vendredi 18 novembre 2005

Témoignage de sans-papiers dans 24heures


Aline Andrey dans 24heures nous raconte l'histoire de la famille Carvajal de retour à Quito. Il est aussi très intéressant de relire l'article qu'Aline Andrey avait écrit avant leur départ.
Après le rejet de leur demande de régularisation, la famille Car­vajal ne pouvait imaginer retour­ner dans la clandestinité. Elle a ainsi pris le chemin du retour. Après quelques mois à Quito, la réadaptation reste difficile et les regrets tenaces.

Au volant de son taxi jaune, Ma­rio Carvajal sillonne les rues de Quito, concentré dans la circula­tion chaotique de la capitale équa­torienne. De retour dans son pays d’origine depuis quelques mois avec sa famille, il n’a pas perdu de temps. Toutes les économies de ses cinq ans de vie passés en Suisse ont été investies dans son véhicule. Son revenu mensuel dans le meilleur des cas: 300 dol­lars par mois, à raison de six jours de travail par semaine. Un salaire moyen qui ne suffit pas, à Mario Carvajal et son épouse Alicia Bos­quez, pour vivre de manière indé­pendante: rien que la scolarisation de leurs filles se monte à 150 dol­lars par mois.
Depuis leur arrivée le 28 juillet, ils logent chez la mère et la soeur d’Alicia Bosquez, dans un petit appartement de trois pièces au sud de Quito. «Avec l’AVS et le 2e pilier encore en Suisse, nous pourrons peut-être changer de logement», espère Alicia Bosquez. Fatiguée, les traits tirés, elle a passé les pre­mières semaines à se battre avec la bureaucratie pour scolariser ses filles et demander les attesta­tions nécessaires pour le retrait de ses cotisations. «Au service de la population à Lausanne, on m’a dit que je n’avais pas besoin de signer la déclaration de sortie du pays et aujourd’hui je dois prouver que j’ai bien quitté la Suisse pour récupérer l’AVS et la LPP, raconte-t-elle amère. Et ici tout est tellement lent et com­pliqué, sans compter la pollution, le chaos et l’insécurité dans les rues, qui a augmenté depuis no­tre départ. Je n’ai pas osé sortir durant le premier mois.»
Une situation professionnelle précaire
C’est en français que les mem­bres de la famille parlent entre eux, alors qu’en Suisse l’espagnol prédominait. «J’écoute de la mu­sique et regarde des films fran­çais pour ne pas oublier la lan­gue, relève Alicia Bosquez. J’es­père que ça m’aidera à trouver un emploi, tout comme mes cer­tificats de travail suisses. Mais j’ai des doutes, car à 39 ans je suis déjà considérée comme vieille ici.» Durant la discussion, Mario Carvajal se lève parfois pour contrôler si son taxi est toujours devant la maison. «Les vols sont fréquents et les assurances n’existent pas», dit-il, le regard anxieux.
Dans le petit salon, malgré la chaleur des lieux, le fossé entre la famille restée au pays et les Car­vajal est flagrant. «Elle a beau­coup changé. Elle n’est plus pa­reille », murmure Marie-Sol, la soeur d’Alicia Bosquez. Chez cette dernière, l’adaptation est difficile, le rêve de repartir toujours très présent: «Nous nous sommes trompés. Nous n’aurions jamais dû revenir ici. En Suisse j’avais tout, sauf le permis. Je ne crois pas que les racines sont toujours là où l’on naît. J’ai l’impression d’être très loin, je me sens plus étrangère ici que dans mon propre pays… enfin, je veux dire, qu’en Suisse