samedi, novembre 21, 2009

Histoire de minarets


Le minaret de la grande mosquée de Kairouan.

Le minaret de la grande mosquée de Kairouan.

Dans la foulée de l’initiative anti-minarets, on a beaucoup spéculé sur le sens des minarets, pas toujours à très bon escient. L’histoire de leur apparition dans les premiers temps de l’islam met en évidence une fonction à la fois utilitaire, esthétique et sacrée

«Dieu est le plus grand. Il n’y a de vraie divinité que Dieu…» L’appel à la prière est apparu, selon la tradition, au tout début de l’islam. Les croyants se réunissaient, explique l’historien de l’art et de l’architecture Henri Stierlin, dans la cour de la maison de Mahomet à Médine. Cette cour avait été pourvue d’un avant-toit sous lequel s’abriter du soleil. On y avait également édifié, contre un mur tracé au départ dans la perpendiculaire de la direction de Jérusalem puis réorienté vers La Mecque, une niche indiquant la direction de la prière et une petite estrade de bois d’où le Prophète s’adressait à ses disciples, formes premières du mihrab et du minbar qu’on retrouve dans toutes les mosquées.

Les musulmans de Suisse font d’abord confiance à l’Etat de droit


Les musulmans sont davantage attachés à la Suisse et aux valeurs helvétiques que les Suisses eux-mêmes, selon les premiers résultats d’un sondage de l’Université de Genève

Ils se sont faits discrets tout au long de la campagne anti-minarets. Par manque d’intérêt mais aussi par réticence à s’exposer, les quelque 350 000 musulmans résidant en Suisse sont restés en marge d’un débat politique et sociétal qui paraît les dépasser pour laisser la tribune aux porte-parole et aux leaders de leurs (nombreuses) communautés. Stigmatisée par l’UDC depuis la campagne de 2004 sur la naturalisation facilitée, cette minorité silencieuse reste une énigme à quelques jours d’un vote qui la concerne pourtant de près.

Dans le cadre d’un programme national de recherche, le PNR58, subventionné par le Fonds national suisse (FNS), Matteo Gianni, Marco Giugni et Noémi Michel, de l’Université de Genève, mènent la première recherche quantitative sur les musulmans de Suisse. Ils ont pour cela interrogé quelque 900 représentants des communautés balkaniques, maghrébines et turques ainsi que 300 non-musulmans (LT du 12.10.2009) sur des thèmes tels que l’intégration, la confiance dans les institutions suisses et le sentiment d’acceptation par les Suisses.

Les minarets Suisses vus du Canada

Les Suisses interdiront-ils la construction de nouveaux minarets,... (Photo: AFP)

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Les Suisses interdiront-ils la construction de nouveaux minarets, tel que celui-ci, à Zurich?

PHOTO: AFP

Marc Thibodeau
La Presse

À l'initiative d'un parti de droite populiste, les Suisses sont appelés à se prononcer la semaine prochaine sur une modification constitutionnelle qui aurait pour effet d'interdire la construction de nouveaux minarets. Les ténors de la formation craignent l'islamisation rampante du pays helvète, leurs opposants crient à la xénophobie. Notre correspondant Marc Thibodeau s'est rendu sur place.

Zurich Est-ce que l'érection d'un minaret constitue un geste politique pour témoigner de la montée en puissance de l'islam? Ou s'agit-il simplement d'un repère visuel destiné à signaler l'existence d'un lieu de prière?

La question, plus susceptible en temps normal de passionner le théologien que l'homme de la rue, suscite de vigoureux débats en Suisse, où la population est appelée à voter dans 10 jours sur une modification constitutionnelle visant à interdire la construction de nouveaux minarets.

«Dans notre famille, ça soulève beaucoup de passions. Personnellement, je ne sais pas trop quoi en penser, je suis comme paralysée... Mais mon mari dit qu'il faut mettre des limites, qu'il faut que ce soit fait par écrit», souligne Karen, 42 ans, croisée il y a quelques jours à Balgrist, dans l'est de Zurich, à quelques mètres de la mosquée Mahmoud.

Le modeste bâtiment, coincé entre un centre de physiothérapie et une pâtisserie, ne paie pas de mine. Son minaret, le premier érigé en Suisse, dans les années 60, est une fine tour pointue d'une quinzaine de mètres. Il est dominé visuellement par le massif clocher de l'église protestante située de l'autre côté de la rue.

«Je n'ai pas de problème avec le minaret, je le vois tous les jours de ma fenêtre en me levant. Les gens ont le droit de vivre leur religion. Mais je me demande ce que l'avenir nous réserve», souligne la mère de famille, qui se dit d'obédience... bouddhiste.

Excision et mariages forcés

L'imam de la mosquée Mahmoud, Sadaqad Ahmad, qui reçoit dans une salle où se trouvent plusieurs exemplaires du Coran couverts de dorures, souligne que les résidants du quartier n'ont jamais manifesté la moindre irritation envers l'établissement ou son minaret.

«Ce n'est pas un symbole de victoire ou de puissance», indique le religieux d'origine pakistanaise, qui a décidé de tenir en novembre trois journées portes ouvertes pour répondre aux questions des curieux.

«Les gens sont très respectueux. Seuls quelques visiteurs se sont montrés agressifs», souligne l'imam, qui accuse l'UDC d'agir de manière discriminatoire envers les musulmans. Il croit que la formation risquerait de se faire désavouer par la Cour européenne des droits de l'homme en cas de victoire puisque la modification proposée est en contradiction avec le «droit à la liberté religieuse».

Le conseiller UDC Ulrich Schluer, l'un des instigateurs de l'initiative populaire, assure que la construction de minarets «n'a rien de religieux».

«C'est quelque chose de politique qui vise à faire changer les choses. Les islamistes veulent établir un ordre parallèle, un ordre de droit différent, et nous ne voulons pas de ça en Suisse», souligne M. Schluer, qui évoque pêle-mêle en entrevue l'excision, la charia et les mariages forcés pour étayer ses craintes et son sentiment d'urgence.

Le fait que la Suisse ne compte que quatre minarets ne change rien à la pertinence de l'initiative, selon l'élu de 65 ans, rencontré dans un hôtel chic du centre de Zurich. «Si l'on veut éviter qu'un ordre parallèle s'instaure, il faut agir au début du mouvement», dit-il.

La peur de l'immigré

Karl Grünberg, de l'organisation SOS-Racisme, estime que l'UDC tente de faire des gains politiques en capitalisant sur la peur de l'immigré, présenté «comme une menace à l'identité nationale».

Patrick Haenni, un chercheur suisse qui vient de chapeauter un ouvrage sur les «minarets de la discorde», souligne que le pays a toujours su «digérer» d'importants afflux d'immigrants même si ces périodes s'accompagnaient parfois de flambées ponctuelles de racisme.

Bien que la communauté musulmane ait fortement augmenté en 30 ans, «il n'y a pas de montée en tension notable à l'échelle locale», souligne le spécialiste, qui accuse l'UDC de vouloir «instrumentaliser» la question de l'islam.

Le stratagème a ses limites, à en juger par les derniers sondages, qui donnent 20 points d'avance au camp du non.

Le gouvernement, qui appelle la population à rejeter l'interdiction des minarets, multiplie les interventions. Mardi, le président helvétique, Hans-Rudolf Merz, a rappelé dans un message vidéo que la «tolérance religieuse avait une longue tradition au pays». Il a assuré du même souffle que l'appel du muezzin - qui, dans les pays musulmans, monte au minaret pour appeler à la prière - «ne retentira pas» en Suisse.

Cette perspective sourit à Karen, la voisine de la mosquée Mahmoud. «Je n'aimerais pas ça pour le bruit mais aussi pour le principe. Peut-être effectivement que c'est simplement parce que ce n'est pas ma culture», souligne-t-elle alors que résonnent les cloches de l'église.

Minarets: non à l’offense irréparable!


Sommes-nous prêts à blesser nos libertés fondamentales pour parer un danger largement imaginaire?

Il faut dire non. Un non catégorique, vibrant, indigné. L’initiative qui veut interdire la construction de minarets est tout d’abord inutile: les minarets de Suisse (quatre!) ne dérangent personne, et nul ne projette d’en construire une marée. Les lois actuelles suffisent à les proscrire là où on ne les veut pas, et les muezzins ne sont pas tolérés. C’est donc une mauvaise réponse à une question qui ne se pose pas.

Mais ce n’est pas aux minarets qu’une forte proportion de citoyens s’apprête à dire «stop», comme les y invitent des affiches menaçantes. Derrière ces tours virtuelles, les motifs d’inquiétude se bousculent: les visées de la cinquième colonne terroriste, la charia qui voudra un jour voiler nos femmes et interdire Noël, l’allégeance religieuse plutôt que le respect de la laïcité républicaine. Non au Hamas, non à la burqa! Et si l’on ne pose pas cette limite aujourd’hui, demain sera trop tard…

Qu’elle soit d’inspiration politique, culturelle ou laïque, cette vigilance est légitime. Et quelle meilleure occasion de l’exprimer que le minaret? S’agissant d’un élément symbolique aux yeux mêmes des musulmans, puisqu’il ne met pas en jeu la pratique de leur religion, pourquoi ne pas en profiter pour une expression symbolique de notre hostilité vis-à-vis de l’islam extrémiste?

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La protection des enfants secondaire dans la politique d'asile


La Convention des droits de l'enfant, qui a fête ses 20 ans, passe au second plan en Suisse dès qu'il s'agit de politique migratoire. Un enfant étranger est un étranger avant d'être un enfant, condamnent de nombreuses organisations non gouvernementales (ONG).

En ratifiant en 1997 la Convention des droits de l'enfant (CDE), la Suisse a largement amélioré la situation des enfants dans plein de domaines. Sauf pour les étrangers, explique Aldo Briner, secrétaire permanent de l'Observatoire romand du droit d'asile et des étrangers. "L'intérêt qu'a la Suisse à limiter sa population étrangère l'emporte sur l'intérêt supérieur de l'enfant, tel que défini par l'article 3 de la CDE".

Plusieurs groupes apparaissent très vulnérables, dont les enfants élevés en Suisse sans statut légal ou les requérants d'asile mineurs non accompagnés. Leur statut d'enfant n'est pas assez pris en compte par les autorités, estime l'observatoire mais aussi le Réseau suisse des droits de l'enfant, qui regroupe 25 associations, dans son rapport publié en juin 2009.

Ainsi, la Suisse n'hésite pas à expulser des adolescents qui sont nés et qui ont grandi dans le pays parce que leurs parents sont clandestins. Même la nationalité suisse ne protège pas d'une expulsion, explique M. Briner. Un enfant né hors mariage d'un père suisse et d'une mère étrangère n'est en effet pas pris en compte lors d'une décision de renvoi de la mère. Le choix pour lui se résume alors à être privé de mère ou à être expulsé avec elle.

Selon une cinquantaine d'ONG, la situation des requérants d'asile mineurs non accompagnés est aussi des plus précaires. Une position jugée infondée par l'Office fédéral des migrations qui se défend de ne pas tenir compte de la situation particulière des enfants.

Les enfants étrangers sont-ils des humains comme les autres ?

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La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 est formelle : "Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits (…) [ils] doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité". Mais en 1987 la Convention Internationale des droits de l’Enfant (CIDE) a dû préciser avec vigueur et en détail que les enfants aussi sont des êtres humains ! A considérer ce que doivent subir en France les enfants d’étrangers dont le seul crime est d’être en séjour irrégulier, oui, la question se pose.

"L'enfant, en raison de son manque de maturité physique et intellectuelle, a besoin d'une protection spéciale et de soins spéciaux, notamment d'une protection juridique appropriée, avant comme après la naissance", indiquait le préambule de la Convention votée à l'unanimité à par l'Assemblée générale des Nations Unies le 21 novembre1987. Cela fait 20 ans cette semaine.

Par Martine et Jean-Claude Vernier sur mediapart.fr

Abdirashid, le mineur expulsé, raconte

© ERIC VANDEVILLE Abdirashid Ali vit depuis mrcredi en périphérie de la capitale italienne

C’est une première: Vaud a renvoyé vendredi un mineur non accompagné dans le pays où il a déposé sa première demande d’asile. En Italie. C’est le résultat des Accords de Dublin. Le jeune Somalien de plus de 17 ans, Abdirashid Ali, qui vivait à Lausanne depuis janvier, s’est retrouvé à Rome, livré à lui-même, malgré les garanties. Nous l’avons retrouvé. Un article d’Ariel F. Dumont, Rome, pour 24 Heures.

Pendant quatre jours, Abdirashid Ali a erré dans Rome. La première nuit, il a dormi à Termini, la gare centrale. Puis dans les locaux de l’ancienne ambassade de Somalie, abandonnée depuis la guerre. Pour trouver de quoi manger, cet adolescent a frappé aux portes des églises. Puis il a été contacté par un journaliste de la troisième chaîne de télévision du service public italien (Rai 3), qui l’a accompagné dans un centre d’accueil pour mineurs tenu par des jésuites. Mercredi soir, pour la première fois depuis son arrivée à Rome, Abdirashid a pu prendre une douche, se changer, manger normalement et dormir dans un lit.

Quatre heures d’attente menottes aux mains
Assis sur une chaise, serrant dans sa main un téléphone portable, son unique trésor, le jeune homme a le regard démuni de ceux qui n’ont pas d’avenir. «Il était sept heures du matin lorsque la police cantonale a frappé à la porte de l’appartement où j’habitais avec trois autres personnes» raconte Abdirashid. Les policiers lui ont demandé de s’habiller et de les suivre, direction Berne. Abdirashid a passé quatre heures menotté, derrière un grillage dans le fourgon blindé avec 3 adultes dont un Erythréen. A Berne, on les a fait monter dans un train spécial. «Ils m’ont enfermé dans un box après m’avoir retiré les menottes et m’ont donné du chocolat et des biscuits», se souvient Abdirashid.

En arrivant à Zurich, les policiers leur ont remis les menottes et les ont enfermés dans une cellule située dans le bureau de l’immigration. «Les policiers nous ont donné des vêtements propres et nous ont demandé si on voulait prendre une douche», raconte l’adolescent. Pendant la nuit, il a réfléchi, car il avait compris, même si on ne le lui avait pas dit, qu’on le réexpédiait en Italie. «En 2008, j’étais arrivée de Somalie en Italie à bord d’un petit bateau», explique Abdirashid. Du coup, il s’imaginait bien qu’on le renvoyait à la case départ. comme le prévoit le protocole de Dublin. «Si je n’avais pas été au courant de la loi, j’aurais pu penser qu’on me ramenait en Somalie où au moins, j’avais où dormir. En Italie, il n’y a pas d’avenir. On ne veut pas de nous.»

A Zurich, premier arrêt dans une cellule du bureau de l’immigration, pour remplir les papiers d’expulsion. Puis à nouveau les menottes et direction la piste d’atterrissage dans une voiture blindée. Sous le regard indifférent des passagers, les trois Africains expulsés se sont assis à l’arrière. Par le hublot, Abdirashid a regardé la Suisse qui devenait toute petite.

