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vendredi 28 septembre 2012

Roms à Marseille : les mystères d’une « expulsion »

Que s’est-il passé, jeudi soir vers 19 heures, à Marseille ? Les sites de presse du matin, reprenant tous une brève de La Provence, et une dépêche de l’AFP, font un concours de synonymes.

Une trentaine d’habitants de Marseille ont « expulsé » (Le Parisien) des Roms qui occupaient depuis quelques jours un terrain proche de la cité des Créneaux. Ils les ont « délogés » (Europe 1) ; « chassés » (Le Point) ; « fait fuir » (FranceTV.info). Aucun journaliste n’ayant assisté à la scène, il faudra s’en tenir aux versions des habitants (ou des Roms délogés, mais cela semble plus improbable).

La police avait-elle des consignes ?

Ou encore des policiers. Car la police, selon l’AFP, a assisté à la scène. Sans intervenir, apparemment, puisque « l’expulsion », ou la « chasse », a été menée à son terme. D’où quelques questions du matin : la police avait-elle des consignes ? En a-t-elle demandé à la préfecture pendant que se déroulaient les faits ? Ladite préfecture en a-t-elle à son tour demandé au ministère de l’Intérieur ?

Questions d’autant plus pressantes que les habitants, dans l’après-midi, avaient prévenu la maire socialiste des XVe et XVIe arrondissements de Marseille, Samia Ghali, celle qui avait, voici quelques semaines, demandé au gouvernement l’intervention de l’armée pour régler les problèmes de sécurité, de leur intention de passer à l’action, si les Roms n’étaient pas délogés par la police.

On peut imaginer que l’élue a elle-même averti la préfecture, laquelle a donc disposé de quelques heures pour arrêter sa ligne de conduite. On serait dans un Etat de droit, et plus encore dans un Etat de droit sous un gouvernement de gauche, ces questions seraient posées, et le gouvernement (de gauche) aurait à cœur de ne pas laisser accréditer le soupçon qu’il laisse se constituer des milices spontanées d’évacuation des Roms. Mais patience. Elles le seront peut-être.

Valls aussi peut parfois être laxiste

Dans la foulée, ces habitants ont incendié ce qui restait sur le campement après le départ des Roms, à savoir des vêtements et de l’électroménager. La police, qui n’a verbalisé personne, maintient pourtant qu’aucune infraction n’a été relevée.

Avis aux amateurs : incendier, sous les yeux de la police, le bien d’autrui, ne constitue plus une infraction. Où l’on découvre que Manuel Valls, mais oui, peut aussi parfois être laxiste.

Daniel Schneidermann sur Rue89

Camp rom incendié à Marseille : pourquoi tout le monde s’est emballé

L’expulsion, jeudi soir, d’un camp de Roms par des riverains laisse des questions sans réponses. Surtout, elle ne doit pas être réduite à l’indignation qu’elle suscite.

L’affaire suscite de très vives réactions ce vendredi. A Marseille, un groupe de riverains « excédés » par le camp de Roms installés à proximité de chez eux, auraient « pris les choses en main eux-mêmes » et expulsé manu militari les importuns, avant d’incendier le campement vide sous les yeux impassibles de la police.

Ratonnade, pogrom, milice... Les qualificatifs sont caractéristiques d’un emballement médiatique exemplaire, réduisant tout ce qu’il touche à la répétition d’atrocités passées, face à laquelle seule l’indignation est légitime. Pourtant, comme tout autre événement, cette histoire mérite d’être examinée pour ce qu’elle est, un ensemble complexe de faits. Certains ont été déformés et amplifiés.

Tout part d’une brève de La Provence, qui donne le ton. Elle est publiée jeudi soir à 21h54 :

« Inquiétant signe des temps. Ce soir, vers 19h30, une cinquantaine d’habitants à proximité de la cité des Créneaux ; dans les quartiers Nord de Marseille, se sont rassemblés pour procéder eux-mêmes à l’évacuation d’un camp de Roms qui s’étaient installés sur un terrain vague quatre jours plus tôt.

Après le départ de la quarantaine de personnes, les riverains ont aussi incendié tout ce qui restait du campement illicite. La police n’a pu que constater les faits, sans relever d’infraction. Ceux qui ont organisé cette expulsion reprochaient aux Roms plusieurs cambriolages qui s’étaient produits à proximité immédiate du campement. »

Appel à l’imaginaire

L’information est rapidement reprise dans une dépêche AFP vendredi matin. Ces faits sont très graves et le contexte les dramatise un peu plus :

  • Ils entrent en résonance avec les affrontements violents qui ont eu lieu entre Roms et nationaux ailleurs en Europe. Chacun a en tête des images d’affrontements en Italie, en Grèce ou en Hongrie ces dernières années.
  • Plusieurs tentatives d’incendies de camps de Roms, souvent nocturnes, sont à déplorer en France ces dernières années. Comme à Vaulx-en-Velin en mars.
  • L’incendie qui a suivi l’intimidation des Roms renforce le sentiment d’une expédition punitive. L’épisode convoque l’imaginaire des milices.
  • La police semble avoir assisté à toute la scène sans rien faire et sans interpeller les auteurs de l’incendie.

Les communiqués des associations emploient des mots très forts : « punition collective », « expulsion violente préméditée », « exactions racistes ». Il est encore tôt pour comprendre ce qui s’est passé. Mais la situation semble à la fois plus complexe et plus banale que tout ce qui précède.

Ce qu’on sait

  • Le terrain occupé

Les Roms se sont installés le 23 septembre dans le quartier des Créneaux. Cette cité HLM composée de quatre tours est en cours de démolition : trois sont déjà détruites, une dernière subsiste. Les derniers habitants refusent d’en partir. C’est dans l’espace vide, libéré par la destruction des immeubles, que se sont installés les Roms. A proximité immédiate des derniers habitants de la cité, et non loin des pavillons où ont été relogés les anciens locataires, partis contre leur gré. D’après un journaliste de La Marseillaise sur place, il faut bien garder en tête une situation de « revanche ». « Tous les habitants m’ont dit : nous on nous vire, et les Roms on ne les vire pas. »

  • Les habitants avaient prévenu leur maire

La maire du XVe arrondissement de Marseille, Samia Ghali, a reçu les riverains jeudi matin. Ils avaient demandé son aide pour accélérer l’expulsion du camp. La maire dit avoir prévenu « la police du quartier » et « le bailleur ».

  • La police était sur place

D’après Samia Ghali :

« C’est quand la situation menaçait de dégénérer parce que les riverains voulaient faire partir les Roms que la police est venue, sans doute appelée par les Roms eux-mêmes. C’est la police qui a fait partir les Roms car ils étaient en situation dangereuse. »

Dans un communiqué envoyé ce vendredi à 12h45, la préfecture confirme que la police est arrivée dès le début de l’altercation, appelée « par un riverain et un membre de la communauté rom ». Elle se serait « interposée pour éviter tout incident ». Les policiers ont bien assisté au départ des Roms :

« Les occupants du campement (40 adultes et 15 enfants, 8 caravanes et 13 voitures) ont indiqué spontanément vouloir quitter les lieux, ce qu’ils ont fait sans délai sous la protection policière, abandonnant sur place les logements de fortune, ainsi que leurs détritus et divers meubles et encombrants. »

Ce qu’on ne sait pas

Selon le communiqué de la préfecture, les faits se sont produits en deux temps. D’abord les Roms partent, puis l’incendie se déclenche, plus de deux heures après, c’est-à-dire vers 22 heures. Cela nuance l’image d’une foule en délire déterminée à tout brûler sur son passage. Mais il reste de nombreuses questions. D’abord, les policiers avaient-ils déjà quitté les lieux au moment de l’incendie ? Apparemment oui, puisque la préfecture précise :

« Un équipage dépêché sur place constatait qu’une surface d’environ 5 m² sur l’emprise du campement abandonné présente les traces d’un incendie et comporte une carcasse de réfrigérateur et divers encombrants calcinés. »

Pourquoi restait-il des affaires sur place ? Les Roms n’ont-ils pas eu le temps de les emporter, ou les ont-ils laissées là volontairement ?  Avant de quitter les lieux, les policiers ont-ils demandé aux riverains de rentrer chez eux ? Leur ont-ils conseillé d’adopter une attitude particulière, de laisser les objets où ils étaient, de s’en débarrasser ? L’auteur de l’incendie est-il identifié ?  La préfecture se refusant à des commentaires supplémentaires, ces questions restent pour l’instant en suspens.

