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lundi 24 septembre 2012

Politicien tessinois soupçonné de racisme

Le conseiller national Lorenzo Quadri (Lega/TI) est dans le collimateur du mouvement antiraciste «Belticino» pour un photomontage anti-islamiste posté sur sa page Facebook. Le mouvement va adresser une pétition au Parlement.

«Le comportement de Lorenzo Quadri n'est pas digne d'un conseiller national et nous l'avons déjà signalé au président du Conseil national Hansjörg Walter», indique lundi Giancarlo Nava, un des promoteurs du mouvement tessinois «Belticino». L'association est née pour protester contre les bordées injurieuses et racistes de la Lega des Tessinois. Le cas soulevé par «Belticino» remonte à juin dernier, lorsqu'un photomontage de l'hebdomadaire catholique italien «Famiglia cristiana» - rebaptisé en l'occurrence «Famiglia musulmana» - est apparu sur la page Facebook de Lorenzo Quadri, 38 ans, journaliste luganais et conseiller national de la Lega.

Un message discriminatoire

Sur la couverture de la revue retouchée figurait un père et son enfant sous le titre: «Que faire si ton fils ne veut pas être kamikaze.» Suivait un sommaire révélateur: «Une burka pour l'été», «Construire une autobombe», ou encore «Conseils du mollah Omar aux familles.» Estimant que le message transmis par le conseiller national tessinois laisse entendre que «tous les musulmans sont des terroristes», «Belticino» a adressé en août dernier une lettre de protestation à la présidence du Conseil national. Signée par plusieurs personnalités tessinoises comme l'ex-procureur général Paolo Bernasconi, l'ex-sénateur et magistrat Dick Marty ou l'ex-président de la Croix-Rouge internationale Cornelio Sommaruga, la lettre n'a pas eu l'effet escompté.

Pétition

«Le président du Conseil national a répondu qu'il n'était pas compétent en ce qui concerne le comportement privé des parlementaires», explique Gianfranco Nava. «Belticino» a donc décidé d'adresser une pétition au Conseil national et de soulever le cas lors de la session du Grand Conseil tessinois. De son côté, Lorenzo Quadri a expliqué que cette photo a été postée sur sa page par un collaborateur qui gère son site. Il l'a retirée aussitôt après l'avoir découverte, a affirmé le conseiller national.

ATS et 20Minutes

samedi 8 octobre 2011

Chiasso, quand la frontière devient psychose

Dans cette ville née du trafic frontalier, c’est le pire du populisme tessinois qui s’exprime, raconte l’épicier Marco Ferrazzini. Ancien maire adjoint de Chiasso, il critique avec des mots durs les partis politiques, qui enveniment le climat, sans sens des responsabilités.

Chiasso, pour beaucoup, c’est une grande gare et des douanes, infrastructures grâce auxquelles la ville doit son essor à partir de 1850. Aujourd’hui, c’est aussi un centre pour réfugiés, et des dizaines, voire des centaines d’immigrés qui tentent chaque mois de pénétrer clandestinement au Tessin. Ce sont des milliers de frontaliers qui entrent chaque jour en toute légalité pour «envahir» le canton – dixit la Lega.

Délaissant le centre pour le nord-ouest de la ville, nous traversons les voies ferrées, errons dans des espaces fantomatiques parsemés de hangars et de vieilles fabriques, pour arriver soudain dans un quartier d’habitation populaire, au charme désuet, parsemé de jardinets: le quartier de la Via Soldini, où nous dénichons non sans peine le magasin d’alimentation avec bar de Marco Ferrazzini.

Cela fait soixante et un ans qu’il vit ici, et 37 ans qu’il tient le négoce paternel. Le temps semble s’être immobilisé, le monde s’être figé dans ce petit univers qui nous ramène 30 ans en arrière. Son propriétaire y accueille politiciens, artistes et intellectuels, aux côtés des petits vieux ou des balayeurs du quartier, pour échanger potins et idées devant un verre de vin. Pipe à la bouche, regard malicieux, cet ancien politicien de gauche est lui-même ce qu’on appelle un personnage dans la région.

Les angoisses des Tessinois face à la frontière? «Quelles angoisses?» demande-t-il, provocateur. Les immigrés? On rencontre ici et là en ville de Chiasso de petits groupes d’Africains avec une bière en main, mais ils ne se jettent pas sur les passants. «Certes, avec l’arrivée des immigrés maghrébins, des cas de petite délinquance se sont produits, mais à l’intérieur du centre d’enregistrement pour la plupart.»

La polémique enfle pourtant à Chiasso, et la peur semble s’être insinuée dans la population: vols à la tire, avec deux agressions, rixes entre réfugiés, alcoolisme. Le fait que des réfugiés aient soulagé leur vessie contre le mur d’une église a mis le feu aux poudres. La municipalité somme la Confédération de déplacer le centre hors de la ville.

Pour Marco Ferrazzini, qui fut par le passé maire adjoint de Chiasso, le vrai problème est ailleurs: «Les politiciens, et même la presse, créent la psychose.» Quand un maire (PLR) affirme lors d’un débat télévisé que les requérants du centre de Chiasso sont tous des soûlards et des canailles, quel exemple d’équilibre et de bon sens donne-t-il à la population, se demande le retraité. Quand un député (Lega) au Grand Conseil interpelle le gouvernement cantonal sur une «onde de violence et de peur», quel signal lance-t-il?

«A Chiasso, on retrouve la variante la plus fruste de la Lega.» La Lega, responsable d’une dérive vers la droite populiste dans tout le canton, n’a fait qu’exploiter «la pire part des Tessinois», le côté arriéré, peu cultivé, juge Marco Ferrazzini. En vingt ans, les habitants de Chiasso ont quant à eux perdu l’ouverture d’esprit qui en faisait des citoyens de la frontière. En quête du consensus électoral, les autres partis «se laissent conditionner par une politique du paraître et de l’éphémère».

Les frontaliers – dont le nombre a dépassé les 51 000 dans le canton – sont un autre sujet chaud au sud des Alpes. Dans les (rares) usines ou fabriques de Chiasso, les ouvriers viennent presque tous de la Péninsule. «Plus aucun Tessinois ne veut y travailler», lance Marco Ferrazzini. Les locaux vivent surtout du commerce et des banques. Les CFF n’occupent plus que 300 personnes, contre encore 1500 il y a 30 ans. Les rancœurs contre «les Baillis de Berne» – expression de la Lega faisant allusion à la douloureuse période où le Tessin était un bailliage de la Confédération – sont habilement alimentées par la politique tessinoise, critique notre interlocuteur. «Mais si Berne décidait vraiment de fermer les robinets au Tessin, ce serait notre ruine.»

Barbara Knopf, Chiasso, dans le Temps

vendredi 7 octobre 2011

Requérants d’asile au Tessin : groupe de travail conjoint du canton et du DFJP

La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, cheffe du Département fédéral de justice et police (DFJP), et le Conseil d’État tessinois ont mis sur pied un groupe de travail conjoint chargé d’examiner la question de l’hébergement des requérants d’asile dans le canton du Tessin. Le groupe de travail présentera des propositions concrètes d’ici à la fin d’avril 2012.

Composé de trois représentants de l’Office fédéral des migrations (ODM) et de quatre représentants des autorités cantonales tessinoises, deux du Département des institutions et deux du Département de la santé et des affaires sociales, le groupe de travail sera présidé conjointement par Paolo Beltraminelli, conseiller d’État tessinois, et par Eveline Gugger Bruckdorfer, sous-directrice de l’ODM.

Les membres du groupe de travail ont pour mission d’améliorer les capacités d’accueil de la Confédération au Tessin. Il s’agit de réduire le nombre de requérants d’asile qui sont attribués aux cantons et d’encourager l’exécution des renvois et des expulsions directement à partir du centre d’enregistrement et de procédure (CEP). Une autre tâche du groupe de travail est d’évaluer la nécessité d’aménager des hébergements collectifs supplémentaires et, à ce titre, d’identifier des bâtiments ou des sites appropriés et d’étudier la faisabilité d’éventuels projets.

Le groupe de travail examinera par ailleurs les mesures prises par l’ODM, les autorités cantonales tessinoises et la commune de Chiasso pour garantir la sécurité et l’ordre publics. Il est également chargé de concevoir des projets à court et à long terme, notamment pour la mise en œuvre de programmes d’occupation.

Le groupe de travail a jusqu’au 30 avril 2012 pour soumettre à la cheffe du DFJP et au Conseil d’État tessinois un rapport présentant des propositions concrètes.

Communiqué du DFJP

Requérants: groupe de travail instauré au Tessin

La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga a créé un groupe de travail pour trouver des solutions aux problèmes liés à l'arrivée de requérants au Tessin.

Des solutions concrètes devront être présentées d’ici avril pour régler les problèmes liés à l’arrivée de requérants d’asile au Tessin. D’entente avec le gouvernement cantonal, Simonetta Sommaruga a instauré un groupe de travail commun. Présidée par le conseiller d’Etat Paolo Beltraminelli et la sous- directice de l’Office fédéral des migrations (ODM) Eveline Gugger Bruckdorfer, cette instance est composée de trois représentants de l’ODM et quatre délégués des autorités tessinoises, a indiqué vendredi le Département fédéral de justice et police (DFJP).

Améliorer les capacités d'accueil

Elle a pour mission d’améliorer les capacités d’accueil de la Confédération au Tessin. Le nombre de requérants transférés aux autres cantons devra être réduit. Pour ce faire, les renvois effectués directement à partir du centre d’enregistrement et de procédure devront être encouragés. Autre tâche: évaluer l’aménagement d’hébergements collectifs supplémentaires et trouver les sites appropriés. Le groupe de travail examinera aussi les mesures prises par l’ODM, les autorités cantonales tessinoises et la commune de Chiasso pour garantir la sécurité et l’ordre publics. Enfin, il devra concevoir des projets de programmes d’occupation.

Le Matin

dimanche 19 juin 2011

Incidents antisémites: augmentation des cas au Tessin en 2010

tag antisémiteTrente-quatre actes antisémites ont été recensés en 2010 en Suisse alémanique et au Tessin, indique un rapport. Il s'agit d'une hausse de 25% en comparaison des deux années précédentes. Cette augmentation pourrait toutefois s'expliquer par la notoriété accrue du service d'enregistrement de ce type d'incidents.

Les 34 cas se répartissent en 16 actes "sérieux" et 18 actes "préoccupants et indicateurs", précise le rapport conjoint présenté dimanche par la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI) et la Fondation contre le racisme et l'antisémitisme (GRA). Il s'agit la plupart du temps de déclarations écrites (lettres, articles, graffitis et contributions dans des médias électroniques).

Au niveau mondial et en Suisse romande, ces chiffres ont diminué en 2010. Dans les cantons romands, la récolte des données incombe à la Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation (CICAD). Celle-ci avait recensé 104 incidents de nature antisémite en 2010, en grande partie sur Internet, soit 50 de moins qu'un an auparavant.

Le nombre de cas sur Internet est plus réduit en Suisse alémanique et au Tessin par rapport à la Suisse romande. Ceci s'explique néanmoins par le fait que la FSCI et le GRA "n'ont jamais procédé à des recherches actives sur Internet" et se sont contentées "de prendre note des cas qui leur ont été annoncés", souligne le rapport. Sur les 34 incidents enregistrés, seuls cinq l'ont été sur la toile.

Lien avec les évènements au Proche-Orient

Le rapport constate que les incidents à caractère antisémite coïncident souvent avec des regains de tension au Proche-Orient. Douze incidents ont ainsi été relevés en lien avec l'intervention de l'armée israélienne contre la "flottille de Gaza" en mai 2010.

La critique envers Israël n'entre cependant pas en considération dans le rapport, précisent ses auteurs. Les déclarations de nature antisémite faites dans le cadre du conflit proche-oriental y a par contre été consignées.

"L'antisémitisme d'extrême-droite (...) reste toujours largement répandu, de la même manière que les allusions se référant à la Shoah", concluent la FSCI et le GRA. Ils estiment que ces comportements se rajoutent au "climat de polarisation politique croissante de partis et de citoyens", dont certains "n'hésitent plus à prôner une discrimination de minorités".

vendredi 3 juin 2011

Chiasso ne veut plus de ses requérants d'asile

Chiasso veut être débarrassée de son centre d'enregistrement des demandeurs d'asile. Dans une lettre adressée à la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, la municipalité tessinoise invoque des problèmes croissants avec des requérants ivres et désoeuvrés.

chiasso requérants

Dans cette missive publiée mercredi, le maire Moreno Colombo (PLR) se réfère à un entretien informel du 25 janvier dernier avec Simonetta Sommaruga.

Un employé agressé

Depuis lors, la situation autour du centre d'enregistrement et de procédure (CEP) s'est encore détériorée et l'agression d'un employé communal dans le parc de la ville par des requérants présumés est la goutte qui a fait déborder le vase. La Confédération est priée de déplacer son CEP ailleurs en Suisse.

Moreno Colombo souligne qu'il n'est prescrit nulle part que les demandeurs d'asile venant du sud soient hébergés dans la première localité après la frontière. "Nous attendons une réponse rapide et concrète du Département fédéral de justice et police", a indiqué à l'ATS Roberta Pantani Tettamanti (Lega), membre de l'exécutif. "En janvier, Simonetta Sommaruga nous a assurés de son soutien".

Cinq centres d'enregistrement

Selon Roberta Pantani Tettamanti, bagarres et vols sont désormais à l'ordre du jour. Elle l'attribue au nombre croissant de requérants tunisiens qui passent leurs journées à boire de la bière en groupes dans le parc.

L'élue montre un enthousiasme mitigé pour le projet-pilote de l'Office fédéral des migrations qui sera lancé le 8 juin dans le but de réduire la consommation d'alcool des requérants. A partir de cette date, ils ne toucheront plus 3 francs par jour, mais la même somme sous forme de bons pour des denrées alimentaires. Selon Roberta Pantani Tettamanti, cela pourrait provoquer une hausse des vols.

Au total, la Confédération dispose de quatre centres semblables à celui de Chiasso: un à Kreuzlingen (TG), un autre à Vallorbe (VD) et un dernier Bâle. Un cinquième doit ouvrir dans un mois, le 1er juillet, à Altstätten (SG).

Radio Suisse Romande et ATS

Chiasso ne veut plus de requérants d'asile

La cité tessinoise exige de Berne la fermeture de son centre d’enregistrement des demandes d’asile.

Chiasso veut être débarrassée de son centre d’enregistrement des demandeurs d’asile. Dans une lettre adressée mercredi à la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, la Municipalité tessinoise invoque des problèmes croissants avec des requérants désœuvrés.

Dans cette missive, le maire Moreno Colombo (PLR) se réfère à un entretien informel du 25 janvier dernier avec la conseillère fédérale Sommaruga. Depuis lors, la situation s’est encore détériorée et l’agression d’un employé communal dans le parc de la ville par des requérants présumés est la goutte qui a fait déborder le vase.

La Confédération est priée de déplacer son centre d’enregistrement ailleurs en Suisse. «Nous attendons une réponse rapide et concrète du Département fédéral de justice et police», a indiqué Roberta Pantani Tettamanti (Lega), membre de l’exécutif. Selon elle, bagarres et vols s’expliqueraient par le nombre croissant de requérants tunisiens qui passent leurs journées à boire de la bière en groupes dans le parc.

L’élue de la Lega montre un enthousiasme mitigé pour le projet pilote de l’Office fédéral des migrations pour réduire la consommation d’alcool des requérants. Dès le 8 juin, ces derniers ne toucheront plus 3 francs par jour, mais la même somme sous forme de bons pour des denrées alimentaires. Selon Roberta Pantani Tettamanti, cela pourrait provoquer une hausse des vols.

24 Heures

vendredi 20 mai 2011

Les Tessinois devraient voter sur l'interdiction du voile intégral

Plus de 11 600 signatures contre le port de la burqa et du niqab. Mais le texte déposé hier à Bellinzone évite d’évoquer ces termes.

Entourés d’une femme couverte d’un voile intégral et d’un homme au visage caché par un passe-montagne «pour donner un signal fort», les initiants affichaient hier un large sourire. Plus de 11 600 signatures, alors que 10 000 sont nécessaires: le pari est réussi. Les promoteurs de l’initiative contre le port de la burqa ont déposé les paraphes en matinée à Bellinzone, avec six jours d’avance sur l’échéance impartie par la loi. Ils estiment d’ores et déjà que leur initiative populaire a abouti et qu’elle conduira les citoyens tessinois aux urnes. Une première en Suisse.
Le texte défendu par le comité évite toute référence directe à la burqa ou au niqab. Il se contente d’évoquer une simple interdiction de se couvrir le visage dans les lieux publics. Une interdiction qui concernerait, le cas échéant, aussi bien des hooligans ou des manifestants dont les traits seraient volontairement dissimulés, entre autres exemples.
Mais les promoteurs de l’initiative ne s’en cachent pas, leur but est de contrer la montée de l’islam «à titre préventif». C’est aussi ce qu’ils rétorquent à leurs détracteurs, qui les accusent de se focaliser sur «un problème inexistant au Tessin», puisqu’il est rarissime de voir des femmes voilées dans les espaces publics au sud des Alpes.

«Un signal fort»

Les neufs membres du comité d’initiative, encouragés par le pas franchi par la France le mois dernier, ne voient pas les choses sous le même angle. Pour eux, il s’agit de donner un «signal fort», notamment aux autres cantons, dont ils espèrent qu’ils suivront l’exemple tessinois. Les promoteurs soulignent en passant que s’ils avaient disposé des ressources nécessaires, ils auraient lancé «une initiative populaire fédérale». Le groupe réunit à la fois des personnalités de gauche, de l’UDC, de la Lega et même l’ancienne «dame de fer» du Tessin, la libérale luganaise Marina Masoni, ex-ministre des Finances et de l’économie, qui marque ainsi son retour en politique après son éviction du gouvernement en 2007.
Le Parlement tessinois dispose de deux ans pour valider, rejeter ou opposer un contre-projet à l’initiative, puisque celle-ci entraînerait une modification de la Constitution cantonale. En cas d’approbation du texte par les citoyens tessinois, ce sera au tour des Chambres fédérales de se prononcer sur la compatibilité de la loi tessinoise avec la Constitution fédérale.

Nicole della Pietra dans le Courrier et la Liberté

mardi 19 avril 2011

Pas d’afflux massif à la frontière sud de la Suisse

A la frontière italo-suisse de Chiasso, les répercussions des événements qui secouent le Maghreb et Lampedusa ne se font pas véritablement sentir. On est à mille lieues de l’afflux de réfugiés auxquels la Suisse avait fait face lors du conflit des Balkans. Reportage.

«Nous avons effectivement assisté à une légère augmentation des arrivées sur le territoire suisse, que ce soit du point de vue des entrées illégales que sur le plan des demandes d’asile. Mais nous sommes encore bien loin d’une marrée de requérants, comme certains semblent vouloir le croire», précise d’emblée le commandant des garde-frontières au Tessin (Région IV), Mauro Antonini.
Et alors que nous nous entretenons avec ce dernier dans les locaux des agents chargés de surveiller près de 200 km de frontière avec l’Italie, se tient le débriefing de l’après-midi. Une réunion à laquelle participent des garde-frontières dépêchés au Tessin en renfort depuis le reste du pays, sur décision de la Confédération.
«Les chiffres actuels ne reflètent pas une situation d’urgence. Nous enregistrons une centaine d’entrées illégales et une soixantaine de demandes d’asile par semaine. A titre de comparaison, durant la guerre des Balkans, près de 200 réfugiés affluaient ici quotidiennement», souligne le commandant Antonini.

Septembre... en avril

«La situation de ces dernières semaines à la frontière sud est très proche de celle que l’on observe habituellement en automne», ajoute-t-il. En septembre et en octobre, les tentatives d’entrées illégales et les demandes d’asile augmentent généralement, alors qu’elles diminuent durant l’été, lorsqu’il est plus facile de trouver un quelconque emploi temporaire en Italie», explique le chef des garde-frontières.
Suite à la légère recrudescence de ces dernières semaines «le nombre d’entrées restera vraisemblablement stable pour le reste de l’année. Mas je le répète, la situation n’a rien de préoccupant. Par ailleurs, il suffit de regarder autour de soi pour se rendre compte qu’il n’y a aucun signe d’état d’urgence.»
De fait, à la gare de Chiasso et dans ses environs, aucun signe de surpopulation de réfugiés n’est visible. Pourquoi dès lors avoir dépêché des renforts sur place? Et dans quelle mesure?
«Nous ne pouvons pas fournir de chiffres, mais nous pouvons dire que le commandement a décidé de déplacer temporairement du personnel d’une région à l’autre, à titre préventif», dit Mauro Antonini.

Tâches facilitées

Et davantage que de gérer un éventuel afflux de réfugiés en provenance de Tunisie, d’Egypte ou de Libye, «les renforts dépêchés au Tessin offrent une aide très précieuse dans l’amélioration de la qualité de l’exécution des tâches administratives, liées aux procédures de réadmission simplifiées avec l’Italie pour ceux qui séjournent illégalement en Suisse», relève pour sa part Davide Bassi, responsable de la communication des garde-frontières au sud des Alpes.
Et les résultats sont visibles: «Presque toutes les demandes de réadmission, à l’exception d’un seul cas, ont été acceptées par l’Italie», tient-il à préciser.
«Des preuves ou des indices concrets, qui attestent qu’un réfugié provient d’Italie sont nécessaires. A cela s’ajoute le fait que ce dossier constitue aussi une trace indélébile au cas où la personne arrêtée devait, par la suite, tenter de revenir en Suisse. Ce qui accélère le déroulement des procédures.»

Conditions différentes

En l’occurrence, la décision des autorités italiennes d’octroyer des permis de séjour provisoires d’une durée de trois mois dans l’espace Schengen n’influence que très peu cette situation «parce que pour obtenir ce permis, les réfugiés doivent de toute manière être enregistrés par les autorités de la Péninsule. Leur provenance est donc de ce fait attestée», veut rappeler le commandant.
De plus, le permis à lui seul ne suffit pas. Il faut que d’autres conditions soient remplies, comme la possession de documents d’identité valables et des moyens financiers suffisants pour garantir le financement du séjour de la personne (soit une centaine de francs par jour). Dans le cas contraire, la procédure de réadmission s’enclenche automatiquement, comme le fait la France en ce moment.

Longue attente

Dans la pièce d’à côté, les agents interrogent une famille. Le petit groupe vient d’être intercepté à bord d’un train provenant de la Botte et demande l’asile à la Confédération.
«Il s’agit de ressortissants afghans. Lorsque nous aurons terminé les contrôles et vérifié qu’ils ne portent pas d’armes ou d’objets dangereux, nous les accompagnerons au centre d’enregistrement pour requérants d’asile. Dès cet instant, et à condition que ces personnes n’aient pas déjà déposé une demande d’asile dans l’un des pays de l’espace Schengen, débute la procédure de l’Office fédéral des migrations. La décision de l’ODM est communiquée dans les soixante jours», explique encore Mauro Antonini.
«Dans l’hypothèse où cette famille devait décider de ne pas déposer de demande d’asile, c’est la procédure de réadmission vers l’Italie qui se mettrait alors en marche. Une Italie qui devrait à son tour évaluer leur cas», précise aussi Davide Bassi.

Un problème humanitaire

Le centre d’enregistrement – d’une capacité de 130 personnes – est situé à quelques enjambées de la gare et du poste frontière. L’édifice est protégé par de grands portails de fer. A l’intérieur, une aire de jeux, entourée elle aussi d’un enclos. Hormis le babillage de quelques enfants, l’endroit est calme. Seuls deux adultes se sont installés dans la cour.
Pensant aux conséquences des évènements qui se déroulent plus au sud, le commandant lâche une dernière remarque: «La situation actuelle à la frontière peut être considérée comme normale. Mais cela pourrait changer, et dans ce cas, il faut comprendre qu’un flux migratoire ne se traite pas comme un simple problème d’ordre public, mais bien comme un problème humanitaire.»
De fait, «il s’agit de personnes qui fuient des zones à risque, à la recherche d’une vie meilleure. Et notre devoir – en coordonnant les efforts au niveau suisse et européen – est de leur venir en aide».

Andrea Clementi, swissinfo.ch

jeudi 3 mars 2011

Chiasso craint plus les escrocs italiens que les futurs réfugiés

Les mouvements populaires au Maghreb font craindre une vague d’immigration en Suisse. Visite à Chiasso, où arrivent 90% des requérants d’asile africains

Patrouilles: des policiers surveillent Chiasso, où 14 hold-up ont été commis ces derniers mois. A la frontière, les douaniers contrôlent les frontaliers et les éventuels réfugié © Gabriele Putzu/Ti-Press Photos Chiasso

Plongée dans la nuit, l’immense gare de Chiasso semble abandonnée. Elle est le vestige d’une époque révolue durant laquelle la ville frontière tessinoise débordait d’emplois et grouillait de citoyens. Aujourd’hui, la cité d’à peine 8000 âmes est moins célèbre pour son nœud ferroviaire et ses banques que pour son trafic autoroutier et son immigration.

Il est 22 h 50. Des phares éclairent soudain trois douaniers debout sur le quai 13. Le train régional de Milan arrive en gare, avec sept minutes de retard. Vigilants, les gardes-frontière scrutent les passagers. Ils savent que la plupart des requérants d’asile arrivent en Suisse par leur douane. Et, parmi eux, 90% des réfugiés africains. C’est dire si, à Chiasso, on se préoccupe, plus qu’ailleurs, d’un éventuel afflux de réfugiés du Maghreb.

«Nous suivons la situation de près», admet Davide Bassi, porte-parole des 320 gardes-frontière tessinois chargés de surveiller des dizaines de kilomètres de frontière. En 2010, ils ont contrôlé 1230 requérants d’asile à Chiasso. Un chiffre en hausse constante. «Mais, actuellement, il n’y a pas d’augmentation inhabituelle des arrivées», précise le porte-parole. Lors de l’inspection du RER, les douaniers font d’ailleurs chou blanc. Le calme avant la tempête?

Le lendemain, la ville est en état de siège. Des policiers et des agents de sécurité quadrillent la rue principale où les boutiques désertes se succèdent. «Ils sont là pour les étrangers», lance la kiosquière. Les requérants d’asile? «Non, les criminels italiens qui traversent la frontière et viennent piller nos stations-service et nos bijouteries.»

Nombreux hold-up

En huit mois, la commune a subi quatorze hold-up. Six depuis le début de l’année. Dans cette ville où l’on vote à droite et massivement non à tout ce qui concerne l’Union européenne, la grande peur de la frontière est bien présente. «Mais les gens craignent davantage les frontaliers qui leur «piquent» leurs emplois et les bandits italiens qui œuvrent près de chez eux que la venue de réfugiés d’Afrique du Nord», constate le maire, Moreno Colombo.

A l’autre bout de la Suisse, les requérants d’asile font partie du décor. Chiasso héberge en effet l’un des quatre centres suisses d’enregistrement des nouveaux arrivants. Situé à quelques mètres de la gare, le bâtiment entouré de grilles et de caméras offre 134 places et accueille quotidiennement une dizaine de réfugiés.

S’ils ne restent en moyenne qu’une vingtaine de jours avant d’être renvoyés en Italie ou transférés dans d’autres cantons, ils passent la majeure partie de leur temps au centre-ville. «Ils boivent dans les parcs et sur les places publiques, raconte un serveur du Chiasso Bar. Ils donnent une image un peu négative à la commune, mais ne font de mal à personne.»

Un mur sur la frontière?

Alors, quand la Lega dei Ticinesi parle d’ériger un mur de 4 mètres sur la frontière italienne pour éviter un afflux de nouveaux réfugiés, la réaction est sans appel. «Ce sont des propos électoralistes en vue des cantonales du 10 avril! lance Mariano Musso, conseiller communal désigné patron du carnaval, qui débute ce soir. Ici, nous accueillons les requérants, nous leur proposons même des travaux d’intérêt public. Tant que leur nombre reste raisonnable, nous n’avons pas de problème avec eux.»

«En revanche, si une vague de 500 réfugiés devait arriver d’un coup, ce pourrait être une catastrophe, s’inquiète le maire. Nous souhaitons que les autorités s’y préparent.» Le libéral-radical vient d’écrire au canton et à la Confédération pour demander le soutien des autres communes. «Elles sont réticentes à accueillir des requérants. Il faut que Berne et le Tessin les incitent à ouvrir leurs abris de protection civile au cas où.»

«Les discussions sont en cours», assure, sans en dire plus, Antonio Simona, directeur depuis vingt-trois ans du centre d’enregistrement des requérants. Une cinquantaine de places ont aussi été libérées en février par le transfert de requérants dans d’autres centres d’accueil. Mais, pour le fonctionnaire, il n’y a pas d’urgence: «Je pense que les réfugiés arriveront petit à petit. Il y aura sans doute un pic à la fin de l’été quand ils ne trouveront plus de travail au noir en Italie et voudront passer en Suisse. Mais Chiasso ne sera pas envahi.»

Nadine Haltiner dans 24 Heures

mardi 9 novembre 2010

Afflux de clandestins à la frontière sud de la Suisse

La pression migratoire aux confins de l’UE se répercute directement à la frontière sud de la Suisse, au Tessin. Entre afflux de clandestins et tourisme de la criminalité, les garde-frontières sont souvent débordés. Surtout en fin de semaine. Reportage à Chiasso.

réfugiés tessin par jacek pulawski

Si la frontière verte qui sépare le canton du Tessin de l’Italie (Lombardie et Piémont) est longue de plusieurs dizaines de kilomètres, c’est dans un véritable mouchoir de poche, de 5 à 10 km, que se déroulent plus de la moitié des passages illégaux pour entrer en Suisse.
Dans un périmètre qui comprend à la fois la gare ferroviaire, le centre d’enregistrement pour requérants d’asile, plusieurs douanes routières, la bretelle d’autoroute de l’A2 (Bâle-Chiasso) et un centre-ville, les garde-frontières de la région IV du Tessin patrouillent jour et nuit pour surveiller les entrées sur le territoire helvétique par le sud.
«Les passages par les montagnes environnantes sont plutôt rares. Ils sont généralement le fait de passeurs qui tentent de gagner le plus d’argent possible en faisant croire à des malheureux que c’est le seul moyen d’arriver en Suisse», explique le sergent Michele Corti des gardes-frontières au Tessin, en désignant le paysage montagneux qui entoure la région de Chiasso.

Passeurs et voleurs

De fait, dans les collines juchées au-dessus de la gare, plusieurs sentiers, bien connus des passeurs, mais aussi de certaines bandes de voleurs originaires de l’Est, installés dans la grande périphérie de Milan et de Turin, sont surveillés en permanence.
Ces étroits passages, discrets mais visiblement utilisés, traversent parfois même des jardins potagers et des cours d’immeubles ou enclos de maisonnettes. C’est le cas dans le quartier du «Sasso» et de celui de Budella, qui font partie des passages privilégiés par les clandestins.
Ces endroits sont aussi surveillés par des caméras infrarouges, dont les images sont en permanence retransmises sur la dizaine d’écrans de la centrale des garde-frontières à Chiasso. De là, les agents peuvent aisément repérer les silhouettes humaines qui tentent de se frayer un passage pour arriver en Suisse.
Il est 21 heures 20, la zone est étrangement calme. Dans le principal immeuble locatif du «Sasso», des personnes âgées installées devant la télé lèvent un coin de rideau pour saluer la patrouille et échanger quelques mots avec eux. «Il n’est pas rare que des comportements suspects nous soient signalés par les habitants du coin», souligne Michele Corti, qui loue cette collaboration avec les habitants de la région.

Course-poursuite

Au même moment, l’un de ses hommes le prévient par radio du mouvement suspect d’une voiture allemande, gris métallisé. «Il s’agit du modèle de prédilection des ‘Sinti’, nomades basés dans la grande banlieue turinoise, et qui multiplient leurs incursions au Tessin pour y commettre des cambriolages», prévient le coéquipier du sergent.
Les deux hommes sautent dans leur véhicule et démarrent en trombe, toutes sirènes dehors, en direction de Vacallo. La voiture grise est retrouvée. Fausse alerte. Ses occupants sont un couple de fêtards. Ce qui ne manque d’ailleurs pas de surprendre les garde-frontières, tant les indices et le comportement suspect des passagers de l’auto correspondent à leurs «clients» habituels.

La tendance du rail

«Ces derniers mois, l’essentiel des passages a lieu durant les fins de semaines et de préférence par train», explique le porte-parole des garde-frontière, Davide Bassi, qui estime que d’ici la fin de l’année, le nombre de clandestins interceptés aura dépassé d’au moins 25% le chiffre enregistré en 2009.
«Ils montent dans le train à Milan et descendent à Chiasso en connaissant déjà le chemin du centre d’enregistrement, tout près de la gare», renchérit Michele Corti. Il pointe son doigt vers un grand complexe bleuâtre de l’Office fédéral des migrations (ODM).
Il est 23 heures 43. Un grincement assourdissant annonce l’arrivée de la rame, cabossée et souillées de graffitis, qui arrive toutes les heures en provenance de la capitale lombarde. Parmi les passagers, un Africain est intercepté par les garde-frontières.
Le jeune homme hésite un moment, affirme d’abord qu’il voulait se rendre en Allemagne. Il finit par admettre qu’il a l’intention de demander l’asile en Suisse. Départ pour le petit office des garde-frontière, dans la zone douanière de la gare. Une procédure que les agents appliquent désormais plusieurs fois par jour. Parfois même plusieurs dizaines de fois au cours d’un seul week-end.

Jeunes Afghans

Pendant ce temps, quatre jeunes Afghans, visiblement frigorifiés, errent dans le hall de la gare. Ils sont munis d’un document établi par le centre de requérants de Zoug, visiblement débordé et qui a envoyé le groupe au sud des Alpes.
Seul l’un des quatre jeunes de 18 à 20 ans bredouille deux ou trois mots d’anglais. Tous quatre, ainsi que le demandeur africain, sont finalement accompagnés au centre d’enregistrement où ils sont pris en charge par des collaborateurs de l’ODM.
Deux heures 30. Pour la patrouille, la nuit est loin d’être terminée. Michele Corti et son collègue reprennent la route. Chemin faisant, le sergent explique que la nuit précédente a été beaucoup plus mouvementée: «Nous avons notamment eu l’arrivée de plusieurs groupes d’Irakiens», explique-t-il. La patrouille continue de sillonner la région, en croisant régulièrement des collègues et en s’arrêtant en centrale pour faire le point avec des collègues.
Vers 4 heures 20, les deux garde-frontière prennent en chasse une luxueuse voiture de sport allemande, immatriculée en Roumanie. Le bolide finit par s’arrêter. Au volant, une prostituée de 22 ans. Elle vient de terminer sa nuit de travail dans l’un des nombreux lupanars du sud du Tessin.
Michele Corti lui rend ses papiers. Sa nuit de travail aussi touche à sa fin. Il prend le chemin de la centrale, où il retrouvera ses hommes pour établir un rapport et prendre congé de son équipe.

Nicole della Pietra, Chiasso, sur swissinfo.ch


Réfugiés au Tessin

Le quotidien des requérants d'asile.

Durant plusieurs mois, Jacek Pulawski a photographié le quotidien des requérants d'asile au centre de Chiasso, à la frontière avec l'Italie. Ce travail lui a valu de recevoir le Swiss Press Photo 2009.