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vendredi 28 septembre 2012

Responsabilités des Etats européens à l'égard des demandeurs d'asile

Un pays de l’UE voyant arriver sur son territoire un demandeur d’asile doit lui garantir les conditions matérielles nécessaires pour bénéficier d'un niveau de vie digne, a tranché jeudi la Cour européenne de justice (CEJ).

Cette obligation s'impose même si cet Etat prévoit de transférer le demandeur vers un autre pays de l’UE, comme le lui permet la législation européenne en matière d'asile, a souligné la Cour. La Cour de Luxembourg devait se prononcer dans une affaire opposant l’Etat français à deux organisations françaises responsables des réfugiés, la Cimade et le Gisti.

La Cimade et le Gisti avaient saisi le Conseil d’Etat français pour obtenir l’annulation d’une circulaire ministérielle du 3 novembre 2009 qui excluait d’une allocation financière les demandeurs d’asile dont la demande avait été déposée en France mais était censée être examinée ailleurs dans l’UE. Le Conseil d'Etat avait porté l'affaire devant la CEJ. Certes, a rappelé la Cour dans son arrêt, la législation européenne sur le droit d'asile (dite Dublin II) stipule qu'un seul pays est responsable de la demande d'asile: le pays d’arrivée du demandeur. Selon les critères de Dublin II, un demandeur qui introduirait une demande dans un autre Etat membre devait donc être transféré vers le pays d’arrivée.
Mais, a souligné la CEJ, le second Etat n'est pas pour autant exempté de ses responsabilités. Il faut donc, souligne l'arrêt rendu jeudi, que les normes minimales pour l’accueil des demandeurs, fixées par une loi européenne de 2003, (soit un logement, de la nourriture, des vêtements, qu’ils soient fournis en nature ou sous forme d’allocation) s’appliquent à tous les demandeurs d’asile, même à ceux dont la demande doit être examinée dans un autre Etat.

Fenêtre sur l'Europe

Vers l'arrêté de la Cour européenne de Justice

mardi 15 mai 2012

Découvert après plus de vingt heures sous le capot

afghan moteur C’est l’édifiante histoire d’un Afghan qui a tenté de passer clandestinement de Grèce en Italie.

Les agents de la police des frontières du port de Bari, dans les Pouilles, n’avaient encore jamais vu ça. Alors qu’un minivan bleu débarquait du ferry Superfast 1 en provenance de Patras, la grande nervosité du conducteur auquel ils demandaient ses papiers leur a mis la puce à l’oreille.

Après un rapide contrôle du véhicule, ils ont fini par ouvrir le capot, rapportait hier l’agence italienne de presse ANSA. Et là: stupéfaction! A moitié asphyxié, un jeune homme se cachait, recroquevillé dans une niche aménagée entre le radiateur et la calandre du véhicule. Il s’y trouvait depuis plus de vingt heures avec pour seule isolation contre la chaleur du moteur un simple coussin.

Après avoir repris ses esprits, le clandestin a pu raconter son odyssée. Agé de 18 ans, ce jeune Afghan est l’une des innombrables victimes des réseaux qui promettent l’eldorado. Pour son passage ver l’Europe, il a dû débourser 6000 euros: les économies de huit ans, patiemment accumulées alors qu’il travaillait auprès d’une famille aisée de Kaboul, qui l’avait recueilli après l’exécution de ses parents par les talibans.

Quant au conducteur du minivan et sa compagne, deux Bulgares de 24 et 39 ans, ils ont immédiatement été arrêtés et inculpés pour complicité de passage illégal de frontière. En poussant leurs investigations, les policiers ont découvert que le mari de la Bulgare – vraisemblablement membre de la même organisation criminelle – avait été arrêté le 30 avril par leurs collègues de Brindisi. Condamné précédemment pour les mêmes activités, il doit encore effectuer une peine de 2 ans et demi de prison.

Bernard Bridel

jeudi 10 mai 2012

Une force dangereuse qui monte, le social-nationalisme

jn cuénod réflexions 24h ns La crise européenne a fait émerger une force qui prend de l’ampleur à chaque rendez-vous électoral, le social-nationalisme. Précisons d’emblée les termes. Le mot «populisme» – utilisé à tort et à travers pour qualifier l’extrême droite contemporaine – ne signifie rien. Dans une démocratie, les politiciens doivent forcément s’adresser au peuple, prendre en compte son avis et donc faire du «populisme».

Jusqu’ici, l’extrême droite actuelle a relevé surtout du national-libéralisme, comme l’UDC blochérienne, le Parti du progrès norvégien, celui de la Liberté aux Pays-Bas et d’autres formations de ce genre, actives surtout au nord de l’Europe.

Ces mouvements politiques défendent des thèmes xénophobes et racistes visant les immigrés et l’islam. Mais aucun d’entre eux ne remet en cause l’ordre démocratique; d’autant plus que, jusqu’à maintenant, ils n’ont pas à se plaindre du verdict des urnes. En outre, ils sont, pour la plupart, des partisans de l’économie libérale. Enfin, ces nationalistes libéraux n’organisent pas de milices. Il s’agit avant tout de formations bourgeoises.

L’autre extrême droite qui se développe aujourd’hui tient un discours différent et constitue un danger bien plus vif pour la démocratie. Il s’agit du social-nationalisme, le terme de national-socialisme renvoyant à une situation allemande de l’entre-deux-guerres qui ne correspond pas à notre époque. Toutefois, comme le fascisme originel italien et allemand, dont elle est l’héritière en ligne plus ou moins directe, cette extrême droite mêle dans son idéologie protection sociale, glorification de l’identité «raciale» et affirmation nationaliste. Elle prospère actuellement dans l’est et le sud-est de l’Europe. Son représentant grec, Aube dorée, vient d’entrer au parlement d’Athènes avec 21 députés sur 300. S’appuyant sur les mêmes bases idéologiques et de semblables méthodes violentes, le Jobbik hongrois dispose de 47 parlementaires sur 386 et l’Ataka bulgare, de 21 sur 240.

Sur de nombreux points, cette extrême droite se situe en rupture avec le national-libéralisme. Plus qu’au sein de la bourgeoisie, elle recrute dans les milieux populaires. Loin de défendre le libéralisme économique, elle le voue aux gémonies. Mais, surtout, le social-nationalisme se distingue par l’emploi qu’il fait de ses milices. Aube dorée et Jobbik disposent de groupes organisés militairement, qui investissent certains villages ou quartiers pour tabasser les immigrés et les Roms. Si le national-libéralisme reste dans les clous de la démocratie, le social-nationalisme en sort carrément.

Dans un Etat de droit, le monopole de la violence légitime doit rester dans les mains d’une force neutre, agissant sous le contrôle du pouvoir judiciaire. C’est pourquoi la police et la préservation de son monopole deviennent un thème politique majeur.

Jean-Noël Cuénod, Paris, dans 24 Heures

dimanche 8 avril 2012

L’horizon est encore bouché

Malgré les efforts des ONG et les fonds de l’UE, la principale minorité européenne ne vit pas mieux qu’il y a 10 ans. Un manque de suivi à Bruxelles, la corruption des responsables locaux et le désintérêt des Etats en sont les raisons principales.

famille rom

Le 8 avril est la journée internationale des Roms, mais une part importante des 12 millions d’entre eux qui vivent en Europe vit encore dans une pauvreté accablante. Les tensions ethniques s’accentuent, comme on a pu le constater avec les attaques des campements roms en Italie en 2008 ou les intimidations auxquelles se livrent des paramilitaires racistes en Hongrie.

En septembre dernier, des milliers de Bulgares sont descendus dans la rue, en criant des slogans comme "Les tziganes, il faut en faire du savon". "Le traitement réservé aux Roms est le test décisif de la démocratie", affirmait prophétiquement feu le président tchèque Václav Havel en 1993. La transition vers le capitalisme a eu des conséquences désastreuses pour les Roms.

Sous le régime communiste, ils avaient un emploi et étaient logés et scolarisés gratuitement. A présent, beaucoup perdent leur emploi, leur logement, et le racisme à leur encontre ressurgit impunément.

Le rôle limité de l'UE

A la fin des années 1990, la perspective de l’adhésion à l’UE de certains pays d’Europe centrale et orientale a laissé entrevoir une amélioration. "Les responsables roms étaient très enthousiastes", se souvient l’ancien député européen Jan Marinus Wiersma. Les pays candidats à l’adhésion adaptaient leur législation à celle de l’UE et proposaient des projets.

Ce n’était que de la poudre aux yeux, disent désormais les ONG et les militants des droits des Roms. En Bulgarie, par exemple, les Roms ont retrouvé massivement un emploi, d’après les chiffres officiels.

"En réalité, ils se sont retrouvés quelques mois plus tard à la rue", dit à Sofia la chercheuse bulgare Ilona Tomova. "Nous, les pays postcommunistes, nous nous y connaissons en manipulation des chiffres. Mais l’Union ne s’en est pas rendue compte."

Maintenant que ces pays sont devenus des Etats membres de l’UE, Bruxelles ne peut plus utiliser la perspective de l’adhésion comme moyen de pression, estime Rob Kushen, directeur du Centre européen des droits des Roms (ERRC) à Budapest.

La Commission européenne est en outre liée par le principe de subsidiarité : "En ce qui concerne les Roms, ce sont les pays membres qui jouent un rôle déterminant en matière d’enseignement, d’emploi, de logement et de santé. Notre rôle se limite à coordonner", dit Matthew Newman, porte-parole de Viviane Reding, la commissaire chargée des Droits fondamentaux et de la Justice.

Bruxelles peut toutefois influer sur la politique par le biais des fonds européens. Pour la période 2007-2014, par exemple, la République tchèque, la Roumanie et la Slovaquie ont reçu chacune 172 millions d’euros spécialement affectés à la question rom.

Les pays membres où vivent des Roms peuvent aussi déposer des demandes au titre de programmes sociaux plus étendus. Cette cagnotte représente au total 17,5 milliards d’euros.

La Slovaquie avait obtenu 200 millions d’euros pour un nouveau programme. De 2001 à fin 2006, Klara Orgovanova a travaillé dans ce pays avec une équipe de 30 personnes.

Comment l'argent des subventions disparaît

Mais en juillet 2006, le parti social-démocrate [SMER-SD] est arrivé au pouvoir et a formé une coalition [jusqu’en 2010] avec le Parti national slovaque [SNS], dont le leader, Ján Slota, estimait que les Roms se domptent avec un "long fouet dans une arrière-cour".

Ensuite, le plus gros de la somme a "disparu", transformée en de nouveaux feux tricolores, des équipements technologiques pour les hôpitaux ou des clubs de football où aucun Rom ne joue. Quant à Klara Orgovanova et son équipe, elles ont été licenciées.

Parfois, l’argent est empoché par des ONG factices ou vient grossir les salaires des hauts fonctionnaires corrompus. C’est ce qu’affirment certains eurodéputés, comme [l’ancienne élue] Els de Groen, des militants des droits des Roms et des journalistes, comme ceux du collectif BIRN (Balkan Investigative Reporting Network).

