dimanche 15 mai 2011

Asile: Simonetta Sommaruga veut limiter le regroupement familial

La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga veut limiter le regroupement familial, indique-t-elle dans la presse dominicale. Pour lutter contre les problèmes dans le domaine de l'asile, elle évoque aussi la construction de nouveaux centres de détention en vue des renvois.

"La moitié des migrants en provenance de pays non européens vient ici dans le cadre du regroupement familial", indique la ministre de la justice dans une interview au journal dominical "SonntagsZeitung". "Nous pourrions continuer à limiter cela en fixant des exigences plus hautes en matière d'intégration".

Pour réduire l'immigration en Suisse, la socialiste veut "complètement exploiter" la marge de manoeuvre vis-à-vis de l'Union européenne et des pays tiers. "Nous continuerons à être très retenus concernant l'octroi" d'autorisations de séjour pour les contingents de travailleurs étrangers, poursuit-elle.

Dans l'hebdomadaire zurichois et dans le "Matin Dimanche", la Bernoise demande aussi davantage de places de détention, afin "d'être vraiment efficace". "Les cantons, qui doivent faire preuve de solidarité pour accueillir des centres d'enregistrement, devraient afficher la même solidarité à cet effet".

Clause de sauvegarde renforcée

Le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann s'est aussi exprimé sur l'immigration. Dans une interview publiée par la "NZZ am Sonntag", il affirme que des discussions avec l'Union européenne sur de plus importants obstacles à l'immigration ne représentent "aucun tabou" pour lui.

Le ministre de l'économie se dit prêt à réfléchir à une nouvelle clause de sauvegarde renforcée de l'accord sur la libre circulation des personnes. Ce mécanisme permet de limiter sous certaines conditions le nombre de nouveaux titres de séjour.

ATS

vendredi 13 mai 2011

Asile: on prend enfin le taureau par les cornes

La proposition de la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga de transformer les procédures d'asile est une excellente chose - même si une telle réforme aurait dû arriver plus tôt.

Le fait qu'actuellement l'examen d'une demande d'asile dure en moyenne 1200 jours, soit près de quatre ans, est intolérable, d'autant qu'il ne s'agit que d'une moyenne: dans la pratique, cela peut être encore plus long. C'est intolérable aussi bien du point de vue du requérant, suspendu à une réponse qui ne vient pas, et qu'il attend dans des conditions assez précaires, que du citoyen suisse, qui peine à comprendre qu'il faille autant de temps pour trancher une situation personnelle. Et qui sait aussi que ce provisoire qui dure rend les expulsions de plus en plus difficiles, lorsqu'un semblant d'intégration s'est produit.

A cet égard, le pari de ramener la procédure à 120 jours est spectaculaire. Reste à espérer que dans la pratique quotidienne cet objectif s'avérera réaliste, ce qui impliquera des coûts supplémentaires. Mais certes, le raccourcissement des séjours dans les centres permettra un transfert de ressources probablement important.

L'intention affichée par Mme Sommaruga de créer des centres d'hébergement fédéraux, en lieu et place des centres cantonaux, est aussi un projet à soutenir. La situation actuelle est, on le sait, pénible, avec des cantons et des communes qui rechignent à assumer une tâche particulièrement ingrate, alors même que les décisions sont prises au niveau de la Confédération. Que cette dernière se charge plus directement de la politique d'asile n'est que logique.

Cette réforme intervient dans un contexte migratoire plus incertain qu'on veut bien le dire. Les milieux de défense des migrants brandissent fièrement les chiffres de demandes d'asile de mars et d'avril, en claironnant que l'afflux redouté de réfugiés économiques d'Afrique du Nord ne s'est pas produit. Pour autant, tout reste possible: les migrants d'Afrique du Nord sont toujours en Italie, et ils n'ont aucune intention de retourner chez eux, ni de rester à Lampedusa. Si la France persiste à ne pas vouloir accueillir tous ces Tunisiens qui, surprise, ont de la famille dans l'Hexagone, ils se tourneront par défaut vers d'autres parties francophones de l'Europe, dont la Suisse romande, pour ce qui nous intéresse.

