mardi 20 février 2007

Les politiciens (de l'UDC) «exagèrent» le problème de la criminalité juvénile

Lire le dossier de Swissinfo swissinfo - Le psychothérapeute Alan Guggenbuhl estime que les politiciens exagèrent le problème de la criminalité juvénile.
Les jeunes, en particulier les étrangers, sont les otages du discours des politiciens en cette année électorale, estime Allan Guggenbühl, psychothérapeute spécialiste de l'enfance et de l'adolescence.

Une pétition émanant des milieux xénophobes contre la violence et la délinquance juvénile

Lire le dossier de Swissinfo swissinfo - Une p�tition de plus de 30'000 signatures contre la violence et la délinquance juvénile.
«Sécurité pour tous», une association proche de la droite nationaliste, demande à l'Etat des mesures contre la violence et la délinquance juvénile. Elle a remis une pétition.

Christoph Blocher collabore avec l'Union européenne pour expulser des étrangers

Lire l'article de Valérie de Graffenried dans le Temps Le Temps - Suisse
L'UE organise, via un projet pilote, des vols communs pour rapatrier de force des clandestins récalcitrants. La Suisse y participe. Elle y trouve un avantage pécuniaire, ses propres «vols sous la contrainte» avoisinant souvent les 100000 francs.

Avenir du centre de requérants d'asile de Bex

Lire la dépêche de l'ATS Bluewin Infos - Avenir du centre de de Bex
La municipalité de Bex (VD) n'est pas satisfaite des propositions du Conseil d'Etat concernant l'avenir du centre de requérants d'asile de la localité. Elle souhaite poursuivre les négociations avec le canton.
Sur le même sujet, le dossier de la RSR (avec séquences audio)

lundi 19 février 2007

La lutte contre le racisme change le ton de sa voix

Etudiante en sciences politiques à l’UNIL, Emilie Graff est la nouvelle secrétaire de la section vaudoise de la Licra. Interview.
A 23 ans, elle devra encore rédi­ger son mémoire, qui traitera des prises de paroles de mi­grants dans la presse féminine. Emilie Graff, en cinquième an­née de sciences politiques à l’UNIL, fonctionne depuis le dé­but du mois comme secrétaire générale de la section vaudoise de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Li­cra), présidée par l’ancien méde­cin cantonal Jean Martin.
– Comment êtes-vous arrivée à ce poste?
– Je suis actuellement en stage auprès de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR). C’est là que j’ai repéré la mise au concours de cette place de secré­taire à temps partiel, qui s’inscrit parfaitement dans la lignée de ce que je fais ici.
– Quelles sont les activités qui vous intéressent le plus?
– A l’OSAR, nous travaillons sur­tout dans le domaine de la for­mation et de la prévention, prin­cipalement dans les écoles ou dans les administrations publi­ques. De même, la Licra se con­centre beaucoup sur les actions en amont. Elle se distingue en cela d’ACOR — SOS racisme, plu­tôt spécialisé dans les réactions suite à des plaintes ou des com­portements racistes.
– Les jeunes sont-ils sensibles aux problèmes que vous leur exposez?
– Enormément. Ils se montrent très intéressés et participatifs. Le thème des migrations les touche de près, mais en général ils ne connaissent pas le parcours d’un requérant, et n’imaginent pas ce que signifie l’exil. Ils posent tou­jours des questions pertinentes.
– En quoi consiste votre tra­vail à la Licra?
– En premier lieu, bien sûr, tou­tes les questions administratives et les contacts avec Licra Suisse et d’autres organisations qui par­tagent nos intérêts. Mais je m’oc­cupe aussi de gestion de projets, de mise en oeuvre d’actions de sensibilisation.
– Pensez-vous faire carrière dans ce milieu?
– Je souhaite en tout cas conti­nuer dans le domaine social. Mais le racisme n’est pas un mécanisme unique: certains manquements aux droits des femmes suivent le même prin­cipe. C’est aussi l’un de mes inté­rêts.

samedi 17 février 2007

Tu représentes rien!

Lire l'article dans le Matin Le Matin -
SION (VS) Avec «Hors sujet», le rappeur Anonym, alias Abdulla Mala, allume Stress: «Qui il est pour parler de la rue?»

Ecoutez le rap d'Anonym

Interdiction générale de la burka: le Conseil fédéral est contre

Lire la dépêche de l'ATS Bluewin Infos -
La Suisse ne va pas interdire le port de la burka dans les espaces publics. Le Conseil fédéral refuse cette mesure au nom de la liberté religieuse. Pas question non plus de recourir à des sanctions si davantage de femmes se couvraient entièrement le corps et la tête.

