Stratégie européenne pour les Roms.
Par Richard Werly dans le Temps
Le Parlement européen a voté jeudi une résolution sur une stratégie européenne à l'égard des 8 à 12 millions de Roms vivant dans l'Union. Sur proposition de deux eurodéputées hongroise et... rom, Viktoria Mohácsi et Livia Járóka, le texte adopté invite la Commission «à mettre en place une unité chargée des Roms, appelée à coordonner leur intégration et à faciliter la coopération entre les Etats membres». Le lancement d'un grand programme de microcrédit est souhaité. La question des Roms est, dans l'UE comme en Suisse, au centre de la controverse sur l'extension de la libre circulation à la Roumanie et à la Bulgarie. Elle est devenue politiquement ultrasensible depuis qu'en novembre 2007, suite à un assassinat impliquant un tzigane roumain, l'Italie a adopté un décret-loi permettant d'expulser les Roms.
vendredi 1 février 2008
jeudi 31 janvier 2008
Retirer la nationalité devrait devenir plus facile.
Par Valérie de Graffenried dans le Temps
Ceux qui ont acquis la nationalité suisse de manière frauduleuse ou qui ont l'intention de le faire n'ont qu'à bien se tenir. Le Conseil fédéral vient d'approuver un projet de la Commission des institutions politiques (CIP) du Conseil national qui veut prolonger de trois ans le délai permettant d'annuler une naturalisation acquise de façon irrégulière. But poursuivi: lutter plus efficacement contre les mariages blancs.
Libellés :
Naturalisation
mercredi 30 janvier 2008
La Municipalité de Vallorbe attend le soutien de Berne
Malaise à la gare de Vallorbe. La présence des requérants d’asile indispose une partie des habitants. Le syndic espère trouver une solution avec Berne. Un article de Pierre Blanchard dans 24 Heures.

Coincée entre la falaise et la route cantonale, surplombant la ville, la grande bâtisse accueille 240 personnes en quête d’un avenir plus serein. Le centre de requérants d’asile n’a rien du camp de vacances même s’il est logé dans un ancien hôtel. Rien à faire. Attendre seulement. Il y a bien la gare et son hall chauffé à quelques encablures, mais ils n’y sont pas les bienvenus.
Le syndic Laurent Francfort déplore que la motion des radicaux demandant l’interdiction de l’accès de la gare aux requérants donne une image tronquée de Vallorbe. Pour lui, le noeud du problème c’est le peu d’investissement de la Confédération dans l’encadrement des requérants d’asile. Il a l’impression que Berne a abandonné sa ville.
Dialogue avec la Confédération
A sa demande, une délégation de la Municipalité, des représentants de l’ODM (Office fédéral des migrations) et des CFF se rencontreront pour la deuxième fois vendredi.
Chaque partie reconnaît l’existence du problème, mais Berne prône une politique des petits pas alors que le syndic de Vallorbe espère que des mesures concrètes soient rapidement mises en oeuvre. Selon lui, les requérants doivent avoir un lieu de rencontre approprié en dehors du centre d’enregistrement et de procédure (CEP), et c’est à la Confédération de le financer.
Pour la Confédération, le déménagement du centre de Genève à Vallorbe, en 2000, a été une aubaine qui lui a permis de réaliser, sur le loyer, une économie de 1 million de francs par an. Dans la Cité de Calvin les requérants se fondaient plus facilement dans l’anonymat des habitants de la ville. Les statistiques confirment cette impression: à Vallorbe, ils représentent, 8,6% de la population, contre 0,33% à Bâle, 1,2% à Kreuzlingen et 3% à Chiasso.
«En votant massivement le durcissement de la loi sur l’asile, bien des Vallorbiers ne se sont pas rendu compte qu’ils acceptaient implicitement une plus grande pression du centre sur leur quotidien», ajoute Laurent Francfort.
Plus de pression
Depuis le printemps 2006, la prise en charge des demandeurs d’asile a profondément été modifiée, avec pour conséquence l’augmentation de la durée des séjours dans les centres. Leur moyenne a passé de 10 à 60 jours. Ce séjour plus long permet aux candidats à l’asile de prendre leurs marques et leur présence devient plus visible. Sur le site de la gare de Vallorbe, le malaise a été en grandissant au point que le Parti radical a déposé, lors du dernier Conseil communal, la controversée «motion Jaillet». Le Département de l’intérieur a demandé un avis de droit sur sa recevabilité. Une étude qui devrait aboutir dans les jours à venir.

