mercredi 27 juillet 2011

Le multiculturalisme au cœur des attentats

Les causes du drame restent floues. La principale relève-t-elle de la psychiatrie ou de la haine de la différence culturelle?

oslo recueillement

Est-ce la faute à la psychiatrie (lire ci-dessous) ou au multiculturalisme? Anders Behring Breivik est-il en d’autres termes un monstre qui a agi de façon isolée ou a-t-il été influencé par un contexte sociétal donné? Ou est-ce un peu des deux? Le double attentat perpétré vendredi par ce Norvégien de 32 ans interroge sur les causes réelles de la tragédie qui a coûté la vie à 76 personnes.

Dans une vidéo diffusée sur Internet peu avant de passer à l’acte, Anders Behring Breivik parle du «viol culturel et marxiste de l’Europe» entre 1968 et 2011. Il y dénonce le multiculturalisme comme une «idéologie haineuse anti-européenne destinée à déconstruire» la culture, les traditions, les identités et la chrétienté européennes voire même les Etats-nations européens. A ses yeux, il est impossible aujourd’hui de stopper l’alliance multiculturelle (ndlr: élites, médias, politiques) de façon démocratique. Il appelle à l’avènement de la révolution conservatrice qui permettra de «bannir une nouvelle fois l’islam d’Europe».

Professeur à l’Université de Genève et spécialiste du multiculturalisme, Matteo Gianni constate que le discours très critique sur le multiculturalisme n’est pas propre au terroriste présumé d’Oslo. Cela fait plus de quinze ans que l’extrême droite radicale véhicule cette rhétorique de la menace, de l’invasion, voire du racisme anti-Blancs. «Samuel Huntington (ndlr: Le choc des civilisations) avait déjà thématisé le sujet. Aujourd’hui, le discours anti-musulmans est la locomotive de cette rhétorique. On l’a vu en Suisse avec le vote sur les minarets. Les partis populistes en ont fait leur fonds de commerce et les partis traditionnels de centre droit doivent jouer sur la même corde, même si sur le fond, ils contestent ces thèses.» Spécialiste de l’extrême droite à l’Institut de relations internationales et stratégiques, Jean-Yves Camus souligne que l’obsession de Breivik, c’est l’Eurabia, cette idée née dans la tête des néo-conservateurs selon laquelle l’Europe serait devenue un vassal de l’islam.

Ces derniers mois, des figures politiques de premier plan s’en sont aussi prises au multiculturalisme. Pour la chancelière allemande Angela Merkel, le «Multikulti» a été un échec total. Son compatriote Thilo Sarrazin, social-démocrate qui fut membre du directoire de la Bundesbank, enfonça le clou avec son livre L’Allemagne va à sa perte. Le président français Nicolas Sarkozy et le premier ministre britannique David Cameron sont intervenus dans le même sens récemment. En mars 2007, le philosophe français Alain Finkielkraut s’était même fendu de ce commentaire dans le quotidien Haaretz: «Les juifs de France n’ont d’avenir que si la France reste une nation; il n’y a pas d’avenir possible pour les juifs dans une société multiculturelle, parce que le pouvoir des groupes antijuifs risque d’être plus important.»

Sur quoi reposent ces critiques? Matteo Gianni estime qu’il y a une grande confusion dans les termes utilisés. D’un point de vue sociologique, parler de multiculturalisme, c’est décrire l’état social d’une société. C’est la conséquence sociologique inévitable de tout système démocratique par définition ouvert. Voici trois décennies, la Norvège était encore un Etat relativement homogène. La mondialisation a transformé le pays, le nombre d’immigrants ayant doublé depuis le milieu des années 1990. Aujourd’hui, il abrite 500 000 immigrés, qui représentent 10% de la population.

D’un point de vue politique, le multiculturalisme traduit les mesures qui sont mises en place pour permettre à la société multiculturelle de vive en relative harmonie. Sociologiquement, la France est multiculturelle, politiquement elle ne l’est pas au contraire du Canada ou, dans une moindre mesure des Pays-Bas. Angela Merkel parle d’échec, mais «techniquement», l’Allemagne n’a jamais appliqué politiquement le multiculturalisme, privilégiant une politique d’assimilation et de naturalisation restrictive et n’ayant accordé que récemment le droit à la double nationalité. Jean-Yves Camus explique: «On a peut-être été trop loin dans la politique d’intégration des cultures d’origine et pas assez insisté sur l’adaptation à la culture d’accueil.»

«Le discours d’Anders Behring Breivik paraît cohérent, mais il est totalement déstructuré, poursuit Matteo Gianni. Il voit dans le multiculturalisme un danger pour la démocratie et l’identité culturelle de l’Europe. Or le fait de donner des droits à des étrangers n’est pas un acte de charité, c’est la simple application des principes fondamentaux de nos systèmes démocratiques. Nier le multiculturalisme équivaut dès lors à nier la démocratie. Cela ne veut pas dire qu’on ne doit pas débattre de jusqu’où doit aller l’ouverture à la différence.» Jean-Yves Camus réfute un lien causal entre le débat actuel sur le multiculturalisme et l’acte terroriste de Breivik: «Ce dernier s’est radicalisé avant, dès les années 2000. Et les partis populistes scandinaves, dont le Parti [norvégien] du progrès ont émergé dans les années 1970.»

