lundi 13 décembre 2010

Rien n'arrête les harraga

Portés disparus en haute mer jeudi dernier, 36 candidats à l’émigration clandestine ont été interceptés et arrêtés, avant-hier dans l’après-midi, selon des sources sûres, par les gardes-côtes tunisiens de la ville de Tabarka.

Les familles des harraga, qui ont confirmé l’information, nous ont déclaré que leurs enfants avaient embarqué mardi dernier à partir des plages de Seybouse et Sidi Salem. Cette interception intervient quelques jours seulement après celle qui a concerné une centaine de harraga qui avaient pris le large mardi dernier à partir des côtes oranaises, pour tenter de rejoindre la rive nord de la Méditerranée, sur la côte ibérique.

C’est dire si le phénomène prend des proportions importantes ces derniers temps. Les familles des harraga interceptés à Tabarka, qui avaient perdu tout contact avec eux, ont décidé d’alerter le Groupement territorial des garde-côtes (GTGC) de Annaba. Aussitôt, d’importants moyens marins ont été déployés par le GTGC à la recherche des deux embarcations avec à leur bord 17 et 19 jeunes harraga. Appelés à la rescousse, deux avions militaires de la base aérienne 142 de Boufarik ont participé aux recherches qui ont concerné toute la façade maritime algérienne. Pour un bilan négatif, cependant. Les autorités italiennes et espagnoles ont été également saisies de la disparition des deux embarcations ; leurs recherches ont été aussi vaines.

Originaires de Skikda, El Tarf et Annaba, les 36 candidats à l’émigration clandestine, dont l’âge varie de 20 à 39 ans, ont dérivé vers les eaux territoriales tunisiennes vu le caractère de leurs embarcations de fortune, les vents en haute mer et surtout leur inexpérience dans le domaine de la navigation maritime.
La sœur d’un harrag de Skikda a appelé, avant-hier, les garde-côtes de Annaba pour leur dire : «A mon dernier appel, il m’a informé qu’ils sont près des plages tunisiennes. Depuis, j’ai perdu tout contact avec lui.» D’autres parents nous ont confirmé que les 36 clandestins ont été «accueillis» par les garde-côtes tunisiens et reconduits pour les besoins d’identification. Quel sera leur sort ? Seront-ils libérés ou enfermés dans les centres de rétention tunisiens, aux côtés de leurs compatriotes ?

Tant de questions que les parents et proches des 36 harraga se posent d’ores et déjà. Leurs craintes sont d’autant plus justifiées lorsqu’on sait que plusieurs ONG internationales militant pour la défense des droits des migrants ont déclaré que 300 harraga croupissent actuellement dans les centres de rétention tunisiens. Ces ONG ont même fait état de l’existence, en plus d’un centre à la périphérie de Tunis et d’un autre entre la ville de Gabès et la frontière libyenne, de 11 camps d’enfermement secrets dont la réalisation a été financée par l’Italie en contrepartie de sa coopération dans la lutte contre l’immigration clandestine. Une coopération instituée par deux accords bilatéraux dont le premier remonte à 1998. A l’époque, l’Italie, par cet engagement économique vis-à-vis de la Tunisie, a déboursé plusieurs milliards de lires en trois ans pour l’industrie, dont 500 millions de lires pour la réalisation en Tunisie de centres de rétention, précisent ces organisations humanitaires.

Kamel Belabed, porte-parole du collectif des familles de harraga disparus en mer, le confirme : «Ce chiffre de 300 est important et précis. Le nombre est accablant, mais reste probable et je ne serais pas surpris si on me disait qu’il y en a davantage.» Ainsi, les familles de harraga attendent toujours pour connaître le sort réservé à leurs enfants. Elles espèrent l’intervention de la représentation diplomatique algérienne dans le pays de Ben Ali pour le rapatriement des 36 jeunes harraga. 

Mohamed Fawzi Gaïdi dans El Watan

Contre le durcissement des lois sur l'asile

Quelque 60 personnes ont participé samedi matin sur la place St-Laurent à Lausanne à un «cercle de silence» organisé par les Eglises catholique et protestante du canton de Vaud.

