mardi 16 août 2005

Ouverture des casernes d'Yverdon pour l'accueil des NEM

Ecoutez la séquence diffusée sur La Première ce matin.

Le retour des "523" dans 24heures et sur La Première


Josiane Aubert, Cesla Amarelle et Marianne Huguenin lors de leur conférence de presse.
Craignant l’expulsion forcée d’une famille appartenant au groupe des «523», les opposants aux mesures de contrainte vis-à-vis des requérants déboutés ont redit hier leur hostilité à la politique de la majorité du Conseil d’Etat. Le bras de fer continue de plus belle entre les deux camps. La famille dont le père était en détention administrative a obtenu un nouveau sursis.


La rentrée au Grand Conseil dans une semaine sera à nouveau marquée par l’asile. En juillet, le Grand Conseil a voté, on le sait, la motion du radical Serge Melly, invitant le gouvernement à renoncer aux mesures de contrainte. Le Conseil d’Etat a alors précisé que l’acceptation de cette motion ne changerait pas sa politique et que des renvois forcés auraient lieu, conformément à sa décision prise en mai qui avait provoqué une rupture de collégialité des magistrats roses-verts.
Une volonté confirmée
L’été n’a rien résolu. Confirmant sa volonté d’utiliser la force, le Conseil d’Etat a préparé l’expulsion de la famille Jusic, dont le père est en détention depuis quelques jours et dont le plan de vol était prévu pour demain mercredi. Au dernier moment, ont annoncé les milieux proches de la Coordination Asile, un recours a permis à cette famille de rester encore en Suisse. Il en va de même pour une autre famille convoquée vendredi dernier au Service de la population et qui s’est vu fixer une nouvelle convocation. La pression pour que les familles déboutées s’en aillent reste donc constante.
Ces cas confirment que le Conseil d’Etat n’entend pas se soumettre à la volonté du Grand Conseil, estimant que la motion Melly n’a pas de réelle portée sur la politique décidée par la Confédération, comme Jean-Claude Mermoud l’avait déjà laissé entendre. Si le Canton ne veut pas commenter les derniers événements, campant sur ses positions, la gauche, les Verts, les Eglises et la Coordination Asile s’indignent du non-respect de cette motion, qui, si le Conseil d’Etat met en œuvre des mesures de contrainte, sera, dans les faits, vidée de sa substance.
Présidente du PS, Josiane Aubert annonce des interventions urgentes au Parlement sur ce thème, en attendant un avis de droit que la gauche a demandé pour savoir qui a réellement le pouvoir dans cette affaire, Conseil d’Etat ou Grand Conseil. En attendant que la querelle juridique soit tranchée, les fronts politiques se durcissent. Marianne Huguenin, conseillère nationale POP, de retour de Bosnie, a dit hier son écœurement. «Les retours forcés sont une honte absolue» et ne font, selon elle, que raviver les traumatismes de ceux qui ont été très gravement choqués par la guerre en ex-Yougoslavie. «Il y a une grave sous-estimation de la souffrance», juge la popiste. De leur côté, les Eglises continuent la lutte. Porte-parole des protestants vaudois, Antoine Reymond stigmatise l’énergie mise pour faire partir de force les derniers cas non régularisés. Sur les 523 personnes, seules 260 sont encore concernées, dont désormais une majorité d’enfants en bas âge. «Est-ce que l’Etat de Vaud n’a pas autre chose à faire que de tenter de renvoyer les gens par tous les moyens?», s’indigne le pasteur.


Interview de Cesla Amarelle sur la Première
Ecoutez la séquence de Forum sur La Première dans laquelle le Professeur Grisel (juriste) fait la lumière sur le bras de fer entre le gouvernement et le parlement.