Cela dit, l’argent n’est pas toujours détourné volontairement. Les demandes de subventions sont compliquées et exigent une bonne compréhension du jargon de l’UE.

Face aux épisodes racistes et à la tentative de fichage des Roms en Italie en 2008 et surtout après les expulsions de Roms de France en 2010, la Commission s’est limiteé à invoquer une violation de la libre circulation, non pas de l’égalité de traitement et l’égalité raciale.

Une réaction jugée très insuffisante par les organisations des droits de l’homme. Cette réserve de la Commission est due au fait que "la discrimination et le sentiment anti-tzigane sont un sujet politique bien plus brûlant", estime Nele Meyer, d’Amnesty International.

"La Commission ne peut jouer le rôle de super-gendarme des droits fondamentaux", fait remarquer de son côté Matthew Newman. Ce dernier souligne aussi le "faible taux d’absorption" des subventions de l’UE destinées aux Roms : "Les demandes ne portent que sur une partie des fonds. Les Roms ne sont pas une  priorité politique".

D’après Valeriu Nicolae, lui-même rom et directeur du Centre des politiques pour les Roms et les minorités de Bucarest, les fonds affectés aux Roms par Bruxelles sont très insuffisants : "la Roumanie a reçu pendant la période 2007-2013 environ 230 millions d’euros. Nous avons un million de Roms. Cela ne représente pas même 20 centimes par Rom et par jour."

Pourquoi la Commission ne met-elle pas en place un commissaire chargé des minorités ? "Les pays membres ont peur qu’il commence aussi à s’intéresser aux Hongrois en Roumanie ou aux Basques en Espagne", note Jan Marinus Wiersma. Quant au hongrois Kinga Göncz, député européen, il évoque une peur "compréhensible" : "Les pays pourraient alors penser : ‘Parfait, c’est Bruxelles qui va s’en charger.’"

Depuis les drames qui se sont produits en Italie et en France, l’Union semble entrer en mouvement. En avril 2011, le Conseil européen a décidé d’établir un cadre européen commun, sous la forme de "stratégies nationales d’intégration des Roms".

Lívia Járóka – seule député européen d’origine rom – se montre optimiste car on met davantage en avant l’intérêt socioéconomique de l’intégration des Roms. "Car les politiciens ne vont pas purement et simplement aider les Roms".

Mais là encore, la Commission s’en remet finalement aux Etats pour trouver une solution. La Hongrie actuelle montre ce que cela peut donner dans la pratique. "Le gouvernement de Viktor Orbán a récemment abaissé l’âge maximal de la scolarisation obligatoire, si bien que les enfants roms peuvent quitter l’école plus tôt", dit Rob Kushen de l’ERRC.

Cela montre à quel point il est difficile d’obtenir de quelconques mesures en faveur des Roms dans le climat actuel. Viktor Orbán est confronté en Hongrie, comme dans d’autres pays européens, à une opposition d’extrême-droite : Jobbik, un parti ouvertement anti-Roms. "La démocratie consiste aussi à défendre les minorités. Mais Viktor Orbán ne semble pas le comprendre. C’est justement l’avertissement que lançait Havel en 1993", souligne Rob Kushen.

Hellen Kooijman pour Mondiaal Nieuws, traduction : Isabelle Rosselin sur Presseurop

samedi 7 avril 2012

Le grand retour des Européens du sud

Italiens, Portugais, Espagnols ou Grecs arrivent en nombre. La Suisse leur offre des perspectives.

Ilot de prospérité dans une zone euro en crise, la Suisse fait à nouveau figure d’eldorado pour les Européens du Sud. Privés de perspectives dans leur pays, Espagnols, Portugais, Italiens et Grecs sont de plus en plus nombreux à choisir l’émigration et à se tourner vers la Suisse.

Les derniers chiffres fournis au Temps par l’Office fédéral des migrations (ODM) parlent d’eux-mêmes: alors que les Allemands caracolent toujours en tête du classement des nouveaux résidents (+12 601 en 2011), ils sont en passe d’être rattrapés par les Portugais (+11 018). Et le solde migratoire (différence entre les entrées et les sorties) des Espagnols, des Italiens et des Grecs, négatif jusqu’en 2007, a retrouvé des valeurs fortement positives. Le nombre de nouveaux résidents espagnols est ainsi passé de +126 en 2008 à… +2586 en 2011. L’an passé, la population italienne en Suisse a augmenté de 5318 individus. Pour les Grecs, les valeurs sont largement inférieures, mais augmentent très vite: 759 nouveaux résidents en 2011, contre 364 en 2008 (chiffres nets). Au total, sur les 75 000 étrangers qui ont élu domicile en Suisse en 2011, un tiers viennent de ces quatre pays.

Signe d’embellie

Le taux de chômage en Suisse (3,1%) n’augmentant que très lentement, l’économie nationale semble capable d’absorber ces arrivants, malgré le ralentissement. Faut-il y voir le signe d’une embellie? «C’est une hypothèse que l’on peut émettre, confirme Bruno Parnisari, chef du secteur conjoncture au Secrétariat d’Etat à l’économie. Il se peut que le creux de la vague soit passé et que cela s’observe dans les chiffres de l’immigration.»

Même si le beau fixe devait encore se faire attendre, la Suisse reste un pays de cocagne en comparaison avec ses voisins européens. «Et cette différence relative n’est pas près de disparaître, poursuit Bruno Parnisari. En Italie, le chômage des jeunes a atteint les 30% et il frise les 50% en Espagne. Ici, il est à 3,5%…»

La construction, les industries horlogère et pharmaceutique, le secteur public – particulièrement la santé – ou l’hôtellerie et la restauration: nombreux sont les secteurs qui continuent d’engager et offrent des perspectives à cette immigration. Laquelle, selon l’ODM, comprend aussi bien des personnes hautement qualifiées que sans qualification.

Pourtant, l’eldorado helvétique pourrait se transformer en miroir aux alouettes pour bien des candidats. «La situation n’a rien à voir avec les années 1960 ou 1970, prévient la députée genevoise d’origine espagnole Loly Bolay (PS). A l’époque, l’économie suisse tournait à plein et avait besoin de main-d’œuvre. Aujourd’hui, c’est très différent. Je passe mon temps à alerter mes compatriotes dans la presse espagnole. Je leur dis de ne surtout pas venir en Suisse sans contrat de travail. En Galice, tout le monde connaît quelqu’un qui a bien réussi en Suisse. Dans la tête des gens, c’est toujours l’eldorado. Ça me fait mal au cœur de les décourager, mais je dois leur dire la vérité: ils risquent de faire concurrence aux chômeurs locaux, ils auront de la peine à se loger et tous ne trouveront pas du travail.»

Ce message porte-t-il ? Pas sûr: «C’est le chaos en Espagne et les gens savent que ça ne sert plus à rien d’aller en France ou en Italie, alors ils viennent quand même.»

Alexis Favre dans le Temps

vendredi 14 octobre 2011

Racisme anti-Roms en Europe, l'alerte bulgare

Depuis près de deux semaines, la Bulgarie connaît de violentes manifestations racistes anti-Roms. Organisées par l'extrême droite, en particulier le parti Ataka ("Attaque") rejoint par des hooligans, elles se déploient dans une vingtaine de villes du pays, rassemblant plusieurs milliers de personnes. Lors des défilés, des slogans néonazis tels "les Roms en savon !" sont scandés par la foule.

Le point de départ de ces manifestations racistes a été un meurtre perpétré dans la petite ville de Katounitsa par les hommes de main du parrain de la mafia rom locale. Cependant, confondre le point de départ de l'incendie avec ses causes profondes serait une erreur criminelle.

Si ces manifestations rassemblent autant et aussi violemment, c'est que le terrain, travaillé depuis de nombreuses années, est désormais propices à de tels agissements, qui concernent la Bulgarie aujourd'hui mais qui pourraient concerner d'autres pays européens demain. Plusieurs raisons peuvent expliquer cet état de fait.

Tout d'abord, les stéréotypes et les préjugés stigmatisant les Roms ou d'autres catégories de populations (musulmans, immigrés, juifs…) s'expriment avec de plus en plus de facilité et circulent en toute permissivité partout sur le continent. Or les tabous sur la parole raciste et antisémite sont nécessaires à une société démocratique.

Ensuite, cela fait maintenant de nombreuses années que les Roms sont, dans toute l'Europe, la cible d'insupportables actes de violence sans que cela ne suscite de justes et fortes protestations politiques ou de la société civile.

Par exemple, en Hongrie, des individus sont assassinés parce que Roms. A Baia Mare et Tarlungeni en Roumanie, comme à Michalovce, Košice, Prešov et Svinia en Slovaquie, ils sont concentrés dans des ghettos où les conditions de vie sont indignes. En Serbie, en Moldavie, comme en France et en Allemagne, ils sont victimes de discriminations quotidiennes.

Ainsi, le peu de réactions que ces violences ont suscitées jusqu'à présent permet un passage à l'acte plus aisé aujourd'hui, en Bulgarie comme ailleurs. Enfin, l'extrême droite s'est organisée, structurée et renforcée ces dernières années partout en Europe.

Les partis d'extrême droite remportent des succès électoraux, comme le Jobbik en Hongrie, le Parti de la Liberté aux Pays-Bas, ou Ataka en Bulgarie. Les mouvements d'extrême droite exercent une influence sur certains partis de gouvernements, comme au Danemark, et séduisent de plus en plus de personnalités.

Au moment où la construction européenne est en crise, l'extrême droite, sous ses différentes composantes, propose un véritable modèle de structuration politique du continent, fondé sur le racisme et les discriminations raciales. Ce projet est sous-tendu par l'esprit de "guerre civile européenne" et l'obsession de "l'ennemi intérieur" à identifier et à exterminer et qui serait, selon les moments et les pays, le musulman, le Rom, le juif, etc.

A l'opposé de ce funeste projet, dont la mise en acte à la suite d'une prise de pouvoir des extrêmes droites européennes ne peut être totalement exclue, les sociétés civiles européennes antiracistes s'unissent désormais pour faire vivre un modèle européen véritablement démocratique car débarrassé du racisme, de l'antisémitisme et des discriminations raciales.

Samedi 1er octobre fut à ce titre un jour fondateur. Ce jour-là, les sociétés civiles de nombreux pays européens, menées par les organisations antiracistes membres de l'EGAM et leurs partenaires Roms, se sont mobilisées ensemble pour la première "Roma Pride".

Elles ont notamment exprimé leur rejet du racisme et leur solidarité avec les Roms bulgares, fait pression sur les autorités européennes, nationales et locales pour qu'elles réagissent fermement aux violences racistes en protégeant la population et les organisations Roms.

