Affichage des articles dont le libellé est Nijiati. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Nijiati. Afficher tous les articles

jeudi 23 septembre 2010

Bern will uigurischen Zeugen für chinesischen Organhandel abschieben

Ein Ex-Polizist wollte vor der UNO bezeugen, wie China zum Tode Verurteilte als Organspender missbraucht. Stattdessen erlebt er eine asylpolitische Odyssee.

Nijiati (2)

Nijiati Abudureyimu arbeitete in den Neunzigerjahren in der westschinesischen Provinz Xinjiang bei der Sonderpolizei. Vier Jahre war der Angehörige des muslimischen Volkes der Uiguren einer Einheit zugeteilt, die zum Tod Verurteilte auf ihrem letzten Gang zu bewachen hatte. Ein bis neun Mal pro Monat habe er an Exekutionen teilgenommen, sagte Abudureyimu einem Vertreter des Bundesamts für Migration (BfM), der den Asylbewerber nach der illegalen Einreise in die Schweiz im November 2009 befragte. In dem Gesprächsprotokoll, das die Zeitung «Le Temps» in Auszügen veröffentlicht hat, schildert der ehemalige Scherge, was mit kräftigen und gesunden Häftlingen in Urumqi geschah.

Die Todesurteile seien jeweils in einem hügeligen Gelände am Rand von Urumqi, der Hauptstadt von Xinjiang, vollstreckt worden. «Das Erschiessungskommando hatte die Anweisung, so auf den Verurteilten zu schiessen, dass sein Körper noch weiterlebte. (…) Danach wurde der Häftling in eine Ambulanz verfrachtet und schnell ins Spital gefahren, wo die Organentnahme stattfand», gab Abudureyimu zu Protokoll. Er beschuldigte damalige Vertreter der lokalen Behörden, mit den Organen einen lukrativen Handel betrieben zu haben. Eine Niere etwa habe 300'000 Yuan (44'900 Franken) eingebracht.

Laut Amnesty glaubhaft

Die Menschenrechtsorganisation Amnesty International (AI) hält die Darstellung des Uiguren für glaubhaft. «Was er sagt, unterstützt unsere eigenen Nachforschungen», sagt AI-Sprecher Daniel Graf. Peking hatte auf derlei Vorwürfe bisher widersprüchlich reagiert. Einerseits bestritt China den Handel mit menschlichen Organen und beteuerte, es halte sich an die internationalen Regeln für Organspenden. Anderseits räumten regierungsnahe Kreise ein, ein Grossteil der bei Transplantationen verwendeten Organe stammten von Gefangenen. 2007 erliess die Regierung ein neues Reglement, das den Organhandel verbietet und die Einwilligung des Spenders für eine Organentnahme verlangt. AI bezweifelt aber, dass die neue Regelung überall befolgt wird.

Seit 2007 befindet sich Abudureyimu nach eigenen Angaben auf der Flucht vor chinesischen Geheimdiensten, weil er den Organhandel offen kritisiert hatte. Im Herbst 2008 reiste er von Dubai im Flugzeug via Rom nach Norwegen. Seither schieben Asylbehörden den Ex-Polizisten von Empfangszentrum zu Empfangszentrum und von Land zu Land unter Verweis auf das Dublin-Abkommen. Demnach ist jener Mitgliedstaat für das Asylverfahren zuständig, wo die betreffende Person zuerst in den Dublin-Raum eingereist ist.

Nicht ins Flugzeug gestiegen

Mit dieser Begründung schob Norwegen den Asylbewerber im Juni 2009 nach Italien ab. Vier Monate später setzte sich Abudureyimu nach Genf ab, weil er sich in Rom von der grossen chinesischen Gemeinde bedroht fühlte. In Genf erklärte der Uigure, er wolle vor der UNO die chinesische Praxis im Organhandel bezeugen. Bern trat auf sein drittes Asylgesuch in einem europäischen Land wegen «Dublin» aber nicht ein und wies den Kanton Neuenburg an, den dort untergebrachten Asylbewerber nach Rom auszufliegen.

Gestern misslang der zweite Versuch der Abschiebung nach Italien, weil sich Abudureyimu wie bereits Ende Juli weigerte, in Genf ein Linienflugzeug nach Rom zu besteigen. Inzwischen ist er zurück in der Neuenburger Asylunterkunft. Da der Uigure in der Schweiz alle Rechtsmittel gegen das Nichteintreten auf sein Gesuch ausgeschöpft hat, beharrt das BfM darauf, er müsse notfalls mit Gewalt an Italien überstellt werden. «Das ist ein klarer Dublin-Fall. Italien ist für sein Asylverfahren zuständig. Italien wurde noch nie von der EU-Kommission gerügt, es habe sich nicht ans Dublin-Abkommen gehalten», sagt BfM-Sprecherin Marie Avet.

Richard Diethelm, Lausanne, dans le Tages Anzeiger et la Basler Zeitung

La Confédération paiera le renvoi

«Il faudra organiser un vol spécial tant qu'on ne recevra pas d'indication contraire de l'Office fédéral des migrations ou de la Cour européenne des droits de l'homme», indique Serge Gamma, chef du Service des migrations neuchâtelois (Smig). «Mais cela prend du temps. Il ne suffit pas de prendre le billet sur internet...»

L'ancien policier ouïgour dénonce un trafic d'organes prélevés sur des condamnés à mort dans la province musulmane de Xinjiang, en Chine. Nijati Abudureyimu a refusé mardi de monter dans l'avion qui devait le renvoyer vers Rome, d'où il était arrivé en Suisse après avoir été expulsé de Norvège (lire notre édition d'hier). Il avait déjà fait de même fin juillet lors d'une première tentative d'expulsion à Cointrin.

Son avocat a saisi la Cour européenne des droits de l'homme afin d'obtenir la garantie que son client ne sera pas expulsé hors de l'Union européenne, où sa vie risquerait d'être mise en danger.

Serge Gamma précise que «le refus d'entrer en matière pour l'asile relève exclusivement de la compétence fédérale. Cette décision de l'ODM implique un renvoi et c'est au canton de l'appliquer». Selon le chef du Smig, «comme ce cas relève du droit d'asile, les coûts du vol spécial devraient être pris en charge par la Confédération. S'il s'agissait d'un séjour irrégulier, ça serait au canton de payer le renvoi».

Canton et ODM collaborent pour organiser ce renvoi forcé. «La Confédération doit le piloter. Un vol devrait être affreté avec plusieurs personnes à expulser vers l'Italie en provenance de différents cantons», indique Serge Gamma. «Un tel vol est extrêmement rare pour une personne du canton de Neuchâtel. Il s'agit du premier cas dans le cadre des accords de Dublin.»

Pour l'heure, Nijati Abudureyimu se trouve au centre de requérants d'asile de la ferme Matile, à Fontainemelon, où il attend d'être fixé sur son sort.

BWE dans l’Express/L’Impartial

mercredi 22 septembre 2010

Ex-policier chinois: retour à Neuchâtel

Nijiati Abudureyimu pourrait bientôt être mis sur un vol spécial.

Retour à Neuchâtel. L’ex-policier chinois, Nijiati Abudureyimu, qui dénonce un trafic d’organes prélevés sur des condamnés à mort dans son pays, a été reconduit vers un centre de requérants d’asile par la police neuchâteloise jeudi en milieu de journée. Plus tôt dans la matinée, il avait refusé de monter à bord d’un avion de ligne à destination de l’Italie. Ne faisant pas l’objet d’un mandat d’arrêt, il était en droit de ne pas obtempérer aux injonctions policières, explique son avocat Philippe Currat. «J’ai dit que je refusais de monter car j’avais trop peur. L’Italie pourrait me renvoyer en Chine où je serais en grand danger», explique l’ex-policier.