Irak: 'hausse dramatique' du nombre de réfugiés irakiens en Suisse

Lire la dépêche de l'ATS Bluewin Infos -
Les violences en Irak poussent de plus en plus de personnes à l'exil. En Suisse, le nombre de requérants d'asile irakiens a presque doublé l'an dernier, a déclaré le porte-parole de l'Office fédéral des migrations (ODM), Dominique Boillat.

vendredi 16 février 2007

Comprendre pour mieux intégrer

Lire l'édito de Thierry Meyer dans 24heures 24heures en ligne - www.24heures.ch - edito 160207
Il y a eu l'époque des «Yugo-Rasers» (les chauffards yougoslaves, en allemand dans le texte), chaque jour ou presque en première page des journaux alémaniques. Aujourd'hui, le viol collectif de la banlieue zurichoise, la castagne de Monthey, le cutter du MacDo, tant d'affaires accréditent la conviction que «jeunes criminels» et «Balkans» sont forcément synonymes. Une thèse que le monde politique discute, développe, et assortit de propositions d'actions.

Nous avons voulu savoir. Sans préjugés, juste des faits, le parler vrai des principaux concernés, le regard de spécialistes. L'enquête que nous publions brise les certitudes, nuance les impressions. Car rien n'est simple dans ce phénomène qui raconte autant les aléas de l'intégration que l'histoire récente de notre continent.

Non, nos prisons ne regorgent pas de jeunes Balkaniques. S'il y a un problème «d'étrangers» dans nos unités carcérales, ce n'est pas de l'Est qu'il vient. Oui, certains de ces déracinés qui ont fait de la Suisse un havre privilégié reconnaissent, une pointe d'ironie au fond des yeux, qu'il leur arrive d'être violents, atavisme communautaire resté collé à leurs bagages. Surtout, tous nous rappellent, en filigrane ou de manière explicite, qu'ils portent encore en eux une cicatrice que notre confort, amnésique notoire, a déjà éradiquée de notre mémoire: la guerre, sanglante, la haine absolue de l'autre, les images insoutenables, le souvenir d'avoir tué, la destruction.

Dans ce contexte, comment ne pas comprendre que le grand écart sociétal et, souvent, intergénérationnel, qui frappe ces immigrés puisse déboucher sur quelques problèmes? Comprendre n'est pas excuser: ceux qui fautent doivent répondre de leurs actes. Mais s'en préoccuper, ce n'est pas, contrairement à ce qu'imaginent les théoriciens des solutions toutes faites, donner dans l'épuration ethnique statistique. Mieux intégrer, c'est un travail constant, patient, subtil, par la langue, par la socialisation, la formation, l'éducation, et par la prise en charge ferme des cas difficiles. Un travail de l'ombre, loin des slogans.

Violents nos Balkaniques? Enquête et témoignages


Lire l'excellent dossier de 24heures 24heures en ligne - www.24heures.ch - kosovo suisse 160207
Le 13 janvier, seul 5% de la population carcérale vaudoise était composée de ressortissants de l’ex-Yougoslavie. Un chiffre qui contredit le tableau du Balkanique bagarreur.

Avec eux, le chef de la police criminelle de Zurich se dit prêt à des mesures drastiques: «Expulsion de toute la famille», pour en finir avec les «jeunes délinquants des Balkans.» L'UDC les a dans sa ligne de mire et n'en rate pas une pour stigmatiser l'appartenance ethnique des criminels.

Plus violents que les autres, moins «intégrables», les jeunes d'ex-Yougoslavie? «Il s'agit d'un jugement à l'emporte-pièce, avec une énorme dose d'électoralisme», estime Olivier Guéniat, chef de la Sûreté du canton de Neuchâtel.

Faute de statistiques, nous avons demandé au Service pénitentiaire vaudois d'opérer un simple calcul: En ce 14 février 2007, combien de jeunes des Balkans (ex-Yougoslavie et Albanie) figurent au nombre total de vos prisonniers? La question a commencé par faire frémir Catherine Martin, cheffe du service pénitentiaire vaudois: «Un tel chiffre ne dit rien sur le type de délit et il est aisément manipulable.» La réponse, en fin de compte, a simple valeur d'instantané: «Sur 650 détenus présents dans les prisons vaudoises, 32 sont des jeunes de 18 à 30 ans, d'origine des Balkans: 8 Albanais, 3 Bosniaques, 9 du Kosovo, 2 Macédoniens et 10 Serbes.» Et Catherine Martin de préciser aussi vite: «Si nous faisons cette photographie dans six mois, elle pourrait rester dans cette proportion. Sauf si une affaire venait changer le paysage, avec l'implication, par hypothèse, de personnes originaires des Balkans.»

