mardi 20 décembre 2005

Le PDC genevois soutiendra les référendum

La section genevoise du Parti démocrate-chrétien (PDC) soutiendra les référendums contre la loi sur l'asile et la loi sur les étrangers. Elle s'oppose ainsi à la grande majorité des élus PDC aux Chambres fédérales, qui avaient accepté leur révision.

«Les diverses tentatives d'infléchir les 'lex Blocher' ayant échoué, le PDC Genève souhaite que le peuple puisse avoir le dernier mot», a indiqué la formation centriste aujourd'hui. La révision des deux lois, adoptée en vote final vendredi dernier, est parfaitement inique et inhumaine, estime le secrétaire général du parti Fabiano Forte.


Lire la dépêche de l'ATS

lundi 19 décembre 2005

Famille Isakovics. De la Bosnie à Yverdon



Dans l’appartement des Isako­vic, les rires de trois enfants résonnent. Exhibant la mé­daille de son fils, Jasmina parle avec fierté de la dernière vic­toire de Mehmed en taekwondo. On pourrait croire à une famille comme les autres, mais l’avenir des Isakovic s’an­nonce sombre. Un mois après la mère, le père vient de rece­voir une interdiction de travail. «Quand mon mari a reçu la lettre, il n’a pas mangé pendant deux jours. Il n’y croyait pas», confie Jasmina. L’inquiétude est compréhensible. Avec deux salaires, la famille vivait confor­tablement. Elle a même rem­boursé près de 40 000 francs à la Fareas. Comment vivront-ils à partir de janvier? «On n’a même pas envie de fêter Noël», soupire la mère. Le retour, la famille l’a déjà tenté sans suc­cès en 1998, elle ne peut le concevoir une nouvelle fois. «La situation était trop difficile, mon père ne trouvait pas de travail», se rappelle encore Belma, l’aînée des trois enfants.

Texte de CAROLE PANTET, photo de Odile Meylan
Lien vers la description du projet de 24heures

Tout bascule et l'on a rien à dire



Dans 24heures, Gabrielle Desarzens nous raconte l'histoire de deux adolescentes brésiliennes qui risquent une prochaine expulsion.
Marié à une Suissesse, leur père, arrivé clandestinement en Suisse il y a cinq ans, avait obtenu un titre de séjour. Après sa sépara­tion, toute la famille est mena­cée d’expulsion.

Lizi a 16 ans, sa soeur, Laiz, 14. Elles se font face, ce soir de décembre, de part et d’autre de la table familiale. L’émotion les gagne: «Je suis Brésilienne, mais je veux vivre ici en Suisse. Notre vie est là, c’est ici que nous avons nos amis», indique Lizi d’une voix qu’elle essaie de po­ser malgré les larmes qui la gagnent.
Elles sont arrivées du Brésil en Suisse avec leur père en 2000. Elles ont suivi la filière des clas­ses d’accueil avec succès, se sont bien intégrées. Aujourd’hui, l’aînée est en neuvième année prégymnasiale au collège des Bergières à Lausanne, section maths-physique. Elle souhaite enchaîner par un gymnase puis des études universitaires: elle caresse le rêve de faire méde­cine. Sa petite soeur, moins sco­laire, veut devenir esthéticienne. Leur père Marcos Rodrigues, au bénéfice d’un permis B jusqu’en juillet 2004, a demandé le réexamen de la terrible déci­sion pour la famille: c’est en mars dernier qu’il a reçu un avis d’expulsion. Bien qu’il ait dé­posé un mémoire argumentaire étoffé au Service de la popula­tion (lire encadré), ce dernier vient de maintenir son renvoi, et donc celui de sa famille. Au Tribunal administratif mainte­nant de rendre une décision dé­finitive. Une veille de Fêtes ca­tastrophique pour deux adoles­centes parfaitement intégrées.
«Nous renvoyer, comme ça, par lettre, cela ne se fait pas. Papa ne nous a pas tout de suite dit ce qu’il en était, il a essayé de nous protéger. Quand j’ai su que nous étions menacés d’être renvoyés, j’ai été choquée. C’est la première fois que je vis ça, vous savez, ce n’est pas possible. Et puis c’est notre avenir qui est en jeu», exprime Lizi. «Qu’est­ce qu’ils diraient, ceux qui pren­nent cette décision, s’ils étaient à ma place? A ma place, c’est-à­dire s’ils avaient fait les efforts que j’ai faits pour l’école, parce que je veux devenir quelqu’un, et s’ils voyaient tous leurs rêves s’effondrer d’un coup?» «Je trouve que c’est injuste, on ne fait rien de mal», poursuit sa jeune soeur. «Au début, je me réveillais la nuit, je faisais des cauchemars. Maintenant, mes notes ont baissé, j’ai parfois le moral à zéro.» Le Brésil? «Je ne pourrai ja­mais faire esthéticienne là-bas. Il faudrait que je récupère le por­tugais alors que j’ai gagné le français», indique encore Laiz. «Ce serait comme si j’avais perdu cinq années, et puis l’école publique ne donne aucune chance», souligne Lizi. «On ferait quoi? On joue là avec notre vie. La décision qui doit tomber peut tout faire bas­culer et nous, on n’a rien à dire.» A l’âge où l’on construit son avenir, les deux filles ont le sentiment que tout ce qu’elles ont réussi à poser dans leur vie est en train de s’écrouler. «Et c’est angoissant l’attente, vous savez. Il faut essayer de ne pas y penser, mais c’est dur.»

