Sous le coup d’un ordre de renvoi depuis le mois d’août 2010, Washington Allauca a obtenu le permis qui lui permettra de rester en Suisse.
JD
Sous le coup d’un ordre de renvoi depuis le mois d’août 2010, Washington Allauca a obtenu le permis qui lui permettra de rester en Suisse.
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Sans-papiers, Washington Allauca n’a jamais nié avoir une autorisation prenant fin au terme de ses études. Il explique ce qui l’a poussé à rester en Suisse.
Washington Allauca ne l’a jamais caché. Fin 2008, le canton a proposé de lui octroyer une tolérance pour qu’il puisse terminer ses études d’ingénieur à la HEIG d’Yverdon. Une fois ce délai passé, il redevenait officiellement un sans-papiers.
Le cas de cet Equatorien de 38 ans suscitait le débat dans les milieux politiques et professionnels de l’ingénierie (24 heures de jeudi et de vendredi). C’est que ce père de famille a signé en six mois deux contrats de travail et une promesse d’emploi dans un contexte de pénurie d’ingénieurs en génie civil. Interrogé avant-hier sur ce cas, le chef du Département de l’économie, Jean-Claude Mermoud, expliquait qu’il regrettait d’avoir été aussi tolérant. Pour lui, Washington Allauca avait «donné sa parole» au moment où le canton le laissait terminer ses études. Il devait quitter le territoire à la fin de son école. Qu’en est-il de cet accord?
Hier, le conseiller d’Etat précisait: «Il a signé un engagement écrit qui disait qu’il était autorisé à rester jusqu’à la fin de ses études.» Pour Jean-Claude Mermoud, ce cas est clair. «Il a déjà fait des demandes qui ont été refusées.»
Pour Washington Allauca, la réalité n’est pas si simple. «Je ne peux pas reprocher ces paroles à M. Mermoud. Je n’ai jamais nié que je devais partir après mes études. Sauf que le marché du travail m’a poussé à faire une demande de permis de travail. Je n’ai pas l’impression d’avoir trompé mon monde. En septembre 2009, j’avais déjà rendu mon appartement, j’étais prêt à partir car j’étais sans permis. J’ai simplement attendu une réponse définitive.»
Rappel: en 2007, alors qu’il passe de l’EPFL à la HEIG d’Yverdon, Washington Allauca est toujours en attente d’une réponse pour sa demande de permis humanitaire. A la fin de l’année, l’Office des migrations à Berne lui refuse le titre de séjour. Il fait recours. «J’ai contacté le ministre François Marthaler, qui a compris ma situation au vu de la pénurie d’ingénieurs. On m’a alors proposé de stopper mon recours pour le permis humanitaire. Et on m’a octroyé une tolérance du canton pour terminer mon école à Yverdon. Tout s’est passé très simplement, j’ai signé un papier qui disait que je pouvais rester en Suisse jusqu’à la fin de mes études.»
Il a ainsi le droit de rester jusqu’à fin septembre 2009. Hasard du calendrier, Washington Allauca présente sa défense de diplôme trois semaines avant ses camarades et avant la fin du délai de la tolérance du canton. «J’ai alors voulu savoir si un profil comme le mien avait une chance sur le marché du travail. Et j’ai immédiatement trouvé un emploi…»
Le patron de la société biennoise lui présente un ingénieur péruvien qu’il vient d’engager dans les mêmes circonstances, et lui propose de faire pour lui les démarches à Berne. A Bienne, les quotas sont épuisés. L’ODM demande un nouveau contrat de travail d’un autre canton pour continuer la démarche. Sans problème, l’Equatorien trouve un nouvel emploi. «On m’a alors demandé de contacter le Service de l’emploi vaudois, qui ne voulait rien savoir de ma situation. Jusque-là, personne ne m’avait dit que je devais partir puisque mon dossier était examiné.»
Pascale Burnier dans 24 Heures
Diplômé en ingénierie civile, Washington Allauca a signé plusieurs contrats de travail. Il sera pourtant expulsé.
«Maintenant que je n’ai plus rien, on me donne le droit de voter.» Washington Allauca hésite entre les rires et les pleurs. En janvier, le petit homme discret révèle publiquement son secret à la remise de diplôme de la HEIG d’Yverdon. Comme sa femme et ses deux enfants, il est sans-papiers. Dans les prochains jours, il va être expulsé.
La semaine dernière, il était encore ici, dans l’incertitude du jour de son départ. Et voilà qu’il reçoit une lettre à son nom avec du matériel de vote pour le prochain scrutin lausannois. De quoi plonger dans l’embarras les services de l’Etat. Pour cet Equatorien de 38 ans, l’erreur informatique à la base de cet envoi sonne comme une ironie du sort (lire ci-dessous) .
