mercredi 9 juillet 2008

L'Europe en guerre contre les clandestins

La France propose à ses partenaires de l’Union une coopération renforcée contre l’immigration irrégulière. Un article de Jean-François Verdonnet dans 24 Heures.

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La commission sur les quotas d’immigration, présidée par Pierre Mazeaud, juge ceux-ci «inefficaces» (AFP, Eric Feferberg)


Jours ordinaires à Lampedusa: plus de 600 immigrés clandes­tins sont arrivés hier matin à bord de deux embarcations in­terceptées au large de l’île sici­lienne. Cinquante autres étaient attendus dans la journée: ils avaient été secourus un peu plus tôt, à 32 milles des côtes.
Ceux-là auront au moins échappé à la mort qui, depuis des années, a rattrapé en mer plusieurs centaines d’immigrés. Les plus chanceux rejoindront la cohorte de sans papiers installés dans les pays de l’Union euro­péenne. Selon Europol, l’immi­gration irrégulière s’y élèverait à 500 000 personnes par an.
Immigration
«choisie»
Le phénomène est inscrit dans la longue durée. Sur les popula­tions des régions déshéritées du monde, l’attraction de l’Europe est irrésistible et ne disparaîtra pas de sitôt. Quelle stratégie les pays d’accueil peuvent-ils dès lors concevoir?
Au cours des dernières an­nées, les différents pays de l’Union ont suivi des politiques diverses, plus restrictives en France, plus libérales en Espa­gne, en Italie, au Royaume-Uni. Or les inquiétudes économiques du moment confortent au­jourd’hui ceux qui prônent à la fois plus de concertation et da­vantage de répression.
Tel est en tout cas le pari du «pacte européen sur l’immigra­tion et l’asile» que la France vient de présenter à ses partenai­res. Le projet s’ordonne autour de l’idée d’«immigration choi­sie » constamment défendue par le président Sarkozy. «L’Union européenne, affirme le texte pré­senté à Cannes par le ministre Brice Hortefeux, n’a pas les moyens d’accueillir dignement tous les migrants qui espèrent trouver une vie meilleure.» Con­séquence: les Etats-membres sont invités à garantir «l’intégra­tion harmonieuse» des tra­vailleurs réguliers et à renforcer leur coopération contre les autres.
Le programme ne va pas jus­qu’à assurer une gestion com­mune des flux migratoires. Il passe en revanche par l’abandon des régularisations «générales» pratiquées à Rome et à Madrid, par des examens «au cas par cas», et par l’adoption de dispo­sitifs contraignants - généralisa­tion de visas biométriques, re­connaissance mutuelle des re­conduites à la frontière, coordination plus étroites des polices aux frontières…
Revers inattendu pour Sarkozy

Le pacte énonce plutôt des principes que les signataires se­ront en réalité libres de mettre ou non en application. Il n’en traduit pas moins une tension sensible déjà dans les orienta­tions nationales fixées à Paris. Il convient d’«aller jusqu’au bout d’une politique des quotas», dé­clarait en janvier Nicolas Sarkozy.
Sur ce point cependant, le président français vient de subir un revers aussi cuisant qu’inat­tendu: dans un rapport qu’elle remettra vendredi, la commis­sion chargée du dossier par Brice Hortefeux, présidée par Pierre Mazeaud, juge les contingents migratoires tantôt «inefficaces», tantôt «sans utilité réelle».

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