Le multiculturalisme serait-il dès lors le cheval de Troie de l’islamisme? Directeur de recherche au CNRS, Pierre-André Taguieff est l’auteur de la formule. Mais il l’explicite: «Le projet de se servir du multiculturalisme comme un cheval de Troie est bien présent dans certains milieux islamistes considérant qu’en Europe, le djihad serait voué à l’échec et qu’il faut en conséquence suivre une stratégie culturelle (au sens gramscien) pour modifier le système des représentations et des croyances des Européens, avant de passer à la phase politique de la prise du pouvoir.» Pierre-André Taguieff voit néanmoins dans la critique du multiculturalisme «l’expression d’un désarroi face à la globalisation perçue comme un processus aveugle et destructeur, quelque chose comme une machine à broyer les peuples». De fait, on tend à conférer une «étiquette culturalisante» à tout, s’étonne Matteo Gianni. Si le chômage et la criminalité augmentent, c’est la faute au multiculturalisme. «Un système politique qui ne s’ouvrirait pas à la différence ne serait pas démocratique», rappelle pourtant le professeur. «Il ne faut d’ailleurs pas faire l’erreur de croire que tous les problèmes liés à l’immigration sont d’ordre culturel. Certains relèvent par exemple du niveau d’éducation», analyse le professeur.

Dans son manifeste de 1500 pages, Anders Behring Breivik associe le multiculturalisme aux marxistes «culturels». Serait-ce dès lors un concept de gauche qui aurait justifié que l’auteur de la tuerie d’Oslo et d’Utoeya, décrit comme un conservateur chrétien, s’en prenne aux jeunesses travaillistes norvégiennes? Pierre-André Taguieff s’en défend: «Le multiculturalisme peut être conçu et défendu aussi bien par des gauchistes radicaux que par des libéraux de droite, voyant dans la diversité culturelle un atout ou un moyen d’approfondir le système démocratique.»

Stéphane Bussard dans le Temps

Réfugiés : l'Europe doit défendre ses valeurs

Soixante ans après la signature de la convention de Genève sur les réfugiés, le 28 juillet 1951, qui a aidé des millions d'hommes, de femmes et d'enfants fuyant la persécution, les guerres et la torture, à obtenir la garantie d'une protection et l'espoir d'un avenir meilleur, le monde reste marqué par les conflits.

Depuis le printemps, nous avons vu plus d'un million de personnes laisser derrière elles tout ce qu'elles possédaient pour fuir la guerre en Libye. Bien que seul un nombre restreint d'entre elles ait échoué en Europe, les images de ces réfugiés ont marqué les esprits. Des images choquantes d'hommes, de femmes et d'enfants tentant, au péril de leur vie, de traverser la Méditerranée, le plus souvent dans des embarcations de fortune, un périple au cours duquel ils seront nombreux à laisser la vie, même si le nombre de victimes reste inconnu.

L'Europe se doit de chérir les valeurs de la convention sur les réfugiés de 1951. Elle le doit, non seulement, à tous les réfugiés, mais aussi à elle-même. La convention est née du puissant sentiment de "Plus jamais ça !" ressenti à la suite de la seconde guerre mondiale. Elle a fourni un cadre juridique clair à la protection des individus fuyant la persécution. Les valeurs qui y sont inscrites ainsi que dans d'autres textes internationaux, comme la Déclaration universelle des droits de l'homme et les conventions de Genève sur le droit en matière de conflit armé, font partie de l'identité de l'Europe et de l'Union européenne (UE). Une Union dont les droits de l'homme et la protection des réfugiés sont des éléments essentiels.

Pendant quatre des six décennies écoulées depuis la signature de la convention de Genève, les principaux bénéficiaires de la protection des réfugiés ont été les Européens, dont bon nombre sont aujourd'hui des citoyens de l'UE. Nous gardons tous en mémoire les conflits armés dans les Balkans et les réfugiés nécessitant une protection. Et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a été créé d'abord pour aider les centaines de milliers de personnes qui étaient toujours déracinées et sans ressources cinq ans après la fin de la seconde guerre mondiale.

Les dirigeants politiques européens ont longtemps encouragé le développement de structures démocratiques comme étant le meilleur garant des droits et une réelle opportunité pour les peuples. A l'heure où se déroulent les événements que l'on sait sur la rive sud de la Méditerranée, il existe une vraie chance de traduire les exhortations en actions. Les gouvernements et les populations de Tunisie et d'Egypte ont fait preuve d'une générosité et d'une hospitalité remarquables en accueillant des milliers de personnes fuyant la Libye. Si l'UE a reconnu l'importance d'être solidaire avec les pays d'Afrique du Nord, elle pourrait faire beaucoup plus.

Les débats dans les Etats membres ont tendance à se concentrer sur les défis que peuvent poser les personnes fuyant la Libye plutôt que sur le potentiel d'enrichissement qu'elles représentent pour nos sociétés. Ils méconnaissent souvent la répartition relative des demandeurs d'asile et des réfugiés dans le monde.

Ensemble, les Vingt-Sept ont reçu un peu plus de 243 000 demandes d'asile en 2010, soit 29 % du total mondial. L'Afrique du Sud, à elle seule, en a reçu environ 180 000. Quant aux réfugiés reconnus en tant que tels, ils sont environ quatre sur cinq à vivre dans les pays en développement. Les Etats membres ont accordé le statut de réfugié ou une autre forme de protection à approximativement 74 000 personnes en 2010. A titre de comparaison, le seul complexe des camps de réfugiés de Dadaab, au Kenya, a accueilli environ 400 000 réfugiés, nombre qui augmente, selon les estimations, de 1 300 à 1 500 unités par jour en raison de la crise que connaît la Somalie.

