Dans 24heures Lise Bourgeois rend compte du nouveau cadeau de Noël du SPOP, les requérants déboutés doivent être licenciés pour la fin de l'année.
Le Service de la population, division asile, demande aux patrons qui emploient des requérants déboutés de les licencier au 31 décembre. A Morges, le syndic Eric Voruz continue de protéger la famille Jakupi, dont le père est engagé dans une entreprise de ferblanterie-couverture.
Chef du Service de la population (SPOP), Henri Rothen confirme que la démarche ne concerne pas que le cas Jakupi. Après la première salve cet été où plusieurs patrons avaient refusé d’obtempérer au 31 juillet, le Conseil d’Etat remet l’ouvrage sur le métier et envoie des lettres interdisant aux requérants déboutés de travailler. Cette fois le délai s’arrête au 31 décembre.
Le fameux cas Jakupi de Morges fait partie de ce lot. Le SPOP a envoyé une missive datée du 30 novembre à l’employé et à son patron exigeant un licenciement au dernier jour de l’an. La lettre menace les patrons récalcitrants de sanctions, sous forme d’amendes en général.
«Vous violez le droit»
Réputé pour sa grande sensibilité sur le sujet, le secrétaire syndical et syndic de Morges Eric Voruz a réagi immédiatement par écrit auprès du SPOP: «Vous incitez les employeurs à violer le droit du travail et les CCT. (...) Cette manière de faire va encore creuser les trous budgétaires de l’Etat qui s’obstine à vouloir payer des requérants (n.d.l.r.: via l’aide sociale) qui n’en ont pas besoin. (...) C’est une attitude électoraliste de chefs qui par la suite se déchargeront financièrement sur les communes pour boucler leurs comptes...» A Begnins, le patron de Bajram Jakupi, Michel Conne, est atterré: «Je ne sais pas ce que je vais faire; selon la loi je dois donner au moins deux mois de préavis pour un licenciement», soupire-t-il. Quant au principal intéressé, il garde son inoxydable confiance ( 24 heures du 2 décembre) en les gens qui le soutiennent: «Je garde le courage d’aller au travail. Je ne vais pas rester à la maison et je ne veux pas non plus aller au social!» Jean-Emmanuel Rossel, avocat de Bajram Jakupi, ne décolère pas: «Cette demande est proprement choquante à la veille des Fêtes!» Mais l’homme de loi avance aussi qu’une mesure administrative prime sur le droit privé, donc sur les conventions collectives.
Cela dit, plus de 40 employeurs refusent encore d’obtempérer. Or, ils n’ont toujours pas reçu d’amende, comme le précise Bruno Clément de la Coordination Asile. Pourquoi? «Parce que la demande du SPOP ne constitue pas en soi une décision attaquable par voie de recours. Lorsque les employeurs recevront une amende, ils pourront alors recourir et en référer à la justice, ce que l’Etat ne veut manifestement pas.
mercredi 7 décembre 2005
Préjugé numéro 5

Cliquer pour la réponse à ce préjugé.
L'association Vivre ensemble et Agora (aumônerie Genevoise Oecuménique auprès des requérants d'asile) publient une petite brochure avec le soutien du HCR.
mardi 6 décembre 2005
Elvedina Husic de la Bosnie à Crissier

«Oui, je suis bien née en 1977. J’ai vite vieilli, n’est-ce pas?» Elvedina Husic a 28 ans et un regard las qui en raconte dix de plus. Depuis deux mois, la jeune femme vit seule avec ses deux enfants, son mari étant désormais caché, dans la peur de l’expulsion. Mercredi dernier, les policiers ont frappé à la porte des Husic. «C’est la première fois qu’ils viennent», tremble-t-elle. La jeune Bosniaque s’inquiète pour son époux — «il est sur les nerfs, j’ai peur qu’il soit détruit». Et la question de la photo devient soudain sensible: «Je préfère pas. Il y a un risque que des gens me reconnaissent quand je vais le voir.» Seila, 4 ans, saute sur le canapé, l’air canaille. «C’est surtout pour mes enfants que je veux rester, pour qu’ils ne connaissent jamais Srebrenica. Moi, je crois que je ne pourrai plus être heureuse, à cause de mon passé.»
Texte de Martine Clerc Photo de Odile Meylan
Lien vers la description du projet de 24heures
Droits de l'homme déclaration des 3 Eglises
Voici le texte de la Déclaration des trois Eglises nationales de Suisse à l’occasion de la Journée internationale des droits humains du 10 décembre 2005.