La cheffe du Service pénitentiaire vaudoise rappelle que la Suisse a connu un pic de criminalité «balkanique» au sortir immédiat des guerres de l'ex-Yougoslavie. Désormais, en termes quantitatifs, les prisons vaudoises ont une plus forte représentation de ressortissants d'Africains de l'Ouest.

Pour Olivier Guéniat, «les chiffres au niveau carcéral donnent une fausse image.» A l'unisson avec Catherine Martin, il montre que ce calcul fait l'impasse sur les catégories de délits. Pour ce criminologue, la surpopulation étrangère en milieu carcéral s'explique par le système pénal helvétique. Il ne favorise pas la réinsertion des prisonniers d'origine étrangère, les condamnant à la prison ferme, faute d'alternative sociale. Olivier Guéniat fustige surtout toute l'approche culturaliste et ethnique du crime: «Pour déterminer le profil d'un délinquant, il y a 170 facteurs variables. La variable «immigration» n'en est qu'une parmi toutes les autres.» Cette théorie, appliquée aujourd'hui dans le profilage des criminels, s'est élaborée entre les années 1900 et 1940 aux Etats-Unis et en Europe.

L'histoire et les traditions d'une communauté peuvent toutefois déterminer, en partie, le comportement de l'individu. Non? «Ne nions pas le choc culturel, répond Olivier Guéniat. Mais c'est trop facile, face à un crime, de dire: «C'est dans leur culture!» C'est ainsi faire injure à un nombre de personnes qui réussissent à adopter les nouveaux codes culturels de leur société d'accueil. On stigmatise toujours par rapport au fait judiciaire.» Le chef de la Sûreté neuchâteloise renvoie les Suisses aux années de forte immigration italienne: «On disait des Italiens qu'ils étaient des bagarreurs au sang chaud. Ne sont-ils pas intégrés, aujourd'hui?»
Le Kosovo et la Suisse, une relation particulière



Un Kosovar sur dix vit en Suisse. Ici, une personne sur quarante est de langue et de culture albanophone. «Du fait de cette forte présence, il existe un lien extrêmement puissant, relève Bashkim Iseni, spécialiste des diasporas des Balkans. Rien qu'au niveau de l'architecture, au Kosovo, on parle de «toits suisses» et de nombreux restaurants ont des noms de villes helvétiques. Quant à l'épicerie du coin, elle s'appelle Migros.»

Les liens particuliers qui unissent l'ex-province yougoslave à la Confédération remontent à 1965. A cette époque, Berne signe un accord bilatéral avec Belgrade. «La Suisse avait besoin de main-d'œuvre, les Italiens ne suffisaient plus et il n'y avait pas encore assez d'Espagnols et de Portugais», explique l'écologiste Ueli Leuenberger, fondateur de l'Université populaire albanaise de Genève. La Yougoslavie, elle, avait besoin de devises étrangères. La Suisse compte alors environ 10 000 ressortissants des Balkans, principalement Serbes, Croates et Slovènes. Des saisonniers commencent à arriver, avec l'interdiction d'amener leur famille. «Ils viennent principalement des régions albanophones, du Kosovo, de Macédoine ou du sud de la Serbie, parce ce sont les plus pauvres», observe Bashkim Iseni.

Puis les Balkans s'embrasent. Les déserteurs qui refusent de servir dans l'armée de Milosevic viennent chercher refuge en Suisse. Suivent des dizaines de milliers de personnes qui arrivent notamment par le biais du regroupement familial. Selon Ueli Leuenberger, la Suisse devient une sorte d'arrière-pays économique, social et parfois même militaire de l'ex-province yougoslave.

Aujourd'hui, sur les deux millions d'habitants que compte le Kosovo, 200 000 vivent ici. «Dès qu'il se passe quelque chose là-bas, ça a des retombées chez nous», souligne l'écologiste. Ce qui explique l'intense activité diplomatique déployée par la Confédération dans la région. Un contingent de la Swisscoy de plus de 200 soldats participe aux opérations de maintien de la paix au sein de la force internationale, dans le sud est de la région. Et la Suisse avait fait sensation en été 2005, en tant que tout premier pays à se prononcer en faveur de l'indépendance du Kosovo, par la bouche de sa ministre des affaires étrangères Micheline Calmy-Rey.
Un thème politique central qui divise cantons et Confédération

BERNE La violence des jeunes est au menu des entretiens de Watteville.


