mercredi 9 septembre 2009

17.350 étrangers expulsés depuis janvier

LIBERATION.FR - Société 03/09/2009 à 15h41

Le ministre de l'Immigration et de l'Intégration, qui dressait ce jeudi le bilan de ses huit mois à ce poste, a annoncé des chiffres «conformes aux objectifs» tout en insistant sur l'asile et l'intégration.

C.B

«Ce ministère est d'abord celui de l'asile», «la politique d'intégration sera ma priorité pour les quatre prochains mois», «intégration et maîtrise des flux migratoires sont les deux faces d'une même médaille»... Lors de sa conférence de presse de rentrée ce jeudi, Eric Besson, ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire, s'est employé à arrondir les angles, mettant davantage l'accent sur la «tradition d'accueil de la France» que sur le nombre de reconduites à la frontière opérée depuis janvier 2009.

Huit mois durant lesquels l'ex-socialiste, nommé le 15 janvier, a eu son lot de chausse-trappes et sujets explosifs: quotas, «délit de solidarité», immigration choisie, tests ADN, Calais, statistiques ethniques, bras de fer avec la Cimade sur l'accompagnement en centre de rétention...

104.827 titres de long séjour (plus de trois mois) ont été délivrés entre le 1er janvier et le 31 juillet 2009, a annoncé le ministre, soit «une progression de 0,7%, par rapport à la même période de 2008» et qui s'explique notamment selon lui par la nette progression des autorisations de séjour délivrées aux demandeurs d'asile (7049 depuis janvier, soit +22%): «La France reste le premier pays européen pour le taux d'acceptation des demandes d'asile, actuellement un demandeur sur trois obtient le statut», a ainsi souligné Besson.

Les «trafiquants des migrants» dans le collimateur

Les naturalisations (64.744) ont également augmenté de 12,6%, toujours sur la même période, plaçant aussi la France en tête des pays européens pour l'acquisition de la nationalité.

Le tour de vis se confirme en revanche sur le regroupement familial, avec 7,6% de titres de séjour délivrés en moins en 2009 par rapport à la même période en 2008. Le nombre de titres de séjour délivrés à titre professionnel baisse également de 1,8% (de 18.249 à 17.927), inflexion que le ministre attribue à la «dégradation du marché de l'emploi».

S'agissant de l'autre volet, celui des reconduites à la frontière, Besson a donné le chiffre de 17.350, dont 12.526 retours forcés et 4.824 retours volontaires. Commentaire du ministre: «C'est 10% de moins que sur la même période en 2008 mais conforme à l'objectif [de 27.000] fixé pour l'ensemble de 2009.». La pression est maintenue sur la lutte contre les filières d'immigration illégales. 3043 «trafiquants de migrants» ont été interpellés depuis janvier sur la période (+12,7%) avec un objectif total de 5000 pour l'ensemble de 2009.

Mineurs isolés

Interrogé sur la présence de mineurs en centre de rétention, sujet particulièrement sensible cet été, le ministre a répondu qu'«aucun mineur isolé n'a jamais été placé en rétention» mais que «lorsqu'il s'agit d'une famille, les parents qui font un passage en centre de rétention peuvent choisir de garder leurs enfants auprès d'eux». Quinze mineurs ont été dans ce cas depuis le 15 août, précise-t-il.

Enfin, le ministre s'est refusé à tout commentaire autre que «j'ai demandé un réexamen du dossier» sur la situation, médiatisée ces jours-ci, de ce petit garçon de 5 ans et demi qui devait rentrer jeudi en maternelle à l'école Jean Vilar de Saint-Denis et dont le père, sans-papier angolais, est menacé d'expulsion.

Marquage des roms sans-papiers

LIBERATION.FR - Société 08/09/2009 à 18h14

Besson dénonce les coups de tampon sur les Roms

Polémique après la méthode utilisée par une unité de gendarmerie dans l'Essonne, le 28 août dernier, pour contrôler des Roms en situation irrégulière.

