lundi 7 juillet 2008

Homeira et Babak risquent la lapidation en Iran

A Lausanne, les parents, qui ont eu un enfant hors mariage, se battent contre leur renvoi. Dans leur pays, considérés comme un couple «adultère», ils risquent une mort horrible.
Un article de Philippe Maspoli dans 24 Heures.

Homeira, Babak et leur petite Chloé vivent dans un studio à Lausanne depuis octobre 2007. Le couple est arrivé en Suisse en 2006 et a séjourné dans différents centres de requérants. Aujourd’hui, l’Office fédéral des migrations estime qu’ils doivent retourner en Iran. Pour Amnesty International, la femme risque «au mieux», le fouet, au pire la peine de mort. LAUSANNE, LE 30 JUIN 2008 CORINNE AEBERHARD


On dirait une famille or­dinaire, un jeune cou­ple avec leur petite de 10 mois, Chloé. En réalité, dans leur minuscule studio lausan­nois de 17 m2 où ils vivent depuis octobre 2007, les parents font tout pour ne pas communi­quer leur angoisse à leur fille. «Quand je dors, c’est avec ce cauchemar. Je pleure souvent», raconte la maman, Homeira, 36 ans.
La jeune femme et son com­pagnon Babak, 38 ans, forment un couple «adultère» aux yeux de leur pays d’origine, l’Iran. Ils sont arrivés en Suisse le 18 jan­vier 2006 et ont séjourné dans des centres pour requérants d’asile à Bâle et à Bex. Mais Berne vient de leur refuser l’asile. Leur défenseur, Me Pier­re- Olivier Wellauer, bâtonnier des avocats vaudois entre 2002 et 2004, est scandalisé et in­quiet à la fois: «S’ils retournent dans leur pays, ils seront tous les deux lapidés. La seule chose qui les différenciera, c’est la po­sition de leur corps: avant qu’on lui lance les pierres, l’homme doit être enterré jusqu’à la taille, la femme jusqu’à la poitrine.» La petite famille place tous ses espoirs dans le recours que leur avocat a envoyé au Tribunal administratif fédéral.
Battue par son mari

A Sanandaj, dans le Kurdis­tan iranien, non loin de la fron­tière avec l’Irak, Homeira a été mariée: «C’était un mariage tra­ditionnel, avec un cousin. J’avais 16 ans, j’étais une gamine. J’ai été battue et trompée. J’ai es­sayé de divorcer, mais mon mari voulait me brûler le visage avec de l’acide.» En 2003, Homeira prend la fuite, en train et avec un faux passeport, pour la Tur­quie.
«Mon mari m’a retrouvée, il m’a menacée», raconte la jeune femme, forcée d’abandon­ner sa première fille, Tara, au­jourd’hui âgée de 12 ans.
La police la déplace alors dans un centre près de la capi­tale turque, Ankara, où elle ren­contre Babak. Lui aussi était marié, à Orumieh, dans le nord ouest de l’Iran, près de la fron­tière avec la Turquie. Mais il était surtout gardien de la Ré­volution, une organisation mili­taire qui est un des piliers de la République islamique. Il pen­sait ainsi gagner de l’argent tout en menant ses études d’in­génieur en télécommunications à Téhéran, mais il a déserté: «Je pensais m’occuper de commu­nication, mais on m’a affecté à des tâches de répression. Je n’ai pas accepté. Si je rentre, je suis considéré comme traître.»
Exécution «quasi certaine»

L’Office fédéral des migra­tions (ODM), lui, ne croit pas à une issue dramatique si le cou­ple rentre dans son pays. «Les craintes de Babak suite à sa désertion des gardiens de la Révolution ne représentent pas un motif pertinent en matière d’asile», affirme-t-il. En ce qui concerne la jeune femme, «son mari, qui avait retrouvé sa trace en Turquie, l’avait mena­cée de mort et avait les moyens de mettre sa menace à exécu­tion. Or il ne ressort pas du dossier qu’à l’époque il ait tenté quelque chose de concret à son encontre.» Ces arguments font bondir Me Wellauer: «Un gardien de la Révolution déserte et va ba­tifoler avec une femme qui a fui son mari… Il y a largement assez! Quant à Homeira, doit­elle véritablement aller jusqu’à subir l’exécution des menaces dont elle fait l’objet pour se voir reconnaître le statut de réfugiée? Il est regrettable que l’ODM feigne d’ignorer quel régime est réservé aux femmes adultères en Iran, alors que les médias ne cessent d’aborder le sujet. Sa condamnation à mort et son exécution ne sont ni plausibles, ni probables, mais quasi certaines.» Les parents, eux, ont encore une autre ques­tion en tête: que va devenir leur petite Chloé?

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