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samedi 10 septembre 2011

La libre circulation en crise de croissance

L’ouverture des frontières aux travailleurs n’a pas fait que des heureux. Le PS dénonce une répartition inégale des fruits de la croissance, alors que l’UDC s’en prend à la poussée migratoire.

Un consensus minimal a permis à la libre circulation avec l’Union européenne (UE) d’effectuer jusqu’ici un parcours sans faute dans les urnes suisses. Soutenue par un large front incluant les patrons et les syndicats, la droite libérale et la gauche, l’ouverture des frontières aux travailleurs a été étendue par deux fois à de nouveaux pays membres. Mais après neuf ans d’existence, elle voit les nuages s’amonceler à l’horizon.
La libre circulation est menacée par deux initiatives populaires. La dernière en date, lancée par l’UDC, prévoit un plafonnement annuel de l’arrivée d’étrangers. Le parti avait pourtant renoncé à saisir le référendum contre la libre circulation et son extension, ce qui fait dire à certains qu’il cherche avant tout à se profiler pour les élections fédérales du 23 octobre.

«Surpopulation»
L’association Ecologie et population (Ecopop) invoque quant à elle la préservation des ressources naturelles pour réclamer une limitation de la croissance démographique à 0,2% par année. La libre circulation est visée au premier chef, dès lors que plus de la moitié de l’immigration actuelle provient de l’UE.
De leur côté, la gauche et les syndicats ne réclament pas la tête de la libre circulation. Mais la colère monte face à la sous-enchère salariale. En mai dernier, le Secrétariat fédéral à l’économie (Seco) a publié un rapport éloquent: 41% des employeurs suisses contrôlés en 2010 ne respectaient pas les minima salariaux fixés dans une convention collective de travail (CCT), contre 30% en 2009. C’était aussi le cas de 38% des entreprises étrangères détachant des travailleurs en Suisse (21% en 2009). «Dans d’autres domaines, avec de tels taux d’infraction, on appellerait déjà l’armée à la rescousse», grince le président du Parti socialiste suisse et ancien syndicaliste Christian Levrat.
Responsable de la politique économique à la faîtière syndicale Travail.Suisse, Susanne Blank est inquiète. «Jusqu’à présent, les secrétaires syndicaux ont soutenu la libre circulation et essayé de convaincre leur base. Depuis la publication de ces chiffres, ils deviennent sceptiques». D’où l’urgence de muscler les mesures d’accompagnement, qui étaient une condition préalable du soutien syndical à la libre circulation.
A défaut, le peuple risque de s’engouffrer dans l’«impasse» proposée par l’UDC: «Il n’y aura plus de mesures d’accompagnement, mais il y aura toujours de l’immigration, car la Suisse ne peut pas vivre sans main-d’œuvre étrangère», prévient Susanne Blank. Pour Aldo Ferrari, membre du comité directeur du syndicat UNIA, «l’UDC cherche à sélectionner la main-d’œuvre pour ne faire venir que les sous-payés ou les très qualifiés».
Le syndicaliste juge les effets de la libre circulation globalement positifs. «Sans elle, nous n’aurions pas eu autant de croissance depuis 2003». Reste un problème de répartition. «Depuis quelques années, tout se passe comme si la libre circulation bénéficiait avant tout aux employeurs et à quelques spéculateurs immobiliers, lance Christian Levrat. On assiste à un appauvrissement de la classe moyenne et des milieux populaires». La libre circulation n’en est pas la cause principale, mais «elle pose cette question avec une virulence nouvelle».

Mesures annoncées
Le ministre de l’Economie, Johann Schneider-Ammann, présentera prochainement un dispositif pour renforcer les mesures d’accompagnement. Premier objectif: intensifier la traque aux «faux indépendants», ces salariés que des entreprises étrangères envoient travailler en Suisse à prix cassés. Le libéral-radical envisage en outre d’obliger les firmes détachant des employés en Suisse à verser une caution, afin de faciliter l’encaissement des amendes en cas d’abus. Mais le ministre a aussi fait un pas en direction de l’UDC, en déclarant dans la presse qu’une renégociation de l’accord sur la libre circulation n’est «pas taboue».

Michaël Rodriguez dans le Courrier

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La gauche réclame des sanctions et un salaire minimum
«Lorsque nous nous sommes opposés aux bilatérales parce que nous pensions que les syndicats auraient dû négocier de meilleurs contrôles et un salaire minimum, on nous a taxés de xénophobes. Quelques années plus tard, les syndicats reprennent mot pour mot notre discours!» Salika Wenger, élue au législatif de la Ville de Genève et candidate au Conseil national (Parti du travail), a «une petite dent contre les partis de gauche et les syndicats» sur le dossier de la libre circulation.
La militante ne veut toutefois pas d’un retour à la situation antérieure. «Nous n’aurions pas la main-d’œuvre suffisante pour maintenir le niveau de vie actuel». Salika Wenger préfère se battre pour que de «vraies mesures d’accompagnement» soient enfin édictées. A Genève, les syndicats viennent de lancer une initiative visant à renforcer les contrôles.

Des Verts à la gauche radicale, en passant par les socialistes, les solutions proposées sont globalement les mêmes: davantage de contrôles, de sanctions et de normes salariales. Le Parti socialiste a fait de son soutien à l’initiative de l’Union syndicale suisse pour un salaire minimum de 4000 francs l’un des thèmes de campagne pour les élections fédérales.
Le cadre légal actuel permet à la Confédération et aux cantons d’imposer des contrats types de travail dans les secteurs dépourvus de normes salariales, qui totalisent plus de la moitié des emplois en Suisse. Mais les autorités n’en font pas assez usage, voire pas du tout dans les cantons alémaniques, accuse la gauche. En outre, il n’existe aucun système de sanction en cas d’abus.
A ce jour, seuls Genève et le Tessin ont édicté de telles règles dans des domaines comme les call center, les salons de beauté et l’économie domestique. Ce dernier secteur devrait être couvert prochainement par un contrat type fédéral. C’est déjà le cas aujourd’hui des entreprises de nettoyage.

