jeudi 17 août 2006

La guerre des chiffres a commencé

La guerre des chiffres a commencé entre l'UDC et le comité bourgeois contre la loi sur l'asile: à un peu plus d'un mois du scrutin, la tension est montée d'un cran et chacun interprète les statistiques à sa manière.

[ats] - Le conseiller national Claude Ruey (PLS/VD) accuse l'UDC de "mentir et de manipuler les chiffres". Il l'a fait dans une lettre ouverte, intitulée "L'arithmétique à Bonzon ou comment l'UDC abuse les citoyens".


Il l'a adressée en début de semaine aux 250 membres du comité bourgeois. Celui-ci rassemble des personnalités politiques comme François Couchepin, ancien chancelier de la Confédération, ou Markus Rauh, ancien président de Swisscom.
Une affirmation de l'UDC a mis le feu aux poudres. "Sur les 10'000 nouvelles demandes d'asile déposées en Suisse, plus de 75% sont abusives", a affirmé l'Union démocratique du centre, par la bouche de la conseillère d'Etat zurichoise Rita Fuhrer, le 26 juillet dernier à Berne lors d'une conférence de presse.
Il est exact, selon l'Office fédéral des migrations (ODM), que 10 061 demandes d'asile ont été déposées en 2005. En revanche, "il est totalement faux", selon M. Ruey, "de dire que 75% au moins des demandes sont abusives". En 2005, plus de la moitié (53,9%) des demandes ont obtenu une admission provisoire ou la protection statutaire des réfugiés.
De plus, entre janvier et juin 2006, ce sont près de 70% des demandes d'asile traitées qui ont fait l'objet soit d'une reconnaissance de la qualité de réfugiés, soit de l'admission provisoire. "Il s'agit donc de la proportion inverse à celle annoncée par l'UDC", poursuit M. Ruey dans sa lettre d'information.
Dans une interview accordée à "L'Hebdo", l'ancienne conseillère fédérale Ruth Dreifuss, qui préside un comité d'opposants, évoque quant à elle un taux de 50% de gens admis provisoirement ou définitivement. Et d'accuser Christoph Blocher de lancer parfois "des chiffres qui ne sont pas très précis".
Porte-parole de l'ODM, Brigitte Hauser met les points sur les "i": sur le long terme le taux de requérants mis au bénéfice d'une admission provisoire ou du statut de réfugié est d'environ un tiers. "Il est difficile d'extrapoler sur le court terme", précise Mme Hauser: les statistiques de fin 2005 et début 2006 ont notamment été influencées par le gel des renvois des requérants d'asile irakiens et un assouplissement vis-à-vis des Tibétain.
Une info de l'ats transmise par Bluewininfo

Des «boat people» dans la région des trois lacs

Du 25 au 27 août, un bateau du Carrefour NEM-NEE fera escale dans quatre villes suisses. Un bateau qui cherche à accoster. A son bord une quarantaine d'Africains en quête d'un refuge. On pourrait se croire sur une plage de Lampedusa en Italie ou des îles Canaries en Espagne, mais sur la berge un panneau indique «Confoederatio Hermetica». Le projet s'appelle «Boat people». Il a été conçu par le Carrefour suisse NEM-NEE (pour non-entrée en matière et Nicht-Eintretensentscheid, ndlr) et sera réalisé entre le 25 et le 27 août. L'objectif est d'amener la population suisse à rencontrer des étrangers de statuts divers et des personnalités engagées pour le double non aux lois sur l'asile et les étrangers. Le bateau s'arrêtera sur les rives de quatre villes suisses –Soleure, Morat *, Neuchâtel et Bienne-Nidau.

La suite de cet article de Virginie Poyetton est à lire dans le Courrier

* pour des raisons techniques, l'étape de Morat a été annulée

Une violation des droits de l'enfant

«C'est tout simple, ces lois oublient la protection spécifique de l'enfant»


Image d'accueil

C'est sous ce titre dans la Liberté que Minh Son Nguyen en parle de la révision des deux lois qui, selon lui, violent sur sept points la Convention des Nations Unies sur les droits de l'enfant. Le professeur lausannois Minh Son Nguyen est issu d'une famille vietnamienne boat people qui a fui le régime communiste et a pu venir en Suisse en 1980.