Ce retour ne devrait être que temporaire, la police neuchâteloise ayant communiqué au requérant d’asile débouté par Berne qu’il fera l’objet d’un renvoi forcé par un avion spécialement affrété. Cela pourrait intervenir dans une dizaine de jours, estime son avocat qui va continuer à s’y opposer. Un recours contre son expulsion de Suisse a été déposé auprès de la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg pour défaut de «procès équitable» en Suisse.

A Neuchâtel de décider

«L’Italie n’offre aucune garantie qu’il soit écouté ou qu’une procédure d’asile soit ouverte, explique Philippe Currat. Elle n’a répondu à aucune sollicitation de la Suisse. Il y a aussi un risque que Nijiati Abudureyimu soit renvoyé vers Dubaï (son pays de transit entre la Chine et l’Europe, ndlr) d’où il pourrait être transféré vers son pays d’origine. Il y a eu des précédents en Italie avec requérants renvoyés vers l’Afghanistan.»

Le siège d’Amnesty International à Londres suit de près l’évolution du dossier. Denise Graf, de la section Suisse de l’organisation, ne conteste toutefois pas la possibilité d’un renvoi vers l’Italie en respect des Accords de Dublin. «L’essentiel est qu’il ait droit à une procédure correcte dans un pays européen», précise-t-elle. Théoriquement, Nijiati Abudureyimu pourrait encore rester trois mois en Suisse au maximum. Berne explique que c’est à Neuchâtel de décider de la prochaine date de renvoi et de sa forme.

Frédéric Koller dans le Temps

Ex-policier chinois: le bras de fer

Nijiati expulsion report

24 Heures

mardi 21 septembre 2010

La Suisse renvoie un ex-policier chinois vers l’Italie

Nijiati Abudureyimu, qui dénonce un trafic d’organes humains dans son pays, doit être renvoyé aujourd’hui en Italie. L’Office fédéral des Migrations et le canton de Neuchâtel, qui l’avait accueilli, en ont décidé ainsi, en vertu des Accords de Schengen. Plusieurs ONG s’inquiètent.

Partira, partira pas? Sauf intervention de dernière minute de la Cour européenne des droits de l’homme, sollicitée en urgence vendredi par l’avocat de l’ancien policier, Philippe Currat, ou un revirement des autorités neuchâteloises et de l’Office fédéral des Migrations (ODM), Nijiati Abudureyimu devrait quitter la Suisse à destination de l’Italie ce mardi.

Lire la suite de cet article signé Nicole della Pietra sur swissinfo

L’ex-policier chinois refuse de quitter la Suisse

Un ex-fonctionnaire de police témoin de trafic d'organes, Nijiati Abudureyimu, a refusé pour la deuxième fois de quitter la Suisse pour l'Italie. Les autorités neuchâteloises devront donc affréter un vol spécial, comme le prévoit les accords de Dublin.

Un sujet du Journal de 12:45 de la TSR

Philippe Gnaegi justifie l’expulsion de l’ex-policier

Nijiati Abudureyimu sera déporté vers l’Italie ce matin par avion depuis Genève.

L’ex-policier chinois qui dénonce un trafic d’organes prélevés sur des condamnés à mort dans son pays sera transféré ce matin par la police neuchâteloise vers l’aéroport de Genève d’où il sera déporté vers l’Italie dans la journée. La Cour européenne des droits de l’homme – dernière instance de recours – n’a pas communiqué de mesures provisionnelles qui auraient eu pour effet de suspendre la procédure helvétique. Une requête auprès de Strasbourg avait été transmise il y a dix jours par l’avocat de Nijiati Abudureyimu, le requérant d’asile débouté par Berne. Pour l’Office fédéral des migrations (ODM), il s’agit d’un «cas Dublin» qui doit être traité par l’Italie, son premier point d’entrée en Europe. Un point que conteste Me Philippe Currat, l’avocat du requérant.

Le conseiller d’Etat neuchâtelois en charge du dossier, Philippe Gnaegi, conteste qu’il s’agisse d’une mesure précipitée et estime que dix jours suffisaient à Strasbourg pour intervenir. «Après avoir appris qu’il y avait un recours à Strasbourg, nous avons consulté jeudi dernier le directeur de l’ODM (Alard du Bois-Reymond, ndlr) qui nous a confirmé qu’il n’y avait pas d’autres possibilités. L’ODM décide, les cantons exécutent. Nous n’avions pas de marge de manœuvre», explique Philippe Gnaegi.

Deux jours avant cette réunion, mardi, le responsable du service des migrations du canton de Neuchâtel (où réside le requérant), Serge Gamma, expliquait pourtant au Temps qu’aucune date de renvoi n’avait été fixée et qu’il était d’avis que ce serait plutôt pour la fin de l’année. Vendredi, à la veille de la fête du Jeûne fédéral, le canton communiquait la date du renvoi à la surprise de l’avocat.

Des pressions?

Y a-t-il eu des pressions pour expulser ce requérant d’origine ouïgoure sans attendre une réponse de Strasbourg? Le porte-parole d’Eveline Widmer-Schlumpf, Guido Balmer, se refusait hier à tout commentaire, renvoyant les journalistes à l’ODM. Marie Avet, la porte-parole de l’ODM, explique que ce sont les cantons qui fixent les dates de départ et qui organisent les renvois.

Philippe Gnaegi dit qu’il s’agit d’une procédure «tout à fait habituelle» après que toutes les voies de recours ont été épuisées en Suisse. Une requête auprès de Strasbourg dans ce type de cas est toutefois exceptionnelle, dit-on à l’ODM.

Nijiati Abudureyimu explique qu’il n’opposera pas de résistance à la police bien qu’il refuse de se rendre en Italie, un pays où il se dit menacé par des agents des services secrets chinois. Philippe Gnaegi rappelle que l’Italie est une démocratie et que ses droits y seront respectés.

Frédéric Koller dans le Temps

samedi 18 septembre 2010

L’ex-policier chinois sera expulsé mardi

Les autorités neuchâteloises veulent aller de l’avant avec l’expulsion de l’ex-policier chinois Nijiati Abudureyimu (qui dénonce un trafic d’organes dans son pays), dont la demande d’asile a fait l’objet d’une non-entrée en matière de la part de l’Office fédéral des migrations. L’Office neuchâtelois du séjour et de l’établissement a communiqué vendredi à l’avocat Philippe Currat que son client serait «acheminé à destination de l’Italie» le mardi 21 septembre.

«C’est scandaleux», s’insurge l’avocat genevois, qui a saisi la Cour européenne des droits de l’homme, arguant que la Suisse a manqué à ses obligations légales d’un «procès équitable». Il conteste également un renvoi vers l’Italie puisque Nijiati Abudureyimu avait déposé sa première demande d’asile en Norvège. «Il est exclu que je reparte en Italie, explique Nijiati Abudureyimu. Les services secrets chinois vont m’éliminer.» L’ex-policier avait, en juillet, une première fois refusé d’embarquer dans un avion à destination de Rome. Son avocat a alerté vendredi le conseiller d’Etat neuchâtelois Philippe Gnaegi. Seuls les juges européens peuvent désormais, sur le plan légal, stopper ce renvoi.

