mercredi 14 avril 2010

Le renvoi des étrangers en débat

Jeudi, la Commission des institutions politiques du Conseil national se penchera sur l’initiative de l’UDC «pour le renvoi des étrangers criminels» et le contre-projet direct adopté le 18 mars par la Chambre des cantons. La gauche est dans l’embarras: faut-il refuser le contre-projet et prendre ainsi le risque que l’initiative passe seule devant le peuple ?

Le texte de l’UDC.Les étrangers sont privés de leur titre de séjour, peu importe leur statut, et de tous leurs droits de séjourner en Suisse s’ils ont été condamnés par un jugement entré en force pour meurtre, viol, ou tout autre délit sexuel grave, pour un acte de violence d’une autre nature tel que le brigandage, la traite d’êtres humains, le trafic de drogue ou l’effraction ou s’ils ont perçu abusivement des prestations des assurances sociales ou de l’aide sociale: voilà ce que l’UDC prévoit d’inscrire dans la Constitution. Pour le parti, ces étrangers doivent être expulsés et frappés d’une interdiction d’entrer sur le territoire allant de cinq à quinze ans. En cas de récidive, elle sera fixée à vingt ans. L’initiative a récolté 200 000 signatures en un temps record.

Le contre-projet.Selon le projet accepté par les sénateurs, sont privés de leur droit de séjour et renvoyés les étrangers qui ont commis un assassinat, un meurtre, un viol, un brigandage qualifié, une prise d’otages, de la traite qualifiée d’êtres humains, une infraction grave à la loi sur les stupéfiants ou une autre infraction passible d’une peine privative de liberté d’un an au moins. De même que ceux qui sont condamnés par un jugement entré en force pour une autre infraction à une peine de deux ans au moins ou à plusieurs peines privatives de liberté ou à des peines pécuniaires s’élevant au total à 720 jours ou 720 jours-amendes au moins en l’espace de dix ans. Sont aussi concernés ceux qui ont été condamnés à dix-huit mois pour une escroquerie ou une autre infraction ayant trait à l’aide sociale, aux assurances sociales ou à des contributions de droit public, ou pour une escroquerie d’ordre économique. Il est aussi inscrit dans la Constitution que les objectifs d’intégration des étrangers doivent être pris en compte et que la décision du renvoi est prise «dans le respect des droits fondamentaux et des principes de base de la Constitution fédérale et du droit international».

La suite? Après les Etats, ce sera au National de trancher. Sa commission se réunit jeudi. Le contre-projet pourrait en sortir remodelé.

Valérie de Graffenried dans le Temps

La crise économique fait le jeu de l’extrême droite en Hongrie

Le parti Jobbik devrait faire son entrée au parlement. Une épreuve délicate pour les conservateurs qui dirigeront le prochain gouvernement.

Après le Danemark, les Pays-Bas et l’Italie, l’extrême droite marque des points en Europe centrale. Avec 16,7% des voix au premier tour des législatives hongroises, le Jobbik, une formation ouvertement xénophobe et antisémite, est assuré de faire son entrée au parlement à l’issue du second tour, prévu le 25 avril.

Sa percée ne constitue pas vraiment une surprise. Aux européennes de juin 2009, le parti avait déjà séduit 14, 8% des votants. La performance enregistrée dimanche confirme la tendance. Le Jobbik, qui représentait en 2006 2% des électeurs, se hisse maintenant au troisième rang des partis hongrois, à moins de trois points des socialistes du MSZP, les grands vaincus du scrutin.

Son succès s’analyse à la fois comme un vote de protestation contre la médiocre situation économique du pays et comme une manifestation de défiance envers une classe politique jugée incompétente, arrogante et corrompue. En ce sens, la stratégie du parti et de son jeune leader, Gabor Vona, 31 ans, ne s’éloigne guère de celle qui réussit ailleurs au Front national français ou à la Ligue du Nord italienne.

Antisémitisme revendiqué

Les tenants de l’extrême droite hongroise se distinguent davantage par la stigmatisation virulente des multinationales, des investisseurs étrangers, de «l’alliance entre New York et Tel-Aviv». Par un antisémitisme revendiqué. Par l’exécration des populations tsiganes: «L’animosité entretenue contre les Roms confère au parti une bonne part de sa singularité», observe Zoltán Bécsi, professeur associé au Geneva School of Diplomacy and International Relations. Il convient d’ajouter aussi le déploiement des miliciens tout de noir vêtus de la garde hongroise: un passé condamné à «hiberner» sous le régime communiste refait surface, ajoute M. Bécsi.

