jeudi 19 novembre 2009

La Suisse veut détenir ses clandestins moins longtemps


La Suisse s'apprête à réduire de 24 à 18 mois au plus la durée de la détention en vue du renvoi des requérants d'asile déboutés. Le Conseil fédéral a transmis au Parlement les révisions de loi ad hoc, découlant d'un nouveau développement de l'acquis de Schengen.

La correction des durcissements approuvés en septembre 2006 par le peuple inclue aussi le remplacement de l'expulsion sans décision formelle par une procédure de renvoi formelle. Une adaptation est en outre prévue concernant les mesures d'éloignement.

Ces modifications risquent de faire grincer des dents la majorité bourgeoise aux Chambres. Bien que la marge de manoeuvre soit réduite vu que la Suisse s'est en principe engagée à reprendre tous les développement de l'accord Schengen, le PLR et l'UDC se sont opposés au projet lors de la consultation. Les oeuvres d'entraide et la gauche l'ont en revanche accueilli positivement.

La révision des lois sur l'asile et les étrangers se base sur la directive européenne. Son but est une harmonisation minimale des procédures en matière de retour des ressortissants en séjour irrégulier originaires d'Etats non membres de Schengen. Elle contient des dispositions concernant les décisions de renvoi, la détention en vue de garantir l'exécution du renvoi, le renvoi ou l'expulsion ainsi que les interdictions d'entrée.

Quand la Suisse renvoyait les enfants des saisonniers

IMMIGRATION Quand la Suisse renvoyait les enfants des saisonniers

Paru le Jeudi 19 Novembre 2009 - MARIA PINEIRO

«En Suisse, Madame, on travaille ou on repart.» C'est avec ces mots que la police soleuroise réveille un matin Maria di Buchianico, jeune mère italienne, et lui annonce qu'elle doit placer son bébé ou le renvoyer au pays. Son tort, être saisonnière et avoir son enfant avec elle en Suisse.

De 1945 à 2002, la Confédération a délivré six millions de permis «A» pour saisonniers. Une main-d'oeuvre nécessaire à la construction des infrastructures du pays.

Ce soir, l'émission Temps présent consacre un reportage signé Raphaël Engel à la situation particulière des enfants de ces travailleurs dans les années 1960. Des bambins ou des adolescents indésirables en Suisse. En effet, le permis de saisonnier donnait droit au travail, mais pas au regroupement familial. Si une grande partie de ces travailleurs ont laissé leurs enfants grandir au pays, loin d'eux, certains ont bravé la loi.

Ces filles ou fils de saisonniers ont vécu parfois des années cachés et sans scolarité. Ceux qu'on a appelés «enfants du placard» ont attendu le permis «B» de leurs parents, puis le droit au regroupement familial pour sortir au grand jour et aller enfin à l'école. D'autres, comme Francisco de Melo, ont été dénoncés et expulsés «comme des criminels».

Raphaël Engel a retrouvé certains de ces clandestins dont on estime qu'ils ont pu être de dix mille à quinze mille. Aujourd'hui intégrés, ils se souviennent de cette vie dans le placard à regarder, la peur au ventre, les autres enfants s'amuser.

«Il y a là un double langage, on a besoin de travailleurs, mais on leur refuse le droit à vivre une existence humaine», explique le journaliste La situation perdurera jusqu'en 2002, date de l'abolition du permis «A». Mais les mentalités, elles, ont changé avant. Dès les années 1970, des enseignants ouvrent des écoles clandestines pour garantir le droit à l'éducation pour tous. En 1990, Neuchâtel fait sauter un premier verrou en permettant à ces enfants d'accéder à l'école. Les autres cantons suivront, dans l'illégalité face à la législation fédérale, mais en conformité avec leur Constitution, qui exigent une éducation pour tous.

MPO

Expulsion d'un mineur: la mobilisation s'organise

LE COURRIER.CH

Expulsion d'un mineur: la mobilisation s'organise

Paru le Mercredi 18 Novembre 2009 - MICHAËL RODRIGUEZ

L'expulsion d'Abdirashid, un Somalien de 17 ans, suscite l'émoi dans le monde politique vaudois. Dans une interpellation déposée hier, le groupe des Verts fait part de son «écoeurement» et affirme que cette extradition «contrevient clairement» à la Convention internationale pour les droits de l'enfant. L'affaire sera aussi portée sur la scène fédérale: la socialiste vaudoise Josiane Aubert annonce le dépôt d'une interpellation au Conseil national. Jeudi dernier au petit matin, la police vaudoise a embarqué un mineur somalien (notre édition d'hier). Seul et sans famille, il aurait été expulsé vers l'Italie. En vertu des accords de Dublin, les requérants ayant déposé une demande d'asile dans un autre pays signataire peuvent y être renvoyés.