Il reste néanmoins un obstacle délicat dont Mme Sommaruga n'a pas parlé - du moins si j'en crois mes journaux: c'est que le renvoi de requérants déboutés n'est pas une simple formalité. Entre ceux qui ont plusieurs identités, ou pas d'identité du tout, et les pays qui refusent le retour de leurs ressortissants, les opérations de renvoi continueront à être difficiles. Il faudra donc oeuvrer parallèlement au développement d'accords de réadmission, seule manière de mener jusqu'au bout une politique d'asile crédible. Cette réforme intervient dans un contexte migratoire plus incertain qu'on veut bien le dire.

Philippe Barraud, journaliste, pour l'édito du Nouvelliste

Inquiétude pour les demandeurs d'asile et migrants en Suisse

Les migrants et demandeurs d'asile subissent la majorité des violations des droits de l'homme en Suisse, selon le rapport annuel d'Amnesty International (AI). L'ONG s'inquiète notamment de la mise en pratique de l'initiative sur le renvoi des criminels étrangers.

Le rapport souligne le danger constitué par les effets de l'initiative de l'UDC adoptée le 28 novembre. "S'ils étaient mis en pratique, ces renvois, pour lesquels il n'est pas prévu de droit de recours, bafoueraient les obligations de la Suisse au regard du droit international", selon AI.

L'UDC avait déjà été critiquée par AI dans son rapport de 2010 en ce qui concerne la montée du racisme et de la xénophobie dans le discours public en Suisse, notamment lors de la campagne sur l'initiative anti-minarets.

Nigérian mort

Le rapport rappelle également que le Comité de l'ONU contre la torture a exhorté la Suisse à ouvrir une enquête "indépendante et impartiale" sur les circonstances de la mort d'un demandeur d'asile nigérian décédé en mars à l'aéroport de Zurich lors d'une tentative de renvoi collectif. "D'après des témoins, les personnes devant être expulsées avaient les mains et les chevilles attachées", et "la tête recouverte d'un casque", observe-t-il.

Citant des agences des Nations unies, Amnesty relève en outre le besoin d'une "modification des dispositions législatives en matière d'immigration", afin de prévenir la violence domestique. Les dispositions en vigueur ont empêché des "femmes migrantes victimes de violence domestique de quitter un conjoint violent, de peur de perdre leur permis de séjour", note l'ONG.

Toute victime de violence domestique devrait être mieux protégée par la loi suisse, estime AI, et cela, pour lui permettre entre autres de porter plainte sans craindre des représailles.

ATS

jeudi 12 mai 2011

Une pétition avant les réponses

Quelque 1200 Chablaisiens se mobilisent contre l'ouverture d'un centre pour requérants d'asile aux Barges.

Mille deux cent neuf: c'est le nombre de signatures récoltées par l'UDC du Haut-Lac, en à peine deux mois, contre l'ouverture d'un centre de requérants d'asile dans le secteur des Barges à Vouvry. La moitié de ces paraphes ont été obtenus sur le territoire communal, l'autre émane de la région de Monthey et du Haut-Lac. Tous ont été remis au conseiller d'Etat Jacques Melly, hier matin, dans les murs de la chancellerie cantonale à Sion. "Nous espérons que le gouvernement tiendra compte de ces inquiétudes", lui a adressé Jean-Luc Addor, le chef du groupe UDC au Grand Conseil, juste avant de lui faire suivre l'imposant paquet.

"Nous attendons que le Conseil d'Etat se prononce sur la question avant l'été", espère pour sa part le député de Troistorrents, Charles Clerc. "Au vu de l'agenda, je ne peux rien garantir", lui a rétorqué Jacques Melly, tout en précisant que la pétition allait être traitée avec "le sérieux nécessaire" et dans des délais raisonnables.

"Les personnes qui ont choisi de signer l'ont fait pour deux types de raison", raconte Charles Clerc: "Pour montrer leur mécontentement lié au fait que les autorités communales n'ont pas été consultées et à cause de diverses problématiques liées à l'ancien centre de Colllombey."

Deux centres, pas trois!

"Les questions des vols, des trafics de drogue, entre les centres de Bex et justement de Collombey notamment ont poussé pas mal de gens à nous soutenir", précise Guillaume Vanay, néo-député-suppléant UDC. "Nous voulons également que l'équilibre entre le Haut, le Centre et le Bas-Valais soit respecté en matière d'accueil des requérants. Dans le Chablais, nous avons déjà des centres à Bex et Saint-Gingolph, c'est suffisant."

"Je suis assez surpris du nombre de paraphes récoltés. Je ne m'attendais pas à autant", admet le président de Vouvry, Reynold Rinaldi, contacté hier par téléphone. "Le fait que la moitié des signatures aient été obtenues en dehors du village me conforte dans mon idée qu'il s'agit d'une problématique chablaisienne." "Personnellement, avoue-t-il, je n'ai pas signé le texte. Je le trouve réducteur. Ce n'est pas simplement en fustigeant l'arrivée de cette population qu'on va régler la question de leur accueil."

Rencontre prévue lundi prochain

La situation pourrait se décanter la semaine prochaine. Lundi en fin d'après-midi, une délégation du canton composée d'Esther Waeber-Kalbermatten (la cheffe du Département de la sécurité), Simon Darioli (le chef du Service de l'action sociale) et d'Emile Blanc (le chef de la section asile du Service valaisan de l'action sociale) effectuera le déplacement de Vouvry où elle sera reçue par la Municipalité in corpore.

"Nous allons discuter de tout sur un tas de points, précise le président de la commune. Afin d'éviter que les Barges deviennent un ghetto, nous voudrions que le nombre de requérants ne dépasse pas trente. Oralement, le canton s'est engagé à installer des personnes en cours de procédure (2e accueil) et non pas des NEM (non-entrée en matière). On espère que cela soit protocolé formellement."

Et le président de conclure: "Nous voulons connaître quel est l'encadrement prévu et discuter de la question de la scolarisation d'éventuels enfants et des modifications architecturales du site qui sont susceptibles d'être mises à l'enquête publique. Nous évoquerons également les aspects de la sécurité et de la détection incendie". Le centre des Barges doit ouvrir à la fin de l'été.

Fabrice Zwahlen dans le Nouvelliste

mercredi 11 mai 2011

La Suisse va se doter d'un plan d'urgence Asile pour faire face à des évènements comme les révolutions arabes

La Suisse va se doter d'un plan d'urgence Asile pour faire face à des événements imprévus comme les révolutions arabes.

Même si aucun afflux de requérants n'a été constaté jusqu'ici, le Conseil fédéral veut être prêt. L'opération vise à combler une lacune apparue après les événements en Afrique du Nord. Elle prévoit notamment des mesures en matière d'hébergement et d'encadrement, a expliqué S.Sommaruga. En parallèle, la ministre de Justice et Police a proposé la mise sur pied d'un état-major spécial asile. Le Conseil fédéral pourra convoquer rapidement cet organe en cas de situation extraordinaire.

tsrinfo.ch

mardi 10 mai 2011

Ce que l'UE veut faire contre l'immigration illégale

Les ministres de l'Intérieur des États membres doivent adopter jeudi de nouvelles mesures pour pallier des "défaillances".

Les ministres de l'Intérieur de l'Union européenne sont appelés jeudi à se prononcer sur un ensemble de mesures destinées à "empêcher le franchissement irrégulier des frontières extérieures" et à "consolider une tradition d'asile et de protection". La lutte contre l'immigration illégale a mis en évidence des "défaillances" dans le contrôle de certains tronçons de frontières extérieures de l'UE, notamment entre la Grèce et la Turquie.