La réunion samedi à Lausanne visait à protester contre le durcissement des lois sur d'asile. Interrogé par l'ATS, Laurent Zumstein, de l'Eglise évangélique réformée du canton de Vaud, s'est dit satisfait du nombre de participants. En général, beaucoup moins de personnes sont présentes à ce genre de manifestations à Lausanne, a-t-il estimé.

«Au lendemain de la journée mondiale des droits humains, les Eglises continuent d'attirer l'attention des autorités et des citoyens sur l'aide d'urgence aux demandeurs d'asile», écrivent- elles dans un communiqué. «Son application stricte a de graves conséquences pour la santé psychique et physique des personnes déboutées».

Les Eglises sont également préoccupées par la nouvelle proposition de révision de la Loi sur l'asile, qui selon elles, va durcir à nouveau l'accès à l'asile en Suisse. La nouvelle loi prévoit de réduire le délai de recours ordinaire de 30 à 15 jours et d'augmenter les avances de frais.

ATS relayé par 20minutes

Politique d'accueil et d'asile: qu'est-ce qui ne tourne pas rond ?

Politique d’accueil et d’asile: qu'est-ce qui ne tourne pas rond? Ce dimanche, l’émission Controverse parlait des politiques d’immigration et d’asile en Belgique, en présence de députés, d’avocats et de travailleurs sociaux.

La politique d’accueil et d’asile connaît une véritable crise en Belgique. Des milliers de personnes ne sont pas accueillies dans les délais imposés par la loi et les conventions internationales. D’autre part, l’annonce des mesures d’urgence telles que le placement des demandeurs d’asile dans des hôtels suscite des réactions extrêmement négatives de la part du peuple.

Un seul ministre pour toute la politique d'asile et d'accueil

Jacqueline Galant constate l’échec de la politique d’accueil et d’asile dans notre pays : "Il y a eu des appels d’air conséquents qui ont été faits vers l’extérieur mais quand on entend parler d’hôtels, d’astreintes... Il y a des choses aberrantes qui se sont passées dans notre pays et il y a eu un flux massif chez nous," explique-t-elle. La députée MR souhaite qu’un seul ministre s’occupe de toute la politique des étrangers : "Quand vous voyez le nombre de ministres et de secrétaires d’Etat qui s’occupent de cette problématique, il y a une dispersion de toutes les compétences", a-t-elle déclaré sur le plateau de Controverse.

Une "politique d'expulsion"

Patrick Dewael partage l’avis de Mme Galant sur ce point. Mais il ajoute qu’il serait nécessaire de mettre en place une "politique d’expulsion". "Les centres d’accueil comptent toujours des centaines et des centaines d’étrangers qui ont épuisé leur procédure et que l’on pourrait éloigner, parfois par force. On ne le fait pas, ce qui fait que les centres sont pleins. Cela fait un appel d’air car on sait que si en Belgique on continue les procédures, on sera à un moment donné régularisé," explique-t-il.

Plus de 8000 expulsions en 2010

Mais Melchior Wathelet refuse que l’on dise qu’il n’y a pas d’expulsions. A la fin de l’année, on comptera plus de 8000 expulsions selon lui : "J’ai expulsé, cette année 2010, plus qu’en 2009 et en 2008. Les expulsions sont donc en hausse. On renvoie plus les personnes vers leur pays d’origine". Toute la difficulté semble résider dans les procédures, qui impliquent une prise de contact avec les pays d’où proviennent les demandeurs : "Quand vous avez un Afghan, un Iranien, un Irakien, un Guinéen, que l’on doit renvoyer vers son pays d’origine, c’est effectivement plus difficile. Il faut que je puisse démontrer l’identité et la nationalité de la personne. Il faut que j’aie un laissez-passer du pays d’origine. Or vous imaginez bien que prendre contact avec ces pays-là, ce n’est pas ce qu’il y a de plus simple", explique-t-il.

Logés dans des hôtels

Philippe Courard (PS), explique quant à lui pourquoi on en arrive à loger les demandeurs d’asile dans des hôtels: "Je ne contrôle pas les flux entrants, ni les flux sortants, on me demande d’accueillir. C’est la loi et je fais le maximum. C’est pour ça qu’on a procédé à l’utilisation de l’hôtel, que je réprouve, parce qu’il ne fallait pas que les gens soient à la porte". Il explique que des bâtiments publics et des casernes lui ont été accordés pour le logement des demandeurs d’asile, mais que cela a été fait trop tard. 