Autre revendication: l’application du principe de responsabilité solidaire. Un maître d’ouvrage ne pourrait plus se dédouaner des abus commis par ses sous-traitants. Les agences de travail temporaire actives en Suisse depuis l’étranger sont également montrées du doigt. Selon le conseiller national (Verts/ LU) et syndicaliste Louis Schelbert, «elles ne respectent pas les salaires et les horaires réglementaires».

mercredi 24 août 2011

L’UDC déterre la hache de guerre avec l’économie sur la libre circulation

Toni Brunner attaque de front le président d’EconomieSuisse suite à une interview publiée dans nos colonnes.

imageL’UDC a présenté hier à Berne son programme pour revitaliser l’économie par le biais d’allégements d’impôts pour les entreprises et les ménages. Photo Keystone 

Dans nos éditions de lundi, Gerold Bührer s’en prenait vertement à l’Union démocratique du centre (UDC) et à son initiative «Contre l’immigration de masse», qualifiant la démarche «d’irresponsable». Il reprochait au parti d’exploiter politiquement les peurs, au lieu de chercher des solutions. Le texte exige, entre autres, une renégociation de l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne (UE).

La contre-attaque n’a pas tardé. Dans une lettre envoyée hier au président de la Fédération des entreprises suisses, l’UDC estime que ces reproches ne sont même pas «documentés». Toni Brunner, président de l’UDC, pose neuf questions, et prie Gerold Bührer d’y répondre, car si l’UDC a fait «des propositions concrètes», ce n’est pas le cas d’EconomieSuisse.

Le plus grand parti du pays se demande notamment si l’organisation économique considère «souhaitable et supportable» l’immigration «de masse de ces quatre dernières années»? Quelles mesures sont proposées contre les conséquences «négatives» de ces arrivées, telles les infrastructures «surchargées» ou encore la croissance des loyers? EconomieSuisse peut-elle garantir que, en cas de ralentissement de la conjoncture, les chômeurs originaires de l’Union européenne (UE) retourneront dans leur pays?

Parti de l’économie

La tension est également vive avec l’autre organisation économique, celle des petites et moyenne entreprises, l’Union suisse des arts et métiers (USAM). Son président, l’UDC Bruno Zuppiger, a été prié de se distancier de l’initiative de son parti. Chose faite dimanche dernier dans le SonntagsBlick . «L’initiative va trop loin», a estimé le Zurichois, qui compte parmi les partisans de la libre circulation des personnes dans son parti. Il estime que la Suisse ne peut pas prendre le risque de remettre en cause les accords bilatéraux. Cette position est défendue par des représentants de l’aile économique de l’UDC comme l’industriel thurgovien Peter Spuhler ou le Bernois Hansruedi Wandfluh.

Ces tensions avec les organisations économiques n’inquiètent pas le chef de campagne Christoph Blocher, alors que l’UDC dispute la place de parti de l’économie au Parti libéral-radical. «Lors de la campagne sur l’EEE, la confrontation avec les associations économiques a été brutale, confiait hier l’ancien conseiller fédéral en marge de la conférence de presse sur le franc fort. Leurs dirigeants voulaient adhérer à l’EEE puis à l’UE, ce qui était irresponsable pour nous. Si nous les avions écoutés nous y serions.»

Christoph Blocher s’en prend aussi directement à l’ancien conseiller national PLR Gerold Bührer: «C’est une prise de position libérale-radicale, rien de plus. Car, sur le fond, Gerold Bührer demande la même chose que nous dans son interview, soit une adaptation de l’accord sur la libre circulation des personnes. Sa vision est celle, typique, d’un manager à courte vue. Le nombre de chômeurs lui est égal. Il est indifférent aux tensions sociales. Il ne regarde que le moment présent. Des entrepreneurs prévoyants ne pensent pas comme cela!»

Du coté d’EconomieSuisse, l’attaque est gérée avec sang-froid. Ursula Fraefel, responsable de la communication: «En pleine campagne électorale, cette manière d’agir ne nous surprend pas. Il est évident que Gerold Bührer va répondre à ces questions. En ce qui concerne les accords bilatéraux avec l’UE, il y a longtemps qu’il y a une divergence d’opinions entre l’UDC et nous.»

Romain Clivaz, Berne, pour 24 Heures

lundi 22 août 2011

Pour Gerold Bührer, l’attitude de l’UDC est «irresponsable»

Le président d’EconomieSuisse condamne avec force l’initiative contre l’immigration.

gerold bührer opinion udc

Quand il siégeait au Conseil national, Gerold Bührer appartenait à l’aile économique du Parti libéral-radical. Il nouait régulièrement des alliances avec l’UDC. Mais aujourd’hui, le président d’EconomieSuisse, qui a quitté le National en 2007, critique vertement l’initiative de l’UDC «Contre l’immigration de masse», car elle s’en prend à la libre circulation des personnes en demandant une nouvelle négociation. Interview.

Les questions liées aux migrations et à la libre circulation posées par l’UDC ne sont-elles pas légitimes?

