mercredi 6 janvier 2010

Burqa ou non, la France est divisée


Des doutes de plus en plus sérieux s'expriment dans la classe politique française, à droite comme à gauche, sur l'opportunité d'une loi sur l'interdiction du voile islamique intégral.


La burqa est un voile intégral dont se revêtent les femmes. (Photo: Keystone)

Le parti socialiste y est notamment opposé.

«Le Parti socialiste n'est pas favorable à une loi de circonstance», a déclaré mercredi son porte-parole Benoît Hamon sur la radio RTL, délivrant pour la première fois la position officielle du principal parti d'opposition sur la question d'une loi contre la burqa ou le niqab.

«Le Parti socialiste a débattu, il a rappelé des principes: nous sommes totalement opposés à la burqa, la burqa est une prison pour les femmes. Dans la République, elle n'a pas sa place mais une loi de circonstance n'aurait pas les effets escomptés», a-t-il expliqué.

Lundi, le président Nicolas Sarkozy a évoqué devant des responsables de son parti UMP (droite) la possibilité pour le Parlement d'adopter une «résolution» - une disposition non- contraignante - sur le port du voile intégral, sans toutefois exclure un recours à la loi.

Une position jugée «pas très claire» par le PS, qui évoque le malaise du camp présidentiel, selon lui «très divisé sur cette question».

Moins de 2000 femmes concernées

Depuis le lancement, en juillet, d'une mission parlementaire chargée de plancher sur le sujet, des responsables politiques de gauche comme de droite ont émis des doutes sur l'opportunité de légiférer, alors qu'il y a en France moins de 2.000 femmes portant le voile intégral, selon le gouvernement.

Plusieurs élus de gauche et représentants de la communauté musulmane en France - forte de 5 à 6 millions de membres, selon les estimations - ont notamment mis en garde contre les risques de stigmatisation dans un contexte délicat. Notamment après la polémique sur l'interdiction des minarets en Suisse et alors que le débat actuel sur l'identité nationale en France est accusé de «dérapages racistes».

«Recettes des républicains américains»

Mercredi, le député PS Arnaud Montebourg a acccusé Nicolas Sarkozy d'utiliser des «recettes électorales des républicains américains» pour créer avec la question de la burqa des «guerres identitaires», «plutôt que parler des problèmes économiques et sociaux qui (...) minent le pays».

De son côté, le président du Front national (extrême droite) Jean- Marie Le Pen a estimé qu'une loi n'était «pas nécessaire» pour interdire la burqa, assurant que les «règlements de police suffisent». Il a aussi profité de l'occasion pour réclamer un «référendum sur l'immigration» en France en 2010.

Sarkozy reste prudent

Jusqu'alors, l'opposition socialiste était globalement hostile à une loi, à l'exception de trois élus de la jeune garde du parti, mais à droite, une majorité de parlementaires et de membres du gouvernement s'y étaient déclarés favorables.

En annonçant le 22 décembre le dépôt en janvier d'une proposition de loi interdisant le port de la burqa dans l'espace public, le chef de file des députés UMP Jean-François Copé a pris de court sa propre majorité et la mission parlementaire, censée rendre ses propositions d'ici la fin du mois.

Cette annonce lui a valu un sévère rappel à l'ordre du président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, lui-aussi UMP, qui a jugé cette initiative «prématurée».

Alors qu'il lançait le débat en juin en prévenant que la burqa n'était «pas la bienvenue en France», Nicolas Sarkozy s'est montré cette semaine très prudent. En répétant qu'il ne voulait pas s'exprimer «avant les conclusions» de la mission parlementaire, le président n'a pas départagé son camp, ni offert de ligne directrice sur la question.

1 commentaire:

Bertrand a dit…

Burqa ou niqab, le débat ne devrait pas se situer à un niveau religieux.

Le regard et le visage tiennent un rôle primordial dans la communication verbale et non-verbale. Ils sont à l'origine de facultés développées chez l'être humain (et autres animaux) qui consistent:

- à pouvoir découvrir un être dans son environnement
- à être capable d'en connaître ou reconnaître l'identité
- à choisir l'attitude relationnelle à adopter avec cet être
(éventuellement à s'en méfier ou s'en défendre en cas de danger)

Notons au passage que ces facultés de communication, de reconnaissance et de réaction face à l'environnement, sont déjà présentes chez les nourrissons, quelque soit leur sexe, race et croyance.

De plus, le refus unilatéral de ces facultés de la part d'une minorité qui dissimule son visage, peut être interprétée comme une négation du genre humain dans ses droits naturels. (découvrir son environnement, le reconnaître, communiquer et assurer son intégrité)

Personnellement, je ne suis donc opposé à tout vêtement, accessoire vestimentaire, accoutrement (religieux ou pas) porté en permanence en lieux publics, et dont le but et/ou les effets sont de dissimuler l'identité, la physionomie et l'expression du visage vis-à-vis d’autrui.


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