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mercredi 19 octobre 2011

Un antisémite à la tête d’un théâtre de Budapest

L’extrémisme de droite menace la société hongroise. Il occupe de plus en plus le terrain politique et s’immisce désormais sur la scène artistique, suscitant la colère des milieux culturels.

La nomination le 7 octobre à la tête du Nouveau théâtre de Budapest (Uj Szinhaz, en hongrois) de deux personnalités de l’extrême droite a suscité la colère des milieux culturels. La commission avait dans un premier temps décidé de reconduire le directeur sortant, Istvan Marta, mais c’était sans compter l’avis du maire de Budapest, Istvan Tarlos, qui a usé de son droit de veto pour faire passer un tandem controversé: l’acteur György Dörner et le dramaturge et politicien Istvan Csurka.

Contexte délétère

Cette désignation intervient dans un contexte délétère. La première partie de l’année a été marquée par une loi contre la liberté de la presse, que seules les pressions de la communauté européenne ont permis d’amender. Accusé de ne pas faire respecter les droits que garantit pourtant la Constitution européenne, le premier ministre Viktor Orban a préféré reculer pour éviter une confrontation. Ces derniers mois ont vu une recrudescence des violences contre les Roms et la promulgation de nouvelles lois contre la mendicité et le vagabondage. De plus en plus, les extrémistes de droite occupent le terrain politique et ils s’immiscent désormais sur la scène artistique.

György Dörner a longtemps milité au sein du Jobbik, un parti d’extrême droite qui est entré au parlement en mai 2010 avec près de 17% des voix aux législatives. Comédien médiocre, il s’est replié sur le doublage des voix d’acteurs américains connus parmi lesquels Eddie Murphy et Bruce Willis. Ses prises de position contre la dépravation de la scène théâtrale hongroise l’ont assis comme chantre des valeurs nationalistes.

György Dörner a choisi Istvan Csurka comme administrateur. Ce dernier est une figure emblématique de l’extrême droite et dirige le Parti hongrois de la justice et de la vie (MIEP). Il milite en faveur des minorités hongroises séparées de la mère patrie par le traité de Trianon (en 1920) et a fait de ce thème, en tant que dramaturge, le leitmotiv de son théâtre. Ses anathèmes antisémites ont fait sa notoriété.

Dans son dossier de candidature, Istvan Marta, le directeur sortant, a exposé ses priorités et donné sa programmation à venir sur 200 pages: «Je dirige depuis treize ans cette scène, et j’ai réussi à en faire un lieu populaire et, grâce à une gestion scrupuleuse, rentable, c’est un carrefour entre les répertoires magyar et international, entre diverses formes d’art.» De leur côté, Istvan Csurka et György Dörner ont livré leurs propositions politiques dans un pamphlet de 16 pages où le mot «national» revient 34 fois et «magyar» 35. Ils fustigent l’abâtardissement des milieux culturels hongrois et proposent d’en revenir à un art plus proche du cœur campagnard de la Hongrie, «l’arrière-pays». Selon Istvan Marta, au vu des dossiers, il ressort que ce ne sont pas des considérations artistiques qui ont guidé le maire de Budapest dans son choix.

Manifestation et pétition

Des milliers d’écrivains, d’artistes et d’acteurs culturels ont défilé samedi pour dire leur désapprobation et une pétition a circulé pour demander au maire de revoir sa copie. En vain. Istvan Marta s’est rendu chez le maire pour trouver une solution et l’a interrogé sur les raisons de son choix, mais, selon lui, le maire est resté mutique et a refusé de se justifier: «Les rumeurs disent que Viktor Orban est derrière le maire.» D’où qu’elle vienne, cette nomination permet au maire et à son parti, le Fidesz, de flatter les électeurs sensibles aux thèmes nationalistes. D’autre part, elle donne des gages aux partis les plus extrémistes et peut-être même initie un rapprochement opportuniste.

L’extrême droite se félicite de cette nomination. Le Jobbik a pris pour cible les milieux culturels du pays. Il fait pression depuis une année pour que soit révoqué le directeur du Théâtre national de Budapest, Robert Alföldi, dont le mandat court pourtant jusqu’en 2013. Les députés du Jobbik critiquent son manque de patriotisme et, pour railler son homosexualité, l’appellent ouvertement Roberta.

Le responsable de l’Association des communautés juives de Hongrie, Peter Feldmajer, pense qu’une étape a été franchie: «Une passerelle a été jetée entre la droite conservatrice, dont le maire fait partie, et un élément antidémocratique et antisémite, Istvan Csurka.» Tout n’est pas encore perdu pour Istvan Marta. «Le parti LMP a entrepris une démarche légale pour contester la décision du maire. J’espère encore.»

De son côté, György Dörner a annoncé qu’il annulerait les pièces programmées par son prédécesseur. Les spectateurs ne verront peut-être pas la Montagne magique de l’écrivain allemand Thomas Mann, programmée pour la mi-février, en adaptation théâtrale hongroise.

Boris Mabillard dans le Temps

mercredi 10 novembre 2010

Il faut que la Hongrie mène une enquête exhaustive sur les attaques contre des Roms

Le gouvernement hongrois doit mener une enquête exhaustive sur les violentes attaques à caractère raciste menées contre des Roms et il doit rendre justice aux victimes, affirme Amnesty International dans un nouveau rapport publié le 10 novembre.

Ce rapport, intitulé Hungary: Violent attacks against Roma in Hungary: Time to investigate racial motivation, met en évidence les répercussions des crimes à caractère raciste sur les personnes et les communautés qui en sont victimes, ainsi que sur la société en général. Il montre également que les carences de la justice hongroise empêchent de prévenir et de lutter efficacement contre ces attaques.
Entre janvier 2008 et août 2009, en Hongrie, les Roms ont été victimes d'une série de tirs et d'attaques au cocktail Molotov au cours de laquelle six personnes ont été tuées : un couple d'une quarantaine d'années, un homme âgé, un père et son fils de quatre ans et une mère célibataire dont la fille de 13 ans a été blessée.

« Les autorités hongroises ont le devoir d'empêcher les discriminations et de veiller à ce que justice soit rendue pour les victimes de crimes haineux. Ce devoir comprend l'obligation d'enquêter afin de déterminer si ces agressions, entre autres, ont été motivées par des préjugés ou des sentiments racistes ou de haine à l'égard d'une ethnie », a déclaré Nicola Duckworth, directrice du programme Europe et Asie centrale d'Amnesty International.

Lire la suite de cet article d'Amnesty International

jeudi 28 octobre 2010

La Hongrie critiquée par un comité de l'ONU

Les experts du Comité des droits de l’homme de l’ONU ont sévèrement critiqué jeudi la situation des Roms en Hongrie, estimant qu’ils étaient victimes de «discriminations» et de «mauvais traitements».

Un Comité des droits de l’homme de l’ONU s’est penché sur la situation des Roms en Hongrie et a livré ses conclusions ce jeudi. Les Roms subissent des «mauvais traitements continus et un profilage racial… de la part de la police», écrivent les 18 experts dans leurs conclusions du rapport périodique de la Hongrie, examinant les mesures prises par ce pays pour se conformer au Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Cette minorité est la cible, selon les experts, de «déclarations virulentes et généralisées (émanant) de personnalités publiques, des médias, et des membres de la Magyar Garda», l’ancienne «Garde hongroise» officiellement dissoute et qui s’en prend habituellement aux juifs et aux Roms.

«Ils (les Roms) forment une minorité très importante en Hongrie» et souffrent de «préjudices et de discriminations de façon très répandue», a expliqué un des membres du Comité de l’ONU, Michael O’Flaherty, en conférence de presse.

L’expert irlandais a toutefois précisé que le Comité avait «parlé avec la Hongrie», estimant que ses représentants avaient «reconnu à quel point les attitudes de la société doivent être modifiées».

A partir du 1er janvier, la Hongrie, où vivent quelque 700.000 Roms, assumera la présidence tournante de l’Union européenne et a déjà annoncé que l’intégration des Roms serait l’un des trois sujets sur lesquels elle désirait mettre l’accent.

AFP relayée par le Temps