Bien sûr. En démocratie directe, on ne refuse pas le débat. Mais l’UDC sait parfaitement que ses solutions sont inapplicables. Et que, même si elles devaient l’être, elles seraient négatives pour l’économie et l’emploi. C’est une attitude irresponsable. Ce parti crée et exploite politiquement les peurs au lieu de chercher des solutions aux problèmes qui découlent de l’ouverture.

Près des 40% des entreprises contrôlées ont été épinglées par le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) pour sous-enchère salariale. Il y a un problème!

Personne ne le conteste, même si, sur ces 40%, seuls 10% sont des cas graves selon le SECO. De plus, les contrôles sont ciblés sur les branches où les problèmes sont connus. EconomieSuisse et l’Union patronale veulent corriger les défauts du système avec l’amélioration des mesures d’accompagnement. On peut aussi envisager de discuter d’une nouvelle clause de sauvegarde migratoire avec l’Union européenne (UE) en cas d’urgence. Toutefois, remettre en cause le système de la libre circulation serait fatal pour l’économie et l’emploi!

Pourtant, c’est ce que font avec succès le Mouvement citoyens genevois (MCG) ou la Lega dei Ticinesi. Autant de voix pour le texte de l’UDC?

Je sens un malaise même dans mon canton, Schaffhouse. Des secteurs comme la médecine ou la finance sont soumis à une nouvelle concurrence. Mais, tout compte fait, cette concurrence est positive et ne fait pas augmenter le chômage. De plus, des emplois ont été créés grâce à cette flexibilité. Ces migrants viennent pour travailler. L’UDC sait d’ailleurs très bien que les problèmes d’intégration, qui parfois conduisent à la criminalité, ont plutôt leurs racines dans les années des contingents, et pas dans la libre circulation. Mais elle joue sur des amalgames.

Christoph Blocher affirme que «la Suisse s’en sortirait très bien sans les accords bilatéraux».

C’est faux! La Suisse doit miser sur trois piliers: le multilatéralisme, certes mal en point, de l’Organisation mondiale du commerce; les accords de libre-échange bilatéraux, comme celui en cours avec la Chine; les accords bilatéraux avec l’UE, vers laquelle près de 60% de nos exportations se dirigent toujours. Le prix de l’accès aux marchés, c’est l’ouverture du nôtre. Briser un de ces piliers serait irresponsable.

La Suisse a longtemps misé avec succès sur des contingents. Pourquoi ne pas recommencer?

Ces contingents n’ont pas été un grand succès, mais avant tout un système administrativement lourd, notamment pour les entreprises. Et depuis lors, le monde a évolué. Notre réseau d’accords internationaux s’est densifié. Changer de système constituerait un trop grand risque. Pour les entreprises, le retour des contingents constituerait aussi un surcroît de bureaucratie et une perte de flexibilité. Cela surprend de voir l’UDC, un parti bourgeois aux dernières nouvelles, proposer cela.

Christoph Blocher s’affiche à la pointe dans ce combat. L’UDC a-t-elle divorcé des milieux économiques qui l’aimaient tant?

Disons que, chez Christoph Blocher, il y a le brillant entrepreneur et le politicien. Dans ce dossier, le second a pris le dessus. Et si nous sommes sur la même longueur d’onde sur des thèmes comme les dépenses publiques, la fiscalité ou l’énergie, ce dossier est celui qui nous divise le plus. Mais l’initiative «Contre l’immigration de masse» divise aussi l’UDC, puisque plusieurs chefs d’entreprise ont pris leurs distances.

Craignez-vous le prochain élargissement, qui concernerait les Balkans avec la Croatie?

Non. Les Suisses sont certes critiques, mais ils sont avant tout rationnels et pragmatiques. Se jeter dans l’inconnu ne leur plaît pas. Ils continueront à soutenir la voie bilatérale.

Romain Clivaz, Zürich, pour 24 Heures

dimanche 21 août 2011

La libre circulation ne fait pas peur à la population suisse

Une majorité de la population suisse ne craint pas l'immigration engendrée par la libre circulation des personnes, montre un sondage publié dimanche par le "SonntagsBlick". Les avis sur la proportion d'étrangers en Suisse sont en revanche divisés.

Environ la moitié (48%) des sondés estime que cette part de 22,1% est "bonne". Mais ils sont autant à la considérer comme "plutôt trop élevée" (34%) ou "beaucoup trop élevée" (14%). Les jeunes et les Romands se montrent les plus ouverts aux étrangers.

Une majorité de 59% n'est pas préoccupée par l'immigration de forces de travail européennes liée à la libre circulation des personnes. En revanche, 40% sont "plutôt" ou même "très" préoccupés. Cette proportion est particulièrement représentée chez les plus de 54 ans et les personnes avec le niveau d'éducation le moins élevé.

Keller-Sutter en tête

Par ailleurs, 80% des personnes interrogées pensent que l'économie suisse ne serait pas si saine sans étrangers. Cette opinion est particulièrement exprimée par des électeurs du PS (94%), du PLR (86%) et du PDC (83%). Elle n'est partagée que par 56% de sympathisants de l'UDC.

Autre élément du sondage, le classement de personnalité. Le journal dominical montre que sur la question de l'immigration et des étrangers, une majorité de Suisses interrogés dit accorder sa confiance à Karin Keller-Sutter, choisie parmi 16 autres papables.

Blocher pas apte mais connu

La conseillère d'Etat libérale-radicale saint-galloise remporte la palme pour sa compétence présumée sur le thème de l'immigration, avec une note de 6,16 sur 10. Elle est suivie par la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga (6,14) et le chef du groupe parlementaire PDC Urs Schwaller (5,12).

Les leaders de l'UDC Christoph Blocher (4,15) et Toni Brunner (4,11) sont en revanche considérés comme les moins aptes. Au palmarès des personnalités les plus connues, Christoph Blocher arrive en tête, suivi de Mme Sommaruga et de Toni Brunner.