Frédéric Koller dans le Temps

mercredi 15 septembre 2010

Débouté par Berne, l’ex-policier chinois fait recours à Strasbourg

L’avocat Philippe Currat a saisi la Cour européenne des droits de l’homme pour empêcher le renvoi par la Suisse de Nijiati Abudureyimu, qui dénonce un trafic d’organes.

Confronté à une machine administrative qui refuse de l’entendre et maintient sa décision de renvoi du territoire suisse, un ex-policier chinois qui dénonce un trafic d’organes à grande échelle dans son pays a saisi la justice européenne pour un ultime recours. «Personne ne veut m’écouter ici, aucun politicien ne réagit. Si on ne force pas les autorités, il ne se passera jamais rien», explique Nijiati Abudureyimu. Son avocat, Me Philippe Currat, a déposé jeudi dernier une requête auprès de la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg pour violation par la Suisse de plusieurs articles de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH).

Face à la «mauvaise volonté» du Tribunal administratif fédéral (TAF), dernière instance de recours en Suisse, et au silence de l’Office fédéral des migrations (ODM), l’avocat genevois n’avait d’autre ressort que l’échelon européen pour s’opposer au renvoi de son client vers l’Italie. «Je n’ai jamais vu cela», constate-t-il. Le TAF a rejeté le 23 août une demande de restitution de délais pour procéder à un recours en bonne et due forme contre une décision de non-entrée en matière de l’ODM sur la demande d’asile du Chinois. L’ODM estime que son cas doit être traité par l’Italie, son premier point d’entrée en Europe, comme cela est prévu par les Accords de Dublin qui réglementent au niveau européen les flux de réfugiés. Or c’est en Norvège que se situe en l’espèce ce point d’entrée et l’Italie comme la Norvège ont montré leur absence totale de volonté de le recevoir, estime pour sa part l’avocat.

Philippe Currat constate plusieurs manquements de la part de la Suisse à ses obligations légales. «Nijiati Abudureyimu a été privé de son droit à l’assistance d’un avocat de même que de son droit à disposer d’un interprète. Il n’a donc pas eu un procès équitable, ni même un accès effectif à un tribunal», explique-t-il. Il dénonce enfin les méthodes expéditives du TAF qui a exigé des frais «inhabituellement élevés» (600 francs au lieu de 200 francs) et un délai «inhabituellement court» (12 jours au lieu de 30) pour les payer sous peine d’irrecevabilité de son recours alors que l’ex-policier se trouve dans l’indigence la plus totale, ce que savait le tribunal (il n’avait que 5 euros en arrivant en Suisse). «On lui a fermé les portes du tribunal, une façon de ne pas se prononcer sur le fond alors que l’on devrait au moins trancher la question du lieu où le renvoyer éventuellement et les conditions dans lesquelles un tel renvoi pourrait être effectué», estime encore l’avocat. Il demande en conséquence que la Suisse suspende toute procédure de renvoi et l’octroi d’une assistance judiciaire à son client.

L’ODM répond qu’il n’est pas directement concerné par ce recours qui conteste un arrêt du TAF. Philippe Gnaegi, le ministre de tutelle de l’immigration du canton de Neuchâtel – où réside Nijiati Abudureyimu – chargé de mettre en œuvre la décision de renvoi des autorités fédérales n’était pas joignable hier.

Nijiati Abudureyimu avait une première fois refusé d’être embarqué dans un avion à destination de Rome le 29 juillet dernier. Il s’estimait menacé par les services secrets chinois s’il devait retourner en Italie où il avait déjà séjourné sans obtenir la moindre attention des autorités locales. Le conseiller d’Etat neuchâtelois Frédéric Hainard (qui a entre-temps démissionné) l’avait alors rapatrié vers son canton en expliquant qu’à titre personnel il serait «favorable à l’asile pour ce cas».

Arrivé en Suisse le 9 novembre 2009, l’ex-policier avait déposé une demande d’asile en témoignant du calvaire qu’il avait vécu dans son Xinjiang natal (région autonome ouïgoure du nord-ouest de la Chine) où il était chargé de mener les condamnés à mort au peloton d’exécution. Il a ensuite témoigné publiquement sur le prélèvement d’organes provenant de prisonniers. En tant qu’ancien agent de l’Etat, il peut être considéré comme un témoin clé de ce trafic. Il dénonce également les tortures infligées dans les geôles chinoises.

Nijiati Abudureyimu est très inquiet pour les membres de sa famille restés au Xinjiang. Ce lundi, il apprenait que sa sœur aînée a disparu depuis le 25 juillet. Il craint qu’elle n’ait été enlevée – voire éliminée – par des agents de la sécurité chinoise afin de l’intimider. Il y a plus d’un an, son père était décédé dans des circonstances étranges, selon ses dires, deux mois après qu’il eut reçu des menaces alors qu’il se trouvait en Norvège. A présent il a peur pour la vie de sa mère, de sa femme et de sa fille. Il lance cet appel: «J’espère que les autorités suisses feront quelque chose, sur le plan humanitaire, auprès du Parti communiste pour protéger ma famille.»

Frédéric Koller dans le Temps

samedi 14 août 2010

Un avocat défend Nijiati Abudureyimu

L’ex-policier chinois fait recours contre son renvoi de Suisse. Nijiati Abudureyimu bénéficie depuis le début du mois des services de l’avocat genevois Philippe Currat, spécialiste des droits de l’homme et de droit international public.

L’homme de loi, qui se refuse à tout commentaire, a contacté l’Office fédéral des migrations (ODM) et contesté la décision du Tribunal administratif fédéral, qui avait rejeté en juin dernier le recours de son client contre la décision de non-entrée en matière de l’ODM concernant sa demande d’asile.

L’ex-policier chinois qui dénonce un trafic d’organes à grande échelle prélevés sur les condamnés à mort dans sa province d’origine, le Xinjiang (nord-ouest du pays, lire LT du 28 juillet), avait évité in extremis un renvoi de Suisse suite à son refus de se rendre en Italie. L’ODM compte solliciter Rome pour discuter d’un nouveau délai de transfert selon les accords de Dublin qui régissent la gestion des réfugiés dans l’espace Shengen.

«Déportation en chaîne»

Berne estime que Nijiati Abudureyimu doit retourner en Italie, son premier port d’entrée en Europe. L’homme, qui se dit menacé par des espions chinois, a pourtant déposé sa première demande d’asile en Norvège. Il risque ainsi d’être expédié d’un pays à l’autre dans une logique de «déportation en chaîne», selon les termes du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) qui dénonce ce travers du système Dublin. Le sort du requérant dépendra en définitive de la volonté politique -ou non- de le protéger.

«Je sais que je dois déranger, que les relations avec la Chine sont importantes, explique Nijiati Abudureyimu de retour dans un centre d’accueil de réfugiés du canton de Neuchâtel. Mais si on me fait taire, il y aura encore plus de morts demain à cause de ce trafic. Le jour où le parti communiste disparaîtra, il ne faudrait pas que l’on découvre que la Suisse à aider la Chine.» L’ancien policier d’Urumqi -qui menait les condamnés à mort aux champs d’exécution- estime que le secrétaire du parti communiste du Xinjiang durant ces seize dernières années, Wang Lequan (qui vient d’être muté à Pékin), devrait être jugé pour crimes contre l’humanité.

Frédéric Koller dans le Temps

En marge de cet article, lire également Appel à clarifier les prélèvements d’organes sur des prisonniers en Chine, article et édito de Frédéric Koller toujours dans le Temps

lundi 2 août 2010

Il s’oppose à son renvoi en Italie où il se sent menacé et livré à lui-même

Un ex-policier ouïgour a refusé de monter dans un avion pour Rome. Ses motifs sont-ils solides? Enquête.