L'avocat et professeur Minh Son Nguyen (UNIL) est fils de boat people vietnamiens réfugiés en Suisse. Le fait d'avoir vécu une expulsion dans sa chair ne l'a pas empêché de réaliser «l'étude la plus scientifique possible» des nouvelles lois sur l'asile et les étrangers. «Au cas où ces lois devraient entrer en vigueur, ce travail mené avec d'autres* en révèlera efficacement les défauts. Tout n'est pas critiquable: limiter le choix de l'assureur ou du médecin pour les requérants d'asile est admissible. Mais sur sept points majeurs, les lois révisées sont incompatibles avec la Convention relative aux droits de l'enfant (CDE).

L'une des dispositions très critiquées est le nouvel article 109 III du Code civil. Il prévoit, pour lutter contre les mariages de complaisance, de retirer automatiquement la filiation paternelle à l'enfant né d'une telle union.
C'est un exemple de disposition contraire à l'art. 3 CDE, qui exige que dans chaque décision, l'intérêt supérieur de l'enfant soit une considération primordiale. Pour combattre les mariages blancs, le législateur a prévu que l'enfant né d'un mariage jugé fictif perde le lien de filiation paternelle. L'idée est notamment d'empêcher l'acquisition de la nationalité suisse. Mais ce faisant, on a aussi supprimé l'obligation d'entretien de l'homme à l'égard de l'enfant! En fait, l'Office fédéral des migrations (ODM) ignore dans quelle proportion de tels mariages sont conclus. Dans ces conditions, il est douteux de préconiser une mesure qui méconnaît à ce point l'intérêt supérieur de l'enfant à disposer d'une filiation. Casser ce lien est aussi contraire à l'art. 2 CDE, qui interdit de sanctionner l'enfant en raison du comportement des adultes. Or la sanction qui frappe les enfants nés d'une union de complaisance est unique: même dans le cas de la bigamie, la loi ne prévoit pas de suppression du lien de paternité.

S'agissant du regroupement familial, l'ODM prétend que la révision améliore la situation, dans la mesure où les étrangers ayant une autorisation de séjour de durée déterminée pourront désormais en bénéficier...
Dans ce cas, la loi sur les étrangers ne donne pas de droit au regroupement familial. Elle signale seulement que cette possibilité existe, si le requérant dispose d'un logement, de moyens financiers suffisants et s'il a séjourné au moins trois ans en Suisse. Parallèlement, la révision introduit des entraves supplémentaires, en exigeant, pour les enfants de plus de douze ans, que le regroupement intervienne dans un délai de douze mois. En limitant le regroupement familial, alors même que l'on ne se trouve pas dans une situation de maltraitance, on ne prend pas en considération l'intérêt supérieur de l'enfant.

Exiger des enfants demandeurs d'asile qu'ils remettent, dans un délai de quarante-huit heures, leurs documents de voyage ou pièces d'identité pose des difficultés particulières, relève votre étude à propos de l'art. 32 II let. a de la loi sur l'asile...
Dans le monde, plus de 40% des enfants ne sont pas inscrits dans un registre à la naissance; ils ne disposent donc pas de documents d'identité personnels. La loi ignore donc les difficultés liées au statut particulier des enfants.

N'est-ce pas l'occasion d'appliquer l'exception de l'alinéa III, qui permet de ne pas tenir compte de cette exigence si le requérant fait valoir un motif excusable de ne pouvoir remettre ses papiers?
Si l'exception s'applique à la majorité des situations, elle n'en est plus une! L'autorité dira qu'une exception doit s'appliquer restrictivement. En fait, on restreint l'accès à la procédure d'asile en posant une condition presque impossible à remplir. A nouveau, l'intérêt supérieur de l'enfant a été ignoré lors de l'élaboration de cette disposition.

La Convention (art. 26 et 4) interdit également aux autorités de légiférer en réduisant le niveau de protection de l'enfant déjà atteint dans le pays. Or, la nouvelle loi sur l'asile supprime le droit à l'aide sociale des requérants d'asile déboutés, ce qui est clairement un retour en arrière prohibé.
Pour la jurisprudence belge, couper les vivres des requérants pour les décourager de rester sur le territoire national apparaît disproportionné lorsque les destinataires de la règle sont des enfants mineurs, dépendants de leurs parents. Cette jurisprudence affirme que la Convention interdit les mesures régressives: réduire le niveau de protection de l'enfant est contraire à la bonne foi qu'exige l'application de ce traité. En Suisse, le Tribunal fédéral n'a pas encore été saisi de cette question. Un avis de l'Office fédéral de la justice admet qu'il faut tenir compte, lors de l'octroi de l'aide d'urgence à des mineurs, de besoins allant au-delà d'un toit et d'un repas. C'est déjà ça, mais ces enfants ne peuvent être privés du droit à l'aide sociale.

