vendredi 9 octobre 2009

A l'aéroport, des requérants abandonnent leur grève de la faim

MARIO TOGNI

GenèveASILE - Depuis mardi, neuf personnes refusaient de manger pour dénoncer des conditions de «détention très difficiles». Ils ont finalement renoncé hier.
La détresse de neuf requérants, actuellement au centre d'hébergement de l'aéroport de Genève Cointrin, se heurte à la logique implacable de l'asile en Suisse. Ces ressortissants ivoiriens, bangladais, congolais, libanais et indiens, avaient entamé mardi une grève de la faim pour protester contre leurs conditions de rétention dans la zone de transit, pouvant durer jusqu'à soixante jours. En vain. Hier, après avoir rencontré des responsables de l'Office fédéral des migrations (ODM), ils ont finalement décidé de recommencer à s'alimenter. Tout en assurant envisager de reprendre la grève de la faim dès lundi prochain si rien ne venait à changer.

En attente de renvoi

Dans une lettre en anglais, adressée lundi à l'ODM, les neuf requérants – la majorité d'entre eux est là depuis plus de trente jours, en attente de renvoi – faisaient part de leur situation: «La plupart d'entre nous avons des problèmes psychologiques liés à la détention et sommes sous traitement médical. Certains crient ou parlent tout seul la nuit. La situation est particulièrement difficile pour deux garçons de 17 ans. Nous ne sommes ni des voleurs, ni des terroristes, ni des criminels, de telles conditions violent totalement les droits humains.» Outre qu'on leur accorde le droit d'entrer en Suisse, ils réclamaient de pouvoir récupérer les téléphones portables et ordinateurs qui leur ont été confisqués récemment.
Hier matin, des responsables de l'Office des migrations se sont rendus sur place. «Nous avons parlé deux heures dans le calme, relève Marie Avet, porte-parole de l'ODM. Nous leur avons expliqué la procédure d'asile et qu'il n'était pas possible pour eux d'entrer en Suisse du point de vue de la loi. La possibilité d'obtenir une aide au retour leur a également été exposée.»
Quant aux téléphones portables et ordinateurs, l'ODM invoque des «raisons de sécurité». «Ce sont les directives, poursuit la porte-parole. En revanche, ils peuvent utiliser les téléphones de la police ou de l'ODM en ce qui concerne la recherche de documents pour la procédure.»
Une justification qui fait bondir Michel Ottet, de l'association d'aide aux requérants Elisa. «Je ne vois pas en quoi un téléphone ou un ordinateur pose problème. Ce qui est dangereux pour l'ODM, c'est qu'ils pourraient apporter des éléments d'information supplémentaires à leur dossier.» Il en veut pour preuve le fait que ce matériel peut être restitué une fois la procédure terminée. «Pourquoi serait-ce dangereux pendant la procédure et pas après?»


«Comme des lions en cage»

Sur le fond, il estime que «beaucoup de griefs des requérants sont fondés. Certes, les conditions d'hébergement se sont indiscutablement améliorées – le centre vient d'être réaménagé –, mais l'espace de liberté des requérants reste extrêmement restreint.» Ce que confirme Anne-Madeleine Reinmann, de l'Agora (Aumônerie genevoise oecuménique auprès des requérants d'asile), également présente à l'aéroport. «Il est très difficile de rester enfermé pendant deux mois. Les requérants tournent en rond comme des lions en cage, ils sont angoissés et dorment mal. D'autant plus que la plupart reçoivent des décisions négatives après trente jours.» Elle relève toutefois que les grévistes étaient soulagés d'avoir pu dialoguer avec l'ODM.


Visite annulée

Un autre élément a énormément surpris les deux militants. Hier matin, des députés du Grand Conseil – les membres des commissions des visiteurs officiels et des droits de l'homme – devaient venir inspecter les locaux. A la dernière minute, la visite a été annulée. Président de la commission des visiteurs, Eric Ischi s'en explique: «L'ODM a souhaité que nous reportions cette visite au vu de la situation et des auditions prévues avec les grévistes de la faim. Nous avons accédé à leur demande pour ne pas les braquer.»
Le député udéciste explique que la décision a dû être prise dans l'urgence, l'ODM ayant pris contact avec lui la veille au soir. «Certains membres de la commission auraient souhaité qu'on y aille quand même, mais il n'était plus possible à ce stade de nous réunir pour en débattre.»

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