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vendredi 18 mai 2012

Visite du premier sleep-in pour migrants du canton

sleep in la côte Alors que Le Tulipier accueillera, lundi, les premiers migrants, l’EVAM peaufine leur arrivée.

«C’est beaucoup mieux qu’un abri de protection civile», explique d’emblée Cécile Ehrensperger, responsable du secteur Nord et Ouest de l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM), en entrant dans l’une des chambres du Tulipier, à Morges. Les pièces, dotées de deux ou de quatre lits, sont relativement spacieuses.

Dès lundi, c’est ici que seront accueillis durant quatre à six mois 24 hommes célibataires, de 19 h à 9 h. Le fonctionnement de la structure est prévu sur le mode sleep-in. Une première dans le canton. Les migrants n’y dormiront théoriquement qu’une nuit et ne s’y installeront donc jamais. En effet, cette population doit quitter le territoire suisse.

Cette semaine, l’EVAM a préparé les locaux pour les héberger. «Nous avons entrepris très peu de travaux, car c’est un ancien centre de semi-détention qui dispose de toute l’infrastructure nécessaire pour être rapidement opérationnel», ajoute la responsable. La zone d’accueil, les chambres ainsi que le réfectoire ont été aménagés. Mais l’EVAM a surtout dû former une vingtaine de personnes. Chaque soir, un surveillant et un encadrant veilleront au bon fonctionnement du lieu. «Le métier d’encadrant sleep-in n’existait pas avant et nous avons dû le créer en établissant un cahier des charges pour ouvrir Le Tulipier», poursuit Cécile Ehrensperger. Une nouvelle profession qui couplera accueil, social, intendance et surveillance.

Aide minimale

Les migrants qui viendront dormir seront soit des déboutés de l’asile, soit des NEM (non-entrée en matière) qui ont demandé l’aide d’urgence. Ils disposeront par conséquent de l’aide minimale et ne recevront pas d’argent. «Nous leur fournissons l’hébergement, les repas, les articles d’hygiène, ainsi qu’un bon pour des vêtements de seconde main», détaille encore la responsable. Aucune mesure d’accompagnement n’est prévue, comme c’est le cas dans d’autres centres de requérants d’asile. «Ce sont des conditions correctes, mais assez dures, avoue Cécile Ehrensperger. Nous ne cherchons pas à les intégrer. L’objectif est de les inciter à partir.» Un point que confirme Philippe Leuba, conseiller d’Etat en charge de l’Asile: «Ces personnes sont en bout de procédure. Nous n’entendons pas fournir des prestations qui vont contredire les décisions des autorités judiciaires. Le but est de les convaincre à partir d’elles-mêmes plutôt qu’au travers de mesures de contrainte.»

Si les conditions peuvent paraître rudes, elles sont légales. «Nous avons demandé un avis de droit au Service de justice du canton, qui a confirmé que ce mode d’hébergement était constitutionnel», précise le ministre. Ce type d’hébergement permet surtout de répondre à la forte demande en matière d’asile. «Cela fait deux ans que nous sommes dans une situation tendue. Il manque environ 600 places dans le canton», conclut Cécile Ehrensperger.

Lauriane Barraud dans 24 Heures

mardi 8 février 2011

Le refuge a fermé, sur fond de tensions entre Eglises et militants

lausanne refuge ferméLes requérants d’asile déboutés n’ont plus de paroisse les protégeant d’une expulsion à Lausanne.

Durant cent vingt jours, des paroisses tour à tour catholiques et protestantes ont offert un refuge symbolique à des requérants d’asile menacés d'expulsion. Mais ce symbole a disparu jeudi dernier. La poignée de migrants qui se trouvaient dans la salle sous l’église du Saint-Esprit, au chemin de Boisy à Lausanne, a quitté les lieux sans avoir une nouvelle paroisse prête à les accueillir. Leur refuge durait pourtant depuis le mois d’octobre et a reçu de nombreux soutiens, individuels ou politiques.

Le collectif lausannois Droit de rester pour tou-te-s, formé de militants prorequérants de la région et de requérants d’asile, a été la cheville ouvrière de ce mouvement. Droit de rester et les deux Eglises se renvoient la responsabilité de la fin de l’action de refuge, qui devait permettre de faire reconsidérer les dossiers de plusieurs personnes dont la procédure d’asile avait débouché sur un refus.

«Les Eglises nous ont dit qu’il fallait fermer le dernier refuge, parce qu’il n’y avait, selon elles, plus le moindre espoir d’empêcher l’expulsion de Teka et de Diallo, les deux dernières personnes qui s’y trouvaient, lance Graziella de Coulon, membre de longue date du collectif de soutien aux requérants d’asile. Puis elles sont revenues sur leur position, mais seulement pour Diallo, en nous disant qu’il fallait aller à Morges.» Teka est originaire de la République démocratique du Congo, qu’il a quittée il y a près de vingt ans pour émigrer en Europe. Et Diallo a rejoint la Suisse pour échapper à son passé d’enfant soldat en Sierra Leone (lire ci-contre) .

