mardi 10 juin 2008

La Plate-forme pour les Sans papiers critique l'initiative sur les mariages fictifs

13:50 10.06.2008

La Plate-forme pour les Sans papiers critique l'initiative UDC

L'initiative parlementaire de Toni Brunner (UDC/SG) pour empêcher les mariages fictifs porte une "grave atteinte aux droits des Suisses qui souhaitent se marier avec des étrangers", estime la Plate-forme pour les Sans papiers. Selon elle, le droit au mariage est constitutionnel.

"Plus grave encore, elle risque de priver de nombreux enfants de leur droit de vivre avec leurs parents, un droit pourtant reconnu par une convention internationale de l'ONU", a dénoncé devant la presse à Berne Anne-Catherine Menétrey, présidente sortante de la plate-forme et
ancienne conseillère nationale écologiste.

L'initiative de Toni Brunner veut obliger les fiancés étrangers à apporter la preuve qu'ils résident légalement en Suisse pour pouvoir ouvrir une procédure de mariage. La commission des institutions du National a adopté un projet de révision de la loi sur les étrangers allant dans ce sens. La Chambre basse devait en débattre pendant cette session mais la discussion a été repoussée en septembre.

La plate-forme a également présenté son nouveau président en la personne du conseiller national Eric Voruz (PS/VD).
(ats)

lundi 9 juin 2008

Premier test grandeur nature pour le Parlement européen sur l’immigration

Sous réserve de validation par la Confédération, on votera sur l’interdiction de bâtir des minarets.



L’initiative veut interdire la construction de minarets, comme ici à Zurich. (Photo: Dominique Meienberg)
Le peuple devra vraisemblablement se prononcer sur l’initiative «Contre la construction de minarets». Quelque 103 000 signatures valables ont été récoltées en 13 mois, et 3500 doivent encore être vérifiées, a confirmé le président du comité d’initiative, l’ancien conseiller national zurichois Ulrich Schlüer, à la suite d’un article de la NZZ am Sonntag.

Lancée au printemps 2007 par l’UDC et l’Union démocratique fédérale, l’initiative demande d’inscrire dans la Constitution suisse la phrase: «La construction de minarets est interdite.» En tant que construction, un minaret n’a «aucun caractère religieux», soulignent les initiants. Il faut plutôt y voir selon eux le symbole d’«une prétention de pouvoir politico-religieux» de l’islam.

Bien que le délai requis court jusqu’à novembre 2008, le dépôt des signatures est prévu pour début juillet à la Chancellerie fédérale, à Berne. Soit juste après la fin de l’Euro, durant lequel l’attention des médias du monde entier est focalisée sur la Suisse, pays coorganisateur. Mais cette coïncidence de dates n’a pas été un critère pour le choix de la date de dépôt des 100 000 griffes, assure Ulrich Schlüer.

L’initiative a suscité la critique à l’étranger. Des représentants de l’Organisation des pays islamiques (OPI) ont fait part de leur préoccupation face à une islamophobie grandissante en Suisse.

dimanche 8 juin 2008

Suisse romande: que faire des gens du voyage?


Ils reviennent comme chaque année avec les beaux jours, pour sillonner les routes du pays. Et comme chaque année, certains d'entre eux provoquent la rogne sur leur passage. En Valais comme à Yverdon (VD), le mois de mai a été marqué par des installations illégales de gens du voyage sur des terrains qui ne leur étaient pas destinés. Avec parfois, des «dégâts collatéraux», comme des déprédations de matériel ou de l'éparpillement d'excréments. Résultat: indignation de la population, et souvent, évacuation.

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En classe avec 77% d'élèves non francophones

Image © Sabine Papilloud
Au bureau de Sabrina Martin, c'est le défilé. Chacun arrive avec sa feuille d'exercices, chacun boit les paroles de l'enseignante. Et quand le verdict tombe, c'est la grimace ou la banane. «Tout juste», glisse l'institutrice à Natou, 7 ans. La petite Sénégalaise en saute presque de joie.

Sur la porte d'entrée de l'école, une affiche verte, bleue et rose annonce la couleur: «Cours de français gratuits pour étrangères et étrangers». Le message s'adresse aux parents d'un quartier populaire de Lausanne, la Bourdonnette, où vivent 1700 personnes issues de plusieurs dizaines de nationalités différentes. Alors forcément, la proportion d'élèves allophones (dont la langue maternelle n'est pas le français) atteint des sommets dans l'établissement scolaire. L'une des trois classes primaires du cursus normal en compte même 77%! L'un des taux les plus élevés du canton. Dans ce contexte, comment peut-on enseigner? En plein débat politique sur les allophones (lire encadré), poussons la porte de cette classe de 18 écoliers.