L'institut Demoscope, sollicité pour l'enquête du "SonntagsBlick", a interrogé 1002 personnes en Suisse alémanique et Suisse romande. La marge d'erreurs est de 3%.

Wohlstand dank den Ausländern

Die Zuwanderung macht einer Mehrheit der Schweizer keine Sorgen. Geteilt sind die Meinungen aber zur Höhe des Ausländeranteils in der Schweiz, wie eine Umfrage des «SonntagsBlick» zeigt.

Jung, weiblich, ausländerfreundlich

Den heutigen Ausländeranteil von 22,1 Prozent findet jeder zweite Schweizer (48 Prozent) «gerade richtig». Ebenfalls 48 Prozent erachten ihn als «eher zu hoch» oder «viel zu hoch». Zu niedrig findet die Quote kaum jemand.
► Die Toleranz hat aber etwas ­abgenommen: Bei einer sehr ähnlichen SonntagsBlick-Umfrage im November 2010 sagten noch 42 Prozent, der Ausländeranteil sei «eher» oder «viel zu hoch».
► Es zeigen sich aber Unter­schiede zwischen Jung und Alt: Je jünger die Befragten, desto ausländerfreundlicher sind sie. 56 Prozent der 18- bis 34-Jäh­rigen sind mit der Situation zufrieden. Bei den 35- bis 54-Jährigen sind es noch 49, bei den über 54-Jährigen gerade 42 Prozent.
► Ein weiterer Graben klafft zwischen Stadt und Land: Für rund 50 Prozent der Befragten auf dem Land und in den Agglomerationen leben zu viele Ausländer in der Schweiz. Städter sehen das nur zu 40 Prozent so.
► Frauen und Romands zeigten in der Umfrage tendenziell weniger Vorbehalte gegen eine hohe Ausländerquote. 

Ältere bangen mehr um ihre Jobs

Einer Mehrheit von 59 Prozent bereitet die durch die Personenfreizügigkeit ausgelöste Zuwanderung von EU-Arbeitskräften «eher keine» bis «gar keine» Sorgen. 38 von 100 befragten Männern und 42 Prozent der Frauen fürchten sich davor.
Auch hier zeigt sich die Kluft der Generationen, und zwar deutlicher als bei der Frage nach dem Ausländeranteil (oben):
► 70 Prozent der jungen Erwachsenen gehen gelassen mit der Zuwanderung um, bei den über 54-Jährigen ist es zwar ebenfalls eine Mehrheit – allerdings mit 53 Prozent nur eine knappe.
► Zudem zeigt die Studie, dass weniger gut Gebildete eher fürchten, ein Ausländer könnte ihnen den Job oder die Wohnung wegschnappen: Fast der Hälfte (47 Prozent) der Befragten mit niedrigem Abschluss bereitet die Zuwanderung – und damit die EU-Konkurrenz am Arbeitsplatz – schlaflose Nächte.
► Bei den Schweizern mit mitt­lerem Abschluss beträgt dieser Anteil 42 Prozent, bei jenen mit hohem Bildungsabschluss nur noch 27 Prozent.

80 Prozent sagen: Ausländer bringen Wohlstand

Vier von fünf Befragten stimmen der Aussage zu, dass die Schweiz ohne ausländische Arbeitskräfte weniger erfolgreich wäre. Nur 17 Prozent lehnen diese Aussage ab, drei Prozent haben dazu keine Meinung.
► In Deutsch- und Westschweiz ist die Zustimmung exakt gleich gross. Auch zwischen Frauen und Männern, Stadt und Land, Erwerbstätigen und Nichtarbeitenden gibt es da kaum Unterschiede.
► Sogar eine Mehrheit von Wählern der sonst so ausländerkritischen SVP attestiert den Zugewanderten, den Wohlstand der Schweiz mit zu steigern: 56 Prozent stimmten der Aussage zu, 41 Prozent nicht. Die Wähler der anderen grossen Parteien antworten allerdings erheblich optimistischer:
SP – 94 Prozent ja, vier Prozent nein.
CVP – 83 Prozent ja, 14 Prozent nein.
FDP – 86 Prozent ja, neun Prozent nein. 

vendredi 12 août 2011

La droite attaque la libre circulation des personnes

affiche immigration udc En vue des élections fédérales, la droite conservatrice (UDC) relance sa campagne contre les étrangers pour gagner des voix. Elle veut réintroduire des contingents et renégocier l’accord de libre circulation des personnes avec l’UE. Les critiques fusent.

Dans certains grands pays, comme les Etats-Unis, les succès électoraux dépendent surtout de trois facteurs: l’attractivité du candidat à la présidence, la politique économique et la guerre.
En Suisse, aucun de ces trois éléments n’est décisif pour les élections fédérales: la présidence est assumée par rotation entre les membres du gouvernement, l’économie jouit d’une trop bonne santé pour susciter de grands débats et on ne parle certainement pas de guerre au pays de la neutralité.
Depuis une dizaine d’années, le thème qui s’est révélé le plus payant d’un point de vue électoral est celui des étrangers. Des étrangers accusés d’augmenter la criminalité, de profiter du système social, d’abuser du droit d’asile. Des campagnes basées sur ces peurs ont contribué en large partie aux succès du parti de la droite conservatrice (Union démocratique du centre, UDC), qui a doublé son électorat depuis 1995, devenant ainsi la première force politique du pays.
Alors que l’effet Fukushima, qui avait focalisé l’attention sur la politique énergétique au cours des derniers mois, s’est atténué, le parti de la droite conservatrice continue la course avec son cheval de bataille favori, en multipliant les conférences de presse, les annonces et les affiches.  La dernière en date, placardée dans tout le pays, montre des silhouettes noires qui traversent la frontière et piétinent le sol suisse avec des chaussures noires.