Revenir en Suisse
A la descente d’avion, les policiers italiens ont embarqué l’adolescent. Nouvel arrêt dans les bureaux de l’immigration, avec prise d’empreintes. Puis les policiers lui ont donné un ticket de bus pour aller dans le centre, un billet de train pour aller à Caltanissetta, en Sicile, où l’aventure européenne d’Abdirashid a commencé il y a un an. Mais pas d’argent. Complètement démuni, sans nulle part où aller, sans un morceau de pain, l’adolescent a traîné dans la gare. Il était 8 heures du soir.

Et maintenant? Abdirashid veut revenir en Suisse pour continuer à étudier et se construire un avenir. Quand il sera grand, dit-il, il veut travailler dans les communications, devenir quelqu’un et avoir la chance que la vie lui a refusée jusqu’à présent.

Le point de vue du canton

PHILIPPE LEUBA
Le chef du Département vaudois de l’intérieur, estime que le canton n’a rien à se reprocher dans l’affaire du renvoi d’Abdirashid à Rome. Il en attribue l’entière responsabilité à l’Office fédéral des migrations (ODM) qui décide des expulsions; le canton ne faisant qu’exécuter. «Le 9 novembre, nous avons eu une séance avec l’ODM qui nous a garanti que le renvoi d’un mineur non accompagné présuppose l’existence d’un réseau sur place pour l’accueillir.» Il affirme avoir reçu des assurances que l’Italie faisait le nécessaire, alors que l’ODM a renoncé à renvoyer des mineurs seuls en Grèce en raison des carences dans l’accueil.

En entendant que l’Etat italien n’avait pas reçu Abdirashid, le canton a adressé une demande d’explications à l’ODM mercredi soir, quitte à s’adresser à la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf dans un second temps, si Philippe Leuba ne reçoit pas une «réponse circonstanciée».

Il relève qu’Abdirashid a menti à son enregistrement en Suisse, omettant de signaler qu’il avait déposé une demande d’asile en Sicile le 20 octobre 2008.

Enfin, il remarque que les délais forçaient la Confédération à expulser Abdirashid dans le pays où il a déposé sa première demande d’asile avant le 26 novembre sans quoi «il aurait fallu lui accorder un permis de séjour en Suisse».

Après avoir menacé de sanctions le doyen qui a rendu public le renvoi d’Abdirashid, Philippe Leuba s’est ravisé: «Je comprends sa réaction, même si je considère qu’il a un devoir de loyauté envers son employeur, l’Etat.»

J. FD.

Les mineurs sont-ils des requérants comme les autres ? | 24 heures

24 heures consulte chaque jour ses lecteurs sur un thème d'actualité et publie une sélection des réponses envoyées avant 18 h (midi le dimanche) dans le journal du lendemain.

Philippe Leuba, chef du Département vaudois de l’intérieur, estime que le canton n’a rien à se reprocher dans l’affaire du renvoi à Rome d’Abdirashid, mineur non accompagné de 17 ans scolarisé à Lausanne. Il en attribue l’entière responsabilité à l’Office fédéral des migrations (ODM) qui décide des expulsions; le canton ne faisant qu’exécuter. «Le 9 novembre, nous avons eu une séance avec l’ODM qui nous a garanti que le renvoi d’un mineur non accompagné présuppose l’existence d’un réseau sur place pour l’accueillir.»
Abdirashid est le premier cas vaudois, mais Berne a déjà renvoyé une vingtaine de requérants mineurs non accompagnés (RMNA) depuis décembre 2008. Car le Règlement  Dublin est « explicitement applicable aux RMNA ». Mais il contient des dispositions particulières pour ces derniers, explique-t-on à l’ODM : l’Etat dans lequel séjourne un membre de la famille du RMNA est responsable de ce dernier afin de « rétablir l’unité familiale ». En l’occurrence, le jeune Somalien a été transféré en Italie parce qu’il y avait demandé l’asile en octobre 2008, ce qu’il avait tu au canton lors de son enregistrement. Mais il n’a aucune parenté là-bas et se retrouve aujourd’hui livré à lui-même.
Philippe Leuba affirme avoir reçu des assurances que l’Italie faisait le nécessaire. Pas comme la Grèce où l’ODM a renoncé, comme « la majorité » des Etats Dublin, à renvoyer des mineurs seuls en raison des carences dans l’accueil. En entendant que l’Etat italien n’avait pas reçu Abdirashid, le canton a adressé une demande d’explications à l’ODM mercredi soir.
Après avoir menacé de sanctions le doyen qui a rendu public le renvoi d’Abdirashid, Philippe Leuba s’est ravisé: «Je comprends sa réaction, même si je considère qu’il a un devoir de loyauté envers son employeur, l’Etat.» Reste que le doyen a été rejoint depuis par le groupe des Verts vaudois, qui a déposé mardi une interpellation au Grand Conseil pour demander des réponses du gouvernement. A Berne, une démarche similaire a été entreprise au Conseil national par la socialiste Josiane Aubert. Et deux syndicats, SUD et celui des maîtres de l’enseignement professionnel vaudois, demandent, par la voie d’une pétition, qu’on cesse de renvoyer les jeunes en formation.
Et vous, qu’en pensez-vous ? Le canton de Vaud devrait-il faire une exception quand il s’agit de renvois de mineurs ?

Une embarcation avec 200 réfugiés africains débarque en Italie

Une embarcation avec à son bord 200 réfugiés africains a atteint, dans la nuit de vendredi à samedi, les côtes siciliennes, ont indiqué samedi les garde-côtes.
Les garde-côtes ont repéré le bateau vers minuit et l'ont escorté jusqu'au port de Pozzallo. Les migrants disent provenir d'Erythrée. Quarante-huit femmes, quatre enfants et un nouveau-né se trouvaient à bord. Certains membres du groupe souffraient de déshydratation et ont dû être hospitalisés. (CLA)

Lu sur RTL info.be et à voir sur euronews

vendredi, novembre 20, 2009

Le canton demande des comptes à Berne sur l'expulsion du jeune Somalien


MINEUR EXTRADÉ · Le ministre vaudois Philippe Leuba veut savoir quelles garanties
l'Italie avait données pour la prise en charge de l'adolescent. La contestation enfle.
G É R A L D I N E VIREDAZ

Les remous causés par l'expulsion du Somalien de 17 ans la semaine passée ne sont pas en passe de s'apaiser. Alors que nous avons appris mercredi qu'il vit dans une situation précaire à Rome, différents milieux se mobilisent pour son retour dans le canton de Vaud.
Montré du doigt par ceux qui soutiennent Abdirashid, le Département vaudois de l'intérieur se défend: «Nous n'avons fait qu'appliquer les directives de l'Office fédéral des migration», commente un porteparole. Ayant appris qu'Abdirashid n'a pas été pris en charge une fois arrivé en Italie, le chef du département Philippe Leuba a entrepris des vérifications auprès de l'Office fédéral des migrations (ODM): «M. Leuba a demandé à connaître les garanties fournies

par l'Italie concernant la prise en charge du Somalien, et s'il est avéré qu'elles n'ont pas été respectées.» De son côté, l'ODM refuse de commenter l'affaire en invoquant la protection des données personnelles. L'office se borne à déclarer dans un communiqué qu'«un mineur ayant établi au préalable une demande d'asile dans un état membre du Règlement Dublin pourra y être transféré». A l'heure actuelle, une vingtaine de jeunes ont déjà subi une telle expulsion.
L'affaire est prise au sérieux par les socialistes vaudois. Le député Roger Saugy doit déposer une résolution mardi au Grand Conseil, dans laquelle il demande que les mesures nécessaires soient prises pour qu'un mineur non accompagné ne puisse plus être expulsé. Le socialiste compte aus-

si faire appel aux sénateurs Dick Marty (prd) et Simonetta Sommaruga (ps) afin qu'ils interviennent au Conseil des Etats. Le syndicat SUD a de son côté lancé une pétition. Celle-ci réclame l'interdiction d'expulser des mineurs ou des jeunes en formation, et le retour d'Abdirashid en Suisse pour achever sa formation.
Premier mobilisé lors de l'expulsion, le responsable des classes d'accueil du canton, Etienne Corbaz, ne sera pas inquiété: pour le Département de la formation, de la jeunesse et de la culture (DFJC), il n'a pas commis de faute en soutenant le jeune élève. Cité dans notre édition de mercredi, Philippe Leuba estimait que la démarche du doyen posait un certain nombre de questions, et voulait demander des explications à la cheffe du DFJC Anne-Catherine Lyon. I

Les droits des femmes, farces et attrapes

Les droits des femmes, farces et attrapes

Paru le Vendredi 20 Novembre 2009
DOMINIQUE HARTMANN

EgalitéVOTATION - La campagne anti-minarets menée par l'UDC – nouvelle défenseuse des droits de la femme? – s'est appuyée sur des images de burqas. Mais adjoindre au débat la question du voile a bien des avantages.
Lancée par l'UDF et amplifiée par l'UDC, la campagne anti-minarets a deux armes de guerre: les minarets en forme de missiles et des femmes en burqa noir épouvantail. Au-delà des positions – universalistes ou particularistes – que l'on peut défendre en matière de cohabitation religieuse et culturelle, l'instrumentalisation du droit des femmes en heurte beaucoup, une façon aussi d'infantiliser les femmes et de parler pour elles. De droite ou de gauche, musulmanes, chrétiennes ou athées, des femmes font passer ces jours un message: l'UDC n'a pas la moindre crédibilité à se poser en défenseuse de leurs droits qu'elle combat avec une belle régularité. Le congé maternité et les places de crèches s'en souviennent, comme le droit de vote, attaqué en son temps par la droite. «Ce qui est insupportable, c'est qu'on ne votera pas sur les droits de la femme mais que l'on ne parle que de cela», résume l'islamologue Rifa'at Lenzin. Lucia Dahlab, vice-présidente de l'Union des organisations musulmanes de Genève (UOMG), elle, aimerait surtout entendre les femmes voilées s'exprimer elles-mêmes sur la question. Des femmes radicales, socialistes, vertes et démocrates-chrétiennes s'élevaient hier à Berne contre «la farce et le leurre» de l'argument de la protection des femmes brandi par les partisans de l'initiative contre les minarets: «Où sont les initiants quand il s'agit de permettre aux mères de famille de travailler à plus de 50% ou de nommer des femmes à des postes à responsabilité?» s'est interrogée la conseillère d'Etat vaudoise Jacqueline de Quattro. D'autant que l'initiative n'apporte pas de réponses concrètes à des questions comme le port du voile ou les mariages forcés. Les nouveaux défis de la parité, «c'est la difficulté à pouvoir concilier vie familiale et vie professionnelle» insiste-t-elle. Faire front contre cette instrumentalisation alors que la campagne cherche à diviser est sans doute une bonne réponse. Même si les questions ponctuelles devront encore être tranchées et que les alliances se déferont peut-être alors.


Conservatismes unis

L'argument du droit des femmes avait aussi dominé le débat français qui débouchait en 2004 sur l'interdiction du port du voile à l'école. Analysant cet événement, la revue Nouvelles Questions Féministes soulignait comment «le débat sur le foulard a réduit, miné le terrain de réflexions sur le rapport entre oppressions sexiste et raciste». Les systèmes oppressifs vont souvent de pair. Laura Nader, professeure d'anthropologie à l'University of California à Berkeley, y montrait aussi comment et l'Occident et l'Orient, dans des visions tronquées l'une sur l'autre, utilisent le principe du respect des femmes pour affirmer leur supériorité culturelle: le voile est agité en Occident comme signe de soumission des femmes musulmanes; la pornographie ou l'absence de respect pour les femmes dans les médias est thématisée par les chefs d'Etats musulmans. Bénéfice collatéral: convaincre «ses» femmes des avantages que leur procure le système d'oppression dans lequel elles se trouvent. Les conservatismes se renforcent mutuellement. Thématiser la question du voile sert aussi à mettre dos à dos des féministes, comme ce fut le cas en France, où les tenantes de l'égalité et de l'universalisme se sont opposées à celles qui défendaient les droits des femmes et des particularismes.
Quant à la burqa, qui couvre entièrement le visage et le corps et ne comporte qu'une mince ouverture pour les yeux, elle présente un autre avantage sur le minaret: elle génère des réactions instinctives tout en complexifiant la problématique, où se mêlent des arguments d'ordre privé et public. Montrer des burqas permet aussi de rallier tous ceux et celles qu'horrifie l'Afghanistan des talibans. Ahmed Benani, antropologue et politologue, remarque: «L'UDC crée un Autre effrayant, un épouvantail, basé sur une sorte d'idéalité judéo-chrétienne où les musulmans sont forcément autres: or, leur bigarrure ethnoculturelle est grande.» Et ceux qui vivent en Suisse sont issus surtout de Turquie, où Ataturk avait déclaré la laïcité en 1937, et des Balkans où l'impact communiste a beaucoup ébranlé la force de la religion. Ce qui tranche radicalement avec les communautés symbolisées par des burqas. Ahmed Benani rappelle aussi que sur quatorze siècles d'islam, le port du voile n'a été obligatoire que peu de temps: «Regardez les films où apparaît Oum Kalsoum, par exemple, vous n'y verrez pas de voile. Mais depuis 1930, les Frères musulmans ont instauré son obligation en Egypte.»


Femmes exégètes

Ahmed Benani, qui plaide pour une relecture moderne des textes et un «islam des Lumières», juge que «l'Europe pourrait même être la chance de l'islam.» L'islamologue Rifa'at Lenzin souligne que «l'exégèse a toujours été dominée par les hommes et leurs visions du monde. Dans les trois religions monothéistes, d'ailleurs», poursuit-elle. La création d'un institut d'études islamiques contemporaines, dans le cadre d'une université, permettrait à des chercheurs et des chercheuses d'actualiser l'interprétation du Coran. Les bases institutionnelles manquent hélas.
Pour sa part, elle juge «rares» les mariages arrangés ou les mutilations sexuelles avancés au cours de la campagne. Fruit de réalités sociales, ils ne trouvent pas de justification dans le Coran. Et la loi suisse a suffisamment de garde-fous. Dans Le Temps, la journaliste Mireille Vallette estime, elle, les mariages forcés à dix-sept mille en Suisse; elle met en garde contre l'intégrisme et liste des signes de régression profonde de l'égalité entre hommes et femmes: le port du foulard «en croissance exponentielle (suivi désormais de la burqa), demandes de dispense scolaire, demandes (et délivrances) de certificats de virginité...» Lucia Dahlab reconnaît que des cas de contraintes existent, qui réveillent bien des peurs sur la place des femmes. Convertie à l'islam, elle porte le voile depuis une vingtaine d'années, une «obligation pour les croyants», même si chacun est libre de ne pas l'observer comme c'est le cas pour le jeûne du ramadan. Elle définit la liberté de la femme comme «le pouvoir que celle-ci a sur elle-même»: porter, ou non, le voile, mais en en décidant seule. Elle constate que les jeunes filles qui adoptent le voile ont aujourd'hui des arguments pour expliquer leurs choix à leur famille parfois réticentes.
Pour l'intellectuel musulman franco-tunisien Abdelwahab Meddeb, en revanche, le port du voile est une «servitude volontaire», une «offense faite aux femmes.» Et il juge vaines les tentatives de réconcilier l'idée d'égalité et la lettre coranique. Contre la lecture littérale majoritairement pratiquée, Ahmed Benani croit en l'usage des outils linguistiques de la modernité et du renouvellement de l'exégèse, restée figée après le travail des réformateurs de l'islam: «Dans la traduction qu'a faite du Coran Jacques Berque, par exemple, il est question de «rideau» à placer entre les femmes licites et les autres, interdites. La tradition dogmatique en a fait un voile, que la femme doit porter.» Il en appelle à un regard anthropologique, et pas seulement dogmatique.