Des avocats pour les demandeurs d'asile

Alexis Deswaef, avocat et président de la commission "Etranger" de la Ligue des droits de l’homme, explique que cette crise de l’accueil, on l’a vue arriver, et que les politiques ne font que se rejeter la responsabilité : "Le monde associatif, les avocats, ont averti le gouvernement en disant, vous allez avoir un problème". Il y a quelques temps, lors de la première grande vague de froid, des centaines de personnes étaient à la rue à Bruxelles. Maître Deswaef fait partie d’un groupe d’une vingtaine d’avocats qui interviennent à titre humanitaire et bénévole pour leur venir en aide : "Nous trouvons inacceptable que des personnes qui ont un droit qui est inscrit dans la loi belge mais qui relève aussi des obligations internationales de la Belgique, se retrouvent ainsi jetées à la rue, sans autre solution que de dormir à la gare du Nord, et quand on décide de fermer cette gare, ils se retrouvent à la rue," explique-t-il.

A propos des astreintes

Mais pourquoi les demandeurs d’asile réclament-ils des astreintes ? L’avocat rappelle que dans les 6 premiers mois de leur arrivée en Belgique, ces derniers ne peuvent pas travailler et ne reçoivent pas d’allocations sociales de remplacement de revenu. "Ce ne sont pas des dommages et intérêts qu’on donne aux demandeurs d’asile. Les astreintes ont été prononcées par le tribunal parce que la partie qui perd le procès n’exécutait pas le jugement". En d’autres termes, comme l’Etat belge n’a pas répondu à son obligation de loger ces demandeurs d’asile, elle doit s’acquitter d’astreintes. "On a fait de la victime un coupable. On dit que c’est le méchant demandeur d’asile qui demande des astreintes. Mais c’est quand même grave que dans un Etat de droit, le gouvernement ne respecte pas des jugements basés sur des lois qu’il a lui-même voté au parlement," explique-t-il.

Un fond d’urgence solidaire a été créé et les astreintes y seront collectivisées. Elles vont par exemple servir à chauffer le squat de Laeken, où logent également des sans-abris, explique Me Deswaef.

RTLinfo

Marine Le Pen pourrait inciter la droite à durcir le ton

L'offensive de Marine Le Pen était ce week-end au cœur des débats lors du conseil national de l'UMP et Jean-François Copé a clairement appelé la droite à en tenir compte.

La droite traditionnelle est consciente du danger que représente pour elle la montée en puissance de Marine Le Pen et pourrait riposter en occupant plus fermement le terrain sur les thèmes de prédilection du Front national que sont l'insécurité et l'immigration.

La dernière sortie médiatique en date de la vice-présidente du FN, qui a comparé vendredi 10 décembre à Lyon les "prières de rue" des musulmans à l'Occupation, n'a pas tardé à susciter des réactions dans la majorité, notamment dans les rangs de l'UMP. Après avoir paru vouloir rendre sa formation plus présentable, la numéro deux du FN, bien placée pour prendre en janvier la tête du parti avant de se lancer dans la course à la présidentielle de 2012, semble soucieuse désormais de se rapprocher des thèses défendues depuis toujours par son père.

"Je suis très surpris de l'étonnement de certains", a déclaré dimanche Brice Hortefeux sur i>Télé et France Inter. "Il s'agit en réalité de propos très classiques tenus par son père. Elle s'inscrit dans la filiation." Le ministre de l'Intérieur a ajouté "ne pas partager du tout" les propos de Marine Le Pen et a appelé à la vigilance sur "des idées qui peuvent se banaliser".

Au cœur des débats à l'UMP

L'offensive de Marine Le Pen était ce week-end au cœur des débats lors du conseil national de l'UMP et Jean-François Copé a clairement appelé la droite à en tenir compte. Le secrétaire général du parti majoritaire a évoqué une situation de "danger électoral" créée par la remontée du FN et estimé que le meilleur moyen pour l'UMP d'y répondre était "un retour à fond" aux fondamentaux de la droite et à ses valeurs, notamment "la fermeté."