D'autres points encore vous paraissent critiquables?
Les mesures de contrainte en vue d'expulsion du territoire, qui peuvent aller jusqu'à douze mois pour des mineurs de 15 à 18 ans, ne correspondent pas à la détention «aussi brève que possible» exigée par la CDE. De même, les fouilles sans mandat de logements privés visant les requérants d'asile violent l'interdiction de discriminer l'enfant sur la base de son statut juridique. Sans parler des enfants sans papiers: comment jouir du droit à l'éducation lorsque vous ne pouvez pas faire un apprentissage, ou du droit au développement lorsqu'un bailleur refuse de vous loger par crainte d'être condamné?

Un article signé Sylvie Fischer

*«La loi sur les étrangers et la loi sur l'asile révisées à la lumière de la Convention relative aux droits de l'enfant », par Sylvie Marguerat, Minh Son Nguyen et Jean Zermatten, Terre des hommes 2006, disponible sur: www.tdh.ch.

Permis accordé

Tiré du 24 Heures, cette brève qui annonce qu'une grand-mère kosovare de Payerne obtient le droit de rester en Suisse:

Mejrem Gorkaj, une grand-ma­man originaire du Kosovo, a ob­tenu la permission de rester à Payerne, avec son fils et ses pe­tits- enfants. Veuve depuis 1973, fuyant son pays en guerre, Me­jrem Gorkaj vit dans le chef-lieu depuis octobre 1998, indique le Groupe de soutien aux migrants, qui se félicite de cette issue. Son fils, résidant en Suisse depuis 1991, est titulaire d’un permis B et bientôt d’un passeport suisse. Berne refusait d’accorder à la maman l’autorisation de rester en Suisse. Soutenu par le canton de Vaud, son dossier avait été présenté une première fois à en 2004, mais n’avait alors pas reçu de réponse favorable de l’Office fédéral des réfugiés.
Il a fallu deux ans de nouvelles démarches (pétition au Grand Conseil, nouveau dossier et audi­tion au Service de la population) pour obtenir un permis. L’admis­sion de Mejrem Gorkaj fait par­tie des 63 dossiers vaudois régu­larisés en début d’été, à l’issue d’une rencontre entre Christoph Blocher et le Conseil d’Etat ( 24 heures du 7 juillet). P. C .

Le PRD se penche sur l'intégration

mercredi 16 août 2006

L'asile ou le voyage vers nulle part

Un article de Didier Estoppey dans le Courrier
PORTRAIT (III) - Mamadou Daffé ne doit la vie qu'au fait d'avoir sauté par la fenêtre au bon moment, puis fui la Guinée. Pour s'exiler dans un pays dont il ignorait tout, et qui n'a aucun avenir à lui proposer. «Le mot asile, c'est en arrivant ici que je l'ai entendu pour la première fois. Je ne savais pas ce que cela voulait dire.» Mamadou Daffé séjourne en Suisse depuis un peu plus de trois ans. Assez longtemps pour apprendre quantité de choses. Dont la signification d'un autre terme que ce jeune Guinéen de 22 ans n'avait jamais entendu non plus avant de quitter l'Afrique: «débouté». Car tel est son statut depuis le rejet de sa demande d'asile. Un statut qui l'expose, à tout moment, à un possible renvoi forcé vers son pays, et contre lequel il a bien tenté de recourir. «Mais on m'a demandé une avance de 600 francs pour les frais. Comme je ne savais où les trouver, la commission de recours a refusé de statuer.»
Le jeune homme présente pourtant le profil type du «vrai réfugié». Il raconte pudiquement que son père, un riche homme d'affaires, a rencontré des «problèmes» pour avoir voulu se mêler de politique au pays du lieutenant-colonel Lansana Conté, qui continue à se cramponner à un pouvoir dont il s'est emparé il y a plus de vingt ans, après la mort d'un autre dictateur, Sékou Touré. «Je rentrais d'un anniversaire. Mon père m'a expliqué qu'on l'accusait d'avoir diffamé le président durant la campagne électorale. Peu après, des hommes armés sont arrivés devant notre maison.»
Il faut du temps pour que Mamadou, de la voix calme de celui qui égrène une fatalité, finisse par dire l'indicible. Il n'a jamais revu son père, retrouvé mort dans sa maison. Lui a réussi à prendre la fuite par une fenêtre. Puis, après s'être planqué chez un ami, à gagner le port de Conakry, d'où il a pu embarquer clandestinement pour l'Italie.