La Suisse a changé

L'UDC utilise la femme d'une autre façon encore. Sur l'une de ses récentes affiches, on lit qu'«un pays gouverné par une femme ne connaîtra jamais la paix»: on pourra croire à une citation du prophète, alors que cette phrase n'est ni une sourate, souligne Ahmed Benani, ni même un hadith, «ces textes post mahométans chers à la tradition sunnite, qui constituent une sorte d'idéologie courante et passent parfois pour une exégèse du texte original». Les débats auront souligné à la fois le fait que la Suisse est désormais multireligieuse et que cette nouvelle donne suscite des malaises et des questions, face auxquels les échanges avec les musulmans sont capitaux. «Notre priorité actuelle est de parler d'une seule voix et de développer un 'vivre-ensemble'» promet Lucia Dahlab.

La paix confessionnelle, «une lutte de chaque instant»

Réel ou légendaire, l'épisode de la Soupe au lait, partagée par protestants et catholiques lors de la première guerre de Kappel (1529), est devenu un symbole de l'esprit de compromis cultivé en Suisse.
Réel ou légendaire, l'épisode de la Soupe au lait, partagée par protestants et catholiques lors de la première guerre de Kappel (1529), est devenu un symbole de l'esprit de compromis cultivé en Suisse. (Bibliothèque nationale)

La question des lieux de culte et de leur visibilité est au centre du vote du 29 novembre sur les minarets. Or elle a aussi été l'un des enjeux les plus sensibles de la coexistence entre catholiques et protestants en Suisse au cours des siècles.

«La chapelle est à nous, non pas à Monseigneur. Si votre prédicateur monte en chaire, nous lui viderons les tripes.»

En 1562, les habitants du Landeron, petite bourgade catholique sise dans le canton de Neuchâtel, réserve à leur souveraine, elle protestante, un accueil hérissé de pelles et de pioches.

Une trentaine d'années après que Zurich, Berne, Bâle, Neuchâtel, ou plus tard Genève, ont rejoint la Réforme, les tensions sont vives en Suisse entre ceux qui sont restés fidèles à Rome et les adeptes de la nouvelle foi. Comme le reste de l'Europe, les cantons helvétiques se sont en fait déchirés à plusieurs reprises autour de la question religieuse.

Et Le Landeron fait figure de laboratoire, puisqu'ailleurs aussi, en Argovie, Thurgovie, à Bâle ou dans le canton de Vaud par exemple, des populations ont dû respecter une autorité de confession différente de la leur. Souvent dans la douleur. A propos du Landeron, les historiens parlent d'ailleurs de «coexistence dans l'intolérance».

«Les mariages mixtes, les baptêmes ou les exécutions de criminels ont généré mille frictions. Aux 17e et 18e siècles, le Conseil d'Etat neuchâtelois a dû proposer des solutions pragmatiques au cas par cas. C'était encore une époque où ces situations dégénéraient et où le climat était aux guerres de religion», explique Pierre-Olivier Léchot, historien du christianisme.

Querelles de clochers

Contrairement à l'image d'Epinal d'une Suisse ayant réglé ses problèmes de cohabitation religieuse de manière pacifique et rationnelle - image qui surgit ça et là au cours de la campagne sur l'initiative anti-minarets -, l'histoire montre que rien ne va de soi dans ce domaine.

Et que la question des lieux de culte, et plus encore celle de leur signalisation, a toujours été un important point d'achoppement dans les relations interconfessionnelles. Les clochers par exemple ont suscité de nombreuses oppositions dans les cantons protestants. En 1618, Neuchâtel s'est trouvé à deux doigts d'une guerre parce que son souverain, alors catholique, a voulu y faire célébrer une messe avec sonnerie de cloches.

Secouée par deux crises majeures où la composante religieuse a joué son rôle – le Sonderbund et le Kulturkampf -, la Suisse du 19e siècle a également connu de nombreuses querelles de clochers. Dans le canton de Vaud, une loi adoptée en 1810 interdit aux catholiques de construire des lieux de culte trop visibles. Et ce n'est que depuis 1948 que l'église du Valentin, à Lausanne, peut faire sonner ses cloches.

Sur le terrain, la cohabitation a été des plus tendues jusqu'au début du 20e siècle. En 1872, le canton de Genève, affecté très fortement par le Kulturkampf en raison de l'importante minorité catholique qu'il abrite, expulse par exemple les ordres qui enseignent et s'empare des affaires ecclésiastiques. En Argovie et à Soleure, on ferme plusieurs couvents. En 1874, Berne chasse des prêtres jurassiens

Bref, la paix confessionnelle, dont la Confédération jouit depuis plus d'un siècle, s'est aussi nourrie d'une série de mesures visant à limiter les prérogatives de certaines religions et à leur imposer une certaine discrétion. A cet égard, la Constitution de 1874 est clairement discriminatoire envers les catholiques. Elle interdit notamment la création de nouveaux couvents et impose la nécessité d'obtenir une autorisation fédérale pour créer des évêchés.

Une peur chasse l'autre

Auteure d'un ouvrage sur la manière dont la Suisse a géré ses conflits entre 1798-1918, l'historienne Irène Herrmann se méfie de l'idée selon laquelle il existerait un savoir-faire helvétique naturel en matière de gestion des différends religieux. L'apaisement des tensions confessionnelles à la fin du 19e siècle s'explique d'après elle tout simplement par l'arrivée d'un nouveau péril: le bolchévisme.

«C'est un peu comme si une haine chassait l'autre. A partir du moment où on a commencé à avoir peur des bolchéviques, on a eu beaucoup moins peur des catholiques en Suisse. Apaisement confessionnel il y a donc eu, mais au prix de quelle autre dissension?» s'interroge-t-elle, notant au passage que «les problèmes religieux sont rarement religieux» mais qu'ils «sont généralement des symptômes de problèmes beaucoup plus profonds.»

D'où, selon Pierre-Olivier Léchot, l'importance du rôle régulateur de l'Etat, «qui doit, l'exemple de Neuchâtel le montre, prendre ses responsabilités pour garantir la paix confessionnelle». D'où également le fait que la paix confessionnelle ne peut jamais être considérée comme acquise. Elle est au contraire le fruit d'une «lutte de chaque instant», souligne Irène Herrmann.

Comment dès lors les deux historiens jugent-ils l'initiative soumise au peuple le 29 novembre? «Si elle devait passer, la Suisse serait en recul par rapport au mouvement assumé jusqu'à présent», juge Pierre-Olivier Léchot. Irène Herrmann, qui y voit le «reflet d'un malaise quant à la position des Suisses en Europe et dans le monde», observe elle que ce type de discours a tendance à ressurgir en période de difficultés économiques.

Carole Wälti, swissinfo.

Voiles autour de la Méditerranée



Images choisies de «Voiles», ouvrage de Leyla Belkaïd aux éditions Vestipolis. Les images sont celles de cartes postales du début du XXe siècle. Ces femmes ont été photographiées autour de la Méditerranée, au début du XXe siècle.
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Le triomphe de la procédure


L’Office du tuteur général, chargé de l’autorité parentale, ne s’est pas opposé à la décision de renvoi vers l’Italie. Le garçon de 17 ans a trouvé refuge dans un centre de Jésuites

De Berne à Rome, en passant par Lausanne, la procédure a déployé sa mécanique aux frais d’Abdirashid, passé en Suisse en quête d’asile alors qu’il jouissait d’une autorisation de séjour en Italie. Le cas de ce mineur somalien sans famille – sa mère vit à Mogadiscio et son père est décédé –, renvoyé à Rome le 13 novembre, illustre la logique implacable des accords de Dublin que la Suisse applique depuis décembre 2008.

Comme les autres pays européens signataires de la Convention de 1990, révisée en 2003, la Confédération renvoie désormais les requérants vers l’Etat dans lequel ils ont déjà introduit une demande d’asile. Ce règlement s’applique également aux mineurs non accompagnés, confirme l’Office fédéral des migrations (ODM), au grand dam des défenseurs des réfugiés. En outre, l’Italie offrant toutes les garanties requises, Berne considère que le transfert du Somalien se justifie pleinement.

A ce jour, affirme l’ODM, une vingtaine de mineurs non accompagnés ont été contraints de quitter la Suisse. Dans le canton de Vaud, c’est la première fois que l’on en refoule un. En juillet dernier, un adolescent avait pris la fuite alors que la police s’apprêtait à l’emmener, rappelle Emmanuelle Marendaz Colle, porte-parole de l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM). Huit autres jeunes sont sous le coup d’une procédure d’expulsion, estime-t-elle. En tout, l’EVAM héberge une cinquantaine de mineurs.

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L’Australie, éternelle terre d’exclusion pour les demandeurs d’asile

Lorsque Kevin Rudd a été élu Premier ministre d’Australie, fin 2007, la gauche a poussé un soupir de soulagement. Le gouvernement défait, dirigé par John Howard, avait été le plus conservateur depuis la Seconde Guerre mondiale, et le pays attendait avec impatience l’introduction de politiques progressistes sur les questions du changement climatique, des indigènes australiens ou de la guerre en Irak. Mais plus que tout, la gauche espérait une approche nouvelle et plus compassionnelle du problème des demandeurs d’asile. En 2001, le gouvernement conservateur avait refusé que le cargo norvégien Tampa, chargé de 438 demandeurs d’asile, pénètre dans les eaux territoriales australiennes, et il déclarait avoir le droit de décider qui pouvait ou non entrer dans le pays. Populaire, cette ligne dure a caractérisé toutes les autres mesures : tractations «off shore», détention de longue durée des demandeurs d’asile, y compris des enfants. Le nouveau gouvernement a agi rapidement pour mettre en œuvre des politiques plus progressistes, notamment en mettant fin au système de détention obligatoire.

Les développements récents, cependant, ont fait que beaucoup, à gauche, se sont sentis trahis. Au cours des dernières semaines, un certain nombre de demandeurs d’asile tamouls ont cherché à rejoindre l’Australie. Effrayé par la campagne de presse des tabloïds, le gouvernement est revenu à des politiques semblables à celles de son prédécesseur. Une fois de plus, il cherche à éviter le traitement des demandeurs d’asile sur le sol australien et tente d’obtenir que l’Indonésie accepte de s’en charger. A l’heure où j’écris, le gouvernement est impliqué dans un affrontement avec les réfugiés présents à bord du bateau de la douane australienne, l’Oceanic Viking. Le gouvernement veut les emmener en Indonésie, mais les demandeurs d’asile refusent de partir. Reconnus comme des réfugiés authentiques, ils craignent, une fois en Indonésie, de se retrouver encore et toujours dans les limbes. Pourquoi les Australiens sont-ils si durs à leur égard ?

Il y a deux raisons probables. La cause récente est la menace perçue de terrorisme. Le public associe les demandeurs d’asile aux musulmans et les musulmans à des terroristes potentiels. La cause plus ancienne - qui contribue à expliquer l’absence de distinction entre les musulmans et les Tamouls - est le passé raciste de l’Australie. Lorsque le pays fut colonisé par les Britanniques, il était déjà occupé par les aborigènes. La réponse blanche à la question des aborigènes est allée de l’ignorance totale et durable de leur existence jusqu’à des tentatives systématiques de génocide.

Par Neil Lévy, professeur à l’Université de Melbourne, directeur de recherche à l’Oxford Centre for Neuroethics, Cambridge UP.

Lu dans Libération

Les demandes d'asile pour mutilations génitales en hausse

Les Africains demandent de plus en plus souvent l'asile afin de préserver leurs filles de mutilations génitales, peut-on lire vendredi dans De Standaard.
Les mutilations génitales sont encore répandues dans la majorité des pays africains. Beaucoup de mères craignent pour leurs filles et fuient donc leur pays.
"Si une fillette risque d'être mutilée, il s'agit d'une raison suffisante pour accorder à l'enfant et ses parents le statut de réfugié", explique Dirk Van den Bulck, commissaire général aux réfugiés et aux apatrides.
"Cette possibilité existe depuis longtemps, mais depuis 2007 nous constatons une augmentation significative du nombre de réfugiés, principalement africains, qui demandent, pour cette raison, l'asile. En effet, depuis plus d'un an, nous menons une politique active en matière de mutilations génitales et les réfugiés en font clairement usage".
L'an dernier, le nombre de décisions favorables se chiffrait à 141. Cette année, leur nombre devrait être similaire. La majorité des réfugiés viennent de Guinée, où les mutilations génitales sont encore pratique courante.(belga/chds)

Agence belga /chds

jeudi, novembre 19, 2009

«L’initiative contre les minarets est discriminatoire»


René Pahud de Mortanges: «Ce pays est en bonne position pour intégrer les musulmans.» (Eddy Mottaz)

René Pahud de Mortanges: «Ce pays est en bonne position pour intégrer les musulmans.» (Eddy Mottaz)

Pour le professeur René Pahud de Mortanges, l’histoire a amené la Suisse à développer sa propre tradition dans la définition des rapports entre l’Etat et le religieux. Entretien avant la votation fédérale du 29 novembre 2009

Parce qu’elle traduit le rejet d’une religion particulière au nom des valeurs démocratiques de laïcité et d’égalité, l’initiative contre les minarets évoque une autre époque de l’histoire suisse, celle du Kulturkampf. L’anticléricalisme virulent des radicaux du XIXe siècle, qui culmina dans les années 1870, est à l’origine de l’inscription dans la Constitution de plusieurs dispositions discriminatoires à l’égard des catholiques. Quels parallèles entre ce qui animait alors les démocrates contre l’Eglise catholique en Suisse et la réaction que traduit aujourd’hui l’initiative contre la construction de minarets? Le point de vue de René Pahud de Mortanges, professeur de droit des religions et d’histoire du droit à l’Université de Fribourg.

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Editorial: Minarets: faux débat et vrais problèmes


EDITORIAL | «La construction des minarets est interdite.»


Arthur Grosjean / rédacteur en chef adjoint | 18.11.2009 | 23:59

«La construction des minarets est interdite.» Voilà le texte exact et complet de l’initiative populaire qui sera soumise au vote le 29 novembre prochain. Six mots, pas un de plus. Rarement une initiative fédérale n’aura été aussi claire, concise et, disons-le, stupide.

Cette initiative est d’abord clairement discriminatoire. Elle ne vise que les musulmans et laisse les chrétiens libres de continuer à ériger des clochers.

Cette distorsion est difficilement compréhensible dans un pays où la liberté de culte est garantie. A moins de vouloir revenir au temps des Croisades, où il s’agissait d’imposer à l’autre sa propre foi. On peut s’indigner à juste titre que certains pays arabes persécutent des chrétiens, on ne peut pas en revanche les prendre comme un modèle pour la Suisse.