Contingents annuels

La campagne tourne autour de l’initiative populaire «Contre l’immigration massive d’étrangers et de requérants d’asile», lancée à fin juillet par l’UDC. Le texte vise à réduire d’afflux d’étrangers par le biais de l’introduction de plafonds et de contingents annuels fixés «en fonction des intérêts de l’économie et dans le respect du principe de la préférence aux Suisses».
Si, par le passé, l’UDC visait surtout certaines franges des étrangers, comme les auteurs de crimes, cette fois, l’initiative tire ratisse plus large: immigrés en provenance de l’UE ou d’autres pays, frontaliers et requérants d’asile.
«Nous ne sommes aujourd’hui plus en mesure de gérer l’immigration massive provoquée par la libre circulation des personnes avec l’UE, par l’ouverture des frontières avec l’adhésion au traité de Schengen et par les négligences dans le domaine de l’asile, estime de député UDC Hans Fehr. La surpopulation de la Suisse a désormais atteint ses limites: les Suisses perdent leur emploi, les institutions sociales sont surchargées, la criminalité augmente, les routes sont saturées, les trains bondés et des loyers plus chers.»
L’initiative a suscité les critiques de la part des autres principaux partis politiques. En premier lieu parce qu’elle attaque directement les accords bilatéraux avec l’UE, considérés comme la clef de voute non seulement des relations avec l’extérieur, mais aussi de la politique économique nationale.
En effet, si elle était acceptée, l’initiative impliquerait la renégociation et l’adaptation de l’accord sur la libre circulation des personnes signé entre la Suisse et l’UE.

Déclaration de guerre

«Cette initiative est une déclaration de guerre à la libre circulation des personnes. La réintroduction de contingents et le principe de la préférence aux Suisses contreviennent aux accords bilatéraux et ne pourront jamais être acceptés par l’UE. Il est indécent de vouloir faire campagne avec de telles déclarations de guerre», affirme le député libéral-radical (droite) Ruedi Noser.
«Absurde, répond Hans Fehr. Nos adversaires commencent à trembler, avant même que Bruxelles ne bouge le petit doigt. La Suisse doit au contraire bomber le torse dans les négociations avec l’UE. En fin de compte, nous sommes un partenaire commercial exceptionnel: nos importations en provenance de l’UE dépassent les exportations de 20 milliards de francs. Nous construisons des transversales ferroviaires à 30 milliards pour le trafic européen et nous reversons aux pays de l’UE les impôts prélevés sur les capitaux que ses citoyens ont déposé en Suisse.»
«L’UDC se berce d’illusions, rétorque pour sa part le député socialiste Hans-Jürg Fehr. La libre circulation des personnes n’est pas négociable par Bruxelles du moment qu’elle représente l’un des piliers de son marché intérieur. Si nous voulons être intégrés dans ce grand marché, nous devons aussi en accepter les règles, dans l’intérêt de notre économie.»

Conséquences néfastes

Selon les opposants, les propositions de l’UDC auraient des conséquences catastrophiques au niveau économique et social. «Cette initiative risque de ramener la Suisse à l’époque des contingents, lorsque beaucoup d’entreprises avaient des difficultés à trouver de la main d’œuvre qualifiée. A cette époque, notre économie stagnait, alors qu’elle a commencé à croître avec davantage de vigueur depuis l’introduction de la libre circulation des personnes, ce qui a permis de créer de nouveaux emplois», affirme Ruedi Noser.
«Encore une fois, c’est absurde, déclare Hans Fehr. Avec notre proposition, nous pourrons continuer à prendre ceux dont nous avons besoin, mais en revanche exclure les autres. Mais il y a manifestement des managers qui aimeraient pouvoir choisir parmi 500 millions de travailleurs pour faire baisser les salaires. Cette vision est rejetée par Hans-Jürg Fehr: «En réalité, avec l’introduction de contingents, l’UDC veut seulement supprimer les mesures d’accompagnement destinées à combattre le dumping salarial et introduites conjointement à la libre circulation des personnes», rétorque le député socialiste.
Les opposants à l’initiative se disent confiants: les accords bilatéraux et la libre circulation des personnes avec l’UE ont été soutenus par une solide majorité des Suisses au cours de trois votations fédérales.
«La nouvelle proposition de l’UDC sera à nouveau bloquée dans les urnes», prédit Hans-Jürg Fehr. Mais en attendant, la droite conservatrice vise surtout à vaincre lors des prochaines élections fédérales avec sa nouvelle campagne anti-étrangers.

Armando Mombelli, swissinfo.ch, traduction de l’italien: Olivier Pauchard

vendredi 29 juillet 2011

Christoph Blocher s’en prend massivement aux étrangers

A 70 ans, l’UDC revient pour les élections fédérales. Selon lui, la Suisse peut vivre sans accords bilatéraux.

Christoph Blocher est bien vivant. Le Zurichois, que l’on donnait pour mort suite à son éviction du Conseil fédéral en 2007, se présente au Conseil des Etats et au National en octobre. S’il a pris un petit coup de vieux, sa conviction de devoir sauver la Suisse contre l’immigration et l’Union européenne (UE) est intacte depuis 1979. A 70 ans, le vice-président de l’UDC mène sa dernière guerre. Pour la gagner, il est prêt à mourir sur scène. Interview.

N’êtes-vous pas trop vieux pour siéger au parlement?