"A nous d'être très offensifs, à l'image de ce que fait Brice Hortefeux dans le domaine de la sécurité et de la lutte contre l'immigration clandestine", a dit Jean-François Copé, qui s'est prononcé en outre pour une relance du débat sur l'identité nationale, abandonné au printemps dernier après avoir créé de vifs remous. Cette nouvelle stratégie que Jean-François Copé appelle de ses voeux risque de poser un problème à Nicolas Sarkozy.

Après une séquence sécuritaire marquée notamment par son discours de Grenoble liant immigration et délinquance et la polémique sur les expulsions de Roms, le président semblait en effet vouloir donner une tonalité plus apaisée et plus consensuelle à la dernière phase de son quinquennat.

Un danger pour Sarkozy

Pour le politologue Dominique Reynié, Marine Le Pen représente une menace bien réelle pour le chef de l'Etat dans la perspective de la présidentielle de 2012. "Elle représente un danger pour Nicolas Sarkozy", estime Dominique Reynié dans les colonnes du Journal du Dimanche. "Elle peut fragiliser son score au premier tour et gêner le report des voix au second. Si le FN réalise un score élevé, cela signifiera qu'il a pris des voix à la gauche. Celles-ci n'iront pas forcément vers le candidat de droite ensuite."

Pour Ségolène Royal, c'est le gouvernement, par l'échec de son action, qui est responsable de l'écho rencontré par la radicalisation du discours du FN. "Si le Front national est écouté aujourd'hui c'est parce que le pouvoir en place n'a pas tenu ses promesses", a déclaré dimanche sur Europe 1 la candidate à la primaire socialiste. "La responsabilité de l'impact des discours que vous venez d'évoquer, c'est Nicolas Sarkozy et son gouvernement qui la portent", a-t-elle ajouté. La popularité grandissante de Marine Le Pen résulte, selon Dominique Reynié, d'une évolution structurelle de la société française, devenue selon lui "plus âgée, plus craintive, plus conservatrice."

Arnaud Montebourg, autre candidat à la primaire socialiste, déplore pour sa part, en toile de fond du dernier coup d'éclat de la vice-présidente du FN, une montée des antagonismes religieux et du racisme dans l'Hexagone. "On s'est étripé pendant des siècles pour des questions religieuses et nous sommes en train de redécouvrir les guerres de religion sur notre territoire", a-t-il déclaré sur Radio J. "Le racisme s'installe dans notre pays, tout le monde le sait, à tous les étages", a-t-il ajouté.

Un article du Nouvel Observateur avec Reuters

dimanche 12 décembre 2010

Des milliers d'Israéliens défilent à Tel Aviv pour les droits de l'Homme

Des milliers d'Israéliens juifs et arabes, auxquels se sont joints des demandeurs d'asile étrangers, ont manifesté vendredi à Tel Aviv pour une vie dans "la dignité et la liberté" et contre la montée de l'extrémisme, pour la journée internationale des droits de l'Homme.

Les manifestants -- 10.000 selon les organisateurs -- ont défilé dans le centre de la métropole en brandissant des banderoles proclamant "Les droits de l'Homme s'appliquent pour tous les hommes", ou fustigeant la poursuite de l'occupation israélienne des Territoires palestiniens.

Plusieurs centaines de demandeurs d'asile et travailleurs immigrés originaires d'Afrique ont participé à la manifestation derrière le slogan: "Les demandeurs d'asile ne sont pas des criminels", selon un photographe de l'AFP.

"C'est une expression de protestation contre la vague grandissante de racisme", a expliqué à l'AFP Hagaï Elad, directeur de Association pour les droits civiques en Israël (ACRI), organisatrice de la marche à laquelle des dizaines d'ONG avaient appelé.

"Ce qu'il se passe en Israël depuis 18 mois est très grave. La discrimination est partout (...). La démocratie subit des attaques sur tous les fronts, et ces attaques proviennent du gouvernement lui-même", a-t-il déploré.

Les organisations israéliennes de défense de droits de l'Homme sont régulièrement accusées par le gouvernement de droite de Benjamin Netanyahu de "faire le jeu du terrorisme", comme l'a encore affirmé vendredi le vice-ministre des Affaires étrangères, Danny Ayalon.

En Israël, les autorités redoublent d'efforts pour endiguer l'afflux de migrants africains, en majorité Soudanais et Erythréens. Et l'extrême-droite, représentée au gouvernement, poursuit sa campagne contre la minorité arabe accusée de déloyauté envers l'Etat juif.

