jeudi 10 décembre 2009

Francophonie: les minarets fragilisent la candidature suisse

Francophonie: les minarets fragilisent la candidature suisse

Josée Verner, ministre des Affaires intergouvernementales du Canada, présidera la séance de la semaine prochaine où la candidature suisse pourrait affronter quelques contestations.
Josée Verner, ministre des Affaires intergouvernementales du Canada, présidera la séance de la semaine prochaine où la candidature suisse pourrait affronter quelques contestations. (Reuters)

Montreux est bien placée pour organiser le prochain Sommet de la Francophonie, en octobre 2010. Mais le vote sur les minarets va donner du fil à retordre à la diplomatie helvétique. Décision mercredi prochain.


L’affaire paraissait entendue. Après la suspension de Madagascar, où devait se tenir le prochain Sommet de la Francophonie en 2010, Montreux, proposé au pied levé par la Suisse, avait toutes les chances de remplacer Tananarive.

La candidature de la station de la Riviera lémanique devait passer comme une lettre à la boîte lors de la Conférence ministérielle des 15 et 16 décembre (mardi et mercredi prochains). La votation sur les minarets risque, pourtant, de compliquer la tâche de la diplomatie helvétique.


Tananarive déstabilisé

Au siège parisien de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), personne n’ose se lancer dans des paris trop risqués. C’est vrai, jusqu’à ce jour, aucun Etat autre que la Suisse n’a proposé d’organiser le Sommet de 2010. Et la candidature helvétique a des avantages évidents.

Nul ne conteste la capacité de la Suisse à mettre sur pied, en dix mois, un événement considérable, qui accueillera 5000 personnes, dont des dizaines de chefs d’Etat, des diplomates, des journalistes, etc. Pour remplacer Tananarive, déstabilisé depuis le coup de force d’Andry Rajoelina et le départ du président Marc Ravalomanana, Montreux part largement favori.

Mais... «Lors de ce type de réunion ministérielle, tout est possible», note Ousmane Paye, conseiller spécial du secrétaire général de la Francophonie, Abdou Diouf.


Une décision par consensus

«Pour l’heure, le vote sur les minarets n’a suscité aucun écho négatif à l’OIF, remarque le Suisse Pierre de Cocatrix, directeur de cabinet de M. Diouf.» Prudence quand même. La réunion ministérielle, à laquelle participera la cheffe de la diplomatie suisse Micheline Calmy-Rey, prendra sa décision par consensus. Il suffit donc que quelques voix s’élèvent contre la Suisse pour fragiliser sa candidature.

Or, sur ses 56 membres, l'OIF compte sept pays musulmans. L’Egypte notamment, dont le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit, a estimé récemment que le vote suisse contre les minarets était une «grave erreur». Le Sénégal aussi, dont le président, Abdoulaye Wade, qui préside actuellement l’Organisation de la conférence islamique, a exprimé sa «vive préoccupation» suite au «oui» du 29 novembre.

«La Francophonie est un cercle de valeurs», observe Ousmane Paye. Façon de dire qu’à l’OIF, la question des droits l’homme est centrale – même si les Etats membres ne sont pas tous démocratiques, loin s’en faut ! – et que le sujet minarets ne pourra pas être écarté d’un revers de la main.

Une autre objection pourrait être soulevée à l’encontre de la candidature helvétique. Bucarest a accueilli le Sommet en 2006, Québec en 2008. Avec Montreux, cela ferait donc trois sommets consécutifs dans les pays du Nord.


Faible impact du vote ?

«Après la défection de Madagascar, nous avions sondé Kinshasa, qui doit organiser le sommet de 2012 et avait postulé pour celui de 2010, confie Ousmane Paye. Nous n’avons pas eu de réponse. Visiblement, la capitale de la République démocratique du Congo n’est pas prête.» Pas simple d’organiser un tel événement en si peu de temps. Sur ce plan, Montreux paraît idéal.

Quoi qu’il en soit, une décision sera prise la semaine prochaine. «La Francophonie a toujours montré son habileté à surmonter les crises», note l’ancien ministre sénégalais. Lequel ajoute: «Il appartiendra à la présidence canadienne d’arrondir les angles et de trouver si nécessaire un compromis.»


No comment de Berne

A Berne, le Département fédéral (ministère) des Affaires étrangères s’abstient de tout commentaire. Pas question de s’inquiéter outre mesure. La candidature suisse aurait, estime une source, 95% de chances de l’emporter.

Les responsables suisses n’osent imaginer un rejet de leur candidature: ce serait la première conséquence notable, sur la scène internationale, du vote sur les minarets. Ils se rassurent en notant le faible impact qu’a suscité jusqu’à présent le vote du 29 novembre: tout au plus quelques appels au boycott, de petites manifestations devant des représentations suisses et quelques incidents, comme l’a rappelé mardi Micheline Calmy-Rey.

Le temps, comme le montre la réaction hier de Nicolas Sarkozy, serait plutôt à la compréhension et à la recherche d’explications.

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