Plus d’espoir?

Graziella de Coulon affirme que catholiques et protestants en charge de ce dossier ont cédé trop rapidement aux arguments du pouvoir politique, surtout à ceux du conseiller d’Etat libéral Philippe Leuba, en charge de l’asile. «Nous sommes persuadés qu’il faut agir politiquement, au niveau cantonal et national, même si ces cas sont peut-être désespérés du point de vue du droit, continue Graziella de Coulon. Sinon, comment faire changer les choses?»

«Nous rencontrons régulièrement les autorités vaudoises, et le refuge fait partie des sujets discutés, rétorque Xavier Paillard, vice-président du synode, le parlement de l’Eglise protestante vaudoise. Mais il s’agit de notre propre décision, en partenariat avec l’Eglise catholique. Nous ne voulons pas que ces personnes courent le risque d’être instrumentalisées à des fins politiques. Si le résultat final est dans tous les cas que la personne concernée se fait expulser, le refuge ne sert pas à grand-chose, sauf à un but politique qui se poursuit peut-être au détriment de cette personne.» Il ajoute que cette condition a, selon lui, toujours été clairement exprimée aux candidats au refuge et au collectif Droit de rester.

L’idée même du refuge auprès des Eglises a repris le principe d’une action lancée dans le canton de Vaud en 2001 et en 2004-2005. A l’époque, cette mobilisation, dite des «523», contre des renvois forcés concernait surtout des personnes originaires de l’ex-Yougoslavie. Les militants anti-expulsion et les Eglises avaient alors obtenu plusieurs dizaines de régularisations. L’action lancée en 2010 et terminée il y a une semaine n’a pas connu le même succès. Seuls quelques dossiers ont été rouverts par les autorités fédérales.

Relations tendues

Depuis le début de cette action, les relations du collectif Droit de rester avec les Eglises protestante et catholique du canton de Vaud ont oscillé entre collaboration et hostilité. Droit de rester a en effet commencé publiquement le refuge en investissant une salle de paroisse sans l’accord des représentants des Eglises. Le collectif accusait alors ces derniers de faire traîner les choses durant les discussions visant à ouvrir un nouveau refuge, en posant trop d’exigences sur le choix des personnes concernées. Les deux Eglises ont rejeté ces critiques et ont rapidement ouvert leurs portes, par le biais de la paroisse protestante de la Sallaz.

«Les Eglises sont toujours prêtes à entrer en matière, s’il reste un espoir, aussi ténu soit-il, de rouvrir la procédure d’asile, note Xavier Paillard. C’était le cas pour Diallo.» Mais ce dernier n’aura pas besoin d’un refuge dans l’immédiat. «Il a craqué psychiquement, et il est en ce moment soigné psychiatriquement», détaille Graziella de Coulon.

Jérôme Ducret dans 24 Heures


diallo enfant soldat

24 Heures

jeudi 27 janvier 2011

Le dialogue est rompu entre les Eglises et les défenseurs des requérants déboutés

Le collectif Droit de rester s'oppose aux restrictions d'accès au refuge voulues par les autorités ecclésiastiques. Il les accuse de vouloir complaire aux autorités.

Le dialogue est désormais rompu entre les Eglises et les défenseurs des migrants. Le collectif Droit de rester l'a fait savoir hier, annonçant son retrait des discussions sur l'avenir du refuge pour les requérants menacés de renvoi. Il s'oppose à une restriction des conditions d'accès, qui reviendrait à exclure l'une des deux personnes actuellement hébergées dans la paroisse du Saint-Esprit à Lausanne. Le refuge ferme donc ses portes sans qu'aucune solution de repli n'ait pu être convenue.

«Ce fut une décision difficile à prendre. Se couper des Eglises signifie que les occupants du refuge se retrouvent à la rue», déplore Graziella de Coulon. Mais pour le collectif, membre de la Coordination asile, les exigences des Eglises réformée et catholique pour l'ouverture d'un nouveau refuge sont inacceptables.
Ces dernières veulent notamment limiter l'utilisation de l'abri aux requérants pour qui des voies de recours sont encore envisageables. Ce qui, de fait, exclut l'un des deux occupants, Teka, dont la dernière demande de régularisation avait été rejetée en juin dernier. C'est l'exigence de trop pour Droit de rester, qui s'est plié jusqu'ici aux conditions fixées, notamment quant à la durée d'occupation des lieux et à l'interdiction d'y organiser des manifestations de soutien.
Cette position des Eglises, le collectif l'interprète comme une volonté de complaire aux autorités. «Ce qu'on leur reproche, c'est d'obéir aveuglément à l'Etat», dit Graziella de Coulon. Dans son communiqué, Droit de rester accuse ainsi les responsables ecclésiastiques d'avoir demandé la fermeture du refuge, ceci dans le but de répondre aux attentes de Philippe Leuba, conseiller d'Etat en charge de l'asile.