Débouté dès Vallorbe

De là, des amis l'ont remis à un passeur qui l'a emmené à Neuchâtel. «On m'a dit qu'on allait me conduire là où l'on demande l'asile. Je n'avais jamais quitté mon pays, et je ne savais même pas qu'il y avait une frontière entre l'Italie et la Suisse», raconte le jeune homme, qui était alors âgé d'à peine dix-huit ans. A Neuchâtel, il est recueilli par des policiers qui le conduisent au Centre d'enregistrement de Vallorbe. Le fait de ne pas avoir de papiers d'identité –«en Guinée, il ne viendrait à personne l'idée d'en demander si l'on ne voyage pas à l'étranger»– ne lui vaut pas les ennuis promis par la nouvelle loi soumise à votation le 24 septembre. Personne ne prend même la peine de mettre en doute son récit. «On m'a simplement dit que c'était mon père qui était une victime du régime, pas moi...»
Mamadou a beau avoir perdu aussi sa mère, puis sa soeur aînée, tuée par une balle perdue lors d'un voyage chez sa tante en Côte d'Ivoire, il est débouté dès ses premières auditions à Vallorbe. Il n'en est pas moins attribué au canton de Genève, le temps d'un éventuel recours, et trouve rapidement du travail comme garçon d'office dans un grand hôtel. Puis le perd après un an, lors d'une vague de licenciements. Au chômage, le jeune homme entreprend une formation. Pour découvrir l'univers kafkaïen de la législation sur l'asile: «Comme j'avais épuisé mes délais de recours, le canton a levé l'autorisation de travail. Je n'avais plus droit aux indemnités chômage. Ni celui de compléter la formation que j'avais entreprise...»


Tordre le cou aux préjugés

Aujourd'hui, Mamadou travaille sur la plaine de Plainpalais. Il met des vélos à disposition du public pour «Genève roule». Parallèlement, il assure la trésorerie d'une petite association fondée il y a un an pour favoriser les échanges entre les requérants et le voisinage. Et pour lutter contre les préjugés: «Quand les gens découvrent qui nous sommes, quel est notre parcours, ils changent de regard sur les demandeurs d'asile.» Le jeune requérant ne ressent d'ailleurs pas le racisme au quotidien dont se plaignent parfois les Noirs à Genève. «Je n'ai jamais subi un seul contrôle policier.»
En revanche, il est choqué par l'image de sa communauté que véhiculent les médias. Avec son modeste pécule de 426francs par mois (auxquels s'ajoutent trois francs par heure de travail), il n'a pas l'impression d'abuser. «En Guinée, j'avais une vie matérielle mille fois meilleure qu'ici. Et même un chauffeur pour me conduire au lycée. Nous, requérants, profitons peut-être ici de la liberté. Mais en tout cas pas de l'argent.» Mamadou peine d'ailleurs à comprendre pourquoi la question des requérants d'asile, qui forment un très faible pourcentage de la population étrangère en Suisse, est perçue comme un problème aussi important. «En Guinée, l'un des pays les plus pauvres d'Afrique, nous avons plus de 5millions de réfugiés à cause des guerres chez nos voisins. Jamais on n'a débattu de cette situation, il ne viendrait à l'idée de personne de refuser de les accueillir.»