Motion Melly, un choix démocratique


Pour contrebalancer l'opinion de Eric Bonjour de l' UDC, voici la voix de Cesla Amarelle, vice-présidente du parti socialiste qui elle aussi est publiée par 24 heures.
Le 5 juillet, le Grand Conseil a pris une décision importante en acceptant une motion portée par le député radical Serge Melly. Celle-ci contraint le Conseil d’Etat à décréter qu’il renonce aux renvois forcés des «523». En l’état, ce groupe de requérants d’asile déboutés se compose de 260 personnes environ, soit 130 enfants mineurs nés pour la plupart en Suisse et 130 adultes vivant dans le canton depuis dixsept ans, dix ans ou cinq ans. Fermant les yeux sur leur réalité et parce qu’il s’agit d’asile, l’UDC fulmine forcément.
Pourtant, cette décision du Grand Conseil est cohérente. En août 2004, il avait déjà voté une résolution, portée par le radical Jean Martin, qui jugeait ces renvois humainement inacceptables. Sans être contraignante, cette première mise en garde s’est accompagnée quelques mois plus tard d’une rupture de collégialité des trois conseillers d’Etat de gauche qui ne souhaitaient pas légitimer ces renvois. Ces appels à la raison n’étant pas entendus, le Grand Conseil, en tant que première autorité du canton, a alors été forcé d’adopter une motion contraignante.
Une décision qui respecte parfaitement la légalité. L’article 44 de la Loi sur l’asile prévoit que l’exécution du renvoi et l’usage des mesures de contraintes sont le fait des cantons, qui sont liés à l’examen du principe de non-refoulement et à la Convention relative aux droits de l’enfant. Conformément au principe de l’autonomie constitutionnelle des cantons, ceux-ci peuvent librement déterminer les autorités intervenant dans l’exécution de la décision fédérale. Première autorité cantonale, le Grand Conseil est en droit de décréter qui a la compétence de renoncer à des renvois spécifiques. Il est donc habilité à s’octroyer cette compétence s’il le souhaite en modifiant la Loi vaudoise d’application de la LSEE ou par décret. Des précédents existent, notamment à Neuchâtel.
Enfin, ce choix du Grand Conseil est démocratique. En se faisant l’écho de l’important engagement de la société civile vaudoise qui, depuis des mois, soutient concrètement ces personnes, le Parlement exerce sa fonction représentative. Une centaine de citoyens de tous bords politiques et de gens d’Eglise ont travaillé quotidiennement durant l’été pour parrainer ces personnes. Les coordinations asile des six régions du canton ont accueilli les familles dans les églises.
Que fait la majorité de droite du Conseil d’Etat? Au lieu de se recentrer sur les vrais problèmes, elle s’obstine à vouloir nous faire croire que le salut du canton passe par le renvoi forcé de 132 enfants et de 130 adultes traumatisés et épuisés par des mois de pression hebdomadaire en vue de leur renvoi. En totale violation de l’article 152 al. 1 de la Loi sur le Grand Conseil, la majorité du Conseil d’Etat met une pression maximale sur ces familles pour éviter que les enfants reprennent l’école. Elle utilise la police pour placer un chef de famille, survivant de Srebrenica, en détention administrative et s’apprête à l’installer demain, de force, dans un charter. Son épouse, qui porte tous les symptômes somatiques des femmes survivantes de Srebrenica, se cache avec ses quatre enfants en bas âge.
Si la majorité gouvernementale persiste dans son intransigeance, nous allons au-devant de situations de détresse extrêmes. Un terrible aveu d’indignité qui laissera des traces. La vie dans une société démocratique se fonde constamment sur des choix. Par sa décision, le Parlement cantonal a rempli son devoir d’autorité pour permettre une sortie digne et juste à une situation humainement et politiquement inadmissible. Rien d’anarchique là-dedans.