«Un choix douloureux»
Vice-président du Conseil synodal de l'Eglise réformée, Xavier Paillard rejette ces accusations. Il parle d'un «moment d'hésitation»: si les Eglises ont souhaité dans un premier temps fermer l'abri, affirme-t-il, c'est parce qu'elles ignoraient que l'autre occupant, Diallo, avait demandé la réouverture de son dossier auprès de l'Office fédéral des migrations. Elles se seraient ravisées après avoir reconsidéré son cas.
Xavier Paillard estime que les Eglises ont agi dans l'intérêt des personnes, tout en évoquant un choix «extrêmement douloureux». «Il n'y a pas lieu d'accueillir dans des refuges des gens pour qui il n'y a aucun espoir de rouvrir le dossier», continue le pasteur. «Nous ne sommes pas prêts à prendre le risque d'instrumentaliser des situations personnelles pour des causes politiques», ajoute-t-il.
Droit de rester, tout en saluant l'engagement des paroisses qui ont ouvert leurs locaux ces derniers mois, relève pourtant que plusieurs d'entre elles s'étaient dites prêtes à accueillir les deux occupants. Quoi qu'il en soit à présent, l'urgence pour le collectif est de trouver une alternative pour les deux requérants. «Nous ne voulons surtout pas les cacher. Il faut maintenant trouver d'autres partenaires pour apporter un soutien à ces gens», précise Graziella de Coulon.

Arnaud Crevoisier dans le Courrier


Vers le communiqué de presse de Droit de rester

samedi 22 janvier 2011

Le dernier recours des requérants déboutés

A Lausanne, des personnes menacées de renvoi occupent des refuges depuis plus de cent jours. Un abri fragile où ont atterri Teka et Diallo, après plusieurs années passées à lutter. Témoignages.

L'avenir du refuge pour les requérants d'asile menacés de renvoi est incertain. Alors que l'abri ouvert le 13 décembre à la paroisse catholique du Saint-Esprit va fermer, des négociations étaient toujours en cours, hier, entre la délégation des Eglises réformée et catholique et la Coordination asile et migration Vaud (CAMIV) pour déterminer un nouveau lieu d'hébergement. Elles se poursuivront jusqu'à lundi au moins. Plus de cent jours après l'ouverture d'un premier abri à Lausanne et après plusieurs déménagements dans des locaux paroissiaux, le refuge pourrait être déplacé la semaine prochaine à Morges, a-t-on seulement appris.
Le refuge de la paroisse du Saint-Esprit compte actuellement deux occupants, Teka et Diallo. Un troisième requérant, hébergé depuis six semaines, l'a quitté ces derniers jours, la décision de renvoi le concernant ayant été frappée d'un effet suspensif.
Pour Teka et Diallo en revanche, la possibilité d'être arrêté en vue d'un renvoi est bien réelle. Le premier avait déposé une demande de régularisation au terme de l'article 14 de la loi sur l'asile (autorisant la délivrance d'un permis B pour «cas de rigueur»), qu'il s'est vu refuser en juin dernier. Ses voies de recours sont désormais épuisées. Pour Diallo cependant, une demande de permis humanitaire sera encore effectuée à Berne dans les semaines à venir.
Dans le canton, une quarantaine de personnes déboutées sont dans la même situation, rappelle Graziella de Coulon. La représentante de la Coordination asile espère un geste politique en leur faveur. Elle annonce la constitution d'un comité de soutien pour appuyer une nouvelle demande de régularisation collective. Des députés sont notamment sollicités pour y participer.

Arnaud Crevoisier dans le Courrier


Un «Européen» sans papiers

A 40 ans, Teka a passé la moitié de sa vie en Europe. Natif de la République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre), il a connu la trajectoire typique des jeunes Africains venus sur le Vieux-Continent avec le rêve d'une vie meilleure.

Un voyage «vers l'espoir» qu'il a préparé dès la fin de sa scolarité, en travaillant dans le petit commerce de rue. Issu d'une famille de six enfants, Teka n'imaginait pas connaître la dure réalité d'une vie de sans-papiers. Il quitte Kinshasa en 1990 en raison d'un climat politique qu'il ne supporte plus. Il passe par l'Angola et le Portugal avant d'arriver en Espagne. Il y séjourne douze ans, durant lesquels il travaille sans interruption. En juillet 2002, il demande l'asile en Suisse. Refus. Pour Teka, qui parle le lingala, le français, l'espagnol et le portugais, c'est l'incompréhension. «Depuis ma jeunesse, j'essaie de convaincre les Européens que je suis européen depuis l'âge de 20 ans», dit-il.