Premiers états généraux pour repenser la politique de la migration et de l’asile

Dans 24heures, Aline Andrey rédige un compte rendu de cette rencontre entre une quarantaine d’organisations alémaniques et romandes active dans la défense des requérants d'asile et des sans-papiers.
Le «réseau suisse pour la dé­fense des droits des migrantEs et des réfugiéEs» est né hier à Berne à l’issue des premiers états généraux de la migration et de l’asile. En résistance à la votation du 16 décembre des Chambres fédérales sur la révi­sion de la loi sur l’asile et celle sur les étrangers, quelque deux cents personnes provenant d’une quarantaine d’organisa­tions (ONG, syndicats, partis, Eglises) de Suisse alémanique et de Romandie se sont réunies. Le lancement d’une initiative pour une autre politique migra­toire a été longuement évoqué.
«Nous voulons que notre mou­vement ne soit pas seulement de résistance mais aussi un mouve­ment de propositions et de pro­jets », a relevé Balthasar Glättli, secrétaire général de Solidarité sans frontières, membre du co­mité d’organisation. Migrants, sans-papiers et requérants d’asile étaient également pré­sents. «Je crois que la communi­cation avec le peuple suisse est primordiale. Aujourd’hui il a peur de nous alors qu’il ne nous voit que de loin», a commenté, hors micro, Richard Tshima­nanga- Nkesé, requérant d’asile vivant à Zurich. En marge du lancement des deux référen­dums contre le durcissement de la loi sur l’asile et de la loi sur les étrangers, c’est une réflexion sur les actions offensives à moyen et à long termes qui a été discutée ce week-end.
L’intégration des migrants et des migrantes dans la campagne référendaire, la lutte au niveau politique mais aussi dans la rue, ainsi que la régularisation de tous les sans-papiers ont été quelques-uns des points forts soulevés en conclusion des états généraux.
Des actions concrètes aux idées utopiques, la manifesta­tion a surtout permis aux ac­teurs de la défense des requé­rants d’asile et des sans-papiers de s’unir pour la première fois malgré les clivages linguistiques et le cantonalisme. Un bémol: le Tessin n’a pas été représenté.

