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jeudi 27 septembre 2012

Manuel Valls réforme la rétention des clandestins

Pour contourner l'interdiction de placer en garde à vue les étrangers au seul motif de leur situation irrégulière, le ministre de l'Intérieur déposera vendredi un projet de loi permettant de les retenir jusqu'à 16 heures.

Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, veut donner du corps à sa politique de fermeté face à l'immigration irrégulière. Dès vendredi, le gouvernement doit déposer en Conseil des ministres un projet de loi autorisant une rétention de moyenne durée pour les étrangers arrêtés en situation irrégulière sur le territoire. Celle-ci pourrait atteindre jusqu'à 16 heures, pour permettre aux forces de l'ordre de vérifier la situation réelle des personnes interpellées et engager une éventuelle procédure d'expulsion. Au lieu des quatre heures actuellement autorisées. C'est, en tout cas, ce qu'a affirmé au Figaro le cabinet du ministre, à Beauvau.

Jurisprudence européenne

Ce dispositif essentiel à l'efficacité de la politique d'éloignement des clandestins, est très attendu par les policiers et les gendarmes, qui s'estiment juridiquement désarmés dans ce domaine depuis un arrêt de la Cour de cassation rendu le 5 juillet dernier. Pour se conformer à la jurisprudence européenne, la haute juridiction avait en effet déclaré illégale la garde à vue des étrangers (vingt-quatre heures renouvelables une fois) au seul motif qu'ils étaient en situation irrégulière.

Contrôle de légalité

Pas moins de 60.000 personnes seraient concernées chaque année par une telle mesure. Sous le précédent gouvernement, Claude Guéant avait laissé dans ses cartons un projet de rétention allongée. Manuel Valls le met en forme et ajuste le tir. «La question qui se pose est de savoir si cette mesure passera le filtre du contrôle de légalité», estime un juriste à Beauvau. Car la haute magistrature est sourcilleuse lorsqu'il s'agit de faire respecter l'équilibre entre les besoins légitimes de sécurité et le respect dû aux libertés fondamentales.

Jean-Marc Leclerc dans le Figaro

lundi 24 septembre 2012

Une cellule anti-harragas pour dissuader les candidats à l’émigration clandestine

C’est l’ampleur prise ces derniers mois par ce phénomène qui a poussé les responsables à mettre en place cette structure.

Le phénomène de l’émigration clandestine s’est amplifié ces derniers mois, et ce, depuis le début de la saison estivale, au niveau de la côte de l’extrême-ouest du pays, en particulier les zones de Honaine, Ghazaouet et Marsat Ben M’hidi, ainsi que les wilayas de Tlemcen et Aïn Témouchent avec Béni-Saf et Bouzedjar, qui ont enregistré un nombre important de candidats à la harga. À cet effet, et pour y faire face, une cellule de sécurité et de crise, composée des représentants de la Sûreté nationale, de la Gendarmerie nationale et des gardes-côtes, vient d’être mise sur pied tout récemment afin d’assurer un travail de coordination. Il s’agit, dans un premier temps, de parvenir à dissuader les jeunes Algériens de recourir à cette aventure à haut risque qu’est la tentative d’émigration clandestine.
Par ailleurs, nous apprenons que cette cellule aura pour mission principale le suivi des mouvements et des différents passages des harragas, qui devront en même temps être soumis à des enquêtes approfondies quant à leurs origines, mais également les motifs qui les ont amenés à faire ce choix extrême aux conséquences parfois dramatiques.

L’importance de rassembler toutes les informations nécessaires sur ce phénomène qui prend de l’ampleur dans la région ouest du littoral est aussi l’un des objectifs de cette cellule, et ce, pour permettre aux différents responsables concernés de prendre les mesures s’imposant en pareille circonstance. La coordination de tous les efforts entre les différents services chargés de la lutte contre ce fléau touchant de plus en plus de jeunes est encore mise en avant dans ce cadre. Cette cellule se veut, donc, un apport considérable pour ceux qui ont le pouvoir de décision afin de prendre en charge d’une façon sérieuse les doléances de cette catégorie juvénile de la population, qui est souvent animée par un pessimisme criant quant à leur devenir, et cela avant de passer aux mesures répressives. Pour rappel, et conformément à l’article 175 de la loi 66-156 du code pénal, sont punies d’une amende allant de 2 à 6 mois d’emprisonnement et d’une amende de 20 000 à 60 000 DA les personnes qui tentent de quitter de manière illégale le territoire national.

La sonnette d’alarme

Il faut dire que la sonnette d’alarme a été tirée après le refoulement de pas moins de 300 émigrés clandestins de nationalité algérienne qui ont été reçus par les autorités concernées ainsi que l’arrestation de 84 candidats à l’émigration clandestine. Ces derniers, qui avaient tenté d’émigrer clandestinement à partir des côtes des wilayas d’Oran, d’Aïn Témouchent et de Tlemcen, ont été interceptés par les éléments relevant des postes avancés de la Marine nationale ainsi que par les gardes-côtes de Ghazaouet au large des eaux territoriales depuis le mois de juin dernier. Dans le même sillage, notre source fait état de la présentation à la fin de la semaine écoulée de 43 harragas, parmi eux des femmes, devant le procureur de la République près le tribunal de Ghazaouet qui les a placés en détention provisoire pour émigration clandestine. Il est utile de préciser que sur les 43 harragas, 21 personnes avaient embarqué à partir du littoral d’Aïn El-Turck et ont été interceptées en pleine mer.
L’exploitation du renseignement

La semaine écoulée, ce sont 33 candidats à l’émigration clandestine qui ont été interceptés au large du littoral de Mostaganem, lorsque leur embarcation s’est renversée, provoquant la mort de l’un d’entre eux. Ainsi, le travail de la cellule de sécurité pour le suivi des mouvements des harragas se basera sur l’exploitation du renseignement, de l’investigation et de la coordination, comme cela a été le cas la semaine écoulée, lorsque l’organisateur des traversées illégales à partir de la plage de Honaine (Tlemcen) vers l’Espagne avait été arrêté. Ce passeur sera certainement poursuivi pour trafic illicite des migrants. Il est utile aussi de rappeler que 5 harragas âgés entre 29 et 31 ans, originaires d’Oran et d’Aïn Témouchent, ont vu leur tentative échouer grâce à la vigilance des gardes-côtes de Bouzedjar qui les ont interceptés, jeudi dernier, vers 14 heures, alors qu’ils étaient à bord d’un pneumatique équipé d’un moteur d’une puissance de 40 chevaux. L’organisateur de la traversée, un certain Saïd Boulahya, aurait pris la fuite avec l’argent versé pour le passage.

La Liberté, quotidien algérien

mardi 15 mai 2012

Découvert après plus de vingt heures sous le capot

afghan moteur C’est l’édifiante histoire d’un Afghan qui a tenté de passer clandestinement de Grèce en Italie.

Les agents de la police des frontières du port de Bari, dans les Pouilles, n’avaient encore jamais vu ça. Alors qu’un minivan bleu débarquait du ferry Superfast 1 en provenance de Patras, la grande nervosité du conducteur auquel ils demandaient ses papiers leur a mis la puce à l’oreille.

Après un rapide contrôle du véhicule, ils ont fini par ouvrir le capot, rapportait hier l’agence italienne de presse ANSA. Et là: stupéfaction! A moitié asphyxié, un jeune homme se cachait, recroquevillé dans une niche aménagée entre le radiateur et la calandre du véhicule. Il s’y trouvait depuis plus de vingt heures avec pour seule isolation contre la chaleur du moteur un simple coussin.

Après avoir repris ses esprits, le clandestin a pu raconter son odyssée. Agé de 18 ans, ce jeune Afghan est l’une des innombrables victimes des réseaux qui promettent l’eldorado. Pour son passage ver l’Europe, il a dû débourser 6000 euros: les économies de huit ans, patiemment accumulées alors qu’il travaillait auprès d’une famille aisée de Kaboul, qui l’avait recueilli après l’exécution de ses parents par les talibans.

