lundi 18 juillet 2011

Renvoi de requérants vers l'Italie: l'OSAR demande de la retenue

L'Organisation suisse d'aide aux réfugiés demande aux autorités helvétiques de faire preuve de retenue avec le renvoi des "requérants d'asile vulnérables, des familles avec enfants et des femmes seules" vers l'Italie. L'OSAR souligne les faiblesses criantes des capacités d'accueil dans ce pays.

En Italie, des réfugiés et des requérants d'asile vivent, et parfois en famille, dans la rue, relève l'OSAR dans un rapport diffusé lundi après une mission dans la Botte avec l'ONG norvégienne Juss-Buss.

La situation s'est particulièrement aggravée cette année. Depuis janvier, 50'000 personnes ont débarqué sur les côtes italiennes suite aux bouleversements politiques en Afrique du nord. Un afflux qui "a encore dégradé les conditions d'hébergement et d'accueil, par ailleurs déjà très précaires", ajoute l'OSAR.

Durant sa mission, l'organisation d'aide a pu constater que "jusqu'à l'enregistrement formel de leur demande, les requérants d'asile en Italie n'ont pas accès à un hébergement". De plus, les délais d'attente dans les villes importantes s'étendent jusqu'à deux mois, laps de temps durant lequel ils sont livrés à eux-mêmes sans moyens d'existence.

"Vie misérable"

Par rapport au nombre élevé de demandes, l'Italie a une capacité d'accueil totalement insuffisante. Au niveau national, le pays dispose de près de 5000 places plus quelques hébergements communaux dans certaines régions alors que les requérants d'asile et réfugiés sont des dizaines de milliers.

En Italie, ceux qui parviennent à se loger se voient expulsés de leur hébergement au maximum après six mois, car il ont en principe le droit de travailler et la capacité de se prendre en charge. En perdant leur hébergement, ils perdent donc tout soutien, se retrouvent dans la rue, et commence pour eux "une vie misérable", ajoute l'OSAR.

De janvier à fin juin, la Suisse a procédé à un millier de renvois de réfugiés vers l'Italie, et 2000 cas sont encore pendants.

ATS

Madame Intégration, deux cultures, un credo

amina benkaisAmina Benkais, Franco-Marocaine, prend la tête du Bureau vaudois de l’intégration.

Elle est toujours l’étrangère de quelqu’un. En Suisse, où cette Franco-Marocaine détentrice d’un permis C a débarqué en 1999. En France, où elle avait migré pour ses études. Et Amina Benkais est doublement étrangère au Maroc, où ses origines aisées la mettaient déjà à l’écart. Ces expériences ne sont peut-être pas pour rien dans les choix professionnels de la future responsable du Bureau vaudois de l’intégration. Mais cette quadragénaire attribue davantage son engagement à sa sensibilité face aux injustices sociales, héritée de ses parents, qu’à ses origines. Qu’elle vit très bien. «Je navigue sans malaise et sans déchirement d’une culture à l’autre.»

Un plus, pas un alibi

Sa spécialisation dans les migrations s’est en fait tissée de fil en aiguille. De Bordeaux, elle a suivi à Neuchâtel son mari engagé chez Swatch. Docteure en droit, elle est alors engagée pour mener une recherche à l’Université sur le droit des musulmans. Un pas de côté et la voici au Service de la cohésion multiculturelle de Neuchâtel de 2002 à 2010, où elle remplit des mandats intercantonaux sur les violences faites aux femmes, du mariage forcé à la prostitution. Cet intérêt la conduit à lancer un projet de coordination romande sur ce thème au sein de l’organisation Terre des femmes Suisse. C’est au terme de ce parcours que l’annonce pour le poste de déléguée vaudoise à l’Intégration lui tombe dessus. Alors, non. L’étiquette d’étrangère ne justifie pas son job. «C’est un plus, et j’en suis heureuse. Mais il y a d’abord une bonne formation et une addition de compétences», affirme-t-elle.

Amina Benkais est toute petite, mais elle n’a pas l’air du genre à s’aplatir. Energétique. Déterminée. Mais aussi souriante, joyeusement volubile. Cette amoureuse de la création – elle écrit, invente en cuisine et «peinturlure» – craque pour les jobs qui lui permettent d’innover et d’être utile. D’ailleurs, à quoi sert un Bureau de l’intégration? Pour elle, le titre relève un peu d’un idéal. Avant de parler d’intégration, elle constate des problèmes «plus aigus»: l’accès des étrangers à la formation, au marché du travail et, pour les femmes, à une socialisation.