Une personne de contact en Suisse a eu des nouvelles d'Abdirashid, relate le socialiste Roger Saugy. «Le jeune Somalien lui a dit qu'il ne savait pas dans quelle ville il était et qu'il n'avait pas d'endroit où dormir», s'alarme le député. Contrairement au conseiller d'Etat libéral, la gauche estime que le canton a la compétence de déterminer si le renvoi peut être exécuté. «Le Conseil d'Etat aurait pu invoquer la clause humanitaire qui figure dans les accords de Dublin», affirme Jean-Michel Dolivo, avocat et député d'A gauche toute!. En tant que mineur, Abdirashid devait être placé sous la protection de l'Office du tuteur général (OTG). Dans leur interpellation, déposée par Philippe Martinet, les Verts demandent au Conseil d'Etat si l'OTG a été informé de l'ordre d'extradition. Cas échéant, le droit de recours du requérant – de son représentant légal en l'occurrence – aurait été violé. «On peut se demander si l'OTG n'aurait pas dû déposer plainte», conclut Philippe Martinet. I

Initiative pour l'accès à la formation professionnelle des jeunes sans statut légal

Michaël Rodriguez

Les jeunes sans papiers doivent avoir accès à une formation
professionnelle. Les députés Serge Melly (prd) et Jean-Michel Dolivo (A
Gauche toute!) ont déposé hier une initiative parlementaire demandant au
canton de plaider en ce sens auprès des Chambres fédérales. Signé par 69
députés, dont 6 radicaux et plusieurs députés de l'Alliance du centre,
ce texte juge inadmissible que les jeunes sans statut légal soient
condamnés à la précarité et au désoeuvrement. A l'issue de la scolarité
obligatoire, ils ne peuvent en effet pas entamer un apprentissage parce
que les entreprises n'obtiennent pas d'autorisation de travail pour eux. MR


mercredi 18 novembre 2009

Communiqué d'Amnesty

Des lacunes graves dans la protection des requérants d'asile

Berne/Lausanne, le 18 novembre 2009. Le Conseil fédéral a adopté
aujourd'hui le message sur la mise en oeuvre de la directive
européenne sur le retour prévue par Schengen. Amnesty
International considère que la Suisse ne respectera pas la
directive si le Parlement maintient les lacunes dans la
protection juridique des requérants d'asile et dans la
surveillance des renvois forcés.
Amnesty International avait fait part de nombreuses critiques au
moment de l'élaboration de la directive européenne sur le retour,
notamment au sujet de la détention administrative. Toutefois,
l'organisation de défense des droits humains est bien consciente
que la Suisse ne peut pas s'abstenir de mettre en oeuvre la
directive sur le retour, vu son adhésion à Schengen. Mais Amnesty
International considère que le projet qui avait été soumis à
consultation contient de graves lacunes, qui sont incompatibles
avec la directive sur le retour.

Protection juridique
Le projet du Conseil fédéral comporte des lacunes dans la
protection juridique des requérants d'asile qui le rendent
incompatible avec la directive sur le retour. La Suisse vient
d'être critiquée le 30 octobre 2009 par le Comité des droits de
l'homme des Nations unies au sujet de la mise en oeuvre du Pacte
international sur les droits civils et politiques, qui demande au
Conseil fédéral de garantir aux requérants d'asile l'accès à une
protection juridique prise en charge par l'Etat. Il s'agit là
d'un droit qui est garanti par la Constitution fédérale. Or la
protection juridique est aujourd'hui entièrement financée par les
oeuvres d'entraide, donc par des fonds privés. Cela doit
impérativement changer. En vertu de l'article 13 alinéas 3 et 4
de la directive, les requérants n'ont pas seulement droit à une
consultation, mais aussi à une représentation juridique.
Monitoring des renvois forcés
Un monitoring efficace des renvois forcés doit être mis sur pied
par les autorités suisses. Une exigence actuellement bien loin
d'être remplie, puisque c'est Amnesty International qui, à
plusieurs reprises, a dû elle-même faire des recherches sur la
situation de personnes renvoyées et disparues après leur retour.
« Lorsque nous nous sommes adressées à l'Office fédéral des
migrations en lui demandant de faire des recherches à son tour,
ces démarches ont souvent pris des mois et ont partiellement
abouti à de fausses informations, du moins dans un premier temps.
C'est seulement après des mois que l'ODM a confirmé que des
personnes avaient été arrêtées et mises en prison », relève
Denise Graf, coordinatrice asile à la Section suisse d'Amnesty
International.