Protection des frontières

La Commission européenne suggère "d'instaurer un mécanisme permettant de décider, au niveau européen, quels États réintroduiraient exceptionnellement des contrôles aux frontières nationales et pendant combien de temps". Ce mécanisme serait "utilisé en dernier recours, dans des situations réellement critiques, jusqu'à l'adoption d'autres mesures visant à stabiliser la situation au tronçon concerné". Bruxelles préconise également "d'envisager la faisabilité de créer un système européen de gardes-frontières" et de "renforcer la capacité opérationnelle de Frontex" (l'agence chargée des frontières extérieures de l'UE, NDLR).

Restrictions de visas

La Commission a constaté des "abus" dans les pays bénéficiaires d'une exemption de visa pour leurs ressortissants, notamment dans les pays des Balkans occidentaux (Serbie, ancienne République yougoslave de Macédoine, Bosnie-Herzégovine, Monténégro et Albanie). Elle propose en conséquence une "modification du règlement prévoyant une clause de sauvegarde qui permettrait sous certaines conditions la réinstauration temporaire de l'obligation de visas pour les citoyens d'un pays tiers pour lutter contre les abus".

Lutte contre le travail au noir

La lutte contre l'immigration illégale impose de "lutter contre marché du travail informel" dans les États de l'UE.

Réadmissions et conditionnalité

Le pendant de ces mesures sécuritaires est une politique plus incitative vis-à-vis des pays partenaires dont les ressortissants migrent illégalement dans l'UE. La Commission insiste sur la nécessité de "renforcer la politique de réadmission" des migrants en situation irrégulière par les pays d'origine. "Il est clair que les négociations sont difficiles avec plusieurs pays, dont les plus importants pays d'origine et de transit de la migration irrégulière". Il faut "envisager les accords de réadmission dans la perspective des relations globales de l'UE avec le pays partenaire concerné". La collaboration avec ces pays "devrait aussi se fonder sur une conditionnalité appliquée aux questions de migrations".

Asile et protection internationale

La Commission préconise "d'aboutir à un accord équilibré sur la révision du règlement de Dublin" qui impose le traitement des demandes d'asile par le pays de l'UE où est arrivé le demandeur. Elle recommande en outre de faire de "la réinstallation (des réfugiés dans les pays de l'UE) un geste fort de partage des responsabilités à l'égard des pays de premier asile, le plus souvent des pays en développement".

AFP et Le Point

lundi 9 mai 2011

Berne veut accélérer les procédures d'asile

La Suisse devrait accélérer nettement les procédures d'asile. A l'avenir, les requérants devraient être hébergés dans des "centres de procédure fédéraux". Sans opposition, une commission du Conseil des Etats soutient l'option présentée par le Département de justice et police (DFJP).

La ministre de Justice et Police Simonetta Sommaruga veut condenser les procédures d'asile. Sa proposition a trouvé le soutien du Conseil des Etats. [Keystone]

La ministre de Justice et Police Simonetta Sommaruga veut condenser les procédures d'asile. Sa proposition a trouvé le soutien du Conseil des Etats. [Keystone]

Le but n'est pas de "durcir la loi, mais de condenser les procédures", a assuré Simonetta Sommaruga lundi devant la presse. La conseillère fédérale a présenté les grandes lignes de son idée, contenue dans un rapport commandé par la commission des institutions politiques du Conseil des Etats.

Il s'agit de changer complètement le système actuel en vue d'"accélérer massivement les procédures et renforcer la sécurité du droit", a assuré Simonetta Sommaruga. Cette "procédure rapide et juste renforce la crédibilité globale du système d'asile", a salué l'OSAR (Organisation d'aide aux réfugiés), dans un communiqué.