Histoire de la motion Melly dans le blog:
Janvier 2006
Il faut aller voir Christof Blocher
Un nouvel avis de droit soutient les "523"
La gauche sort l'artillerie juridique
Opinion de François Brélaz UDC
Décembre 2005
L'arrêt des renvois sera discuté en janvier
Jacques Poget
La bataille juridique est inévitable
Marcel Cohen Dumani, une cause juste pour les juifs
Novembre 2005
La fronde des parrains
Les pros asiles contre le Conseil d'Etat
La déception des défenseurs de l'asile
Octobre 2005
Réaction de Serge Melly
Débat radiophonique entre Serge Melly et Philippe Leuba
L'impasse est totale
Edito de Grégoire Nappey, un peu de dignité SVP
Voici notre projet, refusez le
Les divers communiqués des partis
Le gouvernement refuse de suivre la motion
Interview de Serge Melly dans le Matin
Opinion de Grégoire Nappey dans 24heures
Un nouveau coup dans l'eau pour JC Mermoud
Le PS veut faire le forcing sur l'asile
Septembre 2005
JC Mermoud approuve les durcissements
Les socialistes et les verts gardent la main
Renvoi suspendu pour deux "Frambois"
Proposition radicale à la trappe
Août 2005
Pas de répit pour les déboutés
La tension croît de jour en jour
Un débouté malade doit prendre l'avion
Rendez-vous mardi pour les "523"
Panser la plaie et passer à autre chose
La tension monte dans le canton de Vaud
Père de famille interpellés
Le retour des "523"
Motion Melly un choix démocratique
Anarchie au Grand Conseil
Juillet 2005
Premier renvoi malgré la motion
Y aura-t-il des renvois cet été?
Mermoud, l'humiliation
C'est non aux renvois
Le Conseil d'Etat désavoué
Vers un sursis des renvois
Juin 2005
Les patrons se rebiffent
Raymond Aubert, refuser le totalitarisme juridique
Les députés se déchirent
Les députés aboient, Mermoud renvoie
Mai 2005 (avant la motion)
Débat au grand conseil
Veillée d'armes
Reprise des mesures de contraintes

Dérive anarchique au Grand Conseil

C'est ainsi que le député UDC Eric Bonjour décrit la situation politique dans le canton alors que le dossier des "523" se rallume.
Voici l'intégralité de son opinion publiée dans 24 heures.
Le contexte. Dans le Canton de Vaud, les finances ne sont plus qu’un champ de dettes, la population active compte près de 5.5% de chômeurs et un nombre grandissant de personnes à l’assistance publique, l’éducation publique traversent une crise grave, et les problèmes en tous genres s’accumulent dans l’agenda politique. Pourtant, le Grand Conseil consacre à chaque session un temps précieux à traiter de renvois forcés parfaitement justifiés, un objet pour lequel il n’est pas compétent.
Des renvois justifiés. Il faut le répéter. Les personnes visées par les mesures de renvoi savent depuis longtemps qu’elles n’ont pas le droit de résider en Suisse. Nombres d’entre elles ont fait appel à l’assistance publique et ne sont menacées que par le travail dans leur pays. Dans la même situation que les 286 restants, d’autres étrangers auraient été expulsés depuis des années, sans que nul n’y trouve à redire. La situation actuelle provient de l’abus des procédures dont ont usé les personnes à expulser, avec la complicité de certains élus. Pauvre consolation, le groupe libéral au Grand Conseil a compris que la voie choisie par l’ancien conseiller d’Etat Claude Ruey (libéral) ne menait nulle part. Une prise de conscience tardive mais salutaire.
Des débats tronqués. Mardi 5 juillet 2005, toutes autres affaires cessantes, le Parlement vaudois a une fois de plus connu les propos d’élus dont la place est au Café du Commerce et non au perchoir, puisqu’ils sont en croisade personnelle mais ne se préoccupent pas du bien de l’Etat. En revanche, Jean-Claude Mermoud, conseiller d’Etat en charge du dossier de l’asile, n’a pas pu s’exprimer. Une majorité de députés a en effet jugé bon de passer immédiatement au vote. La personne compétente, la seule personne à avoir accès à chaque dossier des 286 à expulser individuellement a donc été réduite au silence. On comprend certaines élites politiques qui souhaitent que la Gauche dirige seule le Canton de Vaud: il n’y aura plus la place pour une argumentation fondée sur des faits. Quel gouvernail qu’est le rêve! Que de paperasse en moins! Que de temps gagné!
Une rupture démocratique.
Le principe de la fidélité confédérale n’a pas pesé lourd dans la balance. La gauche et ses ralliés ont pratiqué la voie du juridisme partisan. Pourtant, le fondement de toute démocratie, c’est le respect du résultat du vote. Et la majorité du peuple vaudois a accepté en votation les mesures de contrainte. Tous les cantons suisses aussi du reste. Les élus de tous bords, sauf à violer leur serment, n’ont ainsi pas le choix. Ils doivent se soumettre au verdict populaire et soutenir des renvois par la force lorsque les autres moyens d’éloignement ont échoué. Toute la morale du monde, chose changeante, ne pèse rien contre la volonté du peuple.
Un avenir sombre. Le spectacle grotesque que nous a offert une courte majorité du Grand Conseil (78 voix contre la démocratie, 74 pour, 3 abstentions, ce n’est pas un triomphe) annonce un avenir inquiétant. Si la gauche devenait un jour majoritaire, les citoyens ne pourraient pas dire qu’ils ne sont pas prévenus. Ce sera l’anarchie et l’arbitraire. Saluons le courage du conseiller d’Etat Jean-Claude Mermoud (UDC) qui, en respectant la loi et avec constance, est bientôt seul à ne pas fuir ses responsabilités d’homme d’Etat.

