dimanche 5 décembre 2010

Le camp de misère des Roms de Dijon

A quelques encablures du centre de Dijon, une soixantaine de Roms ont installé un campement "de fortune".

roms dijon

Depuis quelques semaines dans le quartier des Minoteries, le long de la voie ferrée un campement de roms s'est monté. Une soixantaine de personnes, des familles avec des enfants vivent dans une situation misérable et celà à quelques encablures du centre-ville. Vers le reportage et les vidéos de France3

C'est à la limite de Dijon, dans le quartier des Minoteries entre canal et voies ferrées que ces roms de Roumanie se sont installés depuis plusieurs semaines. Une soixantaine de personnes, dont des enfants en bas âge, qui vivent dans des conditions misérables. Des solutions seront apportées promettent les services de l'Etat et la mairie.

Ce bidonville est constitué de tôles et de cartons. Un abri bien léger en ces jours de grand froid. Mais ces Roms ne perdent pas espoir grâce à l'aide de particuliers et d'association qui viennent leur apporter des vêtements et de la nourriture. Des conditions que ces réfugiés trouvent tout de même plus supportables que celles qu'ils connaissent dans leur propre pays… Certains ont d'ailleurs déjà fait plusieurs fois le voyage depuis la Roumanie.

Des élus de la région ont été alertés et disent s'être emparés du problème. En ce qui concerne les besoins les plus urgents, douche, vêtements, nourriture…, des associations locales (Emmaüs, les Restos du cœur, le foyer Sadi Carnot, le Secours catholique, l'Entraide Protestante…) se sont déclarées prêtes à apporter leur concours.

France3 Bourgogne Franche-Comté

samedi 4 décembre 2010

L'étau se resserre autour du requérant d'asile Kader

Berne exige le licenciement de l’Ivoirien. Plus de 1700 personnes ont signé une pétition contre l’expulsion.

kader dosso 3

«Il était actif et assistait la collectivité. Il va devenir un assisté.» Dépité, fatigué mais pas résigné, le docteur à la retraite Paul Schneider continue de s’activer contre l’expulsion du requérant d’asile Kader Dosso. Cet Ivoirien de 33 ans, micromécanicien dans une entreprise de Sainte-Croix et pompier volontaire dans ce village où il réside, est l’objet d’une décision de renvoi de l’Office fédéral des migrations. Récemment débouté par le Tribunal administratif fédéral dans son recours, Kader Dosso voit l’étau se resserrer autour de lui.

L’employeur de Kader a reçu une lettre de Berne l’enjoignant de licencier l’Ivoirien au plus tard le 15 décembre. A cette même date, il doit aller au Service de la population à Lausanne pour rendre son permis N. Cette étape franchie, à tout moment, les gendarmes peuvent débarquer chez lui et l’amener dans un centre de rétention. En attendant son expulsion.

Seulement voilà: la Côte d’Ivoire est au bord de l’implosion. A l’issue du scrutin présidentiel, le pays se retrouve avec… deux chefs d’Etat. Dans une ambiance où les clivages entre le Nord musulman et le sud chrétien sont exacerbés. La guerre civile rode…

Malgré ce sombre décor, le docteur Paul Schneider, tête de pont de ceux qui s’opposent au renvoi de ce micromécanicien bien intégré à Sainte-Croix, a une lueur d’espoir. Lancée il y a dix jours, la pétition contre l’expulsion de Kader a recueilli 1771 signatures. «Cela prouve, se réjouit Paul Schneider, que notre action est l’expression de l’opinion de la communauté de Sainte-Croix et va au-delà. Parmi, les signataires et sympathisants, il y a des conseillers aux Etats et du National, le chanteur Michel Bühler et bien d’autres personnalités».

Et Kader Dosso dans tout ça? Une promotion attend le pompier volontaire, qui va passer, dès le 1er janvier, du détachement d’appui à celui du premier secours. Mais à cette date-là…

24 Heures

jeudi 2 décembre 2010

Délinquants étrangers: la Suisse respectera ses engagements européens

La Suisse respectera ses engagements à l'égard de l'Union européenne même si une votation (un référendum) organisée dimanche 28 novembre a vu se dégager une majorité en faveur de l'expulsion de tous les étrangers délinquants. C'est ce qu'a affirmé jeudi 2 décembre, à Bruxelles, Simonetta Sommaruga, conseillère fédérale (ministre) pour la justice et la police.