Quant au conducteur du minivan et sa compagne, deux Bulgares de 24 et 39 ans, ils ont immédiatement été arrêtés et inculpés pour complicité de passage illégal de frontière. En poussant leurs investigations, les policiers ont découvert que le mari de la Bulgare – vraisemblablement membre de la même organisation criminelle – avait été arrêté le 30 avril par leurs collègues de Brindisi. Condamné précédemment pour les mêmes activités, il doit encore effectuer une peine de 2 ans et demi de prison.

Bernard Bridel

Contre l’immigration, la Grèce construit un mur sur sa frontière

grèce mur infographie Malgré la crise, Athènes dépense des millions pour un ouvrage qualifié d’inutile. Reportage.

Dans son pick-up gris, Evanghelis Maraslis, l’excentrique maire adjoint du village grec de Nea Vyssa, file, pleine vitesse, le long de la frontière turque. De part et d’autre d’une petite route terreuse, on trouve des champs, des paysans et des soldats. Au loin, des miradors. «A gauche de la route, c’est la Grèce. On cultive des asperges et de l’ail. A droite, c’est la Turquie, qui produit du riz. Le mur sera construit entre ces champs», explique Evanghelis.

Sur 12 kilomètres de frontière terrestre avec la Turquie, la Grèce a décidé, début 2011, de construire un mur de barbelés équipé de 25 caméras thermiques. Les 200 kilomètres restants, limitrophes avec le voisin turc, étant séparés naturellement par le fleuve Evros. En février 2012, un échantillon du mur a été inauguré. Début mai, dans l’ombre des médias, les travaux de terrassement ont débuté. L’enjeu est énorme: entre 200 et 300 migrants entrent chaque jour clandestinement en Grèce par la Turquie. Ce qui représenterait plus de 80% de l’immigration clandestine de l’Union européenne.

A Nea Vyssa, village agricole de 2000 âmes, les habitants continuent de voir passer, tous les matins, des dizaines de migrants en provenance d’Afghanistan, du Bangladesh ou encore d’Afrique subsaharienne. «Hier, la police a cueilli 50 immigrés qui avaient franchi le fleuve», confie Katarina, une villageoise. Chaque nuit, sur des bateaux pneumatiques surchargés, les migrants tentent la traversée périlleuse de l’Evros. Parfois, au péril de leur vie. En 2011, 48 corps ont été repêchés dans le fleuve.

Par le fleuve

Ceux qui passent par les 12 kilomètres de terre déambulent dans les rues de Vyssa au petit matin. Volontaires et dociles, ils se rendent à la police, qui leur délivre un avis d’expulsion sous 30 jours, puis partent pour Athènes. «Les immigrés ne créent pas de problèmes. Ils ne font que passer. Nous essayons de leur donner à manger, à boire, de collecter des vêtements», explique Anastasio dans un café.

Autour des terrasses ensoleillées de Vyssa, le mur est loin de faire l’unanimité. «Il ne fera que déplacer le problème. Les migrants passeront par le fleuve. Depuis l’arrivée de Frontex [la police européenne aux frontières] il y a deux ans, les clandestins ont migré vers le sud», regrette Evanghelis, en sirotant un café glacé.

stop evros wall

«Il ne sera pas achevé»

Les travaux, estimés à 3 millions d’euros, seront financé entièrement par le gouvernement grec. L’Union européenne refuse de payer un mur qualifié d’«inutile» par Cecilia Malmström, commissaire chargée des Affaires intérieures. Des militants de la région ont créé une association contre le mur: Stop Evros Wall. Diamando, membre du collectif, sourit. «Le mur ne sera jamais achevé. Il a été commencé en période d’élection. Le gouvernement grec voulait montrer à l’Europe qu’il agissait sur l’immigration», affirme-t-il.

Réseau mafieux

Car le problème reste immense. Depuis cinq ans, la Grèce connaît une explosion migratoire, alors que les frontières maritimes de l’Italie et de l’Espagne ont été renforcées. En pleine crise économique, avec 2 millions d’immigrés pour 11 millions d’habitants, la Grèce est devenue un véritable Etat tampon. En parallèle, un réseau mafieux international se développe avec comme plaque tournante Istanbul. Les passeurs, souvent des Turcs ou des Afghans, demandant jusqu’à 10 000 euros pour aller jusqu’en Grèce.

Mathieu Martinière, envoyé spécial à Nea Vyssa, pour 24 Heures

samedi 12 mai 2012

Le shérif sadique de l’Arizona a des ennuis

shérif limite Joe Arpaio promène ses prisonniers dans les rues pour les humilier. Il pourrait bientôt devoir cesser: l’Etat fédéral le poursuit.

C’est une figure célèbre, bien au-delà des frontières américaines. Des équipes de télévision du monde entier sont venues filmer les dures méthodes de Joe Arpaio, shérif du comté de Maricopa (Arizona) depuis vint ans. L’une de ses spécialités est de promener «ses» prisonniers dans les rues en tenue de forçat, parfois les chaînes aux pieds, ou de leur faire porter des caleçons roses pour les humilier.

Derrière ce pathétique folklore, celui qui s’autoproclame à 79 ans «le shérif le plus sévère des Etats-Unis» est accusé de faire arrêter systématiquement des hispaniques au seul motif de leur origine. Sous enquête depuis 2008, ce délit de faciès lui vaut aujourd’hui d’être poursuivi par le Département américain de la justice. Plainte a été déposée jeudi, le département faisant état de «discrimination délibérée et systématiques envers les Hispaniques» pratiquée tant par Joe Arpaio que par ses adjoints, ainsi que d’«abus de pouvoir». Les Hispaniques – 30% de la population dans le comté – sont fréquemment interpellés et arrêtés sans motif, leurs droits constitutionnels violés, relève la plainte. En décembre dernier, la mort d’un prisonnier, un citoyen américain d’origine hispanique, suite à l’utilisation d’un Taser dans des locaux de police par les hommes de Joe Arpaio avait choqué le pays: une vidéo montre clairement que l’arme électrique avait été utilisée sans aucun motif, contre un homme qui se tenait tranquille.

Depuis des mois, Joe Arpaio tente de faire passer ses ennuis pour une «affaire politique»: il se dit victime de l’administration Obama. «Je me battrai jusqu’au bout», a déclaré jeudi celui qui semble avoir fait du président en personne une de ses cibles. En mars dernier, il avait fait ouvrir une enquête au sujet du certificat de naissance de Barack Obama, soupçonnant qu’il soit faux. En avril, il avait refusé que son département se prête à un examen de son fonctionnement.

Le bras de fer engagé dépasse le «cas Arpaio». L’Arizona, Etat frontalier du Mexique, a promulgué une loi autorisant le contrôle au faciès destinée à lutter contre l’immigration clandestine, loi contre laquelle l’Etat fédéral s’est battu en justice, obtenant son abrogation. L’affaire n’est pas terminée: la Cour suprême étudie en ce moment la constitutionnalité de la loi.

Cathy Macherel dans 24 Heures

mardi 10 avril 2012

Un clandestin exploité réclame trois mois de paye

Un employé d’une société de nettoyage n’a plus de revenu depuis août dernier. Le syndicat Unia fustige le traitement des sans-papiers.

«J’ai travaillé plus de trois ans sans pouvoir prendre de vacances. En cas d’absence, je devais financer moi-même mon remplacement. Je ne sais plus quoi faire.» Ce sans-papier brésilien est au bord du gouffre. La société de nettoyage qui l’employait jusqu’en octobre dernier lui doit trois mois de salaire impayés. Après des semaines d’hésitation, il a donc fini par mandater un syndicat.

«C’est courageux, note José Sebastiao d’Unia. Car beaucoup de clandestins n’osent pas le faire de peur d’être expulsé.» Plusieurs courriers ont depuis été envoyés à son patron. En vain, l’entreprise ne figurant même pas au registre du commerce. Conséquence: une demande de paiement de 12’635 fr. a été déposée jeudi aux Prud’hommes.

