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mardi 21 août 2012

Benjamin Marx, le bon berger des Roms berlinois

En un an, il a entièrement retapé un immeuble pour y donner un refuge décent à des centaines de Roms.

benjamin marx berlin roms

En un peu plus d’un an, Benjamin Marx a entièrement rénové un immeuble berlinois abandonné et squatté pour en faire un exemple d’intégration des Roms. Cet employé d’une organisation caritative a en effet été profondément choqué lorsqu’il a découvert, au printemps 2011, la réalité d’un édifice laissé à l’abandon dans un quartier défavorisé de la capitale allemande. Plusieurs centaines de Roms avaient trouvé refuge dans la bâtisse de 7500 m2, mais y vivaient dans des conditions très précaires.

«Les enfants jouaient dans la cour au milieu de montagnes de déchets où les rats grouillaient. Toutes les portes étaient ouvertes, les fenêtres cassées et remplacées par des cartons. Dans les escaliers: des câbles électriques non isolés à portée de main. Dans la cour: 150 m3 de déchets, en partie déversés par les habitants des immeubles voisins», raconte celui qui est devenu manager de l’immeuble après que son organisation l’a racheté en août 2011. Et aujourd’hui, la réalité est tout autre. Une inauguration officielle aura d’ailleurs lieu le 14 septembre prochain, avec une messe de l’évêque de Berlin et en présence du maire de la capitale allemande.

Une fois le contrat de rachat signé, l’été dernier, tout va en effet très vite. Les fenêtres sont remplacées, l’électricité refaite, les façades rénovées, les espaces intérieurs recouverts de gravier, bientôt fleuris, les poubelles placées dans un espace fermé à clé. Sur le plan financier, Marx garde les pieds sur terre: le prix de la maison était très bas, elle rapporte un bénéfice de 4%.

Si les choses ont si bien tourné, et cela en un temps record, c’est également parce que Marx a trié le bon grain de l’ivraie, coûte que coûte. Dans la paroisse pentecôtiste où se rendent de nombreux locataires, il assiste à leur messe et gagne leur confiance. Ainsi, il est au courant des problèmes. Il résilie alors les contrats de ceux qui entassent et exploitent des sous-locataires. Ses méthodes ne luivalent pas que des amis, il reçoit des menaces de mort et doit se placer sous la protection de la police.

«Tout le monde me demande pourquoi je fais cela», raconte Benjamin Marx, un peu agacé. «En réalité, ils se demandent pourquoi je fais cela pour des Zigeuner (ndlr : en Allemagne, ce terme porte la trace indélébile de l’anti-tsiganisme du IIIe Reich) . Et pourquoi pas? N’est-il pas normal de réagir face à la misère?» La maison sera appelée Haus Arnold Fortuin, à la mémoire de ce prêtre catholique qui, en 1939, a permis à plusieurs familles de Roms de fuir vers la France et d’échapper aux chambres à gaz, alors que l’on estime que 500 000 Roms ont été assassinés par les nazis.

Eviter un ghetto

Aujourd’hui, la maison berlinoise est un centre culturel en pleine effervescence. Les garages, rénovés, sont occupés par un artiste, Gerhard Bär. Il veut apprendre aux enfants à créer des œuvres d’art à base de déchets. Tous les jeudis, dans un bureau au premier étage, cinq employés répondent aux questions des 800 habitants, les aident à remplir leurs formulaires, à traduire ou à lire leur courrier. Des cours d’allemand y ont lieu deux fois par semaine. Dans les caves rénovées, les femmes cousent des patchworks, les hommes jouent de la musique, les enfants font leurs devoirs. Le but de Marx: louer la moitié des 137 appartements à des non-Gitans afin d’éviter un ghetto.

Marx répète sans relâche qu’au moins 80% de ses locataires travaillent, en tant qu’éboueurs, jardiniers, gardiens, dans le nettoyage, la restauration. Que les pentecôtistes sont très pieux, qu’ils ne boivent pas, ne volent pas, ne mendient pas. En moyenne, ils sont moins nombreux à toucher les allocations sociales que les Allemands, alors qu’ils y ont droit, en tant que membres de l’Union européenne. Le grand pari du bon berger de Neukölln, c’est de démonter les clichés qui nuisent à ses protégés: «Bien sûr, ce ne sont pas tous des anges, mais il y a du bien et du mal partout!»

Geneviève Hesse, Berlin, dans 24 Heures

lundi 31 octobre 2011

Les Turcs en Allemagne, 50 ans de «mariage blanc»

allemagne communauté turque Angela Merkel célèbre mercredi un demi-siècle d’immigration. Mais l’intégration est en panne.

Petit, le crâne dégarni, l’œil malicieux, Ahmet Bayram, 66 ans, est arrivé en 1971 à Berlin avec un contrat de travail dans une grosse entreprise de machines-outils. Quarante ans après, «je suis pratiquement devenu un Berlinois», sourit-il. Il passe toujours ses vacances «au pays» mais sa vie est ici, au nord du Danube. «Mes trois enfants et mes petits enfants vivent à Berlin», explique-t-il devant les rayons de la librairie turque Kitapçi, tenue par son fils.

«Il y a quarante ans, tout le monde avait du travail. Avec la crise, regrette-t-il, les Allemands ont commencé à nous dire qu’on leur piquait leur boulot et nous ont reproché de rouler en grosse Mercedes, en profitant de leur sécurité sociale.» Ahmet a le passeport allemand mais a conservé sa nationalité turque.

«Cinquante ans de mariage blanc!» La banderole barre l’immeuble à l’entrée de Berlin-Kreuzberg, le «petit Istanbul». C’est le titre d’une pièce de théâtre montée pour le 50e anniversaire des accords du 30 octobre 1961, organisant l’afflux des travailleurs turcs dont l’industrie avait cruellement besoin.

«Nous sommes tolérés»

«Nous restons des gens tolérés», résume Bekir Yilmaz, dans les bureaux voisins de la communauté turque. Il nous montre une lettre anonyme arrivée le matin. «Pourquoi votre association proteste-t-elle contre l’interdiction des grillades dans le Tiergarten (ndlr: le parc central de Berlin, à deux pas de la résidence du président de la République) ? Vos compatriotes sont incapables de se tenir correctement et proprement. Allez à Ankara ou à Istanbul faire vos barbecues! Ici vous êtes seulement des invités tolérés.» L’été, les grillades au Tiergarten étaient une vieille tradition pour les familles de la communauté turque berlinoise.

Bekir Yilmaz a rejoint son père à Berlin en 1977, il était alors âgé de 8 ans. Aujourd’hui père de quatre enfants nés en Allemagne, il se sent citoyen allemand. «Mais je ne suis quand même pas un Allemand. Je ne peux pas renier mon origine, précise-t-il. J’ai eu la chance d’acquérir la nationalité allemande avant 2000.» Depuis, la loi exige le renoncement préalable à la nationalité turque. Faute de l’avoir respectée, 55 000 personnes se sont vu retirer leur «nouveau» passeport de la République fédérale.

Dominant Berlin-Neuköln, la mosquée du cimetière turc dresse ses minarets le long de l’ancien aéroport de Tempelhof. «Nous n’avons aucune difficulté à pratiquer notre religion», souligne Ender Çetin, qui siège à la présidence de la mosquée. Né à Berlin en 1977, il se sent Berlinois à 100%, mais n’a jamais demandé la nationalité allemande. Il lui faudrait pour cela renoncer à sa nationalité turque. Or, rien ne dit qu’il n’ira pas vivre un jour dans le pays de ses parents. «Le racisme, la haine de l’Islam se sont renforcés ces dernières années.»

Serdar Taçi ou Mesut Özil, les étoiles turques de l’équipe de foot nationale, n’y changent rien. Diplôme en poche, nombre de jeunes Turcs nés en Allemagne repartent travailler dans le pays de leurs parents. Cinquante ans après, le solde migratoire s’est inversé.

Le défi de Merkel

Aujourd’hui, il reste néanmoins 2,5 millions de Turcs d’origine vivant en Allemagne, dont 1,5 million ont acquis la nationalité allemande. La communauté a ses artistes, ses millionnaires, ses responsables politiques. Mais la définition même de l’intégration reste contestée. Peut-on devenir Allemand et rester Turc? C’est le défi auquel font face le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan et la chancelière allemande Angela Merkel, qui célébreront le cinquantenaire mercredi à Berlin .

Michel Verrier, Berlin, pour 24 Heures

La professionnalisation de l’encouragement de l’intégration continue sur sa lancée

Le bilan de la troisième année de l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur les étrangers et de la loi révisée sur l’asile fait état d’une consolidation de la collaboration entre la Confédération, les cantons, les villes, les communes ainsi que les responsables du secteur privé en matière d’encouragement de l’intégration. Le rapport annuel 2010 sur l’encouragement de l’intégration par la Confédération révèle que l’offre a été renforcée en tenant compte des besoins croissants et a été davantage ciblée sur les besoins des groupes auxquels elle s’adresse.

Le catalogue de mesures d'intégration proposé par la Confédération et élaboré conjointement par les cantons et quinze services fédéraux a considérablement contribué à l'ancrage de la promotion de l'intégration à l'échelon fédéral – précisément dans les structures existantes telles que la formation professionnelle, l'assurance-chômage et le secteur de la santé – et à une sensibilisation des différents partenaires.