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samedi 7 juin 2008

Clandestins: dans la peau d’un travailleur au noir

Lu dans L'Hebdo

Par Sabine Pirolt

Ils sont 100000 à nettoyer nos maisons, cultiver nos champs ou garder nos enfants, la peur au ventre. Officiellement, ils n’existent pas.


«C’est un vrai miracle!» Marianne Kilchenmann, du Bureau de consultation bernois des sans-papiers, déborde d’enthousiasme lorsqu’elle évoque Verica, une Serbe de 44 ans qui vient de recevoir une réponse positive de la Confédération après avoir vécu seize ans dans la clandestinité. Désormais, elle va vivre à visage découvert, cotiser pour sa retraite et obtenir un salaire décent.
Pourtant, en ce dernier vendredi du mois de mai, la joie de Marianne Kilchenmann est gâchée par une lettre reçue de la Confédération. Elle concerne Vasil*, qui vit et travaille en Suisse depuis dix-huit ans. Sa demande de régularisation a été refusée: «Je ne comprends pas cette décision. Il a tant donné à notre pays.»
Pour une Verica, combien de Vasil? De janvier 2001 à mars 2008, 785 dossiers (concernant 1721 personnes) ont été déposés par les cantons. Si 437 dossiers (soit 997 personnes) ont reçu une réponse positive, 346 (728 personnes) ont reçu un «non». Vasil poursuivra donc probablement sa vie de clandestin, comme les quelque 100'000 autres sans-papiers que compte notre pays. Des femmes et des hommes qui travaillent et vivent avec la peur au ventre, celle de se faire contrôler et renvoyer. Cet été, une campagne sera lancée dans toute la Suisse par les collectifs de soutien aux sans-papiers. Son thème: le droit à la formation et à l’éducation des enfants de clandestins. Retombée dans l’oubli après l’occupation de diverses églises en 2001, la question des sans-papiers devrait revenir sur les devants de la scène. Combien sont-ils, d’où viennent-ils, dans quels secteurs travaillent-ils? Réponse en huit points.

01 Combien sont-ils?
Diverses estimations ont été avancées au cours de ces dernières années, de 80'000 à 300'000 sans-papiers.
Dans une étude commandée par l’Office fédéral des réfugiés en 2004, l’institut de recherche gfs.berne avance le chiffre de 90'000 personnes avec «une marge d’erreur» d’environ 10'000. Les experts vaudois pensent
que 12'000 à 15'000 sans-papiers vivent dans le canton, alors qu’ils seraient 8000 à 12?000 à Genève.


02 D’où viennent-ils et comment vivent-ils?
Dans les cantons urbains et les villes, un grand contingent (en majorité féminin) vient d’Amérique du Sud (Pérou, Equateur, Colombie et Brésil). Dans les régions rurales, les sans-papiers (en majorité masculins) viennent de l’ex-Yougoslavie, de la région de la Turquie/Kurdistan, et des anciens pays de l’Est. Comme l’explique Myriam Schwab, assistante sociale à la «Frat» – le Service social pour les immigrés du Centre social protestant – c’est souvent le réseau familial qui les aide à s’installer en Suisse. Comme les sans-papiers ne peuvent pas signer de bail, ils sont forcés de sous-louer un appartement. Avocat à l’Asloca (Association suisse des locataires) de Genève, François Zutter en reçoit régulièrement qui essaient de protester contre les loyers abusifs: «Mais comme ils sont à la merci d’une dénonciation par le locataire, en général, ils choisissent de ne rien faire.»

03 Dans quels secteurs travaillent-ils?
Sur les chantiers, dans la restauration, dans l’agriculture et, surtout, dans les ménages. Dans son rapport 1, Marcello Valli souligne l’émergence d’un nouveau phénomène depuis la seconde moitié des années 90, à savoir l’arrivée de jeunes femmes d’Amérique du Sud actives dans la garde d’enfants et les travaux ménagers. Elle s’explique par l’augmentation des familles monoparentales (divorces) et l’évolution du travail des femmes. «Les Latino-Américaines font le ménage, les commissions et gardent les enfants pour 1200 à 1500 francs par mois, en travaillant 150 à 200 heures. Faute de moyens, de nombreuses familles de la classe moyenne ne peuvent pas faire appel à des jeunes filles au pair; il y a un réel besoin», souligne François Cheraz, coordinateur au Point d’eau – un centre pour les personnes démunies – à Lausanne. Il affirme encore que «peu de restaurants ou d’hôtels n’ont jamais fait appel à des sans-papiers: c’est de la main-d’œuvre à bon marché, sur appel».