La trêve estivale est terminée


Adila Jusic a appris hier que son mari, Sead, arrêté le 3 août pour être expulsé, sera libéré jusqu'au réexamen de son dossier. Photo © Christian Bonzon

Alors que la rentrée politique vaudoise n'aura lieu que la semaine prochaine, le dossier des «523» est reparti sur les chapeaux de roues. Hier, les milieux de l'asile ont affirmé leur détermination intacte après la courte pause estivale. Représentants des Eglises du canton, députés au Grand Conseil et parlementaires fédérales vaudoises se sont retrouvés pour fustiger la poursuite des renvois forcés des requérants d'asile déboutés.
Lire la dépêche de l'ATS
Lire l'article du Temps
Dans la Tribune de Genève, Antoine Grosjean mets particulièrement en cause la manière brutale dont le Conseil d'Etat agit sur ce dossier. Alors qu'il n'a toujours pas traité officiellement la motion Melly qui demandait la fin des mesures de contraintes contre les "523", il incarcère plusieurs pères de familles...
Lire l'article dans le Matin

lundi 15 août 2005

Blocher chahuté dans les Franches-Montagnes


La première visite de Christof Blocher dans le Jura a donné l'occasion à une démonstration bruyante de l'opposition à laquelle il est confronté depuis quelques temps.
Voici le compte rendu du Journal du Jura ainsi qu'un commentaire de Steve Gaspoz.

Extraits:
Mais de retour sur la côte zurichoise, le désagrément subi lors de sa visite jurassienne sera difficile à avaler. Malgré des progrès fulgurants en français, les «Welsches», ne sont pas prêts à se laisser apprivoiser. La manifestation de dimanche en est un signe des plus clairs et promet au leader agrarien un retour des jours difficiles. Non, les déclarations chocs, les tours de vis dans l'asile, le manque de distance face à l'extrême droite et le repli nationaliste ne convainquent pas! Et à l'instar des Jurassiens, une part croissante de la population semble aujourd'hui prête à défendre l'ouverture.

Lire l'article du Temps et celui du Matin
Voir la séquence du TJ soir sur la TSR en format modem en haute qualité
Ecoutez la séquence de Forum sur La Première

samedi 13 août 2005

Le sort du centre FAREAS de Bex dans les urnes?



24heures nous rapporte en détail le dernier rebondissement intervenu à Bex, l'UDC locale désireuse de ne pas se laisser déborder sur la droite envisage de lancer une initiative locale pour demander la fermeture du centre.

Lire l'article de Jérôme Lathion dans son intégralité.

