/french/aboutun/dudh.htm 
3 Délit de faciès: délit de «sale gueule». 
4 19 août 2008, Le Courrier, «La lutte contre le racisme connaîtra-t-elle un nouvel essor?» 
5 Conférence d'examen de Durban, http://www.un.org/french/durbanreview2009/ngo.shtml 
6 25 août 2001, Libération, «L'antiracisme piégé par le sionisme et l'esclavage». 
7 Aidh.org http://www.aidh.org/Racisme/durb_conf_05.htm 
8 Résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations Unies. 
9 Samuel P. Huntington, Le clash of civilizations and the remaking of world order, Simon & Schuster, UK, 1997. 
10 solidaritéS, n°140 (08/01/2009), «Libre circulation: les racistes à l'affût». 
11 Cicad 874, 4 mars 2009, Le Congrès juif européen demande aux pays de l'UE de boycotter «Durban II». 
12 Cicad 884, 18 mars 2009, «Durban II»: le groupe de travail propose un nouveau texte très consensuel. 
13 Décembre 2007, Jean-Claude Buhrer, «L'ONU contre les droits de l'homme». 
14 LICRA, http://www.licra.org/index.php?section=detail&cur_rub=1&id=3000

Clandestins: Tripoli, invité à coopérer avec l'UE, demande des contreparties

BRUXELLES - La Commission européenne a demandé mardi à la Libye une coopération plus étroite pour lutter contre les embarquements d'immigrants clandestins, mais les contreparties réclamées par Tripoli posent problèmes, a souligné le commissaire à la Sécurité Jacques Barrot.

"La Libye a demandé des financements et des moyens logistiques pour surveiller sa frontière sud", a expliqué M. Barrot à l'AFP à l'issue d'une rencontre à Bruxelles avec l'ambassadeur de Libye, Ahmed Hadeiba Alhadi. "Mais répondre à ces demandes est très difficile. Il n'est ainsi pas certain que les pays africains acceptent l'alimentation d'un fonds pour les problèmes liés à l'immigration via le Fonds européen au développement", a-t-il souligné. "Je veux rouvrir le dialogue avec la Libye et je veux aller au fond des choses", a-t-il néanmoins affirmé.

M. Barrot n'a pas exclu un déplacement en Libye. "Je veux voir comment intéresser les Libyens à un certain nombre d'actions efficaces", a-t-il insisté. "Il faut arrêter les passeurs", a-t-il affirmé. "J'ai également dit que nous étions prêts à les aider pour éviter les naufrages, mais que ce qui impliquait une coopération étroite avec Frontex", l'agence européenne chargée des frontières extérieures de l'UE, a ajouté le commissaire. "J'ai noté leur engagement pour des patrouilles conjointes avec l'Italie à la mi-mai, et c'est un point positif, parce que cela peut permettre d'éviter des catastrophes humaines", a-t-il souligné.

"Mais le problème devient que faire des personnes sauvées. Où les emmener?", a-t-il demandé. "Il nous faut des accords de réadmission avec la Libye, mais les Libyens nous disent que ces personnes viennent d'autres pays d'Afrique avec qui ils n'ont pas d'accords et donc qu'ils ne peuvent les renvoyer", a-t-il précisé. "Les autorités libyennes ont pris la mesure du problème. Ils estiment à près de 2 millions les candidats à l'immigration vers l'Europe présents sur leur territoire", a-t-il indiqué.

Environ 80% clandestins qui tentent une traversée de la Méditerranée vers l'Europe entrent en Libye par le Niger, avait indiqué la semaine dernière le ministre libyen de l'Intérieur Abdelfattah Younis Al-Obeidi. Fin mars, le naufrage d'une embarcation de fortune au large de la Libye à fait au moins 21 morts et plus de 200 disparus, selon l'Organisation internationale des migrations (OIM), qui a fait état de "départs massifs" d'immigrants depuis les côtes libyennes. La plupart tentent de rallier l'Italie ou sont dirigés sur Malte. Près de 37.000 candidats à l'immigration sont arrivés sur les côtes italiennes en 2008, un chiffre en hausse de 75% par rapport à 2007, selon le ministère italien de l'Intérieur.