Camille Polloni sur Rue89

mardi 21 août 2012

Benjamin Marx, le bon berger des Roms berlinois

En un an, il a entièrement retapé un immeuble pour y donner un refuge décent à des centaines de Roms.

benjamin marx berlin roms

En un peu plus d’un an, Benjamin Marx a entièrement rénové un immeuble berlinois abandonné et squatté pour en faire un exemple d’intégration des Roms. Cet employé d’une organisation caritative a en effet été profondément choqué lorsqu’il a découvert, au printemps 2011, la réalité d’un édifice laissé à l’abandon dans un quartier défavorisé de la capitale allemande. Plusieurs centaines de Roms avaient trouvé refuge dans la bâtisse de 7500 m2, mais y vivaient dans des conditions très précaires.

«Les enfants jouaient dans la cour au milieu de montagnes de déchets où les rats grouillaient. Toutes les portes étaient ouvertes, les fenêtres cassées et remplacées par des cartons. Dans les escaliers: des câbles électriques non isolés à portée de main. Dans la cour: 150 m3 de déchets, en partie déversés par les habitants des immeubles voisins», raconte celui qui est devenu manager de l’immeuble après que son organisation l’a racheté en août 2011. Et aujourd’hui, la réalité est tout autre. Une inauguration officielle aura d’ailleurs lieu le 14 septembre prochain, avec une messe de l’évêque de Berlin et en présence du maire de la capitale allemande.

Une fois le contrat de rachat signé, l’été dernier, tout va en effet très vite. Les fenêtres sont remplacées, l’électricité refaite, les façades rénovées, les espaces intérieurs recouverts de gravier, bientôt fleuris, les poubelles placées dans un espace fermé à clé. Sur le plan financier, Marx garde les pieds sur terre: le prix de la maison était très bas, elle rapporte un bénéfice de 4%.

Si les choses ont si bien tourné, et cela en un temps record, c’est également parce que Marx a trié le bon grain de l’ivraie, coûte que coûte. Dans la paroisse pentecôtiste où se rendent de nombreux locataires, il assiste à leur messe et gagne leur confiance. Ainsi, il est au courant des problèmes. Il résilie alors les contrats de ceux qui entassent et exploitent des sous-locataires. Ses méthodes ne luivalent pas que des amis, il reçoit des menaces de mort et doit se placer sous la protection de la police.

«Tout le monde me demande pourquoi je fais cela», raconte Benjamin Marx, un peu agacé. «En réalité, ils se demandent pourquoi je fais cela pour des Zigeuner (ndlr : en Allemagne, ce terme porte la trace indélébile de l’anti-tsiganisme du IIIe Reich) . Et pourquoi pas? N’est-il pas normal de réagir face à la misère?» La maison sera appelée Haus Arnold Fortuin, à la mémoire de ce prêtre catholique qui, en 1939, a permis à plusieurs familles de Roms de fuir vers la France et d’échapper aux chambres à gaz, alors que l’on estime que 500 000 Roms ont été assassinés par les nazis.

Eviter un ghetto

Aujourd’hui, la maison berlinoise est un centre culturel en pleine effervescence. Les garages, rénovés, sont occupés par un artiste, Gerhard Bär. Il veut apprendre aux enfants à créer des œuvres d’art à base de déchets. Tous les jeudis, dans un bureau au premier étage, cinq employés répondent aux questions des 800 habitants, les aident à remplir leurs formulaires, à traduire ou à lire leur courrier. Des cours d’allemand y ont lieu deux fois par semaine. Dans les caves rénovées, les femmes cousent des patchworks, les hommes jouent de la musique, les enfants font leurs devoirs. Le but de Marx: louer la moitié des 137 appartements à des non-Gitans afin d’éviter un ghetto.

Marx répète sans relâche qu’au moins 80% de ses locataires travaillent, en tant qu’éboueurs, jardiniers, gardiens, dans le nettoyage, la restauration. Que les pentecôtistes sont très pieux, qu’ils ne boivent pas, ne volent pas, ne mendient pas. En moyenne, ils sont moins nombreux à toucher les allocations sociales que les Allemands, alors qu’ils y ont droit, en tant que membres de l’Union européenne. Le grand pari du bon berger de Neukölln, c’est de démonter les clichés qui nuisent à ses protégés: «Bien sûr, ce ne sont pas tous des anges, mais il y a du bien et du mal partout!»

Geneviève Hesse, Berlin, dans 24 Heures

mardi 10 avril 2012

Un article sur les Roms au cœur d’une polémique

Plusieurs  plaintes  ont  été  déposées  après  la  publication  d’une  photo controversée dans la Weltwoche.

Une image choc, montrant un enfant basané pointant un pistolet contre le lecteur. Et un titre sans équivoque: «Les Roms arrivent: razzia sur la Suisse». Le dossier publié jeudi à la une de la Weltwoche suscite la polémique en Suisse et à l’étranger. Un journaliste autrichien a porté plainte contre l’hebdomadaire alémanique pour «incitation à la haine raciale». En Suisse, c’est une lectrice de Bâle-Campagne qui a porté plainte, estimant que la norme suisse antiraciste a été violée.

La Commission fédérale contre le racisme (CFR) se dit, elle aussi, préoccupée. Si elle n’a pas qualité pour agir devant un tribunal, elle va examiner le dossier de la Weltwoche dans le cadre d’un rapport sur la situation des Roms en Suisse, dont la publication est prévue pour la fin de l’année. La CFR examinera également le dossier publié il y a un mois par le journal gratuit genevois GHI , intitulé «Alerte Roms à Plainpalais». «Nous ne voulons pas agir dans l’urgence, mais nous n’acceptons pas qu’on stigmatise toute une population», déclare en substance Martine Brunschwig Graf, la présidente de la CFR.

Les Jeunes Verts suisses ont fait part de leur réprobation dans une lettre ouverte à Roger Köppel, le rédacteur en chef de la Weltwoche . Ils dénoncent les amalgames faits et l’utilisation tendancieuse de la photo, qui suggère que tous les Roms sont des criminels asociaux. Un reproche balayé par le magazine alémanique. Philipp Gut, rédacteur en chef adjoint et coauteur de l’article, dit ne pas comprendre ces réactions.

Le cliché controversé a été pris en 2008 dans une décharge de la ville de Gjakova, au Kosovo. Elle est l’œuvre du photographe italien Livio Mancini, qui a cédé ses droits et ne contrôle plus l’utilisation de sa photo.

24 Heures

lundi 9 avril 2012

Articles sur les Roms: la Commission contre le racisme inquiète

Le dossier et la une de la "Weltwoche" consacrés aux Roms, qui fait l'objet d'une plainte en Autriche pour incitation à la haine raciale, inquiète aussi en Suisse. La Commission fédérale contre le racisme (CFR) va examiner l'affaire. L'hebdomadaire gratuit genevois "GHI" est également dans son collimateur.

Confirmant une information de l'hebdomadaire alémanique "Sonntag", la présidente de la CFR Martine Brunschwig Graf met dans le même panier le dossier de la "Weltwoche" et celui consacré il y a un mois dans "GHI" à la mendicité et intitulé "Alerte Roms à Plainpalais". L'ex-conseillère nationale (PLR/GE) a précisé lundi à l'ats que les Roms représentaient un des thèmes de sa commission en 2012.

Celle-ci publiera en fin d'année un dossier sur la discrimination, dont sont notamment victimes les Roms. Elle fera à cette occasion un certain nombre de recommandations. La commission n'a pas qualité pour agir devant un tribunal, a précisé sa présidente. Si nécessaire, elle peut intervenir auprès des personnes concernées, a-t-elle ajouté.

Pas dans l'urgence

"Nous ne voulons pas agir dans l'urgence", a-t-elle déclaré à propos des articles incriminés dont la commission, qui ne s'est pas encore réunie, n'a pas discuté. Mme Brunschwig Graf ne nie pas certains problèmes posés par des membres issus de la communauté rom, mais elle "n'accepte pas qu'on stigmatise toute une population", a-t-elle affirmé.

La "Weltwoche" a publié un dossier, "très bien documenté", selon l'expert en médias et ex-président du Conseil suisse de la presse Peter Studer. C'est surtout la photo de une qui dérange: on y voit un enfant rom pointant un pistolet.

L'article consacré aux Roms dans "GHI" est essentiellement à charge. Il est accompagné d'un texte qui donne la parole à l'association de défense des Roms. Les photos sont floutées.

ATS

La Une de la «Weltwoche» suscite de vives réactions

Nouvelle polémique provoquée par l’hebdomadaire alémanique. Un journaliste autrichien a porté plainte vendredi. Ce dimanche, un avocat et chercheur en a appelé au Ministère public genevois.

La Une de la «Weltwoche», qui montre cette semaine un enfant rom armé, suscite une nouvelle fois de vives critiques. Un journaliste autrichien indigné a porté plainte vendredi contre l’hebdomadaire pour «incitation à la haine raciale» contre la communauté rom.