Teka est hébergé dans un abri PC à Begnins, puis dans un centre de l'Evam à Bex. Dès 2007, il séjourne au Centre de requérants d'asile à Vevey. Au début, son permis N lui permet de travailler. Il est d'abord «médiateur à la cuisine» du centre Evam durant un an. Ensuite, il travaille une autre année comme aide de cuisine au Casino de Montreux. Avec l'entrée en vigueur de la nouvelle loi sur l'asile, il perd son droit au travail. En 2009, il reçoit une convocation de la Direction générale de la migration (DGM) à Berne, afin de rencontrer une délégation de son pays d'origine en vue de son retour. Les représentants congolais décident de lui délivrer un laisser-passer pour retourner au Congo. Cependant, Teka a peur: ses soeurs ont reçu la visite de la police et elles ont dû confirmer ce qu'il avait déclaré. Elles sont dorénavant surveillées et son dossier est entre les mains de la police congolaise. Le 16 février 2010, Teka est arrêté à Renens en vue de son expulsion. «Ils m'ont incarcéré dans une prison pour des criminels à Berne. J'étais seul dans une cellule. Puis j'ai été conduit à l'aéroport de Kloten pour être expulsé de force, sans mes affaires, sans rien.» Teka résiste pour ne pas rentrer au Congo. La police lui met les menottes et l'amène au poste. Après deux semaines de prison à Berne, il est conduit à Frambois. Après la mort du Nigérian et la suspension des renvois forcés, la Coordination asile Vaud demande la libération de Teka ainsi que de tous les autres détenus vaudois de Frambois; elle obtient gain de cause, aidée en cela par un arrêt du Tribunal fédéral. «Quand je suis sorti de la prison, dit Teka, je n'étais pas bien. Je n'arrivais pas à dormir par peur de la police. Pour nous, la police, ça signifie voyager dans des fourgonnettes, des wagons cellulaires, attendre dans des containers... Cela signifie aussi le vol spécial de Zurich. Partout, on est menottés. Même à l'audience.» Les mots et le regard de Teka portent aujourd'hui les séquelles des prisons, des cellules et des menottes. «J'ai vu presque toute l'Afrique, même des blancs, (il parle des ressortissants de pays de l'Est, ndlr), menottés dans ces wagons cellulaires. Nous étions comme des marchandises.» Aujourd'hui, l'accueil, même précaire, dans les locaux paroissiaux lui offre un répit. «Ici au refuge, on est bien» dit-il.

Ihsan Kurt dans le Courrier

mardi 18 janvier 2011

100 jours de refuge … et après ?

refuge_requerants_asile-07-©smaz

Demain, cela fera 100 jours que des personnes déboutées de l'asile ont trouvé refuge dans des paroisses lausannoises, cherchant à se protéger d'une expulsion et à mettre en avant de nombreuses situations similaires vécues par des centaines de personnes qui vivent ici mais à qui les autorités refusent pour l'instant de donner un statut légal.


Nous réclamons une entrée en matière sur ces dossiers, dans le but d'obtenir enfin des régularisations. Nous demandons aussi le retrait du régime d'aide d'urgence et le retour à l'aide sociale pour les débouté-e-s, le droit au travail et un moratoire sur les renvois.
Nous nous appuyons notamment sur l'exemple dit "des 523", puisque le refuge des années 2004-2005 avait permis de montrer une réalité méconnue de la population, et poussé les autorités à trouver des solutions humaines pour la quasi totalité des personnes concernées. Aujourd’hui, ces personnes à qui les autorités avaient pourtant juré qu’elles n’obtiendraient rien, ont enfin obtenu gain de cause.
Malheureusement, les temps ont changé et les lois discriminatoires ont progressé. Le sort des hommes, des femmes et des enfants qui subissent le régime contraignant et humiliant réservé aux réquérant-e-s d’asile débouté-e-s laisse de nombreux politicien-nes et médias totalement indifférents.