Les difficultés rencontrées par l'Italie, Malte et l'Espagne, trois pays du sud de l'Europe en première ligne face à l'immigration clandestine, ont été une nouvelle fois évoquées lundi lors d'une réunion des ministres de l'Interieur de l'UE à Luxembourg. "Nous devons placer la dimension migratoire au centre de tous nos accords avec les pays tiers, notamment les pays d'origine", a affirmé Jacques Barrot. "Nous ne pouvons pas accueillir toute l'Afrique en Europe. Ce ne serait pas possible et ce ne serait pas bon pour l'Afrique", a-t-il souligné.

(©AFP / 07 avril 2009 17h43)

lundi, avril 06, 2009

Sans-papiers en 2001, naturalisés en 2009

Sans-papiers en 2001, naturalisés en 2009 - Lu dans 24heures

PARCOURS | Isabel et Carlos Basantes et leurs enfants sont maintenant bourgeois de Lausanne. Il y a huit ans, Isabel, Equatorienne clandestine, était interpellée par la police de Pully.



© FLORIAN CELLA | ​Grâce aux images télévisées, Isabel Basantes replonge dans l’épisode pénible de 2001 où elle était interpellée par un policier pulliéran. C’est en famille qu’elle savoure aujourd’hui son nouveau statut.

ALAIN WALTHER | 06.04.2009 | 00:03

Isabel et Carlos ont réussi leur examen devant la commission présidée par le municipal Jean-Yves Pidoux. Voilà les époux Basantes bourgeois de Lausanne depuis l’automne dernier. Heureux couple lausannois, qui en décembre prochain ira en vacances en Equateur… avec leurs passeports suisses. Le serment du Grütli, la guerre du Sonderbund, le nom de tous les conseillers fédéraux: ils prêteront serment fin avril au Palais de Rumine. La routine sur le chemin de la naturalisation. Un exploit pour ces anciens travailleurs clandestins qui ont bien failli être expulsés. Aujourd’hui avec Stéphanie, gymnasienne, et Bastien, collégien, ils coulent une vie tranquille au Jardin de Prélaz dans l’Ouest lausannois.

Dans le Wall Street Journal 
A l’époque, l’affaire fait grand bruit. Même le Wall Street Journal dépêche son enquêteur spécialiste du dossier immigration. On apprenait ainsi dans le journal étasunien que dans la banlieue de Lausanne, à Pully, «200 femmes sud-américaines avaient été appréhendées à la descente du bus». Le confrère gringo avait un peu forcé le trait. La vérité était suffisamment choquante.

Le 17 mai 2001, Isabel Basantes, femme de ménage sans-papiers depuis onze ans, est interpellée par un policier pulliéran. L’agent fait dans la légalité mais pas dans la dentelle. Préventivement, il oblige la clandestine à retirer 4300 francs en prévision de l’amende à payer avant son expulsion. Levée de boucliers dans le canton de Vaud. Leur patron, des politiciens, des artistes, un collectif, l’administration vaudoise, tout le monde voudrait bien que ces étrangers, employés modèles parfaitement intégrés, restent dans le canton de Vaud. Berne finira par accorder des permis humanitaires. Victoire pour le comité de soutien qui demandait la régularisation de tous les sans-papiers.

2009: encore plus dur
Le temps a passé, les employés modèles mais clandestins, comme les Basantes en 2001, sont toujours aussi nombreux. Equatorien comme Mauricio Catota, cuisinier soutenu par son employeur, le Lausanne-Palace ( 24 heures du 16 mars). Comme Fausto aussi, le grand frère de Carlos. Arrivé en 1991, l’aîné de Basantes, 50 ans, est aujourd’hui grand-père. Berne a demandé qu’il y soit renvoyé. «C’est par la grâce de Dieu et le soutien des gens que nous sommes devenus Suisses», expliquent Isabel et Carlos qui savent qu’aujourd’hui, c’est encore plus dur d’être un «Basantes».


Savoir et se taire est grave

   BENOÎT PERRIER    

ActuelINTERVIEW - La présidente de l'Observatoire suisse du droit d'asile et des étrangers souligne la dureté des lois actuelles et la nécessité de coopérer au niveau européen. 
Après l'échec de leur référendum en 2006, les opposants à la nouvelle loi sur les étrangers (LEtr) et la révision de la loi sur l'asile (LAsi) sont ébranlés: soixante-huit pour cent des Suisses ne les ont pas suivis. Ils décident de surveiller l'application des deux lois et créent des Observatoires régionaux du droit d'asile et des étrangers. Depuis, ces organismes répertorient des cas concrets qui montrent l'ampleur des problèmes provoqués par cette législation et les situations inhumaines qu'elle suscite. L'ancienne conseillère nationale Ruth-Gaby Vermot (PS/BE) préside l'Observatoire suisse qui rassemble et diffuse les données recueillies par les observatoires régionaux1. Entretien. 