Le phénomène ne doit pas être pris à la légère, estime-t-il: «Il y a dans le pays des forces convaincues que la démocratie ne fonctionne pas, qu’elle n’a pas sa place en Hongrie.»

C’est dire l’ampleur de la tâche du prochain gouvernement de droite. Fort de 52, 7% des voix au premier tour, le parti conservateur Fidesz exclut toute collaboration avec le Jobbik. Obtiendra-t-il, le 25 avril, la majorité des deux tiers, nécessaire pour mener à bien les réformes dont le pays a besoin?

JEAN-FRANÇOIS VERDONNET dans 24 Heures

mardi 13 avril 2010

“L’aide sur place est la voie du futur”

Eduard Gnesa, ambassadeur extraordinaire pour les migrations, sort de son silence. Selon lui, l'heure n'est plus à l'accueil de contingents de réfugiés, mais à l'aide sur place. Un article de Christiane Imsand dans le Nouvelliste.

Eduard Gnesa, un travail d’ambassadeur essentiel à la politique migratoire de la Suisse.  KEYSTONE/A

Ancien directeur de l'Office fédéral des migrations, Eduard Gnesa a quitté le Département fédéral de justice et police (DFJP) pour celui des affaires étrangères (DFAE). Depuis le 1er septembre 2009, il est ambassadeur extraordinaire pour la collaboration internationale en matière de migrations. Le poste est délicat, à la charnière de plusieurs départements, et le Haut-Valaisan a longtemps préféré rester dans l'ombre (cf notre édition du 9 avril). Hier, il a accepté pour la première fois de s'exprimer sur ses nouvelles fonctions. Interview.

Pour quelle raison le Conseil fédéral a-t-il créé votre poste?

Il voulait d'une part optimiser et intensifier sa présence sur la scène internationale, d'autre part renforcer la collaboration entre les trois départements concernés par la politique des migrations, à savoir les départements des Affaires étrangères, de Justice et Police, et de l'Economie. Jusqu'alors, c'était le groupe de travail interdépartemental pour les migrations qui assurait la coordination. Le gouvernement a décidé de lui donner un prolongement mobile en nommant un ambassadeur.

Vous êtes le premier à occuper ce poste. Qui fixe votre cahier des charges?

C'est le groupe de travail que je viens de mentionner. Il comprend notamment le directeur de l'Office fédéral des migrations, le directeur de l'aide au développement, et le chef de la division politique IV des affaires étrangères, chargée des droits de l'homme et des migrations. L'objectif est de défendre les intérêts de la Suisse dans le cadre de partenariats migratoires comme ceux que nous avons avec la Serbie, la Bosnie et le Kosovo, de promouvoir des programmes de protection dans des régions où il y a de nombreux réfugiés, d'améliorer la collaboration avec l'Union européenne et de représenter la Suisse dans les organisations internationales.

Le DFJP et le DFAE n'ont pas forcément la même approche de la politique des migrations. Le premier est axé sur une politique d'asile toujours plus restrictive, le second sur les droits de l'homme. Un problème?

Non. La Suisse n'a pas à avoir honte de sa politique des réfugiés. Près de 20% des requérants obtiennent ce statut, sans compter les admissions provisoires. Nous développons en parallèle la notion de partenariat migratoire qui a été inscrite dans la nouvelle loi sur les étrangers. Les échanges doivent profiter aux deux parties. C'est pourquoi par exemple nous ouvrons le dialogue aussi bien sur les accords de réadmission que sur les problèmes de visa, de formation, de développement ou de documents d'identité.

D'où viennent les migrants actuellement?

C'est lié aux demandes d'asile. Il y a une dizaine d'années, les demandes venaient essentiellement de personnes fuyant la guerre des Balkans. Depuis quelques années, nous assistons à une vague de migrants en provenance d'Afrique du Nord et d'Afrique sub-saharienne. La politique du Conseil fédéral est de les aider en soutenant les gouvernements qui accueillent des réfugiés. Il y a par exemple près de deux millions de Somaliens au Kenya. Nous avons un projet commun avec le Danemark dans la région. Au Maroc, nous finançons un projet de retour volontaire des candidats à l'émigration.