Non, j’ai beaucoup d’expérience. C’est d’ailleurs pour cela que les Jeunes UDC sont venus me chercher. Mais j’avoue que j’ai un peu moins d’énergie qu’eux.

Ne craignez-vous pas la maladie ou le vieillissement?

Peut-être que ma santé me lâchera, mais, ces cinquante dernières années, je ne suis allé à l’hôpital qu’une fois pour une opération de l’intestin, lorsque je siégeais au Conseil fédéral. Personne n’en a rien su! Avec l’âge, j’aurai peut-être moins de repartie, mais, pour l’heure, je suis en pleine forme.

Etes-vous sur Facebook?

Face… quoi? ( Ndlr.: son porte-parole lui explique qu’il a dix profils à son nom, mais aucun compte officiel.) J’avoue que je ne suis pas un amateur de ces technologies. Je n’ai pas de télévision, je ne vais jamais sur internet et ne sais pas me servir d’un iPhone. Cela me permet de rester concentré sur l’essentiel.

L’essentiel se résume aux mêmes thèmes depuis 30 ans.

C’est qu’ils sont d’actualité! La Suisse doit rester autonome face à l’Europe. C’est pour cela que je veux revenir au parlement. Contrairement à ce que disent certains, je ne reviens pas pour me venger de mon éviction du Conseil fédéral, mais pour défendre mes idées.

L’une d’elles est la limitation de l’immigration en Suisse. Votre parti lance d’ailleurs une initiative pour renégocier la libre circulation avec l’UE. En tant qu’ancien patron, y croyez-vous ou cherchez-vous un thème de campagne?

Cette initiative permet certes de rappeler nos positions aux électeurs, mais je crois aussi que l’immigration est trop importante en Suisse. Elle fait augmenter les loyers, surcharge nos transports, met les salaires sous pression. Il faut réintroduire des contrôles aux frontières. S’assurer que les emplois sont offerts aux Suisses d’abord, et que les immigrés viennent seulement lorsqu’ils ont un contrat de travail. Et créer des contingents maximums chaque année.

Vous parler de pression sur les salaires. Pourtant votre parti a toujours refusé d’instaurer plus de contrôles et de mesures d’accompagnement.

Ces mesures sont des outils de régulation. Il est bête d’ouvrir les frontières s’il faut ensuite prendre sans cesse des mesures en plus. C’est une perte de temps de devoir vérifier chaque cas de dumping salarial. Il faut une solution globale négociée avec Bruxelles.

Mais EconomieSuisse craint que Bruxelles refuse et rejette l’accord sur la libre circulation et, du coup, tout le paquet des accords bilatéraux…

C’est un risque. Mais la menace restera une menace. L’UE a intérêt à négocier, puisque c’est elle qui profite le plus de la libre circulation. Et, soyons honnêtes: la Suisse s’en sortirait très bien sans les accords bilatéraux. Nous avons des liens directs forts avec les pays européens. Il y a vingt ans, lors de la votation sur l’Espace économique européen, l’économie disait aussi que notre pays allait sombrer en cas de refus. Aujourd’hui, elle reconnaît que notre pays s’en sort mieux ainsi. C’est vrai que les entreprises auront plus de peine à engager du personnel si notre initiative passe, mais l’économie du pays s’en sortira mieux.

Vous dites être le parti du peuple. A-t-il toujours raison?

Non. La voix du peuple n’est pas la voix de Dieu, ni celle du gouvernement. Mais c’est important, dans une démocratie, d’accepter les résultats d’une votation.

Pourquoi ne le faites-vous pas cette fois-ci? Le peuple a accepté toutes les votations sur la libre circulation…

Mais nous respectons ses décisions! Cette initiative ne tente pas de revenir en arrière, mais d’adapter un système après en avoir fait l’expérience. Du reste, cette fois-ci encore, le peuple décidera au final.

Vous serez sans doute élu, sinon aux Etats, au moins au National. Combien de temps resterez-vous à Berne?

Je m’en irai seulement quand j’aurai le sentiment que mes idées ont été écoutées… et adoptées.

Nadine Haltiner, Zürich, dans 24 Heures

mardi 5 juillet 2011

Danemark: contrôles aux frontières

Le Danemark a décidé de renforcer les contrôles à ses frontières en dépit de la libre circulation.

TSR

jeudi 9 juin 2011

Libre circulation: Berne verrouille sa position

Alors que le président du Parlement européen est en visite en Suisse, la question de la libre circulation pèse sur les relations bilatérales.

Même si la Suisse n’a aucune intention de remettre les gardes-frontière aux postes de douane et d’en revenir aux contrôles systématiques exigés par l’UDC, elle ne va pas non plus céder aux demandes de l’UE pour élargir les droits et le statut des ressortissants européens établis en Suisse. Ce n’est vraiment pas le moment, alors que les effets négatifs de la libre circulation sont âprement débattus à la veille des élections ­fédérales.

C’est dans ce contexte que, la semaine prochaine, un comité mixte Suisse-UE doit examiner l’application de l’accord de libre circulation.

Si l’adaptation des annexes de l’accord à l’évolution de l’UE en matière de reconnaissance des diplômes ou d’assurances sociales ne pose guère de problème, il en ira autrement pour la demande régulière de l’UE de reprendre la directive européenne sur la citoyenneté. Celle-ci améliore le droit des citoyens de l’UE dans l’espace des 27 en simplifiant les conditions et formalités pour s’installer, avec un droit de séjour permanent, même sans permis de travail, le droit au regroupement familial, voire le droit de vote local, etc.

On peut prévoir que la réponse du Conseil fédéral sera un refus très diplomatique d’entrée en matière. «Il n’existe aucune obligation de reprise de cette directive», a martelé plusieurs fois déjà le gouvernement.