Nijiati Abudureyimuse bat pour ne pas être expulsé vers l’Italie. Ayant refusé mercredi dernier de monter dans un avion pour Rome, il est retourné dans un centre de requérants d’asile neuchâtelois. L’homme, qui dit avoir été le témoin de scènes d’exécution, de torture et de trafic d’organes en Chine, espère maintenant obtenir l’asile en Suisse.

Le problème, c’est que les accords de Dublin stipulent que les demandes d’asile ne peuvent être adressées qu’au pays d’arrivée du requérant. Or, avant d’aboutir en Suisse, Nijiati Abudureyimu est passé par l’Italie. C’est pourquoi l’Office fédéral des migrations (ODM) n’est pas entré en matière sur sa demande.

Manque de structures

Pour justifier son combat, Nijiati Abudureyimu invoque d’abord l’absence de structures d’accueil en Italie. A raison, explique Richard Greiner, juriste à l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR): «Les pays de première entrée comme l’Espagne, la Grèce et l’Italie sont les pays qui reçoivent le plus d’immigrés. Ils ne possèdent pas les structures adéquates pour accueillir ce flot de requérants. L’examen des demandes y est très sommaire, et elles ont peu de chance d’être acceptées. C’est logique que les immigrés essaient de fuir vers d’autres pays. »

Pour Nijiati Abudureyimu, par ailleurs, retourner en Italie signerait son arrêt de mort. Il est persuadé que l’importante communauté chinoise d’Italie (200 000 personnes) abrite des infiltrés du gouvernement chinois. Paranoïa? «Même en Suisse, il y a des personnes infiltrées par leur gouvernement au sein des communautés étrangères», affirme Manon Schick, porte-parole d’Amnesty International.

«Notre tradition humanitaire vacille»

«Nijiati Abudureyimu est libre de solliciter la protection des autorités italiennes s’il se sent menacé, réplique Michael Glauser, porte-parole de l’ODM. Nous ne doutons pas que l’Italie dispose d’un système judiciaire compétent. » Pour Richard Greiner, de l’OSAR, «l’accord de Dublin est une véritable affaire pour l’ODM. Les statistiques montrent que la Suisse se décharge sur d’autres pays de nombreux dossiers grâce à Dublin. De quoi faire vaciller la tradition humanitaire de notre pays. »

Un article de la Tribune de Genève

samedi 31 juillet 2010

La Suisse a déjà accordé l’asile à des Ouïgours

Nijiati Abudureyimu, l’ex-policier chinois qui dénonce un trafic d’organes de condamnés à mort dans son pays, est de retour à Neuchâtel.

L’ex-policier chinois Nijiati Abudureyimu, qui dénonce un trafic d’organes de condamnés à mort dans son pays et dont le renvoi vers l’Italie n’a pas pu être effectué dans les délais prévus par les Accords de Dublin, a regagné vendredi le centre d’accueil pour requérants d’asile de Fontainemelon dans le canton de Neuchâtel. Si l’Office fédéral des migrations (ODM) n’obtient pas de nouveau délai de la part de l’Italie pour son renvoi, une procédure d’asile s’ouvrira. Contrairement à ce que disait le conseiller d’Etat neuchâtelois Frédéric Hainard dans nos colonnes vendredi, ce ne serait pas exceptionnel pour un Chinois ou un Ouïgour.

Selon les statistiques de l’ODM, fin 2009, 995 Chinois étaient dans le processus d’asile en Suisse; 713 d’entre eux ont obtenu une admission provisoire. Berne ne distingue pas parmi les «ethnies» chinoises. Une grande partie de ces réfugiés est toutefois d’origine tibétaine. «Le nombre d’Ouïgours en Suisse (ndlr: des musulmans du nord-ouest de la Chine) est très faible, 70 à 80 personnes, explique Manon Schick, la porte-parole d’Amnesty International qui se réfère aux chiffres donnés par le représentant de cette communauté. Cela comprend les enfants. La plupart sont des réfugiés qui ont obtenu l’asile. Ils ont fui le Xinjiang en raison de persécutions politiques.» Quant aux deux Ouïgours du Jura, ex-détenus de Guantanamo, ils ont été accueillis à titre humanitaire.

Frédéric Koller dans le Temps

Nijiati Abudureyimu: «Le trafic d'organes est un vrai business en Chine»

Ex-policier ouïgour réfugié en Suisse, Nijiati Abudureyimu raconte ses neuf années passées à travailler dans une prison chinoise qui réalisait des exécutions à la chaîne et prélevait les organes des condamnés pour les revendre. Il aimerait dénoncer les atrocités qu'il a observées devant l'ONU.

Nijiati Abudureyimu est actuellement logé au Centre pour réfugiés de Fontainemelon (NE). Il attend de pouvoir déposer une demande d'asile. Image © Sandro Campardo

Il a refusé jeudi de monter dans l'avion qui devait le renvoyer à Rome, en vertu des Accords de Dublin. De retour au Centre pour réfugiés de Fontainemelon (NE), l'ex-policier ouïgour Nijiati Abudureyimu, 41 ans, raconte son histoire, sa fuite, et son espoir d'obtenir des papiers pour témoigner des atrocités auxquelles il a assisté durant des années à Urumqi, capitale du Xinjiang, province musulmane du nord-ouest de la Chine.

Depuis quand êtes-vous en fuite?
J'ai quitté Urumqi il y a trois ans et demi pour Dubaï, où vit mon frère, où je suis resté deux mois. Mais l'insistance d'une Chinoise, qui en fait était de la police, à se renseigner sur moi, m'a effrayé, et je suis parti pour l'Europe, l'Italie, puis la Norvège, qui m'a renvoyé en Italie, d'où je suis venu en Suisse pour témoigner à l'ONU. J'attends depuis novembre 2009 de pouvoir déposer une demande d'asile ici.

Pourquoi avez-vous dû quitter votre pays?
Parce que j'ai parlé en public des exécutions de prisonniers, des prélèvements d'organes qui étaient faits sur eux, alors qu'ils n'étaient pas encore morts, le trafic qui en était fait. C'est un vrai business en Chine, où tout le monde touche sa part, le docteur qui opère, les policiers qui laissent faire, tout le monde.

Durant combien de temps et dans quelles circonstances en avez-vous été le témoin?
J'ai été membre de la police spéciale de 1989 à 1998. En 1993, mon chef m'a dit que j'étais affecté à la prison de Liu Dao Wan, un nom qui fait trembler, car énormément de monde y est condamné à mort.

Des Ouïgours?
Oui, mais aussi des Mongols, des Tibétains, des Chinois.

Avez-vous exécuté des prisonniers?
Non, Dieu merci, ce n'était pas mon rôle!

Quelle était votre tâche?
J'enregistrais leurs noms, les informais du règlement, les menais à leurs cellules. Il y a deux longs couloirs jalonnés de petites pièces où ils sont entassés à vingt. Le soir, on me communiquait les noms de ceux que je devais aller chercher le lendemain à 6 heures pour leur exécution. Ils avaient peur, certains pleuraient, d'autres urinaient dans leur pantalon, des gardes les traînaient...

Impossible de changer de poste?
Au bout d'un certain temps, j'ai dit à mon supérieur que je voulais retourner dans la police, mais il a refusé car j'avais vu trop de choses. J'y suis resté cinq ans, jusqu'en 1998. J'ai assisté à de nombreuses scènes de torture, dans la section des hommes et celle de femmes. Un appareil électrique sur les parties génitales, enfoncé dans le sexe, les décharges, les cris...

