mardi 23 octobre 2007
Freysinger a-t-il tourné sa veste
Le conseiller national a participé à un débat télévisé en arborant un badge des Moutons de garde.
lundi 22 octobre 2007
Elections 2007, les réactions de la presse internationale

Les élections fédérales ont inspiré des commentaires plutôt inquiets dans la presse étrangère, qui souligne la victoire d'un parti "xénophobe", voire "raciste" et potentiellement dangereux. En Allemagne, la presse souligne un débat politique de plus en plus personnalisé et dénonce les "simplifications tapageuses et provocatrices" de Ch.Blocher. En Italie et en Autriche, les médias jugent que la Suisse est simplement devenue "un pays normal", "comme les autres".
Regardez les interventions des correspondants à l'étranger (Belgique, France, Angleterre et Allemagne) sur la TSR
Commençons par la vision la plus noire de notre pays qui est elle dépeinte dans le plus grand quotidien de Bruxelles, le Soir. Le commentaire de Pascal Martin est sans appel, il appelle au boycott de la Suisse
La Suisse d’Henri Dunant vaut mieux que ce bouillon de culture xénophobe et haineux. Si une série de scandales a autrefois jeté à la face du monde le linge sale de la Confédération, celle-ci s’est aussi avancée vers la modernité. En s’alliant à l’UE, en siégeant à l’ONU, en décriminalisant l’avortement ou en disant « oui » au Pacs.
Mais voilà. Ce pays, qui compte parmi les plus prospères de la planète, est depuis quinze ans un labo pour populistes. Pour vivre dans la bulle de la démocratie directe, pour n’avoir pas de véritable classe politique, la Suisse n’a pas réussi à développer des anticorps susceptibles de combattre son cancer. Elle en devient un exemple pour les apprentis sorciers : frappez fort, ayez le soutien des milieux économiques, ne soulevez pas les vrais problèmes mais jetez le discrédit sur l’étranger.
Demain, vous aurez le pouvoir.
Lire l'article de Serge Enderlin dans LIbération :Le populiste et xénophobe Blocher emporte la Suisse
Où s’arrêtera le vent mauvais du populisme alpin de Christoph Blocher ? Les élections législatives d’hier ont permis à l’UDC (la peu centriste Union démocratique du centre), de renforcer sa position de première force politique du pays acquise en 1999. Le parti de droite dure du tribun zurichois, ministre de la Justice et de la Police de la Confédération, effectue notamment une percée spectaculaire en Suisse romande : il devient la première formation dans les cantons de Vaud et Genève, où il détrône le Parti socialiste...
Dans le Monde, Agathe Duparc écrit:
...Encarts dans les journaux, manifestations, stands, affiches placardées sur tous les murs – dont celle, xénophobe, des moutons blancs boutant hors de Suisse l'"étranger criminel" symbolisé par un mouton noir –, l'UDC aura inondé le pays de ses messages. Avec l'appui constant du charismatique conseiller fédéral Christoph Blocher, qui, jetant par-dessus bord les règles politiques helvétiques, s'est plus comporté en chef de parti qu'en ministre de la justice et de la police...
Dans le Figaro, François Hauter correspondant s'est promené en Gruyère pour tenter d'expliquer cette tentation isolationiste:
Cette image éventuelle d'une Suisse xénophobe épouvante deux Helvètes sur trois, qui ne se reconnaissent pas dans la projection d'un pays recroquevillé sur lui-même, hostile à l'Europe et au tiers-monde. D'abord, font-ils valoir, parce que l'économie suisse repose sur l'immigration et ne survivrait pas à l'isolement. L'art des Suisses a toujours été d'attirer des familles ayant l'esprit d'entreprise. Les industries horlogères furent fondées par ce peuple protestant français dont le Roi-Soleil estimait pouvoir se passer. Même chose pour la banque genevoise. La chimie démarra avec des Français et des Allemands.
Sur 20Mn.fr on peut lire "L'UDC (parti populiste d'extrême droite, Union démocratique du centre), se place en première formation politique du pays, avec 29% des voix."