Et quelles innovations imagine-t-elle? La déléguée à l’Integration, qui entre en fonctions en septembre, aimerait initier de nouvelles synergies, en particulier avec le domaine privé. Elle est convaincue par une collaboration qu’elle a établie avec le groupe Swatch: «Une entreprise a souvent des appréhensions vis-à-vis des étrangers, hésitant à engager des gens dotés d’un permis F, parce que c’est trop compliqué ou qu’elle craint qu’ils ne partent rapidement. On pourrait lui faciliter la tâche.» En matière de synergies, elle pense aussi aux communes, actives sur le front de l’intégration. «Il faut faire attention aux doublons, éviter les pertes de temps, d’énergie et le gaspillage d’information.»

Vivre sur place

Amina Benkais a un autre défi à relever, plus terre à terre: trouver un logement dans le canton de Vaud. «Il faut sentir les frémissements de la société. Plein de choses nous échappent si on n’est pas sur place. Lorsque je me promène à Neuchâtel, il n’y a pas un jour où je ne suis pas arrêtée par quelqu’un.» Au point que ses filles – 7, 12 et 16 ans – en ont ras-le-bol de sortir avec elle, sourit-elle.

En attendant d’éplucher les petites annonces, elle va assouvir sa passion des voyages. «Plus c’est loin, plus il y a de risque, plus j’aime.» Mais le Maroc reste le seul endroit où elle se ressource, vêtue de ses habits traditionnels: «Une façon de déposer mon étiquette visible d’étrangère. »

Laure Pingoud dans 24 Heures

Renvois vers l’Italie: faire preuve de retenue

italie osar

Manque prononcé de structures d’hébergement pour les requérant-e-s d’asile en Italie: les réfugié-e-s et les requérant-e-s d’asile, dont de nombreuses familles avec des enfants, des femmes seules, des malades psychiques et des personnes traumatisé-e-s, vivent dans la rue. Dans son dernier rapport, l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés OSAR conclut que les transferts vers l’Italie sont hautement problématiques.

Depuis le début de l’année, 50’000 personnes ont débarqué sur les côtes italiennes suite aux bouleversements politiques en Afrique du Nord, ce qui a encore dégradé les conditions d’hébergement et d’accueil, par ailleurs déjà très précaires. L’Allemagne a déjà réagi: plus d’une douzaine de tribunaux administratifs dans les Länder ont stoppé les renvois des requérant-e-s d’asile vers l’Italie au motif que les normes minimales pour les réfugié-e-s en Italie «ne sont en grande partie plus respectées». Une délégation de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés OSAR et de l’organisation d’entraide juridique norvégienne, Juss-Buss, est parvenue à la même conclusion dans son rapport final de mission, désormais disponible: jusqu’à l’enregistrement formel de leur demande, les requérant-e-s d’asile en Italie n’ont pas accès à un hébergement et les délais d’attente dans les villes importantes s’étendent jusqu’à deux mois. Pendant ce temps, les personnes concernées vivent dans la rue – même celles extrêmement vulnérables comme les familles avec enfants.

Par rapport au nombre élevé de demandes, l’Italie a une capacité d’accueil totale-ment insuffisante. Près de 5000 places au plan national plus quelques héberge-ments communaux dans certaines régions ne permettent pas d’offrir une place à des dizaines de milliers de requérante-s d’asile et de refugié-e-s. Sans hébergement, les personnes concernées ne peuvent guère couvrir leurs besoins de base tels que la nourriture ou l’hygiène personnelle. Les mesures d’intégration, notamment les cours de langue – qui, au contraire du système suisse, sont en règle générale proposées uniquement lorsque la procédure d’asile est en cours – sont indissociables d’un hébergement. L’aide à l’intégration est dépendante de l’hébergement!

Celles et ceux qui parviennent malgré tout à trouver un lieu se voient expulsé-e-s de leur hébergement au maximum après six mois. Car après ce délai, les requérant-e-s d’asile ont le droit de travailler. Le système italien part du principe que dès ce moment là, les personnes concernées peuvent se prendre en charge elles-mêmes. Il en va de même des personnes qui sont reconnues comme réfugiées ou qui obtiennent une protection en Italie. Cette reconnaissance entraîne la perte de l’hébergement. Les personnes vulnérables bénéficient parfois d’un report, mais elles doivent quitter leur hébergement après douze mois tout au plus.

