lundi 19 décembre 2005

Tout bascule et l'on a rien à dire



Dans 24heures, Gabrielle Desarzens nous raconte l'histoire de deux adolescentes brésiliennes qui risquent une prochaine expulsion.
Marié à une Suissesse, leur père, arrivé clandestinement en Suisse il y a cinq ans, avait obtenu un titre de séjour. Après sa sépara­tion, toute la famille est mena­cée d’expulsion.

Lizi a 16 ans, sa soeur, Laiz, 14. Elles se font face, ce soir de décembre, de part et d’autre de la table familiale. L’émotion les gagne: «Je suis Brésilienne, mais je veux vivre ici en Suisse. Notre vie est là, c’est ici que nous avons nos amis», indique Lizi d’une voix qu’elle essaie de po­ser malgré les larmes qui la gagnent.
Elles sont arrivées du Brésil en Suisse avec leur père en 2000. Elles ont suivi la filière des clas­ses d’accueil avec succès, se sont bien intégrées. Aujourd’hui, l’aînée est en neuvième année prégymnasiale au collège des Bergières à Lausanne, section maths-physique. Elle souhaite enchaîner par un gymnase puis des études universitaires: elle caresse le rêve de faire méde­cine. Sa petite soeur, moins sco­laire, veut devenir esthéticienne. Leur père Marcos Rodrigues, au bénéfice d’un permis B jusqu’en juillet 2004, a demandé le réexamen de la terrible déci­sion pour la famille: c’est en mars dernier qu’il a reçu un avis d’expulsion. Bien qu’il ait dé­posé un mémoire argumentaire étoffé au Service de la popula­tion (lire encadré), ce dernier vient de maintenir son renvoi, et donc celui de sa famille. Au Tribunal administratif mainte­nant de rendre une décision dé­finitive. Une veille de Fêtes ca­tastrophique pour deux adoles­centes parfaitement intégrées.
«Nous renvoyer, comme ça, par lettre, cela ne se fait pas. Papa ne nous a pas tout de suite dit ce qu’il en était, il a essayé de nous protéger. Quand j’ai su que nous étions menacés d’être renvoyés, j’ai été choquée. C’est la première fois que je vis ça, vous savez, ce n’est pas possible. Et puis c’est notre avenir qui est en jeu», exprime Lizi. «Qu’est­ce qu’ils diraient, ceux qui pren­nent cette décision, s’ils étaient à ma place? A ma place, c’est-à­dire s’ils avaient fait les efforts que j’ai faits pour l’école, parce que je veux devenir quelqu’un, et s’ils voyaient tous leurs rêves s’effondrer d’un coup?» «Je trouve que c’est injuste, on ne fait rien de mal», poursuit sa jeune soeur. «Au début, je me réveillais la nuit, je faisais des cauchemars. Maintenant, mes notes ont baissé, j’ai parfois le moral à zéro.» Le Brésil? «Je ne pourrai ja­mais faire esthéticienne là-bas. Il faudrait que je récupère le por­tugais alors que j’ai gagné le français», indique encore Laiz. «Ce serait comme si j’avais perdu cinq années, et puis l’école publique ne donne aucune chance», souligne Lizi. «On ferait quoi? On joue là avec notre vie. La décision qui doit tomber peut tout faire bas­culer et nous, on n’a rien à dire.» A l’âge où l’on construit son avenir, les deux filles ont le sentiment que tout ce qu’elles ont réussi à poser dans leur vie est en train de s’écrouler. «Et c’est angoissant l’attente, vous savez. Il faut essayer de ne pas y penser, mais c’est dur.»

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