Une vive polémique a éclaté cette semaine après que 300 rabbins ont signé un appel contre la location et la vente de maisons à des non-juifs, une mesure qui vise d'abord les Arabes israéliens.

AFP

Le débat sur la politique d'asile, véritable guerre des chiffres

Depuis quelques jours, la politique d'asile est au centre des débats. Cette politique est-elle trop laxiste ou inhumaine ? Les invités sur le plateau de Mise au Point de ce dimanche midi n'ont pas réellement apporté de réponse claire et précise .

Des demandeurs d'asile dans les gares, dans des casernes ou faisant la file devant chez Fedasil, les images ont marqué les esprits ces derniers jours. Une véritable crise de l'accueil... Mais c'est toute la politique d'asile qui crée la polémique.

Certains partis durcissent le ton. C'est le cas notamment du libéral flamand Patrick Dewael. "On attire les gens", affirme-t-il en faisant clairement référence aux astreintes et chambres d'hôtel mises à disposition des demandeurs d'asile. "On leur laisse croire qu'ils vont être régularisés", continue-t-il. "Et puis ils sont régularisés trois ans plus tard, ils ne parlent pas la langue et ne sont pas prêts pour le marché du travail". Pour le représentant de l'Open VLD, la Belgique est clairement laxiste dans le domaine de la politique d'asile. Et il prévient, cette politique "de générosité n'est soutenue nulle part en Flandre".

Et c'est justement le fait de répéter ce genre de choses qui ferait le "meilleur appel d'air", estime Melchior Wathelet (cdH). Selon le secrétaire d'Etat à la Politique de migration et d'asile, il faut donc arrêter de considérer la Belgique comme une véritable terre d'accueil.

Alors, la Belgique serait-elle un eldorado ? Le débat est chaud sur le plateau de Mise au Point, le ton monte rapidement. Notamment lorsque les chiffres de demandes de régularisations sont évoqués. Les chiffres brandis par un virulent Alain Destexhe ne correspondent pas à ceux de l'écologiste Zoé Genot. Personne n'est d'accord, tout le monde parle de manipulation des chiffres. Même débat lorsque sont abordés le nombre d'expulsions des candidats déboutés. Un débat sur l'asile qui se mue rapidement en guerre des chiffres.

Tout au long du débat, le ton restera le même. Qu'il soit question du regroupement familial, de l'accès à la nationalité ou que l'on aborde des critères de régularisation, les discussions partent dans tous les sens.

Le tout sous le regard dépité de Samba, un demandeur d'asile venu du Cameroun il y a deux mois à peine. Il a certainement compris à quel point le débat sur l'asile est loin d'être terminé.

A. Fogli pour la RTBF

vendredi 10 décembre 2010

Le HCR inquiet des politiques contre l'immigration de l'UE

Le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) s'est dit préoccupé vendredi des politiques de lutte contre l'immigration clandestine en Europe qui menacent le droit d'asile de personnes réellement en danger dans leur pays.

Le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) s'est dit préoccupé vendredi des politiques de lutte contre l'immigration clandestine en Europe qui menacent le droit d'asile de personnes réellement en danger dans leur pays. L'Union européenne, dans sa tentative de lutter contre l'immigration clandestine, "ne doit pas oublier que parmi ces personnes qui cherchent à entrer (sur son territoire), il y en a qui ont besoin d'une protection internationale et dont les vies sont en danger", a expliqué un porte-parole du HCR, Andrej Mahecic, lors d'un point de presse.

Selon l'agence onusienne, l'évolution des chiffres sur le nombre d'arrivées par mer parlent d'eux-mêmes des difficultés pour trouver l'asile sur le continent européen. "L'Italie, la Grèce, Chypre et Malte (principaux pays d'arrivée de ces migrants) ont tous constaté une réduction drastique des arrivées par mer" cette année, a poursuivi le porte-parole.

Ainsi d'après les estimations du HCR, 8.800 personnes sont arrivées par mer au cours des dix premiers mois de l'année contre 32.000 durant la même période en 2009, soit une chute de 72,5%. Il est "pratiquement certain que cela résulte d'un renforcement des contrôles aux frontières, des patrouilles conjointes et des renvois sur la mer" d'embarcations avant qu'elles n'atteignent les eaux territoriales de ces pays, estime le HCR. Il appelle ainsi les membres de l'UE à faire en sorte que le droit d'asile en Europe ne soit pas menacé par les politiques visant à renforcer les frontières du continent.