Et les réfugiés climatiques?

C'est une perspective à long terme. On ne va pas assister du jour au lendemain à l'arrivée d'une vague de migrants fuyant la sécheresse, mais la Suisse se prépare à ce nouveau défi.

Selon le directeur de l'Office fédéral des migrations Alard du Bois-Reymond, la plupart des Nigérians viendraient en Suisse pour faire des affaires illégales. Vous partagez cette analyse?

Ce qui est sûr, c'est que seule une immigration contrôlée permet de limiter le développement de la criminalité. Je soutiens l'idée d'une task force pour analyser la situation. Par ailleurs, nous devons pouvoir continuer à discuter avec le Gouvernement nigérian pour qu'il continue d'accepter le retour de ses propres ressortissants. Dans ce contexte, nous devons veiller à développer notre partenariat migratoire avec ce pays.

Pour dissuader les Nigérians de venir en Suisse?

Pas seulement. Mais, entre autres, pour les informer. Il faut qu'ils sachent ce qui les attend s'ils viennent en Suisse. Nous avons déjà fait une campagne de ce type au Cameroun.

Vous évoquez des programmes de protection. Qu'entendez-vous par là?

Je vous citerai l'exemple de la Syrie où je me suis rendu récemment.

Ce pays abrite plus d'un million de réfugiés irakiens alors qu'il a déjà accueilli des centaines de milliers de Palestiniens et que la sécheresse pousse les Kurdes syriens vers Damas. La Suisse a tout intérêt à lui apporter son aide.

Celle-ci prend différentes formes. Nous soutenons aussi bien des programmes pour la protection des réfugiés que la construction d'écoles destinées aux enfants irakiens et syriens. Il y a aussi des programmes de formation et un projet pour lutter contre la traite des femmes. Je suis persuadé que cette aide sur place est la voie du futur. Actuellement, le Conseil fédéral ne souhaite plus accueillir d'importants contingents de réfugiés.

La forteresse Europe a-t-elle définitivement fermé ses portes?

Les problèmes démographiques que connaissent tous les pays européens pourraient modifier la donne. En fonction des besoins, la Suisse pourrait accueillir de nouvelles catégories de personnel qualifié. Pensez aux infirmières qui commencent à faire défaut.

L'aide sur place permet à la Suisse d'avoir une bonne image. Mais n'est-ce pas une goutte d'eau dans la mer par rapport aux besoins?

Ce n'est pas seulement le montant qui compte.

Un de mes interlocuteurs m'a déclaré que la Suisse n'était pas l'un des plus grands donateurs mais que c'était l'un des plus fiables. Elle tient ses promesses et cela lui attire le respect.

Les Nigérians viennent-ils en Suisse pour dealer ? Controverse

Le directeur de l’Office fédéral des migrations affirme qu’une majorité de requérants d’asile du Nigeria viennent en fait en Suisse pour s’y adonner à des activités criminelles. Les statistiques policières montrent qu’ils sont nombreux à être actifs dans le trafic de cocaïne. Un article de 24 Heures signé par Serge Gumy.

requérants nigérians polémique

«Avec 1800 demandes l’an dernier, les Nigérians constituent le plus fort effectif des requérants d’asile – 99,5% d’entre eux sans la moindre chance de pouvoir rester en Suisse. Ils ne viennent pas ici comme réfugiés, mais pour y faire des affaires illégales.» Alard du Bois-Reymond a lancé un pavé dans la mare dimanche. Pour le nouveau directeur de l’Office fédéral des migrations, en poste depuis le début de l’année, le Nigeria constitue même le problème numéro un de l’asile en Suisse. Et il promet de l’empoigner avec fermeté.

Présents dans la coke
Les requérants d’asile du Nigeria sont-ils tous des criminels? «Pour ce qui concerne le trafic de cocaïne de rue, les dealers proviennent à 99,5% d’Afrique de l’Ouest, explique Jean-Christophe Sauterel, porte-parole de la police cantonale vaudoise. Depuis deux ou trois ans, les Nigérians se sont ajoutés aux francophones du Burkina Faso, de Guinée-Bissau et de Guinée-Conakry. Clairement, ces gens viennent chez nous pour trafiquer. Ils arrivent en Suisse formés et sont opérationnels assez vite.»