4 fois plus de places

La Confédération devrait prendre en main une bonne partie des opérations et accueillir les demandeurs dans des centres fédéraux. Les capacités d'hébergement des cinq centres fédéraux, actuellement 1200 places, devraient être quadruplés. "Ce ne seront pas des camps de requérants et il n'est nullement question d'entasser tout le monde dans un seul lieu", a insisté la ministre de justice et police.

Dans 80% des cas, la procédure devrait être bouclée en 120 jours, alors qu'elle peut s'étirer en moyenne jusqu'à 1400 jours aujourd'hui dans des cas complexes. Pour les 20% de cas nécessitant des éclaircissements ultérieurs, le dossier devrait être clos après un an. Ces personnes pourraient être transférées aux cantons.

Une bonne partie des requérants devraient être accueillis dans des centres fédéraux. [Keystone]Les centres fédéraux devraient suivre les intéressés durant toute la période de première instance. Ils mettraient à disposition des conseils juridiques, un soutien pour le rapatriement et des contrôles médicaux, selon la socialiste.

Recours accélérés

Les moyens de recours ne seront nullement touchés par la réforme. En revanche, la conseillère fédérale souhaite que les tribunaux accélèrent le traitement des cas. L'opération devrait être neutre du point de vue financier, selon elle. A terme, il devrait y avoir des économies puisque les procédures seront accélérées.

Le nouveau système, qui laissera certaines compétences aux cantons, contrairement à d'autres options non retenues, doit permettre une certaine flexibilité au gré de l'afflux des requérants. Les cantons continueraient par exemple d'exécuter les renvois.

Moins de cas de rigueur

Difficile de dire pour l'heure si le changement de stratégie aura des effets sur le taux de reconnaissance du droit à l'asile. L'objectif n'est en tout cas pas de restreindre la reconnaissance des réfugiés, a souligné Simonetta Sommaruga.

Il est cependant probable qu'il y aura moins d'admissions pour des cas de rigueur, puisque les procédures seront accélérées, d'après elle. La Suisse devrait être aussi moins être confrontée au phénomène des personnes qui passent dans la clandestinité, faute d'avoir obtenu l'asile. Les intéressés seront mieux suivis dans les centres fédéraux.

Pas avant cinq ans

Si tout va bien, le changement pourra être mis en oeuvre d'ici cinq ou six ans, d'après Mme Sommaruga. Le Conseil fédéral devrait présenter son avant-projet de révision de la loi sur l'asile d'ici la fin de l'an prochain pour la procédure de consultation.

En attendant, la commission des institutions politiques du Conseil des Etats a décidé de suspendre l'examen de la révision de la loi en cours et de scinder le projet en deux.

Le DFJP présentera une nouvelle mouture consacrée aux parties qui n'ont pas de rapport avec le changement fondamental d'ici septembre. Il y sera question de la mise en place d'une phase préparatoire, de la possibilité de soumettre le requérant à un examen médical et de l'amélioration de la protection juridique.

ATS et TSRinfo

Les procédures d'asile bouclées en 120 jours au lieu de 1400

La Suisse devrait accélérer nettement les procédures d'asile, passant d'une procédure actuellement bouclée en 1400 jours en moyenne à 120 jours pour 80% des cas.

Dans les cas complexes, le dossier devra être clos après un an. Sans opposition, une commission du Conseil des Etats soutient l'option présentée par Simonetta Sommaruga,en charge du Département de justice et police. A l'avenir, les requérants devraient aussi être hébergés dans des "centres de procédures fédéraux". La capacité actuelle d'hébergement (1200 places) sera quadruplée. Le changement pourra être mis en oeuvre d'ici 5 ou 6 ans.