L'UE dispose de la capacité à accroître sa part de responsabilité en matière de réfugiés et de demandeurs d'asile. Il reste illusoire, à l'heure actuelle, d'espérer un régime d'asile commun, et ce en raison de la persistance de divergences significatives entre les politiques d'accueil et de traitement des demandeurs d'asile dans les différents Etats membres.

En 2010, la probabilité pour les demandeurs d'asile originaires d'Irak d'obtenir une protection internationale était de 49 % en France, de 56 % en Allemagne et de moins de 2 % en Grèce ou en Irlande. Un régime traitant les demandes d'asile de manière aussi disparate est incomplet. Le 60e anniversaire de la convention fournira, nous l'espérons, une nouvelle impulsion à la mise en place d'un régime d'asile européen commun digne de ce nom. Le nouveau Bureau européen d'appui en matière d'asile devrait y contribuer de manière sensible, tant entre les pays de l'UE qu'entre l'Union et les pays tiers.

Mais l'Europe pourrait faire bien plus en termes de réinstallation, processus par lequel des réfugiés sont transférés à titre permanent, généralement d'un pays moins développé vers un nouveau pays de résidence permanente, le plus souvent dans un pays développé. Les réfugiés sont réinstallés lorsqu'ils ne peuvent séjourner en sécurité dans leur premier pays d'accueil ou qu'il n'existe aucune perspective de solution durable dans ce pays. Les quelque 6 000 places rendues disponibles en Europe à des fins de réinstallation représentent environ 7,5 % des places disponibles au niveau mondial.

L'accélération d'un programme de réinstallation à l'échelle de l'UE et l'élaboration d'un système d'admission plus efficace, notamment par la mise à disposition de places supplémentaires et par l'accélération des procédures de départ pour les personnes en attente de réinstallation aux frontières de la Tunisie et de l'Egypte avec la Libye, constitueraient une preuve bienvenue d'un engagement accru en matière de solidarité internationale.

A l'heure de la célébration du 60e anniversaire de la convention sur les réfugiés, reconnaissons combien elle reste essentielle pour les valeurs de l'Europe. Alors que de nouvelles crises surviennent sans que les anciennes aient été résolues, engageons-nous de même à faire plus pour protéger les personnes déplacées et persécutées. L'Europe a un rôle irremplaçable et toujours crucial à jouer. Soyons certains de ne pas manquer ce rendez-vous important.

Antonio Guterres, haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés et Cecilia Malmström, commissaire européenne chargée des affaires intérieures, dans la rubrique Idées du Monde

Retour du polyhandicapé expulsé de France : « L'Etat a menti »

Ardi Vrenezi, Kosovar de 16 ans, va bientôt revenir en France. Des dizaines de policiers étaient venus le chercher sur son lit d'hôpital le 3 mai 2010. Il avait été expulsé le lendemain avec sa famille pour séjour irrégulier.

Ardi est atteint d'encéphalopathie dégénérative, une maladie rare qui ne peut être guérie, mais une prise en charge médicale permet de limiter les atteintes physiques et mentales. C'est ce dont a bénéficié Ardi en France, pendant deux ans. D'abord à domicile, puis dans un établissement spécialisé de Moselle.

De mai à décembre, Ardi « a perdu 6 à 8 kg »

La loi est pourtant censée protéger les personnes malades atteintes de pathologies graves contre les expulsions et leur permet d'avoir un titre de séjour. Ce qui aurait dû être le cas d'Ardi rappelle Richard Moyon, de Réseau éducation sans frontières (RESF). (Voir la vidéo réalisée par le comité de soutien à Ardi sur Rue89)


Or, comme l'avait montré Rue89 en octobre 2010, le Kosovo ne dispose pas des infrastructures nécessaires pour prendre en charge cette lourde maladie.

Isabelle Kieffer, la pédiatre qui suivait Ardi en France, s'est rendue sur place en décembre 2010. Cela a d'ailleurs fait l'objet d'un documentaire, « Immigration aux frontières du droit », réalisé par Manon Loizeau et diffusé le 1er juin 2011 sur Canal+.

Contactée par Rue89, Isabelle Kieffer explique que l'état de santé d'Ardi s'est dégradé :

« Il est en déficit alimentaire depuis plusieurs mois. Au Kosovo, j'ai constaté qu'au bout de six ou sept cuillerées, il ne pouvait plus avaler, car c'était trop fatigant pour lui. De mai à décembre, il a perdu 6 à 8 kg. Et il a sans doute encore perdu du poids.

Il fait également des crises d'épilepsie quasiment tous les jours et très soutenues alors qu'en France, il en faisait une ou deux par mois. C'est à cause de la rupture des médicaments. Ardi a dû être hospitalisé deux fois en urgence à Pristina. »

Au Kosovo, un accès aux médicaments compliqué

En juin 2010, la préfecture de Lorraine charge l'agence régionale de santé d'envoyer des médecins afin de vérifier l'évolution de la maladie d'Ardi. Coût de la journée au Kosovo : 1 264 euros. D'après L'Humanité, voici ce qu'il en ressort :

« Nous [les experts chargé du rapport, ndlr] avons constaté qu'il était possible de se procurer l'ensemble des molécules actives nécessaires au traitement d'Ardi Vrenezi. »

L'accès aux médicaments au Kosovo est pourtant bien plus compliqué qu'en France : certains sont difficiles à trouver et très chers. Et un autre, contre les crises d'épilepsie, n'existe pas sous forme buvable, seul moyen pour Ardi de l'ingérer. Le documentaire de Manon Loizeau montre que les médecins du Kosovo ont subi des pressions.