Rappel historique des événements des derniers mois:
17 février 2005 Après une opération policière antidrogue aux abords du centre, la Municipalité de Bex adresse à la Fareas une demande de fermeture de la structure d’accueil. 4 avril 2005 Suite au refus de l’institution et après une rencontre avec ses responsables, les autorités dressent un catalogue de mesures à prendre pour enrayer l’insécurité liée au trafic de drogue. 10 mai 2005 Signés par le garagiste du lieu André Corboz, des graffitis à caractère raciste génèrent une émeute. 20 mai 2005 Le conseiller d’Etat Jean-Claude Mermoud se rend à Bex et présente une série de mesures pour limiter l’insécurité dans la ville. Juin-juillet 2005 Une association de citoyens baptisée Bex Espoir est créée pour réclamer le renvoi des dealers et le retour de la paix sociale dans la commune et se distingue par deux envois de tracts tous-ménages. Parmi les fondateurs, André Corboz. 2 août 2005 Un programme d’occupation des requérants d’asile de la Fareas est mis sur pied avec la collaboration des autorités communales. Plus d’une dizaine de volontaires participent au lancement de l’action. 11 août 2005 Conformément à l’article 106 de la Loi sur l’exercice des droits politiques est déposée à la Municipalité de Bex l’initiative «Acceptez-vous encore que la commune de Bex serve de terre d’asile au-delà du raisonnable». Derrière elle, un comité de cinq membres de la section bellerine de l’UDC, dont le conseiller communal Charles-Henri Grept, la présidente Eliane Comte et le vice-président Denis Aviolat.

Commentaires de Patrick Monay dans 24heures:
L’UDC a choisi de sortir du bois alors que vient de démarrer, dans cette même ville de Bex, une expérience aux objectifs diamétralement opposés. Quatorze requérants d’asile, africains pour la plupart, effectuent des travaux d’utilité publique en compagnie d’employés communaux. Tous volontaires, ils bichonnent les parcs, les jardins et les bâtiments publics. Pour une rémunération fixée à 100 francs le premier mois (vingt heures de travail par semaine), qui s’ajoute aux 369 francs mensuels que reçoit un célibataire.
En offrant à ses protégés la chance d’exercer une activité, la Fareas entend démontrer à la population bellerine «que les requérants d’asile peuvent se rendre utiles pour la collectivité». Une première dans le canton de Vaud.
La section locale de l’UDC, elle, veut se débarrasser des trafiquants de drogue qui pourrissent la vie de la commune. Avec une méthode expéditive: chasser tous les requérants d’asile du territoire communal, dealers ou pas.
Volonté d’intégration d’un côté, rejet inconditionnel de l’autre. L’avenir proche dira si les citoyens de Bex — dont les nerfs ont été soumis à rude épreuve ces derniers mois — auront à trancher entre ces deux options. Municipalité divisée, déclarations intempestives, médias sur les dents: le climat actuel ne semble guère propice à une réflexion sereine. Avec une initiative populaire aussi populiste, l’UDC tente une fois de plus d’exploiter le ras-le-bol ambiant... sans apporter la moindre solution concrète. Car la fermeture du centre d’accueil ne reviendrait-elle pas à lancer la patate chaude chez le voisin?
A sept mois des élections communales, cette démarche ressemble fort à une manœuvre électorale de bas étage. Souhaitons que les efforts démontrés par la Fareas portent leurs fruits et que le calme revienne — dans les rues comme dans les esprits.

Vaud accordera-t-il l'effet suspensif ?

Suite à l'article précédent d'Aline Andrey, la même journaliste présente la situation prévalant dans le canton de Vaud:


Environ trois cents personnes, y compris des familles, ont essuyé ces derniers mois un refus de Berne à leur demande de régularisation. Et ceci malgré un préavis positif du canton de Vaud. Plusieurs de ces dossiers sont sur le point d’être envoyés pour examen au Groupe Sans-papiers. Pendant la durée de la démarche, les sans-papiers et leurs défenseurs espèrent une certaine tolérance des autorités cantonales. Espoir partagé par la conseillère nationale vaudoise Anne-Catherine Menétrey: «L’effet suspensif pourrait être demandé en cas de renvoi au Groupe Sans-papiers, car cette démarche ne peut que renforcer la position du Canton qui avait émis un préavis positif.» Du côté du Service de la population (SPOP), c’est pourtant le durcissement qui semble être à l’ordre du jour. «Le groupe de travail est avant tout consultatif et doit intervenir avant la demande auprès des autorités. Nous ne pouvons donc pas attendre l’avis de cette commission si un dossier lui est envoyé après une décision négative», explique Henri Rothen, chef du SPOP. Par ailleurs, le Canton a décidé de sélectionner encore plus drastiquement les candidats au permis. «Nous nous basons sur la pratique fédérale en termes de durée et d’intégration, ajoute Henri Rothen. Nos critères de séjour en Suisse pour un célibataire sont de l’ordre de neuf ans, et de cinq ans pour une famille avec enfants. Leur scolarisation et la continuité du séjour sont également des éléments importants pour la crédibilité de la demande.»