Sur la couverture du magazine paru jeudi, on peut voir un bambin à la peau cuivrée et aux cheveux noirs pointant un pistolet contre le lecteur. Juste en-dessous de la photo, le titre: «Les Roms arrivent: razzia sur la Suisse». Avec sa plainte déposée en Autriche, Klaus Kamolz désire opposer un «signe symbolique» clair au «jugement à l’emporte-pièce assimilant les Roms à des criminels» propagé par l’hebdomadaire, a-t-il expliqué samedi.

Le journaliste désire en outre encourager la justice autrichienne à se saisir elle-même du dossier, la «Weltwoche» étant vendue dans ce pays. L’incitation à la haine est un «délit officiel» en Autriche, a-t-il précisé, revenant sur des informations du Tages Anzeiger et du Bund.

L’auteur de la photo est l’Italien Livio Mancini. Le photographe indique avoir pris cette image en 2008 dans une décharge de la ville de Gjakova, au Kosovo, où des familles roms vivent avec leurs enfants, qui jouent sur les lieux.

S’il est prioritairement indigné par l’image de couverture, Klaus Kamolz dit pour sa part être également dérangé par l’article. Le «caractère absolu du dénigrement» présent dans cette dernière édition l’a particulièrement décontenancé. Le journaliste de 48 ans, qui écrit notamment pour le magazine d’actualité «profil», espère voir bientôt des réactions helvétiques: «Bien sûr que je suis d’avis que quelque chose devrait être entrepris également en Suisse».

En Suisse, les Jeunes Verts ont écrit une lettre ouverte à Roger Köppel, rédacteur en chef de la «Weltwoche», accusant la couverture d’être «complètement vaseuse». L’image suggère que «les Roms sont tous des criminels associaux», dénoncent-ils.

Philipp Gut, rédacteur en chef adjoint de la «Weltwoche» et co-auteur de l’article incriminé dit ne pas comprendre l’indignation suscitée par l’image de couverture. Cette photo symbolise «le fait que les bandes roms utilisent leurs enfants à des fins criminelles», a-t-il indiqué. Le vrai scandale est qu’aucun des «indignés» ne s’en soit pris à cette maltraitance, a-t-il ajouté. Quant à l’article, il présente sérieusement et de manière nuancée un problème gravissime, s’est-il défendu.

Adresse au ministère public genevois

Dimanche, c’est l’avocat et chercheur en Droit Christophe Germann qui est intervenu dans la polémique. Dans une lettre adressée au Ministère public genevois, et envoyée au «Temps», il demande à l’instance «d’initier les actions de droit pénal qui s’imposent contre les responsables de la couverture» du magazine. Il précise: «J’estime qu’il s’agit non seulement de considérer en l’espèce les normes pénales contre l’incitation à la haine raciale (art. 261bis CPS), mais également contre la provocation en public au génocide et aux crimes contre l’humanité (art. 264, 264a et 259 CPS).»

L’avocat rappelle notamment les agissements, dès 1926, de la fondation Pro Juventute, qui avait arraché 600 enfants yéniches à leurs parents pour les placer en familles d’accueil ou institutions. Une démarche assimilable à un «génocide», suivant une logique que renouvellerait l’hebdomadaire proche de l’UDC, selon l’expert.

Le Temps

La Commission contre le racisme s'inquiète des articles sur les Roms

Le dossier et la une de la "Weltwoche" consacrés aux Roms, qui fait l'objet d'une plainte en Autriche, vont être examinés par la Commission fédérale contre le racisme. L'hebdo gratuit genevois "GHI" est également dans son collimateur.

Confirmant une information de l'hebdomadaire alémanique "Sonntag", la présidente de la Commission fédérale contre le racisme Martine Brunschwig Graf met dans le même panier le dossier de la "Weltwoche" et celui consacré il y a un mois dans "GHI" à la mendicité et intitulé "Alerte Roms à Plainpalais". L'ex-conseillère nationale (PLR/GE) a précisé lundi que les Roms représentaient un des thèmes de sa commission en 2012. Celle-ci publiera en fin d'année un dossier sur la discrimination, dont sont notamment victimes les Roms. Elle fera à cette occasion un certain nombre de recommandations. La commission n'a pas qualité pour agir devant un tribunal, a précisé sa présidente. Si nécessaire, elle peut intervenir auprès des personnes concernées, a-t-elle ajouté.

Pas dans l'urgence

"Nous ne voulons pas agir dans l'urgence", a-t-elle déclaré à propos des articles incriminés dont la commission, qui ne s'est pas encore réunie, n'a pas discuté. Mme Brunschwig Graf ne nie pas certains problèmes posés par des membres issus de la communauté rom, mais elle "n'accepte pas qu'on stigmatise toute une population", a-telle affirmé. La "Weltwoche" a publié un dossier, "très bien documenté", selon l'expert en médias et ex-président du Conseil suisse de la presse Peter Studer. C'est surtout la photo de une qui dérange: on y voit un enfant rom pointant un pistolet. L'article consacré aux roms dans "GHI" est essentiellement à charge. Il est accompagné d'un texte qui donne la parole à l'association de défense des roms. Les photos sont floutées.

RTSinfo

dimanche 8 avril 2012

L’horizon est encore bouché

Malgré les efforts des ONG et les fonds de l’UE, la principale minorité européenne ne vit pas mieux qu’il y a 10 ans. Un manque de suivi à Bruxelles, la corruption des responsables locaux et le désintérêt des Etats en sont les raisons principales.

famille rom

Le 8 avril est la journée internationale des Roms, mais une part importante des 12 millions d’entre eux qui vivent en Europe vit encore dans une pauvreté accablante. Les tensions ethniques s’accentuent, comme on a pu le constater avec les attaques des campements roms en Italie en 2008 ou les intimidations auxquelles se livrent des paramilitaires racistes en Hongrie.

En septembre dernier, des milliers de Bulgares sont descendus dans la rue, en criant des slogans comme "Les tziganes, il faut en faire du savon". "Le traitement réservé aux Roms est le test décisif de la démocratie", affirmait prophétiquement feu le président tchèque Václav Havel en 1993. La transition vers le capitalisme a eu des conséquences désastreuses pour les Roms.

Sous le régime communiste, ils avaient un emploi et étaient logés et scolarisés gratuitement. A présent, beaucoup perdent leur emploi, leur logement, et le racisme à leur encontre ressurgit impunément.

Le rôle limité de l'UE

A la fin des années 1990, la perspective de l’adhésion à l’UE de certains pays d’Europe centrale et orientale a laissé entrevoir une amélioration. "Les responsables roms étaient très enthousiastes", se souvient l’ancien député européen Jan Marinus Wiersma. Les pays candidats à l’adhésion adaptaient leur législation à celle de l’UE et proposaient des projets.

Ce n’était que de la poudre aux yeux, disent désormais les ONG et les militants des droits des Roms. En Bulgarie, par exemple, les Roms ont retrouvé massivement un emploi, d’après les chiffres officiels.

"En réalité, ils se sont retrouvés quelques mois plus tard à la rue", dit à Sofia la chercheuse bulgare Ilona Tomova. "Nous, les pays postcommunistes, nous nous y connaissons en manipulation des chiffres. Mais l’Union ne s’en est pas rendue compte."

Maintenant que ces pays sont devenus des Etats membres de l’UE, Bruxelles ne peut plus utiliser la perspective de l’adhésion comme moyen de pression, estime Rob Kushen, directeur du Centre européen des droits des Roms (ERRC) à Budapest.

La Commission européenne est en outre liée par le principe de subsidiarité : "En ce qui concerne les Roms, ce sont les pays membres qui jouent un rôle déterminant en matière d’enseignement, d’emploi, de logement et de santé. Notre rôle se limite à coordonner", dit Matthew Newman, porte-parole de Viviane Reding, la commissaire chargée des Droits fondamentaux et de la Justice.

Bruxelles peut toutefois influer sur la politique par le biais des fonds européens. Pour la période 2007-2014, par exemple, la République tchèque, la Roumanie et la Slovaquie ont reçu chacune 172 millions d’euros spécialement affectés à la question rom.

Les pays membres où vivent des Roms peuvent aussi déposer des demandes au titre de programmes sociaux plus étendus. Cette cagnotte représente au total 17,5 milliards d’euros.

La Slovaquie avait obtenu 200 millions d’euros pour un nouveau programme. De 2001 à fin 2006, Klara Orgovanova a travaillé dans ce pays avec une équipe de 30 personnes.

Comment l'argent des subventions disparaît

Mais en juillet 2006, le parti social-démocrate [SMER-SD] est arrivé au pouvoir et a formé une coalition [jusqu’en 2010] avec le Parti national slovaque [SNS], dont le leader, Ján Slota, estimait que les Roms se domptent avec un "long fouet dans une arrière-cour".