« L'Etat a dû recourir au mensonge »

Selon Isabelle Kieffer, les experts envoyés par l'agence régionale de santé n'ont pas examiné Ardi :

« Il y a de fausses citations dans le rapport. Il y est écrit qu'Handikos, l'ONG située dans le village d'Ardi, est suffisamment équipée pour accueillir dans de bonnes conditions le patient. Or, la responsable leur a affirmé tout le contraire. Et ils ont refusé d'aller voir Ardi à son domicile pour vérifier ses conditions de vie.

Je ressens beaucoup d'amertume. Ils nous [les médecins qui ont suivi Ardi en France, ndlr] citent comme étant d'accord, alors qu'ils ne nous ont pas demandé à un seul instant notre avis. C'est gravissime. »

Pour le docteur Kieffer, cette mission n'avait pour but que de légitimer l'expulsion d'Ardi en montrant qu'il pouvait se soigner de manière correcte au Kosovo. Si l'état d'Ardi s'est dégradé, c'est à cause de la prise en charge partielle de la maladie :

« Il a fallu attendre quatorze mois alors qu'on avait tous les éléments qui prouvaient qu'Ardi ne pouvait pas être soigné au Kosovo. C'est une honte pour le pays. Pour justifier une décision injustifiable, l'Etat a dû recourir au mensonge. »

Un visa de trois mois. Et après ?

Ardi et sa famille ont obtenu un visa de trois mois, d'après l'Association des paralysés de France (APF) et RESF. Dans un premier temps, les associations craignaient que seuls Ardi et ses parents aient droit à un visa. Contacté par Rue89, Pierre-Henry Brandet, porte-parole du ministère de l'Intérieur, dément :

« Il n'a jamais été question de n'accorder un visa qu'à Ardi et ses parents. Sa sœur et son frère auront donc bien un visa. »

Par contre, le porte-parole n'a pas souhaité s'exprimer sur la durée de permis de séjour, ni sur la date de retour des Vrenezi. A son arrivée, qui devrait s'effectuer en avion sanitaire, Ardi sera hospitalisé afin de faire un bilan. L'institut d'éducation motrice de Freyming-Merlebach (Moselle) est disposé à l'accueillir à nouveau. Depuis son expulsion, une place lui était réservé jusqu'en août 2012.

Pour qu'Ardi puisse finir sa vie dans de bonnes conditions, les associations vont maintenant se mobiliser pour que la famille Vrenezi obtienne un titre de séjour.

mardi 26 juillet 2011

L’UDC lance son initiative «contre l’immigration de masse»

Avec l’UDC, les silhouettes menaçantes sont de retour. «Stopper l’immigration massive!» proclame un slogan au bas de l’affiche, alors que des jambes sombres prises en contre-plongée foulent le drapeau suisse. Pour lancer son initiative «contre l’immigration de masse», l’UDC a repris le même graphisme, percutant et destiné à provoquer l’inquiétude, de ses précédentes campagnes. Mais, trois jours après la tuerie d’Oslo, le président Toni Brunner ne voit dans l’initiative aucun risque de provoquer une paranoïa anti-étrangers. «Nous ne faisons qu’aborder des problèmes que les autres partis ne veulent pas voir!» affirme-t-il.

Après les mises en garde des milieux économiques – economiesuisse et l’Union suisse des arts et métiers – contre la menace d’une dénonciation des accords bilatéraux par Bruxelles, la polémique n’a pas tardé. «L’initiative de l’UDC ne vise qu’à attiser la xénophobie», dénoncent ainsi les Verts, alors que le PLR s’en prend à «l’attaque frontale du parti isolationniste contre la prospérité et la stabilité de la Suisse».

Annoncée depuis plusieurs semaines, l’initiative qui vise à limiter l’afflux d’immigrants est publiée ce mardi dans la Feuille fédérale. L’UDC a désormais dix-huit mois, jusqu’en janvier 2013, pour récolter les 100 000 signatures nécessaires. Le parti de Christoph Blocher veut en revenir au système des contingents, en privilégiant les besoins de l’économie. «Le but est de redonner à la Suisse les moyens de gérer de manière autonome l’immigration, alors que le nombre d’immigrants venus en Suisse ces quatre dernières années, notamment par le biais de la libre circulation avec l’UE, dépasse 330 000 et crée des situations tendues», selon le président de l’UDC suisse, Toni Brunner.

Le texte prévoit à l’article 121a que «la Suisse gère de manière autonome l’immigration des étrangers». Le cœur de l’initiative, au deuxième alinéa, précise que «le nombre des autorisations délivrées pour le séjour des étrangers en Suisse est limité par des plafonds et des contingents annuels. Les plafonds valent pour toutes les autorisations délivrées en vertu du droit d’asile, domaine de l’asile inclus», mais également pour les frontaliers.

L’article prévoit également que «le droit au séjour durable, au regroupement familial et aux prestations sociales peut être limité». Les contingents devront être fixés «en fonction des intérêts économiques globaux de la Suisse. Les critères déterminants sont en particulier la demande d’un employeur, la capacité d’intégration et une source autonome et suffisante de revenus.» Aujourd’hui déjà, dans le cadre de l’accord de libre circulation passé avec l’UE, les autorisations de séjour ne sont délivrées que sur la base d’un contrat de travail ou la preuve d’une autonomie financière.