L'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR) salue la mise en place de procédures d'asile "plus rapides et plus justes" à ses yeux. Les personnes qui ont fui doivent recevoir rapidement la protection de la Suisse. Celles qui ne seront pas accueillies repartiront plus facilement, car elles n'auront pas le temps de créer des liens en Suisse. Pour l'UDC, les choses ne vont pas assez vite. S.Sommaruga se concentre sur des structures nouvelles et coûteuses au lieu d'accélérer la procédure. L'UDC veut aussi restreindre les moyens de recours et rendre possible les expulsions grâce à des accords bilatéraux.

tsrinfo.ch

jeudi 28 avril 2011

Mendiant sous mandat d'arrêt

mendiant arrestation

24 Heures

Une barque suisse trop pleine ?

Des prévisions démographiques à la hausse et une initiative relancent le débat sur la menace de surpopulation. Deux visions de la croissance s’affrontent.

La barque suisse est-elle pleine? Certains l’affirmaient au cours de la Seconde Guerre mondiale, justifiant ainsi une politique d’asile plus restrictive. Aujourd’hui, la question est à nouveau d’une brûlante actualité. D’une part, l’Office fédéral de la statistique a récemment publié ses projections démographiques pour les 25 prochaines années. Selon le scénario moyen, jugé le plus plausible par les autorités, la Suisse passerait de 7,8 millions de résidents permanents en 2010 à 8,8 en 2035, soit une augmentation de plus de 12% ( lire ci-dessous ). D’autre part, le groupe de réflexion Ecopop (Association Ecologie et Population), va lancer l’initiative populaire «Halte à la surpopulation, pour la préservation durable des ressources naturelles». De quoi opposer deux visions de la croissance.

Migrants visés

La récolte de signatures pour l’initiative devrait être lancée la semaine prochaine. L’Association Ecopop, fondée en 1970, «s’engage pour les problèmes provenant de la hausse des activités humaines et ses effets sur l’écosystème», selon Albert Fritschi, son responsable de la communication. Le texte veut limiter la croissance de la population résidante provoquée par l’immigration à 0,2% sur une moyenne de trois ans. Pour mémoire, l’augmentation de la population résidante a été de plus de 1% en 2009 (soit 84 000 personnes, c’est-à-dire plus de trois fois la commune de Montreux), principalement grâce à l’apport des migrants.

En cas de oui à l’initiative, l’augmentation se situerait par conséquent en dessus de 0,4%, car la Suisse a actuellement un solde des naissances supérieur à 0,2% qu’il s’agirait d’ajouter à l’apport migratoire, selon les initiants. «Cette croissance dépasse celle de la plupart des pays européens, précise Albert Fritschi. L’économie disposerait ainsi encore d'une marge de manœuvre suffisante pour recruter.» L’initiative exige également l’attribution de 10% des fonds de l’aide suisse au développement à des projets d’information sur le planning familial, afin de limiter la natalité.

Cette démarche verte n’a-t-elle pas des ressorts xénophobes? «Cette critique était attendue, réplique Albert Fritschi. Pourtant nous n’avons rien à faire avec la droite de la droite comme les Démocrates suisses, ou un parti populiste comme l’Union démocratique du centre (UDC). Nos objectifs sont clairement environnementaux et liés à l’aide au développement. Ce qui n’est vraiment pas la spécialité de l’UDC. Nous sommes pour une Suisse ouverte.» Limiter la population «relève d’une question d’aménagement du territoire», ajoute Benno Büeler, membre du comité de l’initiative.

Pas de tabou démographique

Ces restrictions remettent toutefois en cause l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne. Albert Fritschi: «Il ne doit pas être résilié, mais renégocié.» Avec quels objectifs concrets? «Par exemple un système de green card à l’américaine donnant un droit d’entrée. Il faut aussi négocier une nouvelle clause de sauvegarde en cas d’afflux massif de citoyens européens.»