FLORENT PECCHIO

Voilà des coups de tampon qui font couler beaucoup d'encre. La faute à un contrôle d'identité, effectué par une unité de gendarmerie, en Essonne, le 28 août dernier. Afin de faciliter le contrôle de la centaine de Roms présents ce jour-là dans un campement de fortune, sur les communes d'Ormoy et de Villabé, les gendarmes décident d'utiliser une méthode surprenante. A savoir, le marquage des personnes contrôlées à coups de tampons, pour être sûr de ne pas procéder deux fois au même contrôle. Si la méthode tient du bons sens pour la gendarmerie, il n'a pas été de même pour la communauté Rom, ni pour les associations proches des sans-papiers. Ni même pour Eric Besson, ministre de l'Immigration, qui a jugé ce mardi ce mode opératoire «particulièrement inopportun».

«Nous ne sommes pas du bétail»

Ce 28 août, apprenant la nouvelle, l'association «Solidarité avec les familles roumaines» n'en revient pas. «Immédiatement, le procédé nous a rappelé ceux de la dernière guerre», raconte Yves Bouyer, militant. Il soupire: «Ce n'est pas une façon de traiter des êtres humains». «Nous ne sommes pas du bétail», avait protesté un homme, contrôlé. L'opération consistait à porter à la connaissance du groupe de Bulgares et de Roumains, un arrêté préfectoral les obligeant à quitter le territoire dans le mois.

«Je n'ai jamais assité à des pratiques de ce genre», s'étonne, consterné, Yannick Danio, délégué national de l'union des syndicats de la police Unité-SGP FO. Pour lui, l'initiative du coup de tampon vient de l'interprétation à l'échelle locale d'une directive nationale. Et, en aucun cas, d'une méthode généralisée.

«Comme en boîte de nuit»

Du côté de la gendarmerie, la mesure ne choque pas outre mesure. «C'est comme en boîte de nuit», se défend un contact au sein de l'institution. «C'est une bonne façon de travailler, la méthode la plus simple et la plus rapide». Certainement pas «comparable» avec les numéros attribués aux juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale. Effectivement, il ne s'agit pas pas d'un marquage à vie, mais d'un tampon humide, lavable à l'eau.

Dans un contexte d'expulsions de sans-papiers, à travers lesquelles les associations qui les défendent comparent volontiers les arrestations à des «traques», Eric Besson a préféré s'offusquer, en publiant un communiqué, lundi. «Tout en approuvant l'objectif de l'opération, Eric Besson juge le procédé du tampon humide particulièrement inopportun concernant les opérations de contrôle visant des étrangers en situation irrégulière. Il s'est assuré auprès du Directeur général de la gendarmerie nationale que les consignes adéquates avaient été passées afin qu'il n'en soit plus fait usage dans ce cas». Dont acte. La capitaine Poupot, chargée de la communication à la gendarmerie nationale, assure que celle-ci va «s'exécuter», conformément aux voeux du ministre. Le tampon restera l'apanage des boîtes de nuit.

mardi 8 septembre 2009

Les lois Blocher manquent leur objectif

PAR DENIS MASMEJAN dans le Temps

Près de trois ans après l’entrée en vigueur, en 2007, de l’une des dispositions les plus controversées de la dernière révision de la loi sur l’asile, la fameuse lex Blocher, les effets qui en étaient attendus ne sont pas au rendez-vous. Eveline Widmer-Schlumpf envisage de remodeler complètement la procédure.
Moins de trois ans après l’entrée en vigueur, en 2007, de l’une des dispositions les plus controversées de la dernière révision de la loi sur l’asile, la fameuse lex Blocher, les effets qui en étaient attendus ne sont pas au rendez-vous.

La proportion des requérants d’asile incapables, sans raison valable, de fournir des documents d’identité en bonne et due forme dans les 48 heures n’a pas sérieusement baissé, reconnaît l’Office fédéral des migrations (ODM). C’était pourtant dans le but de lutter contre les abus constatés que la nouvelle loi avait élargi les possibilités pour l’autorité d’écarter sans examen sur le fond les demandes présentées par des requérants sans papiers. Nombre d’entre eux, avait plaidé avec succès Christoph Blocher, détruisaient volontairement leurs documents pour échapper au renvoi.