L'agence onusienne se dit également préoccupée de la situation en Grèce où se retrouvent près des deux tiers des migrants arrivés par la mer. "Empêcher les arrivées par la mer ne résoud pas le problème et le fait juste déplacer ailleurs", comme le montre l'afflux de migrants dans la région de la frontière terrestre gréco-turque d'Evros qui a vu 38.992 candidats à l'immigration arriver entre janvier et octobre contre 7.574 sur la même période en 2009. Le HCR, qui s'est montré à de nombreuses reprises inquiet de la situation humanitaire de ces migrants en Grèce, a enjoint une nouvelle fois l'UE à venir en aide au pays pour faire face à une situation de plus en plus problématique.

AFP et Tribune de Genève

Israël: le rabbin à l'origine d'un appel discriminatoire persiste et signe

Le rabbin Shmuel Eliahu, à l'origine d'un appel contre la cohabitation avec les non-juifs, a promis de poursuivre sa campagne en dépit des accusations de racisme et de la polémique provoquée en Israël, rapporte vendredi un site internet religieux.

"Les attaques de la gauche et de ses suppôts (contre l'appel) ont eu pour effet contraire de renforcer le mouvement", a écrit le principal rabbin de la ville Safed dans le nord d'Israël, selon "Kikar Shabbat", un site orthodoxe. "Nous espérons recueillir des centaines de signatures supplémentaires la semaine prochaine", a-t-il dit à l'adresse des co-signataires de l'appel.

Toutefois, quelques rabbins sur la liste -sur plusieurs centaines- sont revenus sur leur signature à la suite de la tempête de protestations et des critiques de dirigeants spirituels du judaïsme orthodoxe. Le rabbin Eliahu avait déjà défrayé la chronique en octobre en appelant les habitants de Safed à ne pas louer ou vendre des appartements à des Arabes. Il avait été inculpé il y a six ans pour "incitation au racisme" à la suite d'appels identiques qu'il avait lancés, mais en fin de compte les poursuites avaient été abandonnées. Quelque 300 rabbins israéliens sont signé la lettre publique dans laquelle ils exhortent à interdire la vente ou la location de maisons ou de terrains à des non-juifs, ce qui vise particulièrement la minorité arabe en Israël.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le président Shimon Peres et le président du Parlement Reouven Rivlin ont condamné ce manifeste, qualifié de "raciste" par des représentants de la communauté arabe israélienne et des associations de défense des droits de l'Homme. Les médias se sont aussi indignés de l'appel. Le principal dirigeant spirituel du judaïsme ultra-orthodoxe, le rabbin Yosef Shalom Elyashiv, s'est dissocié de l'initiative de son coreligionnaire de Safed, estimant qu'il "serait bon de confisquer les stylos de certains rabbins".

Pour l'heure, aucune sanction n'a été prise à l'encontre des signataires de l'appel --des fonctionnaires de l'Etat assurant les services religieux (dont les mariages) dans les municipalités, ou des directeurs de yéchivot (séminaires talmudiques) en Israël ou dans les colonies de la Cisjordanie occupée.

AFP

Vols spéciaux: toujours pas d'experts indépendants

L’Office fédéral des migrations cherche toujours des experts neutres pour surveiller le renvoi d’étrangers sous la contrainte. L’OSAR postule malgré le fait qu’elle ne réponde pas aux critères. Précisions sur les coûts de ces vols controversés.

Alard du Bois-Reymond, le patron de l’Office fédéral des migrations (ODM), tiendra-t-il ses engagements? Dès le 1er janvier, nouvelle directive liée à Schengen oblige, un ou des observateurs indépendants feront partie des vols spéciaux chargés d’expulser de force des requérants déboutés, a-t-il assuré à plusieurs reprises. Mais voilà: alors que le temps presse, l’ODM cherche toujours la perle rare. Et vient de le faire savoir via une offre d’emploi parue la semaine dernière dans la presse.