Cauchemars

La votation du 24septembre? Le jeune homme est parfaitement informé de son enjeu. Il sait notamment qu'en cas d'acceptation de la nouvelle loi sur l'asile, l'aide sociale lui sera coupée et il sera chassé de son logement en foyer pour être mis au même régime que les requérants frappés de non entrée en matière (NEM). Il n'ose pas imaginer comment il s'en sortira. «Nous n'avons pas le choix. Ce n'est pas nous qui décidons...» Une chose est sûre: jamais Mamadou ne se résoudra à vivre de la vente de drogue. «Mais je comprends les dealers. Certains n'ont vraiment pas d'autres choix. J'ai beaucoup d'amis NEM, ça fait vraiment pitié. C'est triste de voir un pays réputé comme la Suisse abandonner les gens dans une telle m...»
L'avenir? Le jeune homme, qui, il y a moins de quatre ans, pensait partir étudier aux Etats-Unis pour revenir au pays comme médecin, peine à formuler des projets. «Rentrer en Guinée est exclu pour l'instant. Je fais des cauchemars toutes les nuits à l'idée d'y être renvoyé. La situation qui y règne est pire que la guerre. Des quartiers entiers sont saccagés à la moindre critique contre le président. Et si une personne est sur liste noire, c'est toute sa famille qui trinque avec lui.» Mamadou n'en espère pas moins un changement. Ou une solution qui l'aiderait à gagner un autre pays africain. «Ici, ma situation n'est pas vivable. Je ne peux ni travailler, ni étudier. Tout ce que tu demandes, on te le refuse.»

Par amour pour la Suisse

"Par amour pour la Suisse, une maman nigériane a écrit un livre": cet article relate l'histoire de Elisabeth Alli, une mère de famille nigériane arrivée en Suisse il y a 36 ans et qui a décidé de dire son amour pour son pays d'accueil au travers d'un livre pour enfant.

Elisabeth Alli s’adresse dans son livre aux enfants de6à11ans
leur expliquant entre autres pourquoi notre pays compte quatre langues nationales
(Adriana Borra)

Un article de Céline Fontannaz pour 24 Heures

PORTRAIT
Elisabeth Alli a sorti un ouvrage pour enfants sur le pays qui l’a accueillie voici trente-six ans. Rencontre avec une patriote au long cours.
«Maman, pour­quoi on parle français au Macdo de Sierre et allemand à Brigue? Maman, explique!» Maman? C’est Elisabeth Alli. Les enfants? Ce sont les siens. Deux petits bout’choux pour lesquels cette jeune femme au teint d’ébène a écrit La Suisse dans un livre, Langues et can­tons
paru au début de l’été ( lire ci-contre). Afin de leur raconter l’histoire du pays qui lui a ouvert ses frontières il y a trente-six ans et pour lequel cette Vaudoise nourrit, de­puis, un amour sans faille. «La Suisse était tout ce qu’il me restait», analyse aujourd’hui Elisabeth Alli dans un français impeccable, surmonté d’un zeste d’ac­cent… italien. Car c’est dans un petit village du Sotto Ce­neri qu’a grandi la jeune femme qui vit aujourd’hui en­tre Lausanne et le Tessin. Comme le 90% des Suisses italiens, elle a vu le jour à la clinique Sant’Anna à Lugano, peu après l’arrivée de ses pa­rents qui fuyaient la guerre au Nigeria. «Ils sont ensuite re­partis et moi je suis restée dans une famille d’accueil», résume-t-elle sans s’étendre sur les circonstances de la sé­paration. Quoi qu’il en soit, c’est en Suisse que la petite Elisabeth va faire sa vie. Elle tient sur des skisà2anset demi, passe ses vacances au Grison et en Valais. Plus tard, elle partira dans le Jura pour apprendre le fran­çais, en Appenzell pour l’alle­mand. Aujourd’hui, en plus du patois tessinois, de l’anglais et de l’espagnol, la trentenaire, qui est journaliste et réalisa­trice de télévision, maîtrise les trois langues nationales. «Se sentir chez soi, c’est être à l’aise pour communiquer», ex­plique la polyglotte, qui s’est rendue pour la première fois au Nigeria il y neuf ans.
Enfant, Elisabeth Alli se pas­sionne pour l’histoire de la Suisse. La petite Africaine en­registre les histoires de mon­tagnes et de paysans que lui conte sa famille d’accueil. «J’aime la diversité de ce pays et j’admire l’ingéniosité de ses habitants qui, sans mer ni ma­tière première, sont parvenus à se construire grâce au tra­vail », sourit la sociologue qui est aussi l’auteur d’une thèse sur les enfants et le marketing. Et la jeune maman de mettre en lien l’histoire helvétique avec sa propre trajectoire.
Riche de son expérience, la Suissesse a écrit son livre afin que les petits Helvètes appren­nent à aimer leur pays. Dans un esprit d’ouverture. Et si l’auteur l’a pensé pour les 6­ 11 ans, c’est en hommage à une période parfois douloureuse, qu’elle-même «n’a pas vu pas­ser ».
CÉLINE FONTANNAZ