Pour Albert Fritschi, il est impératif de briser le tabou démographique lié aux migrations. «Des élus de tous bords politiques sont conscients des problèmes, mais n’osent pas en parler. Ce politiquement correct démographique nous conduit droit dans le mur. Sur l’arc lémanique, il n’y a pas de véritable création de richesses, mais simplement l’établissement de directions d’entreprises. Et même les emplois induits, comme par exemple au sein des écoles privées, provoquent la venue de main-d’œuvre enseignante étrangère. Dans les années 1970, le Club de Rome avait déjà souligné que la croissance à tout prix n’a pas de sens, car les ressources comme l’eau ou le terrain sont limitées.» Ce groupe de réflexion réunissait des experts (scientifiques, économistes, fonctionnaires, etc.) réfléchissant à la nature du développement économique.

Le retour du Club de Rome

Une référence qui ne surprend pas Marius Brülhart, professeur d’économie politique à la faculté HEC de l’Université de Lausanne. «La croissance économique se heurte toujours à des limites naturelles comme l’espace ou des matières. Thomas Malthus s’est déjà intéressé à la question démographique à la fin du XVIIIe siècle. Le Club de Rome avait identifié certains dangers réels. En Suisse, la politique d’aménagement du territoire, avec par exemple des zones non constructibles, est née d’une volonté de sauvegarder notre patrimoine naturel face aux pressions de la croissance démographique et économique. Les questions structurelles posées par l’initiative sont donc légitimes.»

Les réponses sont, en revanche, moins convaincantes, estime le professeur. «Se fermer serait contre nos intérêts. En termes d’emplois, de rentrées fiscales et pour le financement des assurances sociales, la vague d’immigration de ces dernières années a été positive. C’est ensuite aux décideurs politiques de déterminer comment ils veulent accompagner cette croissance.»

«Ah, le Club de Rome est de retour, se désole Xavier Comtesse, directeur romand d’Avenir Suisse, le laboratoire d’idées de l’économie. L’initiative d’Ecopop donne l’illusion des bienfaits de la décroissance. Mais comme tous les mirages, on est finalement piégé. On l’a vu dans l’Europe de l’Est de l’après-guerre: en croyant faire le bonheur des gens, on a fait leur malheur.»

Défense de la croissance

Alors comment affronter ces fortes augmentations annuelles de la population? «Arrêtons tout d’abord de peindre le diable sur la muraille, tonne Xavier Comtesse. Il y a encore de la place en Suisse. Les Pays-Bas sont trois fois plus denses. Densifions l’habitat. Pourquoi ne pas construire des gratte-ciel dans nos villes?»

Mais pour celui qui a vécu plusieurs années aux Etats-Unis, c’est en matière de mobilité qu’il y a les plus grandes aberrations. «Non seulement les transports publics sont trop bon marché, mais en plus des arrêts ont été posés tous les 100 mètres. C’est la meilleure manière d’étendre les villes et de grignoter des surfaces vertes. Nous ne devons pas nous transformer en Los Angeles et élargir nos villes à l’infini. A cela s’ajoute que les CFF misent justement sur un réseau très dense, au lieu de la grande vitesse entre les principaux centres. L’étalement est garanti.»

Depuis quelques années, la Suisse a enfin une économie robuste et peu de dettes, analyse Xavier Comtesse. «Dans les années 1970, nous rêvions d’une situation aussi favorable. Ce n’est pas le moment de tout remettre en cause. Assumons ces évolutions réjouissantes, notamment politiquement, au lieu de succomber aux sirènes du repli. Et mettons en place des mesures d’accompagnement en matière de transport, ou encore de logement.»

Avant même le lancement de la récolte de signatures pour l’initiative, le débat politique a déjà commencé, particulièrement en Suisse alémanique. Renégociation de l’accord sur la libre circulation, protection des locataires, mesures renforcées contre le dumping salarial, coup de frein à la promotion économique pour ne plus attirer d’entreprises étrangères, etc. En année électorale, les partis ne sont pas à court de propositions.

Romain Clivaz, Berne, pour 24 Heures  


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