Au même temps que vous présentez un bilan dramatique des lois actuelles, la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf annonce un nouveau durcissement.

Ruth-Gaby Vermot: Elle donne un signal: elle reste ferme, dans la même logique que l'UDC, mais ses propositions sont alarmantes. Par exemple ne plus accepter la désertion comme motif d'asile, alors qu'il est clair que renvoyer un objecteur de conscience ou un déserteur peut lui coûter la vie. Mme Widmer-Schlumpf envisage aussi d'interdire le dépôt de demandes d'asile dans les représentations suisses à l'étranger. Des pays n'offrent pas cette possibilité, certes, mais cela n'empêche pas la Suisse d'être un exemple en la matière. En 2008, 8% de ces demandes ont été acceptées. Les personnes concernées ont pu gagner la Suisse sans utiliser les «services» d'un passeur et les dangers que cela implique. 

Et les deux autres mesures envisagées?

On entend interdire l'action politique des requérants. C'est s'attaquer à leur liberté d'expression et d'opinion, mais aussi à celle des Suisses. Ils pourraient être inquiétés s'ils les aident. Le quatrième point est encore plus invraisemblable: il s'agit, pour les requérants déboutés qui s'opposent à leur expulsion, de prouver eux-mêmes que le renvoi est impossible. Comment le pourraient-ils, sans mobilité, avec très peu de moyens et de possibilités de communication? Les deux lois sont entrées en vigueur progressivement, entre 2007 et 2008. Sur le sujet du code pénal pour les mineurs, Mme Widmer Schlumpf a affirmé qu'il fallait trois à quatre ans pour mesurer les effets d'une législation. Pourquoi donc s'attaquer à la loi sur l'asile après une année? 

Ce d'autant plus que les cas recueillis par l'Observatoire montrent les répercussions des lois actuelles.

Oui. L'Observatoire suisse publie les données que recueillent les Observatoires régionaux. Il les relaie dans les médias, auprès des politiques et des administrations nationale et cantonales. Ces documents sont des cas avérés et vérifiés, ils peuvent sensibiliser la population et motiver les autorités à revoir des lois qui sont souvent en conflit avec les conventions internationales, notre propre Constitution et l'état de droit. Je pense qu'une grande part de la population ne souhaite pas que la Suisse viole ses propres engagements.


Le droit international comme levier? On sait qu'en Suisse il ne fait pas barrage au populisme.

Oui et c'est malheureux! Mais il y a quand même des citoyens qui entendent nos arguments et se laissent toucher par des cas concrets, qui, aussi, ne veulent pas faire du droit un non-droit. Avec les cas bien documentés dont nous disposons, nous pouvons faire comprendre qu'on ne peut pas traiter les requérants comme des criminels! Quand je parle à des gens partiellement informés, je leur explique la situation d'une famille avec deux enfants qui doit vivre avec l'aide d'urgence, soit 504 francs par mois. Elle ne connaît personne, est isolée, vit dans un logement minuscule souvent inadapté aux enfants Ceux-ci n'ont fréquemment plus le droit d'aller à l'école, car la famille attend d'être renvoyée dans son pays d'origine ou un pays tiers. Ces gens à qui je parle se rendent compte que ces demandeurs d'asile ne veulent pas «abuser» de la Suisse et que les lois sont bien trop sévères. 
Le travail de l'Observatoire défait l'amalgame autour d'étrangers «qu'on ne voudrait pas». Les cas répertoriés montrent qu'il s'agit d'êtres humains. 

Vous avez notamment vu des inégalités dans la gestion des cas de rigueur, qui peuvent permettre une régularisation.