Et les chiffres, que disent-ils? Selon l’Office fédéral de la statistique, 585 Nigérians ont été prévenus de trafic de stupéfiants en 2009 en Suisse (9% du total), dont 462 pour trafic de cocaïne (22% du total). Par ailleurs, dans le canton de Vaud, selon le juge d’instruction cantonal Jean Treccani, 17 des 97 dossiers de trafic de stupéfiants actuellement ouverts (toutes substances confondues) concernent des ressortissants de cet Etat.

Juges et policiers l’affirment: pour renvoyer ces trafiquants, le plus difficile consiste à établir leur identité. Quand ils y parviennent, le Nigeria ne rechigne pas à reprendre ses ressortissants. Les renvois forcés vers Lagos ont toutefois été suspendus depuis la mort à Zurich d’un requérant de 29 ans lors de son renvoi, le 17 mars dernier. «Ces propos provocateurs, inacceptables et racistes visent précisément à faire diversion de cette mort tragique», accuse Dozie Celeste Uguchukwu, président de la diaspora nigériane en Suisse.

«Un refrain connu»
«Je suis convaincu moi aussi que les Nigérians jouent un rôle important dans le trafic de cocaïne. Mais les déclarations d’Alard du Bois-Reymond sont extrêmes, déplore Beat Meiner, secrétaire général de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR). Pauvreté, violences ethniques: la situation au Nigeria est très difficile. Ces personnes viennent en Europe avant tout pour gagner leur vie. Quant à M. du Bois-Reymond, il entonne un refrain connu: «Tous dehors!» Mais nous sommes inquiets: ces propos généraux annoncent-ils que la Suisse n’examinera plus les demandes d’asile de Nigérians à l’avenir?»

«Cette manière de se focaliser sur le Nigeria m’a choqué.» Le propos, tout aussi outré, est signé… Yvan Perrin, vice-président de l’UDC Suisse. «L’ordre de grandeur de 99,5% cité par le directeur de l’ODM décrédibilise tout le reste du discours, qui est juste.» Pour le conseiller national, la sortie fracassante d’Alard du Bois-Reymond vise à montrer que sa cheffe, la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf, tient une ligne dure sur l’asile. Une tentative de donner des gages alors que le peuple votera en 2011 sur une initiative de l’UDC pour l’expulsion des criminels étrangers.

Sur le même sujet, lire “Le Nigérian, nouvel ennemi public n°1 ?” dans le Matin

“Les clandestins sont là, ils sont utiles”

Jean-Jacques Gauer, directeur du Lausanne-Palace, soutient la Municipalité sur l’ouverture de l’apprentissage aux enfants de sans-papiers. Un article signé Alain Walther dans 24 Heures.

Jean-Jacques Gauer Lausanne Palace

Cet après-midi, la ville de Lausanne prendra le chemin du Château. La Municipalité viendra défendre devant une délégation du Conseil d’Etat son point de vue sur l’ouverture de l’apprentissage aux enfants de sans-papiers. Le soir, le débat continuera devant le Conseil communal. Dans une grande entreprise lausannoise, on est tout ouïe. «La Municipalité lausannoise a raison, il faut en finir avec cette mascarade. Ces enfants, ces jeunes ont été à l’école ici, vivent ici. Notre monde est le leur. Il faut tout faire pour les intégrer dans les entreprises, dans la vie.»

Ces propos, Jean-Jacques Gauer, directeur du Lausanne-Palace, les tient haut et fort, avec à ses côtés Rose Martinez, directrice des ressources humaines, et Jacques Staempfli, directeur adjoint. Le Lausanne-Palace compte en ce moment quelque 320 employés. Les membres de la direction du Lausanne-Palace ne redoutent pas de parler ouvertement de cette problématique, d’autant qu’il y a six ans elle a payé le prix fort pour avoir employé des sans-papiers.