Des capitales dénoncent le caractère automatique, et sans recours possible, d'une mesure qui devrait, en principe, s'appliquer aussi aux citoyens de l'UE, alors que la Suisse a le statut d'Etat associé aux accords de Schengen sur la libre-circulation au sein de l'espace européen sans frontière.

Les directives européennes interdisent par ailleurs les expulsions collectives et les mesures discriminatoires. Or, le texte approuvé dimanche – et déposé par le parti populiste de droite UDC – ne tient notamment pas compte de la gravité des délits commis.

Respecter des obligations internationales

Mme Sommaruja a tenté, mercredi 2 décembre, de rassurer les ministres de l'intérieur des Vingt-sept, réunis à Bruxelles pour un conseil. Elle affirme qu'elle trouvera une solution qui permettra à la Suisse de respecter ses obligations internationales. Dans l'immédiat, le principe de la libre-circulation n'est pas remis en cause, assuré Mme Sommaruja. Elle ne cache toutefois que son pays va avoir des difficultés à "interpréter" le texte sans remettre en cause soit la décision populaire, soit les engagements européens de la Confédération.

Des experts du Conseil européen ont signifié dès le mois d'octobre à la Suisse que l'initiative de l'UDC contredisait la Convention européenne des droits de l'homme mais aussi l'accord de libre circulation des personnes signé en 1999 entre Bruxelles et Berne.

A ce stade, les Européens calment le jeu et affirment "examiner" le problème posé par la votation. Certains Etats semblent d'autant moins enclins à pénaliser Berne qu'ils sont eux-mêmes confrontés à certains mouvements populistes ou xénophobes et estiment ne pas avoir de leçons à donner à la Suisse.

A Bruxelles, des diplomates soulignent cependant, à mots couverts, que le vote intervenu dimanche pose clairement un problème juridique et politique qu'il faut régler, soit dans le cadre du comité mixte Suisse-UE, soit par une décision politique de Bruxelles qui pourrait, en théorie, aller jusqu'à rompre l'accord sur la libre-circulation des personnes, voire d'autres accords. Une perspective lointaine et, à ce stade, encore peu probable.

Jean-Pierre Stroobants dans le Monde

Affiches de campagne: JM Le Pen relaxé

Le tribunal correctionnel de Paris a relaxé le président du FN poursuivi pour provocation à la haine envers une religion.

Poursuivi par la Licra, soutenue par SOS Racisme et le journaliste algérien Mohamed Sifaoui, pour provocation à la haine envers une religion, le président du Front National Jean-Marie Le Pen a été relaxé ce jeudi par la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris.

La plainte de l'association visait des affichettes de campagne diffusées notamment sur internet et sur lesquelles on pouvait lire : "Non à l'islamisme". Ce slogan avait été lancé lors de la campagne des élections régionales de 2010 par le mouvement "jeunesse" du FN en région PACA.

Mais l'affiche litigieuse représentait également une femme voilée intégralement, derrière laquelle était représenté une carte de France recouverte d'un drapeau algérien, sept minarets en forme de missile étant placés de part et d'autre de l'hexagone.

Lors de l'apparition de ces affiches, le Front national avait été condamné à les retirer par le juge des référés du tribunal de Marseille, saisi par la Licra.

Le procureur Claire Donnizeaux avait dénoncé quant à elle "l'assimilation trompeuse entre islamisme et islam", lors de l'audience. Et avait requis contre l'élu un an d'inéligibilité, deux mois de prison avec sursis et 20.000 euros d'amende.

Nouvelle trouvée sur Metro

mercredi 1 décembre 2010

Un sans-papier meurt après deux tirs de Taser

L’homme âgé de 38 ans avait résisté à son interpellation par la police à Colombes, en France.

Un Malien de 38 ans en situation irrégulière est mort dans la nuit de lundi à mardi à Colombes (ouest de Paris). Il avait reçu peu avant deux décharges de pistolet à impulsions électriques Taser lors de son interpellation par la police.

Les faits se sont déroulés vers minuit quand la police a été appelée en raison d’un différend entre la victime et son ami qui l’hébergeait. Le sans-papiers s’est rebellé quand les policiers ont voulu contrôler son identité. Il a tenté de frapper l’un d’entre eux avec un marteau. Violent et de forte corpulence selon une source policière, l’homme a ensuite tenté de s’enfuir avant de blesser quatre des huit agents de police venus le maîtriser.

Les policiers ont fait par deux fois usage du Taser sans que les décharges ne semblent avoir eu d’effet sur lui. Mais l’homme a ensuite fait un malaise dans l’ascenseur, au moment où il était emmené au commissariat.

En Suisse romande, seule la police cantonale genevoise a équipé une partie de ses unités d’intervention du pistolet à électrochocs. Plusieurs polices de Suisse alémaniques ont aussi le Taser dans leur arsenal.

ATS / AFP relayées par 24 Heures

"Les migrants âgés sont souvent plus pauvres"

Les étrangers venus travailler dans notre pays après la guerre atteignent l’âge de la retraite. Un nouveau défi. Ils sont venus en Suisse pour travailler quelques années, mais ne sont pas repartis. Aujourd’hui, quelque 130 000 migrants ont atteint l’âge de la retraite. Une Conférence nationale a permis hier de faire le point sur leur situation. Judith Bucher, porte-parole de Pro Senectute, répond à nos questions.

Pourquoi s’intéresser à ces retraités?

Ils représentent une catégorie particulière. Ils ont exercé des métiers difficiles et présentent un risque accru de maladies et d’invalidités. Comme ils n’étaient pas toujours bien payés, ils ont davantage besoin des prestations complémentaires de l’AVS. Mais en raison de leur méconnaissance du système, ils ne les demandent pas forcément et courent un risque de pauvreté deux fois plus élevé que les Suisses. Enfin, ces personnes ont vécu de nombreuses années dans notre pays, sans y être forcément intégrées: quand elles sont arrivées, il n’y avait pas de politique d’intégration à proprement parler. Mais comme leurs enfants vivent ici, elles restent ou font des va-et-vient avec leur pays d’origine.

Que faut-il faire?

Jusqu’à présent, les structures d’aide à la vieillesse n’ont pas vraiment prévu une ouverture ciblée vers ces personnes. Elles doivent s’adapter à leurs besoins, les informer davantage et le faire dans leur langue. Il s’agit de travailler plus étroitement avec les organisations existantes comme les associations culturelles, les missions catholiques ou encore les syndicats. Cette population est aussi prise en charge par des structures comme les missions catholiques, avec lesquelles les autorités doivent collaborer. Nous avons enfin des jeunes migrants qui travaillent en Suisse: leurs compétences transculturelles peuvent servir de lien. Cette question va gagner en importance, puisque le nombre de migrants atteignant l’âge de la retraite va augmenter ces prochaines années. Nous serons aussi confrontés à de nouvelles populations d’étrangers venant des Balkans ou de Turquie, par exemple.

Pouvez-vous citer des solutions concrètes?

En Suisse alémanique, certains EMS ont créé des départements Méditerranée, où les employés parlent en italien. On y cuisine des plats du Sud, et les salles sont grandes, permettant les visites de familles nombreuses. C’est important car ces migrants n’ont pas toujours appris l’allemand. En Suisse romande, Pro Senectute Genève, la Croix-Rouge et la ville de Genève proposent avec «Seniors d’ici et d’ailleurs» un festival et des rencontres. Dans le canton de Vaud, les «quartiers solidaires» favorisent les rencontres entre jeunes et seniors de différentes cultures.

Caroline Zuercher dans 24 Heures


Bons plans santé pour la population migrante

prévention santé migrantsLe programme baptisé «Mon assiette, mes baskets» innove à la Borde en matière de prévention.

Danser la salsa, apprendre à cuisiner sans trop de graisse, marcher dans les rues de Lausanne: ce sont quelques-unes des activités qui sont proposées dès maintenant à la population étrangère de la Borde. Le quartier lausannois étrenne un projet pilote de promotion de la santé destiné aux migrants. Il s’agit d’une extension du programme de santé cantonal et fédéral, «Ça marche», qui fait déjà bouger les Suisses, trop sédentaires. «Nous savons que la population migrante, groupe vulnérable en matière de santé, n’a pas forcément accès aux activités de prévention proposées. Pour favoriser sa participation, il faut une offre spécifique», ont expliqué hier Jean-Christophe Masson, chef du Service cantonal de la santé publique, et Jean-Christophe Bourquin, directeur de la Sécurité sociale de la ville de Lausanne, lors d’une conférence de presse. Elle s’est déroulée à la Permanence Jeune Borde (Borde 49 bis), qui sera le point de ralliement de toutes les activités.

Lausanne est la première commune à financer un tel programme, d’autres devraient suivre. Son coût est de 50 000 francs par an à raison de 10 000 francs pour Lausanne et de 40 000 francs pour le canton et la Confédération.

Chargé de projet, Douglas Gonzalez, Suisse d’origine vénézuélienne, se réjouit de l’intérêt déjà manifesté. «Ce qui compte, c’est le contact avec les personnes pour les motiver. Se contenter de distribuer de beaux prospectus traduits dans diverses langues ne suffit pas!» affirme Douglas Gonzalez, qui a déjà mis sur pied, en guise de test, des groupes de marche dans le quartier de Vennes.

Intitulé «Mon assiette, mes baskets», le programme, mis en œuvre par les Ligues de la santé, cible l’activité physique, l’alimentation et l’information.

24 Heures

A propos du populisme

Jean-Michel Dolivo, avocat et député AGT-SolidaritéS, et Erik Verkooyen, évaluateur politique, sont les invités de la rubrique Réflexions du 24 Heures.

Les chiens sont lâchés, la pâture est jetée

jm dolivoL’initiative de l’UDC a passé! Les étrangers, responsables de tous les maux, chômage, précarité, insécurité, risques pour nos retraites, pénurie de logements… Le discours raciste – «Les étrangers, dehors!» – apparaît comme une réponse à toutes ces peurs. Une réponse à 100% fausse, mais qui marche… Une réponse, confortée par un contre-projet gouvernemental, véritable copie conforme de l’initiative, avec un vernis de civilité légitimant de fait la réaction xénophobe.

La campagne a été d’une violence extrême: amalgames et insultes vis-à-vis des étrangers. L’UDC ne s’arrêtera pas là: elle proposera la naturalisation à l’essai, le retrait de la nationalité ou l’expulsion systématique des sans-papiers.

La montée du racisme, en Suisse comme en Europe, est liée à la crise et à ses conséquences pour la majorité de la population. Qui va payer cette crise? Les banquiers, les spéculateurs, ceux qui ont accumulé des fortunes colossales, ou bien les salariés, les retraités, les jeunes? Des résistances collectives aux politiques d’austérité brutale menées par les gouvernements européens, de droite comme de gauche, se sont développées en 2010: grèves générales en Grèce, en Espagne, au Portugal, en France, manifestations de rue en Irlande et en Grande-Bretagne.

Jusqu’ici ces mouvements de très grande ampleur n’ont pas permis de stopper la machine à creuser les inégalités sociales, notamment vu l’absence de projet politique crédible pour un changement de cap radical. Les partis socialistes et les écologistes au pouvoir adhèrent sur le fond à un système dont ils tirent aussi profit: dernier exemple, celui du strapontin doré de 100 000 francs par an de Moritz Leuenberger, entré au conseil d’administration d’Implenia à peine un mois après avoir quitté le Conseil fédéral! Les salariés de la construction, qui luttent cette année pour une augmentation de 150 francs par mois apprécieront…

Une véritable course de vitesse est engagée: la politique xénophobe et les discours racistes sur les prétendus abus dont se rendraient coupables les étrangers constituent un banc d’essai pour la droite réactionnaire. Aujourd’hui les étrangers, demain les invalides et les chômeurs une fois encore, après-demain les retraités, les jeunes et les femmes! Dans les années 1930, les boucs émissaires étaient les Juifs, les Roms, les communistes! Cela a conduit au génocide et à la guerre.

Le contexte et les rapports de force sont aujourd’hui différents. Mais il est urgent de construire une autre réponse à la crise actuelle du capitalisme et à ses effets délétères. En s’opposant de manière déterminée à la régression sociale en marche, et non en se compromettant en permanence avec ceux qui la pilotent! En refusant une société fondée sur l’accaparement, par une toute petite minorité, de la très grande masse des richesses humaines et naturelles, pour construire ensemble un projet collectif fondé sur la justice, l’égalité et la solidarité.


Le populisme identitaire est même arrivé en Suède…

e verkooyenLa Suède, si souvent citée en exemple et marquée par un demi-siècle d’hégémonie sociale-démocrate, en est encore bouleversée: les Démocrates suédois, honnis par l’ensemble de l’establishment, ont accédé au parlement lors des élections de fin septembre et contraint le gouvernement de centre-droite sortant au règne minoritaire.

Qualifié d’extrême droite, ce parti s’est profilé sur les thèmes de l’immigration et surtout d’une islamisation présumée, à l’image de Geert Wilders aux Pays-Bas. Son leader, Jimmie Åkesson, aux allures de courtier en assurances, n’a pourtant rien à voir avec son sulfureux homologue néerlandais, même si son parti s’inscrit bien dans une logique de droite identitaire conservatrice, donc souverainiste et eurosceptique.

Pour mieux comprendre l’ampleur du séisme, il faut savoir que l’échiquier politique suédois, plus à gauche qu’en Suisse, n’avait cessé de rétrécir. La gauche est devenue pragmatique, et la droite ne remet plus l’héritage social en question. Dès lors, les sept (!) partis qui composent les deux blocs, emmenés par les sociaux-démocrates et les bien nommés Modérés (30% chacun), rivalisent de centrisme et ne couvrent guère plus de terrain idéologique que nos PS et PDC réunis, le chant de L’Internationale et le catholicisme en moins.

Ce tassement reflète bien la mentalité suédoise et un mot propre au pays, lagom , signifiant quelque chose comme «le juste milieu souhaitable». Medelsvensson , le Suédois moyen (et ils sont très nombreux à correspondre au signalement!) est aujourd’hui un centriste conformiste à fibre sociale, politiquement correct, très fier de son pays, et tout sauf porté à l’extrémisme.

L’immigration croissante et les revendications des musulmans ont cependant fini par mettre à mal son paisible paradigme consensuel. D’autant que, littéralement taboues, ces questions n’ont jamais pu être apprivoisées par un débat public digne de ce nom, ce qui a préparé l’avènement d’un mouvement populiste, assez téméraire pour s’en emparer. Il faut dire que rien ne lui a été épargné: agressions physiques, sabotage, black-out médiatique. Or, comme nous le savons bien en Suisse, ces méthodes sont contre-productives.

Ainsi, l’islam s’impose désormais comme un véritable enjeu politique en Occident, lié à trois facteurs: l’actualité mondiale, l’attitude des musulmans dans nos pays et l’essence justement politique de cette religion. Que les pays progressistes par excellence comme la Suède, le Danemark et les Pays-Bas, traditionnellement si ouverts et tolérants, épargnés de tout extrémisme jusqu’au XXIe siècle, en arrivent à le thématiser, voilà qui en dit long sur le déclin de l’idéal multiculturaliste.

* L’auteur a grandi en Suède, et notamment participé à la rédaction de Religion and Politics: Islam and Muslim Civilisation, des professeurs Jan-Erik Lane et Hamadi Redissi (Ed. Ashgate, 2004).

Extrait du 24 Heures

Le port du voile à l'école vaudoise ne sera pas interdit

burki voile école vaudoise

Bürki dans 24 Heures

mardi 30 novembre 2010

Le HCR interpelle la Suisse

Suite aux votations de dimanche, le porte-parole du Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés a demandé mardi à la Suisse de ne pas remettre en cause "le principe fondamental de non-refoulement".

Le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) a lancé mardi publiquement un appel à la Suisse de ne pas remettre en cause le principe de non-refoulement, après la votation sur le renvoi des étrangers criminels. Le non- refoulement est un principe fondamental du droit international, a affirmé un porte-parole.  «Le HCR demande aujourd’hui au gouvernement suisse de garantir que le principe de non-refoulement ne soit pas remis en question par le débat en cours sur les expulsions sur les criminels étrangers», a déclaré à la presse à Genève le porte-parole du Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés, Adrian Edwards.

Le principe de non-refoulement est un principe fondamental du droit international, a expliqué le porte-parole. «Il existe afin de garantir qu’aucun réfugié ou requérant d’asile ne soit renvoyé dans un pays où il encourt de sérieux risques, comme la persécution, la torture et un traitement inhumain ou dégradant», a-t-il ajouté.

Pour qu’un système d’asile soit effectif, les cas doivent être examinés individuellement. Des garanties légales doivent être prévues pour éviter des renvois forcés dans des pays comportant des risques, a poursuivi le porte-parole du HCR.  «Tout automatisme à cet égard serait en désaccord avec les règles fondamentales de l’état de droit», a averti Adrian Edwards. La Suisse a ratifié la Convention de 1951 sur les réfugiés et doit pleinement la respecter, a rappelé le HCR. L’agence de l’ONU avait déjà exprimé sa préoccupation lundi après l’acceptation de l’initiative dimanche.

ATS et 24 Heures

"Je donne une voix à la peur"

alexander segertAlexander Segert est le communicateur de l’UDC. Cet Allemand de Zurich s’explique sur ses méthodes et ses convictions au lendemain d’une nouvelle victoire.

Alexander Segert, au lendemain de cette victoire, quel regard portez-vous sur la campagne?

Le plus surprenant a été de voir nos adversaires incapables de mettre en place une communication pour le contre-projet. Certains élus du PLR et le Conseil fédéral se sont exprimés dans les médias, mais c’était brouillon. Ils ne savaient pas vraiment ce qu’ils voulaient dire. Avec l’UDC, on sait toujours ce qu’elle va dire.

Comment fait-on pour arriver au message, au slogan qui fait gagner?

Que voulez-vous vraiment dire? C’est la question essentielle. Avec le client, j’échange des idées et des propositions jusqu’à ce qu’il parvienne à définir précisément le but qu’il poursuit, la position qu’il va adopter et le message qu’il veut communiquer. C’est comme une orange qu’on presse jusqu’à la dernière goutte: la quintessence de l’orange. C’est souvent beaucoup d’effort.

Vous avez conçu deux campagnes: une pour le oui à l’initiative, l’autre pour le non au contre-projet?

Dans la rue, la plupart des gens jettent un regard sur une affiche pendant une fraction de seconde, puis ils passent à la suivante. Si vous proposez une affiche qui dit «Oui – Non» cela ne fonctionne pas. Il faut être clair.

Vous revendiquez la méthode du KISS, soit le «keep it simple and stupid» (reste simple et stupide)…

… C’est une bonne formule, et j’aimerais l’avoir trouvée. Mais le «S» ne signifie pas toujours stupide, cela peut-être smart ou short !

Mais peut-on réduire la politique à «simple et stupide»?

Je ne fais pas de la politique mais de la pub. Et les gens doivent pouvoir comprendre. Un enfant de 12 ans comme une grand-maman. C’est d’ailleurs elle qui va voter. La force des campagnes de l’UDC est de s’adresser à des gens à qui les autres partis ne savent plus parler.

segert affiches udcA force de raccourcis, vos affiches sont perçues comme racistes…

Nos adversaires disent cela: c’est le jeu politique. En conscience, nous lançons une campagne qui va susciter un débat. Et que font nos contradicteurs? Au lieu de développer de bonnes idées, une meilleure affiche, ils font la morale. «Cela ne se fait pas!» «C’est interdit!» En politique, on ne gagne pas avec des interdits mais avec les meilleurs arguments.

Comprenez-vous que des gens se sentent discriminés par vos affiches?

Oui. Car nous n’avons pas de tabous. Le fait est que l’UDC met en lumière des thèmes que les autres ne veulent pas toucher. Parce qu’ils sont douloureux: les étrangers criminels, l’islam radical ou les abuseurs des assurances sociales. Mais je ne fais pas de la discrimination, je donne simplement une voix à la peur, je la rends compréhensible.

N’est-ce pas exacerber les peurs?

Nous les rendons simplement visibles. On nous a dit que les minarets n’étaient pas un problème. Une majorité de Suisses ont voté et exprimé le contraire. Si la peur n’était pas là, enfouie, nous n’aurions pas pu gagner. Et nous n’avons pas pu la créer en six semaines de campagne. Notre devoir est de lui donner une forme et un visage. C’est ce que nous avons fait avec les moutons noirs et Ivan S. «Oui, c’est ça le problème», disent les gens.

Où se situe la frontière du «politiquement correct»?

La frontière c’est la loi, qu’il faut respecter, et l’insuccès. Je ne ferais jamais rien si je ne suis pas persuadé que je vais gagner.

Pas de tabous?

Non. Le succès et la loi sont les seules limites .

Le style visuel de vos affiches est, historiquement, connoté propagande nazie. Sans scrupule?

Je ne m’occupe pas du passé. Je m’intéresse aux problèmes d’aujourd’hui et je leur donne une forme. De toute façon, dans le langage de la pub et de la communication, tout a déjà été fait par le passé. Ce genre de critiques est aussi une manière d’interdire la parole. Cela fait partie du jeu politique, mais il ne faut pas se laisser déstabiliser.

Qu’est-ce qui vous fait aimer la communication politique?

C’est la plus intéressante. Le commercial vend du rêve, un monde imaginaire: une montre ou une automobile… En politique, il faut se concentrer sur des problèmes réels: la criminalité, la fiscalité. C’est du concret. Le challenge est aussi d’arriver à intéresser l’homme de la rue à quelque chose qu’il n’aime pas: la politique. Et le convaincre de prendre position, ce qu’il déteste faire, puis d’aller voter. Une campagne dure six semaines, et le dimanche de votation, on connaît tout de suite le résultat. Gagné ou perdu. La campagne était bonne ou mauvaise. C’est brutal, mais excitant.

Le style Segert, c’est la provocation? segert citations

C’est toujours le client qui définit le message. La provocation doit être utilisée à bon escient. Quand il y a un tabou, un problème que personne ne veut voir. Quand les médias et tous les autres partis sont contre nous, nous devons donc frapper fort pour nous faire entendre de la population.

Vos campagnes ont modifié la communication politique en Suisse!

La pub n’est que le messager. C’est l’UDC qui a fait le premier pas. Ce parti s’est imposé en s’emparant de thèmes dont les autres ne voulaient pas. Seul, il a eu le courage d’en parler et de camper sur ses positions même quand toute la classe politique le critiquait. Autrefois, le PS a eu du courage. Aujourd’hui, il recommence à en avoir avec la thématique fiscale. La force, le courage de ses convictions et la volonté de les défendre: c’est ce qu’il manque aux partis du centre. Je le constate quand je travaille avec des élus bourgeois, non UDC, dans des comités interpartis. Ils sont souvent d’accord avec un message, mais ce sont eux qui proposent de le nuancer sous prétexte que «ça ne se dit pas…»

Etes-vous toujours d’accord avec les idées de l’UDC?

Oui, la plupart du temps. Mais en premier lieu, ce sont les thèmes qui m’intéressent. Comment vais-je faire pour créer le débat et imposer les idées. Puis il faut avoir envie de gagner, car l’intensité est grande. L’engagement personnel est donc indispensable.

Vous ne pourriez donc pas travailler pour le PS?

Si. Et cela m’intéresserait de travailler sur des thématiques du PS ou des Verts. Mais je me pose la question: mon engagement personnel et ma motivation seraient-ils suffisants pour que je donne le meilleur et les fasse gagner?

Xavier Alonso (textes) Florian Cella (photos) dans 24 Heures


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