Un réseau européen
A peine sorti de l’oeuf, le «réseau suisse pour la défense des droits des migrantEs et des réfugiéEs» se tourne déjà vers une collaboration plus large, en se rapprochant du milieu asso­ciatif européen. «Face à la xéno­phobie en col blanc, nous de­vons tenir un contre-discours ensemble. Un tribunal interna­tional contre la xénophobie et le racisme d’Etat ou encore l’orga­nisation d’états généraux euroa­fricains sont des pistes d’ac­tion », a soulevé le Français Jé­rôme Valluy, enseignant-cher­cheur en sciences politiques.
Lucides, plusieurs militants n’ont pas caché que la lutte sera longue. Et que si la prochaine bataille, celle des référendums, était loin d’être gagnée, le mou­vement de résistance était en marche. Dans ce sens, l’organi­sation de nouveaux états géné­raux a été évoquée

Premiers Etats généraux de la migration et de l'asile

Des Suisses et des migrants ont lancé un mouvement national de résistance contre les deux lois sur l'asile et sur les étrangers votées la semaine dernière par les Chambres fédérales. Ils ont appelé à soutenir activement les référendums contre ces lois.

Durant le week-end, plus de 200 personnes et plus de 40 organisations en provenance de toute la Suisse ont participé à Berne aux premiers Etats généraux de la migration et de l'asile, ont indiqué les organisateurs dimanche.

A l'issue de la deuxième journée, les Etats généraux se sont conclus par la création d'un réseau suisse de solidarité pour la défense des droits des migrants et des réfugiés. Ce réseau doit renforcer l'action de résistance contre les nouvelles lois sur l'asile et sur les étrangers et établir des liens européens.

Lire le communiqué de l'ATS

dimanche 18 décembre 2005

Bruno Clément est l'invité du Courrier


En lancement des Etats Généraux de la migration et de l'asile qui se tiennent ce week-end à Berne, Bruno Clément s'exprime sur une page entière dans le Courrier.

