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mardi 10 avril 2012

Un clandestin exploité réclame trois mois de paye

Un employé d’une société de nettoyage n’a plus de revenu depuis août dernier. Le syndicat Unia fustige le traitement des sans-papiers.

«J’ai travaillé plus de trois ans sans pouvoir prendre de vacances. En cas d’absence, je devais financer moi-même mon remplacement. Je ne sais plus quoi faire.» Ce sans-papier brésilien est au bord du gouffre. La société de nettoyage qui l’employait jusqu’en octobre dernier lui doit trois mois de salaire impayés. Après des semaines d’hésitation, il a donc fini par mandater un syndicat.

«C’est courageux, note José Sebastiao d’Unia. Car beaucoup de clandestins n’osent pas le faire de peur d’être expulsé.» Plusieurs courriers ont depuis été envoyés à son patron. En vain, l’entreprise ne figurant même pas au registre du commerce. Conséquence: une demande de paiement de 12’635 fr. a été déposée jeudi aux Prud’hommes.

«Ce sont des gens corvéables à merci»

Parallèlement, Unia a mené une action devant l’un des restaurants où exerçait le clandestin. «Nous souhaitons qu’il rétribue directement le nettoyeur au lieu de continuer à payer la société», lance la syndicaliste Filipa Chinarro. «C’est un scandale! Unia se croit tout permis, fulmine Edward Raguenau, le restaurateur visé. Ce n’est pas à moi de vérifier comment sont payés mes mandants. Mais j’ai résilié mes contrats avec cette société dont je ne cautionne pas les méthodes.»

En effet, employer directement un sans-papier reste illégal en Suisse. «Ce sont des gens corvéables à merci et cela n’est pas acceptable, avertit Bernard Favre du département de l’emploi. C’est pourquoi nous pouvons aller jusqu’à l’interdiction aux marchés publics pour les employeurs qui se croient tout permis.»

Raphaël Leroy dans 20Minutes

mercredi 19 octobre 2011

Des Roumains payés 10 euros de l'heure sur un chantier SIG ?

Des Roumains ont affirmé au syndicat SIT être payés 10 euros de l'heure pour poser des panneaux photovoltaïques sur le toit de Palexpo.

© Patrick Gillieron Lopreno

Le syndicat SIT dénonce un nouveau cas de sous-enchère salariale à Genève. Après le chantier de la Rampe de Vésenaz fermé lundi suite aux allégations du syndicat Unia (voir l'article d'hier), place au plus grand toit solaire de Suisse à Palexpo. Les quinze ouvriers chargés de la pose de panneaux photovoltaïques ont déclaré aux syndicalistes du SIT percevoir 10 euros (environ 12 francs) de l’heure depuis le début des travaux voilà un mois, alors que les minima dans la branche oscillent entre 25 et 31 francs à Genève.

Sous-traitance en chaîne

Les Services Industriels de Genève (SIG), maîtres d’ouvrage, ont sous-traité la pose des panneaux à une société belge, Derbigum, qui a elle-même mandaté une entreprise roumaine, Zorenca. Cette dernière, qui emploie les 15 travailleurs en question pour la durée des travaux, est en charge du versement des salaires des ouvriers concernés par l’affaire.

Mais également de leur logement. Les employés ont affirmé au syndicat dormir sommairement dans des caravanes en France voisine depuis le début des travaux. «Voilà la nébuleuse de la sous-traitance. Ces ouvriers sont payés par la société roumaine, quand le répondant sur le chantier appartient à Derbigum», s’insurge Sylvain Lehmann, du SIT.

Suite au coup d’éclat du syndicat via les médias, les SIG ont riposté par un autre communiqué de presse dans la soirée. Pour l’entreprise genevoise, les informations récoltées auprès de la société belge tendent à prouver «qu’elle et ses sous-traitants respectent les conditions salariales répondant aux normes en vigueur appliquée à Genève et ont été validées par l’Office cantonal de l’inspection et les relations du travail (OCIRT).»

Une réunion entre le syndicat et les SIG est prévue jeudi après-midi. «Là, nous jugerons sur pièces, avec présentation des contrats et des salaires versés», déclare le secrétaire syndical, qui apprécie la prise au sérieux de l’affaire par les SIG.

Julien de Weck dans la Tribune de Genève

mercredi 15 septembre 2010

La police contre le travail au noir

La semaine passée, la police cantonale a arrêté 13 ouvriers clandestins dans la banlieue lausannoise. Mais le problème reste entier, s’irrite le syndicat Unia.

Ce 8 septembre à 6 heures, les premiers clients de la Brasserie de Malley, à deux pas du centre ville lausannois, ont assisté à une descente de police. Sur le trottoir, des policiers de la Sûreté vaudoise ont effectué des contrôles d’identité auprès de trente-trois ouvriers en quête de travail. Originaires du Kosovo et du Portugal, treize étaient clandestins, dont un faisant l’objet d’un mandat d’arrêt.

Première du genre dans le quartier, l’opération a permis de constater un fait bien connu dans tout le périmètre de Malley. A l’aube, des ouvriers s’y regroupent par dizaines avant d’être amenés sur les chantiers vaudois. En novembre 2009, L’Hebdo avait rendu compte de ce manège. A nouveau, ce sont des travailleurs du ferraillage et du coffrage qui se trouvent les premiers concernés.

L’opération marque-t-elle une avancée dans la lutte contre le travail au noir? «Non», tranche Pietro Carobbio, syndicaliste d’Unia. «La répression des ouvriers n’est pas du tout une bonne mesure. Le problème reste l’organisation structurelle de la construction.»

En clair, le système de sous-traitance qui veut que, depuis l’entreprise générale opérant sur un chantier, une cascade de sous-traitants apparaît avec, au final, de petites sociétés prêtes à engager des clandestins et autres travailleurs au gris.

Plusieurs travailleurs interpellés à Malley se rendaient le matin même sur un important chantier du quartier de Beaulieu, à Lausanne. Pour l’heure, au moins deux sociétés de ferraillage sont concernées par l’enquête. «L’une d’elles, Art Net Sàrl, et son patron, ont fait l’objet de précédentes dénonciations par l’inspection des chantiers», jure Pietro Carobbio. Une société que L’Hebdo n’a pas été en mesure de joindre.

Yves Steiner dans l’Hebdo