Avaient-ils un avocat?
Non! On leur lisait l'acte d'accusation, la sentence de mort, puis ils avaient 15 minutes pour téléphoner à leurs proches ou faire leurs adieux au parloir. C'est moi qui les escortais. C'est court, 15 minutes. C'était insoutenable.

Les exécutions avaient lieu dans la cour?
Non, toutes les mises à mort se font à Xi Shan, qui veut dire la «Montagne de l'Ouest», où nous les conduisions dans des bus aux vitres teintées. Ils avaient les poignets liés aux chevilles, et une corde passée au cou suffisait, d'une traction, à les empêcher de crier. Ils étaient alignés à genoux et on leur tirait une balle dans le dos, en visant le coeur. Au besoin, ils étaient achevés de trois balles.

Il y a beaucoup d'exécutions?
Tout le temps. Seul, par groupe de trois ou de douze, d'après ce que j'ai vu personnellement. Je me souviens d'un garde qui, à chaque fois, regardait le soleil qui nous suivait, qui tapait fort sur Xi Shan, en disant: «C'est Dieu! Il est fâché à cause de ce que nous faisons.»

Quand avaient lieu les prélèvements d'organes?
Certains recevaient une balle non mortelle, puis n'étaient pas achevés sur place mais ramenés à la prison, où l'opération avait lieu et où on les laissait mourir. J'ai remarqué aussi qu'un peu avant l'exécution on faisait une prise de sang pour analyses à ceux qui avaient été choisis.

Pourquoi avoir attendu neuf ans pour fuir et témoigner?
J'ai démissionné en 1998 et vécu de commerce. Mon entourage ne comprenait pas que je quitte la police, qui est un bon job en Chine. Je ne parlais pas, car le Parti communiste chinois est partout. Fin 2006, un jour où j'avais un peu trop bu de vodka, j'ai rectifié en public les propos d'un médecin sur le prix d'un rein, environ 300 000 yuans (47 00 fr.), bref, j'ai trop parlé. Peu après, un ami de la police m'a dit que j'étais fini, qu'il me fallait quitter le pays tout de suite.

Vous avez de la famille?
Ma femme était enceinte, je suis allé la voir à 1800 km de là, à Hutan où elle vit. J'ai assisté à la naissance de ma fille, les ai embrassées et je me suis enfui début janvier 2007. Je ne les ai jamais revues et ne les reverrai sans doute jamais.

Sont-elles en danger?
Bien sûr. Six mois après ma fuite, mon père est mort dans des circonstances peu claires. Je connais leurs méthodes, j'ai été dans la police durant dix ans... Quand je joins ma femme par téléphone, nous parlons peu. Je suis sûr qu'elle est sur écoute. Mais je ne lui dis pas que je transite de camp en camp, elle croit que je mène une vie normale.

Arrivez-vous encore à dormir?
Très mal. Nous sommes huit par chambre à Fontainemelon. En comparaison, Genève, c'est l'hôtel avec deux personnes et la TV (Centre de Frambois près de l'aéroport, ndlr). Mais je fais surtout des cauchemars, je vois la police chinoise m'arrêter. Ma vie est finie. Parfois, j'ai envie de mourir. J'y pense.

Propos recueillis par Yvan Radja dans le Matin

…………………………………………………………………………………………………

Un témoin précieux, selon Amnesty International

Après l'échec du renvoi à Rome de Nijiati Abudureyimu, «une nouvelle demande de réadmission va être faite à l'Italie», selon Michael Glauser, de l'Office fédéral des migrations (ODM). Si l'Italie ne devait pas répondre, une procédure d'asile pourrait être activée en Suisse. Une procédure qui ne serait pas exceptionnelle pour un Chinois ou un Ouïgour, contrairement à ce qu'a déclaré le conseiller d'Etat neuchâtelois Frédéric Hainard, affirme Le Temps dans son édition de samedi: «Selon les chiffres de l'ODM, 995 Chinois sont en processus d'asile en Suisse, et 713 d'entre eux ont obtenu une admission provisoire.»

Porte-parole d'Amnesty International pour la Suisse, Manon Schick craint que «si l'ODM le renvoie en Chine, il soit emprisonné, ou pire encore, car le sujet est tabou. On estime à 90% les organes utilisés pour des transplantations en Chine qui sont prélevés sur des prisonniers exécutés. Les preuves sont rares, et cet ex-policier est un témoin précieux.»

S'il désire témoigner devant l'ONU à Genève, Nijiati Abudureyimu devra suivre une procédure précise, explique Xabier Celaya, de la Commission des droits de l'homme: «En général il faut qu'il y ait plainte déposée contre un Etat par une victime. Ensuite, il faut être appuyé par un pays ou par une ONG.»

Etudes cliniques de Roche en Chine
Cette problématique touche la Suisse car «Roche et Novartis testent en Chine des médicaments antirejet sans garantie que l'organe provient bien d'un donneur consentant», explique Manon Schick.

Contacté par nos soins, Roche affirme que «les deux études cliniques menées en Chine pour le médicament CellCept respectent les mêmes standards scientifiques, médicaux et éthiques que dans les autres pays, selon la porte-parole Claudia Schmitt. De plus, ce sont les cliniques qui sont responsables de l'obtention des organes. Roche n'est pas autorisé, en Chine ni dans aucun autre pays, à connaître l'identité des donneurs.» Novartis, pour sa part, «soutient des actions comme le Programme chinois de coopération pour le don et la transplantation d'organes (CODTCP), déclare la porte-parole Isabel Guerra. Ce programme favorise l'alignement de la Chine sur les standards internationaux en termes de législation et d'obtention d'organes.»

vendredi 30 juillet 2010

Berne sursoit au renvoi de l’ex-policier chinois vers l’Italie

Coup de théâtre dans l’affaire Abudureyimu. Après son refus d’embarquer sur un vol à destination de Rome, il pourrait bénéficier d’une procédure d’asile. Il est de retour à Neuchâtel.

«La police m’a dit: à Rome tu seras libre. J’ai dit non, que j’utiliserai des moyens extrêmes pour ne pas y aller. Alors la police m’a dit: tu peux ne pas aller à Rome, mais tu dois retourner à Neuchâtel.» Joint par téléphone au centre de détention administratif de Frambois près de l’aéroport de Genève, Nijiati Abudureyimu avait l’espoir hier soir qu’un nouveau chapitre puisse s’ouvrir pour lui en Suisse.

Après son refus le matin même d’embarquer volontairement sur un vol à destination de Rome, l’ex-policier chinois d’origine ouïgoure qui dénonce un trafic d’organes sur les condamnés à mort dans son pays (LT du 28.07.2010) ne peut plus être renvoyé vers l’Italie, son premier pays de transit en Europe où il s’estime en danger du fait de la présence d’une forte communauté chinoise et du manque de structures d’accueil. Le délai de réadmission vers ce pays, en accord avec la procédure dite de Dublin, expirait en effet le 29 juillet.

Les portes de l’asile s’ouvrent-elles pour autant à ce témoin sensible dont l’Office fédéral des migrations (ODM) avait refusé d’examiner la requête en raison de questions de procédure? Pas encore. «Il y a désormais deux possibilités, explique Michael Glauser, le porte-parole de l’ODM. Nous allons d’abord réexaminer la possibilité de faire une demande d’un nouveau délai de renvoi auprès de l’Italie. Si elle accepte nous organiserons un nouveau vol. Si elle refuse, nous entrerons alors dans une procédure d’asile.» S’il n’obtient pas l’asile, Nijiati Abudureyimu devrait théoriquement être renvoyé vers la Chine. Débordée, l’Italie ne répond jamais aux sollicitations de la Suisse pour des réadmissions de demandeurs d’asile dans le cadre des accords de Dublin.