Laurent Francfort place beaucoup d’espoirs
dans la réunion de vendredi, où les autorités
communales, fédérales et les CFF se mettront
autour d’une table.
VALLORBE, LE 29 JANVIER 2008
Michel Duperrex
dans la réunion de vendredi, où les autorités
communales, fédérales et les CFF se mettront
autour d’une table.
VALLORBE, LE 29 JANVIER 2008
Michel Duperrex
Coincée entre la falaise et la route cantonale, surplombant la ville, la grande bâtisse accueille 240 personnes en quête d’un avenir plus serein. Le centre de requérants d’asile n’a rien du camp de vacances même s’il est logé dans un ancien hôtel. Rien à faire. Attendre seulement. Il y a bien la gare et son hall chauffé à quelques encablures, mais ils n’y sont pas les bienvenus.
Le syndic Laurent Francfort déplore que la motion des radicaux demandant l’interdiction de l’accès de la gare aux requérants donne une image tronquée de Vallorbe. Pour lui, le noeud du problème c’est le peu d’investissement de la Confédération dans l’encadrement des requérants d’asile. Il a l’impression que Berne a abandonné sa ville.
Dialogue avec la Confédération
A sa demande, une délégation de la Municipalité, des représentants de l’ODM (Office fédéral des migrations) et des CFF se rencontreront pour la deuxième fois vendredi.
Chaque partie reconnaît l’existence du problème, mais Berne prône une politique des petits pas alors que le syndic de Vallorbe espère que des mesures concrètes soient rapidement mises en oeuvre. Selon lui, les requérants doivent avoir un lieu de rencontre approprié en dehors du centre d’enregistrement et de procédure (CEP), et c’est à la Confédération de le financer.
Pour la Confédération, le déménagement du centre de Genève à Vallorbe, en 2000, a été une aubaine qui lui a permis de réaliser, sur le loyer, une économie de 1 million de francs par an. Dans la Cité de Calvin les requérants se fondaient plus facilement dans l’anonymat des habitants de la ville. Les statistiques confirment cette impression: à Vallorbe, ils représentent, 8,6% de la population, contre 0,33% à Bâle, 1,2% à Kreuzlingen et 3% à Chiasso.
«En votant massivement le durcissement de la loi sur l’asile, bien des Vallorbiers ne se sont pas rendu compte qu’ils acceptaient implicitement une plus grande pression du centre sur leur quotidien», ajoute Laurent Francfort.
Plus de pression
Depuis le printemps 2006, la prise en charge des demandeurs d’asile a profondément été modifiée, avec pour conséquence l’augmentation de la durée des séjours dans les centres. Leur moyenne a passé de 10 à 60 jours. Ce séjour plus long permet aux candidats à l’asile de prendre leurs marques et leur présence devient plus visible. Sur le site de la gare de Vallorbe, le malaise a été en grandissant au point que le Parti radical a déposé, lors du dernier Conseil communal, la controversée «motion Jaillet». Le Département de l’intérieur a demandé un avis de droit sur sa recevabilité. Une étude qui devrait aboutir dans les jours à venir.
Libellés :
asile,
périmètre d'exclusion,
polémique
Le CEP en bref

Le CEP de Vallorbe
Michel Duperrex
NOM: Centre d’enregistrement et de procédure (ex-CERA, Centre d’enregistrement des requérants d’asile). Il a ouvert ses portes le 15 novembre 2000.
FONCTION: Indépendamment de la manière dont les requérants sont entrés en Suisse, ils doivent tous se présenter dans l’un des quatre CEP ouverts en Suisse (Vallorbe, Chiasso, Bâle et Kreuzlingen). C’est là que les réfugiés attendent l’acceptation ou le refus de leur demande d’asile.
RÉSIDENTS: Le nombre de requérants varie au gré des arrivées et des départs. La capacité du CEP est de 270 places. Actuellement, ce sont environ 240 demandeurs d’asile (80% d’hommes) qui sont logés dans le centre.
HEURES DE SORTIE: En dehors des entretiens liés à la procédure d’asile, les requérants peuvent sortir du centre de 8 h à 12 h et de 13 h à 17 h 30. De plus, ils sont libres de leurs mouvements durant le week-end. Ceux qui ont de la famille dans notre pays en profitent pour rendre visite à leurs proches. Après chaque sortie, ils doivent justifier la provenance des marchandises en leur possession.