Les minarets, ces «baïonnettes de l’islam» selon certains, font-ils peser un danger imminent sur notre société? En voit-on pousser dans chaque ville, dans chaque quartier? Pas vraiment. Forte de 400 000 membres en Suisse, la communauté musulmane ne dispose que de… 4 mosquées avec minaret. Alors qu’elle compte plus d’une centaine de lieux de culte. Le minaret, comme n’importe quelle construction, est soumis à autorisation et doit se plier aux normes d’aménagement. On n’est pas près d’en voir un en Vieille-Ville tutoyant la cathédrale Saint-Pierre.

Si le minaret est clairement un faux problème, l’intégration de certains musulmans fait débat et explique les tensions cachées liées à ce vote. Au nom de leur foi, d’une lecture littérale du Coran ou de la tradition, des musulmans revendiquent des dispositions spéciales: le droit de travailler dans la fonction publique en portant le voile, le droit d’avoir un emplacement à part dans un cimetière public, le droit d’organiser de force un mariage arrangé pour leur fille, le droit de porter la burqa, le droit d’interdire toute critique envers Mahomet, etc. Ces exigences, qui ne sont pas de même gravité, heurtent nos valeurs et nos lois. Il n’est pas question de les brader au nom d’un multiculturalisme mal compris. S’il faut rejeter avec force l’initiative sur les minarets, il faut rappeler clairement qu’un non ne saurait servir de tremplin aux fondamentalistes musulmans.

Des femmes dénoncent les arguments "féministes" des anti-minarets


L'argument de la protection des femmes brandi par les partisans de l'initiative contre les minarets n'est qu'"une farce et un leurre", selon les femmes des Verts, du PS, du PLR et du PDC. Pour elles, le texte soumis au peuple le 29 novembre ne va dans le sens ni des droits humains, ni de l'égalité.

"Où sont les initiants quand il s'agit de permettre aux mères de famille de travailler à plus de 50% ou de nommer des femmes à des postes à responsabilité?", s'est interrogée la conseillère d'Etat vaudoise Jacqueline de Quattro. Comme les trois autres intervenantes, la libérale- radicale estime que "la nouvelle frontière de la parité, c'est la difficulté à pouvoir concilier vie familiale et vie professionnelle."

Or l'initiative visant à interdire la construction de minarets ne résout aucun de ces problèmes. Elle n'apporte pas non plus de réponses concrètes à des questions comme le port du voile ou les mariages forcés. Il ne s'agit qu'un "amalgame trompeur" qui exploite la peur de l'extrémisme et du terrorisme, a conclu Mme de Quattro.

La Suisse veut détenir ses clandestins moins longtemps


La Suisse s'apprête à réduire de 24 à 18 mois au plus la durée de la détention en vue du renvoi des requérants d'asile déboutés. Le Conseil fédéral a transmis au Parlement les révisions de loi ad hoc, découlant d'un nouveau développement de l'acquis de Schengen.

La correction des durcissements approuvés en septembre 2006 par le peuple inclue aussi le remplacement de l'expulsion sans décision formelle par une procédure de renvoi formelle. Une adaptation est en outre prévue concernant les mesures d'éloignement.

Ces modifications risquent de faire grincer des dents la majorité bourgeoise aux Chambres. Bien que la marge de manoeuvre soit réduite vu que la Suisse s'est en principe engagée à reprendre tous les développement de l'accord Schengen, le PLR et l'UDC se sont opposés au projet lors de la consultation. Les oeuvres d'entraide et la gauche l'ont en revanche accueilli positivement.

La révision des lois sur l'asile et les étrangers se base sur la directive européenne. Son but est une harmonisation minimale des procédures en matière de retour des ressortissants en séjour irrégulier originaires d'Etats non membres de Schengen. Elle contient des dispositions concernant les décisions de renvoi, la détention en vue de garantir l'exécution du renvoi, le renvoi ou l'expulsion ainsi que les interdictions d'entrée.

Quand la Suisse renvoyait les enfants des saisonniers

IMMIGRATION Quand la Suisse renvoyait les enfants des saisonniers

Paru le Jeudi 19 Novembre 2009 - MARIA PINEIRO

«En Suisse, Madame, on travaille ou on repart.» C'est avec ces mots que la police soleuroise réveille un matin Maria di Buchianico, jeune mère italienne, et lui annonce qu'elle doit placer son bébé ou le renvoyer au pays. Son tort, être saisonnière et avoir son enfant avec elle en Suisse.

De 1945 à 2002, la Confédération a délivré six millions de permis «A» pour saisonniers. Une main-d'oeuvre nécessaire à la construction des infrastructures du pays.

Ce soir, l'émission Temps présent consacre un reportage signé Raphaël Engel à la situation particulière des enfants de ces travailleurs dans les années 1960. Des bambins ou des adolescents indésirables en Suisse. En effet, le permis de saisonnier donnait droit au travail, mais pas au regroupement familial. Si une grande partie de ces travailleurs ont laissé leurs enfants grandir au pays, loin d'eux, certains ont bravé la loi.

Ces filles ou fils de saisonniers ont vécu parfois des années cachés et sans scolarité. Ceux qu'on a appelés «enfants du placard» ont attendu le permis «B» de leurs parents, puis le droit au regroupement familial pour sortir au grand jour et aller enfin à l'école. D'autres, comme Francisco de Melo, ont été dénoncés et expulsés «comme des criminels».

Raphaël Engel a retrouvé certains de ces clandestins dont on estime qu'ils ont pu être de dix mille à quinze mille. Aujourd'hui intégrés, ils se souviennent de cette vie dans le placard à regarder, la peur au ventre, les autres enfants s'amuser.

«Il y a là un double langage, on a besoin de travailleurs, mais on leur refuse le droit à vivre une existence humaine», explique le journaliste La situation perdurera jusqu'en 2002, date de l'abolition du permis «A». Mais les mentalités, elles, ont changé avant. Dès les années 1970, des enseignants ouvrent des écoles clandestines pour garantir le droit à l'éducation pour tous. En 1990, Neuchâtel fait sauter un premier verrou en permettant à ces enfants d'accéder à l'école. Les autres cantons suivront, dans l'illégalité face à la législation fédérale, mais en conformité avec leur Constitution, qui exigent une éducation pour tous.

MPO

Expulsion d'un mineur: la mobilisation s'organise

LE COURRIER.CH

Expulsion d'un mineur: la mobilisation s'organise

Paru le Mercredi 18 Novembre 2009 - MICHAËL RODRIGUEZ

L'expulsion d'Abdirashid, un Somalien de 17 ans, suscite l'émoi dans le monde politique vaudois. Dans une interpellation déposée hier, le groupe des Verts fait part de son «écoeurement» et affirme que cette extradition «contrevient clairement» à la Convention internationale pour les droits de l'enfant. L'affaire sera aussi portée sur la scène fédérale: la socialiste vaudoise Josiane Aubert annonce le dépôt d'une interpellation au Conseil national. Jeudi dernier au petit matin, la police vaudoise a embarqué un mineur somalien (notre édition d'hier). Seul et sans famille, il aurait été expulsé vers l'Italie. En vertu des accords de Dublin, les requérants ayant déposé une demande d'asile dans un autre pays signataire peuvent y être renvoyés.

Une personne de contact en Suisse a eu des nouvelles d'Abdirashid, relate le socialiste Roger Saugy. «Le jeune Somalien lui a dit qu'il ne savait pas dans quelle ville il était et qu'il n'avait pas d'endroit où dormir», s'alarme le député. Contrairement au conseiller d'Etat libéral, la gauche estime que le canton a la compétence de déterminer si le renvoi peut être exécuté. «Le Conseil d'Etat aurait pu invoquer la clause humanitaire qui figure dans les accords de Dublin», affirme Jean-Michel Dolivo, avocat et député d'A gauche toute!. En tant que mineur, Abdirashid devait être placé sous la protection de l'Office du tuteur général (OTG). Dans leur interpellation, déposée par Philippe Martinet, les Verts demandent au Conseil d'Etat si l'OTG a été informé de l'ordre d'extradition. Cas échéant, le droit de recours du requérant – de son représentant légal en l'occurrence – aurait été violé. «On peut se demander si l'OTG n'aurait pas dû déposer plainte», conclut Philippe Martinet. I

Initiative pour l'accès à la formation professionnelle des jeunes sans statut légal

Michaël Rodriguez

Les jeunes sans papiers doivent avoir accès à une formation
professionnelle. Les députés Serge Melly (prd) et Jean-Michel Dolivo (A
Gauche toute!) ont déposé hier une initiative parlementaire demandant au
canton de plaider en ce sens auprès des Chambres fédérales. Signé par 69
députés, dont 6 radicaux et plusieurs députés de l'Alliance du centre,
ce texte juge inadmissible que les jeunes sans statut légal soient
condamnés à la précarité et au désoeuvrement. A l'issue de la scolarité
obligatoire, ils ne peuvent en effet pas entamer un apprentissage parce
que les entreprises n'obtiennent pas d'autorisation de travail pour eux. MR


mercredi, novembre 18, 2009

Communiqué d'Amnesty

Des lacunes graves dans la protection des requérants d'asile

Berne/Lausanne, le 18 novembre 2009. Le Conseil fédéral a adopté
aujourd'hui le message sur la mise en oeuvre de la directive
européenne sur le retour prévue par Schengen. Amnesty
International considère que la Suisse ne respectera pas la
directive si le Parlement maintient les lacunes dans la
protection juridique des requérants d'asile et dans la
surveillance des renvois forcés.
Amnesty International avait fait part de nombreuses critiques au
moment de l'élaboration de la directive européenne sur le retour,
notamment au sujet de la détention administrative. Toutefois,
l'organisation de défense des droits humains est bien consciente
que la Suisse ne peut pas s'abstenir de mettre en oeuvre la
directive sur le retour, vu son adhésion à Schengen. Mais Amnesty
International considère que le projet qui avait été soumis à
consultation contient de graves lacunes, qui sont incompatibles
avec la directive sur le retour.

Protection juridique
Le projet du Conseil fédéral comporte des lacunes dans la
protection juridique des requérants d'asile qui le rendent
incompatible avec la directive sur le retour. La Suisse vient
d'être critiquée le 30 octobre 2009 par le Comité des droits de
l'homme des Nations unies au sujet de la mise en oeuvre du Pacte
international sur les droits civils et politiques, qui demande au
Conseil fédéral de garantir aux requérants d'asile l'accès à une
protection juridique prise en charge par l'Etat. Il s'agit là
d'un droit qui est garanti par la Constitution fédérale. Or la
protection juridique est aujourd'hui entièrement financée par les
oeuvres d'entraide, donc par des fonds privés. Cela doit
impérativement changer. En vertu de l'article 13 alinéas 3 et 4
de la directive, les requérants n'ont pas seulement droit à une
consultation, mais aussi à une représentation juridique.
Monitoring des renvois forcés
Un monitoring efficace des renvois forcés doit être mis sur pied
par les autorités suisses. Une exigence actuellement bien loin
d'être remplie, puisque c'est Amnesty International qui, à
plusieurs reprises, a dû elle-même faire des recherches sur la
situation de personnes renvoyées et disparues après leur retour.
« Lorsque nous nous sommes adressées à l'Office fédéral des
migrations en lui demandant de faire des recherches à son tour,
ces démarches ont souvent pris des mois et ont partiellement
abouti à de fausses informations, du moins dans un premier temps.
C'est seulement après des mois que l'ODM a confirmé que des
personnes avaient été arrêtées et mises en prison », relève
Denise Graf, coordinatrice asile à la Section suisse d'Amnesty
International.

Prise en compte des intérêts de l'enfant
La directive sur le retour prévoit explicitement la prise en
compte des intérêts de l'enfant. Il est nécessaire que le texte
final adopté par le Parlement soit plus explicite que le projet
mis en consultation sur ce point.
Voie de recours
La directive exige une voie de recours effective. Or la
proposition du Conseil fédéral maintient le retrait de l'effet
suspensif. Cette mesure ne contredit pas seulement la directive
mais aussi l'article 13 de la Convention européenne des droits de
l'homme, qui garantit le droit à un recours effectif.

Réduction de la durée de la détention administrative
Amnesty International salue la réduction de la durée de la
détention administrative de 24 à 18 mois, mais considère qu'une
période de dix-huit mois de détention est encore trop longue.
Amnesty International favorise des mesures alternatives à la
détention pour garantir le renvoi d'une personne, telles que leur
implication dans un projet de retour, un contrôle de présence,
etc.

Réduction de la durée maximale de la détention administrative

(ats) 12:04 18.11.2009

La Suisse veut détenir ses clandestins moins longtemps

La Suisse s'apprête à réduire de 24 à 18 mois au plus la durée de la détention en vue du renvoi des requérants d'asile déboutés. Le Conseil fédéral a transmis au Parlement les révisions de loi ad hoc, découlant d'un nouveau développement de l'acquis de Schengen.

La correction des durcissements approuvés en septembre 2006 par le peuple inclue aussi le remplacement de l'expulsion sans décision formelle par une procédure de renvoi formelle. Une adaptation est en outre prévue concernant les mesures d'éloignement.

Ces modifications risquent de faire grincer des dents la majorité bourgeoise aux Chambres. Bien que la marge de manoeuvre soit réduite vu que la Suisse s'est en principe engagée à reprendre tous les développement de l'accord Schengen, le PLR et l'UDC se sont opposés au projet lors de la consultation. Les oeuvres d'entraide et la gauche l'ont en revanche accueilli positivement.

La révision des lois sur l'asile et les étrangers se base sur la directive européenne. Son but est une harmonisation minimale des procédures en matière de retour des ressortissants en séjour irrégulier originaires d'Etats non membres de Schengen. Elle contient des dispositions concernant les décisions de renvoi, la détention en vue de garantir l'exécution du renvoi, le renvoi ou l'expulsion ainsi que les interdictions d'entrée.



Département fédéral de justice et police, Communiqué, 18.11.2009
http://www.ejpd.admin.ch/ejpd/fr/home/dokumentation/mi/2009/2000-11-18.html

Adoption du message sur la mise en œuvre de la directive sur le retour

Berne. Le Conseil fédéral a adopté aujourd’hui le message sur la reprise et la mise en œuvre de la directive sur le retour ainsi que sur les modifications y afférentes de la loi fédérale sur les étrangers (LEtr) et de la loi sur l’asile (LAsi).

La directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier (directive sur le retour) constitue un développement de l’acquis de Schengen. La Suisse s’est en principe engagée à reprendre tous les développements de l’acquis de Schengen.

La directive sur le retour a pour but de contribuer à l’harmonisation des procédures de renvoi des ressortissants en séjour irrégulier originaires d’Etats non membres de Schengen (Etats tiers). A cet effet, elle contient des dispositions et prescriptions concernant les décisions de renvoi, la détention en vue de garantir l’exécution du renvoi, le renvoi ou l’expulsion ainsi que les interdictions d’entrée.