En perdant leur hébergement, les requérant-e-s d’asile et les réfugié-e-s perdent tout soutien. Les personnes se retrouvent dans la rue, totalement dépendant-e-s de l’aide minime proposées par les institutions ecclésiastiques et les ONG. Une vie misérable: les personnes passent leur journée à essayer de couvrir leurs besoins de base. Elles s’efforcent de trouver un abri pour la nuit, soit dans des centres d’urgence ou dans des maisons occupées, font la queue pour obtenir de la nourriture. Dans ces circonstances difficiles, apprendre l’italien et plus encore trouver un travail relève de l’impossible. A partir de ce moment, si ce n’était pas déjà le cas, les personnes concernées vivent dans des conditions pitoyables, sans espoir de pouvoir changer quoi que ce soit à leur situation de vie.

L’Organisation suisse d’aide aux réfugiés OSAR demande donc aux autorités suisses de faire preuve de retenue avec le renvoi des requérant-e-s d’asile vulnérables, des familles avec enfants et des femmes seules. Les personnes qui ont obtenu le statut de réfugié ou un statut de protection en Italie ne devraient plus être refoulées vers ce pays. Et ce également en signe de solidarité et d’engagement à partager la charge avec les Etats membres de l’accord de Dublin.

dimanche 17 juillet 2011

Corne de l'Afrique : 10 millions de personnes menacées par la famine

L'Afrique de l'Est est au bord d'une effroyable catastrophe humanitaire. Après une des pires sécheresses depuis des décennies, dix millions de personnes sont confrontées à la famine en Somalie, au Kenya, en Ethiopie, en Ouganda et à Djibouti. Deux millions d'enfants souffrent de malnutrition dans cette région et ont besoin d'une aide urgente pour survivre, 500 000 seraient même en danger de mort, selon l'Unicef.

Ce dimanche, le directeur de fonds des Nations unies pour l’enfance et un secrétaire d'Etat britannique, ont visité des camps de réfugiés surpeuplés, notamment à Dadaab, dans l'est du Kenya. Ils ont à nouveau exhorté la communauté internationale à intensifier ses efforts, alors qu'une première aide de l'ONU est arrivée le 13 juillet en Somalie.

22,48 millions d'euros nécessaires, selon l'Unicef
Ces deux dernières années, les pluies, absentes ou peu abondantes, ont déjà contraint des milliers de Somaliens à quitter leur pays et ont ruiné la vie de millions de personnes au Kenya, en Ethiopie et à Djibouti. Et la situation risque de se dégrader dans toute la corne de l'Afrique. Anthony Lake, le directeur de l'Unicef, est formel : «Il n'y aura pas de grosse récolte avant l'année prochaine» et par conséquent «les six prochains mois vont être très difficiles». Selon l'agence onusienne, il faudrait 22,48 millions d'euros pour aider, pour les trois prochains mois, les millions de femmes et d'enfants en danger. La Grande-Bretagne a promis samedi une aide d'urgence de 59 millions d'euros, l'Allemagne cinq millions d'euros supplémentaires. Ce dimanche, Benoît XVI a souhaité que «la mobilisation internationale en faveur de ces frères et sœurs durement éprouvés et parmi lesquels il y a tant d'enfants, se renforce». Il demande à «toutes les personnes de bonne volonté» leur «soutien et solidarité» en faveur de ces populations.

Les rebelles somaliens acceptent l'aide internationale
Parmi, les zones où la situation est la plus critique figure la Somalie. Dans ce pays s'ajoutent à la sécheresse  vingt ans de guerre civile. Près de trois millions de personnes, soit un tiers de la population, a besoin d'aide humanitaire, estime l'Union africaine. Le gouvernement fédéral de transition (TFG) n'a d'autorité effective que sur une partie de la capitale, Mogadiscio, et fait face à l'insurrection des shebab, des islamistes radicaux. Pour la première fois depuis deux ans, les rebelles «ont donné leur accord et ont autorisé l'accès sans problème. Tout c'est bien passé»», a expliqué dimanche Iman Morooka, la porte-parole de l'UNICEF. Cinq tonnes d'aide et de médicaments ont été transportées par avion le 13 juillet vers la région de Baidoa au centre du pays, dirigée par les shebab, qui avaient poussé au départ dès 2009 la plupart ONG. Qu'importe «qu'ils soient ou non musulmans (...), si leur intention est seulement d'aider ceux qui souffrent», avaient-ils expliqué la semaine passée, signe sans doute de leur détresse.

La famine menace un camp de réfugiés au Kenya
Conséquence  également de la guerre civile somalienne, à Dadaab au Kenya, le plus grand camp de réfugiés du monde est au bord de la rupture. D'après le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR), la crise humanitaire provoquée par la sécheresse et les combats en Somalie fait actuellement affluer quotidiennement quelque 1 300  personnes supplémentaires. Construit en 1991 pour héberger 90 000 personnes, il en accueille aujourd'hui plus de 380 000, dont 59.000 vivent à l'extérieur du camp. Les travailleurs humanitaires ont du mal à faire face cet  l'afflux massif et appelle le gouvernement kenyan à ouvrir un nouveau camp déjà existant mais non encore utilisé.Au Kenya, la région du Turkana est particulièrement touchée. «Le nombre d'enfants hospitalisés pour malnutrition a doublé par rapport à l'an dernier», explique à l'AFP une infirmière de Lodwar, la principale ville de cette région . «Beaucoup arrivent affaiblis, mais ce sont les chanceux qui arrivent chez nous», poursuit-elle.