Coïncidence, le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, sera en visite ce jeudi après-midi à Berne, alors que le matin même le Conseil national aura tenu une session spéciale sur la politique européenne réclamée par l’UDC (lire ci-dessous). Avec, au cœur du débat, une motion exigeant le retour du contrôle systématique aux frontières.

A l’origine, l’UDC voulait profiter de l’occasion pour accuser le Conseil fédéral d’être prêt à abandonner la souveraineté suisse avec l’ouverture d’un nouveau cycle de négociations bilatérales, touchant notamment à la reprise du droit européen par la Suisse. Mais la session arrive un peu tard. La question a perdu de son actualité.

Par contre, Jerzy Buzek aura l’occasion de constater à quel point, ces derniers mois, l’atmosphère s’est refroidie. On peut le mesurer facilement à l’évolution des thèmes de la cinquantaine d’interventions traitées ce jeudi. Celles qui datent de 2009 parlent encore de participation de la Suisse aux programmes européens de santé ou de la culture, de l’accès aux marchés financiers. Mais en 2011, les députés s’inquiètent du libre-échange agricole, des effets négatifs pour les consommateurs du principe du Cassis de Dijon, de l’effondrement de l’euro, de la perte de maîtrise de la politique des visas.

L’UDC exige de son côté de renégocier les accords d’association à Schengen et de réinstaurer un contrôle systématique aux frontières. Elle justifie sa motion par les entrées illégales et l’augmentation de la criminalité dans les régions frontalières. Et surtout, selon elle, «les flux de requérants d’asile nord-africains qui s’annoncent constituent une menace de l’ordre public et de la sécurité intérieure propre à justifier» l’application de mesures d’exception. Même si les craintes ne sont toujours pas réalisées.

Ce sont d’abord les conséquences, réelles ou supposées, de la libre circulation des personnes sur les marchés du logement et du travail, le dumping salarial, qui motivent les interventions parlementaires, notamment à gauche. L’UDC, de son côté, a annoncé le lancement d’une initiative pour freiner l’immigration, avec pour conséquence une dénonciation de l’accord sur la libre ­circulation.

Ce climat réfrigéré n’a pourtant pas affecté les relations au niveau des experts et des diplomates entre Berne et Bruxelles. Ces critiques ne devraient pas peser sur le prochain comité mixte, composé de hauts fonctionnaires, qui se réunira mardi pour un échange de vues sur l’application de l’accord de libre circulation entre Suisse et UE. «Les Européens avec lesquels nous discutons nous connaissent bien. Ils savent que nous sommes en année électorale; ils connaissent nos agendas, y compris le temps nécessaire entre le lancement d’une initiative et la votation populaire», veulent rassurer les experts suisses.

D’ailleurs, confirme-t-on à Bruxelles, la critique n’est pas qu’helvétique. Le climat en Europe, en Finlande, aux Pays-Bas, en Hongrie, au Danemark, est aussi au repli et à la remise en cause de Schengen et de la libre circulation.

Yves Petignat dans le Temps

samedi 28 mai 2011

L'UDC en campagne avec sa nouvelle initiative sur l'immigration

Le parti a adopté samedi à l’unanimité (420 voix à 0) un texte prévoyant le retour aux contingents et la renégociation de l’accord de libre circulation.

le 28 mai 2011, 17h18
LeMatin.ch & les agences

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Comme en 2007, l’UDC lance une initiative sur les étrangers pour rythmer sa campagne électorale en vue des fédérales d’octobre. Le parti a adopté samedi à l’unanimité (420 voix à 0) un texte prévoyant le retour aux contingents et la renégociation de l’accord de libre circulation.

«Les gens en ont marre de l’immigration sans limite», a lancé Toni Brunner aux délégués de l’UDC réunis à Einsiedeln (SZ). La faute à la libre circulation ainsi qu’aux accords de Schengen et de Dublin qui enlèvent à la Confédération tout contrôle dans ce domaine, a dénoncé le président du parti de droite nationaliste.

Rappelant que le nombre d’immigrants a dépassé de 330’000 celui des émigrants ces quatre dernières années, le Saint-Gallois a attaqué le Conseil fédéral et la ministre de la justice en particulier, incapable selon lui, d’apporter des solutions.

«Madame Sommaruga n’est qu’une séductrice qui n’a jusqu’à présent produit rien d’autre que du vent.» Dopant la croissance démographique, l’immigration contribue à surcharger le trafic routier et les transports publics, ainsi qu’à faire exploser les prix du logement, a dénoncé Toni Brunner. Elle entraînerait aussi une augmentation du besoin en électricité. Les «illusions et rêveries» d’un marché du travail sans frontière seraient en train de s’évaporer, également au sein de l’UE.

Instruments de contrôle

«Notre initiative pour la limitation de l’immigration nous rendra les instruments de contrôle», a promis le conseiller national. Le texte présenté lundi dernier exige la réintroduction de contingents et de plafonds migratoires. Les frontaliers seraient aussi touchés.

Ces limites seraient fixées en fonction des besoins et intérêts économiques de la Suisse. L’initiative réclame aussi des critères stricts pour l’octroi de permis de séjour. Pour être autorisé à s’installer en Suisse, il faudrait prouver l’obtention d’un emploi, sa capacité d’intégration et les moyens de subvenir à soi-même.

L’UDC songe en outre à un système de points attribués, comme au Canada ou en Australie, selon des critères d’intégration. Elle refuse tout droit établi à un séjour durable, au regroupement familial et aux prestations sociales.