A deux contre un, et sans surprise, les parlementaires fédéraux ont approuvé la nouvelle loi sur les étrangers (LEtr) et la révision de la loi sur l’asile (LAsi). La première cimente ainsi définitivement une politique migratoire helvétique fondée doublement sur la discrimination selon l’origine nationale et sur la ségrégation sociale, les riches du monde entier étant toujours les bienvenus. Quant à la énième révision de la loi sur l’asile, elle fait de la Suisse le pays européen le plus dur en matière de législation sur les réfugiés et transforme en lambeaux le droit à la
protection contre la persécution. Une nouvelle ère de la xénophobie d’Etat commence
donc avec un appareil législatif adapté à une Suisse donjon de la forteresse européenne. Les parlementaires majoritaires ont pu voter en toute impunité
politique et juridique.En effet, elles et ils savent que la majorité des électrices et électeurs qui s’expriment suivent les mots d’ordre xénophobes distillés depuis des années par l’UDC et ses affidés, héritiers peu glorieux des Schwarzenbach des années 1960 et des Rothmund des années vingt. Leur vote indigne ne sera donc pas sanctionné lors de leur prochain passage devant les urnes. Impunité juridique Impunité juridique également puisque les institutions helvétiques ne connaissent pas de cour constitutionnelle, le Tribunal fédéral ne pouvant que suivre les volontés du législateur sans avoir la compétence de se prononcer en amont sur la compatibilité des nouvelles lois avec la constitution et les conventions internationales ratifiées
par la Suisse. De plus, la Suisse n’est pas signataire de la convention internationale pour les droits des travailleurs migrants et leurs familles du 18 décembre 1990 et elle n’a donc pas de compte à rendre dans un quelconque cénacle international. Quant à la convention internationale sur les réfugiés de
1951, elle ne connaît pas de juridiction devant laquelle déposer plainte contre un gouvernement. Mais ces parlementaires majoritaires ne peuvent pas compter sur une impunité sociale. En effet, ce n’est pas unhasard si les premiers états généraux de la migration et de l’asile1 sont convoqués pour le lendemain du vote des lois
scélérates, états généraux qui se concluront le 18 décembre, date symbolique puisque c’est le Jour des peuples des Nations Unies qui célèbre les droits des travailleurs
migrants quel que soit leur statut, avec ou sans papiers, réfugiés reconnus ou non.
Une assemblée générale nationale Le premier enjeu de ces états généraux est le même que celui qui a prévalu aux états généraux historiques, ceux qui, dans le processus de la Révolution française de 1789, ont vu surgir sur le devant de la scène le Tiers Etat, ces gueux dont tout le monde parlait, mais que personne ne voulait voir et
prendre en considération. Ainsi, les états généraux des 17 et 18 décembre sont une sorte de grande «assemblée générale» de tous les mouvements, les organisations,
les syndicats qui dans toute la Suisse se battent pour les droits des migrants et
des réfugiés et à leurs côtés pour la dignité humaine et le droit d’avoir des droits.
Cette «assemblée générale» vise en premier lieu la rencontre et le partage d’expériences. Il s’agit en effet de casserles divers cloisonnements qui enferment géographiquement et politiquement les diverses composantes du mouvement social de résistance. Il n’est pas seulement question d’aller au-delà des clivages linguistiques, lesdits «Röstigraben » et «barrière du Gothard», mais au-delà de tous les cantonalismes existant autant en Suisse alémanique qu’en Suisse romande.
Il s’agit aussi de dépasser les faux clivages entre celles et ceux qui militent dans la migration et celles et ceux qui sont actifs sur la question de l’asile. S’il ne faut certes pas tout mélanger dans un melting pot rendant opaques les réalités spécifiques et la diversité des situations et des instruments juridiques à disposition de la défense, il ne faut pas non plus ignorer que les mécanismes d’oppression sont les mêmes et que les forces sociales qui les appuient sont également les mêmes. Mais il y a encore un autre dépassement à opérer, celui de l’incompréhension qui isole les luttes en faveur des migrants de celles menées en faveur des droits de toutes et tous: salarié-e-s en emploi ou en chômage, retraité-e-s, invalides, femmes, jeunes, tous les précaires et tous les «sans». Enfin, il s’agit d’abandonner résolument «l’Alleingang» de la gauche sociale qui vit enfermée dans les frontières helvétiques et si peu en relation étroite avec les luttes et les initiatives prises au niveau continental. Si nous sommes pour
l’Europe sociale, il faut participer à sa construction et elle a commencé depuis longtemps sans que nous y prenions réellement notre part. Les états généraux seront ainsi l’occasion de se relier au réseau «Migr’Europe » dont la présidente,
Claire Rodier, sera activement présente. Comprendre pour mieux résister
Le deuxième enjeu sera de s’approprier une analyse commune des mécanismes d’oppression. Une douzaine d’intervenant- e-s de Suisse,d’Allemagne et de France apporteront leur éclairage pour permettre aux participants de réacquérir une mémoire collective qui fait tant défaut dans ce pays. Ainsi, ne parle-t-on pas sans arrêt, à gauche donc, de la tradition humanitaire de la Suisse alors qu’elle n’a jamais
existé et que s’il y a une tradition de la Suisse officielle, c’est bien celle de la Police fédérale des étrangers créée en 1917 par Heinrich Rothmund pour surveiller
et contrôler les étrangers, acceptés seulement parce qu’ils sont utiles à «l’économie
»! Ce regard faussé, ce déficit de mémoire, fait de plus l’impasse sur la réelle histoire de la solidarité vécue par l’autre Suisse, celle d’en bas, précisément
celle des gueuses et des gueux d’ici et d’ailleurs. Dans la réflexion, il s’agira
aussi de mieux cerner la relation à faire entre l’immigration et le stade actuel de développement de l’économie marchande. L’immigration a toujours été liée à la fois aux inégalités sociales et aux besoins du capitalisme. Dans l’ère de la globalisation, il n’en va pas autrement et les luttes pour les migrants annoncent et accompagnent celles contre la précarité et la paupérisation. Résister avec nos
échéances Enfin, le troisième enjeu des états généraux sera celui de se donner une stratégie à moyen terme. En effet, contre les lois iniques votées hier, deux référendums vont être lancés. Ils marqueront une première opposition collective à
ces législations d’exception, liberticides, transpirant le déni de droit et une pensée en voie de fascisation. Ils sont cependant lestés de deux handicaps. Le premier est celui de mettre sur le côté de la route les migrants eux-mêmes.
Le référendum n’est ouvert en effet qu’aux électeurs et électrices suisses. Le deuxième est celui de ne pas pouvoir être efficace contre les deux lois en
question. En effet, les référendums ne gagneront pas la votation populaire, mais l’objectif, et il est décisif, est de viser le meilleur pourcentage de refus
de l’inique! Il est donc vital pour la dynamique du mouvement social de résistance de poser dès le début les référendums comme une première étape dans notre opposition résolue à ces deux législations, comme une partie d’un tout, mais non comme
une fin. C’est la raison pour laquelle les états généraux se tiennent avant le lancement des référendums afin que les campagnes référendaires – celle de la récolte
des signatures puis celle de la votation elle-même – soient placées dans une dynamique plus large, plus globale et plus durable. Dans une quinzaine d’ateliers
et une plénière, les participant- e-s aux états généraux sont donc appelés à faire oeuvre de création collective pour déterminer les grands axes d’une stratégie qui englobe les référendums et aille au-delà. Il s’agit de combattre en faisant
du temps un allié, non un adversaire, en ne suivant pas seulement les échéances du pouvoir, mais en fixant nos propres échéances. Il s’agit en définitive, en conclusion de ces premiers états généraux, de fédérer un mouvement national de résistance
capable de s’opposer à l’injuste mais aussi de proposer des alternatives, tant dans les fins que dans les moyens: un autre monde est possible!

samedi 17 décembre 2005

Aster Abate. De l'Ethiopie à Renens



Parfois, les larmes lui montent aux yeux. Mais la jeune femme se reprend vite. Battante, elle redit sa détermination, comme chaque mardi devant le Grand Conseil, quand elle rejoint la manifestation des requérants éthiopiens et érythréens. «Pour­quoi est-ce que nos dossiers ne sont pas analysés? On est ici depuis si longtemps. On a étu­dié le français, on s’est adaptés à la culture, on a toujours tra­vaillé et fait n’importe quel boulot. C’est injuste!» Les actes d’Aster Abate reflètent ses pa­roles: elle parle français parfai­tement, a été femme de cham­bre, fille de buffet à Morges, puis aide de cuisine pendant plus de cinq ans à l’Hôpital Silvana, unité de réadaptation du CHUV à Epalinges. Tout ça avec une formation en manage­ment en Ethiopie. En septem­bre, la jeune femme a reçu une interdiction de travail. Depuis, elle met sa fierté en veilleuse à chaque visite à la Fareas: «C’est humiliant de retourner cher­cher de l’argent pour vivre. Je suis jeune, je peux bouger, je peux travailler!»
Texte de MARTINE CLERC
Lien vers la description du projet de 24heures

Lois sur l'asile et sur les étrangers: la guerre référendaire aura lieu

Dans Le Temps Valérie de Graffenried rédige également un compte rendu centré sur les référendums des milieux qui soutiennent le droit d'asile.

Extraits:
Le combat était perdu d'avance. Le vibrant plaidoyer du libéral vaudois Claude Ruey, appelant à refuser la loi sur l'asile aux côtés de la gauche, n'y a rien fait: le parlement a adopté, vendredi, en votation finale, la loi sur l'asile durcie en cours de procédure par Christoph Blocher, par 108 voix contre 69 et 12 abstentions au National...Claude Ruey a comparé le parlement à un oiseau en cage.