Le Parisien

samedi 16 juillet 2011

Libye: la situation des réfugiés est de plus en plus précaire dans les camps proches de la frontière

L'association  Médecins sans Frontières se dit très préoccupée par la situation des réfugiés africains, bloqués dans des camps provisoires où ils sont exposés à la violence.

TSR

La Somalie est en état de «catastrophe humanitaire»

Une terrible sécheresse frappe la région. Près de 250 000 enfants souffrent de malnutrition sévère.

La Somalie, où sévit une gravissime sècheresse, est désormais en état de «catastrophe humanitaire», a affirmé hier le directeur d’Action contre la faim (ACF), faisant état de quelque 250 000 enfants sévèrement malnutris. Submergé par les réfugiés, le Kenya voisin va ouvrir un nouveau camp et le HCR acheminer des milliers de tentes.

«Ces dernières semaines, nous avons vu une détérioration de la situation humanitaire», a déclaré Jens Oppermann, directeur d’ACF pour ce pays. «Nous voyons des gens arriver à Mogadiscio dans un état que nous n’avions pas vu jusqu’ici, a-t-il poursuivi. Les gens sont mentalement et physiquement épuisés après avoir parfois marché des semaines dans un environnement particulièrement hostile.»

ATS

vendredi 15 juillet 2011

Les étrangers, boucs émissaires de la crise du logement

Pour de nombreux citoyens suisses, la pénurie de logements et la hausse des loyers sont dues à l’arrivée massive, ces dernières années, de migrants hautement qualifiés. Deux études nuancent cette vision.

Aux yeux de nombreux Suisses, et surtout en période électorale, l’immigration est responsable de tous les maux. Traditionnellement, c’est le marché du travail qui est censé pâtir de l’arrivée de nouveaux venus, qu’ils soient très qualifiés, comme c’est le cas avec la libre circulation des personnes, ou pas qualifiés du tout. Dans les deux cas, les étrangers feraient pression sur les salaires et «voleraient» des emplois aux citoyens suisses.
Mais, depuis quelques mois, «la discussion s’est déplacée du marché du travail au logement, note Gerhard Schwarz, directeur du groupe de réflexion libéral Avenir Suisse, financé par les milieux économiques. C’est pourquoi nous avons voulu étudier les éventuelles répercussions de l’immigration sur les prix de l’habitat en Suisse, dans le cadre d’une enquête sur la classe moyenne qui verra le jour en 2012.»
L’étude «Migration, logement et bien-être» d’Avenir Suisse, suivait de quelques jours une autre analyse, publiée par l’Office fédéral du logement (OFL). Cette dernière, portant sur les années 2005 à 2010, démontre la corrélation entre libre-circulation et évolution des prix et de la demande sur le marché du logement.
Au contraire, l’étude d’Avenir Suisse, qui élargit le champ d’analyse en remontant à 1970, révèle que la pénurie n’est pas le fait des étrangers. Ces derniers accentuent toutefois un problème inhérent à la Suisse, estime Avenir Suisse.

Augmentation des ménages étrangers

Tous les experts s’accordent pour dire que la pénurie et l’augmentation des loyers touchent principalement le bassin lémanique et la région Zurich-Zoug, la Suisse centrale n’étant pas épargnée. Selon l’OFL, le loyer des appartements a augmenté de 8,4% en moyenne en Suisse depuis 2005. A Zurich, la hausse atteint 10,35% et, en Suisse romande, 11,75%.
Sans pouvoir chiffrer le pourcentage imputable aux étrangers, l’étude conclut à une «corrélation certaine» en se basant sur l’augmentation des ménages étrangers dans la population générale. Cette hausse est particulièrement visible dans les cantons frontaliers.
Avenir Suisse et l’auteur de l’étude, Patrik Schellenbauer, expert en marché immobilier, prennent un autre angle: ils comparent la hausse des loyers, la croissance du parc des logements et l’augmentation du pouvoir d’achat en Suisse. Et, selon cette analyse, les loyers ont bel et bien augmenté, mais les salaires ont progressé encore plus.
Les chiffres: depuis 1970, déduction faite du renchérissement, les loyers ont augmenté de 38,5% ou de 0,8% par année. Une augmentation «modeste», selon Avenir Suisse, puisque, dans le même temps, la population a crû de 27% et les salaires effectifs ont progressé de 65%, ou de 1,3% par année.