Ensuite, le plus gros de la somme a "disparu", transformée en de nouveaux feux tricolores, des équipements technologiques pour les hôpitaux ou des clubs de football où aucun Rom ne joue. Quant à Klara Orgovanova et son équipe, elles ont été licenciées.

Parfois, l’argent est empoché par des ONG factices ou vient grossir les salaires des hauts fonctionnaires corrompus. C’est ce qu’affirment certains eurodéputés, comme [l’ancienne élue] Els de Groen, des militants des droits des Roms et des journalistes, comme ceux du collectif BIRN (Balkan Investigative Reporting Network).

Cela dit, l’argent n’est pas toujours détourné volontairement. Les demandes de subventions sont compliquées et exigent une bonne compréhension du jargon de l’UE.

Face aux épisodes racistes et à la tentative de fichage des Roms en Italie en 2008 et surtout après les expulsions de Roms de France en 2010, la Commission s’est limiteé à invoquer une violation de la libre circulation, non pas de l’égalité de traitement et l’égalité raciale.

Une réaction jugée très insuffisante par les organisations des droits de l’homme. Cette réserve de la Commission est due au fait que "la discrimination et le sentiment anti-tzigane sont un sujet politique bien plus brûlant", estime Nele Meyer, d’Amnesty International.

"La Commission ne peut jouer le rôle de super-gendarme des droits fondamentaux", fait remarquer de son côté Matthew Newman. Ce dernier souligne aussi le "faible taux d’absorption" des subventions de l’UE destinées aux Roms : "Les demandes ne portent que sur une partie des fonds. Les Roms ne sont pas une  priorité politique".

D’après Valeriu Nicolae, lui-même rom et directeur du Centre des politiques pour les Roms et les minorités de Bucarest, les fonds affectés aux Roms par Bruxelles sont très insuffisants : "la Roumanie a reçu pendant la période 2007-2013 environ 230 millions d’euros. Nous avons un million de Roms. Cela ne représente pas même 20 centimes par Rom et par jour."

Pourquoi la Commission ne met-elle pas en place un commissaire chargé des minorités ? "Les pays membres ont peur qu’il commence aussi à s’intéresser aux Hongrois en Roumanie ou aux Basques en Espagne", note Jan Marinus Wiersma. Quant au hongrois Kinga Göncz, député européen, il évoque une peur "compréhensible" : "Les pays pourraient alors penser : ‘Parfait, c’est Bruxelles qui va s’en charger.’"

Depuis les drames qui se sont produits en Italie et en France, l’Union semble entrer en mouvement. En avril 2011, le Conseil européen a décidé d’établir un cadre européen commun, sous la forme de "stratégies nationales d’intégration des Roms".

Lívia Járóka – seule député européen d’origine rom – se montre optimiste car on met davantage en avant l’intérêt socioéconomique de l’intégration des Roms. "Car les politiciens ne vont pas purement et simplement aider les Roms".

Mais là encore, la Commission s’en remet finalement aux Etats pour trouver une solution. La Hongrie actuelle montre ce que cela peut donner dans la pratique. "Le gouvernement de Viktor Orbán a récemment abaissé l’âge maximal de la scolarisation obligatoire, si bien que les enfants roms peuvent quitter l’école plus tôt", dit Rob Kushen de l’ERRC.

Cela montre à quel point il est difficile d’obtenir de quelconques mesures en faveur des Roms dans le climat actuel. Viktor Orbán est confronté en Hongrie, comme dans d’autres pays européens, à une opposition d’extrême-droite : Jobbik, un parti ouvertement anti-Roms. "La démocratie consiste aussi à défendre les minorités. Mais Viktor Orbán ne semble pas le comprendre. C’est justement l’avertissement que lançait Havel en 1993", souligne Rob Kushen.

Hellen Kooijman pour Mondiaal Nieuws, traduction : Isabelle Rosselin sur Presseurop

vendredi 14 octobre 2011

Racisme anti-Roms en Europe, l'alerte bulgare

Depuis près de deux semaines, la Bulgarie connaît de violentes manifestations racistes anti-Roms. Organisées par l'extrême droite, en particulier le parti Ataka ("Attaque") rejoint par des hooligans, elles se déploient dans une vingtaine de villes du pays, rassemblant plusieurs milliers de personnes. Lors des défilés, des slogans néonazis tels "les Roms en savon !" sont scandés par la foule.

Le point de départ de ces manifestations racistes a été un meurtre perpétré dans la petite ville de Katounitsa par les hommes de main du parrain de la mafia rom locale. Cependant, confondre le point de départ de l'incendie avec ses causes profondes serait une erreur criminelle.

Si ces manifestations rassemblent autant et aussi violemment, c'est que le terrain, travaillé depuis de nombreuses années, est désormais propices à de tels agissements, qui concernent la Bulgarie aujourd'hui mais qui pourraient concerner d'autres pays européens demain. Plusieurs raisons peuvent expliquer cet état de fait.

Tout d'abord, les stéréotypes et les préjugés stigmatisant les Roms ou d'autres catégories de populations (musulmans, immigrés, juifs…) s'expriment avec de plus en plus de facilité et circulent en toute permissivité partout sur le continent. Or les tabous sur la parole raciste et antisémite sont nécessaires à une société démocratique.

Ensuite, cela fait maintenant de nombreuses années que les Roms sont, dans toute l'Europe, la cible d'insupportables actes de violence sans que cela ne suscite de justes et fortes protestations politiques ou de la société civile.

Par exemple, en Hongrie, des individus sont assassinés parce que Roms. A Baia Mare et Tarlungeni en Roumanie, comme à Michalovce, Košice, Prešov et Svinia en Slovaquie, ils sont concentrés dans des ghettos où les conditions de vie sont indignes. En Serbie, en Moldavie, comme en France et en Allemagne, ils sont victimes de discriminations quotidiennes.

Ainsi, le peu de réactions que ces violences ont suscitées jusqu'à présent permet un passage à l'acte plus aisé aujourd'hui, en Bulgarie comme ailleurs. Enfin, l'extrême droite s'est organisée, structurée et renforcée ces dernières années partout en Europe.

Les partis d'extrême droite remportent des succès électoraux, comme le Jobbik en Hongrie, le Parti de la Liberté aux Pays-Bas, ou Ataka en Bulgarie. Les mouvements d'extrême droite exercent une influence sur certains partis de gouvernements, comme au Danemark, et séduisent de plus en plus de personnalités.

Au moment où la construction européenne est en crise, l'extrême droite, sous ses différentes composantes, propose un véritable modèle de structuration politique du continent, fondé sur le racisme et les discriminations raciales. Ce projet est sous-tendu par l'esprit de "guerre civile européenne" et l'obsession de "l'ennemi intérieur" à identifier et à exterminer et qui serait, selon les moments et les pays, le musulman, le Rom, le juif, etc.

A l'opposé de ce funeste projet, dont la mise en acte à la suite d'une prise de pouvoir des extrêmes droites européennes ne peut être totalement exclue, les sociétés civiles européennes antiracistes s'unissent désormais pour faire vivre un modèle européen véritablement démocratique car débarrassé du racisme, de l'antisémitisme et des discriminations raciales.

Samedi 1er octobre fut à ce titre un jour fondateur. Ce jour-là, les sociétés civiles de nombreux pays européens, menées par les organisations antiracistes membres de l'EGAM et leurs partenaires Roms, se sont mobilisées ensemble pour la première "Roma Pride".

Elles ont notamment exprimé leur rejet du racisme et leur solidarité avec les Roms bulgares, fait pression sur les autorités européennes, nationales et locales pour qu'elles réagissent fermement aux violences racistes en protégeant la population et les organisations Roms.

En Norvège, au Danemark, en Belgique, en France, mais également en Roumanie, où près de 400 personnes ont défilé dans la plus grande manifestation de l'année, et en Bulgarie, où des rassemblements publics se sont tenus dans 15 villes malgré les menaces, des dirigeants associatifs, des politiques, des intellectuels, des artistes et des milliers d'autres personnes se sont rassemblés pour faire Europe ensemble. Une Europe des valeurs partagées d'égalité et de dignité, une Europe construite par les actions communes des sociétés civiles en mouvement.

Le silence assourdissant, politique et militant, lors des ratonades de janvier 2010 contre les migrants noirs de Rosarno, dans le Sud de l'Italie, qui avait donné le coup d'envoi de la constitution de l'EGAM, paraît lointain.

Désormais, c'est avec force et conviction que les sociétés civiles européennes s'unissent pour faire vivre le rêve européen d'un continent débarrassé du racisme, de l'antisémitisme et des discriminations raciales.