Dans le cadre du programme des points forts pour les années 2008 à 2011, l'Office fédéral des migrations soutient l'encouragement de l'intégration des étrangers. En 2010,  près de 2900 cours ou mesures ont été proposés autour du thème "Langue et formation", rassemblant quelques 57 000 personnes. Trente centres de compétence régionaux de l'intégration ont ainsi pu faire connaître plus en détail leur fonction de services centraux d'accueil et de coordination. Les quinze services d'interprétariat communautaire ont dispensé environ 128 000 heures d'interprétation et ont apporté une contribution précieuse à la compréhension mutuelle lors de situations de dialogue importantes, que ce soit à l'hôpital, à l'école ou auprès des autorités. Le lancement de projets d'intérêt national a été amorcé et accéléré ; on peut notamment citer l'encouragement de l'intégration dans le domaine préscolaire ou les projets de développement de quartier. L'encouragement de l'intégration des réfugiés reconnus et des personnes admises à titre provisoire a été poursuivi, notamment dans les domaines de l'acquisition d'une langue et de l'intégration professionnelle.

Communiqué de l’ODM

samedi 8 octobre 2011

Vingt ans de croissance pour Français en Jeu

laurent amy Depuis sa création, en 1991, l’association a vu le nombre de personnes suivant ses cours de français se multiplier par dix.

Spécialisée dans les cours de français pour les migrants en situation économique ou sociale précaire, Français en Jeu souffle ce samedi ses 20 bougies à Lausanne. Le point de vue du directeur, Laurent Amy.

Votre association a grandi?

En vingt ans, le nombre de personnes à qui nous donnons des cours s’est multiplié par dix. Nous en avons plus de 1600 actuellement. Nous avons considérablement diversifié notre offre de cours. Au départ, ceux-ci étaient donnés uniquement par des bénévoles dans deux régions, Lausanne et la Riviera, à raison de deux heures hebdomadaires. Aujourd’hui, nous touchons d’autres régions, comme Morges, Echallens, Moudon… et nous avons complété notre équipe d’enseignants par des professionnels chargés de cours semi-intensifs, ou axés sur l’apprentissage par les parents des termes et des expressions propres à l’école. Le tout toujours avec des méthodes pédagogiques qui privilégient le côté ludique et qui font école dans d’autres associations ou d’autres institutions.

1600 «apprenants» dans le canton, c’est suffisant?

On voit clairement qu’il y a encore des besoins. Soit parce que nous refusons du monde dans certaines régions à certaines périodes, soit parce d’autres régions pourraient être mieux desservies encore, comme par exemple le Gros-de-Vaud ou l’Ouest lausannois.

Avec quels moyens?

Notre budget de départ était d’environ 1000 francs. Il dépasse aujourd’hui le million, grâce au soutien de nombreuses collectivités publiques, dont Lausanne, les communes où nous sommes présents, et l’Etat de Vaud. Nous ne pouvons pas demander plus à nos apprenants, ils ont par définition peu de moyens. Le développement passera forcément par les dons et les subventions publiques.

24 Heures

www.francaisenjeu.ch

dimanche 18 septembre 2011

Face aux caméras, deux jeunes frères kurdes séduisent Yvan Perrin

Pour l’émission «Mégaphone» de la TSR, le vice-président de l’UDC a passé un jour dans la vie d’Eren et d’Ekrem Aktas.

A les voir attablés là à Lausanne, Place du Tunnel, en face d’un kebab frites, on jurerait qu’ils sont entre copains. La rencontre est pourtant plutôt insolite puisqu’il s’agit d’Yvan Perrin, vice-président de l’UDC, et de deux frères kurdes, Eren et Ekrem Aktas, fraîchement naturalisés, jeans troués, scolarité accomplie et des rêves plein la tête.  Et ils parlent, ils parlent, ils parlent. Des minarets, du terrorisme, de la Libye… et de la mode, car Eren et Ekrem, 24 et 23 ans, viennent d’ouvrir une boutique en face du kiosque qu’ils gèrent déjà.

Ce drôle de trio n’est cependant pas là par hasard. Il a été réuni au mois d’août par la TSR pour son émission «Mégaphone». Une première confrontation entre des élus et des citoyens avait été réalisée en juin dernier. Pour ce second épisode, un pas de plus a été franchi dans le concept: quatre parlementaires romands ont d’abord été plongés dans une autre vie, à l’opposé de la leur. Et sous l’œil des caméras.

La socialiste Ada Marra a rencontré un Genevois bien remonté contre l’insécurité. Christian Lüscher a séjourné dans une famille avec trois enfants et aux fins de mois difficiles. Dominique de Buman a vécu le quotidien d’une jeune mère célibataire. Le résultat sera condensé sur huit minutes, que les téléspectateurs découvriront ce mercredi.

Le Japon de Perrin
Yvan Perrin a donc délaissé un jour Les Bolles-du-Temple, son adresse à La Côte-aux-Fées. Un lieu qu’il faut «préserver», dit-il, où la criminalité se résume à quelques jeunes qui viennent parfois chercher des champignons magiques ou à un paysan qui aurait mal attaché ses vaches. Celui qui est appelé là-haut «le fils à Mady», a débarqué à Lausanne avec, sur les épaules, chemise à carreaux aux manches courtes et sac à dos. Il a amené à ses hôtes du jour un sac de fromages du coin. Eren Aktas l’attendait devant sa voiture cabossée. Un peu grinche: il venait de se prendre une bûche pour n’avoir pas respecté un passage pour piétons.

Le choc des civilisations? La TSR avait fort à faire pour tout capter. Pour l’UDC, Eren et Ekrem font partie de ces étrangers qui portent de grandes chaussures noires prêtes à écraser le brave Helvète. Mais c’est pour la caricature. Pour faire peur. Car quand, dans la vraie vie, un vrai UDC rencontre de vrais immigrés, le refrain ne change peut-être pas, mais la tonalité oui. Ceux que l’UDC veut exclure du territoire, ce sont les autres, pas les Eren et les Ekrem qui réussissent dans la vie. Ces autres «sont une minorité», avoue Yvan Perrin sous les assauts d’Eren. «On ne peut pas empêcher la croissance démographique, on ne peut pas mettre des barrières autour de la Suisse. Et puis, ils sont où, vos Polonais?» martèle le jeune homme face à un Perrin qui tente une comparaison avec ce Japon où les gens, serrés, «ne nagent pas dans le bonheur». Et puis les Polonais ne sont peut-être pas là en masse, mais les Allemands, oui!

L’équipe de la TSR jubile. D’ailleurs, le réalisateur ne dit pas «Coupez!» mais «Arrêtez de parler!» Dans la boutique d’Eren et d’Ekrem, il devra même faire recommencer une scène car Yvan Perrin n’a pas attendu que la caméra tourne pour essayer et s’acheter une chemise double col, un modèle qui cartonne! Mais pourquoi n’a-t-il pas choisi la rose?

Magalie Goumaz dans le Matin Dimanche


«Mégaphone», TSR1, mercredi 21/09  à 20 h 10

jeudi 15 septembre 2011

Interactions entre la migration, le commerce et le développement

Aujourd’hui s’achève à Berne une conférence qui a réuni des représentants gouvernementaux et des experts du monde de la science et de l’économie venus des quatre coins de la planète. Consacrée aux interactions entre le commerce, la migration et le développement, la rencontre a eu lieu dans le cadre du Forum mondial sur la migration et le développement, dont la Suisse assure la présidence cette année. La conférence visait, d’une part, à concrétiser le débat mené à l’échelle mondiale sur la migration et le développement, d’autre part, à sensibiliser les participants à la diversité de la problématique.

La conférence, qui s’est déroulée sur trois jours, a eu pour titre « Markets for Migration and Development (M4MD) ». Elle a été organisée sous les auspices des gouvernements de la Suisse et du Sri Lanka par l’Office fédéral des migrations (ODM) en coopération avec le World Trade Institute de l’Université de Berne (WTI) et le réseau de Business for Social Responsibility. Monsieur Eduard Gnesa, ambassadeur extraordinaire chargé de la collaboration internationale en matière de migrations, et Monsieur Nissanka M. Wijeratne, secrétaire d’Etat, en ont assuré la présidence respectivement pour la Suisse et le Sri Lanka. Cette réunion d’experts a vu la participation de représentants de haut rang du monde de l’économie, de la politique et des sciences, de même que de la Fédération syndicale internationale.

Les débats animés et en partie contradictoires ont mis au jour la complexité des interfaces entre les politiques en matière de commerce, de migration et de développement. Mais ils en ont aussi fait apparaître les aspects positifs dès lors que ces politiques sont développées et mises en œuvre de manière cohérente. Une des priorités thématiques a porté sur la manière d’associer les partenaires sociaux à la planification et au développement des politiques migratoires nationales, soit un domaine dans lequel la Suisse jouit d’une solide expérience. Les participants ont été unanimes à considérer que les contacts directs entre les milieux économiques, scientifiques, politiques et gouvernementaux favorisaient de façon significative la compréhension commune des défis et des synergies. Si les discussions ont eu lieu en huis clos, une table ronde publique a été consacrée à la question de savoir dans quelle mesure les migrants pouvaient contribuer au développement de leur pays de provenance en tant qu’entrepreneurs.