L’Helvétie pour les 6-11 ans

Pourquoi les Suisses s’appel­lent- ils aussi les Helvètes? Pourquoi parle-t-on quatre langues en Suisse? Combien de cantons y a-t-il? Telles sont les trois questions auxquelles répond le livre d’Elisabeth Alli, à l’aide de mots simples et d’illustrations mêlant dessins et photos. Réunissant les con­tributions d’un graphiste ber­nois, d’une illustratrice tessi­noise et de son auteure établie à Lausanne, les 28 pages du bouquin font également la part belle à internet: toutes les adresses électroniques des cantons figurent à la fin de l’ouvrage et un site – – fait la pro­motion du livre. La Toile pro­posera bientôt une palette de jeux pour les petits internautes désireux d’approfondir leurs connaissances sur la Suisse.Paru en juin dernier dans les trois langues nationales, La Suisse dans un livre: Langues et cantons rencontre un beau succès en librairie. Plus de 1000 volumes ont déjà été vendus. Une traduction en romanche, financée par une banque genevoise, devrait voir le jour prochainement; et le projet de sortir une version en anglais est en discussion. En­fin, trois autres titres portant sur les montagnes, les lacs et les transports sont en prépara­tion. Le premier pourrait pa­raître cet automne déjà. C. FO.

"La Suisse dans un livre, Langues et cantons", Elisabeth Alli sur Sbook.ch

Un film trie les étrangers sur le volet



Un DVD, «Les voies du travail», donne la parole à six étrangers intégrés en Suisse. Les associations en contact avec les migrants ont des avis divergents sur le message proposé par le film. «Vous êtes un instituteur syrien, devenez apprenti helvète», résume Olivier Strasser, médecin psychiatre de l'association Appartenance à Genève. Avec cette formule percutante, il entend faire part de sa stupéfaction après avoir visionné Les voies du travail, un film de Nino Jacusso édité sous forme de DVD en juin dernier par l'Association suisse pour l'orientation scolaire et professionnelle (ASOSP). Le documentaire, qui aborde le thème de l'intégration professionnelle des migrants en Suisse, suscite de vives réactions. Accompagné de fiches de compétences sur CD-rom, il s'adresse prioritairement aux adolescents et adultes issus de l'immigration ainsi qu'aux enseignants et conseillers professionnels.

Lire l'intégralité de cet article de Marc Trezzini dans le Courrier

mardi 15 août 2006

La campagne du malaise

Ou comment deux partis cherchent à se refaire une santé politique en se servant des arguments populistes de la droite dure.

Editorial de Bernard Wüthrich à lire dans le Temps

Les partis de droite ont tenu parole. On ne les a plus entendus parler d'une même voix du droit d'asile depuis leur conférence de presse commune du 4 juillet. Rien d'étonnant à cela: cette entente de façade masque mal le malaise qui caractérise la campagne sur le durcissement du droit d'asile.

Hormis quelques escarmouches avant la pause estivale, et cette conférence de presse en était une, ce n'est que maintenant que la campagne démarre vraiment. A six semaines du scrutin, les partis de droite avancent désormais en rangs dispersés ou, en tout cas, avec des arguments différents.

Fidèle à son électorat, qui vote pour elle parce qu'elle a fait de l'abus du droit d'asile l'un de ses chevaux de bataille, l'UDC n'a pas la moindre réticence à durcir la loi. De leur côté, le Parti radical et le PDC font tout ce qu'ils peuvent, sans vraiment y parvenir, pour éviter d'être perçus comme les suiveurs d'un parti qui leur a enlevé des électeurs.

Ils sont confrontés à un problème interne croissant, car le comité bourgeois qui s'oppose au durcissement du droit d'asile ne cesse de recueillir l'adhésion de politiciens cantonaux et d'anciens parlementaires fédéraux radicaux et démocrates-chrétiens, ce qui démontre une faille grandissante au sein de ces deux partis.