Extraits:
...Cette année, le thème des droits humains a beaucoup préoccupe nos trois Eglises nationales, notamment en ce qui concerne le droit d’asile. La Fédération des Eglises protestantes de Suisse, la Conférence des évêques suisses et l’Eglise chrétienne catholique de Suisse ont préconisé à maintes reprises une politique plus juste concernant les réfugies et le droit d’asile. En mai de cette année, de concert avec la Fédération suisse des communautés israélites, nous avons adressé une lettre à la Commission des institutions politiques du Conseil national au sujet de la législation sur les étrangers et le droit d’asile. Nous nous y sommes prononcés en faveur du maintien de l’aide sociale aux requérantes et requérants d’asile dont la demande a été rejetée et contre les atteintes au droit a l’aide d’urgence, droit garanti par la Constitution. En ce qui concerne les réfugiés admis sur le territoire helvétique, nous avons également préconisé de faciliter l’obtention des autorisations de travail et la réunion des familles, et nous nous sommes élevés contre le statut « d’accueil provisoire » des personnes demandant l’asile. Certes, il est impossible d’accueillir tout le monde. Mais la dignité de chaque personne doit être préservée en toute occasion. Les principes de l’Etat de droit doivent être garantis dans tous les processus. Les problèmes qui sont « derrière » une demande d’asile sont complexes, souvent très difficiles à démêler, et doivent être abordes avec courage...
Lire le texte complet de la déclaration
Extraits:
...Cette année, le thème des droits humains a beaucoup préoccupe nos trois Eglises nationales, notamment en ce qui concerne le droit d’asile. La Fédération des Eglises protestantes de Suisse, la Conférence des évêques suisses et l’Eglise chrétienne catholique de Suisse ont préconisé à maintes reprises une politique plus juste concernant les réfugies et le droit d’asile. En mai de cette année, de concert avec la Fédération suisse des communautés israélites, nous avons adressé une lettre à la Commission des institutions politiques du Conseil national au sujet de la législation sur les étrangers et le droit d’asile. Nous nous y sommes prononcés en faveur du maintien de l’aide sociale aux requérantes et requérants d’asile dont la demande a été rejetée et contre les atteintes au droit a l’aide d’urgence, droit garanti par la Constitution. En ce qui concerne les réfugiés admis sur le territoire helvétique, nous avons également préconisé de faciliter l’obtention des autorisations de travail et la réunion des familles, et nous nous sommes élevés contre le statut « d’accueil provisoire » des personnes demandant l’asile. Certes, il est impossible d’accueillir tout le monde. Mais la dignité de chaque personne doit être préservée en toute occasion. Les principes de l’Etat de droit doivent être garantis dans tous les processus. Les problèmes qui sont « derrière » une demande d’asile sont complexes, souvent très difficiles à démêler, et doivent être abordes avec courage...
Lire le texte complet de la déclaration
Zurich institutionalise les emplois pour requérants
Les requérants d'asile pourront continuer à travailler à Zurich. La municipalité a décidé d'institutionnaliser les emplois d'utilité publique dès 2006. Le Conseil communal doit encore donner son feu vert au crédit annuel de 860 000 francs par année.
Le projet pilote a été lancé en mai 2003, quelques mois après le manifeste sur l'asile de la ville de Zurich qui préconisait de faire travailler les demandeurs d'asile. La municipalité a tiré un bilan positif de ces deux ans et demi lundi, dans les anciennes catacombes de Zurich, qui étaient envahies par le milieu de la drogue il y a quelques années encore.
Aujourd'hui, la grande halle est remplie de centaines de vélos sans propriétaire. Ils sont triés, réparés et pour beaucoup revendus ou donnés dans les pays du tiers monde (un tiers). Depuis l'été 2003, des demandeurs d'asile y travaillent pour un salaire symbolique de 300 à 400 francs par mois...
Lire la dépêche de l'ATS
Le projet pilote a été lancé en mai 2003, quelques mois après le manifeste sur l'asile de la ville de Zurich qui préconisait de faire travailler les demandeurs d'asile. La municipalité a tiré un bilan positif de ces deux ans et demi lundi, dans les anciennes catacombes de Zurich, qui étaient envahies par le milieu de la drogue il y a quelques années encore.
Aujourd'hui, la grande halle est remplie de centaines de vélos sans propriétaire. Ils sont triés, réparés et pour beaucoup revendus ou donnés dans les pays du tiers monde (un tiers). Depuis l'été 2003, des demandeurs d'asile y travaillent pour un salaire symbolique de 300 à 400 francs par mois...