Le climat, l'énergie et surtout la violence des jeunes. C'est le programme des entretiens de Watteville, qui réunissent aujourd'hui le Conseil fédéral et les partis gouvernementaux.

A cette occasion, nos politiciens devraient vraisemblablement aborder la possibilité de créer une catégorie à part dans les statistiques sur la violence et sur les bénéficiaires de l'aide sociale: celle des naturalisés depuis moins de cinq ans. Cette proposition extrêmement controversée fait l'objet d'une motion, déposée par le conseiller national Thomas Müller (PDC/SG) et soutenue par le président du PDC Christophe Darbellay.

A Berne, un groupe de travail se penche sur le problème des ados récalcitrants depuis la fin de l'année dernière. «La question que nous allons aborder aujourd'hui est de savoir si la Confédération doit agir ou si les cantons et les communes sont en mesure de gérer seuls ce problème», précise Oswald Sigg, porte-parole du Conseil fédéral. Cette interrogation est déjà au cœur d'une dispute entre les différentes autorités.

Tout a débuté il y a deux semaines, lorsque le conseiller fédéral Christoph Blocher est intervenu dans la presse dominicale. Il a préconisé différentes mesures pour lutter contre les ados difficiles - comme des polices spéciales, des brigades des mineurs et des patrouilles dans les écoles.

La réponse ne s'est pas fait attendre. Une semaine plus tard, la Saint-Galloise Karin Keller-Sutter lui a rétorqué, toujours dans la presse, que de telles décisions relevaient de la compétence des cantons. La radicale, également vice-présidente de la Conférence des directeurs cantonaux de Justice et police (CCDJP), précisait dans nos colonnes que la plupart des mesures préconisées par Christoph Blocher sont déjà appliquées. A l'exception des patrouilles scolaires, que la Saint-Galloise n'estiment pas nécessaires. Bref, la Confédération n'aurait pas à se saisir du dossier.


«Bagarreurs, nous? Y a du vrai»

TÉMOIGNAGES Dans deux bars, à Lausanne et à Vevey, la parole aux concernés.

NICOLAS VERDAN

VEVEY: Au Silver, Sania et Philippe évoquent, sur le mode de l’ironie douce-amère, les années de guerre qui ont vu éclater leur patrie yougoslave. Elle est Bosniaque, il est Croate. Ils résistent encore tous les jours à cette déchirure qui les a surpris à l’âge de leurs 20 ans. Désormais, ils accomplissent leur destinée en Suisse, décidés à transcender la violence d’hier. / ODILE MEYLAN
VEVEY: Au Silver, Sania et Philippe évoquent, sur le mode de l’ironie douce-amère, les années de guerre qui ont vu éclater leur patrie yougoslave. Elle est Bosniaque, il est Croate. Ils résistent encore tous les jours à cette déchirure qui les a surpris à l’âge de leurs 20 ans. Désormais, ils accomplissent leur destinée en Suisse, décidés à transcender la violence d’hier. / ODILE MEYLAN

On s'y croirait. Un néon blanchâtre, un brouillard de cigarettes, un fond sonore de «yug music», nous sommes bien dans les Balkans. Route de Genève, à Lausanne, le bar le Palmier semble avoir été téléporté d'un bled quelconque, sur la route Zagreb-Belgrade. L'odeur de pneus filtrant du garage adjacent renforce le côté Motel. Là, avec Serbes, Monténégrins, Albanais, points de salamalecs. L'étranger, le Suisse, donc, est aussitôt intégré.

La guerre en filigrane

Une tournée est offerte, la conversation démarre, sans gêne. «Si on est plus bagarreurs que les autres? Evidemment, nous les Balkaniques, on est plus violents!» Gros rire de Said, Bosniaque. La serveuse, qui ne parle que le serbo-croate, lui demande de traduire en servant la Slivovic.

«Je rigole, mais y a du vrai, reprend Said. J'ai lu un livre écrit par un voyageur anglais du siècle passé. Il disait que les Balkans étaient un pays de sauvages. Ce n'est pas si faux.» Sourire en coin, ce patron d'une société de plâtrerie peinture tempère: «Nous venons d'un pays qui a connu la guerre. Nous vivons en Suisse, avec les mêmes problèmes que tout le monde, les impôts, les factures. Nous travaillons, le chômage je ne connais pas.» Le matin, Said fréquente aussi Le Palmier. A six heures trente, il y prend son café. Avec ses employés et les chauffeurs poids lourd d'en face. «Le soir, quand tu rentres, t'es fatigué, raconte Said. Mais c'est là que tu dois responsabiliser tes enfants. Les éduquer. Certains n'en ont pas l'énergie.»