Les principaux résultats de la réunion d’experts qui s’est tenue à Berne seront réexaminés avec ceux des autres conférences thématiques qui ont au lieu à travers le monde, lors du débat final du Forum mondial sur la migration et le développement, qui sera organisé début décembre 2011, à Genève, par le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) en étroite collaboration avec l’ODM. En effet, le Forum mondial est un processus auquel l’ODM et le DFAE (Division politique IV et Direction du développement et de la coopération) sont associés. En outre, le WTI compte publier un ouvrage qui regroupera les contributions des intervenants scientifiques à la conférence. Pour de plus amples informations, nous vous renvoyons aux sites www.gfmd.org et www.wti.org.

Communiqué de l’ODM

mardi 6 septembre 2011

Huit requérants curent les forêts lausannoises

Depuis hier et pendant trois mois, huit migrants encadrés par l’EVAM participent à un programme d’occupation de la ville de Lausanne.

Lausanne compte deux forêts, trois rivières et 1382 requérants d’asile. Encadrés par l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM), huit d’entre eux videront les forêts de Sauvabelin et du Bois-Mermet de leurs déchets, et dégageront le lit du Flon, de la Louve et de la Vuachère durant trois mois. Employés vingt heures par semaine, soit à mi-temps, les requérants toucheront une indemnité de 300 francs versées par la ville.

«Nous organisons beaucoup de programmes d’occupation plus courts à Lausanne et dans d’autres communes, indique Emmanuelle Marendaz Colle, chargée de communication de l’EVAM. L’intérêt de celui-ci est sa durée et la possibilité qu’il se pérennise.» C’est le cas à Moudon et à Payerne, où des migrants ont pu travailler jusqu’à une année entière auprès des employés communaux. A Payerne, un migrant s’est même vu proposer un remplacement de durée déterminée à l’issue de cette année, atteignant ainsi un des buts visés par ces programmes d’occupation.

Autres objectifs des travaux d’utilité publique: favoriser l’intégration des requérants au sein de la population locale et les sensibiliser à la question du développement durable. «Beaucoup de migrants viennent de pays où la notion de tri n’existe pas», conclut Emmanuelle Marendaz Colle.

Cécile Collet dans 24 Heures

samedi 3 septembre 2011

Les musulmans américains loin des clichés

Un sondage du Pew Research Center démontre que les musulmans sont satisfaits de leur vie aux Etats-Unis.

En 2007, le Pew Research Center, un institut de recherche indépendant, réalisait le premier sondage jamais effectué sur la situation, les croyances, les préoccupations et les opinions politiques des musulmans américains. Quatre ans plus tard, à l’orée de l’anniversaire des attentats du 11 septembre, il a réitéré sa démarche. Le résultat? Comme en 2007, une majorité de musulmans s’estiment largement intégrés et satisfaits de leur vie aux Etats-Unis. Ils n’ont pas le sentiment d’être exclus de la société. Ils rejettent massivement le terrorisme, et ne manifestent pas de colère quant aux préoccupations des Américains concernant l’islam.

Pourtant, depuis 2007, l’islam a souvent été au centre des débats. Avec, notamment, le projet de construction d’une mosquée près de Ground Zero, la tuerie de Fort Hood au Texas en 2009, l’appel d’un pasteur à brûler des Corans en 2010. Même s’ils affirment qu’être musulman est devenu plus difficile depuis le 11 septembre, leur sentiment d’être victimes de discriminations, de suspicion, d’insultes ou d’agressions n’a pas augmenté depuis 2007.

Origines diversifiées

Le sondage a été réalisé entre les mois d’avril et de juillet auprès de 1033 musulmans. Actuellement, 2,75 millions de musulmans vivent aux Etats-Unis. 81% d’entre eux ont la citoyenneté américaine, mais ils proviennent essentiellement de l’immigration. Les origines des musulmans américains sont très diversifiées, avec 77 pays représentés. La grande majorité de la population islamique est issue des pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. 65% des musulmans sont sunnites, 11% chiites. A noter que 20% des musulmans américains sont des convertis. Eduquée, la classe moyenne islamique dispose toutefois d’un revenu inférieur à celui de la classe moyenne américaine.

Alors que l’opinion publique se montre sceptique sur la volonté d’intégration des musulmans – 51% de la population pense qu’ils souhaitent rester à l’écart de la culture dominante – les concernés sont 56% à affirmer que les musulmans veulent adopter le style de vie américain. Cependant, en matière d’identité nationale, la moitié d’entre eux se voient d’abord comme des musulmans et ensuite comme des Américains. Ce taux est similaire chez les chrétiens.

Une grande majorité de musulmans (80%) se disent satisfaits de leur vie aux Etats-Unis. Un indice de satisfaction qui dépasse celui de l’ensemble de la population. Le sondage de 2007 reflétait le large mécontentement des musulmans quant à la politique de Bush. En 2011, ils approuvent majoritairement le gouvernement Obama. Un résultat dû au fait que ce groupe se sent traditionnellement plus proche des démocrates que des républicains.

La religion est importante pour 70% des musulmans. 48% d’entre eux font leurs cinq prières quotidiennes, et 47% fréquentent la mosquée chaque semaine. Toutefois, ils ne sont pas dogmatiques: une majorité affirme qu’il y a plusieurs manières d’interpréter l’islam et que plusieurs religions peuvent mener à la vie éternelle.

Vision négative d’Al-Qaida

Le soutien des musulmans à l’extrémisme demeure négligeable. Seul 1% juge que les attaques suicides et la violence pour défendre l’islam sont souvent justifiables. 7% pensent que la violence est parfois justifiable. Par rapport à 2007, l’immense majorité des musulmans continue à exprimer une vision très négative d’Al-Qaida.

Mais 5% avancent une opinion favorable à l’égard du mouvement terroriste. 60% se disent préoccupés par une montée possible de l’extrémisme religieux aux Etats-Unis. Près de la moitié de la population musulmane se montre sévère à l’égard de ses dirigeants religieux, estimant que ceux-ci n’ont pas fait suffisamment d’efforts pour le condamner.

Patricia Briel dans le Temps

mercredi 31 août 2011

La fin du ramadan dans l’intimité d’une famille musulmane d’Yverdon

Après trente jours de jeûne diurne, la communauté islamique vaudoise célèbre l’Aïd-el-fitr. Reportage lundi soir.

«Pour commencer, un café turc avec de la cardamome!» lance Gian, dans son bel appartement du quartier des Chaînettes, à Yverdon. Le café, avant de manger? «C’est comme votre apéro», explique sa sœur, Pery, la cinquantaine fringante, installée en Suisse depuis trente-deux ans, membre de l’association des Paysannes vaudoises et animatrice dans un EMS.

Sur la table, pour ce repas qui marque la fin du ramadan (iftar ), des mets de toutes les couleurs: olives noires, vertes, mauves, chaussons à la viande, riz, poulet, salades, fruits. Et dans la carafe: du yoghourt dilué dans de l’eau salée.

Le menu est copieux, mais sans commune mesure avec l’iftar gargantuesque que Gian aurait fait mijoter en Irak, son pays d’origine: «Normalement, tout le monde s’active dans tous les sens une semaine avant. C’est l’ébullition. On fait les achats durant plusieurs jours et on s’habille de neuf.»

A Yverdon, seule la petite Tara, 10 ans, a eu droit à une robe neuve. «On garde nos mœurs, certes, mais on se fond dans la masse», explique Pery, qui a recouvré le goût du ramadan depuis que sa sœur l’a rejointe en Suisse il y a trois ans. «Mais en trente ans, j’ai perdu la capacité de jeûner totalement», avoue celle qui a épousé un Yverdonnois en 1980.

La petite Tara et sa sœur, Raya, se sont vu glisser une pièce dans la poche par les adultes. Elles iront faire un tour de manège et s’achèteront des bonbons. Gian et son mari, Mohamed, ont fait le tour des étages pour distribuer des kleecha (pâtisseries aux dattes et aux noix) aux voisins de l’immeuble. Justement, la voisine de palier sonne à la porte avec un bouquet, pour les remercier.

De la joie, non sans pincement au cœur: «On serait là-bas, la fête serait frénétique», dit Gian. «Tu parles! C’est un vrai bain de sang», renchérit son mari, en montrant les images des chaînes arabes qui tournent sur l’écran du salon. «Allez, allez! Ici, ce sera bientôt Noël», tente de consoler Pery. «Chez nous, on fête aussi Noël. Une fête de plus vaut toujours mieux qu’une fête de moins !»

Marion Moussadek dans 24 Heures

mercredi 24 août 2011

Du jardinage pour intégrer les migrants

L’Entraide protestante suisse a inauguré samedi à Yverdon un jardin essentiellement destiné aux personnes migrantes.

eper jardin migrants

Un projet pour la sociabilisation et l’intégration. Les jardins ouverts d’Yverdon, qui ont été inaugurés samedi dernier, marquent une étape de plus dans le combat mené par l’Entraide protestante suisse (EPER) en faveur des personnes migrantes.