Les clandestins vont-ils enfin voir le bout du tunnel ?


Aline Andrey nous rapporte en page nationale de 24heures la situation qui semble évoluer sur le dossier des "sans-papiers". Faut-il enfin se réjouir ? J'avoue que je n'ai pas tout compris, lisez donc vous même l'article dans son intégralité:
Le Groupe Sans-papiers est resté discret. Depuis sa création en janvier par la Commission fédérale des étrangers (CFE), seule une quarantaine de dossiers lui sont parvenus pour examen. Cependant de nombreux envois se préparent, notamment dans le canton de Vaud (lire encadré).
Les quatre experts — issus de l’administration et des milieux de défense des sans-papiers — ont pour tâche d’examiner les dossiers remis par des personnes en situation de séjour illégal, afin d’évaluer leurs chances d’être régularisées en cas de demande auprès des autorités. Leurs recommandations s’appuient sur la circulaire Blocher (qui remplace la circulaire Metzler), les décisions des instances cantonales et fédérales, ainsi que sur les cas du Tribunal fédéral (TF).
Une de ses qualités reconnues: le respect de l’anonymat. «Les sanspapiers ont peur de sortir du bois. Le Groupe leur permet d’envoyer leur dossier pour examen sans prendre de risque. Même s’il n’a aucun pouvoir de décision, cette ouverture pourrait décrisper la situation», explique Me Nguyen, avocat, membre de la CFE.
Durcissement inquiétant
Pour l’instant, le Groupe Sanspapiers est encore dans une phase de discussions et de négociations avec les autorités. Myrtha Welti, présidente du Groupe: «Nous ne savons pas quelle est notre influence. Pour le moment, nous avons le sentiment d’être pris au sérieux. J’espère que nous arriverons à clarifier les critères de régularisation et à mieux unifier les pratiques entre les Cantons.» En étudiant différents cas, le groupe de travail a constaté un durcissement dans le domaine de l’immigration, notamment en termes de durée de séjour. Le nombre d’années passées dans le pays doit ainsi être de plus en plus élevé pour influencer la décision des autorités de manière positive.
«Très honnêtement, nous n’imaginions pas que le groupe allait accomplir des merveilles, mais le premier retour en juin nous a plutôt rassurés», explique la conseillère nationale Verte Anne-Catherine Menétrey. Présidente de la plateforme sans-papiers, elle a collaboré à la mise en place du Groupe Sans-papiers. «Il est encore un peu tôt pour le dire, mais si la réponse des autorités est négative alors que le préavis des experts était positif, ceux-ci devraient pouvoir en tirer un bilan», ajoute-t-elle.
Marge de manœuvre floue
Si, a priori, le Groupe Sans-papiers examine les dossiers avant la demande de régularisation auprès des autorités, il lui est déjà arrivé d’en traiter après un refus. «Au fond, nous ne faisons qu’évaluer le dossier, qui peut ne contenir aucune information quant à une réponse préalable», mentionne Hans Schäppi, représentant de l’Union syndicale suisse au sein du groupe de travail. Sans espoir de faire changer d’avis l’administration, celui-ci relève que les possibilités juridiques sont faibles: «Nous sommes au tout début du travail et nous cherchons encore la manière de procéder. Personnellement, je pense que la lutte doit se faire à différents niveaux, que ce soit dans le groupe, les syndicats ou les mouvements de sans-papiers.»
Même si la marge de manœuvre des experts est encore floue, ceuxci pourraient faire face à des demandes et à des particularismes toujours plus nombreux. «Nous essayons de trouver des solutions pour des cas spécifiques, notamment pour ceux dont la demande a été rejetée par la Confédération malgré le préavis positif du Canton, ajoute Paul Sütterlin, secrétaire du Groupe Sans-papiers. Mais nous ne pouvons rien promettre.»