Consciente de l’inefficacité des nouvelles règles sur ce point, Eveline Widmer-Schlumpf envisage désormais un changement fondamental dans le dispositif massivement approuvé en votation populaire en septembre 2006. La ministre chargée de la politique d’asile l’a fait savoir la semaine dernière: elle a chargé une commission d’experts d’évaluer les effets juridiques et pratiques qu’entraînerait l’abandon de la procédure de non-entrée en matière. Il s’agirait de la remplacer par un examen du dossier sur le fond dans chaque cas, mais au terme d’un traitement accéléré.

Impact négligeable

Un tel changement aurait des répercussions importantes sur l’ensemble de la réglementation de l’asile et des étrangers. D’où l’option prise par Eveline Widmer-Schlumpf de nommer une commission d’experts pour cerner au mieux toutes les incidences possibles.

Jusqu’ici, l’impact des nouvelles dispositions semble avoir été négligeable. En 2006, soit avant l’entrée en vigueur de la lex Blocher, 24% des requérants avaient présenté des papiers valables. Ils étaient certes 32% l’année suivante, mais cette proportion devait retomber à 27% en 2008, 28% sur les six premiers mois de 2009, indique Marie Avet, porte-parole de l’ODM. Elle rappelle aussi que, dès le 1er janvier 2008, la différence entre la procédure ordinaire d’asile et les décisions de non-entrée en matière a perdu l’une de ses raisons d’être, puisqu’à compter de cette date, dans l’un et l’autre cas les requérants déboutés sont exclus du régime de l’aide sociale et ne peuvent solliciter qu’une aide dite d’urgence limitée au strict minimum vital.

Par ailleurs, l’ODM a pu constater que la procédure de non-entrée en matière engendrait un volume de travail équivalent à celui de la procédure normale. L’aiguillage des dossiers entre cette dernière et la voie de la non-entrée en matière soulève en outre de délicates questions juridiques que le Tribunal administratif fédéral avait été amené à trancher.

«Une bonne nouvelle»

«Pour nous, c’est une bonne nouvelle. Nous avions dit dès le départ que le système ne serait pas efficace, commente Susanne Bolz, porte-parole de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR). Mais il faut voir ce qui ressortira des travaux de la commission d’experts.»

L’OSAR demande que la procédure qui pourrait remplacer les décisions de non-entrée en matière soit équitable et que les requérants bénéficient d’une protection juridique dont les coûts soient assumés par l’Etat.

Régime peu cohérent

Le régime actuel est peu cohérent, souligne Susanne Bolz. Car même si l’autorité refuse d’entrer en matière, elle sera tenue d’examiner si un motif s’oppose au renvoi, ce qui revient à vérifier s’il existe un risque de persécution et donc à examiner le fond. Cette ambiguïté, remarque la porte-parole, pose un problème dans l’application des Accords de Dublin. Car si la Suisse, en vertu de ces accords, est compétente pour statuer, elle doit se prononcer sur la qualité de réfugié du requérant. Or si ce dernier ne présente pas de papiers, elle devra rendre une décision de non-entrée en matière, et il est difficile pour les autorités suisses d’expliquer alors à ses partenaires européens que la décision prise équivaut à un refus de l’asile.

samedi 5 septembre 2009

«Je n’ai plus d’espoir pour la Somalie»

Les regards sont sombres et les mains s’accrochent aux grillages de l’enceinte. A l’entrée du camp de Dadaab, les derniers réfugiés arrivés de SDes abris de fortune à Dadaab. Photo V. Dougnac omalie se massent en silence. Au péril de leur vie, ils ont voyagé de trois jours à trois semaines pour rejoindre le camp qui, depuis dix-huit ans, surgit telle une anomalie dans la brousse aride du Kenya, près de la frontière somalienne. Menacés par les combats et la sécheresse qui sévissent dans leur pays, ces réfugiés viennent rejoindre le flot des 289 000 Somaliens qui s’entassent dans le plus grand camp de réfugiés du monde. Ce matin, les arrivants sont si nombreux que seuls 300 enregistrements seront traités par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

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Des politiciens danois prêts à cacher des réfugiés irakiens chez eux

Plusieurs responsables de partis danois d'opposition se sont dit prêts samedi à aider des Irakiens menacés d'expulsion à échapper aux autorités, au moment où le renvoi en Irak de 22 demandeurs d'asile cette semaine suscite une vaste polémique au Danemark.