Benjamin Abtan, secrétaire général du European Grassroots Antiracist Movement (EGAM), dans la rubrique Point de Vue du Monde

samedi 1 octobre 2011

Roms, Libye, voile : le monde rêvé (et déconnecté) d'Arno Klarsfeld

Jeudi 27 octobre, Arno Klarsfeld s'est rendu dans le Nord pour visiter un Centre d'accueil des demandeurs d'asile (Cada). Interrogé par La Voix du Nord, il s'est expliqué sur des récentes déclarations lors d'un voyage à Bucarest qui ont choqué (« On ne fait pas huit enfants quand on n'a qu'une pièce »).

Dans l'émission « Internationales », dimanche sur TV5, Arno Klarsfeld, président du conseil d'administration de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii), a prononcé de nouvelles phrases qui ont choqué des lecteurs de Rue89, dont un riverain qui nous écrit :

« Nous étions quelques expatriés à suivre l'émission hier soir et n'en sommes toujours pas revenus !Partagés entre incrédulité et fous rires, nous nous demandons encore si nous avons bien vu ce que nous avons vu et entendu ce que nous avons entendu tant la chose est surréaliste. »

L'avocat Arno Klarsfeld paraît, en effet, à certains moments à côté de la plaque ou très fleur bleue. Au point qu'on peut se demander s'il est dans son état normal. Retour sur les moments « forts » et inquiétants de l'émission.

Le peuple rom est « talentueux »

Arno Klarsfeld rappelle qu'en 1993, il est allé en car en Allemagne avec ses parents (« une nuit de car »), où des foyers roms étaient brûlés par des néo-nazis, pour manifester et les soutenir. « Donc je me suis engagé pour les Roms. » L'anecdote est censée lui donner, d'entrée de jeu, un brevet de non-racisme.

Plus tard, Arno Klarsfeld, de façon incongrue, se met à faire l'éloge des Roms :

« Le peuple rom est tellement talentueux. On voit les enfants, on a envie de pleurer, parce qu'ils sont tellement vifs, tellement intelligents. Et trente ans après, on les retrouve fatigués. »

Lire la suite de cet article de Nolwenn Le Blevennec sur Rue89

Les Roms n’échappent pas aux amendes

Onze mendiants accusés de camping illicite à Lausanne devront payer des contraventions allant jusqu’à 320 francs.

Les mendiants qui dorment la nuit dans des parkings proches des rives du Léman s’adonnent bien à du camping non autorisé, juge la Commission de police lausannoise. Le 13 septembre dernier, onze Roms sont venus contester les amendes qu’on leur avait infligées. Ils ont perdu et sont dès lors censés payer des sommes allant jusqu'à 320 fr., à quoi s’ajoutent 50 fr. de frais.

Leur avocat, Jean-Michel Dolivo, avait souligné que la ville de Lausanne autorise le sommeil à la belle étoile. L’argument a été balayé par la Commission de police. Selon elle, les rapports de police prouvent que les Roms incriminés campaient bel et bien. «Tout le matériel de camping nécessaire à leur confort était étalé à même le sol», affirme-t-elle, en évoquant des photos sur lesquelles «on peut voir des personnes allongées dans des sacs de couchage». Certains dormaient dans des voitures «préparées par ailleurs à les accueillir pour la nuit (couchette). Il ne s’agit clairement pas de conducteurs s’étant immobilisés le temps de bénéficier d’un bref sommeil réparateur comme cela a été autorisé par le législateur.»

Selon la Commission de police, l’accusation est renforcée par la présence des mendiants «pendant des semaines, arpentant les rues lausannoises, tendant la main afin de profiter de la générosité des quidams de notre cité».

L’avocat des Roms dénonce une décision «arbitraire»: «Elle met en évidence que cette population n’est pas considérée comme bienvenue à Lausanne et qu’elle est l’objet d’une forme de criminalisation. Cela fait écho aux persécutions subies par les Roms ces dernières décennies», souligne Me Dolivo.

L’homme de loi et l’association Opre Rom ont dix jours pour faire opposition. Si les sanctions sont maintenues par le ministère public, l’affaire serait alors jugée par un tribunal de police.

24 Heures

lundi 26 septembre 2011

Une loi chère, inutile, inique

Jeudi dernier à Strasbourg, des représentants d’une soixantaine de municipalités ont partagé réflexions et expériences sur des solutions d’intégration des Roms, à l’initiative du Conseil de l’Europe. Genève n’y était pas représenté et c’est fort regrettable.

Confronté depuis des années à la mendicité de cette population nomade, miséreuse et discriminée, le canton a répondu à cette pauvreté importée par sa criminalisation. Brandir le bâton a certes fonctionné électoralement pour certains élus et partis. Mais l’interdiction de la mendicité et les milliers d’amendes envoyées en recommandé en Roumanie n’y ont rien fait. Pas plus que les inlassables destructions de campements sauvages estivaux, aussitôt éliminés, aussitôt réinvestis. Les mendiants continuent de mendier.
On a à présent une idée du coût exorbitant de cette répression: plus de 3 millions de francs sur la période examinée de dix-huit mois, selon le gouvernement, qui ne compte pas le travail de la police municipale et réduit l’ampleur des frais de justice. Mesemrom parle plutôt de 20 millions!
Enfermé dans la logique de criminalisation, le porte-parole d’Isabel Rochat, conseillère d’Etat chargée de la police, n’y voit aucun problème, puisque, par analogie, arrêter un assassin n’est pas censé remplir les caisses de l’Etat.
Comparer un mendiant à un tueur est pour le moins malvenu. Surtout de la part du porte-voix d’une magistrate qui veut voir en Genève un coupe-gorge. Dans cette perspective, on comprend encore moins pourquoi la police perd son temps et l’argent du contribuable à harceler des mendiants inoffensifs. Il serait temps de fixer des priorités intelligentes en matière de sécurité. Cela éviterait peut-être de devoir promettre – en l’air – l’engagement immédiat de trois cents policiers...
La loi contre la mendicité est vieille de plus de trois ans et demi. Elle a prouvé durant tout ce temps son inutilité, mais surtout le cynisme des élus et des autorités, plus prompts à satisfaire les réflexes de rejet qu’à répondre au dénuement d’une population ostracisée chez elle. En Europe, les Roms sont 10 à 12 millions à vivre dans des conditions dignes du tiers-monde.
A Genève, ils dorment à deux pas de chez vous, sous un pont ou derrière une balustrade. Plutôt que d’ouvrir un abri, la police et la voirie les chassent régulièrement, le temps d’une nuit sans couvertures. Ça ne résout rien, mais cela donne l’impression qu’on agit.
L’aurait-elle voulu, Isabel Rochat ne pouvait se rendre à Strasbourg jeudi. Ce jour-là, elle parlait tolérance zéro avec son nouvel ami Rudy Giuliani.

Edito de Rachad Armanios dans le Courrier

La loi anti-mendicité tient de l’usine à gaz inefficace

Le Conseil d’Etat a calculé que l’interdiction de la mendicité a coûté trois millions de francs sur dix-huit mois. Des chiffres qui interpellent les opposants à cette loi.

Amender les mendiants! En janvier 2008, le Grand Conseil avait modifié la loi pénale genevoise et permis à la police de poursuivre et, le cas échéant, d’amender les mendiants. Une loi s’adressant dans les faits aux Roms, à la suite d’un prétendu afflux de ressortissants roumains appartenant à cette ethnie. En réalité, un problème causé par une communauté nomade dont le chiffre oscille entre cinquante et deux cents personnes.
Plus de trois ans et demi après, l’échec annoncé par les détracteurs de cette législation semble bien se confirmer puisque, malgré un coût pour l’Etat très élevé, les amendes semblent peu dissuasives. En juin, la députée verte Anne Mahrer avait déposé une interpellation urgente écrite pour s’enquérir des coûts engendrés par la répression de la mendicité ainsi que de son efficience.
La réponse du Conseil d’Etat, datée du 31 août et révélée par Léman Bleu, donne des éléments intéressants sur ce dernier élément. A savoir que cette loi a généré des coûts considérables, évalués à plus de 3 millions de francs entre décembre 2009 et juin 2011, alors que les amendes n’ont rapporté que 35 000 francs aux caisses de l’Etat. Ces dépenses se ventilent entre le coût des recommandés, celui des arrestations ou encore les frais engendrés par les procédures judiciaires en cas d’opposition. Pour ces dernières, ce sont ainsi 1,8 million de francs qui ont été dépensés, selon les évaluations du Conseil d’Etat.