«Ce sont des gens corvéables à merci»

Parallèlement, Unia a mené une action devant l’un des restaurants où exerçait le clandestin. «Nous souhaitons qu’il rétribue directement le nettoyeur au lieu de continuer à payer la société», lance la syndicaliste Filipa Chinarro. «C’est un scandale! Unia se croit tout permis, fulmine Edward Raguenau, le restaurateur visé. Ce n’est pas à moi de vérifier comment sont payés mes mandants. Mais j’ai résilié mes contrats avec cette société dont je ne cautionne pas les méthodes.»

En effet, employer directement un sans-papier reste illégal en Suisse. «Ce sont des gens corvéables à merci et cela n’est pas acceptable, avertit Bernard Favre du département de l’emploi. C’est pourquoi nous pouvons aller jusqu’à l’interdiction aux marchés publics pour les employeurs qui se croient tout permis.»

Raphaël Leroy dans 20Minutes

vendredi 25 novembre 2011

Guatemala: Tecun Uman, antichambre du cauchemar mexicain pour les clandestins

Au moment où le crépuscule vient obscurcir les artères poussiéreuses du village guatémaltèque de Tecun Uman, Javier Castillo, un Salvadorien de 17 ans, se prépare discrètement à passer la frontière mexicaine pour poursuivre son périlleux voyage vers l'eldorado américain.

tecun uman

"Plusieurs membres de ma famille se trouvent aux Etats-Unis, ils m'ont aidé à financer le voyage. Maintenant, vu comme les choses se présentent, ça risque ne ne pas être évident d'y arriver", admet Javier, lucide quant aux multiples périls qui le guettent. Sur la rive du large fleuve Suchiate, qui marque la frontière entre les deux pays, les contrebandiers locaux facturent 10 quetzals (environ un euro) la traversée sur des barques de fortune faites de pneumatiques et de troncs d'arbre. Les "capitaines" consentent souvent à surcharger leurs embarcations pour limiter les voyages et augmenter leur bénéfice, s'exposant à un chavirage et au comité d'accueil de douaniers mexicains peu scrupuleux mais gourmands sur le rivage d'en face, à Ciudad Hidalgo.

Mais cette traversée n'est qu'un avant-goût des dangers à venir pour les quelque 140.000 clandestins qui tentent chaque année de gagner la frontière mexico-américaine, selon les estimations des autorités de Mexico. Parmi ces aventuriers, un sur sept tombe aux mains du crime organisé, affirme la Commission nationale mexicaine des droits de l'Homme. Au début, les cartels mexicains se contentaient de dépouiller les clandestins, mais plus récemment, les "narcos" ont trouvé le moyen d'obtenir des rançons de milliers de dollars auprès des familles des clandestins résidant aux Etats-Unis, ou à transformer leurs proies en "mules" pour convoyer de la drogue. D'autres encore moins chanceux sont vendus comme esclaves, les femmes étant en général forcées à se prostituer les hommes à travailler dans les champs. Il peut aussi arriver que certaines organisations, comme le cartel des "Zetas" aillent jusqu'à exécuter ceux qui refusent de rejoindre leurs rangs.

Si Javier ne tombe pas dans leurs mailles, ce seront probablement des propriétaires terriens sans scrupules ou des policiers corrompus qui se chargeront de les détrousser avant - au mieux - de les livrer aux autorités qui les expulseront. Aussi, avant d'entamer ce long périple à travers le Mexique, nombre d'entre eux reprennent leur souffle à Tecun Uman, un village chaud et humide d'apparence tranquille, qui porte le nom d'un héros national maya tué par les Espagnols au XVIe siècle.

Mais cette bourgade du nord-ouest du Guatemala recèle aussi de nombreuses menaces, car ces migrants sont mal vus par la population et se voient déjà exposés au crime organisé mexicain, dont les ramifications s'étendent dans toute l'Amérique centrale. "Tecun Uman est un petit village mais aussi un enfer. Ici les sans-papiers souffrent d'humiliations, sont attaqués, maltraités, frappés...", affirme à l'AFP le père Ademar Barilli, qui dirige un refuge pour clandestins ayant déjà abrité, depuis 1994, plusieurs dizaines de milliers d'entre eux, principalement des Salvadoriens et Honduriens.

Les "droits humains fondamentaux sont bafoués comme jamais et aucun responsable ne prend cette situation au sérieux. Une grand permissivité règne, c'est lamentable!", affirme le père Barilli, qui a déjà reçu plusieurs menaces d'organisations qui exploitent les clandestins. Son refuge représente une forme de havre de paix pour Edmundo Lopez, un Hondurien qui tente l'aventure pour la troisième fois... à l'âge de 65 ans. Pour lui, c'est "la nécessité (qui l')oblige à s'aventurer à tenter d'atteindre les Etats-Unis", faute de perspectives dans son pays frappé par la pauvreté et le chômage. "Les risques existent partout, et je ne crains pas qu'il m'arrive quoi que ce soit de grave au Mexique", assure celui qui vient du pays au taux d'homicide le plus élevé au monde. Cette nuit, Javier et Edmundo tenteront l'aventure ensemble, loin de l'oasis du père Barilli.

AFP

jeudi 24 novembre 2011

Des migrants afghans se résignent à rentrer chez eux

Près de 650 Afghans ont choisi d’accepter un dispositif de retour volontaire dans leur pays proposé par les autorités françaises.

L’Angleterre presque hors d’atteinte depuis la fermeture de la « jungle » de Calais voilà deux ans, l’asile de plus en plus difficile à obtenir : les migrants afghans n’ont plus d’autre choix que d’accepter le « retour volontaire » dans leur pays, assorti il est vrai d’un petit pécule. L’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), chargé d’organiser les rapatriements, verse en effet une « aide au retour » de 2.000 € par adulte et finance le voyage de tous ceux qui optent pour cette solution. En outre, « dans le prolongement de l’évacuation de la “jungle” de Calais, des projets de réinsertion (jusqu’à 7.000 € pour la création d’une activité économique, NDLR) ont été financés au bénéfice d’Afghans en Afghanistan », a indiqué l’Ofii. Il faut dire que malgré la situation dans leur pays, considéré par la France comme étant « en crise » et non « en guerre », les Afghans ont de « faibles chances » d’obtenir la protection dans l’Hexagone, hormis les mineurs non accompagnés qui ne peuvent pas être renvoyés.

L’ombre des talibans

« Les Afghans ne correspondent pas à la population classique des demandeurs d’asile comme les Tchétchènes, qui viennent en famille. Ils sont jeunes, ils viennent pour travailler. Ce sont des migrants économiques », selon l’Ofii. Mais, répondent France terre d’asile et Emmaüs dans une étude mise en ligne mercredi, « la présence de considérations économiques n’exclut pas a priori celle de motifs de persécution de nature conventionnelle et/ou relative à une situation personnelle d’insécurité généralisée en contexte de crise ou de guerre ». Selon l’Office français pour les réfugiés et apatrides (Ofpra), « la demande afghane invoque de plus en plus fréquemment l’obligation faite aux hommes de se rallier aux forces des talibans, et le risque découlant du soutien – réel ou imputé – aux autorités dans les zones contrôlées par ceux-ci ». L’année dernière, l’Ofpra a enregistré 735 demandes de statut de réfugié de la part de ressortissants afghans, dont 242 ont reçu une suite favorable.

France Soir

lundi 17 octobre 2011

Elections USA : un favori veut électrocuter les clandestins

Aux Etats-Unis, la campagne pour les primaires bat son plein, un an avant l'élection présidentielle. Côté républicain, c'est Herman Cain qui a le vent en poupe. Favori dans le camp républicain, ce businessman surfe sur la vague des Tea Party et multiplie les déclarations tapageuses.

Dernière en date : il a proposé samedi, lors d'un déplacement dans le Tennessee, d'ériger des clôtures électriques qui seraient capables de tuer les immigrants qui tenteraient de passer frauduleusement la frontière avec le Mexique. Pour compléter le dispositif, il souhaiterait également autoriser les militaires à utiliser "de vraies armes avec de vraies balles" le long de cette frontière, afin de "la sécuriser pour de bon".