Au moins trois officiels de partis de la gauche danoise ont déclaré au quotidien Politiken être disposés à braver la loi et les consignes de leurs propres partis en ouvrant la porte à des Irakiens que les autorités danoises veulent renvoyer dans leur pays.

"Il faut écouter son humanité"

"De temps en temps il faut écouter son humanité", a ainsi déclaré Kristen Touborg, un responsable du Parti socialiste du peuple (gauche, opposition), au quotidien. "Je leur ouvrirai ma porte", a-t-il assuré. Orla Arv, un porte-parole pour les questions économiques du parti social-démocrate, le principal parti d'opposition, affirme qu'il ferait de même. "Les Allemands avaient offert une récompense pour mon oncle durant la Seconde Guerre mondiale. Et aujourd'hui je suis fier qu'on l'ait aidé à se cacher, et j'espère que j'agirai de façon aussi altruiste, si un Irakien était dans la même situation", dit-il à Politiken.

Des citoyens danois ont aussi fait preuve de solidarité

Le quotidien danois de référence cite aussi cinq Danois "ordinaires", anonymes ou non, qui ont aidé des réfugiés irakiens, comme un médecin qui a soigné une femme enceinte en dehors des heures d'ouverture ou une assistante sociale qui a hébergé des immigrés chez elle.
L'expulsion par vol charter mercredi de 22 Irakiens, dont certains avaient cherché le mois dernier l'asile dans une église de Copenhague, a suscité de nombreuses protestations au Danemark, ainsi que des rassemblements de soutien.
Le gouvernement danois de centre-droit mène depuis son arrivée au pouvoir une politique d'immigration restrictive, sous la pression du Parti du peuple danois (extrême-droite), dont les voix sont nécessaires à la majorité parlementaire.

RTL info

Une adaption des lois sur l'asile qui réjouit les ONG et la gauche


A l'avenir, les personnes qui se trouvent illégalement en Suisse ne devraient plus être renvoyées sans qu'une décision formelle n'ait été prise. Cette mesure, qui fait partie des développements de l'acquis Schengen et que Berne s'est engagée à reprendre, réjouit les ONG. Les partis, eux, sont divisés.

Deux points réjouissent l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR): la réduction de la durée maximale de détention de 24 à 18 mois et le fait que les principaux concernés devront être informés de leurs droits et des procédures. La Fédération des Eglises protestantes salue de son côté la présence d'observateurs indépendants lors des renvois.

Au sein des partis, la mesure divise. Si le PLR salue le développement des accords de Schengen, il n'est pas convaincu par le projet de modification de loi du Conseil fédéral. A ses yeux, l'introduction d'une procédure de renvoi formelle n'est que de la bureaucratie inutile. Quant à la réduction de la durée maximale de détention, il s'y oppose.

L'UDC ne veut même pas entendre parler de la reprise des développements de Schengen. "La constante adaptation de l'acquis Schengen mène à saper insidieusement notre droit national", a-t-elle déclaré.

Les Verts s'expriment en faveur du projet, particulièrement pour les améliorations des droits des personnes concernées. Globalement, le PS salue les mesures proposées telle que l'accélération du traitement des demandes d'asile. Il est toutefois d'avis qu'une modification de la loi n'est pas nécessaire.

Au PDC, on est plutôt pour mais sans grand enthousiasme. Le parti estime que la reprise de la directive sur le retour fait partie intégrante de l'accord Schengen.

(ats / 04 septembre 2009 14:02)

vendredi 4 septembre 2009

Les demandeurs d'asile enfin dans des locaux décents


Cela reste rudimentaire, mais il y a des fenêtres et des lits. Après avoir suscité la polémique en raison de sa vétusté, la structure accueillant les requérants à l'aéroport de Genève a été entièrement reconstruite.

S.P. - le 03 septembre 2009, 21h17
Le Matin Bleu


Depuis le mois de mai, une cuisine, deux dortoirs, une chambre pour les familles et une salle de séjour peuvent accueillir 33 personnes.