En Norvège, au Danemark, en Belgique, en France, mais également en Roumanie, où près de 400 personnes ont défilé dans la plus grande manifestation de l'année, et en Bulgarie, où des rassemblements publics se sont tenus dans 15 villes malgré les menaces, des dirigeants associatifs, des politiques, des intellectuels, des artistes et des milliers d'autres personnes se sont rassemblés pour faire Europe ensemble. Une Europe des valeurs partagées d'égalité et de dignité, une Europe construite par les actions communes des sociétés civiles en mouvement.

Le silence assourdissant, politique et militant, lors des ratonades de janvier 2010 contre les migrants noirs de Rosarno, dans le Sud de l'Italie, qui avait donné le coup d'envoi de la constitution de l'EGAM, paraît lointain.

Désormais, c'est avec force et conviction que les sociétés civiles européennes s'unissent pour faire vivre le rêve européen d'un continent débarrassé du racisme, de l'antisémitisme et des discriminations raciales.

Benjamin Abtan, secrétaire général du European Grassroots Antiracist Movement (EGAM), dans la rubrique Point de Vue du Monde

lundi 10 octobre 2011

Le grand retour des Portugais

Industrie à l’agonie, chômage, cures d’austérité. Depuis 2008, le Portugal est en crise. Et ses ressortissants viennent à nouveau chercher du travail en Suisse.

Marre d’enchaîner les contrats précaires, de pointer au chômage, de crouler sous les dettes. Entre 50 000 et 100 000 Portugais fuient chaque année un pays sinistré, lessivé par la crise et en pleine récession. Nombre d’entre eux mettent le cap sur la Suisse, attirés par les bons salaires et la qualité de vie. Cette histoire n’est pas nouvelle. Elle nous rappelle les années 80, où des milliers de Portugais, les fameux saisonniers, débarquaient en Suisse pour servir de main-d’œuvre dans les exploitations agricoles ou l’hôtellerie.

Trente ans plus tard, la Suisse reste cette terre d’immigration pour les natifs de Faro ou de Porto. Même si le profil des chercheurs d’emploi a évolué. Depuis 2002 et l’accord sur la libre circulation, le nombre d’immigrés portugais a pris l’ascenseur. Avec un pic en 2007-2008, après l’abandon des contingents. Et l’afflux se poursuit. De mai 2010 à mai 2011, la communauté portugaise en Suisse a crû de 8467 personnes, soit la plus forte augmentation après les Kosovars et les Allemands. Et l’exode ne devrait pas faiblir, tant les nouvelles sont mauvaises du côté de Lisbonne.

L’exode des universitaires

On vient en Suisse – de préférence sur l’arc lémanique, en Valais, à Fribourg, dans les Grisons ou à Zurich – par le bouche-à-oreille. Chacun connaît un beau-frère ou une cousine installée de longue date. C’est le cas de Cristina Simões. «Pour vivre une vie décente», cette quadragénaire a rejoint sa sœur à Lausanne en février dernier. Elle a quitté un boulot d’employée d’administration au Portugal pour un job de femme de chambre à Epalinges. En abordant les rives vaudoises du Léman, elle a ainsi rejoint la plus grande communauté lusitanienne de Suisse (48 000 personnes), alors que 34 000 Portugais vivent à Genève.

«Presque tous les jours, des compatriotes m’appellent pour savoir s’il y a du travail ici», explique Manuel Fazendeiro, secrétaire syndical portugais chez Unia Genève, qui observe depuis le début de l’année un afflux de Portugais à la recherche d’un emploi. Une tendance confirmée chez Manpower. Qui sont ces migrants? «On voit deux nouveaux types de population, observe Manuel Fazendeiro. Des anciens immigrés qui étaient retournés au pays et reviennent en Suisse, poussés par la crise. Et les jeunes, qui sortent des études, bien formés, mais ne trouvent pas de boulot là-bas.»

Au final, jeunes et moins jeunes décrochent souvent un premier emploi précaire: ils nettoient, travaillent dans les métiers du bâtiment ou de l’hôtellerie-restauration. «Ces travailleurs sont très mobiles», précise Thierry Bösiger, responsable du secteur bâtiment dans les filiales vaudoises et valaisannes de Manpower. Certains sont prêts à trimer pour des salaires de misère. Fin septembre, Unia dénonçait un chantier à Aclens, où les ouvriers étaient payés 3,15 euros de l’heure. Parmi ces récents migrants également attirés par le franc fort, beaucoup d’hommes jeunes qui viennent seuls. Mais pas seulement. A Lausanne, le nombre d’élèves portugais dans les classes d’accueil est en nette augmentation depuis trois ans, constituant le quart des effectifs.

Le rêve du retour

Resteront-ils sur les bords du Léman ou retourneront-ils sur les rives du Tage? Entre 1996 et 2010, malgré le nombre élevé d’arrivées en Suisse, celui des Portugais qui quittaient notre pays était plus important encore. En Suisse romande, la tendance s’est nettement inversée. Fin connaisseur de la communauté lusitanienne et prof à l’Université de Lausanne, Antonio Da Cunha observe: «Les jeunes urbains qui émigrent aujourd’hui s’adaptent mieux que leurs aînés, peu formés, qui avaient souvent quitté les zones rurales du centre du pays. Mais je vois une constante dans les comportements migratoires de mes compatriotes: il y a toujours ce rêve du retour, une fois que la situation se sera améliorée au pays.»

Martine Clerc dans 24 Heures

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vendredi 16 septembre 2011

Contrôles aux frontières, les pays de Schengen ne pourront plus agir seuls

Les Etats membres de l’Espace de Schengen, dont la Suisse, ne pourront plus décider seuls de rétablir des contrôles aux frontières. La Commission européenne veut avoir son mot à dire.

La Commission européenne ne veut plus laisser aux Etats membres de l’espace Schengen, dont la Suisse, le soin de décider seuls de rétablir les contrôles à leurs frontières. Ils devront avoir le feu vert de Bruxelles lors d’événements «prévisibles» et «imprévisibles».  En vertu d’un projet présenté vendredi par la Commission européenne, le champ des possibilités offertes aux gouvernements pour demander bientôt un tel retour aux contrôles sera élargi. Il inclut un événement tel qu’une vague d’immigration massive ou les défaillances d’un pays de l’Espace Schengen apparues dans la surveillance de ses frontières.

Actuellement, les 25 pays membres de l’espace Schengen, dont la Suisse, peuvent décider de rétablir temporairement les contrôles de leur propre chef en cas de menaces terroristes ou de grands événements comme un sommet de chefs d’Etat ou une compétition sportive.  En introduisant un mécanisme qui de facto constitue une clause d’exclusion temporaire de Schengen, la Commission vise aussi sans les nommer des pays comme la Grèce, qui a de la peine à empêcher le passage d’immigrants clandestins via sa frontière avec la Turquie.  En contrepartie, Bruxelles veut que les gouvernements ne décident plus à leur guise de rétablir les contrôles. Ils devront demander l’autorisation à la Commission et justifier en détail les requêtes. L’exécutif européen soumettrait ensuite ces demandes à l’approbation des Etats membres.

La décision serait prise par un comité au sein duquel siègent tous les pays de l’Espace Schengen, dont la Suisse, la Norvège et l’Islande, qui ne font pas partie de l’Union européenne. Mais seuls les Etats membres de l’UE auraient le droit de se prononcer sur ces demandes.  Dans des «situations d’urgence», les gouvernements pourront encore rétablir les contrôles sans feu vert préalable de Bruxelles, mais pendant une période limitée à cinq jours. Passé ce délai, Bruxelles serait alors chargée d’évaluer les conditions de sécurité, éventuellement en dépêchant des enquêteurs sur le terrain.

La Suisse va examiner attentivement la proposition de la Commission et prendra ensuite position, a déclaré à l’ats Guido Balmer, porte-parole du Département fédéral de justice et police (DFJP). Sur le principe, Berne estime que la libre-circulation des personnes ne doit être limitée que dans des «situations extrêmes». M. Balmer a ainsi salué la définition de critères clairs pour justifier une telle décision.  Et de rappeler que la Confédération a déjà souligné qu’à son avis la compétence de réintroduire des contrôles aux frontières doit rester du ressort des Etats membres. En mai, la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga avait ainsi déclaré à Bruxelles que la Confédération n’était «pas la seule» à trouver une telle proposition inconcevable.  L’objectif de la réforme est aussi de rassurer des pays comme la France. Paris avait ainsi réclamé des changements en début d’année après l’arrivée sur son sol d’immigrants fuyant les pays arabes.

Catherine Cossy dans le Temps

jeudi 18 août 2011

Maroc : forte poussée de l’immigration clandestine vers l’Espagne

Les côtes espagnoles sont régulièrement prises d’assaut par les candidats à l’immigration clandestine en ce mois d’août, où le climat favorable favorise les tentatives à la nage, ou par bateau. La presse espagnole rapporte près de 150 personnes sauvées près des côtes espagnoles depuis dimanche dernier. Parmi eux, des Marocains. Les autres, pour la plupart avaient pris le départ depuis les plages marocaines. 

Gil Arias, directeur adjoint de l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures (Frontex), affirmait récemment que 2 600 personnes étaient entrées clandestinement en Espagne depuis le début de l’année. Le détroit de Gibraltar se présente comme la principale voie d’entrée de ces immigrés clandestins, car au début du mois d’août en cours, on ne comptait pas moins de 1400 personnes qui auraient atteint les côtes andalouses en partant d’Afrique du nord, depuis le 1er janvier 2011. Il faut désormais y ajouter les 147 personnes recueillies près des côtes espagnoles depuis le début de la semaine.

La presse espagnole rapporte en effet que les services de la Guardia Civil, du Sauvetage maritime et de la Douane espagnole ont intercepté depuis dimanche dernier, 8 embarcations au large des côtes d’Almeria, Melilla, Murcie, Motril, et Tarifa.

Le Maroc, l'un des principaux pourvoyeurs

Parmi les candidats à l’immigration clandestine interceptés en ce début de semaine, on retrouve une bonne partie originaire du Maghreb, dont des marocains. 3 embarcations transportant 59 Maghrébins ont ainsi été escortées par les autorités espagnoles d’Almeria, tandis que 11 autres réussissaient à regagner la terre ferme, avant d’être repris par les forces de sécurité de la même ville. De même, 14 adultes d’origine maghrébine ont été interceptés à Motril, et 5 Marocains ont été interceptés dans un canoë gonflable au large au Tarifa.

Pour le reste, il s’agissait de Subsahariens, dont un bon nombre est parti des côtes marocaines.  On a d’ailleurs recensé, au cours des derniers jours, un nombre important de clandestins qui ont rallié à la nage l’enclave espagnole de Ceuta, frontalière de provinces marocaines.

L’Espagne et le Maroc sous pression

La pression de l’immigration clandestine en Espagne est telle que les capacités d’accueil des centres pour immigrés sont largement dépassés. Dans les présides espagnols de Ceuta et Melilla, ces centres d’accueils abriteraient actuellement 700 pensionnaires chacun, soit 200 de plus que leurs capacités initiales. Le constat est le même pour les centres pour mineurs non accompagnés. A Melilla, le Centre pour mineurs de la Purisima accueille ces derniers temps, entre 130 et 140 pensionnaires, alors qu’il a été conçu pour en supporter 120.