Brève de RTL.fr

samedi 15 octobre 2011

Des hommes passent trois jours dans le compartiment moteur d'un car

Les deux clandestins de 21 et 24 ans sont montés dans le compartiment moteur d'un bus de tourisme en Italie avec l'intention de se rendre en France. Lors d'une halte sur l'aire de repos de Pratteln (BL), ils ont décidé de poursuivre leur route à pied sur la bande d'arrêt d'urgence. Les Palestiniens n'avaient rien mangé depuis trois jours, a précisé la police. Ils ont aussitôt déposé une demande d'asile en Suisse.

Les deux clandestins de 21 et 24 ans sont montés dans le compartiment moteur d'un bus de tourisme en Italie avec l'intention de se rendre en France. Lors d'une halte sur l'aire de repos de Pratteln (BL), ils ont décidé de poursuivre leur route à pied sur la bande d'arrêt d'urgence.

Les Palestiniens n'avaient rien mangé depuis trois jours, a précisé la police. Ils ont aussitôt déposé une demande d'asile en Suisse.

ATS

vendredi 2 septembre 2011

Pays-Bas: une émission de télé-réalité met en scène des clandestins sur le point d'être expulsés

Les candidats de l'émission sont des vrais clandestins sous la menace d'une expulsion. Avant de retourner dans leurs pays, il ont la possibilité de gagner 4'000 euros en répondant à des questions sur la Hollande.

TSRinfo

jeudi 18 août 2011

Clandestins mais pas criminels

Une récente jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne a jugé contraire au droit supérieur l’emprisonnement pour défaut de papiers d’identité de résidents illégaux. S’il est toujours possible de recourir à la contrainte – emprisonner un clandestin pour l’expulser –, le fait d’être sans titre de séjour ne devrait pas être passible de poursuites pénales.

Comment cette jurisprudence qui concerne un cas italien s’appliquera-t-elle en Suisse? A ce stade, les juristes consultés découvrent cet arrêt et les avis fluctuent au gré des personnes interviewées. On se réjouira tout d’abord que le bon sens ait – partiellement – prévalu. La forteresse Europe, que d’aucun veulent ériger sur le rejet et l’exclusion, pose bel et bien des problèmes en termes de droits fondamentaux.

Mais en cas de désaveu de la Suisse, qui pratique également une telle criminalisation des personnes en séjour illégal, on entend déjà la droite populiste en appeler au respect de la volonté populaire. Elle qui n’est jamais en reste pour présenter un texte contraire au droit supérieur(1): initiative contre les minarets, expulsion des criminels étrangers ou encore – le scud est parti le 1er août – l’initiative dite «contre l’immigration de masse».

En l’occurrence, ce dernier texte est contraire à la libre circulation des personnes qui vient pourtant d’être approuvée par le peuple il y a deux ans. Que se passera-t-il en cas d’acceptation de cette initiative? Le Conseil fédéral est chargé de renégocier les accords bilatéraux. On imagine d’ici la tête des dirigeants européens. Leur patience a des limites et la Suisse sera envoyée paître en des termes même pas polis.

Ce qui ne déplairait peut-être pas à la frange la plus excitée de l’extrême droite pour qui un bantoustan helvète n’est pas un épouvantail mais bien un sort enviable. En tous les cas, cela aurait l’intérêt de mettre la secte blochérienne devant ses contradictions. Car cela ruinerait tout simplement la Suisse; on doute que l’aile économique de l’UDC s’y retrouve. Et surtout, à force de refuser toute norme qui n’ait pas été adoubée par une Landsgemeinde, la formation conservatrice se place aussi en porte-à-faux de l’histoire dont elle prétend tirer sa vertu politique.

La Suisse doit son existence à un certain nombre de traités internationaux – celui de Westphalie et les traités consécutifs aux guerres napoléoniennes – contre les prétentions des Habsbourg honnis. Le droit protège le faible contre le fort, en bonne logique rousseauiste. Cela vaut pour les pays. Mais ce principe s’applique aussi aux personnes. Et c’est peut-être précisément ce qui déplait à la formation au bouc, qui œuvre au démantèlement des normes de protection sociale.

L’extrême droite montre son vrai visage à double titre. Son discours est populiste mais ne défend en rien les intérêts populaires. Et sa lecture de l’histoire n’est que propagandiste, voire pure manipulation.

Edito de Philippe Bach dans le Courrier

(1) La revue hebdomadaire Domaine public a consacré une série d'articles forts intéressants à cette problématique. Voir notamment Alex Dépraz, «Les conséquences d’une acception de l’initiative du 1er août», DP 1920, 8 août 2011.

Tunisie : un scandale nommé Choucha

La plupart des 200 000 "nationaux de pays tiers" arrivés de Libye ont pu être rapatriés, sauf un grand nombre de Subsahariens, qui vivotent dans un camp de réfugiés installé non loin de la frontière tunisienne.

Jeudi 28 juillet, camp de Choucha, dans le désert tunisien, à 7 km de Ras Jedir, le poste-frontière avec la Libye. « Bienvenue à Choucha ! » nous lance, ironique, Ali M., un réfugié somalien. L’exode, il connaît. Il y a seize ans, fuyant la misère, il quittait son pays et traversait le Soudan pour s’installer comme forgeron en Libye. Cette fois, avec son épouse et cinq de ses six enfants, il a fui les combats entre les brigades de Kaddafi et les forces rebelles soutenues par l’Otan.

Au 26 juillet, la plupart des 200 000 « nationaux de pays tiers » (NPT) ayant trouvé refuge en Tunisie avaient pu regagner leurs pays, certains avec l’aide de leurs propres gouvernements, d’autres avec celle de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Mais 4 500 d’entre eux, originaires de 35 pays, dont 25 d’Afrique subsaharienne –  Somalie (1 004 personnes), Érythrée (711), Soudan et Soudan du Sud (645), Éthiopie (253), Côte d’Ivoire (33)… –, n’ont nulle part où aller et sont bloqués à Choucha. Il leur est difficile de rentrer dans leurs pays natals en raison de la pauvreté qui y sévit et/ou de l’insécurité qui y règne. Ils se trouvent donc dans une situation nécessitant une protection internationale.

« Je ne peux pas rentrer dans mon pays, la Côte d’Ivoire, et j’ai demandé le statut de réfugié, déclare Silué C., un jeune ouvrier qui résidait en Libye depuis 2008. Je veux vivre dans un pays libre, sinon je préfère retourner en Libye… » « Je ne veux pas retourner au Darfour, où je suis né, parce qu’il y a encore la guerre, explique Ahmed A. J’ai demandé le statut de réfugié, malgré les conditions de vie difficiles dans le camp. » « La vie n’est pas facile pour les jeunes en Érythrée, raconte Saber T., installé en Libye depuis 2003. C’est pourquoi j’ai demandé le statut de réfugié. » L’ambiance à Choucha est au désespoir, au point que certains « pensionnaires » confient, en privé, que s’ils n’obtiennent pas l’asile dans un pays développé, ils n’auront d’autre choix que de retourner en Libye et de tenter, à partir de là, de rejoindre l’Europe en traversant la Méditerranée.

Tensions

En attendant, les journées sont longues et éprouvantes, ce qui suscite immanquablement des tensions. Fin mai, des échauffourées ont éclaté entre Somaliens et Érythréens, puis entre réfugiés et groupes de jeunes venus de Ben Guerdane. Bilan : six morts et l’incendie des deux tiers des tentes du camp. Aujourd’hui, Choucha a été restructuré selon les normes internationales par l’armée tunisienne avec le concours du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR). « Nous faisons un réel travail humanitaire », déclare le colonel major Mohamed Soussi, chirurgien de guerre et chef de l’hôpital militaire tuniso-émirati installé près de la frontière (lire encadré). Les tentes ont été espacées pour éviter la promiscuité ; de larges « avenues » ont été ouvertes ; les réfugiés ont été regroupés par communautés avec à leur tête des « sages » ; des Érythréens et des Nigérians ont transformé deux tentes en églises. Les organisations humanitaires sont là, mais pas leurs représentants, « en dehors de ceux du HCR, de l’OIM et du PAM [Programme alimentaire mondial, NDLR], nous souffle à l’oreille un journaliste local. Si vous voulez les voir, il y en a 200 ou 300 dont la plupart font bronzette dans un palace thalasso de Zarzis, à 80 km plus au nord ».