Suivant les cantons, c'est une loterie. En Suisse romande, ça se passe plutôt bien, des personnes sont admises provisoirement ou obtiennent un permis B. En Suisse alémanique, par contre, les différences sont énormes entre les cantons. Un requérant attribué à Genève ou au canton de Vaud a plus de «chance» qu'à St-Gall, et beaucoup plus qu'à Zurich ou à Schaffhouse. Selon la loi, c'est une discrimination puisque les personnes ne sont pas traitées également et que les mêmes données sont interprétées différemment. Une autre disparité concerne l'accès à la santé. Chaque personne en Suisse pour plus de trois mois doit être assurée contre la maladie. Certains cantons assurent les requérants, d'autres ne le font pas. C'est dans le lieu où les requérants habitent qu'on leur permet ou non d'aller voir un médecin. On ne peut pas demander à quelqu'un qui n'est pas médecin de se prononcer sur un tel besoin. 

Et les conditions varient aussi pour l'aide d'urgence.

L'aide d'urgence est seulement une possibilité prévue par la loi. Si un recours est pendant, par exemple, le canton peut laisser la personne concernée à l'aide sociale. Cette décision appartient aux cantons mais la Constitution exige que la dignité de l'être humain soit maintenue. Or l'aide d'urgence, telle qu'elle est utilisée, va à l'encontre de cet impératif. Comment une famille avec deux enfants peut-elle vivre dignement avec 504 francs par mois? C'est la condamner à une existence de mendicité; cette somme représente moins du tiers de ce que toucherait une famille qui, dans le même cas, bénéficierait de l'aide sociale. 


Ces mesures ont-elles un effet sur le nombre de requérants?

Non. Si la situation s'aggrave dans certains pays, comme l'an passé, un plus grand nombre de personnes cherchent asile en Europe et en Suisse. La semaine dernière, plus de 200 personnes faisaient naufrage en Méditerranée. En tant que membre du Conseil de l'Europe, j'ai visité Lampedusa, en Italie. C'est une catastrophe humaine: les gens sont humiliés, les soins sont rudimentaires. Les Européens ferment les yeux et la Suisse ferme ses portes. La Suisse ne peut pas régler la question de l'asile et des étrangers seule. Une coopération avec les autres pays d'Europe est nécessaire pour une gestion humanitaire commune. Au lieu de renvoyer les gens vers l'Italie ou l'Espagne, la Suisse doit faire preuve de solidarité avec l'Europe du Sud, débordée par cet afflux. Dans les pays d'origine, il faut aussi investir dans la résolution de conflits et l'aide au développement. 

Les conclusions de l'Observatoire atteignent-elles les parlementaires?

En partie, mais cette thématique interpelle peu. Ce désintérêt est alarmant car il implique qu'on accepte l'injustice et l'atteinte à la dignité de ces personnes. Savoir et se taire est grave; les élus et l'administration doivent prendre nos observations en compte et admettre que nous risquons de bafouer nos engagements. Il ne faut pas seulement être catastrophé mais agir. C'est pour cela que le travail des observatoires régionaux est inestimable. Grâce aux cas qu'ils documentent, nous pouvons montrer des situations réelles. Personne ne peut accepter qu'une mère étrangère non mariée soit expulsée avec son enfant, ce qui le sépare de son père suisse. Dans un tel cas, le «respect de la vie familiale» que demande la Convention des droits de l'homme est foulé aux pieds. I 
Note : www.odae-suisse.ch et www.odae-romand.ch



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Chroniques de l'injustice ordinaire

   BENOÎT PERRIER    

Ubuesques, absurdes et inhumains: difficile de ne pas frémir quand on prend connaissance des 72 cas que relaye l'Observatoire suisse du droit d'asile et des étrangers. Chacun fait l'objet d'une fiche qui résume la situation d'une personne ou d'une famille, détaille les démarches effectuées et souligne les enjeux que soulève le cas. Florilège partiel. Que dire de la décision de renvoyer une fillette, naturalisée suisse, parce que sa mère est sans statut légal, la privant ainsi de son père (cas 009)? Ou de la situation d'une fille de 7 ans et de sa mère, retenues pendant quarante-sept jours dans la zone de transit de l'aéroport de Cointrin avec, en tout et pour tout, deux sorties à l'air libre d'une demi-heure (cas 046)? Ou encore de ce garçon de 8 ans, orphelin de mère, quasiment livré à lui-même en République dominicaine mais dont on refuse qu'il rejoigne sa tante en Suisse (cas 066)? Des contradictions? Elles ne manquent pas: la nouvelle loi obligeant le requérant à présenter des papiers d'identité dans un délai de quarante-huit heures, un ressortissant ougandais se voit frappé de non-entrée en matière. Seul problème, l'Ouganda ne délivre pas de cartes d'identité; quant aux passeports, ils sont uniquement accordés aux puissants (cas 031). On pourrait poursuivre longtemps la litanie. On renverra seulement le lecteur au site de l'Observatoire, en lui signalant qu'une série de fiches illustre les dangers du projet de révision Widmer-Schlumpf, donnant des exemples de demandes légitimes que celui-ci interdirait. BPR