Contactées, plusieurs organisations, dont la Croix-Rouge, ont répondu négativement. Par crainte de devoir cautionner ces vols controversés. L’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR), interrogée par Le Temps, avait, elle, montré son intérêt (LT du 13.10.2010). Alors pourquoi l’ODM cherche-t-il encore une ou des personnes pour participer à «au moins 25 vols spéciaux par an» et «veiller à ce que les interventions de l’Etat soient conformes au droit»?

L’OSAR persiste

L’offre précise que le prestataire de services ne doit pas avoir d’autres mandats «émis par des services fédéraux ou cantonaux dans le domaine de la migration». «Nous ne répondons effectivement pas à ce critère car nous travaillons avec l’ODM lors des auditions de requérants d’asile», répond Beat Meiner, secrétaire général de l’OSAR. «Mais nous allons malgré tout postuler, sans lâcher nos autres mandats. Comme organisation faîtière qui revendique depuis des années la présence d’observateurs neutres sur ces vols (l’OSAR travaille avec Caritas Suisse, l’Entraide protestante, l’OSEO, l’Union suisse des comités d’entraide juive et la section suisse d’Amnesty International, ndlr), nous sommes prêts à endosser cette responsabilité. Le fait que nous travaillons pour la Confédération ne nous empêche pas de rester indépendants.»

Drôle de situation. L’ODM risque bien de ne pas trouver de structure répondant à ses critères en si peu de temps. La solution provisoire? Recourir à des collaborateurs de la Commission de prévention de la torture, comme nous l’affirmait jeudi l’ODM? «Nous participons déjà à certains vols, mais, avec nos douze bénévoles, nous ne sommes pas en mesure de les assurer tous, même pour une période transitoire», réagit son président, Jean-Pierre Restellini. «L’ODM ne nous a d’ailleurs jamais demandé de remplir ce rôle en attendant de trouver quelqu’un capable d’assurer le mandat…»

29 millions en 2009

Concernant les coûts de ces vols, l’ODM vient d’apporter des précisions. Dans sa réponse à une interpellation d’Antonio Hodgers (Verts/GE), le Conseil fédéral dit ne pas être en mesure de calculer le coût exhaustif d’une procédure de renvoi entre le moment de la décision et son exécution effective. Mais il souligne qu’en 2009, 360 personnes ont été rapatriées par vol spécial et que ces coûts se sont élevés à environ 3 millions de francs (9470 en moyenne par personne). Il précise que sur l’ensemble des renvois, la part des rapatriements par vols spéciaux est assez faible. «En 2009, le total des versements accordés aux titres des frais d’exécution des renvois s’est élevé à 29,2 millions de francs», dont 16 millions versés aux cantons pour les mesures de contrainte, ajoute-t-il.

Le gouvernement explique surtout que renoncer aux vols spéciaux permettrait des économies de 9470 francs par personne, auxquelles s’ajouteraient les 140 francs par jour de détention. Mais sans renvoi sous contrainte, les cantons auraient à escompter des coûts d’aide d’urgence «beaucoup plus importants», alors qu’ils ont déjà dépensé 57,3 millions de francs en faveur de ses bénéficiaires en 2009. Une manière de dire que Berne n’est pas prête à renoncer à ces vols, aussi controversés soient-ils.

Valérie de Graffenried dans le Temps

Les étranges pratiques de policiers lausannois

Un jeune Erythréen affirme avoir été embarqué dans un fourgon et abandonné dans un endroit désert après avoir reçu une dose de spray au poivre. Les agents jugés contestent.

C’est sa parole contre celle de cinq policiers lausannois. Ali, de son deuxième prénom, un jeune Erythréen toujours aussi révolté par le traitement qui lui a été réservé alors qu’il n’avait que 16 ans, tente depuis jeudi de convaincre le tribunal qu’il a bien été emmené manu militari dans un bois et abandonné dans cet endroit désert après avoir reçu une bonne dose de spray au poivre. Le plaignant a trouvé un allié improbable en la personne d’un ancien inspecteur pour qui «ces pratiques n’ont rien d’invraisemblable».

Il a visiblement la langue bien pendue et l’insulte facile à l’égard des forces de l’ordre. «J’ai traité ces agents de tous les noms et je leur ai fait un bras d’honneur», se rappelle Ali. De quoi sidérer le président Pierre Bruttin. «Ce n’est pas des manières de s’en prendre ainsi aux policiers», dit le juge. «Je sais», répond le plaignant. Ce dernier estime toutefois qu’il avait de bonnes raisons d’être hors de lui en cette nuit agitée du réveillon 2006.