Said souligne l'importance de l'environnement familial: «Moi mes gosses, je fais tout pour qu'ils s'intègrent ici. Je leur parle aussi de la Bosnie, je les y emmène le plus souvent possible. Je ne veux pas qu'ils soient perdus, là-bas.» Comme quand, lui, Said, a débarqué en Suisse. Il fuyait la guerre. «Ici, au départ, je ne supportais pas de voir les gens s'amuser. Je me disais: Comment faites-vous? Là-bas, chez moi, en Europe quoi, on meurt tous les jours!»

Said a fait du chemin. Il a ouvert une boîte à Martigny. On y danse toutes les musiques de l'ex-Yougoslavie. Tous les week-ends, c'est la fête, avec des groupes pop venus de Belgrade, de Sarajevo. «Je travaille avec trois agents de sécurité: Un Albanais, un Serbe, un Bosniaque. On évite les bagarres. Bon, parfois, y a des tensions. Les Albanais du Kosovo sont un peu à part. Ils sortent entre hommes, à la turque. Avec les filles, ils n'ont pas de frontières, par contre. Parfois, la tension monte à cause d'une femme. Mais c'est normal, ça.»

Traditions et vodka

Pour ce jeune patron de discothèque, tout est dans la mesure: «Les jeunes commencent à boire, de la vodka, du Red Bull. Ils ont alors envie de tout casser, les verres, le mobilier. C'est une tradition. Ces nouvelles générations sont nées en Suisse, ont grandi ici. Mais ils adorent retrouver leurs racines avec les musiques folks de chez nous. Nous sommes là pour les calmer. Les Serbes affichent leurs colliers avec la croix. Les Bosniaques se la jouent muslim avec leur machin en pendentif, le croissant, là. On n'a pas de problèmes.»

A Vevey, à quelques mètres du siège international de Nestlé, les vitres teintées d'un fameux bar ne laissent désormais plus rien transparaître d'un nouveau microcosme. Malik, le patron pakistanais, a transformé un pub chéri des rockers en dancing oriental, version «downtown Sarajevo» ou banlieue de Sofia.

Le public, composite, rassemble Albanais et Serbes, Italiens, Marocaines. Sur scène, un groupe de danseuses bulgares, en minijupe et robes à frou-frou. La serveuse, Monténégrine, pleure toujours sur la même rengaine pop. Sa collègue, Sania, Bosniaque invective Philippe, 37 ans, Croate: «Qu'est-ce que tu racontes au journaliste pour des bêtises! Les Croates, ils ont détruit ma ville, Mostar!» Et Philippe de l'attraper affectueusement par le bras: «Sers-moi une bière et je te rappelle que j'ai vécu un an dans vos prisons bosniaques!» Sania lui envoie aussi sec une pression et un «bien fait!»

«Je ne savais plus qui j'étais»

Philippe, employé sur le bateau La Suisse, sent bien monter la méfiance à l'encontre des peuples des Balkans. Pour lui, le choc est culturel. «Il faut du temps pour s'habituer. Au début, ici, je ne savais pas où j'étais. A la guerre, j'ai vu des corps démembrés, mon cousin est mort, j'ai tiré sur ceux d'en face, j'étais aux premières lignes.» Bien intégré à Vevey, il ne compte plus ses potes Suisses. Plongeur professionnel dans son pays, il fait du bateau sur le lac.

Une jeune femme blonde entre en coup de vent au Silver. Une provision de bouteilles de Whisky sous le bras, elle file déjà.

Radovan*, l'air triste, évoque la perte d'identité masculine: «Chez nous, on est des hommes et les femmes nous respectent. Ici, elles ont des libertés que je ne connaissais pas. Un jour, ma femme m'a provoqué. J'ai pété un plomb. Je l'ai frappée. Les flics sont venus. Je leur ai dit que ce n'était pas leurs affaires, que c'était chez moi. Ils m'ont dit que je ne devais pas frapper une femme. Je leur ai dit que si la leur avait parlé comme la mienne, ils auraient fait la même chose. J'ai fait de la prison. Aujourd'hui, je suis divorcé et j'ai eu de la peine à le dire à mon père.»

* Prénom d'emprunt