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Vivre Ensemble fait peau neuve

   BENOÎT PERRIER    

La semaine dernière, l'association Vivre Ensemble présentait la nouvelle maquette de sa publication. Active depuis vingt-cinq ans, elle fait le lien entre les différents acteurs du domaine de l'asile et sensibilise également le grand public. 
Au programme, une mise en page plus aérée et une nouvelle rubrique qui met en lumière les conditions d'un pays d'émigration (dans ce numéro, le Nigeria). La future révision de la loi sur l'asile est bien évidemment largement évoquée dans le dernier numéro, qui détaille la situation des déserteurs érythréens et dénonce la volonté d'interdire une activité militante aux requérants. 
L'association gère aussi un centre de documentation sur l'asile et publie une liste des parutions sur le sujet. BPR 
Note : Numéro 122 (avril 2009) consultable sur le site de l'association www.asile.ch.


Quelle éthique pour la politique de l'immigration en France ?

Quelle éthique pour la politique de l'immigration en France ?

Le ministre de l'Immigration Eric Besson le 2 avril 2009 (Pascal Rossignol/Reuters).

Politique de l'immigration et éthique entretiennent aujourd'hui en France un lien qui semble fort ténu -et la question est relancée avec l'initiative du maire d'Evry, Manuel Valls, invitant pour la sixième édition des « Rendez-vous de l'éthique » le ministre Eric Besson à un débat, lundi 6 avril, auquel Dominique Sopo (Président de SOS Racisme) et moi-même sommes également conviés.

C'est l'occasion de mieux comprendre et de questionner la synthèse inédite des deux ouvertures prônées par le chef de l'Etat, qui a confié à un transfuge de la gauche le soin de mener une politique destinée à flatter l'électorat d'extrême droite.

Logique de responsabilité contre éthique de conviction

Il y a déjà bien longtemps qu'en ce domaine, nous sommes habitués, pour reprendre la terminologie de Max Weber, à constater l'existence d'une tension entre éthique de conviction, qui veut, à la limite, par exemple, que l'hospitalité soit sans frontières, absolue, et éthique de responsabilité, qui pousse en particulier les dirigeants politiques à tenir compte de divers impératifs pour réguler ou contrôler l'immigration.

L'humanisme des droits de l'homme, les valeurs morales, voire religieuses, l'engagement des associations, celui, aussi, des intellectuels sont du côté des convictions, l'action publique, l'intervention de l'Etat, au nom éventuellement de la raison, voire de la Raison d'Etat, tendent plutôt à se situer du côté de la responsabilité.

Mais il ne s'agit plus de cette tension, nous sommes au-delà, et il faut admettre que se profile une pure et simple dissociation des deux logiques.

Plusieurs dimensions de la politique actuelle de l'immigration nous incitent en effet à considérer cette dissociation, et à nous en inquiéter : le bilan de cette politique ne correspond assurément pas à l'image que la France aime à donner d'elle-même, le pays des droits de l'homme et du combat pour les Lumières et les valeurs universelles, le droit, la raison.

En voici quelques illustrations, parmi les plus significatives.

Le candidat Nicolas Sarkozy, non sans succès du côté de l'extrême droite, a annoncé dans sa campagne présidentielle son projet de créer un ministère de l'Identité nationale qu'il a effectivement mis en place une fois élu, associant donc, dans le même libellé, immigration, intégration, développement solidaire et identité nationale -une association immédiatement contestée : elle débouche sur une disqualification ou tout au moins sur un soupçon pesant sur les migrants, tenus alors non pas tant comme des êtres humains que comme un problème pour la Nation et son identité.