Une bataille contre l’indifférence, sœur de l’intolérance…
Aujourd’hui, nous ne savons toujours pas si les paroisses lausannoises vont continuer de nous soutenir, alors que nous avons plus que jamais besoin de continuer une lutte juste mais longue. Les deux personnes déboutées que nous soutenons restent menacées de renvoi. Elles n’ont toujours pas non plus d’assurance maladie, alors que le droit suisse l’exige. Les autorités vaudoises n’ont toujours pas donné suite à nos demandes pour une réintégration à l’assurance maladie, et encore moins pour la suspension des menaces de renvoi. Nous connaissons bien D. et T. et refusons d’accepter le traitement de parias que leur inflige le canton. Nous les soutiendrons le temps qu’il sera nécessaire à leur régularisation, ainsi que toutes celles et ceux dont la situation est similaire.
Heureusement, la paroisse St Esprit a accepté de nous ouvrir ses portes plus longtemps que prévu, et nous lui en sommes reconnaissant-e-s. Nous y sommes encore à l’heure actuelle, mais jusqu’à quand ? Malheureusement, notre combat avec l’administration vaudoise et bernoise prend du temps, et il faudra encore protéger les personnes en danger d’expulsion. Pour l’instant seul un jeune homme a gagné un répit et a pu sortir du refuge sans peur d’être expulsé. Aussi nous réitérons notre demande aux paroisses lausannoises de ne pas s’arrêter à des problèmes de logistiques (occupation des locaux), et les encourageons à faire un pas vers ceux et celles qui ont besoin d’être protégés et qui se battent pour leur dignité.

Le collectif Droit de rester - membre de la coordination asile-migration Vaud  

www.droitderester.ch

jeudi 13 janvier 2011

Urgence refuge

Depuis plusieurs mois, les Eglises ont décidé d’ouvrir un refuge pour des personnes en passe d’être renvoyées alors même que leur retour serait dangereux et qu’il reste des voies de recours. Dès lors, ouvertement, elles logent dans des centres paroissiaux, protestants ou catholiques, puisqu’en effet, des communautés les ont accueillies généreusement dans leurs locaux.

Les médiateurs réfugiés font, dans ce même temps, avancer leur dossier sur le plan administratif, alors qu’un groupe de bénévoles les accompagne et pare aux besoins quotidiens.
Malheureusement, à l’heure où l’on rédige ce flash, aucune autre paroisse de l’EERV n’a accepté de prendre le relai, même si des démarches sont encore en cours et des réflexions programmées. Merci donc à chaque président de mettre cette problématique à l’ordre du jour de son prochain Conseil paroissial.
Vous trouvez ici un vadémécum qui donne quelques infos. Les soussignés se tiennent aussi à disposition pour tout renseignement ou rencontre.

Guy Dottrens, coordinateur de la Région Lausanne-Epalinges et Laurent Zumstein, coordinateur des Solidarités

samedi 18 décembre 2010

Non à la privation de l'aide d'urgence pour les débouté-e-s

Communiqué du collectif Droit de rester suite à la décision de retirer le droit à l'assurance maladie et à l'aide d'urgence pour les requérants du refuge lausannois.

main_tendueL'aide d'urgence est un régime de contrainte. Ce constat est avéré depuis son application dès le premier janvier 2008: l'aide d'urgence instaure un traitement discriminatoire, inhumain, viole les droits fondamentaux et atteint les débouté-e-s dans leur santé physique et psychique. De surcroît, la menace de supprimer l'aide d'urgence est utilisée de manière récurrente et contraire au droit par le SPOP, dans le but d'obliger des personnes à « consentir » à leur renvoi. Récemment, le SPOP accroît sa pression sur les personnes déboutées, et de manière ciblée sur celles qui sont protégées au refuge ouvert par le Collectif Droit de rester et la Coordination asile-migration Vaud depuis le 11 octobre 2010. En effet, le SPOP a supprimé pour ces personnes l'octroi de l'aide d'urgence ainsi que l'affiliation à une assurance-maladie obligatoire des soins de base. Motif: les personnes ne résident plus en centres ou en foyers d'aide d'urgence.

Or l'obligation de vie en centre d'hébergement pour bénéficier de l'aide d'urgence n'apparaît ni dans la Loi sur l'aide aux requérants d'asile et à certaines catégories d'étrangers (LARA), ni dans le Guide d'assistance édité par l'EVAM. Ce revirement arbitraire de politique pose en outre un problème d'égalité de traitement flagrant, car de nombreuses personnes qui reçoivent l'aide d'urgence résident dans un appartement. Cette mesure apparait donc comme une rétorsion administrative qui s'abat sur les débouté-e-s en lutte et protégé-e-s en refuge. Elle sanctionne ainsi ces personnes d'avoir trouvé un soutien et une dignité nouvelle en tentant de les précariser encore plus.

Climat de double peine oblige, afin d'être bien certain que la sanction produira ses effets, le SPOP redouble la mesure d'une privation de l'assurance-maladie. Les personnes qui résident au refuge se sont vues retirer la couverture maladie octroyée aux débouté-e-s par le biais de l'EVAM. Cette privation d'un droit de base, fort problématique au vu de la législation fédérale (LAMAL), avait affecté dans un premier temps l'ensemble des débouté-e-s célibataires. En décembre 2008, M. Phlippe Leuba assurait en conférence de presse qu'était désormais « garanti l’accès à l’assurance-maladie pour toute personne à  l’aide d’urgence » (http://www.evam.ch/). Pourquoi ce retour en arrière et pour une catégorie ciblée de personne? Comment est-il soutenable de refuser à des personnes leur affiliation à l'assurance-maladie de base alors que le droit fédéral prévoit son caractère obligatoire et qu'elles se trouvent sans ressources (interdites de travail, soumises au régime d'aide d'urgence)? Cette mesure n'est rien d'autre qu'une action de répression politique et administrative visant à « sans papiérisation » des personnes déboutées, leur renoncement aux droits et leur disparition.

