samedi 20 août 2005

Sans-papiers: Moins perçus et moins défendus en Suisse alémanique



Cet article de discours Suisse a été publié ce matin dans Le Courrier. En voici un extrait:
"Les sans-papiers sont un problème romand", voilà l'opinion qui prévalait et prévaut en partie encore Outre-Sarine. L'étude commandée
par le ministre de la justice Christoph Blocher et parue ce printemps a pourtant remis l'église au milieu du village.

Nouvelle loi sur l'asile, confusion et contorsions


C'est ainsi que GaucheHebdo titre son éditorial consacré à la reprise des discussions parlementaires sur cette loi.

Extrait:
Le Conseil national suivra-t-il l'orientation très droitière que Berne souhaite insuffler à notre politique d'asile ? La Chambre du peuple pourrait bien décider dès sa rentrée en septembre du sort de la nouvelle loi mitonnée par Blocher et ratifiée ce printemps par le Conseil des Etats. Rappelons que celui-ci avait non seulement abondé dans le sens du Conseil fédéral sur toutes ses propositions, mais s'était montré encore plus blochérien en acceptant des mesures davantage restrictives, telle la suppression de toute aide aux personnes déboutées qui ne coopéreraient pas à leur renvoi (proposition par la suite décriée par le Tribunal fédéral). Ou encore, l'allongement de la durée possible de détention des personnes en vue de leur renvoi, de neuf mois à deux ans.
Lire l'édito.

Lire aussi dans le même hebdomadaire l'article consacré à la visite de trois conseillères nationales vaudoises à Srebrenica.
Ainsi que le carnet de voyage d'Arnaud Crevoisier dans les balkans, aujoud'hui Sarajavo

Les NEM emménagent à Yverdon


Les premiers requérants frappés de non-entrée en matière ont pris place cette semaine dans les locaux tout juste rouverts des anciennes casernes. Un règlement très strict a été mis en place pour éviter les débordements. Visite des lieux en compagnie de Carole Pantet, journaliste à 24heures.
Extraits:
Portes closes et agents de sécurité vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Les anciennes casernes ne sont clairement pas un moulin. Conformément à ce qui avait été promis à la Municipalité d’Yverdon, la réouverture provisoire d’un centre d’accueil de requérants s’est faite avec sérieux et prudence (lire 24 heures du 3 août).
Au début du mois, la Fondation vaudoise pour l’accueil des requérants d’asile (Fareas) annonçait son intention d’ouvrir un lieu à Yverdon pour pouvoir accueillir les NEM du canton qui le souhaiteraient. Après quinze jours d’un réaménagement rapide, les locaux ont été mis lundi à disposition des requérants.
Depuis, ils sont une petite dizaine à avoir frappé à la porte pour trouver un lit. Sans doute seront-ils rapidement plus. Un laps de temps est nécessaire pour que les requérants soient mis au courant de la réouverture et qu’ils aient effectué les démarches d’admission. «Pour pouvoir intégrer l’une des chambres du centre, les NEM doivent obligatoirement aller d’abord s’inscrire auprès du Service de la population (SPOP) à Lausanne», explique Emmanuelle Marendaz-Colle, porte-parole de la Fareas. Une démarche qu’ils doivent répéter tous les quinze jours.
Sur le site des casernes, en sus de l’intendant, deux agents de sécurité de la société privée SDS sont chargés jour et nuit de l’accueil et de la gestion des requérants. «Nous travaillons avec eux depuis 2002», explique Alain Séchaux, responsable de la sécurité à la Fareas.
Rodés à ce type de poste à Bex ou sur La Côte, leurs agents ont appris progressivement à gérer cette population particulière. «Ils établissent un contact privilégié avec les NEM. Cette approche est très importante et influence l’ambiance à l’intérieur du centre. Rien n’aurait servi d’y mettre des Rambo», poursuit-il.
Oreilles attentives aux problèmes des requérants, parfois un peu assistants sociaux, les chargés de la sécurité prennent en effet en charge avec tact et autorité les doléances quotidiennes des personnes hébergées dans le centre.
Dans le centre, l’ordre règne. Les deux agents de sécurité de la société privée SDS ont pour consigne d’informer immédiatement les nouveaux hébergés des règles en vigueur: pas de visite, nettoyage collectif obligatoire, interdiction de fumer dans les chambres, comportement irrespectueux et bien sûr, abus d’alcool, armes et drogues sont exclus des lieux. En épée de Damoclès en cas de non respect de ces principes de base, le renvoi pur et simple du centre ou la suppression de l’assistance financière. «Les NEM reçoivent en effet une douzaine de francs par jour toutes les deux semaines», explique Emmanuelle Marendaz-Colle. Un pécule qui leur permet de s’acheter de quoi se faire à manger sur les cuisinières mises à disposition.
«Les règles de base sont le respect d’autrui et des règles d’hygiène», insiste le responsable de la sécurité, qui a bon espoir de parvenir à maintenir l’ordre de façon permanente dans le centre. Tout est fait dans ce sens: pour éviter les disputes autour du choix de la chaîne dans la salle de télévision commune, la télécommande a été d’avance confisquée. Seuls les responsables de la sécurité ont le loisir de choisir le programme.