Le PDC défend désormais sa position en affirmant qu'on peut durcir le droit d'asile tout en restant un chrétien crédible. Et le PRD défend la sienne en intégrant la nouvelle loi dans un concept de politique de migration plus large. Mais personne n'est dupe. Si l'UDC n'avait pas autant progressé ces dernières années, ni le PDC ni le PRD n'auraient soutenu le durcissement du droit d'asile imposé par Christoph Blocher en cours de route.

Phase décisive

Sous le titre "La campagne sur l'asile dans sa phase décisive", Denis Masmejan dans le Temps consacre un article aux nuances de la campagne sur l'asile et les étrangers.

De gauche à droite: Bruno Frick (PDC), Fulvio Pelli (PRD) et Ueli Maurer (UDC)
(photo Keystone)

La campagne en vue des votations du 24 septembre sur l'asile et sur les étrangers entre dans le vif du sujet. A six semaines du scrutin, alors que la pause estivale touche à sa fin, partisans et adversaires des deux lois multiplient les interventions. Cette semaine, le Parti radical doit discuter de son concept d'intégration, connexe à la votation. Les deux lois seront également évoquées par les délégués de l'UDC. Lundi prochain, le comité qui prône le double non présentera ses arguments, appuyé par l'ancienne conseillère fédérale Ruth Dreifuss.

Les premiers sondages commencent également à tomber. Un sondage d'Isopublic réalisé pour Le Matin et le Sonntagsblick donne une majorité pour le oui (48% pour la loi sur l'asile, 30% contre), mais avec une part encore importante d'indécis (27%), et de fortes disparités entre la Suisse alémanique et les cantons romands, où le soutien s'abaisse à 34%.

Les partis de droite, eux, sont loin d'être monolithiques. Ils doivent compter avec un comité «bourgeois» contre les deux lois, qui ne cesse de s'étoffer. De plus, les partisans du oui chez les radicaux et les PDC tiennent à garder leurs distances à l'égard de l'UDC. Cela n'a pas empêché les trois partis gouvernementaux de tenir une conférence de presse commune, début juillet, mais c'est à peu près la seule occasion où PRD, PDC et UDC se seront trouvés réunis.

• UDC

Idéologiquement, les démocrates du centre sont totalement à l'aise dans cette campagne. Le budget de campagne de l'UDC reste toutefois modeste, explique Simon Glauser, porte-parole du parti, sans en préciser le montant. Le style de l'unique affiche diffusée par le parti, déjà présente en Suisse alémanique comme en Suisse romande («Stop aux abus!»), est lui aussi modéré, compte tenu du savoir-faire dont l'UDC a fait preuve par le passé. Des encarts publicitaires seront aussi publiés dans la presse, et certaines personnalités radicales ou PDC y figureront aussi, selon le porte-parole.

• PRD

La campagne des radicaux fonctionnera «à bas budget», explique Christian Weber, porte-parole du parti. Aucune affiche n'est prévue. Les radicaux entendent se démarquer de l'UDC en insistant sur leur politique des «4 piliers» arrêtée au début de l'année déjà, et qui accorde une place importante à l'intégration des étrangers. Le PRD présentera prochainement un comité de soutien aux deux lois. «Tout le monde se focalise sur l'asile, parce que le sujet est plus émotionnel, mais la loi sur les étrangers concerne bien davantage de gens», observe Christian Weber.

• PDC

Le PDC, lui, diffusera une affiche, mais en Suisse alémanique seulement, au vu du rejet des deux lois par plusieurs sections romandes, explique Alexandra Perina-Werz, porte-parole du PDC pour la Suisse romande. Le parti a tenu une conférence de presse au plus creux de l'été - le 31 juillet - pour présenter un argumentaire sur la compatibilité des deux lois avec les valeurs chrétiennes. Ce devrait être la dernière. Le PDC vient pour le reste de refuser la demande du conseiller national UDC zurichois Ulrich Schlüer. Le rédacteur de Schweizerzeit souhaitait que l'engagement de personnalités de droite dans le camp du non ne reste pas sans réplique des partisans du oui. Mais le style d'Ulrich Schlüer a constitué, pour le PDC, un repoussoir.