04 Sont-ils exploités?
Dans son étude, l’institut de recherche gfs.berne établit un tableau des salaires mensuels moyens selon les six régions étudiées: de 2000 à 2200 francs dans le canton de Zurich, de 1500 à 2000 à Lausanne, de 1000 à 2000 francs à Genève, de 1000 à 2000 francs au Tessin et 1500 francs à Bâle-Ville. Un revenu qui pousse près de la moitié de ces personnes à exercer plusieurs emplois. Dans sa recherche2 publiée par le CETIM (Centre Europe-Tiers monde), Philippe Sauvin parle d’exploitation: «Des secteurs entiers de l’économie ne peuvent survivre que grâce à des sans-papiers rémunérés souvent au lance-pierre ou, en tout cas, en dessous du minimum vital. Les autorités politiques ont là une très grande responsabilité qu’elles ne veulent pas assumer.» Né au Burkina, Soungalo* a travaillé dans les déménagements de 2003 à 2007. Il lui est arrivé de travailler de 7 heures à 23 heures pour 50 francs. «Quand tu n’as pas le choix, tu fais quoi? Les patrons qui ne t’exploitent pas, il faut les trouver! J’ai même été employé par des gens qui ne m’ont jamais payé. Ils me disaient: «Si tu m’emmerdes, j’appelle la police.» Un Blanc contre un Noir. Qui va-t-on croire?»


05 Que fait la police?
De l’avis général, et comme le confirme Olivier Guéniat, chef de la police judiciaire du canton de Neuchâtel, «les sans-papiers ne font pas l’objet d’une chasse ou d’une recherche particulière». Mais ils peuvent tomber dans des contrôles de routine. François Cheraz explique: «Il y a des bâtiments entiers occupés par des sans-papiers, des discothèques et lieux culturels où ils se retrouvent. Ce serait facile de faire des rafles. Mais il y a tout un pan de l’économie qui en profite.» Le travailleur social constate pourtant que beaucoup de clandestins somatisent. Contraints de toujours vivre dans le stress, les sans-papiers présentent souvent des troubles psychosomatiques (problèmes gastriques, dermatologiques) ou psychologiques. Pour l’anecdote, Monica* et Miguel* (lire les témoignages en page 50) ont participé à un atelier d’intégration d’une grande ville romande. Au programme: cours sur l’histoire, la politique, le système scolaire suisse, visite d’un musée, de la bibliothèque et de la... police: «Nous étions une douzaine d’Equatoriens, tous en situation illégale. Le policier qui nous a fait voir les locaux était très aimable...»


06 Que deviennent les enfants des sans-papiers?
Si tous les enfants de sans-papiers ont le droit de fréquenter l’école obligatoire, la situation se gâte lorsqu’il s’agit d’entreprendre une formation. Il leur est interdit de signer un contrat d’apprentissage. Si, dans le canton de Bâle, ils ont accès aux écoles de commerce et au gymnase, à Zurich, l’accès au postobligatoire leur est refusé. A Lausanne, certains élèves en situation irrégulière ont été admis dans des écoles du secondaire supérieur, dont les gymnases.
A Genève, ils ont accès au gymnase, à l’école de commerce et aux écoles à plein temps de formation professionnelle. Professeur de sociologie à la HES-SO (Haute Ecole spécialisée de Suisse occidentale), Claudio Bolzman se demande quelle situation est en train d’engendrer la société suisse: «Nous risquons d’avoir une deuxième génération formée et socialisée, mais sans droit au travail. Ces adolescents peuvent être de véritables bombes à retardement. Ils ne vont pas tolérer ce que leur parents ont accepté. Ils ne peuvent rien faire de leur formation. Cela crée une couche de jeunes poussés dans la rue, alors qu’ils font tout pour s’intégrer.»