Le chef de l'Etat, poursuivant la politique qu'il avait inaugurée comme ministre de l'Intérieur, a fixé des objectifs quantifiés en matière d'expulsions d'étrangers en situation irrégulière -25 000, puis 27 000 et 29 000 par an-, comme si la réussite devait être mesurée à l'aune de ce nombre, et de sa hausse, et non en fonction du nombre de migrants accueillis. Des centres de rétention administrative ont été chargés de la phase préalable à ces expulsions, qui se déroulent dans bien des cas de façon scandaleuse et inhumaine.

L'éthique de conviction, ici, est à l'évidence du côté des associations qui protègent les enfants scolarisés victimes de cette politique, tel le Réseau éducation sans frontières (RESF), ou qui veillent au respect des droits de l'homme, tels la Cimade oule Gisti. Elle est du côté de ces passagers d'avions de ligne indignés au spectacle d'étrangers menottés et refusant de voyager dans le même vol.

Elle est encore du côté de ceux qu'inquiètent les dérives policières que suscite cette politique, en matière de contrôles au facies par exemple, ou qui s'interrogent : l'idée récemment exprimée par le ministre de délivrer un titre de séjour aux étrangers en situation irrégulière qui dénonceraient leurs passeurs constitue quoi qu'il en dise un appel à la délation. En tous cas, l'esprit de cette démarche, dont la diffusion a de fait précédé l'énoncé, pénètre désormais le système de répression, au point que la situation des clandestins devient une catastrophe humanitaire et sanitaire : ils n'osent plus par exemple se présenter à l'hôpital ou dans des centres de soin, ils se terrent, ils sont terrorisés.

L'immigration doit être « choisie », selon la politique actuelle, ce qui met en cause le droit au respect de la vie privée et familiale de bien des migrants, et s'avère vite raciste -le « choix » ne va-t-il pas écarter les migrants venus de pays particulièrement pauvres, et servir surtout à éliminer les candidats en provenance du Maghreb et de l'Afrique subsaharienne ?

Y a-t-il une éthique de responsabilité du côté de l'Etat ?

Un amendement est venu lester la loi sur l'immigration de 2007, il prévoit la possibilité de recourir à des tests génétiques pour permettre le regroupement familial -ce qui a choqué jusqu'au sein de la majorité politique actuelle.

Mais envisageons la question sous l'angle de l'éthique de responsabilité : est-elle bien du côté de l'Etat, et du ministère concerné ? Le moins qu'on puisse dire est qu'on peut en douter.

Les expulsions, les centres de rétention administrative coûtent cher au contribuable, des chiffres stupéfiants sont même couramment avancés (il est question de 15 à 25 000 euros par personne expulsée, les éléments d'un chiffrage figurent dans le rapport Mazeaud -publié à la Documentation Française) et leur efficacité est faible. Cet argent ne pourrait-il pas servir plutôt à accueillir les migrants, à leur offrir un minimum d'accès aux soins ou au logement, à accélérer leur apprentissage du français ?

Le bilan établi en janvier 2009 pour Le Monde par Patrick Weil, et qui n'a pas été sérieusement contesté, indique que le prédécesseur d'Eric Besson, Brice Hortefeux, a en réalité connu l'échec, en particulier s'il s'agit des chiffres des expulsions, particulièrement « gonflés ».

L'immigration « choisie » n'est pas une idée neuve, et les expériences du passé montrent qu'elle n'a jamais constitué une politique efficace : rien n'indique qu'il en est autrement cette fois-ci, et ce n'est pas parce qu'à l'échelle européenne un consensus a été affiché pour la promouvoir qu'il y aura des mesures concrètes d'application.

L'« amendement ADN » a été pratiquement vidé de son contenu par le Conseil constitutionnel, ce qui en fait un chiffon idéologique -ce dont on ne peut certes que se réjouir. Mais qu'il ait été possible de le concevoir, et qu'il n'ait pas été purement et simplement supprimé constitue là aussi un défi à l'éthique.

Ainsi, l'éthique de conviction ne semble pas animer la politique actuelle de l'immigration, et l'éthique de responsabilité sort mal en point de toute évaluation de l'action des ministres concernés, sauf à accepter l'autosatisfaction qu'ils affichent : non seulement les deux éthiques se séparent, mais ni l'une ni l'autre ne semble caractériser la politique actuelle de l'immigration. La double ouverture qu'aurait pu tenter d'incarner Eric Besson n'en est qu'une, tournée exclusivement vers l'électorat de la droite la plus dure et de l'extrême droite.