«Augmentation du bien-être»

«Même si la classe moyenne a perdu quelques points de pourcents dans la croissance globale, les loyers restent supportables pour toutes les couches de la population, déclare Patrik Schellenbauer. En 2006 et 2008, le logement et l’énergie comptaient pour 15,8% des revenus bruts d’un ménage suisse moyen. La hausse des prix «est due à une augmentation importante du bien-être», telle que taille plus grande des appartements.
Pour autant, tout n’est pas au mieux dans le meilleur des mondes. Le renchérissement réel des loyers pour la dernière décennie est passé à 2,5% par année, en raison de la stagnation des constructions. La demande s’est déplacée des campagnes vers les grands centres et leurs agglomérations, «où la construction est plus chère et soumise à des règles plus strictes».
De plus, selon Avenir Suisse, dans une ville comme Zurich, outre 25% de personnes habitant dans des coopératives, 12% sont propriétaires et plus de 40% sont «captifs» et ne quittent pas leur logement pendant des années, voire des décennies. Ce sont 75% des habitants qui sont «protégés contre l’évolution des prix».
«La politique du marché du logement des grandes villes suisses est historiquement axée sur les ménages à revenus faibles, écrit Patrik Schellenbauer. Le citadin suisse de la classe moyenne se sent donc sous pression», quand bien même, selon l’expert, les loyers sont tendanciellement trop bas dans les grandes villes.
Les nouveaux venus, «qui ne sont pas tous étrangers, mais également suisses», précise le chercheur, doivent se tourner vers le marché des nouvelles constructions et des rénovations pour se loger. Dans ce segment, effectivement, les prix explosent.

Les coopératives contre-attaquent

L’étude dénonce l’encouragement aux coopératives de construction, qui fait perdre des recettes fiscales à la collectivité et entrave la mobilité des locataires. Or ce sont les travailleurs hautement qualifiés qui ont, précisément, besoin de mobilité.
Dans un communiqué, l’Association suisse des locataires (Asloca) s’est insurgée contre cette critique. «Contrairement aux gérances privées, les coopératives ne recherchent pas un rendement de leur parc locatif, ce qui permet d’abaisser les loyers. Les profiteurs ne sont certainement pas les habitants des coopératives mais les propriétaires privés qui veulent obtenir de fortes marges bénéficiaires aux centres des villes.»
Dans plusieurs cantons, l’Asloca a déposé des initiatives demandant de nouveaux instruments de régulation du marché du logement pour stopper la pénurie. Une des idées récurrentes est de créer des zones avec des quotas minimums de loyers modérés. Zoug a accepté un tel projet en votation.
Un seul point met tout le monde d’accord: il faut construire davantage de logements. Pour Avenir Suisse, la densification des centres urbains est incontournable. «C’est la seule manière de préserver le sol et le paysage tout en accueillant de nouveaux migrants hautement qualifiés, «dont la Suisse dépend pour conserver son bien-être matériel.»

Ariane Gigon, Zurich pour swissinfo.ch

De travailleur immigré à musulman

Lorsqu’ils sont arrivés en Suisse pour travailler, ils ont été désignés par la population indigène comme «les Turcs» ou «les Albanais». Aujourd’hui, ils sont englobés sous la dénomination commune de «musulmans». Une construction purement politique et médiatique, comme le souligne une étude.

Dans l’espace public, la «minorité musulmane» de Suisse est de plus en plus régulièrement présentée comme une menace. C’est en résumé le résultat d’une étude réalisée par le Fonds national de la recherche scientifique, sous l’égide des sociologues de l’Université de Zurich Patrik Ettinger et Kurt Imhof.
En analysant les compte-rendu et les reportages consacrés aux conflits touchant les pays musulmans et aux attentats terroristes liés à la mouvance islamiste radicale, les auteurs ont pu déterminer comment l’image des musulmans avait changé au cours des dernières années. Les amalgames et la généralisation entourant les migrants de confession musulmane ont gagné en importance jusqu’à la votation sur l’interdiction des minarets de novembre 2009.
«En Suisse, cette émergence est liée aux attentats de Londres et Madrid ainsi qu’à la polémique autour des caricatures de Mahomet, davantage qu’aux attentats du 11 Septembre. Dans les reportages réalisés autour de ces évènements majeurs, l’image d’un islam violent et d’un choc des cultures s’est peu à peu imposé», souligne Patrik Ettinger.