La mise en œuvre de cette directive requiert une adaptation de la LEtr et de la LAsi. Des modifications sont nécessaires concernant les mesures d’éloignement, les renvois et les expulsions, ainsi que les mesures de contrainte. Le renvoi sans décision formelle doit notamment être remplacé par une procédure de renvoi formelle. Par ailleurs, la durée maximale de tous les types de détention doit également être modifiée. Selon le droit en vigueur, elle est actuellement de 24 mois. A l’avenir, la durée maximale de la détention ne pourra plus excéder 18 mois.

La consultation sur la reprise de la directive sur le retour a duré du 5 juin au 5 septembre 2009. La majeure partie des participants à la consultation acceptent la reprise de la directive sur le retour dans le droit national.

Des puces pour tous les permis de séjour

(ats) 11:50 18.11.2009

Le Conseil fédéral veut équiper les permis de séjour d'une puce

Après les passeports suisses, les permis de séjour des étrangers seront équipés d'une puce contenant une photo numérique du visage et deux empreintes digitales. Le Conseil fédéral a transmis au Parlement un projet visant à reprendre ce développement de l'acquis de Schengen d'ici mai 2011.

Au nom de la lutte contre l'immigraton illégale, l'opération tend à uniformiser les titres de séjour pour les ressortissants de pays ne faisant pas partie de l'Union européenne ou de l'espace de Schengen. L'introduction de données biométriques a fait peu de vagues lors de la consultation, hormis au sein de l'UDC.

Sont concernés les permis d'établissement (C), de séjour (B) et ceux de courte durée (L). Les données récoltées doivent être enregistrées dans le système d'information central sur la migration (SYMIC) où elles seront conservées pendant cinq ans. Seules les autorités autorisées à contrôler les titres de séjour sont censées pouvoir accéder aux données biométriques pour vérifier l'authenticité du document et l'identité de son titulaire.

Les nouveaux éléments de sécurité et les identificateurs biométriques devront être utilisés par tous les Etats participant à Schengen, selon un modèle uniforme de permis pour les étrangers.


Département fédéral de justice et police - Communiqué18.11.2009
http://www.ejpd.admin.ch/ejpd/fr/home/dokumentation/mi/2009/2009-11-180.html

Introduction des données biométriques dans les titres de séjour pour étrangers : adoption du message

Berne. Le Conseil fédéral a adopté aujourd’hui le message sur l’introduction des données biométriques dans les titres de séjour pour étrangers. Le passage à la biométrie nécessite d’apporter des modifications à la loi fédérale sur les étrangers (LEtr) et à la loi fédérale sur le système d’information commun aux domaines des étrangers et de l’asile (LDEA).

Le règlement (CE) n° 380/2008 du 18 avril 2008 est un développement de l’acquis de Schengen portant sur le titre de séjour. Il présente les nouveaux éléments de sécurité et les identificateurs biométriques que les Etats membres doivent utiliser dans un modèle uniforme de titre de séjour pour les ressortissants d’Etats tiers. Il importe effectivement que ce titre de séjour satisfasse à des critères techniques stricts afin d’éviter les falsifications et de contribuer ainsi à combattre l’immigration illégale et le séjour irrégulier.

Le titre de séjour pour étrangers sera équipé d’une puce contenant une photo numérique du visage et deux empreintes digitales enregistrées électroniquement. Seules les autorités autorisées à contrôler le titre de séjour auront accès aux données biométriques afin de pouvoir vérifier l’authenticité du document et l’identité du titulaire. Les empreintes de la personne ne seront cependant pas comparées avec les données enregistrées dans le système d’information central sur la migration (SYMIC).

Les données biométriques seront conservées cinq ans dans le SYMIC. Cette mesure permettra aux titulaires d’un titre de séjour (livret B ou L) de prolonger ou de renouveler leur document sans devoir relancer la procédure de saisie des données biométriques ni s’acquitter de l’émolument prévu dans ce cas. Le travail des autorités compétentes s’en trouvera aussi allégé.

Une consultation menée du 24 juin au 7 octobre 2009 a indiqué qu’une large majorité des participants était favorable à l’introduction des données biométriques dans les titres de séjour pour étrangers et à leur conservation pour une durée déterminée dans SYMIC.

La Suisse doit être en mesure d’émettre des titres de séjour biométriques pour étrangers d’ici au 20 mai 2011. Comme elle s’est engagée à reprendre les développements de l’acquis de Schengen, il lui faut d’ici là également adapter sa législation.

La mise en œuvre de ce règlement CE requiert une modification de la LEtr et de la LDEA, ainsi que des dispositions d’exécution cantonales correspondantes. Le message y afférent a été adopté aujourd’hui par le Conseil fédéral.

Documents à télécharger :

Appel des présidents de parti contre l’initiative anti-minarets


La démarche commune à dix jours de la votation traduit une certaine nervosité dans les rangs des opposants

Ils y sont tous, sauf ceux de l’UDC et l’UDF. Les présidents du PLR, du PDC, du PBD, du Parti socialiste, des Verts, des Verts libéraux, du PEV, du PCS et du PST ont tous signé mardi un appel à voter contre l’initiative anti-minarets. Une démarche commune plutôt inhabituelle pour rappeler qu’ils s’opposent, «comme le Conseil fédéral, le parlement, les organisations économiques et syndicales», avec fermeté au texte lancé par une poignée d’UDC et de membres de l’Union démocratique fédérale.

Christian Levrat, le président du PS, est à l’origine de la démarche. Il a rapidement su convaincre le président du PLR, Fulvio Pelli. Les libéraux-radicaux se sont ensuite attelés à rédiger un communiqué, signé par les autres présidents de parti. Doit-on en déduire que les partis sont nerveux et qu’ils craignent que l’initiative soit acceptée? «On ressent un certain décalage entre les sondages qui ne sont pas trop alarmistes et ce qu’on nous dit au sein de la population», admet Christophe Darbellay, le président du PDC. Il affirme avoir lui aussi pensé à une démarche commune il y a quelques semaines déjà.

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Un camp de réfugiés en plein Bruxelles

uxelles

18.11.09 - 11:07

La chronique politique de Philippe Walkowiak. Mercredi 18 novembre 2009.

Un camp de réfugiés s'installe au cœur de la capitale européenne, la veille d'un sommet de marchandages dont l'Union européenne a le secret...

La Belgique, faute de place, ne peut plus accueillir les demandeurs d'asile. Ou plutôt faute de volonté politique...

A ce jour, plus de 1000 demandeurs doivent dormir dehors.

Comme dans un pays d'Afrique en guerre, Médecins Sans Frontières doit à présent intervenir dans une capitale européenne pour venir en aide aux réfugiés.

Le secrétaire d'Etat à l'Intégration, Philippe Courard, demande depuis des semaines que la Défense nationale mette à disposition des bâtiments militaires inoccupés. La Régie des Bâtiments ou la Protection Civile disposent aussi de bâtiments disponibles.

Les ministres et secrétaires d'Etat concernés par la politique d'asile se rejettent la responsabilité. Fin juillet, le Premier ministre avait arraché aux forceps un accord sur la régularisation des sans-papiers. Les libéraux flamands avaient longtemps bloqué le dossier.

Mais si la situation a sans doute un peu évolué pour ceux qui étaient déjà en Belgique depuis un certain temps, le gouvernement a soigneusement évité de revoir l'accueil en lui-même. Des personnes qui ont légalement demandé l'asile (ce qui ne veut pas dire qu'ils l'obtiendront) en Belgique, doivent dormir dehors. L'Union européenne impose à ses pays membres un accueil dignedes demandeurs d'asile et l'hébergement en fait partie.

Ici, il ne s'agit que de trouver pourtant une solution transitoire. Des moyens supplémentaires ont été débloqués pour créer de nouvelles places.

La majorité gouvernementale reste frileuse sur la question: PS et cdH veulent avancer, les autres formations de la coalition campent sur leurs positions, estimant apparemment que l'opinion publique craint que la Belgique n'apparaisse trop généreuse avec les demandeurs d'asile.

A ce propos, la Flandre qui, électoralement, devient de plus en plus conservatrice bloque sans doute pour une part toute solution dans ce dossier.

Herman Van Rompuy, à l'heure des premiers bilans, était assez fier de rappeler qu'il avait enfin permis une avancée significative dans le délicat dossier des demandeurs d'asile. Peut-être, là aussi, s'est-il réjoui trop vite ?

Philippe Walkowiak

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mardi, novembre 17, 2009

Les alevis, Turcs sans minarets

Les alevis, Turcs sans minarets

Paru le Lundi 16 Novembre 2009
MOHAMMAD FARROKH

SuisseCOMMUNAUTÉ - Les alevis inaugurent à Saint-Gall la première cemevi (maison de réunion) en Suisse. Ils représentent un quart de la population turque du pays.
Les Turcs de Suisse auront un lieu de culte supplémentaire d'ici à la fin de l'hiver, mais ce ne sera pas une mosquée. Les alevis de Saint-Gall inaugureront leur cemevi (maison de réunion), qui sera la première de Suisse, comme le confirme Ismail Atas, membre du comité de la Fédération suisse des alevis et coprésident des alevis au niveau européen. Il est de retour d'Istanbul où il était parti représenter les alevis de Suisse le 8 novembre lors d'une manifestation qui a rassemblé 500 000 personnes – dix fois moins selon les autorités – venues revendiquer leurs droits et la reconnaissance de leur spécificité.


Contre l'initiative

Cela n'empêche pas Ismail Atas de se montrer solidaire de ses compatriotes musulmans sunnites et de préconiser le «non» à l'initiative antiminarets, tout en estimant que «l'Etat doit exercer un contrôle». Il reste que, quel que soit le résultat de la votation du 29 novembre, l'ouverture de Saint-Gall ne sera pas remise en cause: les cemevis ne sont jamais flanquées de minarets, car les alevis ne s'astreignent pas aux prières rituelles des sunnites, pas plus qu'ils ne pratiquent le jeûne du ramadan.
Sur les murs intérieurs de ces constructions circulaires, figurent typiquement les effigies des douze imams, de la lignée d'Ali, gendre du Prophète. A l'entrée parfois, une parole attribuée à Ali est portée en exergue: «Dans la vie, le meilleur guide est la connaissance.» Une devise qu'Atatürk, le fondateur de la Turquie laïque, avait faite sienne. Le service hebdomadaire du jeudi soir est l'occasion d'écouter le prêche d'un ancien (dede) et de se recueillir sur fond de chants mystiques au son de la guitare (saz), avant d'exécuter la danse rituelle (semah) qui réunit hommes et femmes.


Nombreux à Bâle

Ces dernières ne sont pas voilées et, principe d'égalité entre les sexes oblige, elles participent de plus en plus activement à la vie des «cercles» (dernek) de Suisse. Il y en a actuellement dix à être rattachés à la Fédération suisse, alors que trois autres cercles se tiennent à l'écart, «pour des questions de personnes», commente Ismail Atas qui minimise les divergences entre les différents courants constitutifs du mouvement alevi.
En Suisse, les alevis seraient entre 25 000 et 30 000, soit environ le quart des Turcs de Suisse, mais cette proportion est susceptible de varier d'un endroit à l'autre. Elle est particulièrement élevée à Bâle, vraisemblablement proche de 40%, où quatre des cinq élus d'origine turque du Grand Conseil sont alevis.
Mais un fort sentiment d'appartenance réunit les uns et les autres, né d'une histoire qui remonte au moins à l'époque de Haci Bektas Veli, un mystique turc du XIIIe siècle, considéré comme l'un des pères fondateurs de l'alévisme contemporain. Un sentiment d'appartenance dont l'élément religieux n'est que l'une des composantes, pas forcément la principale.


Un million en Europe

Parmi les autres manifestations de la culture alevi, les longues complaintes accompagnées du saz qui célèbrent notamment la résistance à l'oppression à l'époque de Pir Sultan Abdal, au tournant du XVIe siècle. Ou encore le refuge des montagnes d'Anatolie orientale. Longtemps pratiqué dans une semi-clandestinité, l'alevisme connaît depuis une quinzaine d'années une extraordinaire renaissance, en Turquie où ce courant concerne 20 à 25% de la population.
L'alévisme est fortement représenté parmi les émigrés dans l'ensemble de l'Europe où leur nombre avoisine le million, dont 600 000 à 700 000 pour la seule Allemagne (plus du quart de la population d'origine turque). Dans les Balkans, les bektashis historiquement proches des alevis sont nombreux en Albanie et parmi les Albanais de Macédoine, moins au Kosovo où ils ne représentent guère que 5% de la population.
Malgré ou peut-être à cause de leur spécificité, les alevis sont pratiquement ignorés par les commentateurs qui ne savent où les situer. Comment parler de ces Turcs volontiers amateurs de bière qui ne refusent que rarement une tranche de jambon et dont les cercles sont parfois dirigés par des femmes?

Expulsion d'un mineur: la mobilisation s'organise

Expulsion d'un mineur: la mobilisation s'organise

Paru le Mercredi 18 Novembre 2009
MICHAËL RODRIGUEZ

VaudL'expulsion d'Abdirashid, un Somalien de 17 ans, suscite l'émoi dans le monde politique vaudois. Dans une interpellation déposée hier, le groupe des Verts fait part de son «écoeurement» et affirme que cette extradition «contrevient clairement» à la Convention internationale pour les droits de l'enfant. L'affaire sera aussi portée sur la scène fédérale: la socialiste vaudoise Josiane Aubert annonce le dépôt d'une interpellation au Conseil national. Jeudi dernier au petit matin, la police vaudoise a embarqué un mineur somalien (notre édition d'hier). Seul et sans famille, il aurait été expulsé vers l'Italie. En vertu des accords de Dublin, les requérants ayant déposé une demande d'asile dans un autre pays signataire peuvent y être renvoyés.
Une personne de contact en Suisse a eu des nouvelles d'Abdirashid, relate le socialiste Roger Saugy. «Le jeune Somalien lui a dit qu'il ne savait pas dans quelle ville il était et qu'il n'avait pas d'endroit où dormir», s'alarme le député. Contrairement au conseiller d'Etat libéral, la gauche estime que le canton a la compétence de déterminer si le renvoi peut être exécuté. «Le Conseil d'Etat aurait pu invoquer la clause humanitaire qui figure dans les accords de Dublin», affirme Jean-Michel Dolivo, avocat et député d'A gauche toute!. En tant que mineur, Abdirashid devait être placé sous la protection de l'Office du tuteur général (OTG). Dans leur interpellation, déposée par Philippe Martinet, les Verts demandent au Conseil d'Etat si l'OTG a été informé de l'ordre d'extradition. Cas échéant, le droit de recours du requérant – de son représentant légal en l'occurrence – aurait été violé. «On peut se demander si l'OTG n'aurait pas dû déposer plainte», conclut Philippe Martinet. I



article

SANS-PAPIERS À FORMER

michaël rodriguez

Les jeunes sans papiers doivent avoir accès à une formation professionnelle. Les députés Serge Melly (prd) et Jean-Michel Dolivo (A Gauche toute!) ont déposé hier une initiative parlementaire demandant au canton de plaider en ce sens auprès des Chambres fédérales. Signé par 69 députés, dont 6 radicaux et plusieurs députés de l'Alliance du centre, ce texte juge inadmissible que les jeunes sans statut légal soient condamnés à la précarité et au désoeuvrement. A l'issue de la scolarité obligatoire, ils ne peuvent en effet pas entamer un apprentissage parce que les entreprises n'obtiennent pas d'autorisation de travail pour eux. MR

En Suisse, peut-on revendiquer le chant du muezzin?