Les conditions de «vie» des demandeurs d'asile dans la zone de transit de Cointrin avaient suscité de vives critiques: pas d'accès à l'air libre, locaux borgnes... Les associations d'aide aux réfugiés étaient montées au créneau. Même si l'on est loin de l'hôtel quatre étoiles, la salle de séjour ainsi que les chambres ont des fenêtres. Qui ne s'ouvrent pas. Les requérants ont également un accès permanent à une terrasse grillagée.

«Les conditions matérielles sont meilleures, commente Michel Ottet, qui s'occupe des procédures d'asile à l'aéroport pour l'association Elisa. En revanche, l'espace de liberté a été restreint. En ce moment, les requérants se comptent sur les doigts d'une main. Mais je ne suis pas sûr que ce soit vivable pour trente personnes en même temps.» Un cas de figure peu probable depuis l'entrée en vigueur des Accords de Schengen, qui ont fait diminuer fortement le nombre de requérants arrivant par les airs.

Demandes d'asile à l'aéroport: la vie en zone de transit

OLIVIER CHAVAZ

GenèveREPORTAGE - Entre galerie marchande de luxe et terrasse grillagée, des requérants d'asile peuvent attendre jusqu'à deux mois que la Suisse statue sur leur sort. Visite des locaux.
«Il est interdit de s'entretenir avec les requérants d'asile afin de respecter leur sphère privée.» Hier matin, l'Office fédéral des migrations (ODM) a organisé une visite de presse du nouveau centre d'hébergement de l'aéroport de Genève, aménagé dans la partie «hors Schengen» du site. Une visite très encadrée, consistant à présenter les locaux – flambant neuf – et l'organisation des lieux – tip-top. Les principaux intéressés, eux, étaient tenus à l'écart, malgré l'intérêt que cette présence massive de journalistes semblait susciter chez certains.

Lumière «naturelle»

Avec l'entrée de la Suisse dans l'espace Schengen, la zone de transit de l'aéroport – celle où les contrôles d'identité ont subsisté – est devenue une véritable forteresse étanche. «Même pour nous, c'est un peu plus lourd administrativement, car les accès sont strictement contrôlés», indique Rolf Götschmann, chef de la procédure asile aéroports à l'ODM. C'est là où se trouve le centre d'hébergement où sont logés les quatre requérants d'asile actuellement en attente d'une décision (lire ci-dessous).


Luxueuses promenades

A leur disposition, deux dortoirs (dix places pour les femmes, vingt pour les hommes) et une chambre destinée aux familles ou aux mineurs non accompagnés. Contrairement aux locaux provisoires utilisés jusqu'en mars dernier, les chambres disposent de lumière naturelle... légèrement entravée par un grillage. Mais pas d'air frais. «Les fenêtres ne s'ouvrent pas... Question de sécurité: on est quand même dans un aéroport!», précise le sergent-major Jean-Pierre Chaudet, de la police de sécurité internationale.
Au bout d'un couloir se trouvent les sanitaires, une cuisine, ainsi qu'une salle de séjour spartiate bien qu'équipée d'un téléviseur et d'un baby-foot. Une petite bibliothèque contient des livres, des jeux de société et quelques jouets. Un bureau de l'ODM et un autre dévolu aux collaborateurs d'ORS Service SA, l'entreprise mandatée pour l'encadrement des requérants, complètent le tableau. Au sous-sol, l'association d'aide juridique Elisa possède désormais elle aussi un espace de travail. Ses animateurs guident les réfugiés durant la procédure et les aident à communiquer avec l'extérieur.