Une image en changement

«Ce sont surtout l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice) et dans une moindre mesure l’Union démocratique fédérale (UDF / droite chrétienne) qui ont contribué au transfert de l’image que l’on se faisait des musulmans au niveau international à un niveau suisse», ajoute le sociologue. Au travers de ces influences, les migrants musulmans sont peu à peu devenus «les musulmans». Auparavant, affirme Patrik Ettinger, ils étaient déterminés par leur appartenance ethnique: Turcs, Bosniaques, Albanais, etc. «Je ne crois pas que l’identité musulmane était déjà présente en arrière fond. Cette appartenance s’est forgée au travers de la nouvelle image qu’on leur a attribué».  
Ce changement de perception du voisin turc devenu musulman trouverait son fondement dans l’image que les Suisses se font d’eux-mêmes et de leur culture. Celle-ci aurait changé, d’après les auteurs de l’étude. «Nous assistons à un changement social rapide en Suisse. La migration de personnes issues des classes supérieures et moyennes désécurise la classe moyenne suisse». A cela s’ajoutent d’intenses discussions sur la position de la Suisse en Europe et dans le monde et le discrédit jeté sur la classe politique, affirme Patrik Ettinger. «Dans ce contexte, il y a un acteur de la droite populiste qui renforce et attise cette insécurité. Il veut imposer une définition spécifique du citoyen suisse et poser des délimitations à l’égard des étrangers et des musulmans».
La performance de la Suisse en matière d’intégration n’est pas suffisamment prise en considération, soulignent les auteurs de l’étude. «Durant la migration italienne des années ’60, beaucoup craignaient que les villes protestantes de Suisse alémanique ne soient submergées par une vague catholique. De la même manière qu’on attise aujourd’hui la peur d’une islamisation de la Suisse. Mais la majorité des musulmans n’interprète pas davantage leur religion de manière fondamentaliste que ne le font les catholiques italiens et espagnols».

Critique de l’UDC

Dans une prise de position, le secrétaire général de l’UDC Martin Baltisser affirme à propos de l’étude: «L’islam tel que décrit dans l’étude est très éloigné de la situation réelle et de la perception de la population». Du point de vue du parti, l’étude est d’une «utilité douteuse». Aujourd’hui, les sources de tension seraient de plus en plus nombreuses. En 1970, il n’y avait que 16'000 musulmans en Suisse, contre plus de 400'000 aujourd’hui, souligne Martin Baltisser.
Le débat public se construit autour de véritables enjeux: problèmes d’intégration, respect de l’ordre juridique, comportement au sein de l’environnement familial, scolaire et officiel, mais aussi question de la représentation de la communauté musulmane. Selon Martin Baltisser, les auteurs de l’étude ont développé «une conception étrange des effets de causalité». La perception publique est plus complexe, dit-il.

Approbation de l’imam de Zurich

Pour Sakib Halilovic, imam bosniaque de Zurich, les résultats de l’étude vont au contraire dans la bonne direction, et le travail lui semble avoir été effectué de manière  sérieuse. «L’affirmation selon laquelle les médias n’ont pas réussi à différencier le terrorisme international de l’islam et de la plupart des musulmans intégrés de Suisse me semble pertinente».
Depuis des années, Sakib Halilovic se bat contre ces amalgames dénigrants et contre lesquels il avait déjà dû lutter avant la guerre de Bosnie. Il lui semble incompréhensible que l’on puisse mettre dans le même panier des musulmans provenant de couches sociales très différentes, de continents aussi variés que l’Europe, l’Asie et l’Afrique, et ceci quel que soit leur statut, du travailleur hautement qualifié au requérant d’asile. «Ce n’est pas l’islam en soit qui est un problème», dit-il.

Colère contre les convertis suisses

«Après le 11 Septembre 2001, tout musulman a soudainement été perçu différemment. En cela, on ne peut donner que raison à l’étude», affirme Yahya Hassan Bajwa, responsable d’un bureau pour la communication interculturelle à Zurich et député du Parlement argovien. «Même mon médecin de longue date m’a alors questionné sur mes éventuels liens avec le terrorisme». La manière dont l’UDC a politisé la question a eu une influence directe sur le cliché négatif entourant l’islam et les musulmans, selon Yahya Hassan Bajwa.
Ceci est apparu clairement en marge de la votation sur l’interdiction des minarets, lors de laquelle tous les pronostics et sondages se sont avérés erronés. Yahya Hassan Bajwa Bajwa s’insurge également contre ces Suisses convertis à l’islam, qui se présentent avec assurance aux médias et dont les exigences radicales n’ont pas seulement provoqué le mécontentement du grand public mais aussi de la plupart des organisations islamistes.
Et l’homme de souligner que les médias ne peignent souvent le tableau qu’en noir et blanc, sans nuances de gris, n’accordant que bien trop peu de place à la variété des musulmans de Suisse dans leurs reportages.