Alors que le voisin ibérique a de plus en plus de mal à faire de la place pour les personnes à l’assaut de son Eldorado, le Maroc a constamment été appelé en renfort au cours des derniers mois. En juillet dernier, des hauts fonctionnaires espagnols avaient effectué des visites à Rabat pour aborder la question du contrôle des frontières entre les deux pays. La pression ne faiblissait pas lors du début du mois d'août avec Miguel Marin, président de l'éxecutif de Melilla ou le député de Ceuta Francisco Marquez de la Rubia. Le Maroc a très vite réagi vu qu’au cours des derniers jours, la marine marocaine à aider à intercepter près de 90 candidats à l’immigration clandestine qui s’apprêtaient à regagner Ceuta. Malgré l'inflation de l'immigration clandestine récemment constatée, les responsables espagnols ont tenu à saluer les efforts du Maroc.

L’autre volet de l’action marocaine est la réadmission des clandestins subsahariens refoulés depuis l’Espagne. Il y a deux ans, le Premier ministre espagnol Zapatero, citait d'ailleurs le royaume en exemple, en plaidant pour un accord sur la réadmission des clandestins refoulés de l’Europe, dans les pays d’origine ou de transit de ces migrants. S'il le Maroc joue bien le rôle de gendarme de l'immigration clandestine espagnole, est-il prêt à jouer aussi bien celui de terre d'accueil pour les refoulés d'Europe. Une chose est sûre en tout cas, la contrepartie espagnole devra être assez convaincante pour que Rabat prenne sur elle.

Yann Ngomo pour Yabiladi

jeudi 11 août 2011

Le démantèlement des camps sauvages des Roms est-il efficace?

Lausanne a rasé les campements illégaux occupés par des Roms aux Prés-de-Vidy. Genève s’apprête à faire de même à la Jonction, où s’installent actuellement plusieurs personnes de cette communauté. Raser ces abris de fortune, est-ce pertinent?

Huit cabanons partis en fumée. Dont il ne reste que les gravats amiantés. Depuis fin juillet, les jardins familiaux des Prés-de-Vidy n’ont plus grand-chose de bucolique. Les autorités municipales ont rasé les maisonnettes où, naguère, il faisait bon passer le week-end en famille, installés les doigts de pieds en éventail dans les jardinets proprets. La raison de ces destructions ? Des dizaines de Roms avaient eu l’idée saugrenue de s’installer dans ces abris abandonnés. Ou plutôt non, des fouilles archéologiques devaient de toute façon être entreprises le 15 août. Erection du futur stade de foot oblige.

A Genève, pas de nouveau stade de foot à l’horizon. Mais les campements de fortune qui recommencent à fleurir depuis quelques jours sous le pont de la Jonction, devraient quand même subir le même sort sous peu. Seize « opérations de ramassage » (les abris ne sont pas en dur) d’effets personnels ont été menées dans la cité de Calvin depuis le mois de janvier. Au total, on parle de cinq expéditions consistant à détruire les toits précaires depuis le début de l’année, contre une vingtaine l’année précédente.

Oui mais voilà. Raser ces abris précaires suffit-il à évacuer les Roms, pour repousser le capharnaüm qu’ils importent et le spectacle qu’offre leur communauté, souvent jugée débraillée et sans le sou? En Europe, chacun y va de sa petite solution (voir infographie) : destruction pure et simple des abris de fortune, distribution d’aides au retour « volontaire », ou programme d’intégration. Tour d’horizon des pratiques d’ici et d’ailleurs et des bilans tirés par nos voisins, France en tête, dont les bulldozers n’ont aussi fait qu’une bouchée des taudis de la communauté rom. Ce matin encore, à Marseille, une centaine de Roms ont été évacués des pelouses de la Porte d'Aix. Un an après ces opérations de destruction à grande échelle, quel bilan tire l’Hexagone ?

Population stable

Ils étaient 15 000 Roms « établis » en France. Et ils sont toujours estimés à 15 000. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir mis le paquet dans les opérations d’expulsion. En février dernier, le ministre de l’Intérieur français Brice Hortefeux, se targue d’avoir évacué « 70% des campements illicites ». En 2009 comme en 2010, quelque 9 500 Roms ont été reconduits à la frontière. Dans leur poche, une enveloppe de 300€ par adulte et 200€ par enfant. C’est ce qu’on appelle « l’aide au retour ». Contrainte ou volontaire.
Mais rien n’inverse la vapeur. Les statistiques restent les mêmes. Les Roms ne restent pas les bras croisés, assommés de voir leur « maison » partie en fumée. Ils se réinstallent plus loin. En France comme ailleurs en Europe, démantèlement ou pas, aide au retour ou non, leur nombre reste stable. On les estime à 10 à 12 millions sur le continent et quoiqu’on en pense, il va bien falloir « faire avec ».

"Parquer" les Roms

A moins de les « parquer » dans un bout du désert égyptien, comme l’avait suggéré, sans vergogne, le ministre des Affaires étrangères roumain, en 2007, suite à un fait divers au cours duquel une Italienne avait été assassinée par un ressortissant roumain. « J’étais au Caire, à proximité du désert, lorsque j’ai été informé des incidents qui avaient eu lieu à Rome », avait alors confié le chef de la diplomatie. Avant de poursuivre : « Je me suis demandé : pourquoi n’achèterions-nous pas un morceau du désert égyptien pour y mettre tous ceux qui nuisent à notre image ».
Plus sérieusement, les pays européens avancent en ordre dispersé pour que ces zones marginalisées n’existent plus (cliquez sur la carte pour plus de détails.

L’Europe se mobilise enfin

« Décennie de l’inclusion des Roms » lancée en 2005, premier sommet en 2008 pour le peuple rom, 40ème anniversaire de la journée internationale des Roms en avril 2011, rien n’y fait. La Commission européenne est toujours impuissante pour encourager ses Etats membres à intégrer ses Roms. A moins qu’à force de pousser le bouchon, l’Etat français n’ait mis un coup de pied dans la fourmilière bien malgré lui (cliquez sur la carte pour plus de détails).

Offusquée par les expulsions massives du chef de l’Etat français dès l’été dernier, la commissaire européenne à la Justice et aux droits fondamentaux, Viviane Reding était allée jusqu’à comparer ces « reconduites à la frontière » aux déportations perpétuées durant la deuxième guerre mondiale.

Branle-bas de combat. La Commission européenne se met en tête de créer une « task force » en septembre dernier. Le groupe réunit des ONG et les milieux proches des Roms. Le but ? Savoir  au juste comment le budget des Etats membres destinés aux minorités, Roms en tête, est utilisé.

Où va le budget de l'UE?

Car cette série d’expulsions, qui démontre à quel point les pays sont cabrés sur la question Rom, ne se font pas à défaut d’argent. Quelque 172 millions d’euros (sur 9, 6 milliards destinés à intégrer les  personnes défavorisées) ont été alloués pour la seule période 2007-2013 aux Roms.

D’ici décembre 2011, les Etats membres sont donc sommés de rendre des comptes. Ils doivent « préparer ou réviser leurs stratégies nationales » et les présenter à la Commission. La première minorité ethnique du Vieux-Continent s’invite enfin à la table de réveillon des gouvernements.

Marion Moussadek dans 24 Heures

mardi 2 août 2011

Tuerie d'Oslo : le signe extrême du glissement à droite en Europe

le monstre douxIl y a quelques mois, le politologue italien Raffaele Simone publiait « Le Monstre doux », dans lequel il analysait la « droitisation » générale de l'Europe. Il attribuait ce mouvement au fait que les gauches européennes n'avaient pas pu offrir d'alternative crédible, n'ayant pas compris à temps les mouvements sociologique et intellectuel profonds de nos sociétés.

Notre époque est devenue d'abord consommatrice, évidemment individualiste – ce à quoi la gauche prétend répondre par l'« autonomie », sans bien en définir les contours – pressée, changeante, « zappante » , médiatique.

Selon Raffaele Simone, la droite a su s'associer aux entreprises et aux médias pour exploiter au mieux ces évolutions, en promouvant une société de divertissement et de réponse de court terme – et médiatique – aux compulsions populaires.

Sous l'aile des promesses de droite, des personnes âgées

Ces facteurs se sont traduits, notamment, sous impulsion anglo-saxonne, depuis 1980, par une course générale à la baisse des taux d'imposition sur les hauts revenus et les entreprises, même de la part des sociodémocrates. Il n'y a pas de société sans impôt, mais quand l'individualisme gagne, et quand la société, peu à peu, se dissout, la baisse des taux d'imposition accompagne logiquement cette lente dissolution.

A ces facteurs de progression de la droite gouvernementale classique, dont l'archétype est la droite berlusconienne en Italie, s'ajoute, pour expliquer, en son sein, les progrès de son extrême – et la manifestation norvégienne de son « cerveau reptilien » – un autre mélange complexe composé :

  • du vieillissement général de l'électorat,
  • de la montée de la délinquance évidemment liée à la pauvreté,
  • de l'insuffisance des moyens du couple justice-police, pour y faire face.

Quand les inégalités s'élèvent, comme c'est le cas dans toute l'Europe, quand le chômage reste élevé un peu partout, au-delà même de sa baisse conjoncturelle liée à la reprise de 2010, il est « naturel » que la délinquance s'élève.

Et les personnes âgées, plus démunies face à elle, sont tentées de chercher l'aile protectrice des promesses de la droite. Promesses qu'elle ne peut pas tenir, car, par ailleurs, elle ne cesse de chercher à réduire les dépenses publiques, donc les moyens affectés au couple justice-police. La droite gouvernementale ne sort pas de ce dilemme.

C'est la faute des immigrés…

Mais la droite extrême, elle, s'en sort par un discours xénophobe, raciste, islamophobe. Le chômage ? La faute aux immigrés qui prennent les places des bons et « vrais » Européens ! En oubliant le « plafond de verre » qu'en France, au moins, l'on oppose encore dans nombre d'entreprises, à l'embauche et à la progression des jeunes issus de l'immigration.

En oubliant, plus prosaïquement, que, dans toute l'Europe, les jeunes en général, et, plus encore, bacheliers et diplômés de l'université, n'ont guère de goût pour les emplois d'éboueurs, de femmes de ménage et de serveurs dans les restaurants. Par qui les remplacer ? Par des immigrés, qui n'ont ensuite rien de plus pressé que d'obtenir la nationalité. Sans accepter, pour autant, de perdre leurs coutumes.

La délinquance ? A 70%, le fait des immigrés ! En confondant sciemment les immigrés récents et les nationaux issus de l'immigration ! Les statistiques « ethniques » des prisons, interdites en France, qui circulent sous le manteau, exposant le pourcentage élevé d'immigrés parmi les détenus, ont malheureusement toutes les chances d'être grossièrement exactes, car qui sont les victimes prioritaires de la crise économique latente depuis trente ans ?