Les versions sont bien entendu diamétralement opposées. Ali explique avoir déjà été copieusement bousculé et humilié lors d’une première interpellation plus tôt dans la soirée. De retour au cœur de la vie nocturne lausannoise, l’adolescent a croisé un fourgon et fait comprendre à ses occupants tout le mal qu’il pensait de cette police. «Ils m’ont emmené en direction des bois de Sauvabelin. Je les ai suppliés de ne pas me laisser là. Ils m’ont dit de dégager.» En descendant du véhicule, un des agents, assure-t-il, lui a encore giclé une dose de spray en guise de rétorsion.

Ali explique être revenu en ville, le visage en feu. Deux de ses amis confirment. «Il pleurait et avait les yeux tout rouges.» Les deux garçons l’ont accompagné au poste de police où il voulait porter plainte. A travers la vitre, ils l’ont vu s’énerver encore plus, être emmené un moment à l’arrière, puis ressortir sans avoir pu se faire entendre. «Il s’est calmé en recevant l’appel de sa mère sur son portable», se rappelle cet ami.

Les accusés racontent une tout autre histoire. Le chef de cette patrouille admet avoir embarqué Ali à bord du fourgon. «C’était pour éviter une émeute car il était très agité.» Le véhicule s’est ensuite dirigé en direction du nord de Lausanne. Il s’agissait d’éloigner l’intéressé du centre tout en le rapprochant de chez lui, assure le responsable. Ali ne leur aurait pas donné d’adresse précise, ce que ce dernier conteste. Appelés en urgence sur une autre intervention, ils auraient alors fait descendre le fêtard à un arrêt de bus dans le calme et sans jamais user du méga-spray qui se trouve dans le fourgon.

Les cinq policiers impliqués ont fait front commun durant l’enquête. Seul celui qui conduisait a montré un semblant de mauvaise conscience en se disant «peu fier» de ce qui s’était passé. Au procès de Nyon, l’intéressé nuance. «J’étais au plus bas. Le juge d’instruction me traitait de menteur et me disait que j’allais nuire à l’ensemble de l’institution. C’est comme si le sol s’effondrait sous mes pieds. Dans ce contexte, mes propos ont peut-être été mal interprétés. En fait, je me sentais coupable de l’avoir éloigné du centre, rien d’autre.»

Il y en a un dont les propos ne prêtent à aucune confusion. Cet ancien de police-secours, passé à la brigade des mineurs avant de quitter la profession pour le privé, affirme avoir entendu une protagoniste de cette opération – la seule femme parmi les accusés – dire qu’une version avait été «arrangée» pour faire face à la justice. Une autre inspectrice, présente lors de cette confession, dénoncera ce mensonge organisé plusieurs années plus tard. C’est sa lettre qui va relancer l’enquête et l’élargir à tous les agents présents aux côtés du présumé sprayeur.

Pour l’ancien policier, Ali ne décrit pas des choses impensables. «Quand j’ai débuté dans l’intervention d’urgence, les anciens avaient l’habitude de déposer des personnes dans les bois de Prilly. J’ai bien dû suivre. La commune a fini par s’en plaindre, alors on a opté pour Sauvabelin», se rappelle le témoin. Il explique aussi que les petites vengeances – un coup de spray au poivre par exemple pour se défouler – n’étaient pas exceptionnelles.

La hiérarchie – deux lieutenants ont été appelés à la barre – n’a jamais cautionné, ni entendu parler de tels «raccompagnements forcés». Ces responsables préfèrent parler de conduite de rapprochement au domicile même si l’un d’eux finit par concéder que cette pratique avait peut-être cours dans des temps reculés. Quant aux accusés, ils semblent avoir gardé toute la confiance de leurs supérieurs. Ce n’est pas le cas d’Ali, qui est volontiers présenté comme un affabulateur. «Mais pourquoi mentirait-il? s’est interrogé son copain de virée. Tout le monde sait bien que gagner contre la police, c’est très dur.» Il en aura peut-être une nouvelle démonstration lundi prochain, à l’heure du jugement.

Fati Mansour dans le Temps