Enfin, dans les dispositions transitoires, l’initiative vise directement l’accord avec l’UE sur la libre circulation des personnes, entré en vigueur en 2008. «Les traités internationaux contraires à l’article 121a doivent être renégociés et adaptés dans un délai de trois ans.» C’est la clause qui provoque le plus vif rejet de la part des milieux économiques. Dans une interview à la presse dominicale, Hans-Ulrich Bigler, directeur de l’USAM, réaffirme que l’organisation faîtière des PME est clairement du côté des accords bilatéraux et de la libre circulation, «car elle crée les bases d’un marché du travail flexible. C’est un moteur de croissance en Suisse. Pour nous la libre circulation des personnes n’est pas négociable.»

Au risque de passer pour un apôtre de la décroissance et de ternir l’image de l’UDC comme parti de l’économie, le conseiller national vaudois Guy Parmelin estime que «l’immigration débridée se traduit par une augmentation considérable de la consommation de surfaces et d’espaces habitables». Dans l’Arc lémanique ou à Zurich, dénonce-t-il, «les familles originaires de ces régions sont contraintes de déménager; il en résulte une augmentation du trafic pendulaire». Certes, admet-il, il y a des effets positifs, comme la bonne tenue de l’économie et les rentrées financières pour les assurances sociales. Mais le côté négatif l’emporte, «car un jour il faudra bien payer les rentes des cotisants étrangers d’aujourd’hui».

L’UDC, qui mise sur cette initiative pour remettre les questions d’immigration au cœur de la campagne électorale, jusqu’ici dominée par la sortie du nucléaire, devra faire face à la concurrence de deux autres textes, celui d’EcoPop qui veut limiter la hausse de la population à 2% par an, et l’autre des Démocrates suisse qui veulent rééquilibrer le solde migratoire.

Yves Petignat dans le Temps

L'UDC lance son initiative «contre l’immigration de masse»

L'UDC a débuté lundi sa récolte de signatures pour son initiative "contre l'immigration de masse". Une affiche montrant des jambes noires foulant le drapeau suisse l'accompagne.

L’UDC va commencer à récolter les signatures pour son initiative «contre l’immigration de masse». Texte final, affiche, comité, argumentaire: tout est prêt et a été présenté lundi à la presse. En jeu: la réintroduction de contingents et la renégociation de l’accord de libre circulation.
Le texte, qui reprend les grandes lignes dévoilées en mai, sera publié mardi dans la «Feuille fédérale», de même que le délai de 18 mois accordé pour le récolte des 100’000 signatures nécessaires, a précisé le président du parti Toni Brunner. Comme support de campagne, l’UDC s’est dotée d’un visuel dans la lignée de ceux utilisés jusqu’ici.
On y voit des jambes noires fouler un sol rouge marqué d’une croix suisse. Interrogé trois jours après la tuerie en Norvège sur l’impact de telles affiches, Toni Brunner a esquivé la question. C’est le devoir de la politique de trouver des solutions à des problèmes qui existent et que les autres partis négligent, a-t-il déclaré.

Contingents et plafonds
L’initiative tient à préciser dans la constitution que la Suisse gère de manière autonome l’immigration.
Le nombre d’autorisations de séjour devrait être limité par des plafonds et des contingents annuels, qui vaudront aussi pour l’asile et les frontaliers. Comme en mai, l’UDC n’avance pas de chiffres concrets.
Pour les étrangers exerçant une activité lucrative, les quotas devront être fixés en fonction des intérêts économiques globaux de la Suisse. Les citoyens helvétiques devront avoir la priorité sur le marché de l’emploi.
L’initiative dresse en outre une liste non exhaustive des critères à remplir pour recevoir une autorisation de séjour: une demande émanant d’un employeur, une source de revenus suffisante et autonome, ainsi qu’une capacité d’intégration. Le texte ne précise pas comment satisfaire à cette dernière exigence. Mais l’UDC a répété son intérêt pour un système à points comme celui pratiqué par le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.
Le parti souhaite aussi que le droit au séjour durable, au regroupement familial et aux prestations sociales puisse être limité. Toni Brunner a donné l’exemple de délais de cotisations minimaux pour bénéficier d’une aide.

 Trois ans pour renégocier
L’initiative précise qu’aucun traité international dérogeant à ces règles ne pourra être conclu. Quant à ceux déjà passés et qui ne seraient plus compatibles - notamment l’accord bilatéral sur la libre circulation des personnes, ils devraient être renégociés dans un délai de trois ans.
Se défendant de s’en prendre sans nuances aux étrangers qui se tournent vers la Suisse, l’UDC affirme vouloir corriger les «abus» découlant de la libre circulation. «En cinq ans seulement, à cause de l’immigration, la population a crû de 380’000 personnes. Et on n’est pas près d’en voir le bout», a lancé Toni Brunner.
Et les orateurs de détailler les conséquences néfastes d’une arrivée massive d’étrangers sur l’économie, les loyers, les prix des terrains, les infrastructures, les écoles, le chômage, la consommation énergétique, le système de santé, les assurances sociales, la criminalité, ainsi que sur les valeurs et la culture suisses.

Plusieurs initiatives
Il y a quatre ans, l’UDC avait dopé sa campagne pour les élections fédérales avec l’initiative sur le renvoi des criminels étrangers. Elle ne sera toutefois pas seule cette fois à thématiser l’immigration.
L’association Ecologie et Population (Ecopop) a lancé une initiative pour limiter la hausse de la population résidente permanente due aux migrations à 0,2% par an. Le texte exige parallèlement qu’au moins 10% des moyens de la coopération suisse au développement soient affectés à la planification familiale volontaire.
Les Démocrates suisses ont aussi annoncé le lancement d’une initiative réclamant que la Confédération s’efforce à équilibrer le solde migratoire, sans donner toutefois d’exigence chiffrée.

