mercredi 5 avril 2006

C'est trop simple de parler de Lex Blocher�


Lire l'article du Temps "la deuxième vie politique de Ruth"
Regardez la remarquable émission Mise au point du 10 mars 2006
Ecoutez l'interview sur la Première
Lire cet interview de Ruth Dreifuss dans le Courrier
Lire aussi Itw accordée à Infosud
Itw du 3 avril dans le Courrier
Dossier de Swissinfo
Itw dans Le Temps du 1er avril avec Valérie de Graffenried
Article d'Antoine Grosjean dans 24heures
Carte blanche à Ruth Dreifuss dans Terre Nouvelle de mai-juin 2006
Interview de Ruth Dreifuss dans 24heures et la TdG le 1er Juillet
Ruth Dreifuss à la soupe est pleine sur La Première

L'ex conseillère fédérale préside le comité chapeautant le double référendum qui vient d'aboutir contre les Lois sur l'asile et les étrangers. Et considère que la responsabilité collective de celle et ceux qui lui ont succédé au gouvernement est engagée dans la blochérisation des esprits.

Sans toujours rencontrer le succès souhaité, Ruth Dreifuss s'est battue pour faciliter l'accès de toutes et tous à la retraite. Mais à 66 ans, elle ne semble pas pressée de jouir de la sienne. A entendre le nombre de coups de téléphone qui viennent interrompre la conversation dans son appartement des Pâquis, on se croirait toujours au Palais fédéral.
Multipliant les mandats et les activités, l'ancienne conseillère fédérale vient d'accepter un nouvel engagement: elle lancera demain, à Berne, la campagne contre les Lois fédérales sur l'asile et les étrangers, à l'occasion du dépôt à la Chancellerie du double référendum. Une campagne dans laquelle elle s'investira jusqu'à la votation du 24 septembre en qualité de présidente du comité national pour le double non. Rencontre d'une militante qui fourbit ses armes.
Comment interprétez-vous le ralliement du centre droite aux thèses de l'UDC en matière de politique migratoire?
– Je l'explique notamment par une profonde méconnaissance des réalités, particulièrement concernant la Loi sur les étrangers. Dire que notre politique migratoire doit être orientée en fonction des besoins de notre économie n'est pas choquant en soi. Mais encore faudrait-il connaître ces besoins. Le nombre de ménages qui sont contraints de recourir à des gardes d'enfants ou des aides à domicile venant d'Amérique latine ou des Philippines ne peut être nié. Leurs besoins font aussi partie de ceux de notre économie. Si Genève s'active à trouver une solution pour ses 5000 travailleurs clandestins actifs dans le secteurs domestique, c'est que ce canton s'est livré à une analyse des besoins réels de son économie. Vouloir faire fi de cette réalité, c'est être bien presbyte.
Une autre chose me heurte dans cette loi: l'idée de n'accepter comme migrants extra-européens que ceux ayant acquis un haut degré de qualification. C'est une forme d'écrémage de l'intelligentsia des pays les moins développés qui est extrêmement choquante. Et totalement contraire à ces discours nous expliquant que pour réduire l'immigration en provenance du Sud, la Suisse doit veiller à ses politiques d'aide au développement...


Au delà des questions économiques, la Loi sur les étrangers vous choque-t-elle aussi sur un plan humain?
– Bien entendu. Il faut rappeler que c'est elle qui fixe le nouveau délai des mesures de contrainte, qui permettra de détenir un étranger jusqu'à deux ans en vue de son expulsion. Des délinquants avérés sont rarement emprisonnés aussi longtemps.»
Un autre point doit être rappelé concernant la Loi sur les étrangers: l'article limitant le regroupement familial aux enfants de moins de douze ans. En empêchant ces enfants de rejoindre leur famille, on les prive du droit à l'éducation, on les condamne à l'isolement dans leur pays d'origine. Les partis qui prétendent défendre la famille devraient y réfléchir... Mais si le centre droit s'est massivement rallié à ces deux lois aux Chambres, je reste optimiste quant à la base des partis bourgeois. Je vois avec satisfaction de nombreuses personnalités du centre droite prendre position contre ces deux lois, ou en tout cas contre celle sur l'asile. Beaucoup de gens de bonne volonté soulignent qu'ils auraient honte de leur pays si ces deux lois venaient à passer, et glisseront un ou deux «non» dans l'urne.


Vous croyez donc pouvoir gagner ces deux référendums?
– Evidemment. Il ne faut jamais partir perdant. De toute manière, il y a des combats qu'on ne peut pas ne pas mener. J'ai toujours été de ces luttes, j'en suis toujours et j'en resterai tant que je le pourrai.
Vous présidez un comité référendaire combattant deux lois appuyées par le gouvernement dont vous faisiez partie jusqu'à fin 2002. Un geste plutôt rare émanant d'un ancien membre du Conseil fédéral. Qu'est-ce qui l'a motivé?
Ruth Dreifuss: Il y a différentes façons de faire de la politique. J'ai été citoyenne et magistrate. On peut démissionner de la seconde fonction, mais pas de la première... Je reste donc citoyenne, et continue à m'engager pour une politique suisse et internationale qui corresponde à mes convictions profondes. On touche ici à des questions auxquelles je suis d'autant plus attachée que j'ai assisté à la naissance de notre Loi sur l'asile dans les années 1980, que j'ai milité pour cette loi, contre ses démantèlements. Il est donc cohérent que je mène ce combat jusqu'au bout.


Vous ne vous sentez pas astreinte, comme ancienne conseillère fédérale, à une certaine retenue?