En Belgique la RTBF constate "le parti populiste et xénophobe conforte sa position"
Voir la séquence vidéo d'Euronews consacrée à ces élections
Radio Canada reprend le même message :L'Union démocratique du centre (UDC), un parti nationaliste et aux positions xénophobes, a remporté dimanche les élections générales en Suisse, selon les premiers résultats rendus publics.
En Algérie, le quotidien la Liberté titre Élections générales en Suisse
La peste brune dans le légendaire pays neutre
Dans la presse anglo-saxonne, les commentaires sont aussi très clairs.
Dans le New York Times, Nick Cummins-Bruce qualifie l'UDC de part d'extrême droite.
After a campaign widely criticized as racist, Switzerland’s far-right Swiss People’s Party strengthened its position as the biggest single party in Parliament in a general election on Sunday, according to a projection after voting ended.
La dépêche de l'Associated Press qui est généralement reprise telle quelle par des centaines de quotidiens locaux tiens le même discours, mais relève aussi que le premier conseiller national noir a été élu à cette occasion:
The People's Party claims foreigners are responsible for much of the crime in the country. In the campaign, the People's Party called for a law to throw out entire immigrant families if a child violates Swiss laws -- the most recent variation of the party's anti-foreigner theme...But although many saw the campaign as tainted by racism or xenophobia, the Swiss also elected their first black parliament member Sunday.
En Grande-Bretagne, le Guardian, quotidien de référence dit:Switzerland's rightwing People's party, accused of racism and fanning Islamophobia, strengthened its position as the country's leading political force yesterday, gaining more than 2 percentage points to win a general election for the second time in a row, according to projections
The Independent poursuit ses articles qui analysent les tendances centripètes de la Suisse
En Espagne, même chose de la part d'El Pais le dernier article est titré BLocher accusé de racisme et xénophobie gagne les élections et 62 députés
En Allemagne, Le Spiegel est très mesuré, selon lui pas grand chose va changer... Même approche de la part de Die Zeit qui n'utilise aucun des substantifs qui font peur (racisme, xénophobie) mais parle d'un choix conservateur et europhobe
Pour consulter l'ensemble des réactions internationales depuis 2mois, cliquer sur ce lien
Ricardo Lumengo élu

Le Bieler Tagblatt et le Journal du Jura parle de "la plus grosse surprise des élections fédérales dans la région".
Le populiste et xénophobe Blocher emporte la Suisse

D’élection en élection, ce fils de pasteur protestant (il a 67 ans), assez truculent pour un Suisse, tisse sa toile en instillant dans les esprits la peur de l’extérieur. Premier gros succès politique le 6 décembre 1992, quand, seul contre tous les autres partis du pays, l’UDC blochérienne parvient à convaincre les Suisses de refuser l’adhésion à l’Espace économique européen (EEE), sorte d’antichambre à l’Union européenne. Les Balkans viennent de s’embraser. La Suisse se sent en première ligne, parce qu’elle voit débarquer des milliers de réfugiés (les Kosovars constituent, depuis plusieurs années, la première communauté étrangère du pays). Dans le nouveau contexte mondial qui suit l’effondrement du bloc de l’Est, la neutralité et la croix blanche ont perdu une grande partie de leur attrait.
Pour Berne, la tentation est forte de rejoindre les grands ensembles qui se dessinent autour d’elle. Mais pour Blocher, ce sera la carte europhobe. Pendant toute la décennie 90, il va bâtir sa popularité autour de ce socle. Il y ajoute la dénonciation des «étrangers profiteurs», ces immigrés qui abuseraient du système d’assurances sociales, et celle des «étrangers délinquants». Deux thèmes d’autant plus porteurs qu’au tournant des années 2000, les caisses publiques accumulent les déficits et la petite délinquance progresse de façon spectaculaire. «Il pose les bonnes questions, mais il apporte les mauvaises réponses», entend-on alors, notamment à gauche, après un nouveau succès de l’UDC en 2003. Le 1er janvier 2004, Christoph Blocher devient l’un des sept ministres du gouvernement de concordance qui dirige le pays. Il va profondément déstabiliser le fonctionnement bien huilé de cette très vieille institution.