Surveillance policière

Pour humer l'air humide de cette fin d'été, il faut monter sur le toit du bâtiment. Une terrasse d'une trentaine de mètres carrés avec vue (presque) imprenable sur le tarmac est à disposition. Il y des tables et des chaises. Seuls les parasols n'ont pas été livrés à temps. «Ce lieu n'est pas très utilisé», précise Pierre-Alain Lunardi, directeur de l'assistance à ORS Service SA. Peut-être parce que le grillage intégral qui recouvre la terrasse rappelle des mauvais souvenirs carcéraux à certains, qui sait? En guise d'échappatoire, il leur reste toujours la galerie marchande du terminal, ses bars et ses boutiques de luxe, où les réfugiés peuvent déambuler comme bon leur semble. Mais avec 21 francs par semaine d'argent de poche versés par la Confédération, difficile toutefois de dépasser le stade du lèche-vitrines.
«Leur journée est rythmée par les repas», entame Alexandra van Lanschot, employée d'ORS Service SA. Cette jeune femme licenciée en ethnologie assure l'intendance de 8 h à 17 h. La nourriture est préparée par une firme qui livre les plateaux aux compagnies aériennes. «La viande est toujours halal et des plats végétariens sont disponibles», précise-t-elle. Elle tente d'apporter un peu de chaleur humaine aux requérants d'asile: «Nous discutons, faisons des jeux de société, je donne des cours de français à ceux qui le désirent. Depuis quelque temps, j'organise parfois la préparation de spécialités culinaires du pays d'origine de l'un des pensionnaires.»
Durant la journée, les réfugiés peuvent encore rencontrer les membres d'Agora, l'aumônerie genevoise oecuménique auprès des requérants d'asile. Ou, sur demande, le personnel infirmier de Cointrin, relais médical direct pour les personnes souffrantes. La nuit, en revanche, seuls les hommes du service asile et rapatriement de la police de sécurité internationale accèdent aux locaux lors de rondes de surveillance. C'est probablement dans ces moments que la réalité de l'enfermement est la plus vive. I



article

Baisse des arrivées par avion

OLIVIER CHAVAZ

Depuis le 1er janvier 2008, les réfugiés arrivés en Suisse par voie aérienne peuvent être retenus jusqu'à soixante jours aux aéroports de Genève et Zurich. «En règle générale, leur séjour ici ne dépasse pas trente jours», affirme Rolf Götschmann, de l'Office fédéral des migrations (ODM). Les requérants sont auditionnés deux fois par les fonctionnaires avant de recevoir la première décision, au bout de deux semaines en moyenne. Ils disposent ensuite de cinq jours pour recourir contre une décision négative ou une non-entrée en matière (NEM). Puis, la justice administrative fédérale statue dans les mêmes délais.
Selon les statistiques de janvier à juillet 2009, 64 demandes ont été déposées à Cointrin (208 de janvier à décembre dernier). Le Sri Lanka, le Nigeria et la Côte-d'Ivoire sont les pays les plus représentés. Selon les projections de l'ODM, les demandes déposées aux deux aéroports devraient constituer entre 2 et 3% de l'ensemble des requêtes en Suisse en 2009 (contre 4% en 2008).
Sur les 64 demandes de cette année, la moitié environ a débouché sur une admission, qui n'est bien souvent que provisoire. Les personnes concernées sont alors transférées vers le centre d'enregistrement et de procédure de Vallorbe, l'un des trois que compte le pays. Les recalés, eux, sont pris en charge par le canton de Genève en vue d'un rapatriement si les documents de retour sont délivrés par leur pays d'origine. Parmi eux, certains passeront par le centre de détention administrative de Frambois.
OCZ

Immigration : Silvio Berlusconi s'en prend à la Commission européenne


LE MONDE | 03.09.09 | 15h21 • Mis à jour le 03.09.09 | 15h21
Bruxelles Correspondant

e torchon brûle à nouveau entre le gouvernement italien et les autorités européennes. Et, une fois encore, la politique d'immigration en est la cause. Mardi 1er septembre, le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, s'en est pris très vivement à la Commission européenne, lui reprochant de s'immiscer dans une affaire nationale et de faire le jeu de son opposition. M. Berlusconi a menacé de bloquer le Conseil européen, voire de demander la démission des commissaires qui ne contrôleraient pas leur porte-parole.

La communication d'un porte-parole anglais de la Commission, lundi, est à l'origine de l'incident. Denis Abbott avait évoqué une lettre adressée par Bruxelles à Rome au sujet du refoulement de clandestins. Dimanche, un bateau provenant de Libye et transportant 75 clandestins avait été renvoyé par la police italienne.