Au chemin du Maréchat, dans un espace vert appartenant à la commune et entièrement dévolu aux jardins familiaux, la parcelle 160 est louée par l’EPER. Six familles y disposent chacune d’un jardinet biologique de 20 à 50 m2, où poussent fruits, légumes et plantes aromatiques. «Cette activité leur permet de se familiariser avec la vie en société, avec la langue et de se maintenir en forme», note Chloé Manfredi, responsable du projet Nouveaux Jardins. Chaque famille entretient son jardinet au moins deux fois par semaine et participe aux ateliers de jardinage hebdomadaires donnés par l’EPER. Certains légumes ayant souffert de la météo automnale de cet été, citrouilles, concombres, tomates et courgettes poussent avec un bonheur inégal.

«Des moments d’échange ont lieu avec, pour langue de base, le français», indique Chloé Manfredi. Les mercredis après-midi, les enfants des bénéficiaires du projet disposent de jeux pédagogiques leur permettant d’apprendre le français de façon ludique.

Connus depuis plusieurs années à Bâle, à Berne, en Argovie et à Soleure, les Nouveaux Jardins viennent de faire leur apparition en Suisse romande à Villeneuve et à Yverdon-les-Bains. Le projet s’adresse aux réfugiés et aux migrants récemment arrivés en Suisse ou qui n’ont pas encore de réseau social.

jeudi 18 août 2011

Des requérants d'asile très discrets

Depuis juin dernier, les requérants d'asile des Collons prennent part aux activités de la station. De quoi rassurer la population face à l'arrivée de ces émigrés.

Ghulam (droite) ainsi qu'une dizaine de requérants ont travaillé à l'élaboration de sculptures pyrotechniques au côté de l'artiste français Lucien Melich pour le symposium. le nouvelliste

Entre deux manoeuvres, Ghulam se présente. Il a 25 ans et est originaire d'Afghanistan. Chassé par la guerre contre les talibans et après dix ans d'exil en Iran, il prend le chemin de la Suisse. Voilà dix jours qu'il est au centre des Collons où, avec dix autres demandeurs d'asile, il travaille pour le spectacle final du Symposium de sculpture. "C'est bien pour nous de travailler, c'est important ça nous occupe. Et je suis fier de ce que je fais", explique-t-il dans un anglais teinté d'Orient. Pourtant Ghulam et ses collègues ont bien failli ne jamais connaître le val d'Hérens.

Collaboration avec l'office du tourisme

Au centre, quarante requérants d'asile logent à la semaine. La plupart sont des familles. Ghulam est un des quatre hommes célibataires de l'établissement. "Le nombre fluctue car ils arrivent des centres de premier accueil de Viège (pour les hommes célibataires) et Saint-Gingolph (pour les familles) et y séjournent le temps qu'un appartement se libère en plaine", précise Pascal Pellaz, responsable du centre. Le but de ce séjour est de conforter l'intégration avec un suivi social et même technique pour assurer leur autonomie au quotidien. "Mais à peine leurs bagages posés, ils demandent à travailler", assure-t-il. "L'image du requérant paresseux qui traîne dans les rues et dort sous un arbre est complètement fausse. Tous ici on fait preuve de beaucoup de volonté de collaboration." C'est ainsi que dès leur arrivée, les émigrés se sont attelés à des travaux utilitaires en collaboration avec la commune de Vex et l'Office du tourisme de Thyon-les-Collons. En plus de leur participation au Symposium de sculpture, les requérants se sont livrés entre autres à la remise en état du court de tennis ou à l'entretien du sentier pédestre didactique. Par ailleurs, des excursions sont également prévues pour les familiariser avec la région. "Au-delà du bénéfice engendré pour les demandeurs d'asile, le programme d'occupation assure la tranquillité du site et la réduction des coûts. Depuis l'instauration de ces activités, les visites médicales sont moins fréquentes, les émigrés étant dans un meilleur état psychique."

Rencontre avec la population

Malgré les appréhensions de remous dans la station, les requérants originaires des Balkans, d'Irak ou d'Afghanistan se font très discrets. "Leur arrivée n'a en rien gêné l'activité touristique, nous les voyons très peu", explique Eric Crettaz, directeur de l'Office de Thyon-les-Collons. Et Danny Defago, président de Vex d'ajouter: "La police intercommunale n'a jamais été sollicitée pour un problème en relation avec les requérants." Quant à la population locale, elle a pu faire leur connaissance lors de la brocante organisée à l'occasion de la fête nationale, le 31 juillet dernier. Les requérants avaient confectionné des spécialités culinaires de leur pays d'origine et les ont proposées aux visiteurs de la manifestation. "Ces gens échappent à des situations graves dans leur pays grâce à notre hospitalité et je m'en réjouis", explique le président de la commune. Cependant, bien que l'engagement et la sympathie de ces émigrés aient apaisé les esprits des villageois, Danny Defago craint pour l'image de la station de Thyon. "Aujourd'hui, je maintiens tout de même ma position initiale. J'affirme qu'une station touristique n'est pas l'endroit adéquat pour l'établissement d'un centre de demandeurs d'asile. La simple présence de ce dernier peut malheureusement engendrer des préjugés chez des touristes qui préféreraient bouder la station", conclut-il.

samedi 30 juillet 2011

Leur première fête nationale dans la peau d’un Suisse

Avant de pouvoir exercer leur droit de vote cet automne, des Suisses naturalisés depuis peu racontent leur 1er Août.

Ce lundi, la croix suisse n’apparaîtra pas seulement sur les lampions et les drapeaux. Elle sera aussi dans leur poche, sur un passeport rouge tout neuf. Pour ouvrir les feux de ce 1er Août, 24 heures est parti à la rencontre de femmes et d’hommes qui viennent d’être naturalisés. Cet automne, ils pourront, certains pour la première fois, mettre leur bulletin de vote dans l’urne, en cette année d’élections fédérales où la question de l’immigration est déjà inscrite dans le débat.

Il y a les Mekonnen, arrivés d’Ethiopie comme requérants d’asile il y a une quinzaine d’années. Tous deux employés chez Nespresso, ils vivent dans un quartier populaire des hauts de Lausanne. Alain Avni Celik, lui, a débarqué à Moudon en 1979, muni de son contrat de travail à la fonderie. Sa femme l’a rejoint et ils n’ont plus quitté la bourgade. Daniel Sautrey a dirigé, pour sa part, les fabriques de Nestlé à Broc (FR) et à Orbe, dont lui et son épouse, Annie, sont bourgeois depuis l’automne 2010. Tous deux sont d’origine française. Enfin, la famille Vogel, arrivée de Bavière pour s’installer à Préverenges voilà vingt-deux ans, pour raisons professionnelles. Horst Vogel est professeur de chimie à l’EPFL. Ont-ils d’autres points communs qu’une identité suisse qu’ils ont choisie?

L’an dernier, dans le canton de Vaud, ils ont été quelque 4100 à être ainsi naturalisés, contre 5900 en 2009. Les deux années précédentes, ce chiffre s’élevait à 5600. Selon le secteur des naturalisations du Service vaudois de la population, cette baisse relative s’explique notamment par l’afflux d’étrangers venus des Balkans, qui s’est répercuté dix ans plus tard sur les nationalisations dont ils étaient demandeurs. Le canton a alors mis des ressources pour augmenter le nombre de cérémonies de prestation de serment qui officialisent les naturalisations. Désormais, la situation devrait se stabiliser au niveau de 2010.


«Cette fois, on saura qu’on est Suisses»

Au salon, des drapeaux suisses et des bougies à croix blanche. La famille Mekonnen a décoré son appartement, imprégné des effluves d’un repas évoquant leur Ethiopie d’origine. Sur le guéridon trône l’invitation pour leur cérémonie officielle de naturalisation.

Le 1er Août, les Mekonnen iront comme d’habitude faire la fête à Ouchy. «Cette fois-ci, ce sera différent», estime Argaw Mekonnen, manutentionnaire chez Nespresso. «Avant, c’était seulement la fête. Là, on saura qu’on est Suisses», approuve sa femme, Aberra Marey. Et cet automne, ils utiliseront leur droit d’élire leurs autorités. «C’est quelque chose d’important, surtout en Suisse. Là, il y a une différence lorsqu’on vote.»

Pour eux, leur nouveau pays est incomparable. «C’est l’humanitaire. Ils ont accueilli les gens», relève Aberra Marey. Arrivés en 1996 et 1997, ils faisaient partie des fameux «523», ces requérants d’asile sans papiers revendiquant le droit de rester dans un bras de fer politique et médiatique.

«Même sans papiers, l’administration était ouverte pour nous comme pour tout le monde», remarque Argaw. «Lorsque M. Mermoud (ndlr: conseiller d’Etat alors en charge de l’asile) nous a interdit de travailler, c’était finalement une bonne décision, car cela a fait bouger les choses qui traînaient depuis des années.»

Ils ne diront rien de ce qui pourrait changer ici, de ce qu’ils aimeraient peut-être retrouver de l’Ethiopie. «La Suisse est unique. Le 1er Août fête cela, même si tout n’est pas parfait à 100%.»


«J’apprécie l’esprit de consensus»

Originaires de Dole, en Franche-Comté, Annie et Daniel Sautrey sont devenus citoyens d’Orbe en octobre 2010. Ce couple de jeunes retraités vit au Mont-Pèlerin. Depuis leur terrasse, ils ont une vue splendide sur Vevey, le lac et les montagnes. Pourtant leur choix de devenir Urbigènes n’est pas le fruit du hasard. En effet, durant les sept dernières années de sa vie professionnelle, Daniel Sautrey a dirigé la fabrique Nestlé d’Orbe. Sa bonne entente avec les autorités locales l’a incité à demander la bourgeoisie de la commune.

Le 1er Août, ils iront chez leur fille en Valais et, avec leur petit-fils de 13 mois, ils prendront part aux festivités de Martigny. «Il est important pour nous de bien s’intégrer dans le pays où l’on vit. Nous votons à chaque scrutin. Et cet automne, nous avons à cœur de participer aux élections fédérales pour la première fois, commentent en chœur les époux Sautrey. De plus, le système de vote par correspondance simplifie bien la tâche.»

«J’apprécie l’esprit de consensus et le goût du travail que l’on trouve en Suisse, témoigne Daniel Sautrey. La cohabitation des langues et des religions me touche. Chaque village a su conserver ses traditions, ce qui fait la richesse du pays. J’ai conservé un bredzon en souvenir de mon passage à la direction de la fabrique de chocolat à Broc.» Annie Sautrey apprécie la tranquillité de notre pays.

«Je n’oserais plus me rendre seule dans un parking souterrain dans une ville comme Marseille.» Le couple souligne également que l’adaptation en Suisse a été plus facile que celle au sud de la France.


«C’est un pays qui accepte la diversité»

Sur la terrasse de la villa située dans un quartier tranquille non loin du lac, de petits drapeaux suisses sont plantés dans les pots de fleurs d’un jardin campagnard. Chaque année, ou presque, depuis plus de vingt ans, la famille Vogel, d’origine allemande, assiste à la célébration du 1er Août sur la plage de sa commune, à Préverenges. Elle fera de même lundi. «Avec les enfants nous avons beaucoup participé, et c’est aussi l’occasion de voir les vieux amis», se réjouit Doris Vogel.

Ses fils sont âgés de 27 et 25 ans aujourd’hui. «J’ai les deux passeports, allemand et suisse, mais lorsque l’on m’interroge à propos de ma nationalité, je réponds que je suis Suisse, car c’est ainsi que je me sens», confie Julian, prêt à repartir à Shanghai, où il travaille. Son père, Horst Vogel, est professeur de chimie à l’EPFL.

La famille se prépare à voter lors des prochaines élections fédérales en octobre. «C’est absolument nécessaire. Cela représente une opportunité unique d’influencer la politique fédérale, celle qui unit la Suisse. Nous adhérons à ses valeurs: le respect de la diversité et la préservation de l’environnement», développe Horst Vogel. La famille se dit très sensible à cette notion de partage identitaire qui fait la richesse de son pays d’adoption. «Cependant, il est dommage que, durant leur scolarité, les élèves ne visitent pas une fois au moins le Palais fédéral pour se forger une image de leur pays», estime Doris Vogel. Son fils Julian renchérit: «Après dix ans de cours d’allemand à l’école, personne ne parle cette langue. Il faudrait agir pour rapprocher les régions linguistiques et promouvoir une identité fédérale pour lutter contre ce manque de compréhension entre les régions.»


«Moudon, c’est comme chez nous»

Elle a choisi le prénom de Nathalie pour compléter Sureyya. Lui a opté pour Alain, en plus de son identité turque, Avni. En devenant Suisses, l’an dernier, les Celik se sont dit: «Changeons tout!»

Ce qu’ils ne modifieront pas, c’est leur façon de fêter le 1er Août. «Trois jours avant, on regarde où il y a des choses intéressantes. L’an dernier, c’était à Estavayer, parfois à Moudon pour boire un verre avec les amis. Cette année, ce sera à Ouchy. On aime la fête, avec les feux, le monde et le lac.» Pensent-ils le vivre différemment? Nathalie est dubitative. «Ah si! réagit son mari. Avant, tout le monde nous voyait comme des étrangers.» Aujourd’hui, c’est plutôt en Turquie qu’ils se sentent touristes. Leurs grands enfants, naturalisés depuis un moment, n’y ont jamais vécu. «Je suis arrivée ici à 19 ans et j’en ai 46. Ma vie est ici, je vais mourir ici», confie-t-elle. «Moudon, c’est comme chez moi. Parfois, c’est juste un peu difficile à cause de la langue, approuve Alain, qui aime trop la ville, où il est arrivé en 1979, pour songer à la quitter. Ici, c’est vraiment particulier. En Suisse, il y a ce mélange des cultures. On vit mieux, la démocratie est différente. C’est là qu’on gagne notre salaire.» Il travaille à l’usine d’emballage et elle fait le ménage au CHUV.

Après avoir voté comme étrangers au niveau communal, ils ont déjà mis deux fois leur bulletin de vote de citoyens suisses dans l’urne cette année, et prendront part aux élections fédérales cet automne. A Moudon, Alain Celik s’est d’ailleurs présenté ce printemps sur les listes radicales. Son épouse est-elle d’accord? Elle esquisse une moue ironique. «Toujours…»

Laurence Arthur, Pierre Blanchard, Laure Pingoud, Florian Cella (photos) dans 24 Heures

lundi 25 juillet 2011

Fiers d’être musulmans pour réconcilier les peuples

A Caux, de jeunes musulmans européens prennent confiance en leur identité pour ensuite promouvoir la paix.

jeunes musulmans caux

«Pourquoi les musulmans prient-ils cinq fois par jour? Dieu avait demandé à Mohammed d’en faire cinquante. Trop, au goût du peuple d’Israël. Moïse a donc enjoint Mohammed de négocier avec Dieu. Après avoir fait baisser deux fois ce chiffre, Mohammed n’a pas osé retourner vers Dieu une troisième fois. Vous voyez, à cette époque, les juifs et les musulmans vivaient en paix. Ce conflit n’a rien à voir avec le Coran: il est récent, à cause de la situation entre la Palestine et Israël.» Vendredi dernier, l’imam Ajmal Masroor a profité du jour de prière des musulmans pour délivrer son message, empreint de paix entre les peuples. Plus inhabituel: il ne prêchait pas dans une mosquée londonienne, mais dans la grande salle des Fêtes du Palace de Caux. En effet, l’édifice et la fondation qui en est propriétaire – Caux, Initiatives et changement – accueillent depuis mercredi dernier et jusqu’à dimanche 45 jeunes musulmans issus de 9 pays pour participer au programme «Devenir un artisan de paix». Dans la mosquée improvisée, des jeunes femmes non voilées ont rapidement enfilé de quoi couvrir leurs cheveux et leurs jeans.

Un média aussi important que la BBC a fait le déplacement sur les hauteurs de Montreux. C’est qu’Ajmal Masroor est connu en Angleterre: actif politiquement, il intervient également comme animateur dans plusieurs émissions de TV. «Et en mars, nous avons présenté ce programme devant six députés du parlement britannique et deux membres de la Chambre des lords. L’accueil a été enthousiaste», précise l’Anglais Peter Riddell, coorganisateur de l’événement.

En quoi consiste donc ce programme? Deux heures de formation le matin et des heures de discussion par groupes l’après-midi. Assez pour transformer ces jeunes, âgés de 16 à 30 ans, en «artisans de paix»? «Avant toute chose, il faut leur donner confiance en ce qu’ils sont, en leur héritage et leur identité à la fois musulmane et européenne, détaille Ajmal Masroor. Plutôt que de se sentir humiliés et de se taire, en repartant, ils sont plus désireux de s’engager dans différentes sortes d’activités pour créer une nouvelle société dans le respect des cultures de chacun. D’autre part, il est également très important de leur transmettre des connaissances historiques ainsi que le message de paix contenu dans le Coran.»

Cinq doigts différents mais une seule main

Toutes deux de formation universitaire, Sabina, 28 ans, de Londres, et Asma Soltani, Franco-Tunisienne de 24 ans habitant la banlieue parisienne, ont déjà participé aux cours à Caux en 2009. Cette année, elles interviennent comme médiatrices au sein des groupes de discussion. «Nous avons beaucoup appris ici, ne serait-ce que par l’échange d’expériences», explique Sabina. Les deux jeunes femmes ne se sentent absolument pas représentées par les musulmans «aux voix fortes et aux discours durs montrés dans les médias». Mais savoir qui l’on est, est-ce suffisant pour changer le monde? «C’est un outil, le premier pas. Nos cinq doigts sont différents, mais ils ont chacun leur utilité et forment une seule main! La notion de paix existe dans l’islam comme dans chaque religion. Nous devons nous concentrer sur nos valeurs communes, ainsi les différences seront amoindries.» «Ici, on ne nous donne pas de solutions pratiques, mais l’énergie et la motivation pour attaquer les problèmes, précise Asma. Nous pouvons délivrer un message de paix et informer. Par exemple en rappelant – via les réseaux sociaux notamment – que la France a fait une loi contre la burqa pour 200 personnes sur une population de plus de 62 millions d’habitants. Cela peut peut-être aider les gens à ne pas se sentir envahis.»

Stéphanie Arboit dans 24 Heures

ajmal masroor

lundi 18 juillet 2011

Madame Intégration, deux cultures, un credo

amina benkaisAmina Benkais, Franco-Marocaine, prend la tête du Bureau vaudois de l’intégration.

Elle est toujours l’étrangère de quelqu’un. En Suisse, où cette Franco-Marocaine détentrice d’un permis C a débarqué en 1999. En France, où elle avait migré pour ses études. Et Amina Benkais est doublement étrangère au Maroc, où ses origines aisées la mettaient déjà à l’écart. Ces expériences ne sont peut-être pas pour rien dans les choix professionnels de la future responsable du Bureau vaudois de l’intégration. Mais cette quadragénaire attribue davantage son engagement à sa sensibilité face aux injustices sociales, héritée de ses parents, qu’à ses origines. Qu’elle vit très bien. «Je navigue sans malaise et sans déchirement d’une culture à l’autre.»

Un plus, pas un alibi

Sa spécialisation dans les migrations s’est en fait tissée de fil en aiguille. De Bordeaux, elle a suivi à Neuchâtel son mari engagé chez Swatch. Docteure en droit, elle est alors engagée pour mener une recherche à l’Université sur le droit des musulmans. Un pas de côté et la voici au Service de la cohésion multiculturelle de Neuchâtel de 2002 à 2010, où elle remplit des mandats intercantonaux sur les violences faites aux femmes, du mariage forcé à la prostitution. Cet intérêt la conduit à lancer un projet de coordination romande sur ce thème au sein de l’organisation Terre des femmes Suisse. C’est au terme de ce parcours que l’annonce pour le poste de déléguée vaudoise à l’Intégration lui tombe dessus. Alors, non. L’étiquette d’étrangère ne justifie pas son job. «C’est un plus, et j’en suis heureuse. Mais il y a d’abord une bonne formation et une addition de compétences», affirme-t-elle.

Amina Benkais est toute petite, mais elle n’a pas l’air du genre à s’aplatir. Energétique. Déterminée. Mais aussi souriante, joyeusement volubile. Cette amoureuse de la création – elle écrit, invente en cuisine et «peinturlure» – craque pour les jobs qui lui permettent d’innover et d’être utile. D’ailleurs, à quoi sert un Bureau de l’intégration? Pour elle, le titre relève un peu d’un idéal. Avant de parler d’intégration, elle constate des problèmes «plus aigus»: l’accès des étrangers à la formation, au marché du travail et, pour les femmes, à une socialisation.

Et quelles innovations imagine-t-elle? La déléguée à l’Integration, qui entre en fonctions en septembre, aimerait initier de nouvelles synergies, en particulier avec le domaine privé. Elle est convaincue par une collaboration qu’elle a établie avec le groupe Swatch: «Une entreprise a souvent des appréhensions vis-à-vis des étrangers, hésitant à engager des gens dotés d’un permis F, parce que c’est trop compliqué ou qu’elle craint qu’ils ne partent rapidement. On pourrait lui faciliter la tâche.» En matière de synergies, elle pense aussi aux communes, actives sur le front de l’intégration. «Il faut faire attention aux doublons, éviter les pertes de temps, d’énergie et le gaspillage d’information.»

Vivre sur place

Amina Benkais a un autre défi à relever, plus terre à terre: trouver un logement dans le canton de Vaud. «Il faut sentir les frémissements de la société. Plein de choses nous échappent si on n’est pas sur place. Lorsque je me promène à Neuchâtel, il n’y a pas un jour où je ne suis pas arrêtée par quelqu’un.» Au point que ses filles – 7, 12 et 16 ans – en ont ras-le-bol de sortir avec elle, sourit-elle.

En attendant d’éplucher les petites annonces, elle va assouvir sa passion des voyages. «Plus c’est loin, plus il y a de risque, plus j’aime.» Mais le Maroc reste le seul endroit où elle se ressource, vêtue de ses habits traditionnels: «Une façon de déposer mon étiquette visible d’étrangère. »

Laure Pingoud dans 24 Heures

mercredi 8 juin 2011

Moi, albanophone et intégré

Environ 250 000 albanophones vivent en Suisse. Une grande majorité sont Kosovars. Si des clichés tenaces sont encore véhiculés, leur intégration est toujours plus évidente. Depuis le 29 mai, ils disposent de leur propre «Assemblée des Albanais de Suisse». Le Temps a choisi de raconter six parcours de vie, des exemples de réussite.

albanophones carte

Ils ont beau être là depuis dix ou vingt ans, ils peinent encore parfois à se débarrasser de clichés, tenaces. Environ 250 000 albanophones vivent en Suisse: 190 000 sont des ­Kosovars, 50 000 des Macédoniens, 10 000 des Albanais de Serbie, 2000 viennent d’Albanie et environ autant du Monténégro. La plupart sont arrivés dans les années 90 pour fuir les événements des Balkans, le pic ayant été atteint en 1998 et 1999, avec l’arrivée de 50 000 réfugiés kosovars. D’autres ont émigré plus tôt, dès les années 60, comme simples saisonniers, puis par le biais du regroupement familial.

Et qu’ils soient naturalisés ou non, installés depuis de longues années dans le même village ou pas, ils se voient encore trop souvent assimilés à des «chauffards», «trafiquants» ou «magouilleurs». Le récent rapport de Dick Marty accusant le premier ministre du Kosovo Hashim Thaçi et d’autres ex-membres de l’UÇK, l’Armée de libération du Kosovo, de trafics d’organes, n’a pas vraiment contribué à redorer l’image des Kosovars. A cela s’ajoutent les préjugés liés à l’islam. Or, les exemples d’intégration rapide et d’ascension sociale réussie ne sont pas difficiles à trouver. Nous avons choisi de raconter six trajectoires originales, du plongeur devenu patron de restaurant à la jeune socialiste élue au parlement lucernois, en passant par une psychiatre devenue cheffe de clinique.

Une étude commandée par l’Office fédéral des migrations sur les Kosovars en Suisse, parue en août 2010, souligne la faible qualification de la majorité d’entre eux. D’où une intégration difficile sur le marché du travail. Les discriminations à l’embauche ne facilitent pas les choses. De même que certaines mesures, comme dans le domaine des assurances auto où les ressortissants des Balkans doivent parfois payer une prime plus élevée, qui ne font que stigmatiser davantage cette population.

Mais l’étude donne aussi l’exemple de simples salariés qui, à force de persévérance et de travail, ont su se hisser à des postes à responsabilités. Et confirme que les entrepreneurs albanophones ne sont plus rares. Après s’être lancés dans le tourisme, puis dans l’édition (publication de journaux kosovars), le bâtiment, l’horticulture et la gastronomie, ils se sont aussi tournés récemment vers les assurances. Malgré certaines difficultés. «Je connais des chefs d’entreprise qui ont bien réussi, mais certains pensent aussi qu’engager des gens au noir leur permettra de faire plus de profit», témoigne l’avocat Asllan Karaj, qui tient un cabinet de conseil à Lausanne. «J’essaie de leur expliquer qu’il y a des démarches et des cotisations à respecter en Suisse.»

L’étude conclut sur une note positive: le processus d’intégration des immigrés kosovars devrait suivre une évolution comparable à celle des migrants italiens et espagnols. Lentement, mais sûrement. «Le processus d’intégration s’est accéléré dès la fin de la guerre, mais s’est encore accentué avec l’indépendance du Kosovo en 2008», commente Naim Malaj, ambassadeur du Kosovo à Berne. «Avant la guerre, les Kosovars étaient physiquement ici mais leur esprit était encore «là-bas». Aujourd’hui, ceux qui décident de rester en Suisse peuvent enfin s’y projeter vraiment: ils investissent dans l’éducation de leurs enfants, commencent à acheter des biens immobiliers et sont toujours plus nombreux à se naturaliser. C’est un signe.» Naim Malaj a lui-même connu une ascension aussi rapide que surprenante dès la proclamation de l’indépendance du Kosovo. Travailleur social à Genève, il a été, presque du jour au lendemain, appelé à exercer la fonction d’ambassadeur à Berne, alors que rien ne l’y prédestinait.

Bashkim Iseni, qui dirige le site internet Albinfo, tient un discours similaire. Les Kosovars se sont bien libérés d’un poids depuis la fin de la guerre, dit-il, mais beaucoup, après s’être investis pour soutenir la cause nationale, sont écoeurés par la corruption qui sévit dans leur pays et déçus par une classe dirigeante qui ne parvient pas à redresser le pays économiquement. Voilà qui renforce encore leur volonté de construire leur avenir en Suisse. «Je connais beaucoup de gens qui, partis de rien, ont gravi les échelons à force de persévérance. Il y aurait par ailleurs aujourd’hui plus de 1000 étudiants albanophones dans les universités suisses alors que, dans les années 90, j’étais un des seuls. Tout cela est très encourageant!» commente-t-il.

L’intégration grandissante des Albanophones se révèle aussi à travers une organisation plus visible, mieux structurée de la diaspora. Les associations culturelles sont nombreuses et le rôle de l’Université populaire albanaise ou de la «Albanian International Scholarship Foundation», basées à Genève, connu. Mais depuis le 29 mai, ils disposent de leur propre «Assemblée des Albanais de Suisse», sorte d’organisation faîtière dont la constitution a été encouragée par les autorités fédérales. Elle est présidée par Orhan Spahiu, un étudiant de 28 ans. Le site Albinfo, lui, a été créé en octobre. Cette plateforme d’informations sur l’actualité suisse et des Balkans est disponible en albanais, français et allemand. Réalisée en partenariat avec Edipresse, elle est soutenue par la Direction du développement et de la coopération et la Commission fédérale pour les questions de migration.

Autre fait marquant: l’implication grandissante d’Albanophones dans la vie politique suisse. Dans le canton de Lucerne, 180 Kosovars viennent de créer l’Association des Kosovars démocrates-chrétiens, intégrée à la section cantonale du PDC.

Valérie de Graffenried dans le Temps

Vers le dossier proposé par le Temps et les différents témoignages

lundi 30 mai 2011

Un laboratoire pour intégrer sans discriminer

En pleine crise sur les requérants d’asile, Nyon a accueilli les Assises vaudoises de l’intégration et une fête interculturelle.

nyon assises intégration

Ils n’avaient pas encore de visage que déjà ils alimentaient les peurs. Celles de la violence, de la drogue et même de la tuberculose. Les premiers requérants d’asile prennent aujourd’hui leurs quartiers à Gland dans l’abri PCi des Perrerets. A terme, ils seront une cinquantaine.

Si leur venue suscite ces réflexes émotionnels, c’est parce qu’ils seront logés dans le sous-sol d’une école. Et pour nombre de parents, l’étranger devient inquiétant dès qu’il s’approche de leurs enfants. Ainsi, 1300 citoyens (pour une ville de quelque 11 000 habitants) avaient signé une pétition exprimant le refus de cette promiscuité entre leurs têtes blondes et les exilés aux sombres parcours. Ils font écho à la contestation née à Nyon où un abri héberge plusieurs dizaines de migrants en attendant la construction d’un centre fixe près d’une école.

jm dolivo assises intégration«De manière générale, ces centres devraient être placés dans les grandes villes, là où la population est plus habituée», estime Me Jean-Michel Dolivo, membre du mouvement SolidaritéS. Et de rajouter qu’une meilleure intégration éviterait antagonismes et stigmatisation.

Les «cas Dublin»

«Mais là, on ne peut pas parler d’intégration, car la Suisse n’a pas de volonté pour qu’ils s’intègrent, constate amèrement Christiane Piazzini, répondante pour la ville de Nyon des projets liés à l’immigration. Il y a beaucoup de «cas Dublin» qui ont zéro chance de rester.» Car ils seront renvoyés dans un autre pays de l’Espace Schengen. Même si c’est pour revenir en territoire helvétique quelques jours plus tard.

Alors, peine perdue, ces efforts pour vivre en harmonie avec l’autre? De loin pas. Car l’immigration revêt les formes les plus diverses (mariage, travail ou encore asile politique) et, de fait, le chantier est vaste. Comme l’ont démontré samedi les 7es Assises de l’immigration se sont tenues à la salle communale de Nyon.

A commencer par l’école, premier facteur d’intégration des enfants. Là, tous les intervenants sont tombés d’accord sur l’importance de parfaire l’enseignement du français. Ensuite, la thématique de l’emploi a, entre autres, révélé que les travailleurs issus de l’immigration comprennent trois fois plus de working poor .

Aiglons récompensés

Les Assises ont également permis de remettre le Prix du Milieu du Monde couronnant un projet lié à l’intégration. Le jury a choisi l’établissement scolaire d’Aigle, récompensé pour son programme d’échange avec l’école de Junik, au Kosovo, et le travail sur l’interculturalité réalisé autant dans le corps professoral qu’avec les élèves.

Au final, ces Assises ont permis de faire le point. Il en est ressorti que, si les associations et les communes investissent une grande énergie dans les projets, l’Etat a encore du pain sur la planche.

Sur les 31 pays analysés dans l’étude MIPEX (index comparatif de l’intégration des migrants basé sur 148 critères), la Suisse finit avant-dernière. Dans son communiqué final, la Chambre cantonale consultative des immigrés recommande donc aux autorités fédérales de se doter d’une législation efficace pour lutter contre les discriminations et de structures de consultation professionnelles pour les victimes, à l’image des autres pays européens.

Anetka Mühlemann dans 24 Heures


assises intégration programme

mardi 5 avril 2011

Intégration des Roms: Bruxelles accroît la pression sur les pays de l'UE

La Commission européenne a demandé mardi aux pays de l'UE de s'engager clairement à mieux intégrer les Roms, notamment via la scolarisation des enfants, estimant que le conflit avec la France en 2010 avait permis de "réveiller" l'Europe sur le sujet.

"La situation en France à l'été dernier a été un appel nécessaire à se réveiller, car à ce moment-là, tout le monde en Europe a repris conscience du fait que les citoyens européens ont des droits et que ces droits doivent être appliqués", a souligné la commissaire à la Justice, Viviane Reding, en présentant des propositions sur une meilleure intégration des Roms.

A l'automne 2010, un conflit virulent avait opposé Mme Reding au gouvernement français au sujet des renvois chez eux de Roms roumains et bulgares venus en France, la commissaire allant jusqu'à faire une comparaison avec les persécutions nazies contre les juifs.

Paris avait au final accepté de modifier sa loi nationale, afin de mieux tenir compte de règles européennes encadrant les renvois chez eux de citoyens de l'UE, et avait échappé à une procédure pour discrimination. Dans son projet présenté mardi, l'exécutif européen demande aux gouvernements de l'UE de lui présenter "d'ici fin 2011" des stratégies nationales spécifiant comment ils comptent mieux intégrer leurs communautés roms, en matière d'éducation, de logement, de santé et d'emploi.

Un accent particulier est mis sur la scolarisation. Bruxelles souhaite que tous les enfants de la communauté rom "achèvent au moins l'école primaire", alors que 42% le font aujourd'hui, contre 97,5% en moyenne pour les autres enfants européens. Pour cela, les gouvernements sont appelés à retrousser les manches. Mais la Commission attend aussi des Roms qu'ils fassent un effort. "Il appartient aussi à la communauté rom de vouloir sortir de la pauvreté", a dit Mme Reding. Il est prévu de former un millier de "médiateurs" roms pour discuter avec les familles.

Un mécanisme de surveillance des progrès sera mis en place, avec l'implication de l'Agence européenne des droits fondamentaux et des rapports annuels de la Commission. Le commissaire aux Affaires sociales, Laszlo Andor, un Hongrois, s'est dit "préoccupé" par les violences racistes visant la communauté des Roms en Europe, notamment dans son propre pays qui assure jusqu'à fin juin la présidence semestrielle de l'Union européenne. "Nous recevons presque quotidiennement des informations parfois alarmantes de divers pays" sur des agressions, a-t-il dit. "L'augmentation de tendances xénophobes et parfois explicitement racistes ces dernières années, comme en Hongrie, est un très grand sujet de préoccupation", a-t-il reconnu. "Il ne peut y avoir de tolérance pour le racisme", a-t-il ajouté.

Un procès vient de débuter à Budapest contre quatre hommes accusés d'avoir tué six Roms, dont un enfant de 5 ans et son père, au cours d'une série d'attaques racistes. Ils sont soupçonnés d'avoir perpétré entre juillet 2008 et août 2009 neuf attaques à la grenade, au fusil et au cocktail Molotov, qui ont fait six morts. Parmi les meurtres commis il y a en particulier ceux d'un père et de son fils de cinq ans, ou celui d'une femme dans son sommeil. En Hongrie, la minorité rom, souvent appauvrie et marginalisée, représente près d'un dixième des 10 millions d'habitants du pays. Près de 70% des Roms sont au chômage.

AFP

samedi 19 février 2011

Alternatives fait de l'oeil aux électeurs étrangers

vote étrangers aigleLa formation politique adresse un papillon traduit en trois langues aux allophones d’Aigle. «Utilisez votre droit de vote!» Le message est simple. Il se décline en quatre langues: français, albanais, serbo-croate et portugais.

Avec son nouveau papillon, Alternatives se tourne vers les électeurs étrangers. Hier, la formation politique aiglonne, qui fait course commune avec les Verts, a envoyé quelque 800 prospectus aux ressortissants des trois communautés linguistiques. L’objectif est avant tout civique, assure Damien Berger, l’un des instigateurs de la démarche: «Certains disposent du droit de vote, mais ne s’en servent pas, souligne le candidat aux Conseil communal. Avec ce flyer, nous espérons les intéresser à la vie politique locale.»

«En choisissant ces trois langues, nous touchons plus de la moitié des électeurs d’origine étrangère», poursuit Stéphane Chessex, candidat à l’exécutif. A Aigle, 1527 étrangers pourront se rendre aux urnes en mars, sur 6225 électeurs au total. Pour pouvoir voter en terres vaudoises, les ressortissants d’autres pays doivent vivre depuis dix ans en Suisse et depuis trois ans dans le canton.