Le conseiller d’Etat Frédéric Hainard, responsable des questions de migrations à Neuchâtel, a décidé hier en fin de journée de placer Nijiati Abudureyimu dans l’un des deux centres d’accueil de requérants de son canton, estimant qu’il ne pouvait pas le priver davantage de sa liberté (lire ci-dessous).

«Il s’agit manifestement de quelqu’un qui doit obtenir l’asile, estime Yves Brutsch, le porte-parole pour les questions d’asile du Centre social protestant (CSP) de Genève. S’il devait être renvoyé en Chine, il serait menacé de persécution. Il a des choses importantes à dire à la communauté internationale. C’est un cas particulier.» Yves Brutsch rappelle que même dans le cadre des accords de Dublin la Suisse peut très bien traiter la demande d’un tel requérant. «C’est une question de volonté politique», poursuit Yves Brutsch.

Michael Glauser n’était pas en mesure hier de dire si d’autres Chinois ou Ouïgours avaient par le passé bénéficié de l’asile en Suisse. Il précise toutefois que le cas de Nijiati Abudureyimu ne peut pas être comparé à celui des deux Ouïgours, anciens détenus de Guantanamo, que la Confédération avait accepté d’accueillir en début d’année à la demande des Etats-Unis. «Il s’agit de deux procédures différentes, nous expliquait-il dans un mail la semaine dernière. Le Conseil fédéral avait décidé d’accueillir à titre humanitaire deux Ouïgours de nationalité chinoise qui étaient détenus depuis plusieurs années par les Etats-Unis à Guantanamo sans avoir été accusés ni condamnés afin de contribuer à la fermeture du camp américain, camp qu’il avait précédemment jugé comme étant non conforme au droit international.»

Peut-on parler avec Nijiati Abudureyimu d’un cas humanitaire? C’est ce que l’ex-policier défend. Il est venu en Suisse, explique-t-il, pour chercher protection et pouvoir témoigner de ce qu’il a vu sur les champs d’exécution de condamnés à mort à Urumqi, le chef-lieu de la Région autonome du Xinjiang peuplée de musulmans au nord-ouest de la Chine.

«Je ne sais pas ce qui va se passer maintenant, expliquait hier soir Nijiati Abudureyimu. Mon retour à Neuchâtel est une bonne nouvelle. Mais il me faut un avocat et j’ai besoin de 3000 francs.»

Frédéric Koller dans le Temps

«Je suis favorable à ce qu’il obtienne l’asile à Neuchâtel»

Frédéric Hainard est pessimiste sur les chances de l’ex-policier chinois de rester en Suisse.

Trop heureux de pouvoir détourner l’attention des accusations d’abus de pouvoir portées contre lui (qui font l’objet d’une commission d’enquête parlementaire), le conseiller d’Etat neuchâtelois suit avec intérêt l’affaire Abudureyimu alors qu’il est en vacances.

Le Temps: pourquoi avez-vous décidé de reprendre Nijiati Abudureyimu?

Frédéric Hainard: Il n’a pas voulu embarquer dans l’avion. Le commandant de bord a donc refusé de le prendre. Il n’était plus possible d’attendre un autre vol avec un accompagnement de deux policiers. Le délai de renvoi étant dépassé, il fallait éviter qu’il reste dans un centre de détention. Je suis fâché contre l’ODM qui nous a averti trop tard sur la date butoir pour le renvoyer.

– Que va-t-il se passer?

– Le traitement du dossier relève entièrement de la compétence de l’ODM. Notre canton n’a aucun moyen d’intervenir. C’est un immense problème car il s’agit d’un cas de non-entrée en matière (NEM). Soit Berne décide de l’expulser vers la Chine. Soit, et ce serait exceptionnel, l’ex-policier bénéficie d’une décision d’admission provisoire ou du droit d’asile.

– Pourquoi exceptionnel?

– Car en général les Chinois ou les Ouïgours n’obtiennent pas l’asile en Suisse. Je suis curieux de savoir quelle sera la décision de l’ODM car il devra en assumer la responsabilité. J’attends cela avec impatience. Soit c’est le renvoi, soit c’est l’autorisation de séjour: c’est manichéen.

– Etes-vous pessimiste sur les chances du requérant?

– Sur la base des expériences passées je suis pessimiste. Mais peut-être l’ODM changera pour une fois de position. En cas de refus, Neuchâtel va se prendre dans les gencives un renvoi vers la Chine.

– Que feriez-vous si vous deviez choisir?

– A titre personnel, je suis favorable à ce qu’il obtienne l’asile à Neuchâtel. Il n’a jamais troublé l’ordre public et il semble que c’est un témoin important.

jeudi 29 juillet 2010

Trafic d’organes en Chine: Berne justifie l’expulsion du dénonciateur

Alard du Bois-Reymond, directeur de l’Office fédéral des migrations, ne voit aucun problème au transfert de Nijiati Abudureyimu. Frédéric Hainard renvoie la balle à Berne.

La publication dans nos colonnes du témoignage de Nijiati Abudureyimu, l’ex-policier chinois qui dénonce un trafic d’organes sur les condamnés à mort dans son pays (LT du 28.07.2010), suscite de nombreuses réactions, en particulier dans les milieux associatifs. Un groupe de soutien a été créé sur Facebook: «Non au renvoi de Nijiati Abudureyimu en Italie». La demande d’asile en Suisse de l’ex-policier a été refusée par Berne au titre des accords de Dublin. Le Chinois a été transféré mercredi de la prison de La Chaux-de-Fonds vers Genève en vue d’un renvoi vers l’Italie (où il se dit en danger), son premier pays d’arrivée en Europe.

Le conseiller d’Etat Frédéric Hainard, responsable des questions d’asile à Neuchâtel, canton dans lequel Nijiati Abudureyimu avait été placé par l’Office fédéral des migrations (ODM), explique qu’il est «sensible» à ce cas, mais que seul Berne peut encore intervenir pour stopper le processus de son renvoi. «Si, dans la balance, il y avait le choix entre un renvoi vers l’Italie ou vers la Chine, alors je pense que le choix de l’Italie est adéquat», explique Frédéric Hainard. Pour des raisons humanitaires, le conseiller d’Etat aurait pu différer le renvoi du requérant, pour lequel une décision de non-entrée en matière a été confirmée par le Tribunal administratif fédéral (TAF). Le risque était toutefois que l’ODM confirme son refus et que l’Italie refuse d’accueillir Nijiati Abudureyimu, le délai de son transfert n’ayant pas été respecté. La Suisse aurait alors dû théoriquement le renvoyer vers Pékin.

Alard du Bois-Reymond, directeur de l’ODM, confirme que c’est une possibilité. D’autres requérants d’asile chinois déboutés ont déjà été renvoyés vers leur pays. Chaque cas fait l’objet d’un traitement particulier et les Etats européens doivent respecter le principe de la Cour européenne des droits de l’homme selon lequel on ne peut refouler une personne en cas de mise en danger. Or Nijiati Abudureyimu affirme détenir des informations très sensibles sur le système secret d’exploitation des organes des condamnés à mort en Chine. Il règne par ailleurs dans sa province d’origine, le Xinjiang, un climat de très forte répression à l’égard de l’ethnie ouïghoure, dont il est issu.