La découverte d'un gâchis monstrueux

Voici l'intégralité de l'opinion de Philippe Martinet, député Vert au parlement Vaudois, qui fait le bilan après quelques mois de "charte de partenariat" avec une famille de requérants déboutés:
Des dizaines de personnes des milieux associatifs et politiques, des artistes et désormais des patrons se mobilisent depuis des mois pour une politique d’asile digne et connaissent mille fois mieux le problème que le député «généraliste» que je suis. Aussi, quand les Eglises ont proposé un système de parrainage d’une famille de requérants déboutés parmi les trop célèbres «523» par un représentant de l’Eglise et un des autorités politiques, je m’y suis lancé avec l’ignorance et l’appréhension de celui qui hérite d’une tutelle.
Après trois mois seulement de confrontation à la réalité des requérants, je me permets de témoigner de l’indécence de cette politique pour les enfants, les femmes et les hommes que nous avons accueillis pour certains il y a bientôt dix ans.
La première découverte est celle des visages qui remplacent pour le «parrain» le concept un peu abstrait de «l’asile»: des histoires de vie marquées par l’horreur pudiquement évoquée par les parents et le fait que les enfants qu’on veut renvoyer «chez eux» n’ont souvent jamais vu ce «chez eux». Impossible alors de ne pas penser à nos propres enfants et à l’insignifiance de nos problèmes quotidiens par rapport aux leurs.
En accompagnant les requérants au Service de la population, on découvre ensuite le véritable harcèlement administratif subi lorsqu’il faut, chaque mois, quémander la prolongation du permis de séjour: d’un côté, les mains moites de peur, le souci de ne pas comprendre le jargon juridique, la lassitude et, de l’autre, le malaise du fonctionnaire souvent bien malheureux d’être prisonnier d’un mauvais jeu de rôle et de répéter qu’il faut se préparer au départ, que le recours déposé n’a pas d’effet suspensif, etc. Lorsqu’on entre dans les méandres du dossier, c’est l’absurdité kafkaïenne et le cynisme de la procédure qui frappent:
— Les critères d’intégration de la «circulaire Metzler» ne prenaient pas en compte la détresse humaine d’une femme violentée et rescapée de Srebrenica qui refuse de retourner là où résident ses anciens tortionnaires; et le fait que cette maman parle bien le français ou que sa famille travaille et soit désormais financièrement autonome paraît n’avoir aucun poids.
— Le dialogue de sourds entre le préposé à l’aide au retour, qui postule l’adhésion du requérant, et ce dernier qui fait le gros dos en se demandant seulement quand commenceront les mesures de contrainte.
— Alors que la notion d’amnistie existe en fiscalité ou celle de prescription pour certains crimes, l’illusion entretenue sur une soi-disant impossibilité de «solder» des situations laissées en friche pendant bientôt dix ans paraît une insulte au bon sens.
— Tout comme l’incohérence de ces fédéralistes si sourcilleux quand il s’agit de l’indépendance cantonale, mais qui s’écrasent lorsqu’un fonctionnaire fédéral cornaqué par M. Blocher refuse pour la seconde fois un dossier d’asile présenté par le Canton.
Ces jours, la pression est maximale sur certaines familles déboutées: les plans de vol devant, semble-t-il, être décidés avant la reprise des classes: la police devra donc placer de force des chefs de famille dans des charters. Le Grand Conseil, premier pouvoir selon la Constitution, verra-t-il sa volonté bafouée par un conseiller d’Etat fâché d’avoir été empêché de s’exprimer dans un débat où tout avait été dit? Faudra-t-il des chaînes humaines de citoyens indignés s’interposant? Des refus d’ordre de municipalités d’engager leur police ou de policiers eux-mêmes? Tout cela paraît tellement disproportionné! Je veux croire que notre gouvernement est capable de se recentrer sur les vrais problèmes du canton. Cette affaire n’a que trop duré.