Chiffres sous-évalués
Ce chiffre est sous-évalué, rétorque Dina Bazarbachi, présidente de Mesemrom, association de défense de la communauté Rom. Et de relever que cette évaluation ne porte que sur quelque mille amendes contestées. «Or, sur les treize mille contraventions délivrées à des mendiants, j’en ai contesté dix mille», relève-t-elle, «on est donc plus proche des 20 millions si on veut suivre la règle de trois utilisée par le Conseil d’Etat.»
En l’occurrence, relève-t-elle, seuls six cas ont effectivement été traités par la justice. Dans trois cas, les juges ont acquitté les amendés, «tant les libellés de ces amendes étaient fantaisistes», et dans trois autres cas, l’amende a été substantiellement réduite car il convient de tenir compte de la situation de la personne amendée. «Et j’ai bien entendu fait recours dans ces trois dernières affaires.»

«Inutile, inefficace, inique»
Lors du vote du projet de loi, Mathilde Captyn, députée verte, s’était fendue d’un rapport de minorité en pointant l’inutilité de cette législation. Elle estime qu’aujourd’hui, la preuve par l’acte est faite. «On ne règle pas un problème – l’extrême dénuement d’une communauté ostracisée depuis des siècles – par une loi liberticide et électoraliste.»
Du côté du canton, pas question de changer son fusil d’épaule. Laurent Paoliello, porte-parole d’Isabel Rochat, conseillère d’Etat en charge de la police, estime que le rapport qualité-coût est un faux problème. «C’est comme si on disait qu’attraper un assassin coûte cher et ne rapporte rien.» Et d’annoncer qu’en l’état il n’y aura pas de changement de politique en la matière. «Cette loi a été voulue par le législateur, nous nous devons de l’appliquer.» Il invite les députés critiques à proposer un changement de la loi. Ce qui, au vu du rapport de force actuel au Grand Conseil, n’a évidemment aucune chance d’aboutir.

Changement de cap
Du côté des détracteurs de la loi, on estime au contraire qu’un changement de cap s’impose. Dina Bazarbachi juge plus urgent de financer des programmes d’intégration en Roumanie et de garantir un accueil digne de ce nom en Suisse. Par exemple en ouvrant un abri de la protection civile durant toute l’année. Mathilde Captyn prônerait même la mise à disposition d’infrastructures pour les populations nomades.
Mme Bazarbachi espère aussi un progrès pour les Roms une fois que les travailleurs roumains ne seront plus soumis à des quotas à partir de 2013, date d’entrée en vigueur de l’extension des bilatérales. Ainsi, ces dernières années, les vendanges avaient offert du travail temporaire aux Roms. «Maintenant, la police amende les viticulteurs qui emploieraient ces gens car c’est forcément du travail au noir, résultat, on les renvoie sur le trottoir en les obligeant à mendier.» Le même problème se rencontre dans l’économie domestique où la possibilité de faire des ménages est restreinte.

Philippe Bach dans le Courrier

mercredi 14 septembre 2011

Les amendes contre les Roms se sont multipliées

Sanctionnés pour camping sur la voie publique, plusieurs Roms font opposition.

«Nous ne sommes ni des criminels, ni des voleurs. Nous voulons que la police nous respecte!» Pour les Roms présents à Lausanne, les nuits n’ont pas été de tout repos durant l’été. Au motif qu’ils dormaient dans leur véhicule, les interpellations suivies d’amendes pour camping sur la voie publique se sont multipliées: on compte plus d’une centaine de contraventions entre juin et août.
Des sanctions qu’ils ont décidé de contester, soutenus par l’association Opre Rrom. Onze d’entre eux recouraient hier devant la commission de police, pour une série d’amendes allant de 120 à 190 francs. Car dormir dans une voiture ou dans un parc n’est pas interdit sur le territoire lausannois, rappelle leur avocat, Me Jean-Michel Dolivo. Ce dernier s’insurge aussi contre le fait que les amendes leur sont notifiées sans traduction.

«Cette politique répressive s’inscrit dans une longue histoire de persécution et de discrimination des gens du voyage», considère-t-il. «Ils vivent dans une telle insécurité qu’ils me demandent souvent: «Quand va-t-on être déporté?», raconte de son côté Véra Tchérémissinoff, coordinatrice d’Opre Rrom.
Présent dans les couloirs de la commission, le sergent Gilbert Glassey estime que ce qui est en cause, «ce n’est pas le fait d’aller dormir un soir au bord du lac, mais de s’installer au même endroit pendant une semaine». Ce qui est dénoncé comme installation de camping sur la rue, c’est aussi l’utilisation de bonbonnes à gaz et autres équipements de cuisine, explique le «Monsieur Roms» de la police municipale. Le verdict de la commission de police est attendu d’ici une dizaine de jours.

Vu le manque de places dans les structures d’hébergement d’urgence, les Roms demandent  la mise à disposition d’un emplacement, en échange de quoi ils seraient prêts à s’acquitter de quelques francs de «loyer» par personne et par nuit. Une revendication que soutien Opre Rrom. «Il ne s’agit pas de créer un ghetto, mais de permettre aux Roms de vivre avec l’assurance d’avoir un endroit pour passer la nuit», précise Véra Tchérémissinoff.

Arnaud Crevoisier dans le Courrier

mardi 16 août 2011

L'odyssée (in)humaine de dix réfugiés

Ils n'en ont pas le statut officiel, mais le sont pourtant corps et âme. Réfugiés en France pour fuir la persécution en Serbie, ces dix Roms devaient être expulsés la semaine dernière. Mais le tribunal de Lille leur a offert un sursis inespéré.

Ces voyages-là, d’habitude, sont sans retour. Arrêtée mercredi matin, à l’aube, à Clermont-Ferrand, la famille Ajeti-Hassani, dix Roms du Kosovo, devait être renvoyée dans son pays putatif, la Serbie.

Vendredi, un juge du tribunal administratif de Lille, où ils avaient été transférés, en a pourtant décidé autrement. Les motifs du jugement n’ont pas encore été notifiés, ni à la famille, ni à la préfecture du Puy-de-Dôme. Difficile donc de tracer des perspectives pour l’avenir, même à très court terme.

Menacés en Serbie

Seule certitude, à compter d’aujourd’hui, quatre adultes et six enfants, âgés de deux à onze ans, seront à nouveau à la rue. La solution trouvée pour les abriter ce week-end, un camping dans la campagne auvergnate, ne peut s’éterniser.

Pour eux, c’est un nouveau saut dans le vide, où ils sont à peu près sûrs d’être rejetés de Charybde en Scylla. Mais comparée à l’odyssée qui les a menés jusque-là, cette ultime péripétie ne saurait constituer un écueil majeur. Ils semblent avoir en eux une volonté monolithique d’aller de l’avant.

1999. La guerre fait rage dans leur pays, le Kosovo. Vendeurs de vêtements sur les marchés, ils fuient vers la Serbie, où on leur interdit d’exercer leur métier. D’autres persécutions suivront. Les propos racistes destinés à Arben, 7 ans à l’époque, par sa première maîtresse d’école. Son frère aîné, Kadri, la vingtaine, obligé, sous la menace d’un fusil, de charger les corps de ses amis dans un camion destiné au charnier. La Serbie, comme le Kosovo, sont pourtant considérés comme des pays « sûrs » par la communauté internationale.

Après dix ans de calvaire, la famille Ajeti-Hassani choisira de fuir. Direction, la France, en février 2011.Là, ils réclament le statut de réfugiés qui leur est refusé en première instance par L’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra).

Selon la famille et les bénévoles qui les entourent, un appel serait en cours devant la Commission nationale du droit d’asile (CNDA). La préfecture, elle, affirme que cette instance a déjà tranché. Avis défavorable pour les dix Roms.

Même si un recours est également déposé devant le tribunal administratif de Clermont-Ferrand, le préfet décide, le 10 août dernier, de prendre un arrêté de reconduite à la frontière. Ce jour-là, à 7 heures du matin à peine, Kadri et son épouse, Arben, ses parents et ses frères et soeurs sont arrêtés dans l’hôtel qu’ils occupent à Clermont-Ferrand. Quelques jours à peine après l’annonce par le ministre de l’Intérieur du nouvel objectif de 30.000 expulsions pour l’année 2011.

Pas le temps de prendre leurs habits

Dans sa chambre, Arben, dix ans désormais, veut récupérer ses habits. « Ils nous ont dit : “Non. Vite, vite, vite”. ». Ils sont emmenés de force, sans rien comprendre à ce qui leur arrive. « Les enfants ont été traumatisés, ils étaient en pleurs », raconte Kadri. La famille échappe juste à l’humiliation des menottes. Pas besoin. Selon la préfecture, l’interpellation de la famille par les quinze policiers s’est déroulée « sans heurt ».