Les fils et petits-fils des immigrés des années 60-70 et qui, études terminées à tous niveaux, ne trouvent pas d'emploi, et ne résistent pas aux petits, puis aux grands trafics.

Ajoutons, pour la France, la rémanence de la guerre d'Algérie, qui diminue lentement, mais dont on reconnaît bien l'existence aux drapeaux algériens qui ressortent lors des matchs de foot France-Algérie ou lors de quelques mariages de familles issues de l'immigration et de nationalité française.

… musulmans !

Reste la composante islamophobe ! Elle est évidemment colinéaire au rejet « économique » de l'immigré, car l'islam est la religion majoritaire chez les immigrés d'Europe. Aux Etats-Unis, elle est la conséquence du 11 Septembre !

Elle est liée aussi à quelques provocations intégristes, qui sont moins l'expression d'un islamisme extérieur et conquérant, qu'une affirmation individuelle identitaire face aux discriminations de toutes sortes dont sont victimes les immigrés.

Elle amène les fous de l'extrême droite à brandir les vieilleries historiques de la lutte contre les Maures et les Sarrasins.

Un vrai défi pour le candidat de la gauche

Le glissement général à droite de l'électorat, qui fait jaillir Marine Le Pen, comme les extrêmes droites dans toute l'Europe, déplace évidemment les centres de gravité électoraux respectifs, des candidats de droite, comme de gauche.

Nicolas Sarkozy l'a bien intégré, lui qui, en 2007, avait su capter les voix du Front national et qui s'efforce de les récupérer aujourd'hui, par des transgressions régulières de la frontière des deux droites.

Mais pour le candidat de gauche, c'est beaucoup plus compliqué ; Il doit d'abord, à contre courant, annoncer une hausse des impôts. Il faut évidemment l'intégrer dans une réforme de la fiscalité. Mais la moitié, voire les deux tiers de l'électorat, peut-être sa totalité, si l'on augmente la TVA, devra payer plus. Nicolas Sarkozy, l'attaquera immédiatement la dessus, même si, réélu, il devrait inévitablement se dédire et augmenter, à son tour, les prélèvements.

L'emploi, pour lutter contre la délinquance

Mais que faire s'agissant de la délinquance, face au discours sécuritaire et islamophobe ? Expliquer, inlassablement, qu'on doit aller aux racines du chômage, cause primaire de ces dérives.

Annoncer à des Français, qui gardent quand même, pour cette moitié là au moins, un minimum de raison et un attachement aux principes républicains, un vrai plan de développement industriel initié, promu, « cornaqué » par l'Etat, pour créer ou recréer des filières créatrices d'emplois.

Dire que l'emploi n'est pas suffisant pour réduire la délinquance, certainement ! Affirmer la nécessité de sanctions pour tous les délits, comme le dit d'ailleurs, le projet socialiste ? Sans aucun doute ! Réformer l'Education ? Bien sûr !

Mais la condition nécessaire du recul de la délinquance, donc du racisme et de l'islamophobie qu'elle suscite dans certaines populations, et des « manifestations » communautaires, c'est quand même bien l'emploi.

Jean Matouk sur Rue89

vendredi 29 juillet 2011

Christoph Blocher s’en prend massivement aux étrangers

A 70 ans, l’UDC revient pour les élections fédérales. Selon lui, la Suisse peut vivre sans accords bilatéraux.

Christoph Blocher est bien vivant. Le Zurichois, que l’on donnait pour mort suite à son éviction du Conseil fédéral en 2007, se présente au Conseil des Etats et au National en octobre. S’il a pris un petit coup de vieux, sa conviction de devoir sauver la Suisse contre l’immigration et l’Union européenne (UE) est intacte depuis 1979. A 70 ans, le vice-président de l’UDC mène sa dernière guerre. Pour la gagner, il est prêt à mourir sur scène. Interview.

N’êtes-vous pas trop vieux pour siéger au parlement?

Non, j’ai beaucoup d’expérience. C’est d’ailleurs pour cela que les Jeunes UDC sont venus me chercher. Mais j’avoue que j’ai un peu moins d’énergie qu’eux.

Ne craignez-vous pas la maladie ou le vieillissement?

Peut-être que ma santé me lâchera, mais, ces cinquante dernières années, je ne suis allé à l’hôpital qu’une fois pour une opération de l’intestin, lorsque je siégeais au Conseil fédéral. Personne n’en a rien su! Avec l’âge, j’aurai peut-être moins de repartie, mais, pour l’heure, je suis en pleine forme.

Etes-vous sur Facebook?

Face… quoi? ( Ndlr.: son porte-parole lui explique qu’il a dix profils à son nom, mais aucun compte officiel.) J’avoue que je ne suis pas un amateur de ces technologies. Je n’ai pas de télévision, je ne vais jamais sur internet et ne sais pas me servir d’un iPhone. Cela me permet de rester concentré sur l’essentiel.

L’essentiel se résume aux mêmes thèmes depuis 30 ans.

C’est qu’ils sont d’actualité! La Suisse doit rester autonome face à l’Europe. C’est pour cela que je veux revenir au parlement. Contrairement à ce que disent certains, je ne reviens pas pour me venger de mon éviction du Conseil fédéral, mais pour défendre mes idées.

L’une d’elles est la limitation de l’immigration en Suisse. Votre parti lance d’ailleurs une initiative pour renégocier la libre circulation avec l’UE. En tant qu’ancien patron, y croyez-vous ou cherchez-vous un thème de campagne?

Cette initiative permet certes de rappeler nos positions aux électeurs, mais je crois aussi que l’immigration est trop importante en Suisse. Elle fait augmenter les loyers, surcharge nos transports, met les salaires sous pression. Il faut réintroduire des contrôles aux frontières. S’assurer que les emplois sont offerts aux Suisses d’abord, et que les immigrés viennent seulement lorsqu’ils ont un contrat de travail. Et créer des contingents maximums chaque année.

Vous parler de pression sur les salaires. Pourtant votre parti a toujours refusé d’instaurer plus de contrôles et de mesures d’accompagnement.

Ces mesures sont des outils de régulation. Il est bête d’ouvrir les frontières s’il faut ensuite prendre sans cesse des mesures en plus. C’est une perte de temps de devoir vérifier chaque cas de dumping salarial. Il faut une solution globale négociée avec Bruxelles.

Mais EconomieSuisse craint que Bruxelles refuse et rejette l’accord sur la libre circulation et, du coup, tout le paquet des accords bilatéraux…

C’est un risque. Mais la menace restera une menace. L’UE a intérêt à négocier, puisque c’est elle qui profite le plus de la libre circulation. Et, soyons honnêtes: la Suisse s’en sortirait très bien sans les accords bilatéraux. Nous avons des liens directs forts avec les pays européens. Il y a vingt ans, lors de la votation sur l’Espace économique européen, l’économie disait aussi que notre pays allait sombrer en cas de refus. Aujourd’hui, elle reconnaît que notre pays s’en sort mieux ainsi. C’est vrai que les entreprises auront plus de peine à engager du personnel si notre initiative passe, mais l’économie du pays s’en sortira mieux.

Vous dites être le parti du peuple. A-t-il toujours raison?

Non. La voix du peuple n’est pas la voix de Dieu, ni celle du gouvernement. Mais c’est important, dans une démocratie, d’accepter les résultats d’une votation.

Pourquoi ne le faites-vous pas cette fois-ci? Le peuple a accepté toutes les votations sur la libre circulation…

Mais nous respectons ses décisions! Cette initiative ne tente pas de revenir en arrière, mais d’adapter un système après en avoir fait l’expérience. Du reste, cette fois-ci encore, le peuple décidera au final.

Vous serez sans doute élu, sinon aux Etats, au moins au National. Combien de temps resterez-vous à Berne?

Je m’en irai seulement quand j’aurai le sentiment que mes idées ont été écoutées… et adoptées.

Nadine Haltiner, Zürich, dans 24 Heures

mercredi 27 juillet 2011

Réfugiés : l'Europe doit défendre ses valeurs

Soixante ans après la signature de la convention de Genève sur les réfugiés, le 28 juillet 1951, qui a aidé des millions d'hommes, de femmes et d'enfants fuyant la persécution, les guerres et la torture, à obtenir la garantie d'une protection et l'espoir d'un avenir meilleur, le monde reste marqué par les conflits.

Depuis le printemps, nous avons vu plus d'un million de personnes laisser derrière elles tout ce qu'elles possédaient pour fuir la guerre en Libye. Bien que seul un nombre restreint d'entre elles ait échoué en Europe, les images de ces réfugiés ont marqué les esprits. Des images choquantes d'hommes, de femmes et d'enfants tentant, au péril de leur vie, de traverser la Méditerranée, le plus souvent dans des embarcations de fortune, un périple au cours duquel ils seront nombreux à laisser la vie, même si le nombre de victimes reste inconnu.

L'Europe se doit de chérir les valeurs de la convention sur les réfugiés de 1951. Elle le doit, non seulement, à tous les réfugiés, mais aussi à elle-même. La convention est née du puissant sentiment de "Plus jamais ça !" ressenti à la suite de la seconde guerre mondiale. Elle a fourni un cadre juridique clair à la protection des individus fuyant la persécution. Les valeurs qui y sont inscrites ainsi que dans d'autres textes internationaux, comme la Déclaration universelle des droits de l'homme et les conventions de Genève sur le droit en matière de conflit armé, font partie de l'identité de l'Europe et de l'Union européenne (UE). Une Union dont les droits de l'homme et la protection des réfugiés sont des éléments essentiels.

Pendant quatre des six décennies écoulées depuis la signature de la convention de Genève, les principaux bénéficiaires de la protection des réfugiés ont été les Européens, dont bon nombre sont aujourd'hui des citoyens de l'UE. Nous gardons tous en mémoire les conflits armés dans les Balkans et les réfugiés nécessitant une protection. Et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a été créé d'abord pour aider les centaines de milliers de personnes qui étaient toujours déracinées et sans ressources cinq ans après la fin de la seconde guerre mondiale.

Les dirigeants politiques européens ont longtemps encouragé le développement de structures démocratiques comme étant le meilleur garant des droits et une réelle opportunité pour les peuples. A l'heure où se déroulent les événements que l'on sait sur la rive sud de la Méditerranée, il existe une vraie chance de traduire les exhortations en actions. Les gouvernements et les populations de Tunisie et d'Egypte ont fait preuve d'une générosité et d'une hospitalité remarquables en accueillant des milliers de personnes fuyant la Libye. Si l'UE a reconnu l'importance d'être solidaire avec les pays d'Afrique du Nord, elle pourrait faire beaucoup plus.

Les débats dans les Etats membres ont tendance à se concentrer sur les défis que peuvent poser les personnes fuyant la Libye plutôt que sur le potentiel d'enrichissement qu'elles représentent pour nos sociétés. Ils méconnaissent souvent la répartition relative des demandeurs d'asile et des réfugiés dans le monde.

Ensemble, les Vingt-Sept ont reçu un peu plus de 243 000 demandes d'asile en 2010, soit 29 % du total mondial. L'Afrique du Sud, à elle seule, en a reçu environ 180 000. Quant aux réfugiés reconnus en tant que tels, ils sont environ quatre sur cinq à vivre dans les pays en développement. Les Etats membres ont accordé le statut de réfugié ou une autre forme de protection à approximativement 74 000 personnes en 2010. A titre de comparaison, le seul complexe des camps de réfugiés de Dadaab, au Kenya, a accueilli environ 400 000 réfugiés, nombre qui augmente, selon les estimations, de 1 300 à 1 500 unités par jour en raison de la crise que connaît la Somalie.

L'UE dispose de la capacité à accroître sa part de responsabilité en matière de réfugiés et de demandeurs d'asile. Il reste illusoire, à l'heure actuelle, d'espérer un régime d'asile commun, et ce en raison de la persistance de divergences significatives entre les politiques d'accueil et de traitement des demandeurs d'asile dans les différents Etats membres.

En 2010, la probabilité pour les demandeurs d'asile originaires d'Irak d'obtenir une protection internationale était de 49 % en France, de 56 % en Allemagne et de moins de 2 % en Grèce ou en Irlande. Un régime traitant les demandes d'asile de manière aussi disparate est incomplet. Le 60e anniversaire de la convention fournira, nous l'espérons, une nouvelle impulsion à la mise en place d'un régime d'asile européen commun digne de ce nom. Le nouveau Bureau européen d'appui en matière d'asile devrait y contribuer de manière sensible, tant entre les pays de l'UE qu'entre l'Union et les pays tiers.

Mais l'Europe pourrait faire bien plus en termes de réinstallation, processus par lequel des réfugiés sont transférés à titre permanent, généralement d'un pays moins développé vers un nouveau pays de résidence permanente, le plus souvent dans un pays développé. Les réfugiés sont réinstallés lorsqu'ils ne peuvent séjourner en sécurité dans leur premier pays d'accueil ou qu'il n'existe aucune perspective de solution durable dans ce pays. Les quelque 6 000 places rendues disponibles en Europe à des fins de réinstallation représentent environ 7,5 % des places disponibles au niveau mondial.

L'accélération d'un programme de réinstallation à l'échelle de l'UE et l'élaboration d'un système d'admission plus efficace, notamment par la mise à disposition de places supplémentaires et par l'accélération des procédures de départ pour les personnes en attente de réinstallation aux frontières de la Tunisie et de l'Egypte avec la Libye, constitueraient une preuve bienvenue d'un engagement accru en matière de solidarité internationale.

A l'heure de la célébration du 60e anniversaire de la convention sur les réfugiés, reconnaissons combien elle reste essentielle pour les valeurs de l'Europe. Alors que de nouvelles crises surviennent sans que les anciennes aient été résolues, engageons-nous de même à faire plus pour protéger les personnes déplacées et persécutées. L'Europe a un rôle irremplaçable et toujours crucial à jouer. Soyons certains de ne pas manquer ce rendez-vous important.

Antonio Guterres, haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés et Cecilia Malmström, commissaire européenne chargée des affaires intérieures, dans la rubrique Idées du Monde

lundi 25 juillet 2011

L’extrémisme de droite, une menace négligée en Europe ?

Les services de sécurité de Norvège et d’ailleurs ont-ils été trop obnubilés par le terrorisme islamiste? Certains experts dénoncent.

martin killiasQui n’a pas immédiatement songé à la piste islamiste? Dès l’explosion vendredi d’une bombe à Oslo, ravageant les bureaux du premier ministre, les experts cités en direct par les médias scandinaves soupçonnaient un acte de revanche contre la participation des forces norvégiennes en Afghanistan et en Libye. Une théorie reprise partout autour du globe. Notre journal n’a pas fait exception. Quelques heures plus tard, pourtant, c’est la stupéfaction: le principal suspect est «un Norvégien de souche». Et même «un fondamentaliste chrétien» fasciné par les thèses de l’extrême droite.

Comment cet homme inconnu des services de police a-t-il pu fomenter l’attaque la plus meurtrière du continent européen depuis les attentats islamistes de Londres qui ont fait 52 morts en 2005? Pour certains, il est tout simplement un extrémiste sorti des radars des services de sécurité parce qu’ils étaient trop accaparés par la menace islamiste. Dans un rapport publié au début de l’année, le renseignement norvégien assurait que «l’extrême droite, comme l’extrême gauche, ne présente pas de menace sérieuse en 2011» et que c’est «avant tout» l’islamisme radical qui constitue «une menace directe».

Rejet de l’islam

Matthew Goodwin, enseignant à l’Université de Nottingham et expert des groupes d’extrême droite, confirme que la focalisation sur la menace islamiste a détourné l’attention. «Ces dix dernières années, nos services de sécurité se sont surtout portés sur Al-Qaida, laissant un vrai trou dans leur couverture de l’extrême droite.» En 2010, Interpol estimait qu’il n’y avait pas de mouvement terroriste d’extrême droite sur le continent. Tout en relevant la professionnalisation croissante dans la production de propagande antisémite et xénophobe, ainsi que la présence accrue de ces dérives sur les réseaux sociaux. A quoi vient s’ajouter la montée de l’islamophobie et du racisme anti-immigrés. Daniel Poohl, de la fondation suédoise Expo, observatoire de référence sur l’extrême droite en Scandinavie, n’est d’ailleurs pas surpris de voir émerger une nouvelle forme de terrorisme nourrie par un rejet de l’islam.

Cela dit, il faut bien reconnaître que jusqu’à présent la violence d’extrême droite avait rarement dépassé le stade de passages à tabac ou d’attaques à l’arme blanche. Pour le criminologue zurichois Martin Killias, les attaques en Norvège sont à mettre sur le compte d’un acte de folie. Samedi, sur les ondes de la radio alémanique DRS, le professeur de droit pénal a affirmé que l’orientation idéologique, quelle qu’elle soit, ne joue pas un rôle central chez les coupables.

Andrés Allemand avec les agences dans 24 Heures 

populisme commentaire

jeudi 7 juillet 2011

Le Parlement européen opposé à des contrôles aux frontières

"L'afflux de migrants et de demandeurs d'asile aux frontières extérieures ne peut en aucun cas être considéré comme une raison supplémentaire pour réintroduire des contrôles aux frontières", estime le Parlement, dans une résolution adoptée à une très grande majorité. Visant implicitement le Danemark et la France, le Parlement "déplore vivement le fait que plusieurs Etats membres tentent de réintroduire des contrôles aux frontières qui remettent clairement en cause l'esprit même de l'acquis de Schengen".

"L'afflux de migrants et de demandeurs d'asile aux frontières extérieures ne peut en aucun cas être considéré comme une raison supplémentaire pour réintroduire des contrôles aux frontières", estime le Parlement, dans une résolution adoptée à une très grande majorité.

Visant implicitement le Danemark et la France, le Parlement "déplore vivement le fait que plusieurs Etats membres tentent de réintroduire des contrôles aux frontières qui remettent clairement en cause l'esprit même de l'acquis de Schengen". Les Etats membres de l'Union européenne ont chargé à la fin juin la Commission européenne d'élaborer des critères leur permettant, en cas de pression migratoire "forte et inattendue", de déroger à la liberté de circulation en vigueur dans l'espace sans frontières Schengen.

Le Danemark a rétabli mardi un contrôle douanier permanent à ses frontières, affirmant vouloir combattre la criminalité transfrontalière et réduire l'entrée de drogues et d'armes. La Norvège, membre de l'Espace Schengen mais pas de l'UE, a elle aussi récemment durci ses contrôles à sa frontière avec la Suède. La France a été accusée d'effectuer des contrôles systématiques à sa frontière avec l'Italie en raison d'un afflux de migrants tunisiens.

ATS et Tribune de Genève

mercredi 6 juillet 2011

Asile: le Conseil fédéral veut renforcer la collaboration avec l’UE

Une collaboration avec le Bureau européen d’appui en matière d’asile serait bénéfique pour la Suisse. Fort de cet avis, le Conseil fédéral a décidé mercredi de négocier avec Bruxelles un statut d’observateur dans cette instance.

Le Bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO), qui a commencé ses travaux le 19 juin, doit encourager la collaboration des Etats membres de l’UE en matière d’asile. Il assure des tâches de coordination et de soutien. En revanche, il n’a pas de pouvoir d’instruction à l’égard des autorités nationales.  Une de ses missions principales consiste à appuyer les Etats européens soumis à des pressions particulières en matière d’asile. Le Bureau peut par exemple déployer des équipes pour assister, sur place, le pays concerné, en organisant des services de traduction, en fournissant des informations sur les pays de provenance ou en apportant un soutien dans la gestion des procédures d’asile. L’EASO permet en outre d’échanger des informations et de coordonner les informations sur les pays de provenance.

Statut d'observateur

Un statut d’observateur permettrait à la Suisse de profiter du savoir-faire des experts européens et d’appuyer d’autres Etats avec ses propres expériences, selon le gouvernement.  La Suisse pourrait en outre s’associer aux mesures mises en oeuvre pour soutenir certains Etats, sans devoir reprendre la législation européenne en matière d’asile. La coopération instaurée par cet organisme renforcera le système d’asile européen, juge le Conseil fédéral.

Modalités non définies

Vu que l’EASO n’est pas un organisme institué par les accords de Schengen et Dublin, la Suisse n’est pas tenue d’y adhérer. Elle a néanmoins la possibilité d’y participer en tant qu’observateur. Les modalités de ce statut et de son futur engagement ne sont cependant pas totalement définies.  Le Conseil fédéral a adopté un mandat de négociation en vue de conclure un accord. Les commissions de politique extérieure des Chambres fédérales doivent encore donner leur aval avant que les pourparlers soient lancés.

ATS et Tribune de Genève

mardi 5 juillet 2011

Frontex, le garde-frontières européen

Le Conseil et le Parlement européens viennent de décider de davantage « muscler » Frontex. L'outil européen de surveillance des frontières de Schengen évolue, mais, faute d'une politique commune de l'immigration, on reste loin d'un vrai système intégré.

C'est la plus grande des agences européennes, mais son nom est peut-être plus connu à Tunis, Dakar, Kaboul ou Khartoum qu'à Berlin ou Paris. Frontex, le bras armé de l'Union européenne pour le contrôle de l'immigration irrégulière aux frontières de Schengen, fait trembler les candidats à l'asile ou à la migration économique ; il les rassure parfois aussi, lorsqu'il se porte au secours de leur fragile esquif au bord du naufrage, au large de Malte ou de la Sicile. Partie prenante de toutes les grandes crises migratoires récentes aux marches de l'Europe, l'agence était à Lampedusa en février dernier, lorsque des milliers de Tunisiens y débarquaient pour fuir leur pays en pleine révolution. Trente experts, 2 bateaux, 2 hélicoptères et 4 avions venus des voisins européens ont été mobilisés par l'agence pour porter assistance aux autorités italiennes. Leur mission : contrôler la situation, recueillir des informations sur les immigrants, les analyser et organiser leur retour vers leur pays d'origine. Multinational mais discret, Frontex reste au mieux mystérieux, mais plus souvent méconnu du grand public.

L'agence, qui, depuis les deux étages qu'elle occupe dans un gratte-ciel de Varsovie, coordonne l'endiguement de la migration illégale à des milliers de kilomètres de là - qu'il s'agisse de boat people en Méditerranée ou aux Canaries, ou de passages à la frontière terrestre entre la Turquie et la Grèce -, est pourtant un vrai « poil à gratter ». ONG et organisations politiques la soupçonnent de non-respect des droits fondamentaux des migrants et critiquent le flou entourant la responsabilité de ses actions ; ses pays membres ne sont pas toujours d'accord entre eux sur ce qu'elle doit être et faire ; et le Conseil et le Parlement européens ont joué un bras de fer de près d'un an et demi pour parvenir enfin, il y a quelques jours, à préciser davantage le cadre et les moyens de ses missions.

La « mauvaise conscience » des Etats

On entend tout et son contraire à propos de Frontex : d'un côté, on stigmatise la faiblesse de ses moyens, environ 80 millions d'euros par an et jusqu'ici pas de matériel en propre pour la surveillance de 42.672 kilomètres de frontières extérieures, 8.826 kilomètres de frontières maritimes et quelque 300 millions de passages annuels à ces frontières ; de l'autre, des opposants voient dans l'agence - d'ailleurs dirigée par un général de brigade finlandais -une véritable « force militaire de dissuasion », voire, comme l'a affirmé l'homme politique et universitaire suisse Jean Ziegler, une « organisation militaire semi-clandestine »... « L'agence est en fait un peu la mauvaise conscience des Etats membres. Elle est celle qui fait le sale boulot : repousser les migrants et les renvoyer d'où ils viennent. Elle symbolise pour beaucoup la "forteresse Europe" », explique Sylvie Guillaume, députée du groupe socialiste au Parlement européen. Agée d'à peine six ans, fruit de multiples compromis au coeur d'une politique de l'immigration à plusieurs voix, cette agence aux contours un peu flous vit en fait « une sorte de crise de croissance ». « Les attentes des pays européens sont de plus en plus fortes et de plus en plus urgentes, alors que ses moyens sont relativement limités », même si son budget a été multiplié par 10 depuis sa création, explique un bon connaisseur de l'organisation. Alors que le problème de l'immigration tourne parfois au cauchemar pour les pays européens, sa capacité de dissuasion et ses résultats sont malgré tout reconnus : en 2009, l'opération Poséidon en mer Egée pour protéger la Grèce a pu mobiliser 21 Etats membres, 23 navires, 6 avions et 4 hélicoptères ; il a encore endigué cet hiver la vague de migration terrestre entre la Turquie et la Grèce, et il a pratiquement tari les flux venant du Sénégal et de Mauritanie vers les Canaries. « Globalement, il est la manifestation de la puissance publique européenne », reconnaît-on au Parlement européen.

Opérationnel depuis 2005, Frontex est né d'une crainte : la perméabilité des frontières extérieures de l'Union européenne lors de son extension à de nouveaux pays membres à l'Est... dont on se méfiait un peu ; et d'une constatation : depuis l'éclatement de la Yougoslavie et les guerres en Afghanistan, en Irak et en Afrique orientale, les migrations politiques ont changé de nature. Elles sont devenues durables, plus organisées et clandestines. Selon les experts, un migrant sur cinq en Europe serait illégal. De là, l'idée de « gestion intégrée des frontières européennes » par une coopération des 25 pays membres de l'UE et ceux de la zone Schengen (y compris l'Islande, la Norvège et la Suisse) coordonnée par Frontex et d'une « mutualisation » de leurs moyens.

Interceptions spectaculaires

Quels moyens, pour quelles missions ? De l'agence, on ne retient généralement que ses interceptions maritimes spectaculaires, lors de grandes campagnes portant toutes le nom de divinités grecques (Héra, Poséidon, Hermès...) et placées sous la responsabilité de l'Etat demandeur. C'est effectivement sa « vitrine » et, grosso modo, la moitié de son budget. Jusqu'ici, Frontex doit faire appel aux moyens matériels de ses membres et leur rembourse ensuite leurs « prestations de services ». Il puise dans un pool d'équipements de contrôle et de surveillance auxquels les Etats membres participent sur une base volontaire : le système Crate, qui dispose cette année de 27 avions, 26 hélicoptères, 114 bateaux et 477 appareils de contrôle aux frontières, indique Frontex. La France s'est ainsi engagée cette année à offrir 5 semaines de mer de patrouilleur et 40 heures de vol de Falcon 50 Marine. Frontex dispose également de gardes-frontières mis à sa disposition par les Etats membres, soit dans le cadre d'opérations programmées annuellement, soit dans le cadre des Rabit, ces équipes communes d'intervention rapide aux frontières mobilisées à la demande d'un pays membre dans une situation grave et soudaine d'afflux de migrants. Créées en 2007, elles se sont déployées pour la première fois en Grèce en octobre dernier. « Tous les pays sont tenus d'avoir un vivier Rabit prêt sous dix jours », explique un responsable. Les experts français mis à disposition (ils sont 130 cette année) seraient semble-t-il particulièrement appréciés par Frontex et les pays hôtes. « Bien que ces équipes ne soient pas chargées de faire des enquêtes policières sur les réseaux de migrants irréguliers, la France est à l'origine de l'engagement de Frontex dans la lutte contre les filières d'immigration irrégulières, qui représentent aujourd'hui la deuxième source criminelle de revenus après le trafic de stupéfiants. Nous souhaitons que Frontex puisse transmettre à Europol toutes les informations relatives à des trafiquants de migrants, recueillies lors des opérations », explique Yves Jobic, sous-directeur des affaires internationales à la Direction centrale de la police aux frontières, et « point de contact » avec Frontex en France, où la coopération avec l'agence est de dimension interministérielle (PAF, Marine et Douanes). Frontex, c'est aussi et surtout de l'« analyse de risque » : « L'agence doit définir en permanence les points verts et les points rouges de la migration irrégulière sur la carte de l'Europe », explique Yves Jobic. C'est encore de la recherche et développement. Elle développe qui des satellites, qui des drones, des techniques de détection (caméras thermiques ou infrarouges, sondes mesurant le gaz carbonique, détecteurs de battements cardiaques...), des senseurs, de la biométrie ou des e-documents, et la formation et l'entraînement des gardes-frontières européens. C'est enfin deux types d'opérations souvent polémiques : les opérations de retour conjointes de migrants financés par l'agence mais organisés par des pays européens (les fameux « charters »), et des accords de contrôle des flux de migration passés avec les pays d'origine ou les pays de transit.

Une action davantage codifiée

Face à la montée en puissance de Frontex, le Conseil et le Parlement européens ont décidé le 24 juin de renforcer, de rendre plus réactive et de codifier davantage son action. Une vraie quadrature du cercle... : « On a voulu une agence renforcée, mais sans trop d'autonomisation et sans trop d'engagements et d'obligations pour les pays membres. » Sans surprise, le contrôle des frontières est - et restera -l'affaire des Etats : « Frontex est un opérateur sous l'autorité de la Commission pour appliquer les décisions du Conseil », rappelle-t-on ainsi à Paris, en ajoutant que « la France est d'accord pour "muscler" Frontex, pas pour accroître son pouvoir ».

Ce qui a été obtenu par Frontex ? D'abord la possibilité d'acquérir (y compris par leasing) ou de co-acheter du matériel - des bateaux ou des hélicoptères par exemple. « L'agence ne dépendra plus du volontariat et d'une programmation parfois lourde des Etats membres. Elle disposera d'un noyau dur d'équipements toujours disponibles », indique-t-on à la Commission. L'engagement des Etats sur la fourniture de matériels ou des moyens humains, une fois pris, deviendra de surcroît obligatoire. Frontex codirigera désormais aussi les opérations avec l'Etat hôte, qui en restera toutefois responsable et organisera lui-même les vols de retours groupés des immigrés. « Un soulagement, en termes d'image, pour les autorités nationales !... », souligne-t-on dans les milieux de la police.

Qu'a obtenu le Parlement européen ? Très soucieux des droits de l'homme et du contrôle démocratique de l'agence, il obtient davantage de transparence, des codes de conduite clairs pour toutes les activités de l'agence et la création d'un officier aux droits fondamentaux (nommé par l'agence), même s'il avait rêvé de contrôles inopinés. Les accords passés par Frontex avec les pays tiers devront par ailleurs répondre aux normes européennes en matière de droits fondamentaux et le principe de non-refoulement des migrants sera respecté « en toutes circonstances », ce qui rend au passage obligatoire le sauvetage en mer.

Ce que certains Etats et le Parlement n'auront pas obtenu, c'est la création d'un « corps européen de gardes-frontières ». On s'en étonnera peu : les Etats tiennent au contrôle ultime de leurs propres frontières. Mais il y a progrès : on verra désormais sur le terrain des « équipes européennes de gardes-frontières ». « On insuffle ainsi de la cohésion dans les équipes », remarque-t-on à Bruxelles.

Au fond, Frontex est au coeur d'une contradiction, soulignent les analystes : il est l'outil d'une politique d'immigration commune qui, prévue pour 2012 il y a douze ans à Tampere..., n'a toujours pas vraiment vu le jour. « Frontex est un des instruments de la politique migratoire de l'Union européenne, qui reste marquée par une juxtaposition de politiques nationales », estime Olivier Clochard, géographe à l'université Bordeaux-III et président de Migreurop. « Il agit ainsi de fait comme un intégrateur de la politique européenne d'immigration ! », ajoute un haut fonctionnaire à Bruxelles.

Daniel Bastien dans les Echos

samedi 25 juin 2011

Immigration : l’Europe se referme comme une huître

L’Union européenne a décidé ce vendredi soir de renforcer de façon drastique les contrôles de l’immigration à ses frontières, mais de façon temporaire et exceptionnelle.

Face à l’arrivée massive de clandestins venus de Tunisie et de Libye, les Vingt-Sept se sont octroyés la possibilité de rétablir des contrôles à leurs frontières nationales en cas de pression exceptionnelle. Cécilia Malmström, la commissaire européenne en charge de l’Asile et des Migrations, s’est inquiétée des risques de dérive sécuritaire, dictée par les partis d’extrême droite et les mouvements populistes de plus en plus actifs dans l’Union européenne.