Le refuge est un lieu public, connu des autorités. Les personnes n'y sont pas cachées, mais protégées, en toute connaissance de cause, politique et médiatique, des autorités. Il est ainsi parfaitement hypocrite et abusif de faire comme si les personnes n'existaient plus pour le SPOP. La privation d'assurance empêche les personnes de continuer leur traitement et fait obstacle à leur droit au réexamen de leur dossier, car sans assurance elles ne peuvent rassembler les rapports médicaux nécessaires à cette procédure. Nous exigeons ainsi que ces deux mesures soient immédiatement levées, que cesse le harcèlement administratif sur les personnes déboutées et que les autorités mettent leur zèle ailleurs, en particulier dans l'examen des demandes de régularisation de personnes qui habitent et font vivre ce canton depuis des années et ne sauraient être renvoyées dans un pays où ils et elles n'ont plus aucun lien.

Collectif Droit de rester

Les requérants d'asile du refuge privés d'assurance-maladie

Le collectif Droit de rester dénonce le «harcèlement administratif» des migrants qui ont obtenu la protection de l'Eglise. Les requérants déboutés actuellement hébergés à la paroisse catholique du St-Esprit, à Lausanne, ont été privés de l'aide d'urgence et de la couverture d'assurance-maladie. Hier en conférence de presse dans les locaux du refuge, les défenseurs des migrants ont demandé aux autorités vaudoises de lever immédiatement ces restrictions. Ils mèneront une action symbolique aujourd'hui à midi à la place de la Palud, à l'occasion de la Journée internationale des migrants.

Le refuge, ouvert le 11 octobre dernier, en est à sa quatrième paroisse différente. Toutes les trois semaines, il est forcé de déménager. Une précarité dont les migrants et le collectif Droit de rester se seraient bien passés. Mais elle leur a été imposée par les Eglises.
Selon la loi, un bâtiment qui n'est pas affecté au logement ne peut pas être occupé plus de trois semaines. Protestants et catholiques veulent respecter scrupuleusement cette règle. En offrant un refuge à des requérants déboutés, les Eglises s'exposent toutefois à un autre risque: celui d'être poursuivies pour aide au séjour illégal.
Le refuge accueille actuellement deux jeunes hommes: Didier, un Congolais arrivé en Suisse il y a huit ans, et Diallo, originaire de Sierra Leone. Ce dernier dit avoir fui son pays il y a près de douze ans pour échapper à sa condition d'enfant-soldat: «Mon village a été entièrement détruit, ce qui a été confirmé par la délégation sierra-léonaise lors de mon audition. Toute ma famille a été tuée.»
Comme tous deux sont en Suisse depuis plus de cinq ans, ils ont déposé des demandes de permis humanitaire. Mais le canton les a écartées, s'insurge le collectif Droit de rester. Les militants fustigent le cercle vicieux dans lequel sont jetés les requérants d'asile déboutés: forcés d'arrêter de travailler, privés de ressources financières, ils voient se convertir la moindre amende en jours de prison. «Du coup, le canton les considère comme des délinquants et refuse de leur accorder un permis», explique Fanny Jaquet, membre du collectif.
L'assurance-maladie de base est obligatoire et universelle. Personne ne devrait donc en être privé, quelle que soit sa situation administrative. Comment certains requérants d'asile déboutés peuvent-ils se retrouver sans couverture?
«L'assurance-maladie fait partie des prestations de l'aide d'urgence», explique Pierre Imhof, directeur de l'Etablissement vaudois d'accueil des migrants (EVAM). Sans aide d'urgence, pas d'assurance-maladie. Or, pour avoir droit à l'aide d'urgence, les migrants doivent se présenter régulièrement au Service de la population (SPOP). Ce qui reviendrait, pour certains, à se jeter dans la gueule du loup.
Deuxième problème: l'octroi de l'aide d'urgence est généralement conditionné à l'hébergement dans un foyer de l'EVAM. Ceci pour «éviter des abus de prestations», commente Pierre Imhof: «Nous n'avons jamais eu l'occasion de nous prononcer sur le cas d'un refuge, reprend-il. Mais je pense que si on nous avait fait la demande, on aurait pu trouver une solution.»