A la lumière d’autres cas de requérants déboutés sur la base des accords de Dublin, Frédéric Hainard déplore la rigidité de l’ODM: «Je suis partisan d’une politique ferme, mais on doit être sûr que la chaîne présente des garanties suffisantes. Avec l’Italie, ce n’est pas le cas.» Le Neuchâtelois a sollicité un entretien avec la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf, qui n’a pas donné suite. Il rencontrera bientôt le directeur de l’ODM pour évoquer des situations de mineurs et de familles avec plusieurs enfants particulièrement problématiques.

«Il n’y a pas de problèmes avec l’Italie que je sache», explique Alard du Bois-Reymond, qui estime que Nijiati Abudureyimu n’est pas plus en danger dans ce pays qu’en Suisse. L’ex-policier chinois se dit menacé par des espions de Pékin, en particulier en Italie, et expliquait avant sa détention administrative, mardi, que sa famille restée au Xinjiang était l’objet de menaces régulières.

Mélanie Müller-Rossel, juriste au secteur migration du Centre social protestant (CSP) du canton de Neuchâtel, ne partage pas l’optimisme de l’ODM: «Les autorités fédérales ne tiennent pas compte de la situation en Italie en matière d’accès à une procédure d’asile et un accueil digne de ce nom, malgré les dénonciations de nombreuses ONG. Elles se contentent d’invoquer le fait que l’Italie a signé des conventions internationales. L’ODM applique de façon très carrée les accords de Dublin alors même que ces derniers prévoient une clause de souveraineté qui permet aux Etats de traiter des cas de demandes d’asile même si le requérant est d’abord passé par un pays tiers de la zone Schengen. L’ODM n’y recourt pas alors que c’est son pouvoir discrétionnaire. C’est un système très dur.»

Le CSP de Neuchâtel, qui a brièvement rencontré Nijiati Abudureyimu, lui a transmis des adresses pour une aide juridique en Italie. La juriste craint toutefois que celles-ci soient encore plus surchargées qu’en Suisse vu l’afflux massif de demandes.

Frédéric Koller dans le Temps

mercredi 28 juillet 2010

Au coeur d’un trafic d’organes, un ex-policier témoigne

Il menait les condamnés à mort au peloton d’exécution avant qu’on leur prélève des organes. Il veut témoigner. Personne n’en veut en Europe. La Suisse le renvoie en Italie.

Nijiati

Mardi matin, 8 h 06. Nijiati Abudureyimu lance un dernier appel de son téléphone portable: «La police est là avec un véhicule. Ils vont m’emmener en prison. Cela recommence comme en ­Norvège. Je n’irai pas en Italie!» Quelques minutes plus tard, son téléphone est sur répondeur automatique. Le sort de ce Chinois qui affirme que sa vie est menacée par les services secrets de son pays est une nouvelle fois scellé.

Au début du mois, le Tribunal administratif fédéral a confirmé la non-entrée en matière (NEM) notifiée plus tôt par l’Office des migrations (ODM) envers ce requérant d’asile en vertu de l’Accord de Dublin selon lequel les réfugiés doivent s’adresser aux autorités du premier pays par lequel ils ont transité pour gagner l’Europe. Pour Nijiati Abudureyimu, c’était Rome, il y a près de deux ans. La police neuchâteloise venue l’arrêter au centre d’accueil de Fontainemelon, où il résidait depuis plusieurs mois, le remettra ce mercredi à ses collègues genevois qui l’embarqueront dans les vingt-quatre heures dans un avion en direction de la capitale italienne. Un endroit où il se dit en danger de mort.

Xinjiang Lundi, sur une terrasse neuchâteloise, Nijiati Abudureyimu, ex-membre de l’équipe numéro 1 du détachement numéro 1 du régiment numéro 1 de la police spéciale d’Urumqi, expliquait au Temps son étonnant parcours. Celui d’un sbire qui a durant quatre ans (de 1993 à 1997) accompagné des condamnés à mort du chef-lieu de la Région autonome du Xinjiang (région musulmane du nord-ouest de la Chine) au peloton d’exécution. Celui surtout d’un homme qui affirme détenir des ­informations ultra-confidentielles sur la façon dont certains de ces mêmes condamnés subissaient des prélèvements d’organes destinés à un vaste marché très lucratif pour les autorités locales (lire sa déposition à l’ODM, ci-dessous).

Si ce trafic n’est pas inconnu des spécialistes de la Chine, il est très mal documenté. Officiellement, Pékin affirme respecter les normes internationales en matière de don d’organe et nie tout commerce de ce genre. En août 2009, toutefois, le très officiel China Daily citait des experts affirmant que deux tiers des dons d’organes en Chine provenaient en réalité de condamnés à mort.

Rongé par ce passé, révolté contre le Parti communiste chinois qui organise ce système, Nijiati Abudureyimu veut témoigner. Il voulait se rendre à Genève pour raconter son histoire devant l’ONU, pas pour être refoulé de Suisse. «Ce n’est pas l’asile que je cherche. Je ne suis pas un nationaliste ouïgour. Je suis un musulman qui croit en Dieu. Et quand je le rejoindrai, je veux pouvoir lui dire: j’ai tout tenté pour faire savoir au monde ce qui se passe dans les prisons chinoises.»

Ethan Gutmann, chercheur à la Fondation américaine pour la défense des démocraties qui a longuement enquêté sur la question des prélèvements d’organes sur des prisonniers du mouvement sectaire Falungong, interdit en Chine, estime qu’il s’agit d’un témoin central. «Tout témoin provenant de l’appareil sécuritaire est extrêmement rare et précieux, particulièrement s’il provient d’une région sensible comme le Xinjiang et s’il a des informations sur un sujet aussi sensible que les prélèvements d’organes.»

Le chercheur américain affirme détenir le récit d’un docteur ouïgour, également de la région d’Urumqi, qui corrobore les dires de Nijiati Abudureyimu. Un spécialiste européen du Xinjiang, qui préfère ne pas être cité dans le cadre de cet article, estime également que ce récit est plausible. Il arrive souvent que les familles de l’un des condamnés à mort ne puissent pas récupérer son cadavre. Elles évoquent alors deux possibilités: les autorités veulent cacher les actes de tortures ou il s’agit de trafic d’organes. Mais les preuves formelles sont inexistantes.

Alerté par Le Temps sur le contenu particulier du témoignage de Nijiati Abudureyimu et des risques qu’il encoure, l’ODM se retranche derrière la procédure administrative courante. «Puisque l’Italie est l’Etat compétent devant mener la procédure d’asile dans le cas présent, tous les moyens de preuve et documents déposés vont être remis à disposition des autorités italiennes», explique son porte-parole Michael Glauser.

Pour Nijiati Abudureyimu, l’Italie est pourtant synonyme d’«enfer». Pour le comprendre, il faut reprendre le fil de l’histoire depuis son commencement. Après avoir travaillé dix ans pour la brigade spéciale de la police d’Urumqi, l’agent de l’Etat chinois donne sa démission. Il vit par la suite de commerce jusqu’au jour où, sous le coup de l’alcool dans un restaurant, il rétorque qu’un rein coûte 300 000 yuans (47 000 francs) et non pas 30 000 yuans comme l’affirme un médecin.