Pourquoi adresser un courrier en langue étrangère à des habitants qui maîtrisent, pour la plupart, le français? Stéphane Chessex: «On veut pousser les gens à voter, mais s’ils votent pour nous, c’est encore mieux. Un message écrit dans leur langue maternelle retiendra plus facilement leur attention.»

Lors des précédentes élections communales, en 2006, 25% des votants étrangers avaient glissé leur bulletin dans l’urne. 

24 Heures

vendredi 18 février 2011

"Donnons-leur un travail !"

Pour faire face à la vague de migrants provenant d’Afrique du Nord, l’Italie a demandé l’aide financière de l’UE. Mais plutôt que d’augmenter le budget de l’agence de surveillance Frontex, l’Union devrait réformer sa politique d’asile et favoriser l’intégration économique des immigrés.

lampedusa tunisiens

Le gouvernement italien, au nom du burden sharing (“partage du fardeau”), demande à l’Europe de prendre en charge le problème des débarquements à Lampedusa, non seulement en participant aux coûts de mise en place de patrouilles sur nos frontières – ce que fait déjà Frontex –, mais encore en offrant l’hospitalité à une partie des réfugiés arrivés sur les côtes italiennes.

Rome a demandé à Budapest, qui préside actuellement l’UE, de convoquer un sommet extraordinaire pour établir les termes et les modalités de cette répartition des charges que représentent à la fois l’accueil des réfugiés et l’examen des demandes d’asile. Notons à ce sujet qu’un grand nombre de réfugiés semblent avoir l’intention de quitter l’Italie ; en règle générale, les réfugiés politiques – comme tout immigré – choisissent de se concentrer plutôt dans les régions déjà occupées par une communauté de personnes parlant la même langue et possédant la même nationalité qu’eux. Aujourd’hui, les plus fortes concentrations de Tunisiens et de citoyens originaires d’Afrique du Nord se trouvent essentiellement en France et en Espagne.

La nécessaire réforme des politiques d'asile

La demande de l’Italie risque cependant de ne pas être entendue par l’opinion publique des grands pays de l’UE – à commencer par l'allemande – habitués à accueillir dix fois plus de réfugiés politiques qu’elle. Les petits pays, comme la Norvège, les Pays-Bas et la Suède, y seront encore moins sensibles : durant ces vingt dernières années, ils ont accueilli, proportionnellement à leur population, jusqu'à quinze fois plus de demandeurs d'asile politique que l’Italie.

Voilà pourquoi il faut aller au-delà de l’urgence et présenter à l’Europe des demandes cohérentes. Tout d’abord, une série de réformes sur les politiques de droit d’asile : on ne peut plus traiter la question des réfugiés politiques comme un problème purement diplomatique, nettement séparé des questions plus larges d’immigration économique. Les frontières entre ces deux types de flux migratoires sont très fragiles : le traitement des demandes d’asile par les Etats membres semble répondre à des facteurs d’ordre économique (comme le chômage ou le revenu par habitant du pays de destination) plutôt qu’à des facteurs purement politiques, comme la guerre ou la présence de régimes dictatoriaux dans les pays d’origine.

En outre, une erreur très grave a été commise en Europe dans les procédures d’asile : jusqu’à présent, on a empêché les réfugiés politiques de travailler et de choisir dans quelle région ils voulaient résider à l’intérieur d’un pays. Le but étant de dissuader un trop grand nombre de demandes d’asile.

Le résultat est toutefois contre-productif : plusieurs études montrent que les restrictions de ce genre ne découragent pas les abus. Bien au contraire. En empêchant de travailler les personnes ayant obtenu le droit d’asile, on bloque l’intégration économique des immigrés, et on augmente parallèlement le poids fiscal qu’ils exercent sur la population autochtone.

Des études récentes montrent que les réfugiés politiques, contraints de vivre grâce à de modestes transferts nationaux, dans des endroits qu’ils n’ont pas choisi, sont plus facilement impliqués dans la micro-criminalité que les autres citoyens, y compris les immigrés n’ayant pas obtenu de statut de réfugié. C’est une leçon importante dont nous devrions tenir compte.

Autorisés à travailler, les immigrés sont une grande ressource

Mais nous devrons également en tirer la leçon pour la question plus générale de nos politiques d’immigration. Si les immigrés sont "autorisés à travailler", ils représentent une grande ressource, alors qu’on veut leur compliquer bêtement la vie (restrictions pour leur entrée dans le pays, pour la durée de leur séjour, pour le renouvellement des permis de séjour, pour le changement de travail, etc.). On risque ainsi de convaincre au moins une partie de ces réfugiés que la micro-criminalité est plus attrayante que l’insertion régulière dans le monde du travail, devenue trop compliquée. La coordination des politiques de droit d’asile et des flux migratoires devrait en outre s’appuyer sur des critères transparents et partagés par tous les pays membres de l’UE.

Aujourd’hui, plusieurs pays européens essaient d’introduire des systèmes de points qui pourraient établir des priorités bien définies dans l’attribution des permis de séjour et des permis de travail. Ces systèmes sont souvent utilisés pour favoriser l’immigration des personnes qualifiées, des personnes instruites et capables de s’intégrer plus facilement dans un pays d’accueil. Rien n’interdit non plus d’introduire dans ce cadre juridique des considérations d’ordre humanitaire en garantissant l’accès prioritairement aux citoyens de pays déchirés par des guerres civiles, ou originaires de pays dans lesquels la population civile a été régulièrement victime d’épisodes de violences, de tortures et d’incarcérations arbitraires.

Le contrôle commun des frontières, des politiques de droit d’asile en accord avec celles sur l’immigration économique et reposant sur des principes transparents – comme le système de points – peuvent ainsi devenir les points forts d’une politique européenne de l’immigration.

Tito Boeri dans la Repubblica relayé par PressEurop

mercredi 16 février 2011

Logés à Vouvry, les requérants d'asile travailleront aux champs

L’unité d’accueil de Collombey devant fermer ses portes, le vaste domaine agricole des Barges hébergera des candidats réfugiés.

requérants vouvry«L’Etat du Valais est propriétaire de ces bâtiments. Nous n’avons donc pas grand-chose à dire. Mais je trouve déplorable la façon de communiquer une telle décision.» Le président de Vouvry, Reynold Rinaldi, évoque avec perplexité la création prochaine d’un centre de formation et d’hébergement pour requérants d’asile dans sa commune. Cette structure sera aménagée au domaine des Barges, rattaché au Service cantonal de l’agriculture. Elle est appelée à combler une lacune dans le Chablais, puisque le foyer d’accueil pour candidats réfugiés de Collombey, en fin de bail, fermera ses portes à la fin mars. A Vouvry, l’ouverture est prévue «dans quelques mois».

Le Conseil d’Etat s’est déterminé à ce sujet mercredi dernier, précise un communiqué diffusé hier. «Le Conseil municipal n’a été informé que lundi soir, regrette Reynold Rinaldi. Nous sommes des gens adultes et responsables. Nous aurions apprécié de pouvoir poser un peu plus tôt les questions qui s’imposent aujourd’hui.» Les enfants des requérants d’asile devront-ils être scolarisés au village? Est-il raisonnable de prévoir de nouveaux logements dans une zone réputée inondable – car toute proche du Rhône? «Et dans la population, des craintes surgissent déjà quant à la sécurité publique», témoigne le président de Vouvry (3600 habitants).

Peinture et horticulture
Simon Darioli, chef du Service valaisan de l’action sociale (SAS), se veut rassurant. Au contraire de celui de Collombey, qui n’accueille que des hommes célibataires, le futur centre, situé à l’écart du village, hébergera aussi des familles. En outre, leur statut sera différent: il s’agira de personnes en cours de procédure d’asile, alors que les hommes qui transitent par le foyer collombeyroud sont pour la plupart des requérants déboutés.

Sans oublier la vocation formatrice de ce nouveau centre: encadrés par du personnel qualifié, les pensionnaires effectueront des travaux de peinture, de maçonnerie et de menuiserie. Premier objectif: aménager rapidement les locaux qui, à terme, pourront accueillir vingt à trente personnes.

Dans un deuxième temps, les requérants d’asile logés à Vouvry découvriront l’agriculture, l’horticulture, l’élevage du petit bétail et la mécanique élémentaire. Le tout dans le même esprit que les programmes d’occupation proposés depuis l’an dernier, avec succès, à Collombey: favoriser l’intégration en Suisse ou préparer le retour au pays. «Il s’agit de donner du sens à la présence de ces gens chez nous», complète Simon Darioli, qui s’appuie sur une expérience similaire réalisée à Vétroz.

Ce projet concerne une surface d’environ 5000 m2 sur les 150 ha qui composent les Barges. L’entreprise agrochimique Syngenta, locataire de 57 ha, continuera à y mener ses essais. «Ce vaste domaine (ndlr: qui accueille notamment des élèves de l’Ecole cantonale d’agriculture) est en pleine réaffectation, relève le chef du SAS. C’est une vraie aubaine pour nous.» Car le Valais doit accueillir, bon an mal an, 3,9% des requérants d’asile qui arrivent en Suisse. Ils étaient 1549, répartis dans tout le canton, au 31 décembre dernier. «Et les perspectives sont à la hausse, compte tenu des événements politiques récents dans le nord de l’Afrique.»

Patrick Monay dans 24 Heures