Michaël Rodriguez dans le Courrier

lundi 22 novembre 2010

Trois semaines de répit pour les requérants de Lausanne

Cet après-midi, les requérants d’asile accueillis d’abord dans les locaux de la paroisse réformée de la Sallaz-les Croisettes, ensuite dans ceux de la paroisse catholique de St-Joseph, ont trouvé refuge dans l’Eglise réformée de St-Paul – toujours à Lausanne.

Aujourd’hui, une troisième paroisse a ouvert ses portes – pour trois semaines – à deux des quatre personnes qui ont demandé refuge le 12 octobre dernier. Durant les dernières semaines, le dossier de chaque requérant a été examiné par les médiateurs des Eglises en collaboration avec le SAJE Lausanne (Service d’Aide Juridique aux Exilés) et leurs avocats répondants.

Pour l’un d’entre eux, réfugié en Suisse depuis 1996, il n’est pas possible de faire une demande de réexamen : toutes les possibilités légales pour faire valoir ses droits ont été épuisées. Une délégation des Eglises l’a rencontré pour lui annoncer la décision de mettre un terme à son refuge. Les deux Eglises lui ont toutefois proposé d’autres formes d’aide.

Pour deux autres, la demande de réexamen est liée à un certificat médical qui doit parvenir ces prochains jours.

Le dossier de la quatrième personne, quelque peu différent, concerne une jeune femme menacée de renvoi « Dublin » dans un pays où elle a vécu des expériences très dures. Suite à des évènements familiaux, elle est rentrée ces derniers jours dans son pays.

Paroisses lausannoises sollicitées

Des paroisses lausannoises, tant réformées que catholiques, ont été interpelées pour envisager l’ouverture d’un autre refuge, après le 13 décembre si nécessaire. C’est une recherche difficile, car les locaux adaptés sont rares et les bonnes volontés des paroisses se heurtent à des réservations faites de longues dates et à des activités qui ne peuvent pas être déplacées.

Les deux Eglises restent toutefois confiantes. Malgré le tragique des situations de vie des personnes accueillies, les paroisses qui ont ouvert un refuge rapportent que cette expérience donne de nouvelles dimensions à la foi en Jésus-Christ. Tant les personnes qui soutiennent les refuges, que les paroissiens, se rendent compte de la portée de cette expression de solidarité.

Eglise catholique dans le canton de Vaud

jeudi 21 octobre 2010

Une église lausannoise sert à nouveau de refuge

lausanne refuge déboutés Trois requérants d’asile menacés de renvoi ont obtenu une protection temporaire dans une paroisse. Comme en 2004.

Les défenseurs des requérants déboutés refont le coup du refuge. Depuis hier matin, à Lausanne, trois personnes ont trouvé asile temporaire dans une salle de l’église protestante de la Sallaz. Ces deux hommes et cette femme ont signé un accord avec les représentants de la paroisse. Il stipule notamment qu’ils devront partir au plus tard le 29 octobre à 9 h et qu’ils ne résisteront pas de manière violente si d’aventure la police venait les chercher.

Cette occupation d’un lieu paroissial survient à quelques semaines d’une nouvelle votation fédérale sur le thème de l’asile. Les trois personnes et le collectif qui les soutient veulent remettre en pleine lumière le combat politique pour la régularisation des requérants, en l’étayant de cas concrets.

La dernière création de refuges semblables dans la région lausannoise remonte à 2004. A cette époque, la mobilisation des milieux de l’asile et d’une partie de la classe politique avaient contribué à faire admettre par Berne des exceptions aux renvois.

«Droit de rester», le collectif de soutien actuel, comprend à la fois des requérants d’asile et des sympathisants suisses. Seule une petite frange du groupe actif en 2004 en fait partie.

Les trois requérants réfugiés à la Sallaz disent craindre pour leur intégrité ou même leur vie s’ils sont renvoyés dans leur pays d’origine. Le collectif les définit surtout comme emblématiques de beaucoup d’autres. «Nous sommes plusieurs à Lausanne et ailleurs à vivre dans l’angoisse en permanence», affirme pour sa part Mimi, jeune africaine de 30 ans, membre de Droit de rester, en Suisse depuis huit ans. «J’ai déjà eu un plan de vol en 2007, mais j’ai pu rester pour des raisons de santé. D’un jour à l’autre, on peut venir me chercher. On ne me permet pas de travailler, et je dois vivre avec 9 fr. 50 par jour…»

Michel Racloz, responsable du département solidarité à l’Eglise catholique vaudoise, parle lui aussi d’un serrement de vis, européen et suisse: «Par rapport à 2004, l’Europe a introduit les Accords de Schengen-Dublin, appliqués depuis peu en Suisse.»

Et certains montrent du doigt dans le canton de Vaud le conseiller d’Etat vaudois Philippe Leuba, en charge de l’asile, qui appliquerait les lois de manière plus ferme que ses prédécesseurs.