Libellés :
asile
Requérants plus visibles et moins rassurants
«Je peux vous citer dix dames âgées qui m’ont dit qu’elles ne viendraient plus faire leurs courses à Vallorbe. Elles viennent de Bretonnières, Premier, etc., et elles ont peur de traverser la gare.» C’est Jean-Luc Martignier, boucher, qui le dit.

De l’insécurité à la gare de Vallorbe? Un sentiment en tout cas, pour bon nombre d’habitants, né de l’omniprésence de requérants d’asile à ses abords.
Lundi, 10 h 30. Ils sont une vingtaine d’Africains réunis devant l’entrée de la gare.
Comme chaque jour. Le soleil brille et ils restent à l’extérieur, à siroter des bières. «Mais quand il pleut, ils peuvent être une quarantaine à l’intérieur à faire la fête», glisse une femme qui travaille à la gare. Du coup, les CFF ont… retiré les bancs qui se trouvaient à l’intérieur de l’édifice et fermé les salles d’attente.
Dehors, les réfugiés discutent. Bruyamment. Refusent toute photo et prétendent ne parler qu’anglais. Pourtant, un Ivoirien s’approche spontanément. «Je suis là depuis le 7 janvier», explique-t-il. «Nous interdire d’aller à la gare? Je ne suis pas au courant. Nous, on est des étrangers, ce n’est pas nous qui décidons. Si on nous interdit de venir ici, on ira ailleurs.» Là est le problème. A Vallorbe, les requérants sont condamnés à l’oisiveté. La situation a empiré aux yeux de la population car depuis quelques mois, leurs heures de sortie ont été étendues. Le CEP accueille aussi de plus en plus de réfugiés (actuellement 240) et ces derniers restent à Vallorbe parfois 60 jours.
S’ils vont à la gare, c’est parce que c’est le lieu public chauffé le plus proche du centre. Et aussi parce que l’Aravoh (Association auprès des requérants d’asile de Vallorbe oecuménique et humanitaire) y a son local. Là-bas, la présidente Christiane Mathys est surnommée Mama Africa. Les 45 bénévoles de l’association s’y relaient pour accueillir avec un peu de chaleur un millier de réfugiés par semaine. Dans cette pièce exiguë (60 m2 ), deux Africains jouent aux dames, un autre lit le journal. Ils sont une dizaine à papoter devant un café. «Je suis convaincue que l’on n’a jamais réglé le moindre problème en dressant des murs et en isolant un groupe de personnes», s’insurge Christiane Mathys à l’évocation de la motion Jaillet. Si elle passe la rampe, l’association devra bien sûr changer de local. «Quand je pense que, à l’époque, nous avions eu le soutien des autorités pour déménager ici…» A sa création, l’Aravoh avait son quartier général en ville.
La solution, toute simple, est évoquée par un réfugié: «Il nous faudrait un autre endroit où on pourrait se réunir, boire un verre et se distraire.» Reste à trouver le financement.

Interdire la gare aux requérants?
C’est le remède prôné par le Conseil
communal en décembre dernier,
pour mettre un terme à
l’omniprésence des demandeurs
d’asile qui gênent les usagers.
C’est le remède prôné par le Conseil
communal en décembre dernier,
pour mettre un terme à
l’omniprésence des demandeurs
d’asile qui gênent les usagers.
De l’insécurité à la gare de Vallorbe? Un sentiment en tout cas, pour bon nombre d’habitants, né de l’omniprésence de requérants d’asile à ses abords.
Lundi, 10 h 30. Ils sont une vingtaine d’Africains réunis devant l’entrée de la gare.
Comme chaque jour. Le soleil brille et ils restent à l’extérieur, à siroter des bières. «Mais quand il pleut, ils peuvent être une quarantaine à l’intérieur à faire la fête», glisse une femme qui travaille à la gare. Du coup, les CFF ont… retiré les bancs qui se trouvaient à l’intérieur de l’édifice et fermé les salles d’attente.
