lundi 6 juin 2005

Quand on..NEM Tome 4

Image hébergée par www.image-dream.com

« Manger,
ce n’est pas le plus important.
C’est la tête qui ne va pas. »

Témoignages autour des personnes
ayant reçu une décision NEM
(Non-Entrée en Matière sur leur demande d’asile),
mises à la rue par les mesures fédérales d’allègement

Tome 4, 31 mai 2005

Il a habité plusieurs mois dans une localité du canton. Il a été mis à la rue, sommé de quitter son travail et son appartement, quitter ce lieu où il avait des amis, pour rejoindre Lausanne et le dispositif d’aide d’urgence. Peu avant, il avait voyagé sans titre de transport : son abonnement était échu, il aurait dû le renouveler ! Il avait reçu une amende, obtenu de la payer en plusieurs tranches. La première était réglée lorsqu’il a été mis à la rue. Sans moyens, il n’a pas payé la suite. L’amende a été augmentée des frais de rappel. Il est convoqué pour s’expliquer, je l’accompagne à la préfecture de son ancien district de domicile. Il m’en fait les honneurs : « Le responsable de la Gare était sympa, nous discutions souvent… Cette dame, là-bas au guichet, c’était ma voisine… Voici un raccourci pour aller à la préfecture… » . Mais la préfecture n’a pas d’état d’âme pour cet ancien habitant : il n’a plus ni salaire ni assistance, il n’a aucun titre de séjour, mais une amende à payer. Sans oublier les frais de rappel.
*
Plusieurs bénévoles s’inquiètent d’avoir perdu tout contact avec des personnes mises à la rue, qui venaient parfois au lieu d’accueil. Que sont-elles devenues ? Ont-elles trouvé une solution hors de Suisse ? Certaines qui ont tenté leur chance dans des pays voisins sont renvoyées… en Suisse ! Ou alors, ont-elles été arrêtées ? Et si oui : un ami, un bénévole peut-il en être informé, si ces personnes n’ont aucune famille ici ?
*
En accompagnant une personne frappée de « NEM », dans un état très préoccupant, jusque dans un service psychiatrique, ses ami-e-s suisses ont découvert que ce non-statut y est bien connu ! Pour une fois, il n’y a pas besoin d’expliquer au préposé ce qu’est une décision « NEM », ses conséquences concrètes, la mise à la rue… En effet, plusieurs personnes avec décision « NEM » sont hospitalisées dans ce service. Et voilà qu’au détour d’un couloir ou de la cafétéria, l’inespéré se produit : des retrouvailles ! Deux bénévoles rencontrent par hasard une de ces personnes, dont elles n’avaient plus aucune nouvelle depuis des semaines…
*
Ils sont plusieurs à le dire, quand ils essaient de dire ce qu’ils endurent, et qui dure : « Manger, ce n’est pas le plus important. C’est la tête qui ne va pas. »

*
Il y a un jeune homme, pas loin d’ici
dans une chambre d’hôpital ;
sans pays, rejeté par sa patrie d’Asie.
Et la Suisse n’a pas jugé bon
de lui donner l’asile.
Au contraire, c’est une « N.E.M »
qu’il a reçue de notre généreuse Helvétie.
Simple procédure administrative n’est-ce pas !?
Mais ce jeune homme, au bout de 12 mois
passés à errer, espérer,
marcher et attendre un retournement de situation,
cet homme s’est cassé !
D’ombre, il a désiré n’être plus que poussière.
Indésirable partout il a estimé que la mort aurait bien
une place pour lui.

Il ne mange plus, il ne boit plus
depuis plus de dix jours.

Son plan de vol, c’est lui qui l’a rédigé :
ce sera un vol aller simple pour la mort …
où il ne dérangera plus personne
ni Monsieur Blocher, ni Monsieur Mermoud,
ni les ronds de cuir bernois dans leurs bureaux feutrés.
Il y a un jeune homme pas loin d’ici,
dans une chambre d’hôpital ;
sans pays, rejeté par sa patrie d’Asie.
Il meurt à petits feux, victime sacrificielle
d’une loi illégale et inhumaine.

d’après Natasha de Félice
30 avril 2005

*
Deux centres logeant des requérants d’asile ont été fermés. Mesure d’économie : il y a moins de nouveaux requérants… et davantage de personnes mises à la rue ! Les quelques requérants qui y logeaient encore ont été déplacés. Le coup est dur pour leurs camarades mis à la rue depuis plusieurs semaines ou mois. En effet, leur seule chance de passer un moment sous un toit – pas la nuit, vu le travail des veilleurs, mais le jour – c’était d’espérer l’hospitalité des requérants encore « en centre ». Partager un repas chaud, se doucher, dormir quelques heures : un droit ? Non, juste un besoin, mais compris par les compagnons d’exil encore logés…
*
Une quinzaine de jeunes gens frappés de « NEM » sont dans une désolation complète, sans perspective, sans lieu… Plusieurs ont une interdiction d’accès à Lausanne. Il suffit semble-t-il d’être contrôlé 4 fois dans un même lieu « suspect », la gare CFF par exemple, même sans infraction, pour recevoir une telle interdiction. Les jeunes gens ne comprennent pas si cette mesure est définitive, ils ne savent pas où se renseigner, ni s’ils ont même le droit de le faire… Interdiction de passer à Lausanne mais obligation de s’y annoncer pour toucher l’aide d’urgence. Sinon, vous êtes passibles de prison. On n’est pas plus clair : Messieurs, soyez nulle part, disparaissez…

* * * * *
Merci d’avoir lu ces témoignages.
Les tomes 1, « Un seul programme, enlever la couleur » ; 2, « C’est arrivé près de chez vous ! » et 3, « Dans le froid – Hors du temps » sont encore disponibles. Vous désirez les recevoir ? Vous souhaitez être tenu-e au courant de la suite ?
Contactez-nous !
* * * * *
Editeur responsable :
Carrefour d’Associations NEM
c/o SOS-Asile Vaud
Adresse de contact :
Hélène Küng,
Alpes 24, 1006 Lausanne
021 320 98 75 ou 079 321 28 69
kung.jacqhel@urbanet.ch

Aucun commentaire: