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mardi 24 août 2010

L'Equatorienne renversée à Bel-Air se heurte à l'intransigeance de Berne

L'administration fédérale refuse de régulariser Mirta Palma, la femme grièvement blessée l'été dernier au centre-ville de Lausanne. Recours en vue.
Le terrible accident de l'été dernier à la place Bel-Air continue d'entraîner des effets en chaîne pour Mirta Palma. Cette Equatorienne sans papiers âgée de 55 ans, qui avait été grièvement blessée lors de l'accident, est sommée de quitter le pays dans les deux mois. L'Office fédéral des migrations (ODM) a rejeté fin juillet sa demande de permis humanitaire, malgré le préavis positif des autorités cantonales. L'avocat de Mirta Palma, Jean-Michel Dolivo, annonce le dépôt d'un recours au Tribunal administratif fédéral. Le 26 juin 2009, une voiture remorquée avait roulé sur un trottoir à la place Bel-Air, au centre-ville de Lausanne. Neuf personnes avaient été renversées, mais Mirta Palma avait été la seule à recevoir de graves blessures. C'est à cette occasion que sa situation irrégulière avait été dénoncée.
Les études de sa fille
Mirta Palma vit depuis 2002 en Suisse, où elle travaillait dans l'économie domestique jusqu'au jour de l'accident. Mère célibataire, elle consacrait une bonne partie de ses revenus aux études de sa fille cadette, restée en Equateur. Elle ne l'a pas revue depuis son départ pour la Suisse, la demande de visa ayant été refusée. Mirta Palma avait émigré après avoir perdu son poste de secrétaire de direction pour raisons économiques.
«Je n'ai plus de courage, réagit-elle. Cette nouvelle me laisse complètement démunie.» Elle dit aussi son incompréhension: «La Suisse passe pour le pays des droits de l'homme. Mais ce que l'on dit n'existe pas». Mirta Palma ne peut envisager de rentrer en Equateur, du moins pas tant qu'elle n'aura pas été soignée. Elle souffre encore de nombreuses séquelles, et devra prochainement subir une nouvelle opération de la cheville. «En Equateur, les soins coûtent très cher, et il n'y a pas de véritables spécialistes», affirme-t-elle. Mirta Palma suit également un traitement psychologique suite au traumatisme provoqué par l'accident.
Soins de bonne qualité
L'Office fédéral des migrations estime que la situation de l'Equatorienne ne justifie pas l'octroi d'un permis humanitaire pour cas d'extrême gravité. Ni la durée du séjour en Suisse, ni l'absence d'antécédents judiciaires, ni ses problèmes médicaux ne constituent des raisons de l'accueillir. L'ODM affirme que les infrastructures sanitaires en Equateur sont de bonne qualité, mais il n'aborde pas la question de leur accessibilité.
En outre, l'administration juge que «les problèmes physiques (de Mirta Palma, ndlr) ne représentent pas un obstacle dans la recherche d'un emploi ou à sa réinsertion dans le marché du travail». Une analyse qui provoque la colère de Jean-Michel Dolivo. «En revenant en Equateur à 55 ans avec un handicap, elle n'a aucune chance de trouver un emploi», lance l'avocat, qui milite au sein du Collectif vaudois de soutien aux sans-papiers.
L'administration a donné un délai de deux mois à Mirta Palma pour quitter le pays. Mais la procédure de renvoi devrait être suspendue jusqu'au verdict du Tribunal administratif fédéral. Malgré plusieurs tentatives, nous ne sommes pas parvenus à joindre hier le ministre vaudois de l'Intérieur, Philippe Leuba.
Disparités entre cantons
Les régularisations de sans-papiers se font au compte-gouttes. L'année passée, la Suisse n'a délivré que 88 permis humanitaires. De fortes disparités existent entre les cantons, ces derniers étant libres de transmettre ou non les demandes à Berne. En 2009, seuls deux cantons ont fait cet effort: Genève (138 demandes, 63 réponses positives) et Vaud (39 demandes, 22 réponses positives). Berne, Fribourg, Argovie et le Jura ont déposé chacun un seul dossier, et les autres cantons aucun.

Michaël Rodriguez dans le Courrier

Permis humanitaire refusé à Mirta Palma

Fauchée sur un trottoir à Bel-Air, il y a un peu plus d’une année, l’Equatorienne sans-papiers vient de voir sa demande rejetée par l’Office des migrations. Son avocat va faire recours.

Mirta Palma

Il y a un peu plus d’une année, Mirta Palma se faisait faucher sur un trottoir de la place Bel-Air, à Lausanne, par une voiture remorquée. Beaucoup avaient été touchés par le sort de cette Equatorienne sans-papiers, d’autant plus que trois semaines plus tard, elle recevait un avis d’expulsion du Service cantonal de la population (Spop).

Mirta Palma vient de recevoir une mauvaise nouvelle: malgré un préavis cantonal positif, l’Office fédéral des migrations vient de rejeter sa demande de permis humanitaire. «L’Office considère que sa situation n’est pas très différente de celle de ses compatriotes équatoriens sans-papiers, résume son avocat, Jean-Michel Dolivo. Il reconnaît qu’elle supporte des séquelles physiques et psychiques de l’accident, mais estime que l’Equateur dispose des structures nécessaires pour la recevoir.»

Mirta Palma dispose de huit semaines pour quitter le pays. Jean-Michel Dolivo annonce qu’il va faire recours. «J’espère que le tribunal va reconnaître, comme le canton, que Mirta Palma se trouve dans un cas personnel d’extrême gravité. Elle souffre toujours de douleurs à la marche et de boiterie. Son traitement se poursuit et elle doit encore se faire opérer.»

Bonne nouvelle toutefois, les soins médicaux de l’Equatorienne ont été pris en charge par son assurance-maladie.

S. MR dans 24 Heures

mercredi 30 décembre 2009

Bonne nouvelle pour Mirta

cadeau Mirta Palma, l’Equatorienne qui s’était fait renverser par une voiture folle sur la place Bel-Air le 26 juin dernier, a reçu son cadeau de Noël le 24 décembre, comme l’a annoncé Le Matin.

Menacée de renvoi, elle a reçu un préavis positif du Service vaudois de la population (Spop). Agée de 54 ans, elle réside à Lausanne depuis sept ans. En 2003, une première autorisation de séjour lui avait été refusée. Reste que la décision finale reviendra à l’Office fédéral des migrations, à Berne. «Une décision qui devrait venir dans les trois prochains mois», selon l’avocat Jean-Michel Dolivo, qui la représente.

vendredi 27 novembre 2009

Un cauchemar qui dure pour Mirta Palma


La demande de permis humanitaire de Mirta Palma sera évaluée dès aujourd'hui. Victime collatérale d'un grave accident à Lausanne, elle n'est pas assurée de remarcher et reste traumatisée.

Muriel Jarp - le 26 novembre 2009, 22h59
Le Matin


Rappel des Faits
Le 26 juin dernier, alors qu'elle marchait sur le trottoir, place Bel-Air, à Lausanne, Mirta Palma se retrouve fauchée par une voiture remorquée qui perd toute maîtrise. Sa jambe est broyée. En recueillant le témoignage de la blessée, la police découvre que l'Equatorienne est sans papiers et la dénonce. A sa sortie du CHUV, c'est une carte de sortie du territoire qui l'attend!

Une nouvelle pièce vient de s'ajouter à la demande de permis humanitaire de Mirta Palma. Elle arrive au dernier moment, aujourd'hui étant la date limite pour compléter le dossier. Un rapport établit les importantes séquelles psychologiques consécutives à l'accident dont cette femme de 54 ans a été victime en juin dernier. «C'est une pièce déterminante, précise son avocat, Jean-Michel Dolivo.

Ce rapport met en évidence qu'un état de grand stress persiste dans les mois qui ont suivi l'accident.» Cauchemars, insomnies, angoisses et pensées autodépréciatives sont désormais le lot quotidien de la ressortissante équatorienne sans papiers. Une atteinte à la santé physique et psychique proportionnelle à la violence de ce qu'elle a subi cette maudite fin d'après-midi du mois de juin. On est loin d'une banale jambe cassée. La fracture est «gravissime» selon le rapport du CHUV.

Cauchemars et insomnies
«C'est vrai, je ne dors pas très bien», avoue pudiquement Mirta Palma. Ses cauchemars? Elle se revoit sous la voiture. Elle se voit mourir. Ses insomnies? Depuis des mois, elle ne peut plus envoyer d'argent à sa fille de 14 ans, encore au collège. Elle assure ne pas penser au pire, ne jamais imaginer que Nicole pourrait se retrouver forcée d'arrêter d'étudier. Quant à ses angoisses, elle repasse en boucle les procédures pénales en cours. Elle ignore si elle remarchera sans béquilles un jour. Elle tente de comprendre pourquoi ses anciens employeurs refusent d'attester qu'elle a travaillé pour eux. «Ils me disent qu'ils ne veulent pas de problèmes», murmure-t-elle, sans aucune colère, mais remplie de tristesse. «Mais ça va», dit-elle dans un sourire. On ne la croit qu'à moitié.

Une affaire d'une extrême complexité pour celle qui ne demandait qu'à pouvoir discrètement dépoussiérer des appartements lausannois. Deux procédures sont en cours. Celle qui doit juger la dépanneuse et la conductrice de la voiture folle, ainsi qu'une instruction pénale sur la situation irrégulière de Mirta Palma. Une dénonciation de la police municipale de Lausanne qui laisse Jean-Michel Dolivo songeur. Non seulement, ils n'étaient pas obligés de référer le cas de Mirta Palma au Service de la population (SPOP), mais en plus «ils en ont rajouté une couche» en dénonçant l'Equatorienne au juge d'instruction.

Et des rêves
De son côté, le SPOP assure qu'il transmettra rapidement la demande à Berne. Si un préavis positif du canton de Vaud se murmure, l'Office des migrations n'est pas réputé pour sa clémence. Jean-Michel Dolivo se montre tout de même optimiste. Il a en outre pu prouver que Mirta Palma n'a jamais eu de poursuites et n'a jamais fait appel à l'aide sociale.

Au milieu de ses cauchemars, Mirta Palma s'autorise de rares rêves. Pouvoir rester en Suisse et suivre une formation de caissière, un travail qui serait moins physique que les ménages. Et pouvoir serrer ses filles dans ses bras un jour. Aujourd'hui, cela fait exactement sept ans qu'elle ne les a pas vues.

mercredi 19 août 2009

Mirta Palma: demande de permis humanitaire

La sans-papiers fauchée sur le trottoir de Bel-Air en juin dernier doit toujours quitter la Suisse le 15 septembre.

Mirta Palma a été contrôlée par la police après avoir été gravement fauchée sur un trottoir. Sans papiers, elle doit bientôt quitter le pays. Photo Chris Blaser Près de deux mois après l’accident qui lui a fracassé la cheville sur un trottoir de Bel-Air, Mirta Palma a toujours de la peine à se mouvoir. Et son avenir en Suisse n’est de loin pas assuré, puisqu’elle est censée quitter le pays le 15 septembre prochain. Mais la mobilisation s’organise. «Nous allons déposer une demande de permis humanitaire», confie Jean-Michel Dolivo, membre du Collectif vaudois de soutien aux sans-papiers.

La demande sera déposée le 31 août auprès du canton, qui préavisera positivement ou négativement avant de transmettre le dossier à l’Office des migrations. Jean-Michel Dolivo ne cache pas que les chances d’aboutir sont incertaines, en raison du fait que la famille de Mirta vit toujours en Equateur. «Cette demande est légitimée par la situation d’extrême détresse de ma cliente», estime Jean-Michel Dolivo.

L. A. dans 24 Heures

Solidarité avec Mirta Palma

«Nous sommes avec elle»

«En général, nous restons très tranquilles et discrets», explique un ami équatorien, membre du Collectif vaudois de sans-papiers. «Mais, là, nous allons nous battre pour que Mirta puisse rester en Suisse. Nous sommes tous avec elle. » Une communauté effectivement discrète. Ils seraient plus de 6000 sans-papiers équatoriens dans le canton. Et solidaires. «On se connaît tous, on s’aide en cas de coup dur», ajoute-t-il. Alors de savoir que Mirta Palma – la blessée de Bel-Air (VD) – qui s’est toujours énormément engagée dans l’association des Equatoriens de Lausanne, est sommée de quitter le pays d’ici au 15 septembre, cela suscite un grand mouvement de sympathie.

Pas d’assurance perte de gain

Son avocat, Jean-Michel Dolivo, explique qu’une plaine pénale vient d’être déposée, afin que sa cliente puisse prétendre à des dédommagements pour les torts qu’elle a subis dans l’accident de Bel-Air, où elle a eu la jambe broyée sous une voiture. Des torts tant physiques que psychiques. Sans parler du manque à gagner. «Car, évidemment, elle n’a pas d’assurance perte de gain!» ironise son avocat, qui rappelle que cela fait sept ans que cette femme de 53 ans fait des ménages chez des particuliers. Des dédommagements qui devraient être pris en compte soit par la RC de la conductrice de la voiture remorquée, soit par celle du dépanneur, selon l’issue de l’enquête.

Dossier délicat

«Nous allons aussi déposer une demande de permis humanitaire courant août», précise Jean-Michel Dolivo. D’ici là, il s’agit de réunir les documents nécessaires. Un dossier d’autant plus difficile à préparer au vu de la situation illégale de Mirta. «On va essayer de prouver ses revenus. Mais, vous imaginez bien, c’est délicat de demander cela à ses employeurs!» Son avocat compte aussi sur les attestations médicales qui décriraient les séquelles physiques potentielles, rendant un retour au pays d’autant plus compromis.

Jean-Michel Dolivo ne le cache pas, le fait que les filles de Mirta Palma sont restées au pays constitue un point négatif pour le dossier. Une crainte confirmée par le chef du Service de la population du canton de Vaud, Henri Rothen. Or, si retourner en Equateur permettrait à cette mère de retrouver ses filles après sept ans de séparation, cela signifierait surtout une situation économique très précaire pour la famille. Depuis ici, Mirta Palma peut envoyer 500 francs par mois pour soutenir ses filles.

Craintes de l’avocat

L’avocat, célèbre défenseur des sans-papiers, semble déterminé à tout entreprendre pour sauver sa cliente. «Je pense qu’on va lancer une pétition. Et on envisage une manifestation de soutien», précise-t-il.

Reste qu’il est conscient du parcours difficile qui les attend, lui et sa cliente: tout d’abord parce que les conditions de l’administration vaudoise sont très sévères, ensuite parce que Berne applique désormais une politique très restrictive.

samedi 18 juillet 2009

Le Collectif vaudois de sans-papiers: «Nous sommes avec Mirta Palma»


L'été s'annonce long pour la blessée de Bel-Air, qui va déposer une demande de permis humanitaire. La solidarité s'organise

Muriel Jarp - le 17 juillet 2009, 22h23
Le Matin

30 commentaires

«En général, nous restons très tranquilles et discrets», explique un ami équatorien, membre du Collectif vaudois de sans-papiers. «Mais, là, nous allons nous battre pour que Mirta puisse rester en Suisse. Nous sommes tous avec elle.» Une communauté effectivement discrète. Ils seraient plus de 6000 sans-papiers équatoriens dans le canton. Et solidaires. «On se connaît tous, on s'aide en cas de coup dur», ajoute-t-il. Alors de savoir que Mirta Palma - la blessée de Bel-Air (VD) - qui s'est toujours énormément engagée dans l'association des Equatoriens de Lausanne, est sommée de quitter le pays d'ici au 15 septembre, cela suscite un grand mouvement de sympathie.

Pas d'assurance perte de gain
Son avocat, Jean-Michel Dolivo, explique qu'une plaine pénale vient d'être déposée, afin que sa cliente puisse prétendre à des dédommagements pour les torts qu'elle a subis dans l'accident de Bel-Air, où elle a eu la jambe broyée sous une voiture. Des torts tant physiques que psychiques. Sans parler du manque à gagner. «Car, évidemment, elle n'a pas d'assurance perte de gain!» ironise son avocat, qui rappelle que cela fait sept ans que cette femme de 53 ans fait des ménages chez des particuliers. Des dédommagements qui devraient être pris en compte soit par la RC de la conductrice de la voiture remorquée, soit par celle du dépanneur, selon l'issue de l'enquête.

Dossier délicat
«Nous allons aussi déposer une demande de permis humanitaire courant août», précise Jean-Michel Dolivo. D'ici là, il s'agit de réunir les documents nécessaires. Un dossier d'autant plus difficile à préparer au vu de la situation illégale de Mirta. «On va essayer de prouver ses revenus. Mais, vous imaginez bien, c'est délicat de demander cela à ses employeurs!» Son avocat compte aussi sur les attestations médicales qui décriraient les séquelles physiques potentielles, rendant un retour au pays d'autant plus compromis.

Jean-Michel Dolivo ne le cache pas, le fait que les filles de Mirta Palma sont restées au pays constitue un point négatif pour le dossier. Une crainte confirmée par le chef du Service de la population du canton de Vaud, Henri Rothen. Or, si retourner en Equateur permettrait à cette mère de retrouver ses filles après sept ans de séparation, cela signifierait surtout une situation économique très précaire pour la famille. Depuis ici, Mirta Palma peut envoyer 500 francs par mois pour soutenir ses filles.

Craintes de l'avocat
L'avocat, célèbre défenseur des sans-papiers, semble déterminé à tout entreprendre pour sauver sa cliente. «Je pense qu'on va lancer une pétition. Et on envisage une manifestation de soutien», précise-t-il.

Reste qu'il est conscient du parcours difficile qui les attend, lui et sa cliente: tout d'abord parce que les conditions de l'administration vaudoise sont très sévères, ensuite parce que Berne applique désormais une politique très restrictive.

Le permis humanitaire, c'est quoi?
Il faut distinguer la protection accordée au requérant d'asile du permis humanitaire, précise Henri Rothen, chef du Service de la population. Un requérant doit être victime de persécution dans son pays pour obtenir le statut de réfugié.

Quant au permis humanitaire (un permis B en fait), il peut être octroyé à ceux qui ont longuement été en Suisse de manière clandestine, et dont le retour au pays serait un «cas d'extrême gravité». «La personne doit être tellement intégrée que son retour serait insupportable», explique Henri Rothen. Si le canton de Vaud juge le dossier recevable, il l'envoie à l'Office des migrations, qui est dernier juge. Depuis 2002, sur 600 dossiers envoyés à Berne, environ 30% ont été acceptés.

Pour y prétendre, il faut remplir les conditions suivantes:

Durée de résidence
Avoir séjourné en Suisse au moins neuf ans sans interruption pour les célibataires, et sept ans pour les personnes qui ont des enfants en âge de scolarité.

L'intégration à la société
Par son réseau social, ses amis, la maîtrise de la langue, etc. Comme Mirta Palma a été présidente de l'association des Equatoriens pendant des années, cela pourrait être considéré comme une intégration, précise Henri Rothen.

Ne pas avoir commis d'infraction
Cela depuis l'arrivée en Suisse.

Avoir des revenus
Donc ne pas dépendre de l'aide sociale.

Bénéficier de circonstances exceptionnelles La situation médicale de Mirta Palma, par exemple.

La médiatisation à double tranchant des sans-papiers


Gwenaëlle Reyt dans le Temps

Tijana et Aleksandra Comagic, leur mère, Olivera, et Regula Thalmann, présidente du Grand Conseil zurichois (de gauche à droite). Jeudi, le Tribunal administratif a annoncé que les deux filles et leur mère resteraient en Suisse. (Keystone)

Tijana et Aleksandra Comagic, leur mère, Olivera, et Regula Thalmann, présidente du Grand Conseil zurichois   (de gauche à droite). Jeudi, le Tribunal administratif a annoncé que les deux filles et leur mère resteraient en Suisse. (Keystone)

L’affaire de Mirta Palma, Equatorienne sans-papiers, a été rendue publique pour influencer les autorités. En vain, selon ces dernières

En quelques jours, Mirta Palma a fait la une de24 heures et du Matin. Cette femme équatorienne sans-papiers, victime du médiatisé accident de voiture de Bel-Air à Lausanne le 26 juin dernier, vivait dans la clandestinité depuis sept ans. Découverte à la suite de l’accident, elle a reçu l’ordre de quitter le pays au plus tard le 15 septembre prochain. Sans tarder, son avocat, Jean-Michel Dolivo, a informé le quotidien 24 heures de la situation afin de sensibiliser l’opinion publique. Alors même qu’aucune démarche auprès du Service de la population n’avait encore été faite.

Que ce soit pour Mirta Palma, Adem Salihi à Bassins, Fahad Khammas, héros du film La Forteresse, ou encore les jumelles Comagic à Zurich (lireici), les différents comités de soutien aux sans-papiers utilisent les médias pour faire pression sur les autorités. Cette stratégie est-elle efficace? «Des familles ont été régularisées grâce à une bonne couverture dans la presse et à des pétitions. Si on parle d’immigration d’un point de vue général, c’est abstrait pour la population. Personnaliser la situation de Mirta Palma ou des autres sans-papiers permet de rallier des personnes qui au départ auraient pu nous être défavorables», explique Christophe Tafelmacher, avocat et membre du collectif vaudois de soutien aux sans-papiers.

Un avis que partage Jean-Michel Dolivo, également membre du collectif: «C’est un soutien important. Les circonstances nous ont poussés à répondre de cette manière. Jamais nous n’aurions pensé que les autorités auraient le culot et la brutalité de lui donner cette notification alors qu’elle est encore traumatisée par son accident.»

Cette stratégie de l’urgence ne fait pourtant pas l’unanimité. Pour Pierre Imhof, directeur de l’Etablissement vaudois d’aide aux migrants, la surmédiatisation est à double tranchant. «Etre connu peut être négatif. Dès l’instant où les autorités ont pris connaissance d’une situation, elles doivent entamer une procédure qui peut déboucher sur un renvoi. Mais cela peut aussi aboutir à une régularisation», concède le directeur.

La carte de l’émotionnel

Pour les autorités, qu’il y ait médiatisation ou non, la décision finale doit être objective et éviter de transgresser le principe d’égalité de traitement. «Certains pensent qu’avec la pression le traitement du dossier sera plus clément et qu’il mènera à une régularisation. Alors que pour l’administration, cela complique la prise de décision. C’est difficile à assumer sur le plan émotionnel. Nous parlons de vies humaines et de leur avenir. Quand il faut trancher, cela n’est jamais simple», avoue Andreane Jordan, secrétaire générale du Département de l’intérieur du canton.

Pour Henri Rothen, chef du Service de la population du canton de Vaud (SPOP), les groupes de soutien jouent la carte de l’émotionnel alors que l’administration a un cadre légal à respecter. «Nous passons toujours pour les «méchants» alors que nous devons appliquer des lois votées par le parlement et le peuple. Une situation rendue publique n’a pas plus de raison d’être régularisée qu’une autre, restée anonyme. Les groupes de soutien personnalisent les dossiers pour émouvoir. Nous ne sortons jamais gagnants de cette sorte de rapport de force émotionnel», admet le chef de service. Dans le domaine des permis dits humanitaires, le rôle du SPOP est de donner un préavis à l’Office fédéral des migrations, à qui appartient la décision finale de régularisation ou de renvoi.

Berne peut dire «non»

Contrairement à Jean-Michel Dolivo, Nicolas Mattenberger, avocat et élu socialiste au Grand Conseil, ne veut pas utiliser les médias comme premier recours. «Cela peut avoir des répercussions négatives sur le dossier. Cela n’a pas aidé Adem Salihi, à Bassins. Dans son cas, les autorités ont certainement voulu faire un exemple et monter la fermeté de l’Etat. Finalement, Adem Salihi a trouvé la solution en se mariant. Beaucoup de mes clients ont été régularisés sans que leur histoire soit sortie dans les médias», constate le député socialiste.

Pour lui, le problème est à Berne. «Même quand le canton donne un avis favorable pour un dossier, Berne peut dire «non». Il arrive que je défende deux dossiers très similaires et que l’issue ne soit pas la même. Tout dépend de la personne qui traite le dossier», explique Nicolas Mattenberger. Pour lui, le canton garde toutefois une marge de manœuvre: «Quand on parle d’enfant, cela touche. Même si une famille est refusée au niveau fédéral, c’est le canton qui doit appliquer la décision. Ce n’est pas facile d’aller chercher les gens chez eux pour les mettre dans l’avion. Dans ces cas-là, comme pour Mirta Palma, la médiatisation peut être efficace. De toute façon, elle n’a plus que ce choix maintenant que les autorités l’ont dénoncée.»

jeudi 16 juillet 2009

Une voiture la fauche, le canton l’expulse | 24 heures

Estropiée par une voiture folle, sur un trottoir de Lausanne, au pied de la tour Bel-Air, Mirta Palma, Equatorienne de 53 ans, doit quitter le pays. L’accident l’a démasquée: depuis sept ans, elle vit sans papiers. Un article de Laurent Antonoff dans 24 Heures.

© CHRIS BLASER | Mirta est restée quatorze jours au CHUV, du fait de multiples fractures ouvertes. C’est là qu’elle a reçu la visite de la police, qui n’a pas pu faire autrement que de la dénoncer. 

On dit qu’un malheur n’arrive jamais seul. Trois semaines après l’accident qui l’a estropiée sur un trottoir de Bel-Air à Lausanne (24 heures du 27 juin), Mirta Palma en est intimement persuadée. Clouée sur son lit à la maison, la jambe droite plâtrée, cette Equatorienne de 53 ans tient entre ses mains une lettre jaune reçue ce lundi, des mains même de la police. Elle émane du Service de la population (SPOP).

Le message est explicite: Mirta, sans-papiers arrivée en Suisse en 2002, a jusqu’au 15 septembre pour quitter le pays. «Quand on est clandestin à Lausanne, on vit avec la peur des contrôles. Un renvoi, on le redoute tous les jours. Mais là, quand j’ai reçu ma carte de sortie, je n’arrivais pas à y croire.» Mirta éclate en sanglots. De douleurs encore. De désespoir aussi.

La photo de Mirta, publiée au lendemain de son accident en une des journaux, la cheville tordue et ensanglantée, a touché plus d’un Vaudois. «Je me souviens de tout. De la voiture en panne au bord de la route, de la dépanneuse garée devant elle et du choc terrible que j’ai ressenti dans les jambes. Je me suis retrouvée sur le dos, couchée sous la voiture qui venait de me percuter. J’ai pensé que j’avais perdu mes jambes.» Mirta restera quatorze jours au CHUV à cause de multiples fractures ouvertes. C’est là, dans sa chambre d’hôpital, qu’elle a reçu la visite de la police. «Quand j’ai su que les agents allaient arriver, j’ai paniqué. J’ai téléphoné à des amis pour leur demander si je devais m’enfuir sur-le-champ.» Les policiers lui diront qu’ils ne font que leur travail, mais Mirta est démasquée: elle vit à Lausanne depuis sept ans sans papiers. Elle est dénoncée.

Célibataire, Mirta a laissé ses deux filles de 14 et de 30 ans en Equateur. Professeur en chimie et en biologie, elle vit à Lausanne de ménages et de repas qu’elle confectionne pour la communauté équatorienne, dont elle a présidé l’association de 2007 à 2008.

«Retourner au pays? Non, ce n’est pas mon destin!»
Et si son accident, aussi dramatique soit-il, et la carte de sortie du SPOP étaient un signe du destin pour l’inciter à retourner au pays? «Non. Ce n’est pas mon destin! A mon âge, je ne retrouverai jamais de travail en Equateur. Mes filles ne peuvent pas m’entretenir. C’est le contraire qui se passe. C’est pour cela que je suis venue en Suisse. Le destin? Non. C’est la faute au dépanneur si j’en suis là… Pour ce qui est de la conductrice qui était remorquée, et dont la voiture m’a roulé dessus, je n’ai pas de rancœur, mais ce sont malgré tout ces deux personnes qui m’ont mise dans cet état.»

Sur les conseils de son avocat, Jean-Michel Dolivo, Mirta Palma a déposé hier une plainte pénale pour lésions corporelles graves auprès du juge d’instruction chargé de l’affaire. Elle s’est également portée partie civile.

Et il faudra encore régler les problèmes d’assurances puisque Mirta, comme tous les sans-papiers, n’en bénéficie pas. Qui paiera les 14 jours d’hospitalisation au CHUV? Qui réglera les frais de réadaptation? «Je n’arrive pas à penser à l’avenir. Les policiers ont mon nom et mon adresse. Je ne me vois pas entrer dans la clandestinité dès le 15 septembre. Il y a non seulement cette menace d’expulsion qui pèse sur moi, mais également l’incertitude concernant ma santé. Je suis un être humain, pas un objet que l’on peut jeter hors du pays après un accident. Où est l’humanité dans tout cela?»

«La menace de renvoi de ma cliente est choquante»

JM DolivoC’est Jean-Michel Dolivo, par ailleurs membre du Collectif vaudois de soutien aux sans-papiers, qui est l’avocat de Mirta Palma. Son premier objectif: s’opposer au renvoi de sa cliente et lui décrocher un délai, au moins jusqu’à son complet rétablissement. «La menace de son renvoi est choquante. C’est faire preuve d’une grande inhumanité.» L’autre volet de son action sera de trouver une solution au paiement des frais occasionnés par l’accident. «En tant que sans-papiers, elle n’a bien entendu pas droit à l’assurance perte de gains. Elle n’a plus aucun revenu. Je parle aussi des frais de réadaptation. Une réadaptation qui pourrait être longue. Cela devrait être pris en charge par la responsabilité civile du dépanneur ou de la conductrice de la voiture folle», estime Jean-Michel Dolivo. Pour l’heure, Mirta vit grâce à la solidarité de la communauté équatorienne, notamment. Le centre LAVI (loi sur l’aide aux victimes d’infractions) la soutient également. «Parce qu’elle est avant tout une victime», insiste l’avocat.