C’est le Danemark qui avait lancé le mouvement en menaçant de rétablir unilatéralement ses frontières Mais Copenhague dit n’avoir aucune intention de remettre en cause l’espace Schengen dans son principe de libre circulation des personnes. Lars Løkke Rasmussen, le Premier ministre danois : “si les frontières extérieures sont sous forte pression, nous devons pouvoir profiter d’une exception, de façon aussi à ce que les gens continuent de soutenir cette idée générale de Schengen.”

Le président français Nicolas Sarkozy a été le fer de lance de ce repli européen, proposant que les pays d’Afrique du Nord s’engagent à reprendre les migrants partis illégalement de leur territoire.

euronews

mardi 21 juin 2011

Réfugiés, migrants : l'Europe va-t-elle enfin se montrer à la hauteur ?

Pourquoi l'Europe a-t-elle cédé à la peur du migrant en pleine révolution dans le monde arabe ? Le moment est peut-être venu de protéger les réfugiés plutôt que de les repousser.

Il y a quelques semaines à peine, 150 cadavres ont été retrouvés en mer au large des îles Kerkennah (Tunisie). Ces corps étaient ceux de personnes ayant fui le conflit violent en Libye afin de trouver la sécurité en Europe. Leur mort vient alourdir le bilan des réfugiés et des migrants qui ont péri en essayant de rejoindre l’Europe en fuyant l’Afrique du Nord – plus de 1 800 depuis le début de l’année.

L'Europe n'assume pas ses responsabilités

Le problème n’est pas nouveau. Cela fait des années que des réfugiés et des migrants désespérés entreprennent ce même voyage périlleux. Des milliers en sont morts. Mais alors que l’Égypte et la Tunisie, elles-mêmes au cœur de bouleversements politiques, ont tranquillement accueilli des centaines de milliers de réfugiés venus de Libye, les États membres de l’Union européenne (UE) n’ont pris aucune mesure crédible pour tenter d'empêcher que les personnes fuyant ce pays ne périssent en mer.

Évoquant le bilan chaque jour plus lourd des personnes qui périssent en mer, le commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Thomas Hammarberg, a déclaré que "l’Europe fait manifestement fausse route lorsqu’elle se préoccupe plus d’empêcher les migrants d’arriver sur ses côtes que de sauver des vies".

Ces États auraient dû renforcer les opérations de surveillance aérienne et de secours en mer afin d’être davantage en mesure d'intervenir pour porter secours aux navires en détresse. Ils disposaient même pour ce faire des moyens de l’OTAN et de Frontex (l’agence de sécurité aux frontières de l’UE). Ils auraient pu également accueillir au titre de la réinstallation des réfugiés vulnérables présents en Tunisie et en Égypte.

Au lieu de quoi, les gouvernements de l’UE se sont polarisés sur les répercussions chez eux et ont déclenché les sirènes d’alarme en voyant arriver en Europe ceux qui avaient survécu à la traversée de la Méditerranée.

Rejeter l'immigration, une attitude devenue monnaie courante

En France, face à nos sollicitations réitérées, le président de la République et le ministre de l’Intérieur restent muets. Les dix dernières années ont vu une érosion progressive de la protection des droits des réfugiés et des migrants en Europe.

Dans un climat d'alarmisme populiste, on a mis en place après le 11 septembre 2001 des politiques sécuritaires au nom desquelles on a bafoué sans vergogne les principes en matière de droits humains et les politiques d’immigration bien pensées.

Le rejet des réfugiés et des migrants est devenu une arme courante dans la bouche de certains responsables politiques et médias, prompts à rendre ces populations responsables de l’augmentation de la criminalité, des risques sanitaires et des problèmes économiques.

Cette Europe qui dans l’histoire a joué un rôle primordial dans la protection des réfugiés, ce continent où la crise provoquée par la Seconde Guerre mondiale a donné naissance au système international de protection des réfugiés, ce continent porte aujourd’hui des coups de boutoir à la protection des réfugiés.

Lampedusa

On n'émigre pas par confort

Les réfugiés sont contraints de quitter leur foyer pour échapper à la persécution et au conflit ; ils risquent leur vie pour trouver la liberté et la sécurité. Ce n’est pas l’appât du gain qui pousse les migrants vers l’Europe. Ces hommes et ces femmes fuient la pauvreté et la misère économique et sont simplement en quête d’une vie meilleure pour eux et pour leur famille.

Ceux qui décrivent les réfugiés et les migrants comme des miséreux cupides, voire criminels, non seulement disent des mensonges, mais de surcroît attisent la haine et la violence. Il n’y a pas lieu de diaboliser la quête de liberté, de sécurité et d’un avenir meilleur de ces hommes et ces femmes, une quête qui trouve forcément un écho en chacun de nous.

Obéissant avant tout à des intérêts politiques et économiques, l’UE n’a fait au fil de ces années que proclamer un attachement de pure forme aux droits fondamentaux des réfugiés et des migrants. Elle a dans le même temps soutenu et financé des politiques abusives de contrôle de l’immigration dans des États comme la Libye, où des réfugiés et des migrants ont été détenus pendant des années dans des conditions inhumaines (et soumis à la torture pour beaucoup d’entre eux), des États qui ont renvoyé des réfugiés dans leur pays d’origine, les exposant ainsi à un risque bien réel de persécution.

Révolutions arabes : l'occasion pour l'Europe de retrouver sa dignité ?

Tout récemment encore – c’était en octobre 2010 –, la Commission européenne signait avec la Libye un "programme de coopération" sur la "gestion des flux migratoires" et le "contrôle aux frontières". Un service payé 50 millions d'euros, jusqu’en 2013. À peine quelques mois plus tard, les gouvernements européens se déclaraient indignés par les violations massives des droits humains et les attaques contre les civils perpétrées par le régime libyen dans le cadre du conflit actuel.

Certes, leur dénonciation est la bienvenue, mais cette attitude met en lumière l’hypocrisie qui sous-tend les politiques de l’UE en matière d’asile et de migration : tout en se posant en défenseure des droits des réfugiés et des migrants, l’UE ferme les yeux sur des pratiques abusives dans le but d’empêcher ces personnes de se rendre en Europe. L’UE, la France et les autres États-membres ont le devoir de protéger les droits des réfugiés et des migrants et de venir à leur secours lorsque leur vie est en danger.

Partout en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, des hommes et des femmes ont eu le courage, souvent en s’exposant à de graves dangers, d’entamer le combat pour le respect de leurs droits. Le temps n’est-il pas venu pour la France et l’Europe de faire honneur à leur courage, simplement en se montrant digne de l’idéal de protection des droits fondamentaux de tous les êtres humains ?

Geneviève Garrigos, Amnesty International, dans le Nouvel Observateur

jeudi 9 juin 2011

Libre circulation: Berne verrouille sa position

Alors que le président du Parlement européen est en visite en Suisse, la question de la libre circulation pèse sur les relations bilatérales.

Même si la Suisse n’a aucune intention de remettre les gardes-frontière aux postes de douane et d’en revenir aux contrôles systématiques exigés par l’UDC, elle ne va pas non plus céder aux demandes de l’UE pour élargir les droits et le statut des ressortissants européens établis en Suisse. Ce n’est vraiment pas le moment, alors que les effets négatifs de la libre circulation sont âprement débattus à la veille des élections ­fédérales.

C’est dans ce contexte que, la semaine prochaine, un comité mixte Suisse-UE doit examiner l’application de l’accord de libre circulation.

Si l’adaptation des annexes de l’accord à l’évolution de l’UE en matière de reconnaissance des diplômes ou d’assurances sociales ne pose guère de problème, il en ira autrement pour la demande régulière de l’UE de reprendre la directive européenne sur la citoyenneté. Celle-ci améliore le droit des citoyens de l’UE dans l’espace des 27 en simplifiant les conditions et formalités pour s’installer, avec un droit de séjour permanent, même sans permis de travail, le droit au regroupement familial, voire le droit de vote local, etc.

On peut prévoir que la réponse du Conseil fédéral sera un refus très diplomatique d’entrée en matière. «Il n’existe aucune obligation de reprise de cette directive», a martelé plusieurs fois déjà le gouvernement.

Coïncidence, le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, sera en visite ce jeudi après-midi à Berne, alors que le matin même le Conseil national aura tenu une session spéciale sur la politique européenne réclamée par l’UDC (lire ci-dessous). Avec, au cœur du débat, une motion exigeant le retour du contrôle systématique aux frontières.

A l’origine, l’UDC voulait profiter de l’occasion pour accuser le Conseil fédéral d’être prêt à abandonner la souveraineté suisse avec l’ouverture d’un nouveau cycle de négociations bilatérales, touchant notamment à la reprise du droit européen par la Suisse. Mais la session arrive un peu tard. La question a perdu de son actualité.

Par contre, Jerzy Buzek aura l’occasion de constater à quel point, ces derniers mois, l’atmosphère s’est refroidie. On peut le mesurer facilement à l’évolution des thèmes de la cinquantaine d’interventions traitées ce jeudi. Celles qui datent de 2009 parlent encore de participation de la Suisse aux programmes européens de santé ou de la culture, de l’accès aux marchés financiers. Mais en 2011, les députés s’inquiètent du libre-échange agricole, des effets négatifs pour les consommateurs du principe du Cassis de Dijon, de l’effondrement de l’euro, de la perte de maîtrise de la politique des visas.

L’UDC exige de son côté de renégocier les accords d’association à Schengen et de réinstaurer un contrôle systématique aux frontières. Elle justifie sa motion par les entrées illégales et l’augmentation de la criminalité dans les régions frontalières. Et surtout, selon elle, «les flux de requérants d’asile nord-africains qui s’annoncent constituent une menace de l’ordre public et de la sécurité intérieure propre à justifier» l’application de mesures d’exception. Même si les craintes ne sont toujours pas réalisées.

Ce sont d’abord les conséquences, réelles ou supposées, de la libre circulation des personnes sur les marchés du logement et du travail, le dumping salarial, qui motivent les interventions parlementaires, notamment à gauche. L’UDC, de son côté, a annoncé le lancement d’une initiative pour freiner l’immigration, avec pour conséquence une dénonciation de l’accord sur la libre ­circulation.

Ce climat réfrigéré n’a pourtant pas affecté les relations au niveau des experts et des diplomates entre Berne et Bruxelles. Ces critiques ne devraient pas peser sur le prochain comité mixte, composé de hauts fonctionnaires, qui se réunira mardi pour un échange de vues sur l’application de l’accord de libre circulation entre Suisse et UE. «Les Européens avec lesquels nous discutons nous connaissent bien. Ils savent que nous sommes en année électorale; ils connaissent nos agendas, y compris le temps nécessaire entre le lancement d’une initiative et la votation populaire», veulent rassurer les experts suisses.

D’ailleurs, confirme-t-on à Bruxelles, la critique n’est pas qu’helvétique. Le climat en Europe, en Finlande, aux Pays-Bas, en Hongrie, au Danemark, est aussi au repli et à la remise en cause de Schengen et de la libre circulation.

Yves Petignat dans le Temps