Un héritage difficile
«Nous avions hérité en 1996, rappelle le directeur, d’une pratique qui à l’époque était courante, connue et tolérée par les autorités.» Trois autres grands établissements d’ailleurs avaient été pincés pour les mêmes raisons par les autorités cantonales. Page tournée avec la «conscience tranquille» pour le trio. Il n’y a plus de sans-papiers au Lausanne-Palace. Reste le problème qui embarrasse la société helvétique: le droit à l’apprentissage pour des enfants scolarisés. Devançant le pavé dans la mare de la Municipalité de la capitale vaudoise, le Lausanne-Palace est déjà passé des paroles aux actes en soutenant un jeune sans-papiers. Il a pu aller au bout d’une formation professionnelle équivalente à un apprentissage CFC. «Notre employé a même terminé, précise Jacques Staempfli, avec les félicitations du jury.»

D’abord employé au «gris» (charges sociales et impôts payés), le jeune Equatorien, né en 1981, a travaillé dans les cuisines de 2001 à 2009 – année où il fut expulsé après avoir vu sa demande de permis de séjour refusée par Berne – malgré le soutien favorable du canton de Vaud.

«C’était la moindre des choses que notre entreprise défende un employé comme lui», souligne le directeur de l’établissement, qui regrette que cette «perle» ne soit plus aux fourneaux. La direction ne s’est pas préoccupée de savoir si d’autres patrons vaudois faisaient le même choix éthique: «L’application de cette loi avec une telle fermeté, c’est de l’aveuglement inhumain, cela suffit pour réagir.» En passant, Jean-Jacques Gauer ne se fait pas d’illusions sur l’efficacité des galas de charité censés lutter contre la misère à l’étranger. «Avec les sans-papiers, le problème est devant notre porte. Voilà la priorité.»

«Ces gens sont utiles»
Quant à l’avenir, le Lausanne-Palace croit en la régularisation des sans-papiers qui payent comme leurs patrons impôts et charges sociales. «Il faut cesser de nous mentir à nous-mêmes. Ces gens-là sont là, sont utiles et leur régularisation n’ouvrira pas les vannes de l’immigration sauvage.»

Le taureau par les cornes
Découvrant le soutien du Lausanne-Palace, Oscar Tosato, municipal (enfance, jeunesse et éducation), applaudit des deux mains. «Nombre de restaurants et petites entreprises lausannoises nous ont déjà apporté leur soutien. Elles nous remercient d’avoir pris le taureau par les cornes en mettant le doigt sur les vrais problèmes.» Bémol en forme de regret, le municipal constate que le soutien vient du terrain – des membres des associations patronales – mais pas des secrétariats patronaux, qui sont d’un avis opposé.


Formé, indispensable mais expulsé

Il a tout pour plaire à un patron. Motivé, «une vraie éponge: Mauricio regarde, écoute et, tout de suite, comprend tout», disent ses employeurs. A 29 ans, Mauricio Catota a déjà une longue carrière derrière lui. Sous contrat (impôts et charges sociales payés) depuis 2001, le jeune homme a grimpé tous les échelons. En 2009, le voilà promu numéro deux de la brigade de la Brasserie du palace. Il dirige 12 personnes et doit avoir l’œil pendant le coup de feu. Le cuisinier a vu ses efforts couronnés par les félicitations du jury, en 2008, après avoir suivi des cours de formation professionnelle. Mais, l’année dernière, l’employé modèle a été expulsé. Avec son épouse, Adriana, et le petit Maurice, né en juillet 2008 au CHUV, il a dû quitter la Suisse.

Mauricio Catota n’a pas trouvé de travail dans son pays. Il suit actuellement un cours de perfectionnement professionnel à Buenos Aires, en Argentine. Ensuite, il déposera une demande de visa pour revenir en Suisse. A Lausanne, ses parents et ses deux frères l’attendent. Car Mauricio est le seul des Catota à ne pas avoir obtenu un permis. «Il y a cinq ans, précise Rose Martinez, directrice des ressources humaines du Lausanne-Palace, nous avons déposé une demande de permis.» La demande a été soutenue par le canton de Vaud, mais repoussée par Berne. Le Lausanne-Palace a pris un avocat pour défendre son employé.

lundi 12 avril 2010

Soutien aux apprentis sans-papiers

soutien apprentis sans-papiers

24 Heures

L’UDC critique l’espace Schengen et l’absence de contrôle aux frontières

«Nous sommes submergés de criminels venus en touristes», lance Toni Brunner, président de l’UDC. Le parti remet en question les accords de l’espace Schengen.