Dehors, les réfugiés discutent. Bruyamment. Refusent toute photo et prétendent ne parler qu’anglais. Pourtant, un Ivoirien s’approche spontanément. «Je suis là depuis le 7 janvier», explique-t-il. «Nous interdire d’aller à la gare? Je ne suis pas au courant. Nous, on est des étrangers, ce n’est pas nous qui décidons. Si on nous interdit de venir ici, on ira ailleurs.» Là est le problème. A Vallorbe, les requérants sont condamnés à l’oisiveté. La situation a empiré aux yeux de la population car depuis quelques mois, leurs heures de sortie ont été étendues. Le CEP accueille aussi de plus en plus de réfugiés (actuellement 240) et ces derniers restent à Vallorbe parfois 60 jours.
S’ils vont à la gare, c’est parce que c’est le lieu public chauffé le plus proche du centre. Et aussi parce que l’Aravoh (Association auprès des requérants d’asile de Vallorbe oecuménique et humanitaire) y a son local. Là-bas, la présidente Christiane Mathys est surnommée Mama Africa. Les 45 bénévoles de l’association s’y relaient pour accueillir avec un peu de chaleur un millier de réfugiés par semaine. Dans cette pièce exiguë (60 m2 ), deux Africains jouent aux dames, un autre lit le journal. Ils sont une dizaine à papoter devant un café. «Je suis convaincue que l’on n’a jamais réglé le moindre problème en dressant des murs et en isolant un groupe de personnes», s’insurge Christiane Mathys à l’évocation de la motion Jaillet. Si elle passe la rampe, l’association devra bien sûr changer de local. «Quand je pense que, à l’époque, nous avions eu le soutien des autorités pour déménager ici…» A sa création, l’Aravoh avait son quartier général en ville.
La solution, toute simple, est évoquée par un réfugié: «Il nous faudrait un autre endroit où on pourrait se réunir, boire un verre et se distraire.» Reste à trouver le financement.
"C'est une idée choc !"
Interview express de Yann Jaillet, conseiller communal radical, auteur de la motion. Par Vincent Maendly dans 24 Heures.
– Non. Cette motion a été interprétée comme une mesure discriminatoire contre les gens du CEP, mais ce n’est pas la volonté de base de notre texte.
C’est-à-dire?
– La volonté de mettre fin au squat de la gare, qui est occupée toute la journée. Les usagers ne peuvent plus passer, il y a sans cesse du brouhaha, des déchets. Cela crée un sentiment d’insécurité. Or la gare est le portail de Vallorbe. Mais si tout cela était le fait d’un groupe de jeunes Vallorbiers par exemple, cela ne changerait rien.
– Il s’agit tout de même d’une idée choc…
– Oui, on peut le dire, c’est assez choc. Notre but était aussi de réveiller un peu tout le monde. Il semble qu’il n’était plus possible de dialoguer avec les autorités bernoises. Nous voulons faire avancer les choses et je crois que c’est en train de marcher! Je rappelle aussi que si la motion a été déposée par le Parti radical, elle a été très largement soutenue par les autres partis. C’est l’affaire de toute une population.
– Cela dit, croyez-vous que votre motion est recevable sur le plan du droit?
– Beaucoup de gens ont émis des doutes à ce sujet mais, à mon avis, elle a des chances.
Elle fixe un but à la Municipalité, mais lui laisse toute latitude dans les moyens à mettre en oeuvre pour y parvenir.
– Et si la motion est malgré tout jugée irrecevable?
– L’important, c’est que le problème soit résolu. Une mesure qui a les mêmes effets serait la bienvenue.
«Nous voulons faire avancer les choses et je crois que c’est en train de marcher!»
– En voulant interdire aux requérants l’accès à la gare, n’y êtes-vous pas allé un peu fort? – Non. Cette motion a été interprétée comme une mesure discriminatoire contre les gens du CEP, mais ce n’est pas la volonté de base de notre texte.
C’est-à-dire?
– La volonté de mettre fin au squat de la gare, qui est occupée toute la journée. Les usagers ne peuvent plus passer, il y a sans cesse du brouhaha, des déchets. Cela crée un sentiment d’insécurité. Or la gare est le portail de Vallorbe. Mais si tout cela était le fait d’un groupe de jeunes Vallorbiers par exemple, cela ne changerait rien.
