jeudi 10 août 2006

Trois prises de position

Christian Wicky: "Un texte trop général"

Christian Wicky a été sollicité «bien à cinq reprises» pour rejoindre le clan des opposants à la loi sur l’asile. Son groupe, Favez, n’a répondu positivement qu’une seule fois, en fournissant un morceau pour une compilation réalisée avec des artistes alémaniques. Le but était de récolter des fonds. A entendre Christian Wicky, cette décision n’a pas dû être évidente à prendre. Le chanteur n’aime d’ailleurs pas l’idée de signer un texte écrit par d’autres. «Je comprends ceux qui le font, précise-t-il. Mais personnellement, je trouve qu’il y a trop de raisons pour ne pas agir de la sorte: un tel document est trop général pour exprimer tes idées, pour correspondre à ta vraie pensée.» De façon plus générale, le chanteur ajoute que dans les années soixante, l’engagement de groupes devait être plus simple. «A l'époque, l’Etat était contre les jeunes. Alors, l’intérêt des jeunes était clair.» Au quotidien, Christian Wicky est engagé au sein du parti socialiste lausannois. Dans ce contexte, il devrait annoncer prochainement un projet artistique. «Mais c’est un engagement personnel», conclut-il. C. Z.



Gaston Cherpillod: "Tous forcément engagés"

«Je ne sais pas combien de documents j’ai dû signer durant mon existence», s’exclame Gaston Cherpillod.
L’asile, c’est une question particulière, admet l’écrivain qui ajoute avec un brin de provocation: «Je ne fais pas de différence entre un réfugié économique ou politique. Je ne vois pas pourquoi on répugne à accueillir quelqu’un dans notre pays sous prétexte que sa tête tient encore sur ses épaules.» Un artiste doit donc s’engager dans la société? «N’importe quel bipède est forcément engagé, répond le Belletrien.
Nous sommes tous dans l’Histoire. Soit nous assumons cette petite responsabilité, soit nous la refusons. Mais dans ce deuxième cas, nous nous engageons encore dans le non.» L’octogénaire s’arrête un instant, avant de retourner sa verve contre lui-même: «Je me suis engagé dans toutes sortes de causes. Et pas toujours les bonnes: je suis un ancien bolchévique, et le moins que l’on puisse dire, c’est que j’ai dû commettre une erreur d’appréciation.» Quant à savoir si tout cela est utile… «Je me dis avec superbe que Dieu me voit. Ou peut-être pas, mais dans ce cas, il a tort.» C. Z.



Michel Bühler: "Ce qui se passe ma touche"

«Certains artistes estiment qu’ils doivent rester en dehors du monde. Ils créent de l’art.
De la beauté, résume Michel Bühler. Mais ce qui se passe autour de moi me touche. La plupart du temps, je ne suis pas d’accord et j’ai envie d’agir.» Tout cela est-il bien utile? «A la fin de mes spectacles, il y a souvent des personnes qui me remercient d’exprimer ce qu’elles pensent, répond le chanteur. Alors pour moi, faire se rencontrer les gens, les rendre heureux, cela a une petite utilité.» Mais surtout, le Vaudois sort l’exemple des 523 de sa besace.
«Dans cette affaire, le département de Christoph Blocher n’a cessé de dire qu’il avait agi correctement et que ces étrangers devaient rentrer.
Au final, il s’est trompé. Cela montre qu’on ne peut pas avoir confiance en lui.» Lorsqu’on lui demande s’il n’est pas fatigué de militer, la réponse de Michel Bühler fuse: «Au contraire! J’ai toujours voulu laisser derrière moi un monde un peu moins mauvais.
J’ai maintenant vécu la bonne moitié de ma vie et il me reste de moins en moins de temps pour agir. Je suis toujours plus teigneux.» C. Z.

Aucun commentaire: