mercredi 11 février 2009

Le mort de Diemtigtal


Simone Schmid Diemtigen *

Un ressortissant africain est mort de froid dans la neige face à une cabane d’alpage. Entré illégalement en Suisse, il avait été enregistré par la police genevoise en novembre 2007, puis avait disparu


Dimanche 1er février, dans une vallée reculée des Alpes bernoises. Quatre randonneurs à skis font une pause devant une cabane d’alpage, à 1600 mètres d’altitude. La cahute est baptisée «Ramseli». En été, l’étable accueille le veau d’une paysanne, Mme Schmied. Mais maintenant, la porte et les fenêtres sont solidement barricadées, les escaliers couverts de neige. Seule la recherche d’indices montrera plus tard que quelqu’un a essayé de forcer les volets. Que quelqu’un a voulu se mettre au chaud. L’homme n’a pas réussi à entrer par effraction. Et maintenant il gît, mort, devant la cabane. Son corps recouvert d’une mince couche de neige. Les skieurs de passage avertissent la police.

Lire la suite dans Le Temps

Ou l'article original de la NZZ

Des communes font du bénéfice sur le dos des requérants d'asile

   OLIVIER CHAVAZ    

SuisseSOLEURE - IGA-SOS Racisme dénonce des contrats de travail très spéciaux passés entre les autorités communales et des employeurs privés. 
Faire travailler des requérants d'asile dans le secteur privé, leur verser 40 francs par jour au maximum et empocher la différence. Choquant mais légal. A Soleure, les communes – compétentes en matière d'asile – sont encouragées à agir ainsi par une directive cantonale. «C'est de l'exploitation aux relents colonialistes», s'étrangle Françoise Kopf, permanente de l'association IGA-SOS Racisme. Cette infatigable défenseuse des requérants et des recalés de l'asile dénonce notamment cette pratique depuis plusieurs années. Elle a récemment relaté dans les colonnes de Vivre Ensemble1 les déboires de trois personnes. Edictée dans les années 1990, époque où les requérants étaient frappés d'une interdiction générale de travail à Soleure, la directive baptisée «landwirtschaftliche Kurzeinsätze» visait à autoriser l'embauche pour des travaux de courte durée (4 mois) dans l'agriculture. Elle a été ressortie des tiroirs au début de la décennie «pour légitimer des formes de travail qui n'ont plus rien à voir avec des occupations champêtres», explique Françoise Kopf, preuves à l'appui. Tout en permettant aux communes de réaliser de juteux bénéfices. 


Vingt francs la demi-journée

Sur demande d'une entreprise, les autorités fournissent un «candidat» et signent elles-mêmes le contrat de travail. Rémunération: 20 francs la demi-journée. Astuce: l'employeur verse en réalité le salaire usuel de la branche directement à la commune, qui établit une fiche de salaire «corrigée» et empoche au passage la différence. La somme peut dépasser les 3000 francs pour un plein-temps... Sur le papier, ces emplois ne sont attribués qu'à des volontaires. La réalité est toutefois différente. 
L'histoire de ces deux pères de familles, soutenus dans leurs démarches par IGA-SOS Racisme, en atteste. En octobre 2007, le service social de la grande commune soleuroise dont ils dépendent leur enjoint d'accepter un poste dans une entreprise de recyclage. A l'évocation de leur salaire horaire – 5 francs –, ils refusent, révoltés par ce qu'ils considèrent comme de «l'esclavage». «Ils ont alors été mis à la porte par des policiers et privés d'aide sociale sans même une décision écrite», raconte Françoise Kopf. La commune a finalement dû faire machine arrière: si ce type de contrat est légal, couper les vivres du jour au lendemain à une famille ne l'est pas encore. 


Procédés pour dissuader

En août 2008, un requérant célibataire pousse la porte de l'association. Sa commune l'avait envoyé trimer dans une boucherie industrielle. Payé 500 francs (y compris pour des heures supplémentaires), il a réussi à mettre la main sur la véritable fiche de salaire, celle qui est établie par l'entreprise. Verdict: la rétribution de son travail s'élevait à 3750 francs. L'homme n'a malheureusement pas eu le temps de faire valoir ses droits: débouté, il reçoit aujourd'hui l'aide d'urgence, soit, à Soleure, neuf francs par jours et un lit en foyer. 
«Certains travaillent sous ce régime pendant des années, sans aucun espoir d'amélioration», se désole Françoise Kopf. A ses yeux, le canton de Soleure fait figure de «laboratoire» dans le domaine de l'asile, tant en matière d'économies réalisées sur le dos des requérants et autres recalés qu'à l'aune des restrictions et tracasseries administratives. Des procédés appelés à se généraliser au nom de la fameuse dissuasion. 
Auteure en 2004 d'un mémoire de licence en science politique précisément intitulé «Le marché de l'asile helvétique: une politique de dissuasion rentable?», la permanente d'IGA-SOS a par exemple calculé que Soleure avait réalisé, entre 1995 et 2000, un gain de quelque 18 millions de francs sur les sommes allouées par la Confédération. I 
Note : 1 Décembre 2008, no 120. Il s'agit du bulletin de liaison des associations romandes actives dans la défense du droit d'asile.

mardi 10 février 2009

La famille Boldyreva: «Notre départ est imminent»


Lilia Boldyreva et ses cinq enfants rescapés du Monte Lema (TI) tentent de récolter 60'000 francs avant de rentrer en Ukraine.

Victor Fingal - le 10 février 2009, 00h13
Le Matin

Le compte à rebours a commencé. La famille ukrainienne qui s'était égarée sur le Monte Lema (TI) en janvier 2008 et avait failli mourir de froid en franchissant la frontière italo-suisse est sur le point de regagner sa patrie d'origine. Le Tribunal administratif fédéral (TAF) avait en effet confirmé en novembre dernier une décision de l'Office fédéral des migrations (ODM), qui avait rejeté la demande d'asile, l'Ukraine étant considérée par la Suisse comme un pays sûr. La famille ukrainienne, qui vit encore à Martigny, va obtempérer. Mais avant elle tente de réunir en urgence quelque 60'000 francs pour pouvoir s'acheter une maison sur place.

«En Ukraine, les locations d'appartement ne sont pas développées comme en Suisse. Nous sommes obligés d'acquérir un logement si nous voulons avoir un toit», précise Oksana Boldyreva, 22 ans, qui s'exprime dans un français des plus corrects au nom de la famille. Une quête placée sous le signe de l'urgence. «Ce n'est plus qu'une question de jours, nous nous attendons à devoir partir dans le courant de février.»

C'est Lilia, la maman de 43 ans, qui a entraîné les siens dans un périple insensé. Une mère tantôt admirée pour sa foi et sa volonté, tantôt décriée pour les risques qu'elle a fait prendre à sa famille. Une mère Courage, qui a engagé sa progéniture dans un périple de huit ans à travers l'Europe pour échapper, dit-elle, à un mari violent et à des représentants de l'autorité en place qu'elle ne veut plus nommer à cause des répercussions possibles lors de son prochain retour.

Délire ou réalité? Difficile de faire le tri. Oksana, par contre, est plus précise: «Nous appartenons à une minorité russophone vivant en Ukraine près de la frontière russe. Nous sommes baptistes dans une région à majorité orthodoxe. Quand nous étions enfants, nous subissions des vexations et même des attaques physiques violentes, comme des coups de pied dans la figure, de la part d'autres élèves.»

Permis humanitaire refusé
Le désespoir de cette famille qui était restée bloquée par un demi-mètre de neige, passant deux nuits de janvier à la belle étoile, avait ému le pays. Un élan de solidarité, surtout au Tessin, où les oeuvres d'entraide catholiques avaient récolté plus de 700 signatures, avait obligé le Conseil d'Etat à se mobiliser. Le Tessin demandait à Berne l'octroi d'un permis humanitaire et se disait prêt à accueillir la famille en perdition. Peine perdue.

«La famille Boldyreva est coupable d'avoir joué cartes sur table», relève Philippe Rothenbühler, le pasteur de l'Eglise évangélique de Martigny qui a pris les Ukrainiens sous son aile. Et l'homme d'Eglise d'ajouter: «Je connais des candidats à l'asile qui ont obtenu des permis sous de faux noms après avoir été expulsés une première fois du pays.» Le sort des enfants présents lui tient particulièrement à coeur.

D'autant plus que celui de deux filles de Lilia est incertain. Elles avaient quitté le bateau alors que la famille séjournait dans un camp pour réfugiés en Hongrie. Svetlana, 18 ans, aurait été adoptée par une famille hongroise. Ludmilla, 20 ans, vivrait en clandestinité en Autriche. Restent, outre Oksana, les quatre autres enfants qui ont suivi leur mère: Alex, 16 ans, Denis, 15 ans, Maxim, 11 ans, et Alona, 10 ans. Tous parlent déjà le français après une année en Suisse. Alona suit une école primaire à Martigny. «C'est elle qui parle le mieux le Français», explique fièrement la maman. Les autres ont été placés dans des classes pour étrangers. Oksana, la plus âgée, parle sept langues, glanées au cours de son périple et des différentes écoles qu'elle a dû fréquenter. «J'aurais aimé devenir traductrice», confie la jeune femme. Mais le sort en a décidé autrement. Avec sa mère, elle va ouvrir un petit magasin de légumes à Donyeck, près de la frontière russe, pour subvenir aux besoins de la famille.

25'000 francs déjà récoltés
Les oeuvres d'entraide ont permis de récolter 25'000 francs. Six mille francs ont été payés en avance pour la maison d'une valeur de 60'000 francs que les Ukrainiens désirent acquérir à Donyeck. Les deux adultes, la mère et Oksana, recevront ensemble 6000 francs d'aide au retour et une allocation de 4000 francs par cas (pour toute la famille) leur a aussi été attribuée.

Une fois en Ukraine et s'ils réalisent leur projet d'ouvrir un petit magasin de légumes, la fondation suisse de Service social international leur versera encore 5000 francs. La famille ukrainienne tente actuellement de récolter les 30'000 francs manquant par le biais de donations faites à l'Eglise évangélique de réveil à Martigny.

www.eermartigny.ch

 

Huit années d'errance
Le périple de la famille ukrainienne démarre le 13 juin 2000 quand Lilia et ses sept enfants passent la frontière pour tenter de se réfugier en Slovaquie. Mais ils n'y resteront que cinq jours avant d'opter pour la Hongrie, jugée plus accueillante. Au pays des Magyars, les Ukrainiens vont séjourner plus de sept ans avant de se voir refuser définitivement un permis humanitaire.

Dès lors, Lilia est persuadée que le salut des siens passe par la Suisse. Mais deux des filles refusent de suivre leur mère. Les cinq autres enfants acceptent le pari de leur maman, et la famille quitte la Hongrie le 9 janvier 2008. Elle passe par l'Autriche et l'Italie. Une organisation d'aide aux SDF va les prendre en charge une nuit à Milan. Par deux fois, ils tenteront d'obtenir un visa par le biais du consulat. Sans succès. Malgré un sit-in de protestation organisé devant la représentation suisse le 12 janvier.

Lilia décide alors de tenter le tout pour le tout, sans tenues d'hiver adéquates et juste munie d'un talkie-walkie, elle veut traverser la frontière italo-suisse. La famille en perdition - l'un des fils souffrant de graves gelures - sera secourue le 20 janvier par un hélicoptère de la Rega. Avant d'être placés à Martigny, les Ukrainiens ont passé par les centres de Chiasso et du Bouveret.

Les Nyonnais n'ont pas peur d'accueillir des requérants

Hier, les citoyens ont plus critiqué les difficiles conditions de vie des requérants qu’exprimé des craintes face à leur arrivée. Un article de Madeleine Schürch dans 24 Heures.

Le conseiller d’Etat Philippe Leuba est venu hier soir expliquer les raisons de l’ouverture, en urgence, d'une structure d'hébergement pour requérants d'asile dans un abri PCi de Nyon. La majorité des citoyens présents se sent concernée par un accueil de qualité.Photo Alain Rouèche, Nyon, le 9 février 2009 «C’est bizarre, y a rien eu de négatif!» commentait un citoyen en sortant hier soir de la séance d’information organisée par ville et canton sur l’arrivée prochaine de requérants d’asile à Nyon. Ou presque. L’assemblée venue écouter les autorités locales et le conseiller d’Etat Philippe Leuba, une centaine de personnes, était en effet composée de conseillers communaux, de bénévoles déjà rodés au processus d’accueil des migrants et de quelques citoyens lambda.

Un devoir d’humanité

Personne n’a remis en cause la donnée de base: Nyon se doit, par solidarité avec les autres régions du canton, d’ouvrir enfin une structure pour accueillir des requérants. En revanche, plusieurs voix se sont élevées pour regretter le choix d’un abri PCi. Une centaine d’hommes seuls, dont les trois-quarts ont entre 15 et 35 ans, y seront entassés pour dormir, une structure de jour animée par des bénévoles étant ouverte ailleurs, à l’Esp’Asse. Ces Somaliens, Erythréens, Nigériens, Tamouls et Irakiens vivront en moyenne trois mois, au maximum six, dans ces locaux borgnes. «C’est long pour des gens en détresse, avec qui les pays jouent au ping-pong», s’indignait l’écrivaine Corinne Desarzens.