En cas de «oui» en votation, la Confédération devrait renégocier voire résilier des accords internationaux dont celui sur la libre circulation des personnes. Et la priorité irait aux Suisses en matière d’embauche.

Veiller à ses intérêts

«La Suisse doit d’abord se préoccuper de ses citoyens», a soutenu Ueli Maurer. Et le conseiller fédéral UDC de mettre en garde: «Si nous ne veillons pas à nos intérêts, personne ne le fera pour nous.» Le Zurichois a accusé Schengen et la libre circulation d’avoir «sournoisement relativisé» l’indépendance de la Confédération.

Christoph Blocher a lui aussi critiqué les accords liant Berne à Bruxelles. «Ce sont des projets mégalomanes par excellence», a estimé le vice-président du parti qui a réclamé leur dénonciation.

La Lucernoise Yvette Estermann, conseillère nationale d’origine slovaque, devenue suisse par mariage, a elle dénoncé la surreprésentation des étrangers parmi les bénéficiaires des oeuvres sociales.

Autres initiatives

L’UDC n’est pas seule à thématiser l’immigration. L’association Ecologie et Population (Ecopop) a lancé une initiative pour limiter la hausse de la population due aux migrations à 0,2% par an. Le texte exige aussi qu’au moins 10% des moyens de la coopération au développement soient affectés à la planification familiale.

Les Démocrates suisses ont également annoncé le lancement d’une initiative réclamant que la Confédération s’efforce d’équilibrer le solde migratoire. Il y a quatre ans, l’UDC avait misé sur l’initiative pour le renvoi des étrangers criminels - adoptée en novembre dernier - afin de donner un coup de fouet à sa campagne électorale.

Le Matin

vendredi 29 octobre 2010

L'initiative sur le renvoi est contraire à l'accord sur la libre circulation des personnes

Une expertise juridique souligne les problèmes avec l’UE qu’engendrerait un «oui» à l’initiative de l’UDC le 28 novembre prochain.

Une acceptation de l’initiative de l’UDC pour le renvoi des étrangers délinquants vaudrait à la Suisse d’inextricables ennuis avec l’Union européenne. Elle pourrait même, à terme, remettre en cause l’ensemble des accords bilatéraux, avertit une expertise juridique signée du constitutionnaliste Tobias Jaag, professeur de droit public à l’Université de Zurich, et de son assistant Valerio Priuli, présentée jeudi par le Parti libéral-radical*. L’UDC, accuse le PLR, cherche une nouvelle fois, à travers son initiative, à remettre en cause un accord dont elle a combattu le principe à plusieurs reprises par référendum.

Selon cet avis de droit, le texte soumis au vote du peuple et des cantons le 28 novembre n’est pas compatible avec l’accord sur la libre circulation des personnes signé avec l’UE. Celui-ci ne permet de renvoyer un ressortissant européen condamné en Suisse que dans ces cas limités. Il faut, pour justifier le retrait du droit de séjour, que la présence de l’individu sur le territoire national représente une menace actuelle et sérieuse pour la sécurité publique. Une appréciation au cas par cas doit impérativement avoir lieu, afin que le principe de la proportionnalité puisse être pleinement respecté et que le risque de récidive, en particulier, puisse être mesuré. La personne concernée doit pouvoir bénéficier d’une procédure formelle qui réserve ses droits. Le renvoi automatique de toute une catégorie de délinquants n’est dès lors pas compatible avec l’accord, explique cet avis de droit.

Clause guillotine

Contrairement au contre-projet, l’initiative ne réserve pas les dispositions du droit international qui lui seraient contraires. En cas d’acceptation de l’initiative, explique l’analyse de Tobias Jaag, il sera difficile pour les autorités d’application de faire primer les engagements internationaux de la Suisse sur les dispositions approuvées par le peuple, car la préférence marquée par les électeurs pour l’initiative signifiera que ceux-ci ont fait leur choix en connaissance de cause.

Une renégociation de l’accord pour y inscrire une réserve n’est pas une perspective jugée réaliste par les auteurs. Le non-respect de l’accord par la Suisse pourrait déclencher une réaction de la Commission européenne qui pourrait, en dernier recours, menacer la Suisse de dénoncer l’accord. En raison de la clause guillotine, une telle dénonciation ferait tomber l’ensemble des premiers accords bilatéraux avec l’UE.

Denis Masmejan dans le Temps

* Tobias Jaag et Valerio Priuli, «Ausschaffungsinitiative und Freizügigkeitsabkommen».

mardi 27 mai 2008

La libre circulation à l'épreuve des Roms








Des réfugiés roumains devant un centre de la protection civile. L’UDC espère que le National maintiendra une distinction entre la reconduction et l’extension de l’accord de libre circulation. (photo: Keystone)
MIGRATION. Alors que la Suisse signe mardi le protocole d'extension de l'accord bilatéral, un afflux de clandestins est redouté sur la frontière sud.

Richard Werly, Bruxelles
Mardi 27 mai 2008


A Bucarest, certains ne se font pas d'illusions. «La discrimination anti-Roms affichée ces jours-ci par le gouvernement Berlusconi aura immanquablement des conséquences pour les pays voisins de l'Italie», juge un policier roumain proche de l'association Romani Criss, à la pointe de la défense des droits des Tziganes en Roumanie. «Si vous ajoutez à cela l'aimant constitué par l'Eurofoot à partir du 7 juin, avec ses hordes de supporters propices à la mendicité ou à la petite criminalité, la Suisse n'est pas à l'abri d'incidents. Des clandestins roms franchiront sans doute la frontière helvétique. Avec, comme toujours, des risques de réactions xénophobes à l'encontre de toute la communauté.»