– Il s’agit tout de même d’une idée choc…
– Oui, on peut le dire, c’est assez choc. Notre but était aussi de réveiller un peu tout le monde. Il semble qu’il n’était plus possible de dialoguer avec les autorités bernoises. Nous voulons faire avancer les choses et je crois que c’est en train de marcher! Je rappelle aussi que si la motion a été déposée par le Parti radical, elle a été très largement soutenue par les autres partis. C’est l’affaire de toute une population.
– Cela dit, croyez-vous que votre motion est recevable sur le plan du droit?
– Beaucoup de gens ont émis des doutes à ce sujet mais, à mon avis, elle a des chances.
Elle fixe un but à la Municipalité, mais lui laisse toute latitude dans les moyens à mettre en oeuvre pour y parvenir.
– Et si la motion est malgré tout jugée irrecevable?
– L’important, c’est que le problème soit résolu. Une mesure qui a les mêmes effets serait la bienvenue.
Libellés :
asile,
périmètre d'exclusion,
polémique
Témoignage de Fernand Melgar
«Les gens se précipitent pour entreprendre des travaux qui se déroulent en ce moment dans le froid»
Depuis le début du mois de décembre, l’équipe du cinéaste Fernand Melgar passe ses journées dans les entrailles du CEP pour tourner un documentaire sur le quotidien des demandeurs d’asile et des personnes qui les encadrent. Pour lui le regroupement des requérants sur le site de la gare est un pis-aller qui l’attriste: «S’ils passent leur temps à boire des verres sur le perron, c’est pour tromper le temps et faire face à l’inactivité qui leur est imposée. » La caméra capte la réalité de la vie, mais l’oeil du cinéaste se refuse à porter des jugements sur la politique d’asile.
«J’ai assisté à l’ouverture des inscriptions pour les candidats aux travaux d’utilité publique, organisés conjointement par le service forestier de la commune et les responsables du centre. J’ai été surpris de voir les gens se précipiter pour entreprendre des travaux qui se déroulent en ce moment dans le froid», rapporte Fernand Melgar.
Les places pour ces travaux sont limitées à cinq par semaine. Cette occupation permet également aux requérants d’être reconnus dans leur dignité d’être humain.
«Les candidats à l’asile ont un état d’esprit proche de celui des pionniers. Ils sont prêts à déployer une énergie considérable pour vivre plus dignement. En travaillant, ils peuvent s’échapper un instant de leurs préoccupations et évacuer les tensions liées à l’attente de la décision de l’ODM qui influencera grandement leur avenir», commente encore le cinéaste.
Depuis le début du mois de décembre, l’équipe du cinéaste Fernand Melgar passe ses journées dans les entrailles du CEP pour tourner un documentaire sur le quotidien des demandeurs d’asile et des personnes qui les encadrent. Pour lui le regroupement des requérants sur le site de la gare est un pis-aller qui l’attriste: «S’ils passent leur temps à boire des verres sur le perron, c’est pour tromper le temps et faire face à l’inactivité qui leur est imposée. » La caméra capte la réalité de la vie, mais l’oeil du cinéaste se refuse à porter des jugements sur la politique d’asile.
«J’ai assisté à l’ouverture des inscriptions pour les candidats aux travaux d’utilité publique, organisés conjointement par le service forestier de la commune et les responsables du centre. J’ai été surpris de voir les gens se précipiter pour entreprendre des travaux qui se déroulent en ce moment dans le froid», rapporte Fernand Melgar.
Les places pour ces travaux sont limitées à cinq par semaine. Cette occupation permet également aux requérants d’être reconnus dans leur dignité d’être humain.
«Les candidats à l’asile ont un état d’esprit proche de celui des pionniers. Ils sont prêts à déployer une énergie considérable pour vivre plus dignement. En travaillant, ils peuvent s’échapper un instant de leurs préoccupations et évacuer les tensions liées à l’attente de la décision de l’ODM qui influencera grandement leur avenir», commente encore le cinéaste.
Libellés :
asile,
polémique,
témoignage
Fernand Melgar garde l'oeil ouvert

«Les clandestins de 2008 ont
remplacé les saisonniers de 1964.
La dégradation sociale en plus»
LAUSANNE, LE 19 JANVIER 2008
PHOTO PHILIPPE MAEDER
remplacé les saisonniers de 1964.