Faut-il respecter la loi, dans tous les cas ? Suis-je tenu de respecter la raison d’Etat?



Photo de H D Thoreau le philosophe américain théoricien de la désobéissance civile.


En première page intérieure de 24heures, Jacques Poget le rédacteur en chef pose la question du respect de la loi lorsqu'elles sont scélérates. L'appel aux policiers qui participent aux expulsions de père de famille est on ne peut plus clair et Jacques Poget a le grand mérite de ne pas fermer les yeux sur leur dilemme.


D’accord ou pas d’accord avec les pensées ci-dessous?
Elles ont été choisies en relation avec l’incarcération pour expulsion de requérants d’asile déboutés, pères de famille: les refuges seront-ils évacués de force?
«Le respect de la loi vient après celui de ce qui est juste. La seule obligation que j’aie le droit d’adopter, c’est d’agir à tout moment selon ce qui me paraît juste. La loi n’a jamais rendu les hommes plus justes d’un iota; et, à cause du respect qu’ils lui marquent, les êtres bien disposés eux-mêmes deviennent les agents de l’injustice. Le respect indu de la loi a ce résultat qu’on voit des policiers agissant contre leur volonté, disons même contre leur bon sens et leur conscience.
Ils ne doutent pas que l’affaire qui les occupe soit une horreur; ils sont tous d’une disposition paisible. Or que sont-ils devenus? Des hommes ou de petits fortins déplaçables au service de quelque puissant sans scrupule?
La justice ne divise pas seulement les Etats ou les Eglises, elle divise les familles; elle divise l’individu, sépare en lui le diabolique du divin. Un tout petit nombre d’hommes – héros, patriotes, martyrs, réformateurs au sens fort, des hommes enfin – servent l’Etat avec leur conscience aussi et lui résistent nécessairement pour l’essentiel; et il les traite souvent en ennemis.
Des lois injustes existent: nous satisferons-nous de les amender, de leur obéir jusqu’à ce que nous y ayons réussi, ou les transgresserons-nous sur-le-champ? Les hommes, sous un gouvernement comme le nôtre, estiment en général qu’ils doivent attendre d’avoir persuadé la majorité de les amender. Ils pensent que, s’ils résistaient, le remède serait pire que le mal. Or c’est de la responsabilité du gouvernement lui-même que le remède soit pire que le mal. C’est lui qui le rend pire.
Une minorité est impuissante tant qu’elle se conforme à la majorité; ce n’est du reste plus une minorité; mais elle devient irrésistible quand elle la bloque de tout son poids.
Mon civil voisin le policier a volontairement choisi d’être un agent du gouvernement. Comment comprendra-t-il clairement ce qu’il est, ce qu’il fait en tant que fonctionnaire du gouvernement, ou en tant qu’homme, avant d’être obligé de décider s’il me traitera, moi son voisin qu’il respecte, en voisin et en homme de bonne volonté, ou en fou et perturbateur de l’ordre public?
Malgré sa perspicacité et son aptitude toutes particulières, il est incapable d’abstraire un fait de ses relations purement politiques, de le contempler dans l’absolu sous les feux de l’intellect – savoir, par exemple, ce qu’il convient qu’un homme fasse, aujourd’hui dans le canton de Vaud, à l’égard des requérants d’asile.
Quand je converse avec les plus libres de mes voisins, je note que, malgré tout ce qu’ils peuvent dire de l’importance et du sérieux du problème, la question se résume à ceci: ils ne peuvent se passer de la protection du gouvernement et redoutent les conséquences de la désobéissance sur leurs biens et leur famille.
Des milliers de gens sont opposés, en opinion, à l’expulsion, mais ils ne font rien pour y mettre un terme et s’asseyent les mains dans les poches; ils subordonnent même la question de la liberté à celle du libre-échange.» A chacun de répondre.
Ces pensées de 1849 sont extraites de La désobéissance civile de Thoreau (Ed. 1001 Nuits). Les mots «esclaves» et «soldats» ont été remplacés par «requérants d’asile» et «policiers», «esclavage» par «expulsion», «mon civil voisin le percepteur» est devenu «policier» et «les Etats-Unis d’Amérique» «le canton de Vaud».

Lire le texte original de Thoreau
Lire la biographie de HD Thoreau sur Wikipedia
Autre Editoriaux de Jacques Poget : Parole de requérant