Lire la dépêche de l'ATS
lundi 5 décembre 2005
Ramiz Zulkic: de la Serbie à Yverdon

Sa voix tressaille. Les mots fusent malgré les lacunes en français. Sous cet inexorable besoin de raconter, Ramiz Zulkic cache un stress énorme. Ce Croate a paraphé un plan de vol pour le 29 décembre. «J’ai fini par signer, mais je ne voulais pas», explique-t-il désemparé, mais toujours souriant. Si proche, le retour reste pour lui inimaginable. «Je n’ai pas de passeport serbe. Je suis Croate et le plan de vol est prévu pour Belgrade. Sans papiers, je serai contraint de vivre au noir làbas. » Né à Dubrovnik, Croate musulman, il épouse en 1984 une Serbe orthodoxe et vit plusieurs années à Prokuplje où il tient un salon de coiffure. «Les couples mixtes, c’était possible. Nous n’étions qu’un grand pays», se rappelle-t-il. La guerre et le redécoupage ont tout compliqué. «Que faire? Aller en Serbie où je ne serai pas chez moi ou en Croatie et ce sera pareil pour ma famille?»
Texte de CAROLE PANTET
Lien vers la description du projet de 24heures
Une cause juste pour les juifs vaudois

C'est maintenant le tour de la communauté juive de livrer son analyse dans la page opinion de 24heures. Laissons la plume à Laurent Schwed et Marcel Cohen-Dumani
Voici plus d’une année et demie que l’actualité politique vaudoise est rythmée par l’affaire dite des «523» requérants déboutés. Une année et demie que les forces vives de la société civile et les institutions de ce canton se font front, sans trouver de solution à la question posée: peut-on renvoyer en toute dignité des femmes, des hommes et des enfants qui depuis longtemps vivent auprès de nous? Peut-on user sur ces personnes des mesures de contrainte?
Comme jamais auparavant, les Eglises protestante et catholique de ce canton se trouvent sur le devant de la scène politique en défendant les requérants déboutés, ce qu’elles estiment être une cause juste. Depuis le début, la communauté juive s’y est associée. Peu présente médiatiquement et réservée, notre communauté se doit de l’affirmer publiquement aujourd’hui.
La motion du député radical Melly, acceptée par la majorité du Grand Conseil vaudois, a montré combien le Législatif du canton ne veut pas voir s’appliquer des mesures de contrainte inhumaines en cas de renvoi. Cette majorité politique a donné un signal clair au gouvernement pour qu’il mette fin à ces pratiques d’un autre âge. En vain, et ce alors que de nombreuses organisations de défense de la personne en Suisse et à l’étranger condamnent l’utilisation des mesures de contrainte. Beaucoup ont regretté que le Conseil d’Etat vaudois n’ait pas saisi la chance politique de la motion Melly pour régler ce drame. Nous nous y associons, d’autant plus que nos affiliations politiques respectives, radicale et socialiste, se doivent d’être dépassées dans pareille situation.
Mais c’est surtout en tant que juifs que nous écrivons, en tant que membres du comité de la Communauté israélite de Lausanne et du canton de Vaud (CILV) et en son nom. A ce titre, nous ne pouvons que déplorer la position actuelle du Conseil d’Etat qui persiste à vouloir user d’artifice d’un autre âge pour forcer le retour des requérants déboutés. Pour tout croyant, cette position est intolérable, et imaginer que nos autorités politiques considèrent ce moyen comme la seule manière d’appliquer la loi nous laisse amers. Pour nous, se cacher derrière son application au sens strict de la lettre, sans compassion ni souci de reconnaître que parfois la justice se trompe, est inacceptable. Bref, elle menace de devenir totalitaire, et cette rigidité éveille de tristes souvenirs vécus par nos parents.
On le comprend, la CILV ne veut pas, et ne peut plus rester discrète et hors du débat. Certes, notre Communauté ou ses membres entreprennent des actions ponctuelles sur ce dossier, car les requérants déboutés sont parfois des amis, des collègues de travail ou les camarades de classe de nos enfants. Certes aussi, nous nous allions aux Eglises du canton dans des déclarations communes, ou nous parrainons, comme c’est le cas de l’un des signataires de ce texte, des requérants déboutés. Mais nous savons notre action modeste et symbolique. Ce que nous voulons aujourd’hui c’est donner une dimension publique à notre action et faire un appel. Peut-être plus que toute autre communauté, notre devoir de mémoire passe par l’action à l’égard des plus fragiles et des plus démunis. Et c’est dans ce but que nous demandons au Conseil d’Etat et au Grand Conseil qu’ils trouvent ensemble une solution politique digne qui n’engendre pas que détresse et douleur à des personnes que nous avons accueillies.
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