Plus d’un an après l’entrée concrète de la Suisse dans l’espace Schengen – qui implique la suppression des contrôles systématiques des personnes aux frontières –, l’Union démocratique du centre (UDC) veut rouvrir le débat. Elle en discutera lors de son assemblée des délégués, le 1er mai, annonçait hier son président, Toni Brunner, dans un entretien au Matin Dimanche et à la SonntagsZeitung.

«Le Conseil fédéral et le parlement ont rarement autant menti au peuple qu’à propos de Schengen. On nous a promis plus de sécurité, et voilà que nous sommes submergés de criminels», estime le président, conseiller national saint-gallois. Dès lors, il faut selon lui «mettre sur le tapis tous les faits». Si l’analyse menée par le parti se confirme, l’UDC exigera la dénonciation de l’accord de Schengen, si nécessaire par le biais d’une initiative populaire.

L’exemple anglais

Pour Toni Brunner, le système d’échange d’informations de Schengen «ne pèse pas lourd face aux frontières ouvertes et à la libre circulation des criminels». Et de citer la Grande-Bretagne et l’Irlande, qui n’appliquent qu’une partie de ces accords, ce qui montre qu’une collaboration ponctuelle serait possible.

ATS relayé par 24 Heures

“La plupart des requérants d’asile nigérians font du trafic de drogue”

Alard du Bois-Reymond L’Office fédéral des migrations dénonce les abus commis en matière d’asile par des Nigérians. Des mesures spécifiques seront prises d’ici à l’été.

«La plupart des requérants d’asile nigérians viennent en Suisse pour faire des affaires illégales.» Rarement propos aussi fermes auront été tenus à l’égard d’une communauté. Ces propos, on les doit au nouveau directeur de l’Office fédéral des migrations, Alard du Bois-Reymond.

Dans une longue interview à la NZZ am Sonntag, Alard du Bois-Reymond dresse un constat implacable. L’an dernier, le Nigeria a été le principal pays de provenance des demandes d’asile. Par rapport à 2008, ces demandes ont progressé de plus de 80%. Or, selon le directeur de l’ODM, 99,5% de ces quelque 1800 demandes d’asile n’ont pas la moindre chance d’aboutir. «Une grande partie de ces requérants d’asile sont actifs dans la petite criminalité ou le trafic de drogue. Ils ont apparemment un bon réseau.»

Problème prioritaire

L’ODM fait donc du problème des Nigérians sa première priorité. L’Office fédéral des migrations veut renforcer la collaboration avec les autorités nigérianes, notamment au travers d’un nouvel accord de réadmission. En contrepartie, la Suisse pourrait aider le Nigeria à sécuriser ses frontières et à lutter contre le trafic de drogue.

Autre volet du travail de l’ODM, c’est le traitement des dossiers en Suisse. Un groupe de travail réunissant des représentants de la Confédération et des cantons a été mis sur pied. Il doit présenter un paquet de mesures d’ici à l’été. Un des objectifs fixés est l’accélération des procédures. Selon le directeur de l’ODM, un requérant d’asile nigérian débouté peut dans les faits rester un an en Suisse.

Alard du Bois-Reymond se défend de toute stigmatisation. «Le problème avec les Nigérians est réel et ne doit pas être dissimulé, explique-t-il. Il s’agit clairement d’un abus du droit d’asile.»

J. MT AVEC LES AGENCES DANS 24 HEURES

A l’école, des cours de natation en burkini ?

Pour que toutes les filles aient accès aux cours de natation, plusieurs cantons alémaniques ont adapté leur règlement scolaire: désormais le port du burkini est autorisé. Un article de Judith Mayencourt dans 24 Heures.

Burkini

Dans le canton de Bâle-Ville, six familles musulmanes sont entrées en résistance. C’est le journal alémanique Sonntag qui le révélait hier. Pas question d’envoyer leurs filles, neuf gamines âgées de 7 à 10 ans, au cours de natation. Question de pudeur, question de religion, expliquent-elles.

