vendredi 11 juillet 2008

Le Mexique, nouvelle route de l'exil cubain

De plus en plus, les Cubains cherchent à rejoindre les Etats-Unis par le continent. Pour ne pas être rapatriés. Un article d'Emmanuelle Steels pour 24 Heures.
Mais il y a un prix à payer: ils sont rackettés par la mafia, les narcotrafiquants… et la police. Témoignages.

Des Cubains sont interceptés par l’armée mexicaine à leur arrivée à Cancún. Quelque 10 000 Cubains seraient passés par le Mexique pour atteindre les Etats-Unis en 2006. En vertu de la politique des «pieds secs, pieds mouillés», ceux qui sont arrêtés en mer sont rapatriés sur l’île, alors que ceux qui touchent le sol américain obtiennent automatiquement un permis de séjour.
CANCÚN, LE 7 JUIN 2008 AP


L
es «90 milles» n’ont plus la cote: la distance qui sépare Cuba de la Floride s’est allongée pour les exilés cubains, qui effectuent désor­mais un détour par le Mexique. Là, ils tombent aux mains d’une police corrompue et de trafi­quants liés aux cartels de la drogue qui monnaient leur pas­sage à prix d’or. La route mari­time, plus directe, est sous étroite surveillance: c’est pour­quoi l’itinéraire mexicain est de plus en plus couru.
Selon les services consulaires américains, 10 000 Cubains sont passés par le Mexique en 2006, alors que 7500 se sont rendus directement en Floride. En vertu de la politique des «pieds secs, pieds mouillés», ceux qui sont arrêtés en mer sont rapatriés sur l’île, alors que ceux qui touchent le sol améri­cain obtiennent automatique­ment un permis de séjour. Cette norme a popularisé la voie ter­restre à travers le Mexique, un chemin pourtant semé d’embû­ches.
«J’ai dû me livrer aux autori­tés parce que les policiers mexi­cains m’avaient dévalisé», ra­conte Rafael Suarez-Remon, ex­professeur d’université à Cuba. Par téléphone, depuis la station migratoire (centre de rétention) de Tapachula, au Chiapas, il explique qu’il s’est fait voler près de 1000 dollars et qu’il n’a plus de quoi continuer sa route.
Alliance entre narcomilice et mafia de Miami

Et puis il y a l’irruption des cartels de la drogue, qui voient dans le trafic de migrants une nouvelle manne à exploiter. Le 12 juin dernier, 33 réfugiés cu­bains étaient kidnappés dans le sud du Mexique, semble-t-il par les Zetas, une milice liée aux narcotrafiquants. Quelques jours plus tard, les Cubains étaient repérés au Texas: d’après les passeurs, au­jourd’hui sous les verrous, l’ex­pédition aurait été financée par des organisations anticastristes de Miami qui baignent dans des activités aussi louches que des trafics d’armes et de drogues.
L’alliance entre la mafia cu­baine et les cartels mexicains n’est encore qu’une hypothèse étudiée par les enquêteurs. Ce qui est par contre avéré, c’est la corruption de la police. «On accuse les Zetas et la mafia cubaine, mais c’est une façon pour les autorités de détourner l’attention et d’éluder leur pro­pre responsabilité», explique Diego Lorente, de l’association d’aide aux migrants Sin Fronte­ras.
Un trafic très lucratif

Le phénomène est bien connu: pour les agents chargés de les surveiller, les Cubains sont une aubaine. Ils ont de l’argent. Dans les stations mi­gratoires, ils constituent une sorte de caste, mieux traitée que les migrants centraméri­cains, qui dorment par terre et dont la nourriture est ration­née.
L’Etat mexicain impose aux Cubains une amende de 5000 à 10 000 dollars et leur accorde un permis transitoire de deux semaines pour passer aux Etats­Unis. «Mais souvent, pour accé­lérer la procédure et les libérer plus tôt, le personnel mexicain les extorque», dénonce Emilie Joly, une Canadienne qui visite chaque semaine le centre de Tapachula pour le compte de l’ONG Fray Matias de Cordova. Pour les mafias comme pour les représentants de l’ordre, le tra­fic de Cubains s’avère lucratif.

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