Un oiseau dont on réduit progressivement le volume de la volière tout en baissant la lumière et qu'on soumet peu à peu à une pollution toujours plus grande. «L'oiseau vit toujours, mais il ne chante plus et il ne s'aperçoit plus qu'il est prisonnier. J'ai un peu le sentiment que nous nous trouvons dans cette situation: l'oiseau ne s'est même plus rendu compte qu'aujourd'hui, lorsque l'on parle d'asile dans ce pays, immédiatement certains - et une grande partie - traduisent par abus». Une allusion sans doute au fait que l'écrasante majorité des radicaux et des démocrates-chrétiens a suivi la ligne dure de l'UDC, par conviction mais aussi pour des raisons stratégiques: pour ne pas laisser au parti blochérien le monopole du dossier «étrangers»...Dans le camp des conseillers nationaux bourgeois, seuls les démocrates-chrétiens Pierre Kohler (JU) et Luc Barthassat (GE), les libéraux Claude Ruey (VD) et Martine Brunschwig-Graf (GE), et le radical Yves Guisan (VD) ont voté aux côtés de la gauche contre la loi sur l'asile. Les mêmes ont voté contre la loi sur les étrangers, le libéral vaudois Serge Beck, qui a dit oui à la loi sur l'asile, en plus...

Dessin de Burki dans 24heures

«La Loi sur l'asile s'est transformée en une loi contre l'asile.

Comme de bien entendu, c'est en première page du Courrier que l'on trouve l'éditorial de Didier Estoppey.
«La Loi sur l'asile s'est transformée en une loi contre l'asile.» La formule est d'Amnesty International. Elle résume à merveille le sens d'une nouvelle loi à laquelle les Chambres fédérales ont donné hier, comme prévu, et à une nette majorité, leur approbation finale. Tout comme à celle sur les étrangers, qui procède de la même logique inhumaine: Amnesty l'a parfaitement compris en annonçant hier qu'elle s'associerait aussi au référendum contre cette loi, contrairement à la coalition d'ONG engagées dans le seul référendum contre la Loi sur l'asile.
Mais si la bataille démarre en ordre légèrement dispersé au plan national, il n'en va pas de même sur le terrain. Les comités référendaires qui se sont constitués dans différents cantons combattront les deux lois à l'unisson. Car là où partis, syndicats ou associations sont en contact direct avec les personnes concernées par ces lois iniques, on a compris le lien. Une même logique unit le racisme d'une loi présentant tout requérant comme un abuseur en puissance à une autre prétendant bannir du sol helvétique tout travailleur non européen.
Il est donc temps d'organiser la riposte. Ce week-end se tiennent à Berne les premiers états généraux de l'asile et de la migration en Suisse. L'occasion de commencer à compter et fédérer les forces vives susceptibles de faire barrage à la xénophobie qui menace d'inonder notre pays. Et à organiser les communautés de migrants qui devront continuer à sortir de l'ombre dans laquelle on entend les confiner. Pour montrer que celles et ceux auxquels s'attaquent ces lois ont un visage et des souffrances. Le durcissement de nos politiques sociales est largement alimenté par la méconnaissance de la pauvreté et de ces conséquences, écrivions-nous mercredi dans ce journal. Il en va de même concernant l'indifférence dans laquelle s'écrivent les violations des droits des migrants. Qui servent de laboratoire, faut-il le rappeler, à l'exclusion de franges de plus en plus larges de la population.
Mais c'est aussi politiquement qu'il faudra élargir le cercle pour donner à ces référendums une chance de triompher. Le combat ne doit pas rester confiné aux milieux proches de la gauche. Le centre-droite, qui prétend offrir une alternative à l'UDC et vient de faire à Berne la démonstration du contraire, a encore une petite chance de se démarquer. Le PDC genevois vient d'envoyer un premier signal en soutenant le double référendum. On se pince par contre en entendant la libérale Martine Brunschwig Graf fustiger les deux lois tout en dédaignant un référendum voué selon elle à l'échec (lire notre édition du 13 décembre).
Il n'est pas l'heure de sombrer dans le fatalisme. Les arguments ne manquent pas pour montrer le caractère absurde autant qu'inhumain de ces deux lois. Celle sur l'asile est ainsi nettement plus dure, sur de nombreux points, que l'initiative de l'UDC rejetée de justesse par le peuple en 2003. Il est temps, pour la droite prétendument libérale, de se ressaisir. Et de faire entendre sa voix parmi toutes celles qui sont convaincues qu'on ne construit pas de prospérité sur l'exclusion.