Dans un bus de tourisme, spécialement affrété pour l’occasion, la famille Azeti-Hassani est transférée au centre de rétention de Lille. « Une cage, une prison », mime Salih, le père de famille, les deux mains jointes sur des barreaux imaginaires. Lorsqu’ils sont relâchés, vendredi, la police se contente de les déposer sur un quai de gare. Sans argent ni billet de train. Clandestins sous contrainte. « Par rapport au voyage tout frais payé de l’aller, le contraste est saisissant », ironise une bénévole.

Malgré la peur de se faire coincer, ils parviendront à rejoindre Clermont-Ferrand, à minuit, épuisé. Après tout ça, on se demande encore comment les parents trouvent la force de sourire, de se réconforter. Comment les enfants peuvent-ils jouer au football, en toute innocence. Quel sentiment les meut ?

En la matière, la barrière de la langue ôte toute certitude. On tranche par élimination. Cette sarabande n’est pas une façon d’oublier, vu qu’ils savent leur sort suspendu au moindre aléa. Ce n’est plus tout à fait de l’espoir. Trop de portes se sont refermées. « On veut habiter en France, que nos enfants grandissent ici, aillent à l’école », explique Salih. L’envie de vivre. Toujours.

Sébastien Dubois pour la Montagne

samedi 13 août 2011

La police détruit plusieurs campements roms

Deux agents municipaux, deux gendarmes et la Voirie de Genève en sont à leur dix-septième opération depuis le début de l'année.

"Deux, trois tonnes?" Patrick Zonca évalue d'un œil le triste butin de son équipe. Pour la dix-septième fois cette année, sept cantonniers, flanquée de deux gendarmes et de deux gardes municipaux, ont fait le tour des campements de fortune des Roms en ville de Genève. La routine.

Ce soir, les mendiants, chassés comme des mouches dans toute l’Europe, seront un peu plus démunis. Ils ne retrouveront ni matelas ni couvertures ni vêtement ni vaisselle. L'Etat a tout ramassé ce matin. Il y avait des casseroles, des réchauds, des denrées alimentaires, quelques pièces de monnaie et même des jouets qui trahissent la présence de famille sous le pont de la Bâtie, à l'Avenue d'Aïre, aux Cropettes, au quai Ernest-Ansermet, dans une bonne dizianes de lieux répertoriés sur une liste. Tout est rassemblé dans des filets, hissé sur un camion, emmené pour être incinéré aux Cheneviers.

L'opération a démarré à 7h30 à la Jonction, dont le campement avait été signalé la semaine dernière par un lecteur de la Tribune. Sous le pont de La Bâtie, entre les matelas alignés, encore tièdes, une femme une adolescentes, deux hommes sont là, debout, résignés. Les gendarmes vérifient leur identité. Des habitués. Leurs papiers sont en ordre. Ils sont priés de quitter les lieux. Aussitôt les hommes de la voirie revêtus d'une combinaison blanche font leur œuvre. « Cette fois c'est assez en ordre » commente Patrick Zonca. La zone laisse des traces de vie dans un périmètre de deux cents mètres. La pluie et le soleil les élimineront naturellement.

Les matelas sont étalés sur des cagettes en bois posées sur des bâches en plastique. Certains sont emballés dans des draps housses. Le pont sert de toiture et d'étagères, c'est un des seuls campements protégés de la pluie. Il n'y a ni commodités ni eau courante sauf celle du Rhône. Un tube  gris a suffi pour qu’un citoyen dénonce un branchement électrique illégal. Les SIG dépêchés sur place n’ont pas confirmé de vol d’énergie.

La police n'a procédé à aucune arrestation. A l’Avenue d’Aïre, la police contrôle encore cinq hommes et une jeune femme, tous sont en règle. Un homme handicapé d’une cinquantaine d’années ou moins peut-être réclame deux cents francs. Personne ne répond. « Arrêtez-moi au moins ! » Silence gêné. Il n’a commis aucun délit.

La plupart des autres sites sont inoccupés ou habités, l’un par un sdf, un autre  par trois inconnus sans liens avec les Roms. L’un n’a pas de papier. Il ne sera pas inquiété outre mesure. La procédure serait trop longue.

Les opérations délogement augmentent

L'opération s'est passée sans violence, ont pu constater les reporters de la «La Tribune de Genève». La dernière intervention remonte au 22 juillet, la seizième depuis le début janvier. La pression augmente. Il y a eu dix ramassages en 2010. « Cette année, nous avons déjà chargé et détruit 28 tonnes d’objets divers » a calculé Patrick Zonca. Sans illusions. « Genève est un supermarché à ciel ouvert, dit-il. Il suffit de se servir sur les trottoirs avant la voirie et dans les déchèteries pour se loger à la belle étoile sans bourse délier.» Ce qui n'est pas le cas de nos interventions, ose un fonctionnaire.

La politique des autorités genevoises ne varie pas: il s’agit d’empêcher l'installation de campements permanents sur le territoire genevois. «Nous ne voulons pas recourir à des pelleteuses pour détruire des abris comme ce fut le cas à Lausanne il y a deux semaines», indiquait le maire de la Ville Pierre Maudet, le 9 août dernier à la Tribune. Pour le reste, le magistrat paraît démuni. Les politiques d’intégration échouent, les contraventions sont sans effet. La peur du tribunal à peine plus dissuasive.

Le nombre de Roms aurait toutefois diminué durant cette période estivale pour atteindre quelque 70 personnes selon la police.

Delphine Gouffier, Stephen Mossaz dans la Tribune de Genève

jeudi 11 août 2011

Le démantèlement des camps sauvages des Roms est-il efficace?

Lausanne a rasé les campements illégaux occupés par des Roms aux Prés-de-Vidy. Genève s’apprête à faire de même à la Jonction, où s’installent actuellement plusieurs personnes de cette communauté. Raser ces abris de fortune, est-ce pertinent?

Huit cabanons partis en fumée. Dont il ne reste que les gravats amiantés. Depuis fin juillet, les jardins familiaux des Prés-de-Vidy n’ont plus grand-chose de bucolique. Les autorités municipales ont rasé les maisonnettes où, naguère, il faisait bon passer le week-end en famille, installés les doigts de pieds en éventail dans les jardinets proprets. La raison de ces destructions ? Des dizaines de Roms avaient eu l’idée saugrenue de s’installer dans ces abris abandonnés. Ou plutôt non, des fouilles archéologiques devaient de toute façon être entreprises le 15 août. Erection du futur stade de foot oblige.

A Genève, pas de nouveau stade de foot à l’horizon. Mais les campements de fortune qui recommencent à fleurir depuis quelques jours sous le pont de la Jonction, devraient quand même subir le même sort sous peu. Seize « opérations de ramassage » (les abris ne sont pas en dur) d’effets personnels ont été menées dans la cité de Calvin depuis le mois de janvier. Au total, on parle de cinq expéditions consistant à détruire les toits précaires depuis le début de l’année, contre une vingtaine l’année précédente.

Oui mais voilà. Raser ces abris précaires suffit-il à évacuer les Roms, pour repousser le capharnaüm qu’ils importent et le spectacle qu’offre leur communauté, souvent jugée débraillée et sans le sou? En Europe, chacun y va de sa petite solution (voir infographie) : destruction pure et simple des abris de fortune, distribution d’aides au retour « volontaire », ou programme d’intégration. Tour d’horizon des pratiques d’ici et d’ailleurs et des bilans tirés par nos voisins, France en tête, dont les bulldozers n’ont aussi fait qu’une bouchée des taudis de la communauté rom. Ce matin encore, à Marseille, une centaine de Roms ont été évacués des pelouses de la Porte d'Aix. Un an après ces opérations de destruction à grande échelle, quel bilan tire l’Hexagone ?

Population stable

Ils étaient 15 000 Roms « établis » en France. Et ils sont toujours estimés à 15 000. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir mis le paquet dans les opérations d’expulsion. En février dernier, le ministre de l’Intérieur français Brice Hortefeux, se targue d’avoir évacué « 70% des campements illicites ». En 2009 comme en 2010, quelque 9 500 Roms ont été reconduits à la frontière. Dans leur poche, une enveloppe de 300€ par adulte et 200€ par enfant. C’est ce qu’on appelle « l’aide au retour ». Contrainte ou volontaire.
Mais rien n’inverse la vapeur. Les statistiques restent les mêmes. Les Roms ne restent pas les bras croisés, assommés de voir leur « maison » partie en fumée. Ils se réinstallent plus loin. En France comme ailleurs en Europe, démantèlement ou pas, aide au retour ou non, leur nombre reste stable. On les estime à 10 à 12 millions sur le continent et quoiqu’on en pense, il va bien falloir « faire avec ».

