jeudi 1 juin 2006

Les changements au CERA de Vallorbe suscitent des inquiétudes


Lire l'article d'Emmanuel Barraud dans 24heures Nord Vaudois
Une nouvelle ordonnance fédérale déploie ses effets dans la Cité du fer. Le directeur a été remplacé par son adjoint, et les séjours seront prolongés.
«Pourquoi les politi­ciens s’entêtent-ils toujours à chan­ger ce qui va bien?» Laurent Francfort, syndic de Vallorbe, ne cache pas son étonnement. En cause, deux nouveautés sur­venues en avril et mai au sein du Centre d’enregistrement des requérants d’asile (Cera). Celui­ci s’est transformé en Centre d’enregistrement et de procé­dure (Cep) suite à l’entrée en vigueur d’une nouvelle ordon­nance fédérale sur l’asile éma­nant des services de Christoph Blocher.
La première touche l’organi­sation même de la structure en place à Vallorbe. La seconde a trait à la durée maximale du séjour des requérants d’asile dans les centres tels que celui de Vallorbe. Limitée jusque-là à trente jours, elle vient d’être doublée.
Poste remis au concours
Chacun de ces changements entraîne son chapelet de consé­quences. Ainsi, le directeur du Cera, Didier Scheller, a dû céder sa place à celui qui était son adjoint, Philippe Hengy. «La nouvelle organisation, élaborée de façon à limiter les coûts, a permis de diminuer le nombre de cadres, explique Dominique Boillat, porte-parole de l’Office fédéral des migrations (ODM). Nous avons fusionné deux filiè­res, celle de l’enregistrement des réfugiés et celle de la procé­dure d’asile. Nous avons donc remis de nouveaux postes au concours, et notre choix s’est porté sur la personne qui était la plus qualifiée pour ce tra­vail. » Didier Scheller, dont les com­pétences «ne sont pas remises en cause», a été «affecté à d’autres missions dans le cen­tre ». Philippe Hengy, secondé par un juriste, aura la tâche de mettre au point le travail «uni­fié » du Cep. «Il faudra intégrer une plus grande part de travail relatif à la procédure afin d’opti­miser notre fonctionnement. Notre mission est désormais plus claire, plus directe», expli­que- t-il. Le personnel du centre procédera désormais à deux auditions, au terme desquelles il décidera ou non d’entrer en ma­tière sur les demandes d’asile, l’accordera le cas échéant, de façon provisoire ou non.
Jusqu’à deux mois
Dans l’ancien système déjà, ces démarches occupaient sou­vent les trente jours auxquels elles étaient légalement limi­tées. «Mais elles étaient parfois interrompues de façon abrupte par ce délai, explique encore Dominique Boillat. Il a donc été décidé de le prolonger à soixante jours.» Ce changement inquiète le Service d’aide juridique aux exi­lés (Saje) et les autorités com­munales (lire ci-contre), car il risque – logiquement – d’aug­menter le nombre de requé­rants de passage à Vallorbe. Mais du côté de l’ODM, on se veut rassurant, expliquant qu’un séjour maximal restera «exceptionnel», et que la durée moyenne s’établira – selon les interlocuteurs – entre trente­cinq et quarante-huit jours. «Quant à moi, j’ai les plus gran­des craintes, rétorque Laurent Francfort. Il faudra être attentif, mais je ne serais pas étonné que la population du centre dépasse à nouveau les 150 personnes, ce qui ne correspondrait plus à nos accords.» La forte baisse des demandes d’asile suffira-t-elle à équilibrer l’augmentation de la durée des séjours? Les Vallorbiers vou­draient y croire.

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