Le politologue vaudois François Chérix dresse l’inventaire : «Soif de pouvoir inextinguible, auto-célébration narcissique, posture messianique du sauveur du peuple, désignation paranoïaque d’un ennemi extérieur (l’Europe) et d’ennemis intérieurs (les étrangers et les socialistes), attaques permanentes contre des institutions tournées en dérision.» Au début de sa carrière, Blocher se voyait en aiguillon pour réveiller une Suisse endormie. Il est devenu agitateur, puis très vite acteur à l’intérieur de ce même système, roi de l’improvisation tonitruante, irrespectueux du sacro-saint consensus suisse. Avec sa nouvelle victoire hier, le champion populiste a réussi tous ses paris. Y compris le plus insensé : homme d’affaires milliardaire, patron d’un groupe transnational (Ems-Chemie), il est parvenu à faire oublier à son frileux électorat que son évangile a beau être xénophobe, il est d’abord ultra-libéral.
Un article de Serge Enderlin pour Libération.
Lire également "Législatives suisses : victoire de l'UDC, repli du PS" dans le Nouvel Obs
Des Argentins renouent avec leurs origines le temps d'une Bénichon

Benjamine Currat et Isabelle Rithner
à la fête du Grütli en 1907, à Baradero,
incarnent la mère Helvétie
(Archivo Sociedad Suiza de Baradero)
Christophe Mauron a la même vision politique de cette manifestation, au cours de laquelle seront lues quelques lettres d'émigrés. «Au-delà du folklore ou du côté patriotique, il faut rappeler que la Veveyse fut une région agricole pauvre, peu industrialisée et génératrice d'immigration...»
En ce week-end électoral, voilà une allusion à peine voilée à l'UDC, le parti de l'ancien syndic châtelois, Joe Genoud. Lequel confirme qu'il «en fallait alors du courage pour tout quitter à la recherche de boulot». Le candidat au National a visité Baradero l'an dernier et déplore que le passé liant «deux villes soeurs distantes de 11 140 km» soit aujourd'hui un peu oublié. L'implantation d'un panneau à l'entrée du village et d'une statue à la maison Saint-Joseph pourraient y remédier.
Un article de Laurent Grabet dans 24 Heures
Lire l'article de Swissinfo sur l'histoire de cette colonie suisse en Argentine (en espagnol)
samedi 20 octobre 2007
Ils vivent cachés sous les ponts...
On parle beaucoup d'eux depuis quelques semaines: les Roms de Roumanie envahiraient des rues que libéraux et udécistes se disent déterminés à nettoyer. La Ville de Genève, elle, vient de décider qu'elle leur ouvrira un abri pour l'hiver. Mais pour ceux qui grelottent sous les ponts, un seul espoir: rentrer. Voyage au bout de la désillusion.

Naturalisation et religion
Doit-on forcer les candidats à la naturalisation à préciser de quelle religion ils sont? Pour la Commission fédérale contre le racisme (CFR), la réponse est clairement non. «L'appartenance religieuse ou l'absence de religion doit rester une affaire de liberté personnelle qui ne regarde pas la collectivité», insiste Boël Sambuc, vice-présidente de la CFR.
A Lucerne, la campagne suisse cultive l’intolérance

Carte postale helvétique par excellence (son pont en bois, son lac des Quatre Cantons, ses Alpes), Lucerne va battre son record de 5 millions de visiteurs par an. Ils sont bien accueillis mais attention, on ne confond pas tourisme et immigration. Les immigrés, eux, sont priés de rentrer chez eux, ou d’y rester. Les affiches électorales de l’Union démocratique du centre (UDC), à tous les coins de rue, sont là pour leur rappeler qu’ils ne font pas partie du paysage «qualité suisse», que la formation de droite dure de Christoph Blocher prétend défendre. Le canton de Lucerne, au centre du pays, est l’un des terreaux de l’irrésistible ascension de la force populiste la plus puissante d’Europe, annoncée comme gagnante des législatives de dimanche.