Eveline Kobler, Alexander Künzle, swissinfo.ch, adaptation de l'allemand: Samuel Jaberg

jeudi 14 juillet 2011

L’asile, le nouveau rêve américain des Mexicains

Armando Rodriguez, journaliste mexicain bien connu pour ses reportages sur la guerre des gangs à Ciudad Juarez, a fini dans un cercueil, assassiné vraisemblablement par les cartels de la drogue.

Son collègue, Jorge Luis Aguirre, était au volant de sa voiture pour prêter un dernier hommage à son ami lorsque son portable a sonné. "Tu es le prochain", l'a averti son mystérieux interlocuteur. "J'ai tout de suite quitté Ciudad Juarez complètement affolé", confie Aguirre, ancien rédacteur en chef du site internet d'actualité La Polaka. Face à la violence qui gangrène chaque jour un peu plus le nord du Mexique, les journalistes n'ont plus qu'une seule issue: demander l'asile aux Etats-Unis. Les requêtes ont explosé ces dernières années. L'an passé les demandes d'asile venues du Mexique ont atteint le chiffre record de 5.551 demandes, selon les autorités américaines, soit un tiers de plus qu'en 2006, lorsque le président Calderon a décidé d'utiliser la manière forte, en envoyant la troupe pour écraser les cartels.

Mais si les demandes sont nombreuses, les réponses positives de l'administration américaine sont rares. En 2010, seules 165 demandes ont été satisfaites. Parmi cette foule de demandeurs d'asile, les journalistes de faits divers chargés de couvrir la guerre brutale que se livrent les barons de la drogue dans l'Etat de Chihuahua sont en bonne place. S'ils sont munis d'un visa ou d'une carte leur autorisant de franchir la frontière, certains mexicains demandeurs d'asile peuvent déposer leur demande directement aux Etats-Unis. Pour les autres, il faut tenter de le faire aux inspecteurs des douanes américains. Face à cet afflux, des avocats se sont spécialisés dans ce secteur. Avant 2008, les cas de demande d'asile représentaient 5% du travail de l'avocat Carlos Spector. Aujourd'hui, il y consacre la moitié de son travail. "Chaque jour, nous avons de nouveaux postulants", affirme-t-il.

Objectif Texas

Parmi la longue liste des demandeurs d'asile figure Marisol Valles. Cette étudiante en criminologie avait défrayé la chronique et gagné le titre "de la femme la plus courageuse du Mexique" après avoir fait une demande pour devenir la chef de la police de Praxedis Guerrero, à proximité de Ciudad Juarez. La personne qui occupait le poste avant elle avait été torturée par les trafiquants de drogue et avait fini décapitée.

Après cinq mois à son nouveau poste, Marisol Valles a fait ses valises. Elle a réussi à rejoindre le Texas en mars avec sa famille après avoir reçu plusieurs menaces de morts, venant vraisemblablement de tueurs à gages liés aux "narcos". Un mois plus tard, à Pâques, le militant des droits de l'homme Saul Reyes, originaire de Ciudad Juarez, a débarqué à El Paso, la ville frontière située sur le territoire américain. s'il a quitté son pays natal, c'est parce que six membres de sa famille ont passé l'arme à gauche ces deux dernières années lors de violences.

Josefina Reyers a été kidnappée et assassinée en janvier 2010, juste après avoir accusé les militaires d'avoir participé au meurtre de son fils. Sept mois plus tard, une des soeurs de Saul est morte. Au début de l'année, il a vu mourir une autre de ses soeurs, un frère et sa femme, tous tués par des hommes armés. Leurs corps ont été retrouvés abandonnés le long d'une route dans la vallée de Juarez. "Nous savions que la seule issue pour que ce qui reste de ma famille reste en vie était de quitter le Mexique", glisse Reyes.

Rester en vie

Mais pour obtenir l'asile aux Etats-Unis, la route est longue. Il faut prouver une "peur bien fondée", liée à une persécution sur la base de la race, de la religion, de la nationalité. Les demandes sont souvent basées sur une peur de la violence des cartels de la drogue et ne rentrent pas dans les critères, indiquent les autorités américaines. Certaines attendent durant des années... en vain. Mais certaines demandes finissent par aboutir. Aguirre est ainsi devenu l'année dernière le premier journaliste à se voir accorder l'asile politique aux Etats-Unis.