Photo : le ministre de l'Immigration Eric Besson le 2 avril 2009 (Pascal Rossignol/Reuters).

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Sans-papiers en 2001, naturalisés en 2009

Grâce aux images télévisées, Isabel Basantes replonge dans l’épisode pénible de 2001 où elle était interpellée par un policier pulliéran. C’est en famille qu’elle savoure aujourd’hui son nouveau statut.(Photo Florian Cella). Isabel et Carlos Basantes et leurs enfants sont maintenant bourgeois de Lausanne. Il y a huit ans, Isabel, Equatorienne clandestine, était interpellée par la police de Pully. Un article d’Alain Walther dans 24 Heures.

Isabel et Carlos ont réussi leur examen devant la commission présidée par le municipal Jean-Yves Pidoux. Voilà les époux Basantes bourgeois de Lausanne depuis l’automne dernier. Heureux couple lausannois, qui en décembre prochain ira en vacances en Equateur… avec leurs passeports suisses. Le serment du Grütli, la guerre du Sonderbund, le nom de tous les conseillers fédéraux: ils prêteront serment fin avril au Palais de Rumine. La routine sur le chemin de la naturalisation. Un exploit pour ces anciens travailleurs clandestins qui ont bien failli être expulsés. Aujourd’hui avec Stéphanie, gymnasienne, et Bastien, collégien, ils coulent une vie tranquille au Jardin de Prélaz dans l’Ouest lausannois.

Dans le Wall Street Journal

A l’époque, l’affaire fait grand bruit. Même le Wall Street Journal dépêche son enquêteur spécialiste du dossier immigration. On apprenait ainsi dans le journal étasunien que dans la banlieue de Lausanne, à Pully, «200 femmes sud-américaines avaient été appréhendées à la descente du bus». Le confrère gringo avait un peu forcé le trait. La vérité était suffisamment choquante.

Le 17 mai 2001, Isabel Basantes, femme de ménage sans-papiers depuis onze ans, est interpellée par un policier pulliéran. L’agent fait dans la légalité mais pas dans la dentelle. Préventivement, il oblige la clandestine à retirer 4300 francs en prévision de l’amende à payer avant son expulsion. Levée de boucliers dans le canton de Vaud. Leur patron, des politiciens, des artistes, un collectif, l’administration vaudoise, tout le monde voudrait bien que ces étrangers, employés modèles parfaitement intégrés, restent dans le canton de Vaud. Berne finira par accorder des permis humanitaires. Victoire pour le comité de soutien qui demandait la régularisation de tous les sans-papiers.

2009: encore plus dur

Le temps a passé, les employés modèles mais clandestins, comme les Basantes en 2001, sont toujours aussi nombreux. Equatorien comme Mauricio Catota, cuisinier soutenu par son employeur, le Lausanne-Palace (24 heures du 16 mars). Comme Fausto aussi, le grand frère de Carlos. Arrivé en 1991, l’aîné de Basantes, 50 ans, est aujourd’hui grand-père. Berne a demandé qu’il y soit renvoyé. «C’est par la grâce de Dieu et le soutien des gens que nous sommes devenus Suisses», expliquent Isabel et Carlos qui savent qu’aujourd’hui, c’est encore plus dur d’être un «Basantes».

Vers une meilleure solidarité entre Etats européens

Vers une meilleure solidarité entre Etats européens

[ 06/04/09  ]

Plusieurs petits Etats européens croulent sous les demandes d'asile. Les Vingt-Sept réfléchissent à une meilleure coordination et une harmonisation des procédures.

Lampedusa, Chypre, Malte : des destinations qui font rêver les touristes mais qui sont aussi d'importants points d'entrée en Europe pour les immigrés clandestins. Alors qu'elle ne compte que 6.000 habitants, l'île de Lampedusa a vu arriver 20.500 immigrés en 2007 et 36.900 en 2008. La pression existe aussi sur l'île de Malte, peuplée de 400.000 habitants, sur laquelle le nombre de clandestins « recensés » s'élevait à 1.377 en 2007 et à 2.335 en 2008. Ce déséquilibre est alimenté par le système de Dublin, qui oblige les demandeurs d'asile à déposer leur dossier dans le premier pays d'Europe où ils posent le pied. S'il a permis de juguler le phénomène d'« asylum shopping », c'est-à-dire les demandes multiples de personnes dont la situation ne nécessite pas l'asile, le règlement de Dublin montre aujourd'hui ses limites.