RACHAD ARMANIOS

GenèveANALYSE - L'appel à la prière n'est pas une demande des musulmans. Mais pourrait-elle l'être dans le contexte de l'initiative anti-minarets?
En lançant samedi 7 novembre un faux appel à la prière aux abords de la mosquée du Petit-Saconnex, les Jeunes identitaires genevois, un groupuscule d'extrême droite, ont voulu secouer les consciences: refuser l'initiative anti-minarets reviendrait de facto à accepter que, dans quelques années, l'on accepte des appels à la prière, puisque les minarets auraient seulement cette fonction. Cette crainte est l'un des arguments brandis par le comité d'initiative. Des voix ont pourtant rappelé que, depuis trente ans, jamais la mosquée n'a eu cette revendication. Elle ne l'a toujours pas, ont rappelé ses responsables ces jours dans la presse. Le Conseil d'Etat avait déjà cherché à rassurer sur ce point il y a un mois, lors de sa conférence de presse contre l'initiative tenue avec les communes. A Genève, le minaret ne peut pas servir à l'appel à la prière, en application de l'article 1 de la loi interdisant le culte extérieur, avait insisté le président du gouvernement cantonal David Hiler.
Pour le surplus, le Conseil d'Etat se référait ensuite au message du Conseil fédéral. Il rappelle en substance que le chant du muezzin, dans l'hypothèse où il serait autorisé, serait soumis aux limitations contre les nuisances sonores au même titre que le tintement des cloches. Ce qui ne signifie pas un feu vert: «La doctrine admet que les us et coutumes locaux peuvent justifier une différence de traitement (...), dans la mesure où la population n'est généralement pas accoutumée au cri (sic) du muezzin et peu donc percevoir l'émission sonore qui en résulte comme plus perturbante que le tintement des cloches.»


Le monde bouge

Question réglée? Pas vraiment, car le terrain est glissant: cette approche respecte-t-elle l'équité de traitement? Si l'appel à la prière musulman est interdit, comment accepter que les cloches sonnent pour la messe? Et si une exception à l'équité peut être faite s'agissant du muezzin, pourquoi pas une exception pour les minarets?
David Hiler brandissait alors à nouveau la loi sur les cultes extérieurs et estimait aussi que prononcer le nom d'Allah ne pouvait être mis sur le même pied que le tintement de cloches. Questions suivante?
«La discussion a été balayée très vite», se souvient Sandrine Salerno, conseillère administrative de la Ville de Genève (PS). Elle ajoute, forte de ses convictions laïques: «A titre personnel, je ne vois pas de grande différence entre des cloches ou un muezzin. Le débat n'a pas lieu d'être puisqu'il n'y a pas de revendications. Mais le monde dans lequel on vit bouge. Si, demain, il devait y avoir des chants de muezzin en Suisse, je répondrais: et alors? Ensuite, c'est une question de perception. L'important en démocratie, c'est de pouvoir confronter les points de vue et questionner les usages.»
Pourtant, face à la force de frappe de l'initiative contre les minarets, qui se risquerait à réclamer qu'un muezzin y grimpe?


Hors de propos

«Avec cette initiative, on a un pistolet sur la tempe, tout ce qu'on dit risque de jeter de l'huile sur le feu», reconnaît Simon Weber, porte-parole de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse. Mais il ne pense pas que les associations musulmanes se censurent. Sans donner son avis, il rappelle que la société est majoritairement de culture chrétienne, ce qui légitime les carillons mais pas l'appel du muezzin. Mais lui aussi insiste: son éventuelle opportunité doit pouvoir être débattue librement.
Reste que «cette question est simplement hors de propos. En l'agitant, les initiants faussent le débat sur la réelle planification de minarets. Il n'y en a que quatre en Suisse. Parler des muezzins est encore moins d'actualité.»
L'autocensure, il la voit ailleurs: «Chez nous, les dispenses de natations sont d'abord accordées à des chrétiennes. L'homophobie est surtout le fait de nos intégristes évangéliques. Alors que le fondamentalisme chrétien a beaucoup d'avenir, pourquoi pose-t-on la question du droit des femmes ou du respect de l'Etat de droit seulement à l'islam? Surtout, interdire les minarets calmera-t-il les peurs?... Certainement pas.» I

Pas d'appel du "muezzin" en Suisse

Le président helvétique Hans-Rudolf Merz est monté au créneau aujourd'hui pour assurer les Suisses que le "muezzin" ne retentirait pas dans la Confédération quelle que soit l'issue de l'initiative populaire visant à interdire la construction de minarets dans la Confédération.


"L'appel du muezzin ne retentira pas" en Suisse, a assuréHans-Rudolf Merz dans un message vidéo adressé à la nation où il réitère un appel à la population helvétique "à dire non à l'initiative populaire contre la construction de minarets, sur laquelle nous sommes appelés à voter le 29 novembre".

Les autorités suisses affirment que les dispositions relatives aux nuisances sonores permettent d’interdire tout ce qui pourrait générer du bruit (haut-parleurs ou appels à la prière) sur le territoire.

Toutefois, l'argument défendu par le groupe d'élus de l'Union démocratique du centre (UDC, droite populiste) qui a lancé une initiative en 2008 pour interdire la construction de nouveaux minarets est autre. Ils considèrent que ces édifices n'ont pas un caractère religieux mais représentent "le symbole apparent d'une revendication politico-religieuse du pouvoir, qui remet en cause les droits fondamentaux".

Minarets: un appel au bon sens

Minarets: un appel au bon sens

Paru le Mercredi 18 Novembre 2009
LE COURRIER

SuisseChaque soir jusqu'au scrutin du 29 novembre sur l'initiative anti-minarets, la cheminée de l'usine Kugler s'illuminera de vert pour affirmer la place légitime de l'islam en Suisse. Du haut de cette tourelle de 35 mètres, Le Courrier et ses voisins, la Fédération des artistes de Kugler, lancent un appel au bon sens. Il faut refuser cette initiative que le Conseil fédéral et le parlement n'ont pas eu le courage d'invalider. Elle consacre pourtant une intolérable discrimination à l'égard des 350000 à 400000 musulmans de ce pays. Surtout, cette atteinte à la liberté religieuse attaquerait de plein fouet notre démocratie, construite sur le respect et l'ouverture. L'Etat de droit serait gravement ébranlé puisqu'il pose comme base l'égalité de traitement entre les citoyens. Si l'on rejette les minarets, il faudrait interdire les clochers.
Les guerres de religion ont dans un passé récent opposé catholiques et protestants. Les initiants –des membres de l'UDF, un parti chrétien, et de l'UDC– réveillent de vieux démons. Ils décrivent les minarets comme les missiles d'une idéologie politico-religieuse conquérante, faisant l'amalgame entre musulmans et extrémistes, voire terroristes. C'est inacceptable. La grande diversité culturelle et confessionnelle des musulmans en Suisse, dont une minorité seulement est pratiquante (15%), oppose un démenti cinglant à la caricature fondamentaliste dans laquelle les initiants les enferment. Le minaret est seulement, aux yeux de l'immense majorité des musulmans, un ornement architectural signalant pacifiquement l'emplacement d'une mosquée et diffusant l'appel à la prière –dans les pays qui l'autorisent.
Les quatre minarets érigés en Suisse sont le signe que les musulmans y sont reconnus comme des citoyens à part entière. Donner le signal inverse risque de favoriser le repli sur soi de certains membres de cette communauté, voire leur radicalisation.
Les fidèles souhaitent dans l'ensemble vivre leur foi dans le respect des lois suisses, même si certaines pratiques ou revendications –port du voile, cours de piscine non mixtes, carrés musulmans dans les cimetières, etc.– posent légitimement la question de leur compatibilité avec les principes juridiques et sociaux des démocraties occidentales.
Mais l'islam n'est pas seul en cause. Partout en Europe, des citoyens se battent pour détrôner les crucifix des écoles, tandis que des chrétiens lancent des croisades contre l'avortement, les contraceptifs, le préservatif ou les droits des homosexuels. Le christianisme a-t-il autant d'avance qu'on le dit sur le chemin des Lumières? La Suisse, où l'on donne des cours d'histoire biblique à l'école, est-elle laïque?
Les limites aux religions doivent être fixées dans un climat serein et apaisé. Pas sous la pression inadmissible de l'incitation à la haine des musulmans. En justifiant l'interdiction des minarets par l'impossibilité, dans certains pays, de construire des églises, les initiants dévoilent leur visage. Car ils valident les pratiques de certains régimes dictatoriaux. Depuis quelques mois, la cheminée de Kugler est éclairée pour rendre compte de l'activité des artistes. Ils la teignent aujourd'hui de vert, couleur des jardins de l'islam, symbole de vie au milieu du désert. Ils s'expriment publiquement et visuellement en tant que membres de la société civile. Au nom de la vocation des artistes à faire exploser les limites des normes sociales et à expérimenter plus de libertés, ils refusent «une initiative restrictive et xénophobe de plus».

Le conseil synodal appelle à voter NON à l'initiative

Les délégués à l'intégration en colère

L'initiative populaire contre la construction de minarets viole les libertés garanties par la Constitution, fondements d'une bonne cohabitation, estime la Conférence suisse des délégués à l'intégration.
Celle-ci rejette donc avec fermeté le texte en votation le 29 novembre.
En contradiction fondamentale avec le travail accompli par les délégués communaux, régionaux et cantonaux à l'intégration, l'initiative va à l'encontre des efforts d'intégration de musulmans immigrés, écrit la Conférence mardi dans un communiqué.
Loin de résoudre les problèmes, elle lance un faux signal. D'après les délégués à l'intégration, la confrontation et la stigmatisation renforcent surtout les courants fondamentalistes au sein tant des populations étrangères qu'indigènes.
L'initiative viole en outre la liberté religieuse, note la conférence.

L'entrée de la mosquée de Genève caillassée

Les femmes réagissent à l'initiative anti-minarets


ELECTIONS | 10:38 Pour répondre à celles qui craignent qu'un minaret n'amène une burqa, les femmes de tous partis, sauf l'UDC, tiennent conférence de presse






MCM | 17-11-2009 | 10:38

Parce que l'électorat féminin serait plus enclin à voter en faveur de l'initiative contre la construction des minarets, choix motivé par la peur d'une régression du statut de la femme dans notre pays, des politiciennes de différents partis se mobilisent.

Une conférence de presse regroupant des femmes socialistes, des Vertes, des femmes du PLR et du PDC organisent une conférence de presse "Contre l’interdiction des minarets – pour l’égalité des sexes!", le jeudi 19 novembre 2009 à 9h00 au centre de presse du Palais fédéral, salle de conférences à Berne.

Laisser entendre que l’initiative anti-minarets défend l’égalité entre femmes et hommes est une farce, selon elles. "Comment le parti d’extrême droite peut-il être crédible en cela alors qu’il s’oppose à toutes les mesures concrètes proposées pour défendre l’égalité? L’interdiction des minarets est une politique symboliste qui ne protège ni les droits humains, ni l’égalité, et encore moins la constitution suisse."

"C’est pour cela que les politiciennes de différents partis s’engagent ensemble contre l’interdictions des minarets et pour une vraie politique de l’égalité des sexes. Car nous n’avons pas besoin de jouer avec les symboles en matière de l’égalité nous faisons la politique!"

Hans-Rudolf Merz milite contre l'initiative anti-minarets


"Allez rencontrer vos voisins musulmans". Tel est le message du président."Allez rencontrer vos voisins musulmans". Tel est le message du président. [Keystone]

Hans-Rudolf Merz invite les Suisses à faire preuve de tolérance religieuse, une "longue tradition" helvétique, en refusant le 29 novembre l'initiative contre la construction de minarets. Il leur demande aussi de s'ouvrir et d'accueillir les personnes d'autres confessions.

Hans-Rudolf Merz invite les Suisses à faire preuve de tolérance religieuse, une "longue tradition" helvétique, en refusant le 29 novembre l'initiative contre la construction de minarets. Il leur demande aussi de s'ouvrir et d'accueillir les personnes d'autres confessions.

ats - le 17 novembre 2009, 10h29

Se remémorant l'accueil qu'il avait reçu dans les pays arabes lorsqu'il y travaillait, il déclare vouloir à présent "offrir cette hospitalité à nos concitoyens et concitoyennes de foi musulmane. Nous pouvons tous faire preuve d'hospitalité".

Le conseiller fédéral rappelle encore que la grande majorité des musulmans en Suisse sont bien intégrés, qu'ils respectent les règles de notre société et que nombre d'entre eux sont des citoyens suisses. Quant aux minarets, particularismes architecturaux au même titre que les églises ou les synagogues, ils ne serviront pas à l'appel du muezzin.

S'exprimant également sur le sujet, les délégués à l'intégration s'opposent fermement à l'initiative. L'initiative populaire contre la construction de minarets viole les libertés garanties par la constitution, fondements d'une bonne cohabitation, estime la Conférence suisse des délégués à l'intégration.


Message vidéo du président de la Confédération Hans-Rudolf Merz concernant l’initiative contre les minarets

Dans son message vidéo concernant la votation du 29 novembre 2009 sur l’initiative contre les minarets, le président de la Confédération Hans-Rudolf Merz recommande aux citoyennes et aux citoyens de rejeter l’initiative populaire «contre la construction de minarets».

Message de soutien d'Eric Voruz pour le mineur Somalien expulsé



Je ne sais pas si ma déclaration apportera plus de poids à l'action. Toujours est-il que ces décideurs, sous prétexte "d'accords de Schengen" expulsent sans raison et d'une manière brutale un adolescent de 17 ans, d'origine somalienne, ce pays qui n'a pas de gouvernement crédible, déchiré par des clans mafieux qui font "la pluie et le beau temps" contre une population, l'une des plus pauvres de notre planète. Ces mafieux les exploitent en détournant les marchandises
destinées à cette population par ONG intermédiaires, qui elles-mêmes sont aussi menacées par les mafias. Mais pour l'ODM et le SPOP vaudois, "il ne se passe rien en Somalie", pour autant qu'ils sachent ce que c'est la Somalie, les navires attaqués par les mafias, les menacent incessantes contre les populations. Alors les yeux fermés, et n'ayant pas le courage de le faire eux-mêmes, les sbires ODM/SPOP envoyent la gendarmerie au sein même de l'école, pour enlever un jeune innocent, qui n'y peut rien, et le jeter hors de nos frontières. Face à cette situation, nous sommes presque impuissants car à force de démontrer les côtés malfaisants de cette politique, nous ne voyons pas encore le bout du tunnel. Oui, l'esprit fasciste est vraiment difficile à effacer. Et dire que le Conseil fédéral par DFJP interposé, veut encore durcir les lois sur l'Etranger et sur l'Asile. A cause d'une initiative encore pendante de l'UDC dite "de
renvoi".