07 Quelles sont les conséquences de la nouvelle loi sur les étrangers?
«Beaucoup de patrons ont licencié leurs travailleurs au noir à cause de son introduction. Ils craignent de payer une amende salée et les frais d’expulsion, s’ils se font attraper», explique Myriam Schwab, qui souligne qu’elle a fait passer les sans-papiers du travail au gris – les cotisations sociales sont déduites de leur salaire – au travail au noir. En effet, la collaboration entre les assurances sociales et les différents services de la population est encouragée par les nouvelles dispositions. Chef du Service cantonal de la population (VD), Henri Rothen explique, que si les échanges d’informations entre services ne se font pas encore dans le canton de Vaud, ce sont pour des raisons de temps, de connexions informatiques et de réticence humaine. Lui voit d’un bon œil cette future collaboration: «Le travail illicite est un inconvénient pour l’économie suisse. Il empêche la réinsertion des chômeurs. De plus, certaines entreprises ne tiennent le coup que grâce à cette main-d’œuvre à bon marché, C’est une distorsion de la concurrence.»

08 Uniquement perdants, les sans-papiers?
Le haut niveau de consommation, la perspective d’un avenir meilleur, le marché du travail, voilà ce qui attire les sans-papiers qui fuient un fort taux de chômage, la pauvreté, des mauvaises conditions de vie. La Suisse leur permet de gagner un salaire inespéré dans leur propre pays; ils peuvent ainsi apporter une aide financière aux membres de leur famille qu’ils ont laissés derrière eux. «Dans pas mal de nations, c’est d’ailleurs une des ressources principales. En Equateur, l’argent envoyé par les migrants est la deuxième source de revenu après le pétrole », souligne François Cheraz. Certains travaillent un maximum pour mettre de l’argent de côté, rentrer chez eux, lancer leur petite affaire, comme cette Equatorienne qui a prévu de rester à Lausanne jusqu’à la fin de l’année, même si ses conditions de vie sont dures. Son but: développer l’entreprise de transport qu’elle a mise sur pied avec sa mère et sa sœur. En décembre, elle repartira avec l’argent pour un deuxième camion gagné en nettoyant des appartements suisses...
1 Les migrants sans permis de séjour à Lausanne,
par Marcello Valli. Rapport rédigé à la demande
de la Municipalité de Lausanne.
2 Travail forcé façon helvétique? par Philippe Sauvin,
publié par le CETIM.
*Prénoms modifiés.

Immigration : l'accord européen vivement critiqué


Lire dans le NOUVELOBS.COM


Les 27 pays de l'Union européenne sont parvenus à un accord sur des règles communes concernant l'expulsion des migrants clandestins. Selon douze associations de défense des droits des étrangers, ce texte "préfigure l'installation en Europe d'un modèle permettant l'enfermement généralisé des étrangers sans-papiers et des demandeurs d'asile dans des camps".

vendredi 6 juin 2008

Berlusconi fait la girouette sur l'immigration

ITALIE. Le projet de loi introduisant le délit d'entrée illégale sur le territoire maintenu.

Eric Jozsef, Rome dans le Temps

Vendredi 6 juin 2008


Pressé par son allié xénophobe de la Ligue du Nord mais critiqué par l'ONU et le Vatican, Silvio Berlusconi a pendant quelques jours fait la girouette. Finalement, il a confirmé mercredi que son gouvernement entend bel et bien introduire le délit d'immigration clandestine. A l'issue du premier Conseil des ministres fin mai à Naples, la nouvelle majorité de droite a en effet présenté un projet de loi qui renforce la lutte contre les illégaux. Le texte prévoit d'introduire le délit d'entrée illégale sur le territoire avec jugement en flagrant délit et des peines allant de 6mois à 4ans de prison. Le document qui porte la signature de Silvio Berlusconi est d'ores et déjà à l'examen au Sénat.

Augmentation des incidents racistes

Le nombre des incidents à caractère raciste a augmenté très nettement en 2007. C’est ce qui ressort de la nouvelle édition de la chronologie  «Racisme en Suisse». D’après ce rapport, l’année 2007 a connu une augmentation d’environ 30% des incidents à connotation raciste en Suisse par rapport à l’année précédente. Au 31 décembre 2007 on avait recensé 112 cas contre 87 à la même date l’année précédente

Vers le site de la Fondation contre le racisme et l'antisémitisme

Ridoré, le Barack Obama suisse

Carl-Alex Ridoré, 36 ans, est en passe de devenir le premier préfet noir de notre pays. Un parcours de surdoué qui rappelle celui du candidat démocrate américain. Un article de Claude Ansermoz, correspondant permanent de 24 Heures à Bulle.