Bon pour l’emploi
Le 5 août dernier, Washington Allauca a reçu son ordre de renvoi. Alors même que les sociétés d’ingénieurs n’hésitaient pas à le convoiter. Deux contrats de travail signés, et une promesse d’engagement d’un troisième employeur n’auront pas suffi pour obtenir le droit de rester. Dans son discours de janvier, il croyait avoir prouvé que les migrants pouvaient réussir. A moitié réussi. Le sans-papiers a certes un profil parfait: pas de casier, intégré, deux enfants de 14 ans et 8 ans scolarisés à Lausanne, une famille sans histoires. Mais le canton refuse de lui octroyer un permis de travail.
Depuis le début de l’année, job en poche, le père de famille vit dans l’attente d’une réponse définitive des autorités. «Avant même de recevoir mon diplôme, j’ai signé un contrat de travail. J’ai donc demandé un permis. A l’Office des migrations, on m’a laissé entendre que mon dossier était plutôt bon. Et que si le canton donnait son feu vert, cela ne poserait pas de problème. Un employé du Service de la population à Lausanne était du même avis.»
Un job ne suffit pas
Un son de cloche qui ne sera pas celui des autorités cantonales. Le Service de l’emploi juge du bien-fondé des dossiers pour les résidants des Etats hors de l’Union européenne. Contacté par téléphone, François Vodoz, adjoint du chef de service, refuse de s’expliquer. Pourtant, dans les courriers échangés avec Washington Allauca, le message est clair. L’Equatorien aurait dû quitter la Suisse après ses études. Décrocher un job ne suffit pas dans un contexte où le nombre de permis octroyés est restreint.
Des arguments difficiles à comprendre pour un jeune diplômé vivant dans une Suisse où il voit sévir la pénurie d’ingénieurs. Washington Allauca a obtenu le soutien du conseiller d’Etat François Marthaler, de l’Union suisse des sociétés d’ingénieurs conseils, et de la Société suisse des ingénieurs. Tous s’accordent, la pénurie est réelle: 60% des postes disponibles ne trouvent pas preneur. «On m’a payé l’école et j’en remercie le canton. Mais maintenant, je pourrais travailler sans voler la place de personne. En plus, j’ai appris les normes professionnelles suisses, contrairement aux Européens.» Il y a six mois, Washington Allauca a rendu son appartement, vendu sa voiture, et fait couper sa ligne de téléphone. Depuis, il vit avec sa famille dans un 1,5 pièce à Lausanne. Dans l’attente.
Expulsé après onze ans
Le Service de la population (SPOP) s’est aligné sur celui de l’emploi: «Ce sans-papiers doit quitter la Suisse. Nous allons l’inciter fermement à le faire, indique Henri Rothen, chef du SPOP. Nous allons le convoquer et lui proposer l’aide au retour.»
Sa chaise de travail vide, son enveloppe de vote bientôt invalidée, Washington Allauca quittera le pays après onze ans de vie à Lausanne.
Pascal Burnier dans 24 Heures
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Sueurs froides pour les autorités lausannoises
Un sans-papiers qui reçoit son matériel de vote! Pour Washington Allauca, ce fut une surprise. Pour les autorités lausannoises, ce fut un choc. Depuis hier, le Bureau du registre civique, le Contrôle des habitants et le Service informatique essaient de comprendre cette grosse boulette. «Au contrôle des habitants, il est bien enregistré comme sans-papiers», jure Sylviane Rochat, préposée aux dossiers de naturalisations. Pour Christian Zutter, du secrétariat municipal, le flou règne encore. «Personne n’arrive à expliquer pourquoi il a été inscrit dans le rôle des électeurs. Il s’agit certainement d’un bug informatique. Apparemment, il avait un permis B d’étudiant en 2007, et il était déjà en Suisse depuis dix ans. Dès ce moment, il a été inscrit en tant qu’électeur. Or, un permis B étudiant ne le permet pas.»
Et si d’autres sans-papiers ou étudiants étrangers avaient reçu le droit de voter? «Nous sommes en train de vérifier toute la base de données des électeurs. Pour l’instant, ce n’est pas le cas, assure Christian Zutter. Idéalement, il faudrait pouvoir garantir le système à 100%, mais les erreurs humaines ou informatiques existent.»
En cas de vote, la voix de Washington Allauca sera donc invalidée. Annuler la votation communale du 26 septembre? «On ne supprime pas un scrutin pour une erreur isolée», explique Sylvain Jaquenoud, adjoint responsable de la section des droits politiques du canton.
Il y a onze ans, il arrivait clandestinement en Suisse. Washington Allauca vient d’obtenir son diplôme d’ingénieur et un emploi. Mais il risque l’expulsion. Un article de Pascale Burnier pour 24 Heures.
© OLIVIER ALLENSPACH | Entouré de sa femme et de ses enfants, scolarisés à Lausanne, Washington Allauca a accompli un long chemin. Tous espérent pouvoir rester en Suisse.