Sous une tente, des cours d’anglais sont dispensés par une ONG danoise. Les points d’eau se sont multipliés. L’armée est stricte quant à l’hygiène, objet de séances d’initiation quotidiennes. Pour éviter les épidémies, elle brûle les vieilles couvertures et détruit les produits alimentaires dont la date limite de consommation est dépassée. Des Égyptiens, repartis depuis, ont même tiré un câble du réseau électrique pour pouvoir recharger leurs téléphones portables. Les femmes tentent de distraire les enfants, et des jeunes Tunisiens viennent de temps à autre faire de l’animation. Un cuisinier tunisien sert aux pensionnaires du couscous, le plat local, mais sans viande. Il a dû ajouter au menu du riz pour les Asiatiques. Les sorties en dehors du camp sont soumises à autorisation.

La durée de transit à Choucha n’aurait normalement pas dû dépasser dix jours. Le camp est placé sous la responsabilité du HCR, l’organe de l’ONU chargé d’enregistrer les demandeurs d’asile, de déterminer s’ils peuvent prétendre au statut de réfugié, de leur délivrer des papiers et de veiller au respect des normes minimales de protection internationale pour toutes les personnes relevant de sa compétence. Ali, comme beaucoup d’autres, a eu un entretien avec un représentant du HCR : « Il m’a averti que la réponse à ma demande d’asile risquait de prendre du temps, jusqu’à six mois. Alors je lui ai demandé où il logeait actuellement. Il m’a répondu qu’il était à Djerba. Je lui ai fait remarquer que lorsqu’on réside dans un palace, on peut bien sûr attendre tout ce temps. Je lui ai proposé de venir passer une seule journée sous la tente à Choucha avec ses enfants, juste pour voir… »

La seule solution pour ces 4 500 réfugiés est leur « réinstallation » dans des pays développés. C’est ce que préconise le HCR, qui a appelé ces derniers à accueillir les « passagers » de Choucha, avant même de procéder aux formalités d’obtention du droit d’asile, qui sont longues. À ce jour, les gouvernements sollicités n’envisagent de recevoir que 1 354 réfugiés. Si les États-Unis acceptent d’en abriter 776, les pays de l’Union européenne ne s’engagent à en prendre que 263 au total. La France, l’Italie et l’Allemagne font carrément la sourde oreille, malgré l’appel d’une délégation du Parlement européen qui a visité Choucha du 13 au 16 juillet. « L’Union européenne, déclare cette délégation conduite par le Maltais Simon Busuttil, doit contribuer davantage à la réinstallation des réfugiés en provenance de zones de conflit. Nous demandons instamment aux États membres d’adhérer au programme de réinstallation proposé, y compris au mécanisme d’urgence. »

Devoir de protection

« Le monde parle de droits de l’homme, de liberté et de dignité, mais apparemment cela ne vaut pas pour nous », déplore Ali, qui est à la tête de la communauté somalienne, la plus nombreuse du camp. Le scandale humanitaire se double en effet d’un scandale politique. Les gouvernements des pays de l’Otan justifient leur intervention militaire en Libye en invoquant la « responsabilité de protéger » les populations civiles libyennes. Mais ce principe vaut aussi pour les autres « victimes », les réfugiés africains piégés à Choucha, dont l’exode a été autant provoqué par l’Otan que par Kaddafi.

L’autre victime risque d’être la Tunisie, qui a ouvert sa frontière pour des raisons humanitaires et n’a refoulé aucun réfugié. Son armée, engagée par ailleurs dans d’autres missions, comme la protection des frontières et la gestion de l’après-révolution du 14 janvier, a canalisé les flots humains, édifié les camps de transit, dressé les tentes, fourni des services, notamment médicaux, et assuré la sécurité des « hôtes ». Mais les autorités tunisiennes estiment que Choucha n’est qu’un centre de transit et que la communauté internationale doit prendre sa part dans l’effort humanitaire. D’autant que la Tunisie accueille déjà plus de 72 000 réfugiés libyens.

Abdelaziz Barrouhi, envoyé spécial, pour Jeune Afrique

Maroc : forte poussée de l’immigration clandestine vers l’Espagne

Les côtes espagnoles sont régulièrement prises d’assaut par les candidats à l’immigration clandestine en ce mois d’août, où le climat favorable favorise les tentatives à la nage, ou par bateau. La presse espagnole rapporte près de 150 personnes sauvées près des côtes espagnoles depuis dimanche dernier. Parmi eux, des Marocains. Les autres, pour la plupart avaient pris le départ depuis les plages marocaines. 

Gil Arias, directeur adjoint de l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures (Frontex), affirmait récemment que 2 600 personnes étaient entrées clandestinement en Espagne depuis le début de l’année. Le détroit de Gibraltar se présente comme la principale voie d’entrée de ces immigrés clandestins, car au début du mois d’août en cours, on ne comptait pas moins de 1400 personnes qui auraient atteint les côtes andalouses en partant d’Afrique du nord, depuis le 1er janvier 2011. Il faut désormais y ajouter les 147 personnes recueillies près des côtes espagnoles depuis le début de la semaine.

La presse espagnole rapporte en effet que les services de la Guardia Civil, du Sauvetage maritime et de la Douane espagnole ont intercepté depuis dimanche dernier, 8 embarcations au large des côtes d’Almeria, Melilla, Murcie, Motril, et Tarifa.

Le Maroc, l'un des principaux pourvoyeurs

Parmi les candidats à l’immigration clandestine interceptés en ce début de semaine, on retrouve une bonne partie originaire du Maghreb, dont des marocains. 3 embarcations transportant 59 Maghrébins ont ainsi été escortées par les autorités espagnoles d’Almeria, tandis que 11 autres réussissaient à regagner la terre ferme, avant d’être repris par les forces de sécurité de la même ville. De même, 14 adultes d’origine maghrébine ont été interceptés à Motril, et 5 Marocains ont été interceptés dans un canoë gonflable au large au Tarifa.

Pour le reste, il s’agissait de Subsahariens, dont un bon nombre est parti des côtes marocaines.  On a d’ailleurs recensé, au cours des derniers jours, un nombre important de clandestins qui ont rallié à la nage l’enclave espagnole de Ceuta, frontalière de provinces marocaines.

L’Espagne et le Maroc sous pression

La pression de l’immigration clandestine en Espagne est telle que les capacités d’accueil des centres pour immigrés sont largement dépassés. Dans les présides espagnols de Ceuta et Melilla, ces centres d’accueils abriteraient actuellement 700 pensionnaires chacun, soit 200 de plus que leurs capacités initiales. Le constat est le même pour les centres pour mineurs non accompagnés. A Melilla, le Centre pour mineurs de la Purisima accueille ces derniers temps, entre 130 et 140 pensionnaires, alors qu’il a été conçu pour en supporter 120.

Alors que le voisin ibérique a de plus en plus de mal à faire de la place pour les personnes à l’assaut de son Eldorado, le Maroc a constamment été appelé en renfort au cours des derniers mois. En juillet dernier, des hauts fonctionnaires espagnols avaient effectué des visites à Rabat pour aborder la question du contrôle des frontières entre les deux pays. La pression ne faiblissait pas lors du début du mois d'août avec Miguel Marin, président de l'éxecutif de Melilla ou le député de Ceuta Francisco Marquez de la Rubia. Le Maroc a très vite réagi vu qu’au cours des derniers jours, la marine marocaine à aider à intercepter près de 90 candidats à l’immigration clandestine qui s’apprêtaient à regagner Ceuta. Malgré l'inflation de l'immigration clandestine récemment constatée, les responsables espagnols ont tenu à saluer les efforts du Maroc.

L’autre volet de l’action marocaine est la réadmission des clandestins subsahariens refoulés depuis l’Espagne. Il y a deux ans, le Premier ministre espagnol Zapatero, citait d'ailleurs le royaume en exemple, en plaidant pour un accord sur la réadmission des clandestins refoulés de l’Europe, dans les pays d’origine ou de transit de ces migrants. S'il le Maroc joue bien le rôle de gendarme de l'immigration clandestine espagnole, est-il prêt à jouer aussi bien celui de terre d'accueil pour les refoulés d'Europe. Une chose est sûre en tout cas, la contrepartie espagnole devra être assez convaincante pour que Rabat prenne sur elle.