Il y a aussi le cas d'Emilio Gutierrez. Ce journaliste, basé à Ascension, dans l'Etat de Chihuahua, n'a pas hésité à écrire sur les abus commis par les militaires mexicains. En 2008, on l'avertit que les soldats vont débarquer chez lui pour le tuer. Il parvient à fuir à temps avec son fils. Il a ensuite été retenu par les autorités américaines de l'immigration pendant plusieurs mois. Depuis sa libération, il vend des burritos et travaille sur un chantier aux Etats-Unis, en attendant l'examen de sa demande l'année prochaine.

"A cause de ces criminels, j'ai dû fuir ma ville, ma maison, tout ce que je connaissais", explique-t-il, pesant le pour et le contre de sa condition d'exilé face au danger que représenterait un retour au Mexique. "Au moins, je suis en vie", conclut-il.

Patricia Giovine dans le Nouvel Observateur

Les Erythréens avant les Tunisiens

En juin, le nombre des demandes a reculé de 25% par rapport à mai. Selon l'Office fédéral des migrations, cette régression a un caractère saisonnier.

Bonne nouvelle pour les cantons qui ne savent plus où héberger les demandeurs d'asile. Le nombre des requêtes déposées en juin a diminué de 25% par rapport au mois de mai, a indiqué hier l'Office fédéral des migrations (ODM): 1675 demandes d'asile ont été déposées en juin, contre 2254 en mai. Il serait cependant prématuré de parler d'un changement de tendance.

Selon Joachim Gross, porte-parole de l'ODM, "la plupart des requérants arrivent en Suisse après un passage en Italie. En été, ils trouvent plus facilement des emplois sur place, par exemple dans le secteur agricole. Cela retarde leur venue dans notre pays. Nous nous attendons à ce que les chiffres repartent à la hausse cet automne".

Diaspora érythréenne

A noter que la Tunisie n'est que le second pays de provenance des requérants. C'est l'Erythrée qui arrive en première position. "Depuis la mi-mars", explique l'ODM, "l'itinéraire migratoire qui franchit la Méditerranée centrale par la Libye, via Lampedusa, à destination de l'Italie est à nouveau ouvert en raison du conflit libyen. Cette route est avant tout empruntée par des personnes provenant d'Afrique subsaharienne, dont les Erythréens".

Ceux-ci viennent en Suisse notamment pour des motifs de regroupement familial. "La Suisse possède l'une des plus grandes diasporas érythréennes d'Europe", confirme Adrian Hauser, porte-parole de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (Osar). "Les requêtes de ressortissants érythréens devraient d'autant plus se maintenir à un niveau élevé que les minorités religieuses et les opposants politiques sont toujours en butte à un système répressif".

En ce qui concerne les Tunisiens, qui arrivent eux aussi via l'Italie, il faudra observer les effets de l'accord signé le 5 avril dernier entre l'Italie et la Tunisie. Celle-ci s'est engagée à rapatrier toutes les personnes qui sont arrivées en Italie après le 5 avril. En contrepartie, l'Italie a délivré un visa limité à six mois à la plupart des personnes arrivées avant le 5 avril. Compte tenu de cette situation, l'ODM s'attend à l'arrivée de requérants tunisiens pendant quelques mois encore.

Inquiétudes cantonales

Globalement, les chiffres ne fléchissent pas: 5424 nouvelles demandes d'asile ont été déposées au cours du second trimestre 2011, soit une hausse de 24% par rapport au premier trimestre. Ce sont ces chiffres qui provoquent l'inquiétude des cantons et les ont incités à demander à Berne de ne pas se décharger de ses responsabilités. Selon eux, la Confédération devrait accélérer les procédures en traitant en priorité dans ses propres centres les cas manifestement infondés, en particulier ceux qui relèvent de l'accord de Dublin. La commission des institutions politiques du Conseil des Etats parle le même langage. Elle souhaite créer les bases légales permettant de traiter le plus grand nombre possible de procédures d'asile dans des centres fédéraux.

En vertu de l'accord de Dublin, l'Etat où a été déposée la première demande d'asile est responsable de la procédure. Le requérant qui tente sa chance ailleurs peut donc être renvoyé dans ce pays. Plus de la moitié des demandes d'asile actuelles relève de cet accord. Entre le 1er janvier et le 30 juin 2011, les autorités suisses l'ont invoqué pour 3845 personnes. Cette demande de prise en charge a été acceptée dans 2709 cas. L'Osar fait de la résistance. Selon elle, Berne devrait renoncer à des renvois en Italie tant que ce pays n'est pas en mesure d'assurer une assistance correcte aux personnes concernées. A ce jour, la Confédération s'est contentée de suspendre les renvois en Grèce.

Christiane Imsand dans le Nouvelliste