Bazar. Felix Müri est un des champions du mouvement, député sortant, bien parti pour une réélection au Conseil national, la chambre basse du Parlement. Petit industriel, il importe des cheminées et vit à Emmen, banlieue de Lucerne. Autrefois ouvrière, la ville cité-dortoir, compte près de 50 % d’étrangers, venus en majorité des Balkans et de Turquie. Elle a défrayé la chronique en 2000, quand la municipalité a décidé d’octroyer les naturalisations suisses par vote populaire : les «Yougos» étaient systématiquement recalés. Felix Müri, qui venait d’entrer en politique, était dans le coup : «J’ai quatre enfants, dit-il. Quand ils sont allés à l’école, j’ai vu qu’il y avait un problème : 85 % d’étrangers dans les classes ! Comme leurs parents n’ont pas de boulot, ils végètent, ne s’occupent pas des enfants, et la violence juvénile s’installe. Nous ne voulons pas de ghettos, nous ne voulons pas de banlieues françaises !» Dix ans après la création de la section lucernoise, l’UDC est la première force politique du canton.
Corans clignotant, services à café ottomans, Jésus fluorescents, affichette d’Arta Bajrami, pop star albanaise dénudée… impossible de rater le bazar des frères Dubica, des Bosniaques de Sanski Most. Ils ont suivi la campagne et ses dérives xénophobes avec inquiétude : «S’il y avait une raison à cette flambée de haine, on comprendrait mieux, soupire Salih Dubica. Mais il y en a aucune. Les étrangers ne piquent le boulot de personne, puisque tout le monde en a un. D’ailleurs, les Suisses sont bien contents de trouver des bras pour la sale besogne. Je continue à dire “les Suisses”. C’est assez symptomatique, car moi aussi, je suis suisse !» Il a obtenu son passeport il y a deux ans, trois ans après avoir débuté la procédure – mais vit en Suisse depuis trente et un ans : «La citoyenneté, ici, ne permet pas de passer du bon côté, ce n’est pas suffisant.» Son frère, Enes, et lui mettent toute leur énergie, et leurs économies, dans la communauté islamique bosniaque d’Emmen, la principale organisation musulmane de la ville. Un cinéma a été racheté, transformé en mosquée, «sans un sous d’Arabie Saoudite», disent-ils. Mais le minaret risque bien de ne jamais voir le jour. Car l’UDC veille au grain. Le parti fait circuler une initiative pour interdire la construction de minarets en Suisse. «C’est la goutte d’eau, tranche le député Müri. Il faut savoir dire stop. Ces gens-là, on leur donne la main, ils vous prennent le bras.» Avec près de 200 000 signatures déjà recueillies, un référendum devrait avoir lieu l’an prochain.
Fatigue. Une autre initiative de l’UDC exige l’expulsion immédiate des délinquants étrangers. Dégradation terminale du climat politique ? Pas forcément. Prenez Lathan Suntharalingam et Ylfete Fanaj, une vingtaine d’années, tous deux Suisses. Le premier est né à Jaffna, Sri Lanka. La seconde à Prizren, Kosovo. Ils parlent un suisse allemand parfait, sont dégoûtés par la dérive droitière, se disent fatigués par la passivité des socialistes, «des intellectuels bien payés, coupés des réalités du monde». Alors, ils se lancent en politique : candidats, à Lucerne, sur une liste, les «Secondos», composée de représentants de deuxième génération d’immigrés. Avec un but : «Faciliter l’intégration, ouvrir le champ.» Ils n’ont aucune chance d’être élus. Mais ils ressemblent bien plus à la Suisse actuelle qu’à celle à laquelle se réfère Christoph Blocher.
Un article signé Serge Enderlin dans Libération