Prise en compte des intérêts de l'enfant
La directive sur le retour prévoit explicitement la prise en
compte des intérêts de l'enfant. Il est nécessaire que le texte
final adopté par le Parlement soit plus explicite que le projet
mis en consultation sur ce point.
Voie de recours
La directive exige une voie de recours effective. Or la
proposition du Conseil fédéral maintient le retrait de l'effet
suspensif. Cette mesure ne contredit pas seulement la directive
mais aussi l'article 13 de la Convention européenne des droits de
l'homme, qui garantit le droit à un recours effectif.

Réduction de la durée de la détention administrative
Amnesty International salue la réduction de la durée de la
détention administrative de 24 à 18 mois, mais considère qu'une
période de dix-huit mois de détention est encore trop longue.
Amnesty International favorise des mesures alternatives à la
détention pour garantir le renvoi d'une personne, telles que leur
implication dans un projet de retour, un contrôle de présence,
etc.

Réduction de la durée maximale de la détention administrative

(ats) 12:04 18.11.2009

La Suisse veut détenir ses clandestins moins longtemps

La Suisse s'apprête à réduire de 24 à 18 mois au plus la durée de la détention en vue du renvoi des requérants d'asile déboutés. Le Conseil fédéral a transmis au Parlement les révisions de loi ad hoc, découlant d'un nouveau développement de l'acquis de Schengen.

La correction des durcissements approuvés en septembre 2006 par le peuple inclue aussi le remplacement de l'expulsion sans décision formelle par une procédure de renvoi formelle. Une adaptation est en outre prévue concernant les mesures d'éloignement.

Ces modifications risquent de faire grincer des dents la majorité bourgeoise aux Chambres. Bien que la marge de manoeuvre soit réduite vu que la Suisse s'est en principe engagée à reprendre tous les développement de l'accord Schengen, le PLR et l'UDC se sont opposés au projet lors de la consultation. Les oeuvres d'entraide et la gauche l'ont en revanche accueilli positivement.

La révision des lois sur l'asile et les étrangers se base sur la directive européenne. Son but est une harmonisation minimale des procédures en matière de retour des ressortissants en séjour irrégulier originaires d'Etats non membres de Schengen. Elle contient des dispositions concernant les décisions de renvoi, la détention en vue de garantir l'exécution du renvoi, le renvoi ou l'expulsion ainsi que les interdictions d'entrée.



Département fédéral de justice et police, Communiqué, 18.11.2009
http://www.ejpd.admin.ch/ejpd/fr/home/dokumentation/mi/2009/2000-11-18.html

Adoption du message sur la mise en œuvre de la directive sur le retour

Berne. Le Conseil fédéral a adopté aujourd’hui le message sur la reprise et la mise en œuvre de la directive sur le retour ainsi que sur les modifications y afférentes de la loi fédérale sur les étrangers (LEtr) et de la loi sur l’asile (LAsi).

La directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier (directive sur le retour) constitue un développement de l’acquis de Schengen. La Suisse s’est en principe engagée à reprendre tous les développements de l’acquis de Schengen.

La directive sur le retour a pour but de contribuer à l’harmonisation des procédures de renvoi des ressortissants en séjour irrégulier originaires d’Etats non membres de Schengen (Etats tiers). A cet effet, elle contient des dispositions et prescriptions concernant les décisions de renvoi, la détention en vue de garantir l’exécution du renvoi, le renvoi ou l’expulsion ainsi que les interdictions d’entrée.