Il s'agit d'"une simple demande d'éclaircissements, d'informations", a affirmé la Commission européenne. M. Abbott soulignait que tout être humain avait le droit d'introduire une demande en vue de se faire reconnaître comme réfugié ou de bénéficier d'une protection internationale. Cette position avait déjà été exprimée, le 15 juillet, par Jacques Barrot. Le commissaire à l'immigration avait alors indiqué qu'un Etat ne pouvait refouler un demandeur d'asile sans examiner son cas au préalable.

M. Berlusconi estime, lui, que seuls le président de la Commission et son propre porte-parole devraient désormais être autorisés à s'exprimer publiquement. Selon certaines sources, le premier ministre aurait aussi conditionné son soutien futur à la réélection du président de la Commission, José Manuel Barroso, à une réforme de la politique de communication de l'exécutif bruxellois. Il compte évoquer le sujet lors du prochain sommet des chefs d'Etat et de gouvernement, fin octobre à Bruxelles.

"L'Europe est sourde"

L'énervement de M. Berlusconi a été d'autant plus grand que la Commission a déjà critiqué d'autres de ses initiatives, dont le fichage des Roms ou la création d'un délit d'immigration clandestine. En juillet, l'exécutif européen avait aussi indiqué qu'il souhaitait examiner la "compatibilité" de certaines lois italiennes avec le droit communautaire.

En réponse, plusieurs membres du gouvernement Berlusconi ont dénoncé "l'impuissance" des autorités européennes face à l'immigration clandestine et le fait que les Etats riverains de la Méditerranée ne bénéficieraient pas d'un soutien suffisant. "L'Europe nous a laissés seuls (...), elle est restée absente et sourde (...), elle est coupable parce qu'elle a laissé exploser le problème", a déclaré, mercredi, le ministre des affaires européennes, Andrea Ronchi, à Il Corriere della Serra. "L'immigration est un problème européen. L'UE fait beaucoup de déclarations (...) mais elle n'a toujours pas dit ce qui doit se passer quand un groupe de migrants atteint ses frontières", a estimé le ministre des affaires étrangères, Franco Frattini, à l'issue d'une récente discussion avec la présidence suédoise de l'Union.

La Commission européenne a affirmé, mercredi, que les tensions avec l'Italie étaient en voie d'apaisement. M. Barrot a refusé "les commentaires sans objet" et rejeté toute accusation d'immobilisme. Il a cependant admis une partie des critiques italiennes en évoquant "la frilosité" des Etats membres face au nécessaire partage du "fardeau " que constitue, pour les Européens, l'accueil des réfugiés.

La polémique a relancé le débat sur la nécessité de nouvelles mesures communautaires. La Commission entend mieux aider l'Italie, Malte, la Grèce, Chypre et l'Espagne. Elle veut formuler dans quelques semaines des propositions en vue d'harmoniser les procédures d'asile entre les Vingt-Sept, afin de n'accueillir que "ceux qui ont vraiment besoin d'une protection internationale ", selon la formule de M. Barrot. La présidence suédoise de l'Union promet des "critères de distribution des flux d'immigration parmi les Vingt-Sept". Cette répartition interne s'appuiera sur un projet pilote mené à Malte mais qui n'a abouti, pour l'instant, qu'à l'accueil par la France de 90 immigrants.

Enfin, Bruxelles a proposé, mercredi, un programme commun volontaire pour l'accueil de réfugiés particulièrement "fragiles", notamment des personnes qui vivent provisoirement dans des camps au Tchad, en Jordanie ou au Kenya, par exemple.


Jean-Pierre Stroobants

Une arrivée massive

Demandes d'asile En 2008, l'UE en a enregistré 240 000. Sur les 194 000 dossiers traités en première instance, 73 % ont été rejetés. Selon l'ONU, 67 000 personnes ont traversé la Méditerranée en 2008 pour demander l'asile.

Clandestins L'Italie a enregistré l'arrivée de 37 000 clandestins (+ 75 % en un an) en 2008. Selon la Commission européenne, 4 000 candidats à l'asile ont péri en mer depuis 2003.