Eric Voruz

conseiller national

membre de la Commission de la politique de sécurité (CPS)

ch. de la Grosse Pierre 11

1110 Morges (VD)

privé: eric.voruz@bluewin.ch

conseil national: eric.voruz@parl.ch
www.voruz.info

La Turquie déclarée pays d'origine sûr

Forum réfugiés condamne l'allongement de la liste des pays sûrs



Posté le 16/11/2009 à 10:06

Le conseil d’administration (CA) de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a ajouté trois pays vendredi à sa liste des pays dits d'origine sûre : la Turquie, l’Arménie et la Serbie, contre l'avis d'Olivier Brachet, membre du C.A et vice-président du Grand Lyon, ancien directeur de l'association Forum réfugiés qui gère à Lyon les demandeurs d'asile. Conséquence, les demandes d'asiles des ressortissants de ces pays seront traitées de manière expéditive et n'auront pas d'accès au centre d'hébergement. Ce qui signifie moins de chance d'obtenir le statut de réfugié. La Géorgie en revanche a été retirée de la liste. Olivier Brachet avait quitté la séance vendredi pour protester contre les critères de sélection de l'OFPRA.

Même les requérants mineurs n'échappent pas à l'expulsion

Même les requérants mineurs n'échappent pas à l'expulsion

Paru le Mardi 17 Novembre 2009 - MICHAËL RODRIGUEZ

ASILE - Un Somalien de 17 ans, sans famille, a été embarqué jeudi par la police. Son professeur, doyen à l'OPTI, monte aux barricades.

«Un nouveau pas dans l'inhumanité vient d'être franchi par les autorités vaudoises et suisses.» Cette fois, ce n'est pas la Coordination asile qui le dit, mais le responsable des classes d'accueil du canton, Etienne Corbaz. Dans un communiqué diffusé dimanche, ce doyen à l'OPTI (Organisme pour le perfectionnement scolaire, la transition et l'insertion) s'insurge contre l'arrestation d'un de ses élèves, Abdirashid, un Somalien de 17 ans.

Réveillé par la police

Jeudi dernier, dans un centre de l'Etablissement vaudois d'accueil des migrants, l'adolescent a été réveillé par la Police de sûreté vaudoise pour être conduit à l'aéroport de Zurich-Kloten. Destination: Rome. Dans sa fuite loin de la guerre en Somalie, Abdirashid était d'abord passé par l'Italie – et par le camp de réfugiés de Lampedusa, de sinistre réputation. Il est arrivé en Suisse en janvier 2009, et était scolarisé à l'OPTI depuis la dernière rentrée d'août. Sa mère vit en Somalie et son père est décédé il y a deux ans, relate encore le communiqué.

En vertu des accords de Dublin, acceptés par le peuple suisse en 2005, les requérants ayant déjà déposé une demande d'asile dans un autre pays signataire y sont presque systématiquement renvoyés. Peu importe qu'il s'agisse de mineurs non accompagnés: selon l'Office fédéral des migrations (ODM), les règles sont les mêmes que pour les adultes... A partir de quel âge peut-on donc expulser un enfant? A cette question, les autorités fédérales ne répondent pas.

Des lois «injustes»

«Nous savons que ce départ a été fait dans le respect des lois, écrit Etienne Corbaz. Mais que dire de lois qui lancent sur les routes de l'Europe un mineur, seul, sans aucun soutien? Que dire de lois qui stoppent un jeune homme dans ses recherches de formation? (...) Nous devons dire notre opposition à l'injustice de ces lois.»

Dans un communiqué envoyé hier, le syndicat SUD a également fait part de son indignation, accusant les autorités de violer la Convention internationale des droits de l'enfant. «Procéder à une rafle aux premières heures du matin rappelle les heures les plus sombres de l'histoire de l'Europe», ajoute le syndicat, affirmant que ces méthodes ont «profondément heurté» les enseignants, les camarades de classe d'Abdirashid et le personnel du centre.

Leuba s'en lave les mains

Le ministre vaudois de l'Intérieur, Philippe Leuba, réfute le reproche d'inhumanité, et assure que l'adolescent sera pris en charge à son arrivée en Italie. Mais il dit n'y être pour rien dans cette affaire. Selon lui, les autorités fédérales sont seules compétentes pour appliquer les accords de Dublin.
«Je n'ai pris aucune décision dans ce dossier, clame le conseiller d'Etat libéral. Il n'y a pas un seul conseiller d'Etat en Suisse qui soit compétent dans ce domaine.» N'est-ce pourtant pas la police vaudoise qui procède aux mesures de contrainte? «La police cantonale n'est pas rattachée au Département de l'intérieur, rétorque le ministre. En outre, elle ne fait qu'exécuter une décision de l'ODM.»

Philippe Leuba n'a guère apprécié le vigoureux communiqué du professeur de l'OPTI. «Sa démarche pose un certain nombre de questions», lâche-t-il. Mais je réserve d'abord ces questions au collège gouvernemental». I

Victoire de l’intégration …

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… avec l’équipe suisse des M17. Signé Bürki dans 24 Heures

L'Amérique latine, nouveau rêve des migrants africains

BUENOS AIRES, 16 novembre (Reuters) - Confrontés à la fermeture des frontières en Europe, les migrants africains sont désormais de plus en plus nombreux à tenter leur chance en Amérique latine.

Certains font du Mexique ou du Guatemala leur destination rêvée avec l'espoir, ensuite, de pouvoir entrer aux Etats-Unis. D'autres, de plus en plus nombreux, affluent dans les ports d'Argentine ou du Brésil.

S'ils arrivent parfois par hasard en Amérique latine, ils y trouvent aussi des conditions souvent beaucoup plus accueillantes qu'en Europe.

"Je suis arrivé au port de nuit. Je pensais que j'allais en Europe, je ne me suis rendu compte que plus tard que j'étais en Argentine", témoigne Ibrahim Abdoul Rahman, un ancien enfant soldat sierra-léonais qui a fui la guerre civile dans son pays. Son voyage clandestin à bord d'un cargo pour l'Amérique latine aura duré 35 jours.

On estime à plus de 3.000 le nombre d'immigrés africains vivant aujourd'hui en Argentine, alors qu'ils n'étaient encore que quelques dizaines il y a huit ans. Un tiers des 1.000 demandeurs d'asile enregistrés chaque année sont désormais originaires d'Afrique.

"Nous constatons une forte hausse du nombre d'Africains qui arrivent dans le pays et y demandent l'asile", atteste Carolina Podesta du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

"Cela correspond à une recherche de nouvelles destinations", ajoute-t-elle, y voyant la conséquence des politiques d'immigration plus dures mises en place en Europe après les attentats du 11 septembre 2001.

POLITIQUES D'IMMIGRATION FAVORABLES

Au Brésil voisin, les Africains représentent 65% des demandeurs d'asile, selon le comité national pour les réfugiés.

"Le processus d'adaptation est très bon au Brésil", estime Caroline Montenegro, du HCR, précisant que l'intégration culturelle des Africains est facilitée par la forte communauté noire vivant dans le pays.

Pour beaucoup, le long voyage a d'abord constitué à tromper les contrôles de sécurité dans les ports africains avant de survivre, d'eau et de biscuits, à bord des cargos pendant des semaines.

"Nous avons vu des gens arriver après s'être cachés dans le gouvernail d'un bateau. Imaginez ce que ça peut être de traverser l'Atlantique cachés dans un si petit espace", raconte Fernando Manzanares, directeur des services d'immigration en Argentine.

Dans ce pays, les immigrés peuvent obtenir assez facilement des visas de travail temporaires qu'ils doivent renouveler tous les trois mois. Ils peuvent aussi bénéficier de soins gratuits et de leçons d'espagnol dispensées par des organisations caritatives catholiques.

"Les politiques d'immigration du pays sont assez favorables", assure Manzanares. "C'est le reflet de l'histoire. Ce qui s'est produit il y a 100 ans avec les migrants européens se répète aujourd'hui avec les migrants africains."

PÉRIPLE ÉPIQUE

Certains, comme Ibrahim Abdoul Rahman, se sont même mariés en Argentine. Il a rencontré sa femme il y a cinq ans en lui vendant une bague. Depuis, il envoie régulièrement de l'argent à sa mère et à ses sept soeurs restées en Sierre Leone.

Le vendredi, ce musulman se rend à la mosquée Alberdi de Buenos Aires. Il y retrouve d'autres immigrés africains, dont certains se disent victimes du racisme en Argentine.

Ils s'accordent toutefois à reconnaître que ce n'est rien comparé à la xénophobie et aux lois anti-immigration auxquelles sont confrontés les Africains en Europe.

De plus en plus de migrants en provenance de la Corne de l'Afrique cherchent aussi aujourd'hui à se rendre au Mexique ou en Amérique centrale avec le secret espoir de rejoindre ensuite les Etats-Unis.

Le nombre d'Africains passés par le centre de rétention de Tapachula, dans le sud du Mexique, a ainsi triplé entre 2007 et 2008, passant à 600 l'an dernier.

Les récits témoignent des voyages épiques entrepris par certains.

Mohamed Ahmed Hassen, un ancien chauffeur somalien, a vendu sa terre pour financer son exode: son périple l'a mené au Kenya, en Tanzanie et au Mozambique, où il a embarqué à bord d'un bateau pour le Brésil en versant 1.500 dollars à un trafiquant.

"A bord, nous ne savions pas s'il faisait jour ou nuit. Nous n'avions pas de montre, aucune idée de la date. Tout ce que nous savions, c'est que cela allait être long."

Une fois arrivé à Sao Paulo, il est passé en Colombie, a rallié le Panama en bateau, puis le Costa Rica et le Nicaragua avant d'échouer au Guatemala, où il est actuellement détenu. Il a demandé l'asile politique.

(Avec Mica Rosenberg à Mexico, Sarah Grainger à Guatemala City et Stuart Grudgings à Rio de Janeiro, version française Clément Dossin)

lundi, novembre 16, 2009

Déclarations de soutiens au mineur expulsé

Lausanne, le 13 novembre 2009

A.A., né le 01.01.1992, nationalité somalienne

Le 12 novembre 2009, A.A., somalien mineur non accompagné (MNA) a été réveillé (alors qu'il était au Centre Evam spécialisé dans l'accueil des mineurs) et emmené par la Police de sûreté vaudoise pour être conduit à l'Aéroport de Zurich en vue d'une expulsion en direction de Rome.

A ce jour, nous ne savons pas si ce renvoi a été exécuté et n'avons aucune autre nouvelle.

Aux dires des autorités cantonales et fédérales, qui ont été immédiatement alertées, cette procédure de renvoi a été fait dans le cadre légal et ce renvoi est donc exécutable.

A.A. est en Suisse depuis le mois de janvier 2009, il y est arrivé seul, sa mère est à Mogadishu et son père est décédé en 2007. Il est scolarisé dans les classes d'accueil de l'OPTI (Organisme pour le perfectionnement scolaire, la transition et l'insertion professionnelle, classes du post-obligatoire de l'école publique dépendantes du DFJC du canton de Vaud) depuis le mois d'août 2009. C'est un excellent élève, sérieux, motivé ; il force l'admiration de ses enseignants quant à son désir d'apprendre et est un camarade respecté et aimé.

Avant son arrivée en Suisse, A.A. a transité par l'Italie. Après avoir fui les combats dans la capitale somalienne, il est arrivé à Lampedusa, puis est resté, dans des conditions de vie extrêmement difficiles (au niveau de la promiscuité et de l'hygiène de vie) dans un camp pendant trois mois. Au terme de ce laps de temps, il lui a été signifié: « L'Italie est grande, débrouillez-vous ! ». Après avoir erré quelque temps en Italie, il a pu rejoindre la Suisse.

Ce parcours, semé de douleurs et d'angoisse, fait que A.A. est considéré par les autorités fédérales comme un Cas Dublin. Pour lutter contre ce que les autorités européennes ont l'ironie d'appeler « l'Asylum shopping », les Etats européens ont mis en place un système donnant au premier pays d'arrivée sur sol européen le droit de statuer sur une demande d'asile. La Suisse a ratifié les Accords de Dublin.

Ces Accords ne font aucune distinction entre les personnes majeures et les mineures, la seule obligation étant d'annoncer, lors d'un renvoi, qu'un mineur est à bord. Aucun suivi n'est mis sur pied à l'arrivée dans le pays de destination.

Alors qu'il était en train de trouver un peu de stabilité au sein du centre Evam et dans l'école qu'il fréquentait, A.A., jeune homme de 17 ans et demi, est maintenant, à nouveau totalement livré à lui-même. Les récits des élèves qui ont transité par l'Italie nous font craindre le pire.

Nous savons que ce départ a été fait dans le respect des lois. Mais que dire de lois qui lancent sur les routes de l'Europe un mineur, seul, sans aucun soutien ? Que dire de lois qui stoppent un jeune homme dans ses recherches de formation ? Que dire de lois qui empêchent un jeune homme de dire au revoir à ses amis et à ses proches ? Que dire de lois qui troublent le sommeil et conduisent jusqu'à la maladie des jeunes gens confrontés à cette violence institutionnelle ?

Nous devons dire notre opposition à l'injustice de ces lois.

Etienne Corbaz

Doyen cantonal des classes d'accueil de l'OPTI

SUD Solidaires - Unitaires – Démocratiques
www.sud-vd.chinfo@sud-vd.ch

COMMUNIQUE : 15 novembre 2009
Renvoi d'un mineur vers l'Italie : acte inhumain et inacceptable

Le 12 novembre 2009, Abdirashid, somalien mineur non accompagné (MNA) a été réveillé (alors qu'il était au Centre EVAM spécialisé dans l'accueil des mineurs) et emmené par la Police de sûreté vaudoise pour être conduit à l'Aéroport de Zurich en vue d'une expulsion en direction de Rome. A ce jour, nous ne savons pas si ce renvoi a été exécuté et n'avons aucune autre nouvelle.

Avant son arrivée en Suisse, Abdirashid a transité par l'Italie. Après avoir fui les combats dans la capitale somalienne, il est arrivé à Lampedusa, puis est resté, dans des conditions de vie extrêmement difficiles (au niveau de la promiscuité et de l'hygiène de vie) dans un camp pendant trois mois.

Au terme de ce laps de temps, il lui a été signifié: « L'Italie est grande, débrouillez-vous ! ». Après avoir erré quelques temps en Italie, il a pu rejoindre la Suisse. Abdirashid est en Suisse depuis le mois de janvier 2009, il y est arrivé seul, sa mère est à Mogadishu et son père est décédé en 2007. Il est scolarisé dans les classes d'accueil de l'OPTI depuis le mois d'août 2009. Alors qu'il était en train de trouver un peu de stabilité au sein du centre EVAM et dans l'école qu'il fréquentait, Abdirashid, jeune homme de 17 ans et demi, est maintenant, à nouveau totalement livré à lui-même. Aux dires des autorités cantonales et fédérales, qui ont été immédiatement alertées, cette procédure de renvoi a été faite dans le cadre des Accords de Dublin et ce renvoi est donc exécutable.