« Ce règlement, s'il est appliqué de manière trop rigide, pénalise les demandeurs d'asile, qui très souvent n'ont pas la possibilité d'arriver autre part que dans des Etats membres n'ayant pas eux-mêmes les moyens nécessaires pour les accueillir », constate Jacques Barrot, vice-président de la Commission européenne.

Transferts de dossiers

Face à ce constat d'échec, plusieurs pistes de réforme ont été envisagées. Premier point : permettre que les demandes d'asile effectuées dans un Etat membre qui ne peut pas les traiter de manière adéquate puissent être transférées dans un autre Etat, notamment lorsque le demandeur d'asile peut faire valoir des liens familiaux dans cet autre Etat. Un bureau européen pour l'asile devrait également voir le jour d'ici à la fin de l'année pour permettre une meilleure coopération entre Etats et envoyer des équipes en renfort dans les pays qui croulent sous les dossiers. Enfin, c'est la partie la plus délicate, la Commission européenne devrait se prononcer ce mois-ci sur les conditions d'harmonisation des procédures d'asile et des statuts dans les vingt-sept pays membres de l'Union.

Lu dans les Echos

dimanche, avril 05, 2009

L'asile, un devoir

L'asile, un devoir

un éditorial lu dans ouest-France

Cette semaine encore, au moins deux cents migrants, hommes, femmes et enfants ont péri en Méditerranée. Ils voulaient atteindre notre continent, sûrs d'être à l'abri de la violence et de la misère.

C'était le voyage pour lequel ils ont tout risqué, tout souffert. C'est avec un grand espoir qu'ils ont atteint les côtes de Lybie. Heureux d'être encore en vie ! Car, depuis des mois, de pays en pays, rien ne leur a été épargné : passages à tabac, vexations, humiliations, violences...

Pour atteindre leur but, ils ont confié leur vie et tout ce qu'ils possédaient à des trafiquants criminels. Ces derniers, sans aucun scrupule, les ont fait embarquer sur des bateaux pourris, surchargés, prompts à se renverser sous les assauts des vents qui se lèvent si soudainement et avec tant de violence en Méditerranée.

En ce moment même dans le monde, au moins 26 millions de personnes, fuient la violence. Combien meurent sur ces routes dangereuses, espérant atteindre la paix et la liberté ? Nous ne le saurons jamais. Car nous prenons conscience de ces drames uniquement lorsqu'ils se produisent à nos portes en Méditerranée, ou dans le golfe d'Aden.

À chaque naufrage, nous nous indignons. Mais il ne suffit pas de pleurer l'injustice du sort ni la cruauté humaine. Devant un tel drame dont nous ne percevons qu'une infime partie, il faut entendre le Haut commissaire aux réfugiés, Antonio Guterres « Cette tragédie est le dernier exemple d'un phénomène mondial qui pousse les personnes désespérées à utiliser des moyens extrêmes pour fuir les conflits, les persécutions et la pauvreté en cherchant une vie meilleure. Il y a de plus en plus de personnes qui se déplacent et de plus en plus de barrières pour entraver leurs mouvements. »

À force de durcir le droit d'asile ou de le compliquer, « les possibilités pour entrer en Europe par des moyens légaux étant rares, des milliers de personnes menacées de persécution et de violations graves des droits de l'homme dans leur pays d'origine n'ont pas d'autres choix que d'emprunter ces dangereux itinéraires maritimes », déclarait le Haut Commissariat aux Réfugiés.

Le HCR demande que tous les États de l'Union Européenne garantissent aux chercheurs d'asile « l'accès au territoire européen et à des procédures justes lors de l'examen de leurs droits. » Il déplore le « manque d'enthousiasme à reconnaître l'asile comme un acte humanitaire et non politique. »

Le droit d'asile est l'un des fondements de la civilisation européenne. Il ne faudrait pas que les craintes nous fassent oublier ce devoir dont dépend la vie de tant d'êtres humains.

Jeanne Emmanuelle Hutin.

Escale à Nouadhibou

L’émission Mise au Point de la TSR propose un reportage à Nouadhibou, en Mauritanie, porte d’entrée vers l’Europe ou cauchemar au fond de l’océan.

Voir le reportage