La mise en œuvre de cette directive requiert une adaptation de la LEtr et de la LAsi. Des modifications sont nécessaires concernant les mesures d’éloignement, les renvois et les expulsions, ainsi que les mesures de contrainte. Le renvoi sans décision formelle doit notamment être remplacé par une procédure de renvoi formelle. Par ailleurs, la durée maximale de tous les types de détention doit également être modifiée. Selon le droit en vigueur, elle est actuellement de 24 mois. A l’avenir, la durée maximale de la détention ne pourra plus excéder 18 mois.

La consultation sur la reprise de la directive sur le retour a duré du 5 juin au 5 septembre 2009. La majeure partie des participants à la consultation acceptent la reprise de la directive sur le retour dans le droit national.

Des puces pour tous les permis de séjour

(ats) 11:50 18.11.2009

Le Conseil fédéral veut équiper les permis de séjour d'une puce

Après les passeports suisses, les permis de séjour des étrangers seront équipés d'une puce contenant une photo numérique du visage et deux empreintes digitales. Le Conseil fédéral a transmis au Parlement un projet visant à reprendre ce développement de l'acquis de Schengen d'ici mai 2011.

Au nom de la lutte contre l'immigraton illégale, l'opération tend à uniformiser les titres de séjour pour les ressortissants de pays ne faisant pas partie de l'Union européenne ou de l'espace de Schengen. L'introduction de données biométriques a fait peu de vagues lors de la consultation, hormis au sein de l'UDC.

Sont concernés les permis d'établissement (C), de séjour (B) et ceux de courte durée (L). Les données récoltées doivent être enregistrées dans le système d'information central sur la migration (SYMIC) où elles seront conservées pendant cinq ans. Seules les autorités autorisées à contrôler les titres de séjour sont censées pouvoir accéder aux données biométriques pour vérifier l'authenticité du document et l'identité de son titulaire.

Les nouveaux éléments de sécurité et les identificateurs biométriques devront être utilisés par tous les Etats participant à Schengen, selon un modèle uniforme de permis pour les étrangers.


Département fédéral de justice et police - Communiqué18.11.2009
http://www.ejpd.admin.ch/ejpd/fr/home/dokumentation/mi/2009/2009-11-180.html

Introduction des données biométriques dans les titres de séjour pour étrangers : adoption du message

Berne. Le Conseil fédéral a adopté aujourd’hui le message sur l’introduction des données biométriques dans les titres de séjour pour étrangers. Le passage à la biométrie nécessite d’apporter des modifications à la loi fédérale sur les étrangers (LEtr) et à la loi fédérale sur le système d’information commun aux domaines des étrangers et de l’asile (LDEA).

Le règlement (CE) n° 380/2008 du 18 avril 2008 est un développement de l’acquis de Schengen portant sur le titre de séjour. Il présente les nouveaux éléments de sécurité et les identificateurs biométriques que les Etats membres doivent utiliser dans un modèle uniforme de titre de séjour pour les ressortissants d’Etats tiers. Il importe effectivement que ce titre de séjour satisfasse à des critères techniques stricts afin d’éviter les falsifications et de contribuer ainsi à combattre l’immigration illégale et le séjour irrégulier.

Le titre de séjour pour étrangers sera équipé d’une puce contenant une photo numérique du visage et deux empreintes digitales enregistrées électroniquement. Seules les autorités autorisées à contrôler le titre de séjour auront accès aux données biométriques afin de pouvoir vérifier l’authenticité du document et l’identité du titulaire. Les empreintes de la personne ne seront cependant pas comparées avec les données enregistrées dans le système d’information central sur la migration (SYMIC).

Les données biométriques seront conservées cinq ans dans le SYMIC. Cette mesure permettra aux titulaires d’un titre de séjour (livret B ou L) de prolonger ou de renouveler leur document sans devoir relancer la procédure de saisie des données biométriques ni s’acquitter de l’émolument prévu dans ce cas. Le travail des autorités compétentes s’en trouvera aussi allégé.

Une consultation menée du 24 juin au 7 octobre 2009 a indiqué qu’une large majorité des participants était favorable à l’introduction des données biométriques dans les titres de séjour pour étrangers et à leur conservation pour une durée déterminée dans SYMIC.

La Suisse doit être en mesure d’émettre des titres de séjour biométriques pour étrangers d’ici au 20 mai 2011. Comme elle s’est engagée à reprendre les développements de l’acquis de Schengen, il lui faut d’ici là également adapter sa législation.