Les deux Eglises, catholique et protestante, espèrent pour leur part que les dossiers des trois migrants accueillis à la Sallaz pourront être rouverts et réexaminés. Elles cherchent d’ores et déjà une deuxième paroisse refuge, pour assurer la suite.

Jérôme Ducret dans 24 Heures

le canton prend acte

24 Heures

mercredi 20 octobre 2010

Un refuge improvisé s’est ouvert dans une église à Lausanne

refuge sallaz Un refuge s’est ouvert mercredi dans la salle paroissiale de l’église protestante de La Sallaz, sur les hauts de Lausanne. Le bâtiment abrite trois requérants d’asile menacés de renvois. Si le mouvement dure, d’autres paroisses prendront le relais.

«Les requérants peuvent rester jusqu’au 29 octobre», a expliqué mercredi Paolo Mariani, porte-parole de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV). «Un groupe s’occupe de trouver d’autres paroisses, protestantes ou catholiques, pour garantir la relève. L’objectif est d’assurer un tournus».

Les parties ont signé une convention dans laquelle les requérants se sont notamment engagés à être transparents sur leur dossier. «Nous leur avons aussi demandé qu’il n’y ait pas de réaction violente en cas d’intervention de la police. Mais au besoin, ils sont autorisés à aller dans l’église», a expliqué le porte-parole.

Depuis mercredi matin, quelques matelas sont entassés dans un coin de la petite salle de la paroisse La Sallaz-Croisettes. Les trois requérants déboutés - une jeune femme kosovare, un Congolais et un Albanais - seront encadrés 24 heures sur 24 par deux membres du collectif lausannois Droit de rester.

«Un quatrième réfugié les rejoindra peut-être», explique sur place une jeune femme du collectif. En principe, ces personnes ne sortiront pas du refuge. Le requérant congolais est depuis huit ans en Suisse et près de 20 ans en Europe, raconte la militante.

Autres actions prévues

En 2001 avec «En quatre ans on prend racine» et en 2004 lors de la crise des «523», l’ouverture de refuges avait suscité un mouvement de solidarité. En 2004, l’action avait duré plus d’une année.

Il y a dix jours, le collectif et des requérants avaient occupé durant une nuit, sans autorisation, les locaux de la paroisse St- Jacques à Lausanne. Ils avaient quitté les lieux contre la promesse des Eglises de leur trouver un autre abri. Ils logeaient depuis au Point d’appui, lieu d’accueil de jour des deux églises.

LeMatin.ch & les agences

Une paroisse lausannoise s’érige en refuge

La paroisse lausannoise de La Sallaz constitue depuis ce matin le refuge de trois requérants d’asile menacés d’expulsion et pris sous sa protection par l’Eglise réformée vaudoise. Le canton n’avait plus connu ce genre de situation depuis 2004 et c’est la première fois que le conseiller d’Etat Philippe Leuba y est confronté.

Le canton de Vaud compte une fois de plus sur son territoire un «refuge» pour requérants d’asile menacés d’expulsion. La paroisse réformée de La Sallaz, à Lausanne, ouvre depuis ce matin ses portes à trois candidats déboutés dont elle demande la réouverture du dossier. Il s’agit d’une femme d’origine kosovare, d’un Macédonien et d’un Congolais.

La semaine dernière, l’Eglise réformée vaudoise avait été victime d’une occupation sauvage d’une autre paroisse lausannoise par le Collectif Droit de rester, au bénéfice de ces mêmes personnes. Elle a depuis lors négocié et conclu avec ce mouvement une convention sur l’utilisation des locaux de la Sallaz. Deux membres du collectif de soutien aux requérants accompagneront les requérants dans le refuge.

«Nous avons toujours une attitude d’ouverture par rapport à des requérants risquant le renvoi», explique Paolo Mariani, le porte-parole de l’Eglise réformée vaudoise. Selon lui, le ressortissant congolais vit en Suisse depuis huit ans et affirme avoir des craintes pour sa vie en cas de retour. Le porte-parole ne disposait pas mercredi matin d’informations sur le parcours de deux autres ou la date prévue pour leur renvoi.

C’est la première fois que le conseiller d’Etat Philippe Leuba, chef du Département vaudois de l’Intérieur, se trouve confronté à ce type de situation, bien connue de ses prédécesseurs. L’église lausannoise de Malley avait été occupée en 2004 dans le contexte de l’affaire «des 523», tandis que neuf Kosovars avaient vécu pendant quatre mois dans celle de Bellevaux en 2001. Le politicien vaudois se targue depuis son arrivée à la tête du département de mener une politique ferme de renvois tout en sollicitant de nombreux permis humanitaires auprès de la Confédération.

Yelmarc Roulet dans le Temps