Le Matin

Cocotte-minute populiste

Des jambes noires foulent un sol rouge marqué d’une croix suisse. L’affiche de l’UDC «contre l’immigration de masse», du titre de l’initiative qu’elle a lancée hier, est dans la droite ligne du langage visuel auquel le premier parti de Suisse a jusque-là recouru. Stigmatisant, il joue sur le registre de la peur en traduisant le fonds de commerce anti-étrangers qui a fait son succès. Trois jours après l’attentat et la fusillade terroristes en Norvège, la question de l’impact de telles images, mais surtout du discours de haine qu’elles véhiculent, est d’une sinistre actualité.

Contrairement aux explications qui ont circulé dans un premier temps, le drame qui secoue le royaume nordique n’est pas le fait d’islamistes barbus, mais d’un chrétien blond aux yeux bleus en croisade contre l’islam, l’immigration et le marxisme – il affirme en tout cas avoir agi seul. Certes, la menace djihadiste est objectivement la plus importante depuis le 11-Septembre, mais l’Europe a du coup négligé le risque venant des milieux de l’extrême droite. Avec la tragédie vécue par la Norvège, le Vieux-Continent se réveille brutalement d’une léthargie coupable.
Car si Anders Breivik semble avoir choisi tout seul d’abattre froidement ses innocentes cibles, la pieuvre populiste et nationaliste qui étouffe l’Europe lui a largement fourni le fusil idéologique. En Norvège, le Parti du Progrès, nationaliste et xénophobe, a recueilli plus de 22% des suffrages aux élections législatives de 2009 et sa leader, Siv Jensen, a fait de l’islamophobie la matrice de son discours politique, a rappelé en France le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples. «Ceci ne pouvait rester sans conséquences», a-t-il ajouté, se faisant immédiatement accuser de récupérer cette douloureuse actualité par Marine Le Pen, présidente du Front national. Celle-ci, à l’instar des leaders xénophobes européens, a fermement pris ses distances avec la tuerie attribuée à un déséquilibré isolé.

Le lien factuel n’existe peut-être pas. Mais, outre le basculement dans la violence et le terrorisme, pas grand-chose ne différencie le fond idéologique du tueur d’un Geert Wilders, chef de file de l’extrême droite néerlandaise qu’Oskar Freysinger voulait inviter chez lui. En boutant le feu xénophobe, on ne sait jamais jusqu’où il va se propager.
Les formations nationaliste populistes ne sont pas seules en cause, puisqu’elles ont aspiré dans leur sillage bien des partis «traditionnels». La responsabilité de ces derniers est encore plus engagée, car au lieu de combattre l’idéologie de la haine, nombreux l’ont encouragée. Un exemple parmi tant d’autres? La Franco-Norvégienne Eva Joly, d’Europe-Ecologie, a été l’objet d’un racisme d’Etat pestilentiel lorsque le premier ministre français François Fillon (UMP) a considéré sa remise en cause du défilé militaire du 14 juillet illégitime en raison de son origine.
En Suisse aussi, la propagande xénophobe sape dangereusement la cohésion sociale, en transformant la démocratie en poubelle à émotions. Ou plutôt en une cocotte-minute prête à exploser.

Rachad Armanios dans le Courrier

Lausanne détruit les abris des Roms à la pelleteuse

roms lausanne campDepuis quelques nuits, des mendiants dormaient dans des cabanons abandonnés à Vidy.

Hier vers 11 heures, le directeur de la police lausannoise, Marc Vuilleumier, s’est rendu avec quelques policiers et une pelleteuse au lieu dit les Prés-de-Vidy, des jardins familiaux récemment abandonnés, coincés entre l’autoroute et le cimetière du Bois-de-Vaux.

C’est sur ce lieu bucolique que devra s’élever le futur stade prévu à deux pas de la Bourdonnette. La machine de chantier a épargné les cabanons de la partie nord du site qu’occupe le collectif de jeunes cultivateurs alternatifs La Bourdache, avec qui la Municipalité termine des négociations (lire ci-contre) . En revanche, l’engin mécanique a jeté à bas environ huit cabanes qu’une dizaine de mendiants roms occupaient depuis quelques nuits. «La Municipalité n’interdit pas la mendicité, mais a décidé de ne pas laisser des camps de Roms s’installer de manière permanente», explique le municipal popiste.

Certains d’entre eux étaient présents: la police les a fait sortir de leurs abris avant la destruction. Et avec les membres du collectif La Bourdache, ils ont réussi à sauver une partie des meubles. Il n’en reste pas moins qu’au milieu des fleurs et des herbes folles, les bâtiments jetés à terre laissent entrevoir des grossiers matelas éventrés, une paire de chaussures, des sièges de voiture ou des livres religieux.

Marc Vuilleumier ne cache pas un certain désarroi: «La situation ne me laisse pas insensible, mais nous avions décidé de détruire les cabanons, dont certains contiennent de l’amiante, pour laisser les archéologues faire des sondages avant la construction du stade.»

De «bons voisins»

Une attitude qui s’explique peut-être par l’initiative des libéraux-radicaux d’interdire «la mendicité par métier». Mais elle désole le collectif La Bourdache: «Les Roms se sont comportés en bons voisins, ne nous causant pas le moindre souci.» Elle désole encore plus le collectif Opre Rrom qui défend le sort de ces mendiants venus de Roumanie. Véra Tchérémissinoff, coordinatrice du groupe, constate avec amertume: «Si la mendicité est autorisée, il faut bien que les mendiants dorment quelque part. Ils ont essayé dans leur voiture et dans les parcs, la police les a chassés. Les campings les refusent.»

La police lausannoise a été prévenue dimanche 17 juillet par des voisins. Jeudi dernier, la pelleteuse est venue une première fois, mais Opre Rrom a pu arrêter les travaux et a écrit à la Municipalité. Marc Vuilleumier promet d’ouvrir des discussions. La pelleteuse a fourni hier un début de réponse: pas question de campement sauvage.

Justin Favrod dans 24 Heures

L’Australie exportera ses clandestins en Malaisie

Le gouvernement australien troquera 800 illégaux contre 4000 réfugiés. Un plan très controversé.

kuala lumpur manifestation

Après des semaines de polémiques, l’accord a été signé hier à Kuala Lumpur. L’Australie va échanger 800 migrants arrivés clandestinement sur son territoire contre 4000 personnes enregistrées comme réfugiés en Malaisie, selon un programme inédit qui sera étalé sur quatre ans. Il y a un mois, au parlement australien, les Verts et la droite, dans une alliance inhabituelle, avaient pourtant demandé l’abandon de ce projet gouvernemental. Les Verts trouvaient la solution inhumaine, la droite préférait placer ces indésirables sur des îles du Pacifique.

Pour le premier ministre (travailliste) Julia Gillard, ce plan est toutefois le seul possible pour dissuader le trafic de clandestins qui s’organise depuis les côtes indonésiennes, au gré de traversées périlleuses, parfois mortelles. En 2010, près de 7000 migrants clandestins (Irakiens, Iraniens, Vietnamiens, Sri Lankais, Afghans) ont ainsi débarqué en Australie. Nombre d’entre eux sont détenus sur Christmas Island, à 2400 km du continent, dans des conditions difficiles. Le traitement de leurs dossiers peut prendre jusqu’à 18 mois. Des émeutes y ont encore éclaté il y a quelques jours.

Mauvais traitements

Si les transférés de Malaisie se verront offrir une solution durable en Australie, pas sûr en revanche que les migrants illégaux échoués en Australie et qui seront expédiés en Malaisie y trouveront un meilleur clandestin malaisie bastonnadesort. Choquées par cet accord, les organisations humanitaires dénoncent les conditions dans lesquelles la Malaisie, qui n’a pas signé la convention des Nations Unies sur les réfugiés, gère leur accueil depuis des années. Une avocate de l’organisation malaisienne Aliran souligne que bien souvent la police de son pays ne reconnaît pas les cartes de légitimation que reçoivent les demandeurs d’asile, ne faisant que la distinction entre migrants avec ou sans papiers. Fréquemment arrêtés, ils sont soumis à des mauvais traitements. Entre 2002 et 2008, 35 000 cas de bastonnade ont été rapportés sur des migrants sans documents, selon un rapport d’Amnesty International publié en 2010. Au sujet du troc, l’organisation a d’ailleurs réagi, parlant de «risque de détention inhumaine, voire de torture». Des organismes chrétiens australiens ont aussi mentionné que des enfants de migrants pouvaient être détenus en Malaisie pendant plus de quatre ou cinq ans, sans scolarisation.

Pour donner du crédit au plan, le ministre australien de l’Immigration, Chris Bowen, a souligné ces derniers jours que le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) avait été «impliqué dans le projet». Hier à Genève, le HCR, prenant acte de l’accord, a précisé qu’il avait été consulté mais «n’était pas signataire de l’arrangement». Il note toutefois que les deux pays se sont engagés à respecter tous les droits des demandeurs d’asile et des réfugiés, dont le principe de non-refoulement et un accueil dans des conditions humaines, ce que l’agence ne manquera pas de contrôler.

Cathy Macherel dans 24 Heures

L’UDC pour le retour des contingents migratoires

La libre circulation est visée par l’initiative «Contre l’immigration de masse». Au grand dam de l’économie.

udc stop migration masseEn 2007, l’Union démocratique du centre (UDC) avait misé avec succès sur ses moutons noirs pour remporter les élections. Cette fois elle espère que ce seront les bottes noires de l’envahisseur étranger, foulant la bannière suisse, qui serviront de dopant électoral. Le plus grand parti du pays a lancé hier la récolte de signatures pour son initiative «Contre l’immigration de masse». Il a 18 mois pour récolter 100 000 signatures. L’accord sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne (UE) devrait être renégocié en cas de oui.

«La Suisse gère de manière autonome l’immigration des étrangers.» Telle est la disposition centrale du texte. Selon l’UDC la maison brûle. Guy Parmelin (VD), conseiller national: «Les 330 000 résidants supplémentaires sur les quatre dernières années constituent une immigration débridée faisant pression sur les infrastructures, les besoins en sol, la consommation d’énergie ou encore les logements.»

Instruments essentiels: l’introduction de «plafonds et de contingents annuels». Seraient concernées non seulement les personnes relevant de la législation sur les étrangers, mais également du domaine de l’asile et les frontaliers. Selon quels critères? «Les intérêts économiques globaux de la Suisse et dans le respect du principe de la préférence nationale.»

Pour concrétiser ces exigences, les traités internationaux «contraires» devraient être «renégociés et adaptés» trois ans après l’approbation de l’initiative par le peuple et les cantons. Dont celui sur la libre circulation des personnes avec l’UE. «On a l’impression que dans ce pays on signe des accords pour l’éternité», a ironisé Guy Parmelin, pour qui une nouvelle négociation est une question de volonté politique.