Les requérants séjournant à Nyon seront en effet des «cas Dublin», qui ont déjà déposé une demande d’asile dans un pays tiers et devront y être retournés. A cet assistant social formé à l’accueil des primo arrivants, qui s’inquiétait de la violence que peuvent comporter les renvois forcés, Philippe Leuba, qui se targue d’appliquer une politique de l’asile ferme mais humaine, n’a pas caché qu’il pourrait y avoir des cas où il faudra user sur place des mesures de contraintes.

D’autres se sont inquiétés du peu d’argent que touchent les requérants (190 francs par mois) alors qu’ils devront se rendre à Yverdon pour faire leur commande d’assistance financière mensuelle. «On ne pourrait pas leur offrir un abonnement des transports publics, leur ouvrir des salles de gym pour faire du sport?» lançait un citoyen. Pierre Imhof, directeur de l’Etablissement vaudois pour l’accueil des migrants (EVAM), a rappelé que son institution, qui prend en charge l’entier des coûts liés à l’asile dans le canton de Vaud, pratiquait des forfaits dans la moyenne suisse.

La sécurité en question

Seul Francis Cattin, président de l’UDC locale, a relayé les craintes qui sourdent d’habitude parmi la population. A savoir que fera la police en cas de dérapages et qui payera les dégâts? Municipale de la Police, Elisabeth Ruey-Ray a expliqué qu’aucun dispositif spécial n’était prévu, qu’on verrait au jour le jour. Pour éviter les tensions liées au désœuvrement des requérants, il faudra justement soigner l’accueil.

Troublante enquête sur le racisme au Vatican

Serge Bilé a cosigné un ouvrage qui met en lumière les traitements discriminatoires, parfois violents, dont sont victimes les religieux de couleur. Un article de Philippe Dumartheray dans 24 Heures.

Serge Bilé, auteur et réalisateur. Photo LDDPassage à tabac de prêtres noirs, dont un ami de Benoît XVI, religieuses amenées à se prostituer, rebuffades à l’égard des cardinaux africains de la curie. Voilà quelques cas étayés par des témoignages et mis au jour par Serge Bilé, qui a enquêté à Rome avant de revenir avec un livre choc*.

Auteur d’une demi-douzaine de livres et de plusieurs films dont un tourné en Valais et consacré à un saint noir, saint Maurice, Serge Bilé se garde bien d’accuser les derniers papes. «C’est au niveau de la curie que les choses posent problème. Mais les papes sont-ils au courant? On vient d’en avoir un petit aperçu avec les propos négationnistes de Mgr Williamson.»

Pour Serge Bilé, ce qui se passe au Vatican n’est pas étonnant. «Les Italiens y sont largement majoritaires. Et leur mentalité est contaminée par ce qui se passe en Italie, notamment avec une politique très dure à l’égard des immigrés.»

Religieuses exploitées

Serge Bilé vient également de réaliser un film sur les zones d’ombre du Vatican. Témoignages à l’appui, il a découvert qu’une demi-douzaine de religieuses noires avait contracté le virus du sida après avoir été amenées à se prostituer. «Elles sont exploitées, elles n’ont pas forcément la vocation, elles finissent par être déstabilisées. Lorsqu’elles contractent le sida, on les renvoie chez elles pour éviter un scandale à Rome.»

Pour Serge Bilé, le racisme au Vatican n’est pas récent. En 1956 déjà, un groupe de prêtres africains avait signé un ouvrage intitulé Des prêtres noirs s’interrogent pour dénoncer les discriminations. Quelques années auparavant, en 1944, Pie XII avait utilisé son influence pour qu’il n’y ait pas de soldats noirs lors de l’occupation de Rome lors de la Seconde Guerre mondiale. Un Pie XII ambigu qui avait aussi sévi contre les auteurs de déclarations racistes.

Pourquoi ce racisme au sein de l’Eglise? Serge Bilé relève que l’héritage est lourd. «Dans la Genèse, il est écrit que Cham a vu son père, Noé, nu. Cham a été maudit. Les exégèses ont donné une autre version. Cham avait voulu humilier son père, soit en couchant avec sa mère, soit en violant son père. Il aurait été condamné à avoir les cheveux crépus. Et des théologiens ont alors affirmé que les Noirs sont nés blancs avant de devenir noirs à cause de la couleur de leur péché.»

Serge Bilé relève aussi que Nostradamus avait annoncé que l’avènement d’un pape noir serait le prélude à l’Apocalypse!

PHILIPPE DUMARTHERAY

* Serge Bilé, Audifac Ignace, Et si Dieu n’aimait pas les Noirs? 120 pages, