vendredi 1 septembre 2006

Il faut cesser la spirale du durcissement

Dans 24 Heures, l'intervention de Mgr Genoud, dans le cadre des votations du 24 septembre. Un article signé Laurence Arthur.


PRISE DE POSITION Mgr Bernard Genoud estime que les citoyens sont responsables puisqu’ils disposent aujourd’hui du choix de dire non. (Georges Meyrat)

Au hameau frontalier de La Cure, l’évêque des diocèses de Lausanne, Genève et Fribourg a milité pour un rejet des lois concernant les étrangers. Monseigneur Bernard Genoud a lancé son plaidoyer pour le 2 x Non aux lois fédérales sur les étrangers et sur l’asile sou­mis en votations populaires le 24 septembre prochain. Hier, il a invité la presse au hameau au nom approprié de La Cure, dans le restaurant qui présente la singularité de se trouver à la fois sur les territoires Suisse et Français et surtout, d’avoir été un lieu de passage clandestin des réfugiés durant la seconde guerre mondiale.

— Pourquoi vous, homme d’Eglise, intervenez-vous publiquement dans ce débat politique?

En 2000, les évêques suisses ont demandé pardon pour les erreurs commises durant la se­conde guerre mondiale. Ne commettons pas à nouveau de faute. A l’époque, nos parents ou grands-parents avaient l’excuse de l’ignorance. On ne leur avait pas demandé de se prononcer sur l’accueil des Juifs. Aujourd’hui, nous avons le choix de dire non. La déci­sion sera inscrite dans les ar­chives. Alors, je ne suis pas sûr que les générations futures auront la consolation de nous attribuer une circonstance at­ténuante.

— Au-delà des idéaux huma­nistes et chrétiens, com­ment répondre aux problè­mes concrets. Dans le cas du viol de la fillette par deux enfants aux Grisons, Chris­toph Blocher a mis en avant la nationalité des jeunes agresseurs albanais à l’ap­pui de son argumentaire…

— Cette instrumentalisation est malhonnête. Nous avons les mêmes problèmes avec nos propres enfants, certifiés AOC. Rappelez-vous cette agression sexuelle (n.d.l.r.: enfant de onze ans violée par quatre élè­ves du collège chic de Flori­mont à Genève en 2002). Les agresseurs n’étaient pas des étrangers. Il faut avoir le cou­rage de reconnaître les problè­mes de la jeunesse.

— Comment imaginer une amélioration de la situation ici en Suisse, dont les effets pourraient être mesurés à court terme?

— Il faut cesser la spirale du durcissement. Je ne vois pas en quoi cela résout la problé­matique. Dans cette révision, l’examen d’un cas en 48 heures ne permet pas une évaluation. Elle met une pression terrible sur le fonctionnaire. Il faut développer certains services dans le sens d’un renforce­ment de l’accueil sans focaliser sur les centres de réfugiés et les prisons. A l’instar de l’exemple de Zurich, où les réfugiés reçoivent 1000 francs pour effectuer des travaux d’utilité publique, ce qui les rend heureux. Le travail est l’espoir de l’homme.

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Monseigneur Bernard Genoud, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, recommande de voter deux fois non aux lois sur l'asile et les étrangers soumises en votation le 24 septembre. Il a exhorté les chrétiens à ne pas fermer les portes de la Suisse. Interview de Mgr Bernard Genoud.

Des voix protestantes critiquent le manque de coordination dans une campagne dispersée. De son côté, Mgr Genoud s'est rendu à la Cure (VD), lieu de passage des réfugiés durant la deuxième Guerre mondiale, pour rappeler l'engagement de l'Eglise catholique contre les révisions.

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