D’anciens contacts à la police lui conseillent alors de fuir le pays et lui fournissent un passeport. Il s’installe dans un premier temps chez un cousin à Dubaï en 2007. Menacé par des espions chinois, dit-il, il décide d’émigrer en Europe. L’Italie lui délivre un visa Schengen et il achète un billet d’avion pour la Norvège. Le 12 septembre 2008, il transite par Rome où il passe une nuit avant de gagner Oslo.

En Norvège, il est placé dans différents centres de réfugiés sans obtenir d’assistance légale malgré le dépôt d’une première demande d’asile. Au contraire, il se retrouve menacé par d’autres Ouïgours placés dans le même camp qu’il décrit comme des agents de Pékin. La preuve? Deux mois après ces menaces, son père meurt dans des circonstances étranges. Les autorités norvégiennes, toujours selon le principe de Dublin, renvoient Nijiati Abudureyimu vers l’Italie en juin 2009. Là, il croupit durant cinq mois d’un camp d’accueil à l’autre, sans aucune aide, tout en déposant une deuxième demande d’asile. Un jour, en Sicile, il observe un Chinois qui le prend en photo avec son téléphone portable. Persuadé d’être à nouveau traqué par les services chinois, il décide de s’enfuir vers la Suisse où il arrive le 9 novembre 2009 et dépose sa troisième demande d’asile.

Pourquoi l’Italie serait-elle plus dangereuse? «Rien qu’à Rome il y a 300 000 Chinois et je suis le seul Ouïgour. Comment n’y aurait-il pas d’espions, bien sûr qu’il y en a!» Paranoïaque, Nijiati Abudureyimu? Certainement. L’homme, extrêmement nerveux, vit sous ­anxiolytiques et reconnaît avoir «plongé dans l’alcool pour surmonter toute cette pression». Mais après avoir travaillé dix ans pour les services de sécurité de la République populaire, il a sans doute de bonnes raisons de l’être. Ethan Gutmann, qui a pu le rencontrer l’an dernier en Italie, ne doute pas que «sa sécurité physique est en question».

A ce jour, l’Italie n’a toujours pas répondu à la requête de l’ODM «aux fins d’admission du requérant en vertu de l’article 16.1c du règlement Dublin». Ce n’est pas une exception. L’Italie ne répond jamais, mais cela est considéré par Berne comme un accord «implicite». Le tribunal administratif fédéral reconnaît pour sa part que le «système italien d’assistance aux requérants d’asile se trouve critiqué au sujet des conditions de séjour», mais refuse toute dérogation. Débordés de demandes d’aide, Caritas et le Centre social protestant de Neuchâtel n’ont pas pu apporter d’aide juridique à Nijiati Abudureyimu. Thierry Müller, le chef de l’Office social de l’asile du canton de Neuchâtel, explique que seul Frédéric Hainard pourrait encore agir en faveur de l’ex-policier. En vacances, le conseiller d’Etat neuchâtelois n’était pas joignable hier.

Nijiati Abudureyimu accuse ces pays européens qui se font les complices de Pékin en se renvoyant la balle. «S’ils viennent me chercher, les policiers pourront envoyer mon cadavre en Italie. C’est très simple pour moi, j’ai été formé à cela», nous expliquait-il lundi en faisant le geste de se trancher la gorge.

Frédéric Koller dans le Temps

“Je ne pouvais plus le supporter. C’était à vomir”

Nijiati Abudureyimu décrit son job de policier à un agent de l’Office fédéral des migrations.

Dix-huit jours après son entrée illégale en Suisse, le 9 novembre 2009, Nijiati Abudureyimu est interrogé par un agent de l’Office fédéral des migrations (ODM). Voici un extrait de cet entretien dont Le Temps s’est procuré une copie, dans lequel l’ex-policier décrit son travail et évoque l’extraction d’organes sur des condamnés à mort alors qu’ils sont encore cliniquement en vie.

Question de l’agent: De quand datent les informations dont vous disposez?

Nijiati Abudureyimu: Elles datent des années 1990, précisément de1993, lorsque j’ai été transféré dans cette prison pour apporter mon aide. Il était prévu qu’il s’agirait d’une mutation provisoire. Quand je suis arrivé, un supérieur m’a averti que je devais me taire à propos de tout ce que je voyais et entendais, afin que personne de l’extérieur n’apprenne quoi que ce soit. Dans son bureau il y avait un poster au mur sur lequel figuraient les directives de travail, par exemple: «Les questions que l’on n’a pas le droit de poser ne doivent pas être posées.» On ne m’a rien dit. Mais avec le temps, quand on observe le tout, les choses deviennent claires.

– Qu’avez-vous observé concrètement?

– (Pleurs). Il est question de prélèvements d’organes sur des corps vivants. A savoir le cœur, les reins, les yeux, qui sont prélevés et vendus à bon prix.

– Pouvez-vous m’expliquer comment se passait ce que vous avez observé?

– Chaque mois, un nombre relativement élevé de personnes sont exécutées, parfois de très jeunes gens. Dans la plupart des cas, c’étaient des hommes comme moi, très vigoureux et sains, qui étaient condamnés à mort. Normalement, les peines de mort sont exécutées très rapidement. Les condamnés n’apprennent que la veille dans l’après-midi le jour de leur exécution qui intervenait le lendemain. Ils n’ont aucune possibilité de prendre un avocat. A 16 heures, quelqu’un vient du tribunal avec le document prononçant la peine de mort, l’ouverture est filmée. La personne sait ensuite de quoi il s’agit. La première fois que j’ai emmené un homme, j’ai vu à quel point il était effrayé. Il avait de la peine à tenir sur ses jambes. Le matin suivant, quand il devait être exécuté, il a demandé pourquoi il avait reçu une injection. Je ne savais rien de tout cela. J’ai appris par la suite qu’on allait lui prélever un organe. Plus tard, dans des cas similaires, j’en ai eu la confirmation.

– Avez-vous su après coup qu’il en avait été ainsi avec cet homme?

– L’ambulance qui est venue l’a confirmé, le chauffeur étant un de mes amis.

– Où a lieu l’exécution?

– En périphérie d’Urumqi, dans une région montagneuse. On ne fait que tirer sur le condamné à mort de manière à ce qu’il reste vivant. Toutes les personnes impliquées ont fait les préparatifs nécessaires. Ils embarquent violemment le prisonnier dans l’ambulance et le conduisent à vive allure à l’hôpital et c’est là qu’a lieu le prélèvement.

– Avez-vous assisté à l’une de ces exécutions dans la montagne?

– Oui, plusieurs fois.

– A quel titre?

– C’était mon travail.

– Quelle était précisément votre tâche?

– Comme personne voulait le faire, mon chef m’a envoyé là-bas.

– Répétition de la question.

– J’enlevais les bracelets aux pieds des condamnés et les ramenais pour les prochaines personnes à exécuter.

– A quelle fréquence avez-vous participé à ces exécutions?

– De une à neuf exécutions par mois au moins.

– Quand a eu lieu la dernière exécution à laquelle vous avez assisté?

– En 1997.

– Pourquoi n’étiez-vous plus en service à partir de 1998?

– Vous auriez supporté cela plus longtemps, vous? Moi, je ne pouvais plus le supporter. C’était à vomir.

– Avez-vous démissionné?

– Oui. J’ai démissionné. La police m’a ensuite observé pendant deux ans.

– Avez-vous reçu personnellement des menaces des autorités jusqu’à votre départ, indépendamment des avertissements de vos amis?

– Peu après ma démission, mon ancien supérieur m’a parlé. Il m’a averti que je devais réfléchir à deux fois avant de parler.

Stéphane Bussard dans le Temps