mardi 27 décembre 2005

La famille Jakupi n’a pas eu le Noël de tout le monde



Anne-Romaine Favre Zuppinger dans le journal "La Côte" revient sur la situation de cette famille de requérants déboutés habitant Morges, ce texte et les photos de Jeanne Gerster sont le fruit d'un travail d'accompagnement de la famille depuis plusieurs mois:
Nous nous trouvons dans l’obligation de vous demander de mettre un terme aux rapports de travail qui vous lient à Monsieur Jakupi d’ici au 31 décembre au plus tard. Fin novembre, la nouvelle tombe : pour faciliter le renvoi au Kosovo de Bajram Jakupi, son patron, Michel Conne, est sommé par la Division Asile du Service de la population de l’Etat de Vaud (SPOP) de congédier son employé, sans quoi il fera l’objet de sanctions. C’est la consternation, l’amertume et comme un goût de déjà vécu chez cet ouvrier couvreur établi à Morges avec sa famille. Bajram se souvient d’août 2004 où, pour la première fois, il a fallu vider l’appartement et entreposer les meubles chez des amis , pour ne garder que le minimum, des matelas, une table et trois chaises, pour le cas où la police débarquerait dans la nuit.
Dans ces moments difficiles, son patron était déjà à ses côtés. Jusqu’à aujourd’hui, son soutien n’a pas failli. Les coups de fil à la Caisse patronale et au syndicat, même si cela ne se fait normalement pas, réussissent à mobiliser Eric Voruz, le syndic de Morges, prêt à se battre avec conviction pour un habitant de sa commune. Grâce à cette solidarité, le renvoi de Bajram est momentanément suspendu. Comme pour ne pas l’oublier, on avait inscrit dans son permis: exécution du renvoi en suspens. Cela a duré une année, puis les peurs ont ressurgi avec l’annonce d’un possible licenciement en fin d’année. Mais le patron fait à nouveau front: Bajram est une personne de confiance et un bosseur. Je me bats pour qu’il soit traité humainement.
Il donne un coup de main pour organiser la fête de lutte
Il ajoute que son employé est parfaitement intégré. Exemples parlants: Il ne rechigne pas à donner un coup de main pour l’organisation de la Fête cantonale de lutte ou encore à venir, après ses heures de travail, pour servir des raclettes aux clients de l’entreprise.Bajram surenchérit: J’aime mon pays, même si j’ai dû m’enfuir en 1992, durant la guerre de Yougoslavie, pour ne pas être enrôlé de force dans l’armée. Depuis, je me suis adapté à la Suisse, sinon je ne serais pas resté. Cela aurait été trop difficile. Douze ans déjà qu’il vit chez nous. De la fierté dans les yeux, il raconte comment il s’est débrouillé sans jamais recevoir l’aide sociale et a acquis son indépendance grâce à ses années de travail. Il peut nourir sa femme et ses trois enfants, même si certains mois sont parfois, plus que d’autres, durs à boucler.
S’il est licencié et qu’il reste en Suisse encore quelque temps, il sera assurément à la charge de la collectivité, ce qui réduirait à néant tout ce qu’il a construit jusqu’à présent. Un mélange de crainte et de colère se lit alors sur son visage...

Pas de cadeaux, mais un sapin pour les enfants

Cette année, il n’y a pas eu de cadeaux de Noël chez les Jakupi, mais un sapin, quand même, pour les enfants.
Ils n’ont pas à souffrir de ce qu’on vit, surtout pas maintenant, dit Bajram, la voix émue. Il regarde par la fenêtre et se demande ce qui l’attend au Kosovo, lui, sa femme et ses trois enfants de 3, 5 et 7 ans. Il n’y a plus personne au pays, nulle part où aller et l’autre matin, le thermomètre affichait -10°C à Pristina en plus des 70 centimètres de neige tombés la nuit.
On est alors en droit de se demander si au SPOP, on aura l’audace de souhaiter aux Jakupi un bon retour au pays pour la nouvelle année.

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