La dégradation sociale en plus»
LAUSANNE, LE 19 JANVIER 2008
PHOTO PHILIPPE MAEDER
Que la douceur du regard ne leurre pas. Fernand Melgar, documentariste vaudois, est une mule. Andalouse de surcroît. Il ne change jamais d’avis, toujours il tient son cap. Cet entêtement — en cherchant bien il l’avoue — est même un vilain défaut. «Je n’écoute pas assez les gens qui me sont proches.» C’est aussi une qualité qui avec un chouïa de patience lui a permis de gagner la confiance de l’Office fédéral des migrations (ODM). Melgar réalise en ce moment un documentaire, La forteresse, sur le Centre d’enregistrement et de procédure (CEP) à Vallorbe.
Sourire aux inconnus reste le meilleur moyen de les approcher. Essentiel quand on veut faire partie des meubles pour filmer de très près. Voilà des mois que le documentariste habite avec l’équipe de tournage une maison près de «la Forteresse ». Il a été jusqu’à servir à 7 h un lait chaud aux requérants d’asile pour le petitdéjeuner. Ce geste est la marque de son savoir-faire. A Vallorbe le tournage dure jusqu’à 20 h. Le documentariste est libre de se promener où il le souhaite. Viendront ensuite six mois de montage et le passage du documentaire 35 mm sur la TSR et Arte. Une mule donc.
La douceur du regard encore est empathique. Fernand Melgar est un frère pour l’autre. Surtout quand l’autre est un petit, un obscur, un sans-grade, un nobody.
«J’aime profondément l’humain. Alors je rencontre et raconte. Sans commentaire, sans musique. Mais à la différence des journalistes, je me donne les moyens de temps.» prendre mon Le temps, il le trouve pour vivre pendant deux ans près des membres de l’association Exit. Se faisant tout petit, il filme jusqu’au dernier moment celles et ceux qui ont choisi la mort, l’auto-délivrance. Y a-t-il eu buée sur l’oeilleton de la caméra? En tout cas le pathos n’a pas pollué la chronique de ces deuils partagés. Ensuite Exit, le droit de mourir a raflé des couronnes de lauriers dans les festivals européens.
Un père «mort de tristesse» l’été dernier, une mère toujours «pleine de vie», les parents de Fernand sont la source du style Melgar, de sa révolte inextinguible contre les injustices. Lui, le fils de saisonnier qui devait se cacher sous le lit quand la police frappait à la porte du domicile familial à Chavannes-près-Renens. Paradoxe, l’adulte n’oubliera jamais que c’est un policier municipal qui, fermant les yeux, a invité sa famille à scolariser l’enfant. «Les clandestins de 2008 ont remplacé les saisonniers de 1964. La dégradation sociale en plus.» Aussi fin 2008 quand il en aura terminé avec les demandeurs d’asile, Fernandito, petit clandestin de 1964, tournera sa première fiction, Loin derrière la montagne. Le scénario, écrit avec Janka Rahm, raconte l’histoire d’une famille de sans-papiers équatoriens à Lausanne.
Revendiquant une communauté de pensée avec les Belges Dardenne et le Britannique Ken Loach, Fernand Melgar rêve de fresque sociale mais se défie de tout manichéisme, «ce qu’aurait tendance à faire un militant d’extrême gauche». Pas de boîte à outils marxiste pour ce libertaire qui avait deux grands-pères syndicalistes anarchistes. Pas militant doctrinaire mais un oeil ouvert. Ainsi il y a plus d’un quart de siècle, plus souvent qu’à son tour, Fernand Melgar est mis au cachot dans les combles de l’Ecole de commerce au Maupas. Il voit passer des jeunes de Lausanne Bouge. Une banderole l’enchante. Il y avait écrit quelque chose comme: «Ne pas mourir de faim se paie par mourir d’ennui». Cela lui plut, il suivit la manif. Et comme il ne fait rien à moitié, arrivé au Centre autonome, il a fondé dans la foulée le Cabaret Orwell, l’ancêtre de la Dolce Vita.
Il s’y est fait les souvenirs inoxydables de ses 20 ans. Comme le soir où quintuplant leur tube La décadence c’est la bonne ambiance, les Civils finirent par défoncer l’issue de secours pour fuir leur public. Il y a tissé aussi de solides amitiés qui durent encore. Climage, collectif bien vivant de documentaristes, est toujours là pour le rappeler au coeur du Maupas.
Un article d'Alain Walther dans 24 Heures
Libellés :
asile,
témoignage
Inscription à :
Articles (Atom)