– Non, et ce d'autant moins que j'ai participé très activement au Conseil fédéral aux premiers travaux sur cette révision. Il n'était alors pas du tout question des durcissements introduits par la suite, et qui sont au coeur du référendum.


Ces modifications ont du reste été introduites en cours de travail parlementaire, entre le premier débat au National et celui au Conseil des Etats. Qu'est ce que ça vous inspire?
– J'ai été très choquée de voir Christoph Blocher venir dire au National que ses débats importaient peu, qu'il allait retravailler le projet. Mais j'ai été encore plus attristée de voir le Conseil fédéral reprendre la plupart de ces propositions à son propre compte, puis le Parlement s'y rallier. Il y a là une responsabilité collective très lourde. C'est pour ça que je refuse de parler de «Lex Blocher». C'est toujours trop simple de désigner un seul coupable...


En 2002, le Conseil fédéral, dont vous faisiez encore partie, combattait d'ailleurs une initiative de l'UDC sur l'asile moins dure, sur de nombreux points, que la Loi qu'il soutient aujourd'hui. Que s'est il passé?
– Il est très difficile pour moi de répondre à cette question. J'ai toujours été attachée à la continuité en politique, à la constance sur un certain nombre de valeurs. Là, je dois bien admettre que je ne les distingue plus... Mais au-delà des causes profondes, je crois que le changement de personnes au Conseil fédéral, où trois nouveaux membres sont entrés depuis 2002, explique beaucoup de choses.


Vous seriez-vous vous même engagée publiquement contre ces deux lois si vous étiez toujours au Conseil fédéral?
– Il ne m'appartient pas de faire de la politique fiction...


Vos deux camarades socialistes qui y siègent sont en tous les cas bien silencieux. N'y a-t-il pas un moment à partir duquel un conseiller fédéral doit invoquer sa conscience?
– Je ne veux pas faire des commentaires sur ce point.


Revenons donc au fond du débat. De nombreuses voix estiment que la nouvelle Loi sur l'asile viole les engagements internationaux pris par la Suisse. Vous partagez cette analyse?
– C'est difficile à affirmer sur un plan strictement juridique. Les modifications apportées, notamment celle qui précise qu'une demande d'asile pourra être examinée si le requérant peut invoquer des motifs valables pour lesquels il n'a pas de papiers d'identité, offrent des échappatoires. Mais dans l'esprit, cette loi me paraît clairement violer la convention de 1951 sur les réfugiés. Cette question des papiers d'identité est centrale: j'ai moi-même pu constater que les gens fuyant certains régimes dictatoriaux n'avaient pas les moyens d'obtenir un passeport. La Suisse fait un déni de réalité. On pourrait dire que les requérants ont toujours tort: le Birman expulsé de Suisse en 2004 pour être condamné à 19 ans de prison avait ainsi vu le refus de sa demande d'asile motivé par le fait qu'il n'était pas persécuté, puisqu'il avait pu obtenir un passeport...

Comment interprétez-vous le ralliement du centre droite aux thèses de l'UDC en matière de politique migratoire?

– Je l'explique notamment par une profonde méconnaissance des réalités, particulièrement concernant la Loi sur les étrangers. Dire que notre politique migratoire doit être orientée en fonction des besoins de notre économie n'est pas choquant en soi. Mais encore faudrait-il connaître ces besoins. Le nombre de ménages qui sont contraints de recourir à des gardes d'enfants ou des aides à domicile venant d'Amérique latine ou des Philippines ne peut être nié. Leurs besoins font aussi partie de ceux de notre économie. Si Genève s'active à trouver une solution pour ses 5000 travailleurs clandestins actifs dans le secteurs domestique, c'est que ce canton s'est livré à une analyse des besoins réels de son économie. Vouloir faire fi de cette réalité, c'est être bien presbyte.
Une autre chose me heurte dans cette loi: l'idée de n'accepter comme migrants extra-européens que ceux ayant acquis un haut degré de qualification. C'est une forme d'écrémage de l'intelligentsia des pays les moins développés qui est extrêmement choquante. Et totalement contraire à ces discours nous expliquant que pour réduire l'immigration en provenance du Sud, la Suisse doit veiller à ses politiques d'aide au développement...


Au delà des questions économiques, la Loi sur les étrangers vous choque-t-elle aussi sur un plan humain?
– Bien entendu. Il faut rappeler que c'est elle qui fixe le nouveau délai des mesures de contrainte, qui permettra de détenir un étranger jusqu'à deux ans en vue de son expulsion. Des délinquants avérés sont rarement emprisonnés aussi longtemps.»
Un autre point doit être rappelé concernant la Loi sur les étrangers: l'article limitant le regroupement familial aux enfants de moins de douze ans. En empêchant ces enfants de rejoindre leur famille, on les prive du droit à l'éducation, on les condamne à l'isolement dans leur pays d'origine. Les partis qui prétendent défendre la famille devraient y réfléchir... Mais si le centre droit s'est massivement rallié à ces deux lois aux Chambres, je reste optimiste quant à la base des partis bourgeois. Je vois avec satisfaction de nombreuses personnalités du centre droite prendre position contre ces deux lois, ou en tout cas contre celle sur l'asile. Beaucoup de gens de bonne volonté soulignent qu'ils auraient honte de leur pays si ces deux lois venaient à passer, et glisseront un ou deux «non» dans l'urne.


Vous croyez donc pouvoir gagner ces deux référendums?
– Evidemment. Il ne faut jamais partir perdant. De toute manière, il y a des combats qu'on ne peut pas ne pas mener. J'ai toujours été de ces luttes, j'en suis toujours et j'en resterai tant que je le pourrai. DEy

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