FAVORI Le socialiste Carl-Alex Ridoré a gagné le premier tour de l’élection, dimanche, avec 46,7% des suffrages, devant le PDC Hubert Dafflon et ses 30,2%. FRIBOURG, LE 1er JUIN 2008
SANDRO CAMPARDO/KEYSTONE


He has a dream. Celui d’être le premier préfet socialiste de la Sarine. Mais si Carl-Alex Ridoré gagne le second tour du 22 juin prochain (46,7% des suffrages dimanche devant le PDC Hubert Dafflon et ses 30,2%), il sera aussi le pre­mier Noir à accéder à cette fonc­tion en Suisse. Ce qui fait de lui, actualité oblige, notre Barack Obama à nous.
Dans le suranné café de la Gare de Bulle, on entend et on voit les mouches voler. Contrai­rement à ce que disent ses dé­tracteurs, le jeune avocat socia­liste de 36 ans sait trancher. Il porte sans hésitation son dévolu sur la fondue au vacherin. Avant de répondre, l’homme prend toujours son temps. Pendant que ses yeux quêtent le ciel, c’est au tour du fromage tiède de tran­cher. La couleur de sa peau? Il «refuse d’en faire un argument électoral. Franchement, à part les journalistes, personne ne me pose jamais la question. J’ai conscience de la portée symboli­que et si j’étais scientifique, j’écrirais peut-être une thèse là­dessus. Mais là, je suis candi­dat. » On insiste. «Jamais je n’ai souffert de racisme, raconte celui qui s’est naturalisé suisse à l’âge de 16 ans. Mais grandir au­jourd’hui en tant qu’enfant étranger est certainement plus difficile qu’à mon époque. L’inté­gration, c’est avant tout l’oeil qui regarde.» Et Barack Obama alors? «Que l’Amérique soit diri­gée par un Noir ou par une femme est secondaire. Ce qui me séduit avant tout, c’est de sentir dans ce pays une réelle volonté de rompre avec le statisme. Ja­mais je n’aurais pu être un politi­cien conservateur.»
«Le saint Nicolas des communes»

Dans le district de la Sarine, le plus grand du canton, le préfet n’est pas n’importe qui. Autorité de recours pénale, délivreur de permis de construire, «impul­seur » de fusions de communes, il est à la fois le bras armé du Conseil d’Etat et parfois son principal contradicteur. «C’est un peu le saint Nicolas des com­munes, il guide, il gronde, il concilie.» A ce titre, certains ont trouvé la campagne de l’ami Ridoré un peu terne. Dans La Liberté, Christian Duccoterd, le président du PDC de Sarine Campagne, attaque: «Etre sympathique, ça ne suffit pas pour faire un bon préfet.» Ancien basketteur de haut niveau – comme Barack Obama – Carl-Alex Ridoré prend le rebond: «Avant le premier tour, j’ai jugé qu’un candidat de­vait avoir une posture préfecto­rale. Je ne postule pas pour un poste de boxeur. Gérer des con­flits, c’est déjà ma profession. Mais s’il faut monter au front face aux attaques verbales avant le second tour, cela ne me fait pas peur.» Plutôt que de polémi­quer, Carl-Alex Ridoré préfère sourire à l’idée que le vieux parti n’administrera plus aucun des sept districts du canton. Histori­que! «Le PDC n’a pas su prépa­rer sa relève», plaide-t-il.
Quinze ans de scoutisme et autant de chant – notamment sous la baguette de Michel Cor­boz à Lausanne – lui font dire que «la persévérance et l’obsti­nation » sont ses marques de fabrique. Le goût des autres aussi. Inspiratrices également, les figures haïtiennes du père politicien, militant, socialiste et de la mère, «infirmière enga­gée ». Tout cela saupoudré d’une bonne dose d’ambition person­nelle? «Bien sûr que je me recon­nais dans la jeune génération montante socialiste fribour­geoise, comme les Christian Le­vrat ou Alain Berset. Mais je n’ai pas de modèle et mon engage­ment est plus profond. J’ai tou­jours été un accro des infos na­tionales. Et ça me démangeait de ne pas être qu’un auditeur «Ya­qua », l’oreille collée à son tran­sistor.