"Parquer" les Roms

A moins de les « parquer » dans un bout du désert égyptien, comme l’avait suggéré, sans vergogne, le ministre des Affaires étrangères roumain, en 2007, suite à un fait divers au cours duquel une Italienne avait été assassinée par un ressortissant roumain. « J’étais au Caire, à proximité du désert, lorsque j’ai été informé des incidents qui avaient eu lieu à Rome », avait alors confié le chef de la diplomatie. Avant de poursuivre : « Je me suis demandé : pourquoi n’achèterions-nous pas un morceau du désert égyptien pour y mettre tous ceux qui nuisent à notre image ».
Plus sérieusement, les pays européens avancent en ordre dispersé pour que ces zones marginalisées n’existent plus (cliquez sur la carte pour plus de détails.

L’Europe se mobilise enfin

« Décennie de l’inclusion des Roms » lancée en 2005, premier sommet en 2008 pour le peuple rom, 40ème anniversaire de la journée internationale des Roms en avril 2011, rien n’y fait. La Commission européenne est toujours impuissante pour encourager ses Etats membres à intégrer ses Roms. A moins qu’à force de pousser le bouchon, l’Etat français n’ait mis un coup de pied dans la fourmilière bien malgré lui (cliquez sur la carte pour plus de détails).

Offusquée par les expulsions massives du chef de l’Etat français dès l’été dernier, la commissaire européenne à la Justice et aux droits fondamentaux, Viviane Reding était allée jusqu’à comparer ces « reconduites à la frontière » aux déportations perpétuées durant la deuxième guerre mondiale.

Branle-bas de combat. La Commission européenne se met en tête de créer une « task force » en septembre dernier. Le groupe réunit des ONG et les milieux proches des Roms. Le but ? Savoir  au juste comment le budget des Etats membres destinés aux minorités, Roms en tête, est utilisé.

Où va le budget de l'UE?

Car cette série d’expulsions, qui démontre à quel point les pays sont cabrés sur la question Rom, ne se font pas à défaut d’argent. Quelque 172 millions d’euros (sur 9, 6 milliards destinés à intégrer les  personnes défavorisées) ont été alloués pour la seule période 2007-2013 aux Roms.

D’ici décembre 2011, les Etats membres sont donc sommés de rendre des comptes. Ils doivent « préparer ou réviser leurs stratégies nationales » et les présenter à la Commission. La première minorité ethnique du Vieux-Continent s’invite enfin à la table de réveillon des gouvernements.

Marion Moussadek dans 24 Heures

mardi 26 juillet 2011

Lausanne détruit les abris des Roms à la pelleteuse

roms lausanne campDepuis quelques nuits, des mendiants dormaient dans des cabanons abandonnés à Vidy.

Hier vers 11 heures, le directeur de la police lausannoise, Marc Vuilleumier, s’est rendu avec quelques policiers et une pelleteuse au lieu dit les Prés-de-Vidy, des jardins familiaux récemment abandonnés, coincés entre l’autoroute et le cimetière du Bois-de-Vaux.

C’est sur ce lieu bucolique que devra s’élever le futur stade prévu à deux pas de la Bourdonnette. La machine de chantier a épargné les cabanons de la partie nord du site qu’occupe le collectif de jeunes cultivateurs alternatifs La Bourdache, avec qui la Municipalité termine des négociations (lire ci-contre) . En revanche, l’engin mécanique a jeté à bas environ huit cabanes qu’une dizaine de mendiants roms occupaient depuis quelques nuits. «La Municipalité n’interdit pas la mendicité, mais a décidé de ne pas laisser des camps de Roms s’installer de manière permanente», explique le municipal popiste.

Certains d’entre eux étaient présents: la police les a fait sortir de leurs abris avant la destruction. Et avec les membres du collectif La Bourdache, ils ont réussi à sauver une partie des meubles. Il n’en reste pas moins qu’au milieu des fleurs et des herbes folles, les bâtiments jetés à terre laissent entrevoir des grossiers matelas éventrés, une paire de chaussures, des sièges de voiture ou des livres religieux.

Marc Vuilleumier ne cache pas un certain désarroi: «La situation ne me laisse pas insensible, mais nous avions décidé de détruire les cabanons, dont certains contiennent de l’amiante, pour laisser les archéologues faire des sondages avant la construction du stade.»

De «bons voisins»

Une attitude qui s’explique peut-être par l’initiative des libéraux-radicaux d’interdire «la mendicité par métier». Mais elle désole le collectif La Bourdache: «Les Roms se sont comportés en bons voisins, ne nous causant pas le moindre souci.» Elle désole encore plus le collectif Opre Rrom qui défend le sort de ces mendiants venus de Roumanie. Véra Tchérémissinoff, coordinatrice du groupe, constate avec amertume: «Si la mendicité est autorisée, il faut bien que les mendiants dorment quelque part. Ils ont essayé dans leur voiture et dans les parcs, la police les a chassés. Les campings les refusent.»

La police lausannoise a été prévenue dimanche 17 juillet par des voisins. Jeudi dernier, la pelleteuse est venue une première fois, mais Opre Rrom a pu arrêter les travaux et a écrit à la Municipalité. Marc Vuilleumier promet d’ouvrir des discussions. La pelleteuse a fourni hier un début de réponse: pas question de campement sauvage.

Justin Favrod dans 24 Heures

jeudi 21 juillet 2011

Roms: un an après, «rien n'a changé»

Près d'un an après le tour de vis sécuritaire lancé par le gouvernement, sur le terrain la situation demeure la même, constate le collectif Romeurope.

Souvenons-nous, ce fut le coup de chauffe répressif – et médiatique – de l'été dernier. Le 30 juillet 2010, Nicolas Sarkozy déclarait ouverte, dans son très musclé discours de Grenoble, l'offensive sécuritaire contre les Roms, qu'il amalgamait au passage aux gens du voyage. En bon soldat, Brice Hortefeux, alors ministre de l'Intérieur, annonçait le démantèlement en trois mois des 600 «camps ou squats» illicites recensés et «la reconduite quasi-immédiate des Roms qui auraient commis des atteintes à l’ordre public» vers la Bulgarie ou la Roumanie.
Depuis, que s'est-il passé ? Rien, ni dans un sens ni dans l'autre, répond un brin fataliste le collectif Romeurope, qui dressait ce jeudi son bilan de l'année. «Il y a bien eu une accélération des expulsions en août et septembre», mais au final, sur l'année, il n'y en a eu «ni plus ni moins qu'avant», a constaté ce groupement d'associations.

Romeurope estime toujours à 15.000 le nombre de Roms migrants présents en France, dont la moitié d'enfants, «un chiffre stable depuis huit-dix ans». Pourtant, en 2010, comme d'ailleurs en 2009, environ 9500 citoyens roumains et bulgares ont été renvoyés dans leur pays d'origine, selon le ministère de l'Intérieur. Autrement dit, le jeu des allers-retours se poursuit de plus belle. Les Roms, citoyens européens, ont un droit de séjour de trois mois en France, avant d'être expulsables. Reconduits le plus souvent par le biais du «rapatriement humanitaire», qui permet de renvoyer chez eux avec 300 euros en poche les étrangers ayant la nationalité d’un Etat membre de l’Union européenne en situation de dénuement (7000 Roumains et Bulgares en 2010, sur les 9500 reconduits), rien ne les empêche de revenir illico.

Evacuations

Résultat, «il y a toujours autant de terrains occupés, de situations insalubres, de difficultés», résume Laurent El Ghozi, président de la Fédération nationale des associations solidaires d'action avec les tsiganes et les gens du voyage (Fnasat). Seule note positive, «la mobilisation citoyenne née en réaction au discours stigmatisant du gouvernement», qui se manifeste localement par la création de collectifs de soutien.

Mais les évacuations de terrain se poursuivent, comme ce mercredi encore à Bobigny (Seine-Saint-Denis), mais «ni plus ni moins qu'avant». «75% des campements illicites ont été demantelés», chiffre l'Intérieur. Sauf que là où un terrain disparaît, un autre renaît un peu plus loin. Une politique «absurde, imbécile et inefficace» martèle Alexandre Le Clève, de la Cimade. «Inhumaine» aussi : harcèlement policier, peur, rupture de la scolarisation des enfants et du suivi des soins à chaque évacuation. Et à la clé une précarisation accrue.

Surtout, rien n'a changé dans l'accès à l'emploi, frein majeur pour les Roms qui, en tant que ressortissants roumains et bulgares, restent soumis aux mesures transitoires d'adhésion à l'UE. Pas de travail possible pour eux sans autorisation préalable, promesse d'embauche au sein d'une liste de 150 métiers, paiement d'une taxe par l'employeur, et carte de séjour. Bref, mission quasi-impossible, surtout s'il s'agit de contrats courts. Or, la France, qui pourrait en théorie lever ces mesures à tout moment, ne devrait pas, sauf surprise, s'y plier avant fin 2013, l'échéance maximale.

Libération