«Je viens de construire un pont entre ceux qui n’ont rien et ceux qui réalisent leur rêve. Entre ceux qui doivent travailler et ceux qui peuvent étudier. Entre les immigrés et les indigènes, entre les préjugés et le courage d’aller jusqu’au bout. Vive la Suisse!» Washington Allauca, 38 ans, Equatorien, termine son discours le poing levé. Vendredi dernier, ce petit homme discret était le seul étudiant à prendre la parole lors de la remise des diplômes de la HEIG d’Yverdon-les-Bains. Washington choisissait de révéler une partie de son secret. Il est désormais ingénieur en génie civil, mais il est aussi un sans-papiers.
Désormais, il le dit. Il n’a plus rien à perdre. Dans un mois ou deux, il sera définitivement fixé sur son sort et celui de sa famille. Sans permis de travail, il rentrera au pays. Après onze ans de vie à Lausanne, après un deuxième enfant né ici et avec un métier qu’il n’aura peut-être jamais pu exercer. En octobre dernier, quelques jours seulement après la défense de son bachelor, il signait un contrat de travail avec une société biennoise d’ingénierie. Mais sa demande de permis a été refusée par Berne. Reste l’espoir du recours.
Tout, mais pas de pitié! Il le dit haut et fort: «J’en parle, car je veux montrer que les migrants peuvent réussir. Avant tout, j’ai gagné ma place dans la société, je me suis battu pour réussir mes études tout en travaillant et en m’occupant de ma famille.» Pas d’amertume non plus, même si l’incompréhension reste entière. Alors qu’aujourd’hui il pourrait offrir son savoir à une entreprise helvétique, la chaise restera peut-être vide. «On ne choisit pas de migrer. Le canton a payé cher pour que je fasse des études, mais on préfère donner ma place à des Européens, même s’il est quasi impossible d’en trouver. Moi, j’ai appris les normes de construction helvétiques, j’ai fait mon diplôme ici, mais je viens du mauvais pays…» Entre idéalisme et détermination, Washington ne renie pas sa chance. Il a accompli son rêve. Il peut construire des ponts. Encore gamin, dans la campagne équatorienne, il admirait ces ingénieurs qui venaient avec des projets pour amener l’eau ou l’électricité. Migrant dans la capitale Quito, il passe un baccalauréat, puis rejoint le chemin de bien d’autres en travaillant durant trois ans à l’usine.
Mais il refuse ce destin tout tracé. Il obtient alors une licence en mathématiques. Impossible pourtant de subvenir aux besoins de la famille. A 27 ans, il suit ses frères et sœurs et décide de tout quitter pour la Suisse.
Aux études et au travail
Arrivé sans titre de séjour, il repart de zéro. Dans une ferme. Il s’inscrit à l’Ecole de français moderne, à Lausanne, et obtient presque miraculeusement un permis d’étudiant. «En réalité, j’étais comme les autres migrants. Il fallait que je travaille parallèlement pour subvenir à mes besoins et à ceux de ma famille.» Un premier diplôme acquis après trois ans de pratique de sa nouvelle langue, il poursuit son rêve et enchaîne avec l’EPFL. Un vaste défi puisque, la nuit, il revêt l’uniforme de gardien. Après sept semestres réussis, il rate le huitième de peu. «On m’a alors retiré mon permis d’étudiant. Comme j’avais la possibilité de poursuivre mes études à Yverdon, j’ai déposé une demande de permis humanitaire. Histoire de gagner du temps…»
Encore un refus de Berne. Le canton lui accorde tout de même une tolérance et le laisse terminer les six derniers mois de son école d’ingénieur. Un parcours du combattant qu’il garde pour lui. «Je prenais des vacances à mon travail pour passer les examens. A l’école, j’ai toujours caché mes faiblesses. Je voulais être l’égal de tous.» Vendredi dernier, il dit avoir vécu son jour de gloire. Il rentrera peut-être au pays, mais ces derniers mots sont pour ces jeunes Suisses et étrangers qui se doivent d’étudier.
Les quotas pèsent plus lourd que la pénurie d’ingénieurs
Pour appuyer sa demande de permis de séjour, Washington Allauca exhibe deux lettres de soutien. L’Union suisse des sociétés d’ingénieurs-conseils est claire: il y a pénurie d’ingénieurs dans le milieu de la construction en Suisse. Selon une récente étude, 61% des postes disponibles ne trouvent pas preneur. Le conseiller d’Etat vaudois François Marthaler fait le même constat et appuie le nouvel ingénieur.
Pourquoi expulser des étrangers répondant à une demande du marché de l’emploi et formés de surcroît en Suisse? «Nous avons accordé une vingtaine de permis de séjour à des étudiants étrangers l’an dernier, explique François Vodoz, adjoint du chef du Service vaudois de l’emploi.
La possibilité existe, même si elle est très sélective et dépend de contingents fédéraux. Au vu du coût d’une formation, et selon le potentiel économique ou scientifique d’un étudiant, il est possible d’octroyer un permis.» C’est que la situation reste délicate pour les non-membres de l’Union européenne. «En principe, une fois son cursus terminé, l’étudiant étranger doit rentrer dans son pays», précise Henri Rothen, chef du Service vaudois de la population.