Yann Ngomo pour Yabiladi

dimanche 14 août 2011

La « Bête », le train des clandestins vers les Etats-Unis

On l'appelle la « Bête ». C'est le train de marchandises mexicain qui transporte également les clandestins latino-américains qui veulent tenter leur chance aux Etats-Unis : un « train de la mort [qui] dévore des milliers de voyageurs en provenance d'Amérique centrale et du Sud ». Fragments de vie glanés par notre partenaire Global Voices Online sur les réseaux sociaux latino-américains.

Le 1er août, le blog Espacio Perdido a mis en ligne un billet qui retraçait l'histoire du voyage en train au Mexique :

« En 1999, la gare de Buenavista a fermé définitivement. Au fil du temps, d'autres gares, ailleurs dans le pays, ont également fermé. Avec ses fermetures de gares disparaissait l'une des plus grandes réalisations du XXe siècle au Mexique : le transport de passagers par train.

Il n'existe plus désormais que quelques trains de transport de fret… Ces trains transportent des marchandises mais aussi, hélas, des passagers.

De la ville de Ciudad Hidalgo, au Sud, près de la frontière avec le Guatemala, jusqu'aux grandes villes du Nord, court l'une des plus grandes ignominies du pays. “La Bête”, ou le train de la mort, dévore des milliers de voyageurs en provenance d'Amérique centrale et du Sud, des gens qui voyagent sur le toit des wagons ou entre les wagons et s'exposent ainsi à une série de dangers, dont le plus important d'entre eux : l'homme. »

Le blogueur Eduardo Barraza, qui écrit pour le journal citoyen en ligne Barriozona, jette une lumière crue sur la situation de ces trains de fret vieillissants qui empruntent cette route périlleuse et transportent des passagers qui ne savent jamais s'ils vont arriver à destination ou pas :

« Aux Etats-unis, ces passagers sont qualifiés péjorativement d'“illégaux” par bon nombre de gens. Mais au cœur de l'Amérique centrale, ils représentent des hommes et des femmes sans ressources mais prêts à tout pour quitter leur pays dans l'espoir de réussir aux Etats-unis.

Parce qu'ils ne peuvent s'offrir un autre moyen de transport et cherchent à éviter la police des frontières mexicaines, des milliers de ressortissants de pays comme le Salvador, le Guatemala, le Honduras ou le Nicaragua bravent tous les dangers et montent sur le toit de trains qui partent du sud du Mexique pour les villes du Nord, situées le long de la frontière avec les Etats-unis. »

Il est frappant que les deux blogs, Espacio Perdido et Barriozona, fassent état non seulement de l'histoire récente de la région mais aussi d'une œuvre culturelle inspirée de ces événements : un documentaire qui emprunte son titre au sinistre nom donné aux trains de transport de marchandises par ces voyageurs migrants qui risquent leur vie ou leurs membres en y embarquant.

Avec la Bête, le risque d'être attaqué, volé, racketté ou tué

Le documentaire tourné par Pedro Ultreras, « La Bestia » (« La Bête »), sorti en 2010, raconte le voyage du réalisateur avec ces voyageurs migrants sur le toit des trains de marchandises.

Véritable archive culturelle, ce film raconte un voyage parmi tant d'autres, entrepris chaque jour dans des conditions périlleuses par ces gens désespérés et sans ressources qui s'en vont chercher du travail et de meilleures conditions de vie pour eux-mêmes et leurs familles.

Il offre un témoignage en images de cette situation qui continue d'être peu ou pas traitée dans les grands médias. (Voir la vidéo)

 

 

Le documentaire a été projeté cet été dans les villes et villages situés le long du trajet de la caravane « Paso a Paso hacia la Paz » (Marche pas à pas vers la paix), une marche rassemblant plusieurs centaines d'immigrés sans-papiers et leurs familles ainsi que des militants des droits de l'homme, pour protester contre les violations des droits des immigrés et réclamer justice et protection pour cette population vulnérable.

Les réactions au film, à en juger par celles exprimées sur Twitter, ont été positives et favorables. Georgina Cobos a signalé la projection du documentaire au Sénat mexicain. Jessica Ramirez, étudiante en communication à l'université nationale autonome du Mexique (Unam), a exhorté ses suiveurs à aller voir le film :

« Nous devrions tous aller le voir. Le réalisateur l'a tourné avec SES propres fonds, on doit soutenir “La Bestia”. »

Dans son essai intitulé « Migrants as targets of security policies » (« Les Immigrés, cibles des politiques de sécurité »), Christine Kovic, blogueuse et professeur d'anthropologie à l'université de Houston (Texas), fait état d'un groupe d'immigrés kidnappés le 23 juin dernier alors qu'ils tentaient de passer aux Etats-unis sur un train de marchandises :

« Les autorités ne peuvent nier la souffrance et la vulnérabilité extrêmes des migrants qui traversent le Mexique en provenance de l'Amérique centrale.

Ne pouvant payer les “polleros” [les passeurs, ndlr] et cherchant à éviter les contrôles à la frontière, des milliers de migrants voyagent sur le toit des trains ou s'accrochent sur les côtés et s'exposent à la pluie, à la chaleur, à la déshydratation et à l'électrocution. Beaucoup d'entre eux ont perdu la vie ou des membres en tombant des trains.

Voyageant de manière clandestine, les immigrés sont susceptibles d'être attaqués, volés, rackettés ou tués. »

On dispose désormais d'images puissantes du calvaire vécu par les personnes qui risquent leur vie sur le dangereux « sentier du migrant », mais il faut sans doute replacer ces terribles images de « La Bestia » dans une perspective géopolitique plus large.

« Un bouclier autour de l'Alena »

Dans son billet, Christine Kovic souligne que les opérations de police menées pour empêcher le passage des immigrés vers les Etats-unis – quel qu'en soit le coût humain – ont également lieu désormais à la frontière sud du Mexique :

« Les mesures visant à décourager l'immigration sont aussi maintenant mises en œuvre dans le Sud, où les autorités en charge ont renforcé les mesures de sécurité, notamment le long de l'isthme de Tehuantepec, le point de passage le plus étroit du Mexique.

Ces mesures sont soutenues par les Etats-unis pour limiter l'immigration en provenance de l'Amérique centrale. Le plan de coopération en matière de sécurité conclu entre le Mexique et les Etats-unis, connu aussi sous le nom de “initiative de Merida”, apporte au Mexique les fonds nécessaires “à la conception et à la mise en œuvre des mesures contre le trafic de drogue, pour la lutte antiterroriste et la sécurité aux frontières”.

Comme l'a déclaré en 2008 le sous-secrétaire d'Etat américain Thomas Shannon, “d'une certaine manière, nous mettons un bouclier autour de l'Alena” [Alliance de libre échange nord-américain, traité entré en vigueur en 1994 instituant une zone de libre-échange entre les Etats-unis, le Canada et le Mexique, ndlr].

Mais ce que ne dit pas M. Shannon, c'est que ce “bouclier” laisse sans protection les migrants et les travailleurs pauvres. Pire : il en fait des cibles. »

Au mois de juin dernier, la ministre la Justice mexicaine, Marisela Morales, a affirmé que la protection de la frontière sud du Mexique était une question de sécurité nationale, car pour elle :

« Le flux de personnes et de marchandises qui entre illégalement au Mexique et la délinquance que cela génère appelle une coordination renforcée au niveau institutionnel afin d'améliorer la vigilance, la sécurité et le respect des droits de l'homme. »

« Les droits des migrants continuent d'être violés »

Mais Christine Kovic explique ce qu'il faut entendre derrière les mots de la ministre :

« Dire que les immigrés sans-papiers qui passent par la région font partie d'un “flux illégal”, c'est considérer qu'ils n'ont pas de droits, c'est les voir principalement comme des délinquants.