«Cette initiative doit être clairement rejetée, contre-attaque Delphine Jaccard, responsable de projets chez EconomieSuisse. Elle menace la voie bilatérale et réduirait inutilement la flexibilité du marché du travail. Ces derniers mois il est question surtout, pour ne pas dire exclusivement, des effets négatifs de la libre circulation des personnes, tandis que ses avantages sont totalement occultés.» Et de citer les nouveaux immigrés comme d’importants contributeurs nets au 1er pilier, en plus de permettre de combler «sur le marché du travail suisse les lacunes qui l’empêchent de croître. Il manquera ainsi 32 000 spécialistes des technologies de l’information et de la communication à l’horizon 2017.»

Ne pas fermer les yeux

Pour Delphine Jaccard, pas question toutefois de fermer les yeux: «Nous ne sous-estimons nullement les conséquences sur le marché de l’immobilier ni les contraintes imposées aux infrastructures ou au corps social. En pratiquant une politique adéquate, ces effets peuvent être atténués de telle sorte que le bilan général demeure clairement positif. Beaucoup des problèmes actuels sont à mettre sur le compte de la politique migratoire déficiente des années 80 et 90. La réintroduction des contingents serait un très mauvais choix politique!»

Pour le Parti libéral-radical, l’UDC commet une «attaque frontale contre la prospérité et la stabilité de la Suisse», ajoutant que «la droite isolationniste renonce définitivement à une politique économique bourgeoise. Les Verts parlent d’une initiative qui ne fait qu’attiser la xénophobie», oubliant qu’il faut avant tout «limiter le gaspillage de ressources».

Romain Clivaz, Berne, pour 24 Heures

lundi 25 juillet 2011

Fiers d’être musulmans pour réconcilier les peuples

A Caux, de jeunes musulmans européens prennent confiance en leur identité pour ensuite promouvoir la paix.

jeunes musulmans caux

«Pourquoi les musulmans prient-ils cinq fois par jour? Dieu avait demandé à Mohammed d’en faire cinquante. Trop, au goût du peuple d’Israël. Moïse a donc enjoint Mohammed de négocier avec Dieu. Après avoir fait baisser deux fois ce chiffre, Mohammed n’a pas osé retourner vers Dieu une troisième fois. Vous voyez, à cette époque, les juifs et les musulmans vivaient en paix. Ce conflit n’a rien à voir avec le Coran: il est récent, à cause de la situation entre la Palestine et Israël.» Vendredi dernier, l’imam Ajmal Masroor a profité du jour de prière des musulmans pour délivrer son message, empreint de paix entre les peuples. Plus inhabituel: il ne prêchait pas dans une mosquée londonienne, mais dans la grande salle des Fêtes du Palace de Caux. En effet, l’édifice et la fondation qui en est propriétaire – Caux, Initiatives et changement – accueillent depuis mercredi dernier et jusqu’à dimanche 45 jeunes musulmans issus de 9 pays pour participer au programme «Devenir un artisan de paix». Dans la mosquée improvisée, des jeunes femmes non voilées ont rapidement enfilé de quoi couvrir leurs cheveux et leurs jeans.

Un média aussi important que la BBC a fait le déplacement sur les hauteurs de Montreux. C’est qu’Ajmal Masroor est connu en Angleterre: actif politiquement, il intervient également comme animateur dans plusieurs émissions de TV. «Et en mars, nous avons présenté ce programme devant six députés du parlement britannique et deux membres de la Chambre des lords. L’accueil a été enthousiaste», précise l’Anglais Peter Riddell, coorganisateur de l’événement.

En quoi consiste donc ce programme? Deux heures de formation le matin et des heures de discussion par groupes l’après-midi. Assez pour transformer ces jeunes, âgés de 16 à 30 ans, en «artisans de paix»? «Avant toute chose, il faut leur donner confiance en ce qu’ils sont, en leur héritage et leur identité à la fois musulmane et européenne, détaille Ajmal Masroor. Plutôt que de se sentir humiliés et de se taire, en repartant, ils sont plus désireux de s’engager dans différentes sortes d’activités pour créer une nouvelle société dans le respect des cultures de chacun. D’autre part, il est également très important de leur transmettre des connaissances historiques ainsi que le message de paix contenu dans le Coran.»

Cinq doigts différents mais une seule main

Toutes deux de formation universitaire, Sabina, 28 ans, de Londres, et Asma Soltani, Franco-Tunisienne de 24 ans habitant la banlieue parisienne, ont déjà participé aux cours à Caux en 2009. Cette année, elles interviennent comme médiatrices au sein des groupes de discussion. «Nous avons beaucoup appris ici, ne serait-ce que par l’échange d’expériences», explique Sabina. Les deux jeunes femmes ne se sentent absolument pas représentées par les musulmans «aux voix fortes et aux discours durs montrés dans les médias». Mais savoir qui l’on est, est-ce suffisant pour changer le monde? «C’est un outil, le premier pas. Nos cinq doigts sont différents, mais ils ont chacun leur utilité et forment une seule main! La notion de paix existe dans l’islam comme dans chaque religion. Nous devons nous concentrer sur nos valeurs communes, ainsi les différences seront amoindries.» «Ici, on ne nous donne pas de solutions pratiques, mais l’énergie et la motivation pour attaquer les problèmes, précise Asma. Nous pouvons délivrer un message de paix et informer. Par exemple en rappelant – via les réseaux sociaux notamment – que la France a fait une loi contre la burqa pour 200 personnes sur une population de plus de 62 millions d’habitants. Cela peut peut-être aider les gens à ne pas se sentir envahis.»

Stéphanie Arboit dans 24 Heures

ajmal masroor