La mise en œuvre de ce règlement CE requiert une modification de la LEtr et de la LDEA, ainsi que des dispositions d’exécution cantonales correspondantes. Le message y afférent a été adopté aujourd’hui par le Conseil fédéral.

Documents à télécharger :

Appel des présidents de parti contre l’initiative anti-minarets


La démarche commune à dix jours de la votation traduit une certaine nervosité dans les rangs des opposants

Ils y sont tous, sauf ceux de l’UDC et l’UDF. Les présidents du PLR, du PDC, du PBD, du Parti socialiste, des Verts, des Verts libéraux, du PEV, du PCS et du PST ont tous signé mardi un appel à voter contre l’initiative anti-minarets. Une démarche commune plutôt inhabituelle pour rappeler qu’ils s’opposent, «comme le Conseil fédéral, le parlement, les organisations économiques et syndicales», avec fermeté au texte lancé par une poignée d’UDC et de membres de l’Union démocratique fédérale.

Christian Levrat, le président du PS, est à l’origine de la démarche. Il a rapidement su convaincre le président du PLR, Fulvio Pelli. Les libéraux-radicaux se sont ensuite attelés à rédiger un communiqué, signé par les autres présidents de parti. Doit-on en déduire que les partis sont nerveux et qu’ils craignent que l’initiative soit acceptée? «On ressent un certain décalage entre les sondages qui ne sont pas trop alarmistes et ce qu’on nous dit au sein de la population», admet Christophe Darbellay, le président du PDC. Il affirme avoir lui aussi pensé à une démarche commune il y a quelques semaines déjà.

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Un camp de réfugiés en plein Bruxelles

uxelles

18.11.09 - 11:07

La chronique politique de Philippe Walkowiak. Mercredi 18 novembre 2009.

Un camp de réfugiés s'installe au cœur de la capitale européenne, la veille d'un sommet de marchandages dont l'Union européenne a le secret...

La Belgique, faute de place, ne peut plus accueillir les demandeurs d'asile. Ou plutôt faute de volonté politique...

A ce jour, plus de 1000 demandeurs doivent dormir dehors.

Comme dans un pays d'Afrique en guerre, Médecins Sans Frontières doit à présent intervenir dans une capitale européenne pour venir en aide aux réfugiés.

Le secrétaire d'Etat à l'Intégration, Philippe Courard, demande depuis des semaines que la Défense nationale mette à disposition des bâtiments militaires inoccupés. La Régie des Bâtiments ou la Protection Civile disposent aussi de bâtiments disponibles.

Les ministres et secrétaires d'Etat concernés par la politique d'asile se rejettent la responsabilité. Fin juillet, le Premier ministre avait arraché aux forceps un accord sur la régularisation des sans-papiers. Les libéraux flamands avaient longtemps bloqué le dossier.

Mais si la situation a sans doute un peu évolué pour ceux qui étaient déjà en Belgique depuis un certain temps, le gouvernement a soigneusement évité de revoir l'accueil en lui-même. Des personnes qui ont légalement demandé l'asile (ce qui ne veut pas dire qu'ils l'obtiendront) en Belgique, doivent dormir dehors. L'Union européenne impose à ses pays membres un accueil dignedes demandeurs d'asile et l'hébergement en fait partie.

Ici, il ne s'agit que de trouver pourtant une solution transitoire. Des moyens supplémentaires ont été débloqués pour créer de nouvelles places.

La majorité gouvernementale reste frileuse sur la question: PS et cdH veulent avancer, les autres formations de la coalition campent sur leurs positions, estimant apparemment que l'opinion publique craint que la Belgique n'apparaisse trop généreuse avec les demandeurs d'asile.

A ce propos, la Flandre qui, électoralement, devient de plus en plus conservatrice bloque sans doute pour une part toute solution dans ce dossier.

Herman Van Rompuy, à l'heure des premiers bilans, était assez fier de rappeler qu'il avait enfin permis une avancée significative dans le délicat dossier des demandeurs d'asile. Peut-être, là aussi, s'est-il réjoui trop vite ?