Solidarité financière Pour aider les pays riverains de la Méditerranée, l'UE a développé plusieurs mécanismes. Un Fonds pour les frontières extérieures allouera 158,8 millions d'euros en 2009 (17,7 à l'Italie). Le Fonds européen pour le retour s'élève à 61,8 millions (6 pour l'Italie). Un Fonds pour les réfugiés alloue 88,9 millions (+ 9,8 millions en vue de mesures d'urgence), dont l'Italie a perçu 14,3 millions en 2008-2009. Un Fonds pour l'intégration doit allouer 822 millions entre 2008 et 2013.




Début de l'opération de régularisation des "badante"

Selon le ministère de l'intérieur italien, l'opération de régularisation des employés de maison ("badante"), en large majorité étrangers, a commencé "en douceur", mardi 1erseptembre, jour de l'ouverture du guichet électronique sur le site du ministère : 5 289 demandes ont été transmises alors que cette mesure, prise pour amortir les effets de la création du "délit d'immigration clandestine", pourrait concerner près de 500 000 personnes. Les premières demandes concernent principalement des personnes moldaves, ukrainiennes et marocaines. Pour prétendre à une régularisation de leur badante, les employeurs doivent avoir un revenu minimal annuel de 20 000 euros, présenter un certificat médical justifiant le besoin d'un emploi domestique et verser 500 euros. Les employés ne doivent pas avoir eu affaire avec la justice. La procédure prend fin le 30 septembre.

Sur le même sujet



Requérants d’asile mieux lotis à l’aéroport de Genève


(Keystone)

(Keystone)

La procédure dans les aéroports peut désormais s’étendre sur soixante jours au lieu de vingt. Les locaux ont dû être adaptés

Elle est là, recroquevillée sur son lit, un peu effrayée de voir une dizaine de journalistes, des micros et des appareils photo, tout d’un coup arriver dans son dortoir. Ava* est Nigériane. C’est la seule femme demandant l’asile retenue aujour d’hui à l’aéroport international de Genève. Jeudi, l’Office fédéral des migrations (ODM) a organisé, pour les médias, une visite du centre d’hébergement pour requérants de Cointrin. Pas pour aller à la rencontre de migrants, comme Ava, désireux de refaire leur vie en Suisse, mais pour montrer les nouvelles infrastructures mises en place depuis mai 2009.

Les anciens locaux faisaient plutôt triste mine. Ils étaient petits; les dortoirs se trouvaient dans des abris PC, sans lumière du jour. Le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) ainsi que d’autres ONG ont régulièrement haussé le ton pour dénoncer ces conditions d’hébergement, qu’ils assimilaient à celles d’une détention, l’accès au plein air étant restreint. «Nous essayons dans la mesure du possible de les faire sortir un peu tous les cinq jours environ. Mais plus serait difficile: nous ne sommes pas nombreux et nous avons aussi d’autres tâches à remplir», nous confiait à l’époque un sergent-major de la Police de la sécurité internationale (PSI) de l’aéroport.

Dortoir pour les mineurs

Depuis le 1er janvier 2008, une nouvelle disposition de la loi sur l’asile autorise une rétention des requérants d’asile arrivant par avion jusqu’à 60 jours au lieu des 20 en vigueur précédemment. Cela, pour permettre une procédure d’asile complète dans les aéroports de Genève et de Zurich et soulager les centres d’enregistrement. Il fallait donc impérativement des locaux plus adaptés.

C’est désormais chose faite. Les dortoirs séparés – 20 lits pour les hommes, 10 pour les femmes et une chambre pour mineurs ou couples – sont plus spacieux. Ils ont surtout des fenêtres. La salle de bains est moderne, la cuisine, avec ses deux machines à laver, aussi. Et, grande première, le nouveau bâtiment dispose d’une terrasse, avec vue sur le tarmac. Grillagée bien sûr de toutes parts, pour éviter des disparitions. Les fenêtres des dortoirs sont d’ailleurs condamnées. «Par rapport à ce qu’ils ont vécu, certains migrants qui arrivent ici ont l’impression d’être à l’hôtel quatre étoiles», assure un agent de la PSI. A Genève, 33 requérants peuvent être logés en même temps; la capacité maximale à Zurich-Kloten est de 66. Ces dernier s temps, ils n’étaient en moyenne qu’une petite dizaine à s’y trouver ensemble...lire la suite