Il est inacceptable de renvoyer un élève mineur vers un pays qui n'assure aucun encadrement. Ceci viole la convention internationale des droits de l'enfant. De plus, les méthodes utilisées sont choquantes. Procéder à une rafle aux premières heures du matin rappelle les heures les plus sombres de l'histoire de l'Europe. Ceci a aussi profondément heurté les enseignant-e-s de l'établissement concerné, les élèves et les assistant-e-s socio-éducatifs du centre, qui plus est, n'ont plus aucune nouvelle de Abdirashid.

En conséquence, Sud demande que :
- les autorités ne procèdent pas à l'expulsion de Abdirashid;
- Abdirashid puisse retourner au centre EVAM et reprendre les cours dans sa classe;
- cesse tout renvoi de mineur.

Nous apportons aussi notre soutien aux enseignant-e-s de l'OPTI, aux assitant-es- socio-éducatifs du centre EVAM, et aux camarades de classe de Abdirashid.

Secrétariat Fédéral de SUD

Les minarets: le monde en parle

Le minaret de la Grande Mosquée du Petit-Saconnex, à Genève, vue au travers d'un miroir.
Le minaret de la Grande Mosquée du Petit-Saconnex, à Genève, vue au travers d'un miroir. (Keystone)

Rarement votation populaire en Suisse aura fait couler autant d'encre, de salive et de pixels que celle de ce 29 novembre sur les minarets. Débat très vif également parmi les lecteurs de swissinfo.ch. Des quatre coins du monde et en neuf langues. Survol des feedbacks.

Dès le lancement de l'initiative de la droite conservatrice (UDC) et évangélique (UDF) qui veut inscrire dans la Constitution fédérale une interdiction de construire des minarets, les internautes ont été plus nombreux que jamais à prendre la plume – ou plutôt le clavier – pour donner leur avis.

Les réactions sont particulièrement nombreuses en arabe, d'autant qu'aux feedbacks déposés sur le site s'ajoutent les interventions sur le blog et celles sur les réseaux sociaux qui ont réagi à nos articles.

Beaucoup de réactions aussi en français, allemand et anglais, mais moins en italien et peu en espagnol et en portugais. Et pratiquement rien en chinois et en japonais. Important certes, le sujet des minarets n'est donc pas pour autant universel.

Incrédulité

Les premières réactions du monde musulman (août 2008) sont d'incrédulité et d'incompréhension. «Il paraît que les musulmans font face à une nouvelle inquisition en Europe», écrit un Marocain. «Je suis surpris par cette loi raciste, surtout en Suisse, pays qui se considère neutre», ajoute un Algérien, alors qu'un autre se dit «sûr que le gouvernement interdira cette décision injuste».

Pas évident, on le voit, d'appréhender ce mécanisme complexe – et si typiquement suisse – de l'initiative populaire, qui n'est pas une loi, et sur laquelle le dernier mot revient au peuple, pas au gouvernement.

Malgré ces inquiétudes initiales, on ne verra jamais un drapeau suisse brûler devant une ambassade. L'«affaire des minarets» ne sera pas une nouvelle affaire des caricatures. Et si l'on en croit un chercheur égyptien, le mérite en revient essentiellement à... swissinfo.ch et à son site arabe (lire ci-contre).

Qu'est-ce que c'est?Qu'est-ce que c'est?

Symbole de conquête

En arabe, on s'en doute, la majorité des feedbacks sont hostiles à l'initiative. Dans les autres langues par contre, ils se répartissent grosso modo en deux tiers favorables à l'initiative et un tiers favorable aux minarets. Soit à peu près l'inverse de ce qu'indique le dernier sondage électoral. Mais c'est bien connu: le courrier des lecteurs n'est pas un baromètre fidèle de l'opinion.

«Le minaret est clairement une icône de la foi islamique. Et la foi islamique soutient l'oppression des femmes. Cela peut prendre des décennies, mais croyez-moi: quand l'islam sera majoritaire, ils demanderont la charia et toutes ces vieilleries du 7e siècle», écrit une Américaine.

Elle n'est pas la seule à craindre cette islamisation de l'Occident, clairement mise en avant par les promoteurs de l'initiative. «Je suis très triste, et en réalité un peu en colère quand je traverse une de nos villes pleine de burkhas et de boucheries halal», écrit un résident britannique.

De Paris, un autre lecteur se plaint de ces rues aux environs de Barbès «barrées tous les vendredis pendant deux heures pour cause de prières musulmanes». Et d'y voir «une manière, comme les minarets, de montrer la visibilité de l'islam et d'imposer un rapport de forces aux autorités du pays».

Et ainsi de suite. Femmes voilées, endoctrinement des enfants pour en faire des terroristes, et même excision ou crimes d'honneur: toutes les craintes que véhicule (à tort ou à raison) l'islam se trouvent ici en condensé derrière ce symbole du minaret «signe qu'une terre a été conquise et se trouve maintenant sous la loi islamique».

Le minaret et le clocher

De Turquie, un lecteur exhorte les Suisses à accepter l'initiative, car, écrit-il «on trouve en Europe de nombreux exemples des conséquences désastreuses qu'a le fait de céder aux demandes incessantes des musulmans». Pour lui, voter l'interdiction des minarets aiderait la Suisse à «éviter ce chemin culturellement suicidaire».

Et pour bien enfoncer le clou, un internaute de Belgique remercie l'UDC «de défendre la civilisation chrétienne européenne actuellement gravement menacée».

«La culture musulmane est étrangère à l'Europe il faut que les musulmans européens le comprennent et qu'ils essayent de s'intégrer dans leurs sociétés respectives, sinon c'est un grand choc qui se prépare en Europe», ajoute un lecteur du Liban.

«Et si je veux construire une église en Arabie Saoudite?» Cette question de la réciprocité revient régulièrement. Dans toutes les langues et de tous les pays, y compris la Chine. D'Egypte, du Liban, de Syrie, du Maroc, de Palestine même, de nombreux internautes rappellent pourtant que chez eux, clochers et minarets ont souvent poussé côte à côte.

Mais ce n'est pas suffisant pour convaincre cette immigrée en Suisse, venue d'un pays qu'elle ne nomme pas et qu'elle a quitté «à cause de la montée du fondamentalisme islamique». «Ma famille et moi nous sentons à la maison ici, et avec le souvenir de mon expérience précédente, je vais voter pour l'initiative. Ce sera ma contribution à préserver la Suisse que je connais et que j'aime», explique-t-elle.

Et les adorateurs des Schtroumpfs?

A l'opposé, ceux qui voteront non le 29 novembre invoquent avant tout la liberté religieuse et «ne veulent pas faire à l'autre ce qu'ils n'aiment pas qu'on leur fasse». «Il faut respecter les croyances des autres et même donner un lieu de culte aux adorateurs des Schtroumpfs», écrit un Helvète.

«La Suisse n'est pas l'Arabie Saoudite, elle respecte les droits de l'homme. Il me semble qu'au nom de la défense de l'Occident, ceux qui soutiennent l'initiative veulent justement jeter aux orties les valeurs sur lesquelles se base l'Occident», ajoute un autre.

D'Uruguay, une religieuse catholique regrette de ne pas pouvoir venir voter en Suisse et ainsi «aider à sauver de l'intolérance un pays qui a su être ouvert».

«C'est quoi le problème avec ces minarets?, demande un lecteur des Etats-Unis. Si vous avez confiance en votre culture, vos traditions et votre religion, vous n'êtes pas menacés par un autre groupe qui essaie d'en apporter sa propre version. Peut-être que ce débat en dit plus sur le déclin de la culture suisse que sur la montée de la culture musulmane en Suisse...»

Et d'autres de fustiger l'UDC, «raciste, xénophobe» et même «fasciste», qui se sert de la peur de l'islam «comme Hitler s'est servi de la peur des juifs».

Imagine...

Finalement, il y a ceux pour qui le ciel est vide. «Moins il y a de religion, et moins il y a de risque de conflit», écrit un Suisse qui prône le non à «l'initiative qui veut interdire les minarets et donner de l'importance à la religion».

«Je pense que c'est en tolérant des choses comme celle-là, totalement inoffensives, qu'on peut exiger le respect de la part de l'autre. Et franchement, notre bon vieux clocher qui nous casse les oreilles à 9 heures le dimanche matin, c'est pas beaucoup mieux», ajoute un compatriote.

Pour un autre Suisse enfin, le pays «qui n'en finit pas de subir une politique déplorable au niveau social» a certainement, en ces temps de crise économique, d'autres problèmes à affronter que celui des minarets.

Marc-André Miserez, swissinfo.ch

Les autorités autrichiennes veulent combattre l'"abus"du droit d'asile


LE MONDE | 13.11.09 | 15h29 • Mis à jour le 13.11.09 | 16h15
Vienne Correspondante

rigona Zogaj s'est vu refuser l'asile en Autriche. Jeudi 12 novembre, la jeune Kosovare, âgée de 17 ans, a appris qu'elle serait expulsée du territoire autrichien, où elle est arrivée en 2002, et devra regagner son pays d'origine en compagnie de sa mère et de deux de ses frères et soeurs.

Un mois après l'adoption, par le Parlement autrichien, d'une loi plus restrictive sur le droit d'asile, le "cas Zogaj" (prononcez Tzogaï) est un exemple. Pour la droite et l'extrême droite, il faut dissuader les abus commis par des étrangers qui cherchent à s'installer dans un pays prospère, en se faisant passer pour des réfugiés persécutés. Aux yeux de la gauche, des Verts et d'une partie de l'église catholique, cette affaire pâtit du climat xénophobe qui s'est renforcé depuis quinze ans en Autriche, sous la pression constante des forces d'extrême droite et de leurs relais dans la presse populaire.


C'est en lisant l'influent tabloïd Kronen Zeitung, qui en avait eu la primeur, que l'avocat de la famille Zogaj a été informé du verdict, dont il veut faire appel. Le chef du Parti de la liberté (FPÖ), Heinz-Christian Strache, principal leader de l'extrême droite, a aussitôt mis au défi la ministre de l'intérieur Maria Fekter, du parti conservateur ÖVP : "Maintenant, il faut être conséquent et procéder à l'expulsion", a-t-il lancé.

"Nous y croirons lorsque les Zogaj seront vraiment expulsés au-delà de l'espace Schengen", a renchéri son rival Martin Struz, secrétaire général de l'Alliance pour l'avenir de l'Autriche (BZÖ), la formation dissidente du FPÖ fondée en 2005 par le défunt Jörg Haider. Mme Fekter elle-même avait déjà signalé, en janvier 2009, qu'elle appliquerait la loi sans se laisser attendrir par "les yeux de biche" d'Arigona.

Propagande d'extrême droite

Comme sa mère, la jeune fille a plusieurs fois menacé de se suicider pour échapper à l'expulsion. Son père et ses deux frères aînés sont retournés contre leur gré au Kosovo, tandis que les deux plus jeunes enfants de la fratrie, avaient été autorisés à revenir provisoirement auprès de leur mère. "C'est une catastrophe humaine", soupire Josef Friedl, un prêtre catholique de Haute-Autriche qui avait accepté de cacher pendant des semaines Arigona, à l'automne 2007, et continue de soutenir financièrement la famille.

Mais le curé se plaint de lutter à contre-courant : "On a malheureusement réussi à créer une mentalité qui cherche des boucs-émissaires. C'est devenu plus brutal et plus dur", confie-t-il au quotidien libéral Der Standard. Les Zogaj ont perdu le capital de sympathie dont ils bénéficiaient il y a deux ans, lorsque la commune de Haute-Autriche où réside Arigona appuyait à l'unanimité ses démarches.

Les péripéties de ce feuilleton ont lassé l'opinion, travaillée par la propagande du FPÖ, qui a fait de la surveillance des étrangers son thème porteur et sait exploiter les statistiques de la police : les non-Autrichiens sont 10,3 % de la population, mais 27 % des personnes soupçonnées de délit en 2008.

"L'ÖVP assume la même posture, et la social-démocratie (qui gouverne avec la droite) est comme le lapin devant le serpent, terrifiée de perdre des voix", déclare au Monde la députée Alev Korun, chargée de l'intégration chez les Verts. Mais ces derniers ne recueillent guère que 10 % des intentions de vote, contre 26 % pour l'ensemble de l'extrême droite. 26 % est aussi la proportion d'Autrichiens, selon une étude de l'université d'Innsbruck, qui peuvent être qualifiés de "xénophobes".


Joëlle Stolz

dimanche, novembre 15, 2009

Affiche de RESF

Le minaret, élément de mémoire de l'islam à l'architecture variée

A deux semaines de la votation sur les minarets, rapide coup de projecteur sur cet élément architectural, l'un des sept qui composent une mosquée. Cylindrique, carré, octogonal: il peut revêtir les formes les plus variées et n'obéit à aucune règle codifiée. Il n'est d'ailleurs pas indispensable, surtout à l'heure où le muezzin est remplacé par Internet ou les SMS, mais revêt un caractère symbolique et culturel

Ivan Radja - le 14 novembre 2009, 19h52
Le Matin Dimanche

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«Ce n'est pas une religion ostentatoire dans son essence, rappelle l'architecte et professeur Patrick Mestelan, spécialiste de l'architecture de l'islam. Si, à la limite, l'expression la plus simple de la mosquée est le tapis de prière, elle est par excellence, et avant tout, le lieu de recueillement de la communauté. Ce qui importe, c'est le haram , l'aire sacrée rectangulaire orientée vers La Mecque, où prient les fidèles.» Il est l'un des sept éléments d'une mosquée, avec le kibla , mur qui borde le grand côté du rectangle, le mirab , niche figurant une porte symbolique vers la vie spirituelle, le minbar , chaire appuyée sur ce même mur (plus guère en usage), une cour extérieure, un bassin ou une fontaine pour se laver pieds, mains et visage, et enfin le minaret. De l'arabe manâra (le phare), il est à la fois symbolique (lumière) et pratique pour porter la voix du muezzin. Les premiers seraient apparus au premier siècle de l'hégire (VIIe siècle). Bilal, muezzin de Mahomet, montait simplement sur un auvent de la maison du Prophète, à Médine.

Ils ont pris des formes très variées, au fil des siècles, en fonction des cultures, de la géographie, du matériau, du climat ou des constructeurs (chrétiens, Byzantins, Mamelouks, Ottomans, etc.). Les minarets cylindriques de Turquie résistaient, par exemple, mieux aux secousses sismiques. «Au départ, ils étaient de base carrée, énumère Patrick Mestelan, puis il y eut des variantes hélicoïdales, à la manière de la tour de Babel, ou pyramidales en Afrique, et des modèles octogonaux et cylindriques.»

Historien de l'art, Henri Stierlin précise que «rien n'est codifié ni systématisé. Ainsi la mosquée d'al-Aqsa, à Jérusalem, n'a pas de minaret, alors que d'autres peuvent en compter plusieurs.» Il n'y a pas de règle non plus concernant le diamètre et la hauteur. «Comme n'importe quelle construction en Suisse, précise Hafid Ouardiri, directeur de la Fondation de l'entre-connaissance, il est soumis aux règles de l'urbanisme communal.»