Cette vision des choses explique en partie pourquoi les actions menées par les Etats-unis, le Mexique et les gouvernements des Etats de l'Amérique centrale conduisent à des violations des droits de l'homme.

Ces gouvernements, ainsi que les multinationales, créent les conditions qui poussent les gens à l'émigration clandestine. Les mesures de sécurité, c'est-à-dire les points de contrôle sur les autoroutes ainsi que le long de la frontière entre le Mexique et les Etats-unis, conduisent les gens à voyager dans des conditions extrêmement dangereuses, ce qui crée un marché pour les passeurs.

Et au final, comme les responsables de ces actes ne sont jamais poursuivis, les droits des migrants continuent d'être violés. »

Deborah Esch, traduit par Ange Pambou en partenariat avec Global Voices sur Rue89

vendredi 12 août 2011

De plus en plus d'expulsions de sans-papiers

Un peu plus de 4.800 migrants ont quitté le territoire belge entre le 1er janvier et le 30 juin 2011, un chiffre qui prouve que la politique belge en matière d'immigration est efficace, indique vendredi dans La Dernière Heure le secrétaire d'Etat à l'asile et à l'immigration, Melchior Wathelet.

Ces chiffres représentent 1.834 rapatriements, forcés et non forcés, 1.445 refoulements à la frontière (la grande majorité à Brussels Airport) et 1.556 retours volontaires. Si ces chiffres se confirment au deuxième semestre, cela représentera une progression de près de 10% par rapport à 2010, une progression que le secrétaire d'Etat explique "par les actions menées dans les Balkans". Des efforts importants devront toutefois encore être faits, entre autres, au Kosovo, en Algérie ou en Tchétchénie.

Agence belga

lundi 8 août 2011

Reconduites à la frontière : Guéant veut battre un record en 2011

Le ministre de l'Intérieur a jugé lundi que si son objectif de 30.000 reconduites d'étrangers en situation irrégulière était atteint en 2011, il s'agirait du "meilleur résultat historiquement enregistré" par la France.

Alors qu'en début d'année, l'objectif fixé pour 2011 par son prédécesseur Brice Hortefeux avait été fixé à 28.000 reconduites à la frontière d'étrangers en situation irrégulière, Claude Guéant a décidé de le remonter à 30.000. "Pour l'instant, il semble que nous puissions atteindre cet objectif", a-t-il déclaré lundi dans un entretien à l'AFP. "Si nous l'atteignons, ce sera le meilleur résultat que nous aurons historiquement enregistré", a souligné le ministre de l'Intérieur. "A ce jour, sur les sept premiers mois de l'année, nous avons reconduit 17.500 étrangers en situation irrégulière, soit 4% de plus que l'année dernière", a indiqué le ministre. De plus, "grâce aux instruments nouveaux que donne la Loi  immigration-intégration, avec notamment la prolongation de la durée de  rétention administrative, nous pouvons être plus efficaces", a-t-il assuré.

Pour le ministre, la maîtrise des flux migratoires reste "une priorité, et ceci pour une "raison politique majeure : il s'agit d'une vision de la France de demain". La France "a une histoire, des racines, une culture, un corps de doctrine  sociale, juridique, très profondément ancré dans l'opinion et les Français  tiennent à tout cela", a-t-il avancé. Maîtriser les flux migratoires permettra "que ceux qui viennent puissent adopter cette civilisation française, être intégrés, sinon nous allons à une France de communautarisme, de juxtaposition de communautés, de cultures, de groupes chacun avec leur histoire et leur religion, ce n'est pas conforme à l'idée que nous nous faisons du pays uni", a-t-il  encore affirmé.


Ramener de 200 000 à 180 000 le nombre d'entrées légales
L'"idée politique" est celle "d'un pays uni autour de valeurs fondamentales, intangibles : liberté individuelle, égalité entre hommes et femmes, laïcité, sur lesquelles il n'est pas question que nous cédions d'un  pouce", a-t-il souligné. Il a également réitéré sa volonté de réduire de 200.000 à 180.000 le nombre d'entrées légales d'étrangers en France, qu'il s'agisse d'une immigration "du  travail, d'études ou liée au regroupement familial". Concernant celle du travail, il n'y a "pas de besoin absolu (d'y) recourir pour les métiers du bâtiment ou de l'informatique", a-t-il jugé, ajoutant que "la priorité, c'est de proposer du travail aux personnes demandeuses d'emploi en France, qu'elles soient françaises ou étrangères". De même, les préfectures devront assurer un "suivi régulier des études et des examens passés" par les immigrants étudiants.
Quant au regroupement familial, il a "demandé aux préfets d'être beaucoup plus rigoureux dans l'évaluation des critères", tandis qu'un dispositif est mis en place pour lutter contre les fraudes en tout genre, fiscales et sociales, grâce aux nouvelles dispositions permettant les "échanges entre les services de police, administratifs, les caisses d'allocations familiales et celles de sécurité sociale".

TF1news

samedi 6 août 2011

Le drame sans fin des migrants

Des clandestins asphyxiés, d’autres morts et jetés par-dessus bord. Depuis la mi-mars et le début de l’intervention de l’OTAN en Libye, quelque 24 000 personnes sont arrivées sur les côtes italiennes.

drame  sans fin des migrants

Certains sont morts asphyxiés dans la cale d’un navire. D’autres ont agonisé sur le pont, déshydratés. Trop faibles pour atteindre les côtes européennes, ils sont décédés durant la traversée, leurs corps étant parfois jetés par-dessus bord par leurs compagnons de voyage qui débarquent ensuite, comme des survivants hagards, dans le port de la petite île de Lampedusa.

Depuis la mi-mars et le début de l’intervention militaire en Libye, le nombre d’immigrés, originaires principalement d’Afrique subsaharienne qui tentent de fuir les violences en montant sur des embarcations de fortune pour rejoindre les côtes italiennes s’est élevé à 24 000. Mais dans le même temps, «plus de 1500 migrants ont été portés disparus», dénonce Laura Boldrini, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Parti de Libye vendredi dernier, un bateau chargé de 370 personnes a ainsi été pris en charge, jeudi soit au bout de six jours d’une odyssée tragique, par les gardes-côtes italiens. Les immigrés ont été débarqués à Lampedusa, au sud de la Sicile. Mais environ 100 migrants manqueraient à l’appel. «Au bout de vingt-quatre heures nous nous sommes perdus», a raconté une jeune femme qui a expliqué: «On a erré en mer sans eau ni nourriture. Quand les premières femmes ont commencé à ne plus résister, à mourir comme beaucoup de leurs enfants, les hommes en pleurs ont été contraints de jeter les corps à la mer. Nous étions 400 au départ. A la fin nous n’étions plus que 300.»

«Nombre de témoignages de rescapés confirment que les passagers du navire ont été contraints de jeter en mer plusieurs dizaines de cadavres, indique Andrea Ciocca, coordinateur de la mission de Médecins sans frontières (MSF) à Lampedusa. Selon nos informations, le moteur du bateau serait rapidement entré en avarie laissant les migrants sans vivres.» L’embarcation aurait ensuite été repérée à 27 miles des côtes libyennes par un remorqueur chypriote qui aurait lancé un SOS. Un bâtiment de la flotte de l’OTAN – vraisemblablement français – situé à proximité, n’aurait pas réagi provoquant l’indignation des autorités italiennes. Celles-ci ont alors envoyé des secours à partir de Lampedusa, située à 90 miles de là. Cet épisode intervient trois jours seulement après la découverte dans la soute d’un navire les cadavres de 25 personnes mortes asphyxiées dans la salle des machines. Elles avaient tenté en vain d’ouvrir la trappe pour remonter sur le pont déjà occupé par 271 immigrés.

«L’afflux de bateaux en provenance de Libye se produit par à-coups, remarque Andrea Ciocca. Fin juillet, il n’y a pas eu d’arrivées, mais les débarquements sont presque continus depuis quelques jours. Cela peut être dû à la détérioration de la situation sur le terrain, aux meilleures conditions météo ou bien encore à une manœuvre délibérée.»