Philippe Walkowiak

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mardi 17 novembre 2009

Les alevis, Turcs sans minarets

Les alevis, Turcs sans minarets

Paru le Lundi 16 Novembre 2009
MOHAMMAD FARROKH

SuisseCOMMUNAUTÉ - Les alevis inaugurent à Saint-Gall la première cemevi (maison de réunion) en Suisse. Ils représentent un quart de la population turque du pays.
Les Turcs de Suisse auront un lieu de culte supplémentaire d'ici à la fin de l'hiver, mais ce ne sera pas une mosquée. Les alevis de Saint-Gall inaugureront leur cemevi (maison de réunion), qui sera la première de Suisse, comme le confirme Ismail Atas, membre du comité de la Fédération suisse des alevis et coprésident des alevis au niveau européen. Il est de retour d'Istanbul où il était parti représenter les alevis de Suisse le 8 novembre lors d'une manifestation qui a rassemblé 500 000 personnes – dix fois moins selon les autorités – venues revendiquer leurs droits et la reconnaissance de leur spécificité.


Contre l'initiative

Cela n'empêche pas Ismail Atas de se montrer solidaire de ses compatriotes musulmans sunnites et de préconiser le «non» à l'initiative antiminarets, tout en estimant que «l'Etat doit exercer un contrôle». Il reste que, quel que soit le résultat de la votation du 29 novembre, l'ouverture de Saint-Gall ne sera pas remise en cause: les cemevis ne sont jamais flanquées de minarets, car les alevis ne s'astreignent pas aux prières rituelles des sunnites, pas plus qu'ils ne pratiquent le jeûne du ramadan.
Sur les murs intérieurs de ces constructions circulaires, figurent typiquement les effigies des douze imams, de la lignée d'Ali, gendre du Prophète. A l'entrée parfois, une parole attribuée à Ali est portée en exergue: «Dans la vie, le meilleur guide est la connaissance.» Une devise qu'Atatürk, le fondateur de la Turquie laïque, avait faite sienne. Le service hebdomadaire du jeudi soir est l'occasion d'écouter le prêche d'un ancien (dede) et de se recueillir sur fond de chants mystiques au son de la guitare (saz), avant d'exécuter la danse rituelle (semah) qui réunit hommes et femmes.


Nombreux à Bâle

Ces dernières ne sont pas voilées et, principe d'égalité entre les sexes oblige, elles participent de plus en plus activement à la vie des «cercles» (dernek) de Suisse. Il y en a actuellement dix à être rattachés à la Fédération suisse, alors que trois autres cercles se tiennent à l'écart, «pour des questions de personnes», commente Ismail Atas qui minimise les divergences entre les différents courants constitutifs du mouvement alevi.
En Suisse, les alevis seraient entre 25 000 et 30 000, soit environ le quart des Turcs de Suisse, mais cette proportion est susceptible de varier d'un endroit à l'autre. Elle est particulièrement élevée à Bâle, vraisemblablement proche de 40%, où quatre des cinq élus d'origine turque du Grand Conseil sont alevis.
Mais un fort sentiment d'appartenance réunit les uns et les autres, né d'une histoire qui remonte au moins à l'époque de Haci Bektas Veli, un mystique turc du XIIIe siècle, considéré comme l'un des pères fondateurs de l'alévisme contemporain. Un sentiment d'appartenance dont l'élément religieux n'est que l'une des composantes, pas forcément la principale.


Un million en Europe

Parmi les autres manifestations de la culture alevi, les longues complaintes accompagnées du saz qui célèbrent notamment la résistance à l'oppression à l'époque de Pir Sultan Abdal, au tournant du XVIe siècle. Ou encore le refuge des montagnes d'Anatolie orientale. Longtemps pratiqué dans une semi-clandestinité, l'alevisme connaît depuis une quinzaine d'années une extraordinaire renaissance, en Turquie où ce courant concerne 20 à 25% de la population.
L'alévisme est fortement représenté parmi les émigrés dans l'ensemble de l'Europe où leur nombre avoisine le million, dont 600 000 à 700 000 pour la seule Allemagne (plus du quart de la population d'origine turque). Dans les Balkans, les bektashis historiquement proches des alevis sont nombreux en Albanie et parmi les Albanais de Macédoine, moins au Kosovo où ils ne représentent guère que 5% de la population.
Malgré ou peut-être à cause de leur spécificité, les alevis sont pratiquement ignorés par les commentateurs qui ne savent où les situer. Comment parler de ces Turcs volontiers amateurs de bière qui ne refusent que rarement une tranche de jambon et dont les cercles sont parfois dirigés par des femmes?