lundi 23 juin 2008

Une main tendue vers les familles en mal de racines

Le Groupe d’appui aux réfugiés a fêté samedi ses 25 ans. Il intervient auprès de migrants «dans l’attente d’un miracle». Un article d'Estelle Bressoud dans 24 Heures.

Ngenge Kolemba et Philomène

Désenchantées La fête organisée samedi au centre EVAM (ex-Fareas), avec orchestre, buffet et grimage pour les enfants, a permis à Ngenge Kolemba et Philomène d’oublier quelque peu le quotidien. La mère et sa fille sont en situation d’aide d’urgence. BEX, LE 21 JUIN 2008 CHANTAL DERVEY


C'est un parc agré­menté de guirlandes de tissu et baigné de soleil qui s’offrait samedi, date de la Journée suisse des réfu­giés, à la vue des visiteurs. Le centre EVAM (Etablissement vaudois d’accueil aux migrants) de Bex célébrait également ce jour-là les 25 ans du Groupe d’appui aux réfugiés (GAR), formé de près de 60 autochto­nes bénévoles.
La météo ne saurait faire tout oublier toutefois. «Le cadre est magnifique. Mais le quotidien de ces personnes n’est vraiment pas rose», glisse ainsi Ursula Gaillard, de la Coordination asile du Chablais. Le sourire désenchanté de Ngenge Ko­lemba en fournit une triste preuve. «On n’a pas le droit de travailler. Ce n’est pas facile pour nous.» Comme la cin­quantaine d’autres pensionnai­res du centre, cette Congolaise de 32 ans est en situation d’aide d’urgence. L’ultime sursis avant le renvoi au pays. Une perspec­tive à laquelle elle ne peut se résoudre: «Je préférerais rester ici, pour des questions de sécu­rité. Ma soeur habite là-bas, mais la situation n’est pas sta­ble. » Elle l’envisage encore moins pour sa fille âgée de 10 ans, Philomène. «J’aimerais qu’elle puisse faire sa vie et ses études en Suisse. Elle y est scolarisée et a noué des ami­tiés. » Cette maman qui cherche refuge en Suisse depuis quatre ans pour des motifs politiques n’ose même pas rêver à une vie «meilleure». «Stable», tout au plus. «C’est bientôt la rentrée scolaire. Il me faudra lui ache­ter des fournitures. Comment faire avec 9 francs 50 par jour? Je ne peux pas non plus lui acheter des bonbons ou des bis­cuits. » Le climat régnant dans la bâtisse s’est amélioré, ce qui réconforte cette mère Courage. Pour mémoire, seuls les familles et les cas «vulnérables» y sont logés depuis le début de l’année. «Les flics ne viennent plus.» «Toute la difficulté pour eux est de faire le deuil de leur vie ici», relève Christine Blatti Vil­lalon, la directrice du secteur Est vaudois de l’EVAM.
Un trait d’union

Apporter son soutien à ces individus «dans l’attente d’un miracle», c’est à cela que s’em­ploie le GAR, pour reprendre les explications de sa prési­dente, Irène Chaubert. Le mou­vement de solidarité est né à l’ouverture du centre, il y a un quart de siècle. Il joue le rôle d’un trait d’union avec la popu­lation bellerine. Pique-niques sur le site, leçons de français, parution d’un petit bulletin bi­mestriel: les activités consti­tuent surtout une occasion de soigner les contacts. «Nous pouvons au moins leur offrir du respect et de la considération», décrit Irène Chaubert, soulagée à l’idée que les tensions qui régnaient un temps autour du centre se soient apaisées.

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