Pendant des années, le colonel Kadhafi a notamment fait pression sur l’Italie en ouvrant, par intermittence, le robinet de l’immigration pour obtenir des concessions, notamment économiques, de Rome. Une chose est sûre, toutes les embarcations qui arrivent à Lampedusa partent de la zone encore contrôlée par le régime libyen. «La plupart sont des étrangers d’Afrique subsaharienne qui travaillent depuis des années en Libye et qui ne peuvent plus rester sur place, détaille Laura Boldrini. Puis il y a des réfugiés qui fuient leur pays, comme des Somaliens ou des Erythréens. Enfin, il y a des personnes qui, au début du conflit, ont fui vers la Tunisie mais ne voyant pas d’avenir dans le camp de Shusha, sont rentrées en Libye pour tenter de partir par la mer.»

Au total, sur le port de Tripoli, plusieurs milliers de personnes seraient encore aujourd’hui en attente d’un passage maritime pour l’Europe. En principe, depuis la Libye, la traversée devrait durer un jour et demi. Mais au moindre ­incident, c’est la tragédie. «Pour fuir les bombardements, les immigrés sont prêts à s’embarquer en masse sur des gros navires délabrés, note Laura Boldrini. En cas de problème, le nombre de victimes est beaucoup plus important qu’autrefois quand ils embarquaient sur des petits bateaux.»

Dans le sillage des autorités italiennes, les ONG demandent aux bâtiments de l’OTAN de prendre en charge les navires chargés de migrants partis de Libye sans attendre qu’ils subissent une avarie. Mis en cause pour la tragédie de jeudi, un porte-parole de l’Alliance atlantique a nié vendredi tout refus d’intervention, soulignant que «l’OTAN répond et intervient toujours dans les situations d’urgence en conformité avec les dispositions du droit international». En attendant, le gouvernement de Silvio Berlusconi a réclamé une «enquête formelle» de l’OTAN et l’ouverture d’une discussion officielle pour «élargir la mission au secours des bateaux de migrants».

Eric Jozsef dans le Temps

Grèce: des barbelés contre l'immigration

Le ministère de la Protection du citoyen a annoncé cet après-midi le lancement de la procédure pour la construction d'une clôture en fil barbelé sur la frontière gréco-turque pour réduire le flux migratoire, un projet sous discussion depuis plusieurs mois. 

"Co-financé par le fonds européen protection des frontières de l'Union européenne (UE)", l'ouvrage coûtera 5,498 millions d'euros et un appel sera lancé d'ici fin septembre, a indiqué à l'AFP Efstathia Latifi, une ingénieur du département technique du ministère.

La clôture, "comprendra deux barrières parallèles en fil barbelé longues de 10,3 km chacune et d'une hauteur de 2,5 à 3 mètres et sera construite sur la ligne frontalière près de Kastanies", le passage le plus fréquenté par les migrants pour traverser le fleuve Evros, qui sépare la Grèce et la Turquie, a indiqué le communiqué ministériel. La frontière terrestre gréco-turque, qui court sur quelque 150 km, est devenue le principal point de passage des sans-papiers dans l'UE avec près de la moitié des entrées illégales détectées.

La Turquie ne s'est pas opposée au projet mais la Commission européenne avait initialement émis des réserves, quand Athènes début janvier avait annoncé la construction d'un mur pour empêcher le flux des sans papiers. "Les murs ou les grillages sont des mesures à court terme qui ne permettent pas de s'attaquer de manière structurelle à la question de l'immigration clandestine", avait alors déclaré Michele Cercone, porte-parole de la commissaire en charge de la sécurité Cecilia Malmström.

Le quotidien grec Ta Néa a révélé il y a une semaine que la Grèce était en train de construire une tranchée de 120 km près d'Evros pour protéger la région des crues récurrentes et empêcher l'immigration clandestine. Cette tranchée, décidée après une étude de l'Université de Salonique, est un ouvrage "d'irrigation et d'assèchement" à l'intérieur du pays, qui pourrait complémentairement servir de dissuasion aux sans-papiers, a indiqué une source ayant requis l'anonymat du ministère de la Défense, chargé du projet.

AFP

mercredi 27 juillet 2011

Clandestins : les reconduites à la frontière vont augmenter

Fort des nouvelles dispositions législatives, le ministère de l'Intérieur devrait porter à 30.000 la cadence annuelle des éloignements d'étrangers en situation irrégulière.

centre rétention roissy

À peine rentré de l'hôpital, le ministre de l'Intérieur Claude Guéant s'attaque au dossier immigration. Le Figaro est en mesure de révéler que la Place Beauvau va augmenter le nombre de renvois des clandestins interpellés en France. Les 28.000 reconduites pour 2011 devraient être portées à 30.000. Un objectif qui pourrait être dépassé dès cette année.

«Depuis janvier, le niveau moyen de ces éloignements s'établit déjà à 2500 par mois», confie un cadre de la police aux frontières (PAF). Mai 2011 a par ailleurs connu un pic de 32% (3397 reconduites contre 2563 en 2010). Et juillet devrait confirmer la tendance, avec une hausse attendue de 7%.

La Place Beauvau veut y voir le signe de la «mobilisation sans faille des préfectures, notamment durant la crise tunisienne», mais aussi, depuis peu, «l'effet mécanique des nouvelles dispositions contenues dans la loi sur l'immigration votée en mai 2011». Un texte dont les principaux décrets d'application ont été publiés au Journal officiel le 18 juillet dernier.

Les préfets, il est vrai, comptent tout particulièrement sur ces nouveaux outils pour renforcer l'effectivité de leurs décisions, souvent contrecarrées par le juge judiciaire. Dorénavant, l'intervention du juge des libertés et de la détention (JLD) sera repoussée à cinq jours, au lieu de deux. Ce qui évitera à un clandestin d'être remis prématurément en liberté, si la procédure d'éloignement dont il fait l'objet se révèle juridiquement fondée.

Autre disposition phare entrée en application depuis quinze jours: la durée de rétention des étrangers en situation irrégulière peut aller jusqu'à 45 jours, au lieu de 32 précédemment. Cet allongement du délai donne plus de chance à l'administration d'obtenir des laissez-passer consulaires de la part des pays qui traînent souvent des pieds pour reprendre leurs ressortissants, comme la Chine, qui attend en moyenne 35 jours avant de délivrer un sésame, ou le Mali, qui en met environ 38.

Privilégier le «pragmatisme»

De l'aveu même du prédécesseur de Claude Guéant à Beauvau: la non-délivrance de laissez-passer représente «la première cause d'échec des procédures d'éloignement, soit 34% des cas». En Espagne, le socialiste Zapatero a pu porter le délai de rétention à 60 jours. Et l'Europe tolère jusqu'à 18 mois. Il sera toujours temps de faire modifier le délai tricolore si les résultats espérés tardent à venir.

En tout état de cause, l'équipe Guéant dit vouloir privilégier le «pragmatisme» dans la lutte contre l'immigration illégale. Et ce n'est pas sans satisfaction que l'hôte de Beauvau a pris connaissance, lundi dernier, de ce commentaire de la Commission européenne au sujet de la gestion de l'affaire tunisienne: «Du point de vue formel, les mesures prises par les autorités italiennes et françaises ont respecté la loi européenne», a déclaré la commissaire chargée des Affaires intérieures, Cecilia Malmström. Paris avait décidé de rétablir les frontières avec l'Italie au lendemain de la régularisation massive par Rome de quelque 25.000 Tunisiens. «Les contrôles de police menés par les autorités françaises ont été effectués en conformité avec le code de Schengen», a reconnu Mme Malmström, pourtant véhémente à l'égard de Paris, au début de la crise.

La commissaire a été jusqu'à proposer une plus grande latitude pour rétablir temporairement les contrôles aux frontières en cas de pression migratoire «forte» et «inattendue» ou de «défaillance» d'un État membre aux frontières extérieures de l'Union. Tout ce que réclamait Guéant.

L'Europe définira en septembre les critères visant à légitimer cette initiative. «Comme quoi la fermeté paie», ne peut s'empêcher de traduire l'un des plus proches conseillers du ministre.