Mais le canton n’entend pas transiger à l’obligation de suivre ces cours. Les enfants n’ont qu’à nager en burkini, ce fameux maillot de bain couvrant, façon burqa des plages. «A partir du moment où les fillettes n’ont pas encore atteint la puberté, qu’elles peuvent porter un costume qui couvre tout leur corps et qu’elles ont la possibilité de se changer et de se doucher seules, il n’y a aucune raison de les dispenser des cours de natation», explique Doris Ilg, rectrice des écoles primaires du canton. Les familles ont donc jusqu’à la fin du mois pour obtempérer, faute de quoi elles seront amendées.

Règlement adapté

En Suisse alémanique, Bâle-Ville fait œuvre de pionnier dans le débat sur les cours de natation. Depuis que le Tribunal fédéral a tranché la question des dispenses en estimant que les cours de natation étaient obligatoires pour tous les enfants, il a été le premier à adapter son règlement pour répondre aux attentes des familles musulmanes: costume de bain couvrant, douches et vestiaires individuels pour les enfants. Zurich, Lucerne et Soleure ont suivi. Thurgovie et Argovie vont faire de même, au grand dam de l’UDC.

Inacceptable

Des cours de natation en burkini? Enseignant depuis vingt-cinq ans, le conseiller national UDC valaisan Oskar Freysinger n’en a jamais entendu parler dans son canton. Et réagit de façon musclée: si de tels cas devaient être annoncés, le Grand Conseil devrait immédiatement mettre le holà. «En acceptant le burkini, on accepte implicitement l’infériorité de la femme. Ce n’est pas une revendication innocente», tonne-t-il. Et de condamner une décision institutionnelle qui, selon lui, ratifie une discrimination.

Féministes choquées

«C’est triste pour ces petites filles. Un maillot une pièce est suffisamment décent. Dans un espace public comme l’école, on s’adapte», réagit Maria Roth-Bernasconi. La présidente des Femmes socialistes suisses s’indigne de la sexualisation qui est faite du corps des petites filles. Mais relativise l’importance de ce débat en Suisse. «C’est comme pour la burqa. Nous y sommes opposées mais considérons que ce n’est pas vraiment un problème chez nous.»

Le débat sur le burkini ne fait donc que commencer. Et, comme pour la burqa, il est loin d’être simple. La socialiste vaudoise Ada Marra est partagée. «Comme féministe, cela me choque, surtout pour des enfants. Il faudrait peut-être interdire le burkini à l’école primaire. Mais pour moi, ce qui est primordial, c’est l’accès au savoir. Alors, si c’est le compromis que le canton de Bâle a trouvé entre la pudeur privée et l’accès au savoir, je peux le comprendre.»

Le curieux rapport de Besson sur le coût des immigrés clandestins

Pour justifier la politique de son ministère, Eric Besson a annoncé un rapport sur le coût des étrangers illégaux sur le sol français.

Surprenante annonce d'Eric Besson jeudi sur RTL. Le ministre de l'Immigration a fait savoir qu'il allait commander une étude sur le coût réel de l'immigration clandestine en France :

« Et je vais demander à un cabinet, à un expert indépendant, de mettre tous les chiffres sur la table pour que nos concitoyens qui sont des citoyens mais qui sont aussi des contribuables sachent tout en la matière.

Et on verra que beaucoup de bêtises sont racontées et que l'immigration irrégulière coûte cher mais pas dans le sens qui est dit parce que dans le sens qui est dit : c'est le coût des droits, des devoirs et de la protection qu'apporte la France. »

Au cabinet du ministre, aucune précision n'a pu être apportée. Le nom du cabinet ? « Impossible aujourd'hui de donner le nom du cabinet avant la fin de la procédure de choix dudit cabinet. » Le prix ? Pareil. Le rendu du rapport ? « Avant la fin de l'année ». Quant à la mission, elle paraît ambitieuse :

« Le ministère va confier à un cabinet indépendant une étude globale sur le coût du maintien sur le territoire des étrangers en situation irrégulière ; c'est-à-dire le coût pour les collectivités publiques de leur hébergement, de leurs soins médicaux, de leur scolarité, le manque à gagner pour les services sociaux et fiscaux (puisque le travail des étrangers en situation irrégulière est non déclaré), ainsi que le coût de leur placement en rétention lorsqu'ils sont interpellés, et de l'assistance juridique et sociale qui leur est alors fournie. »

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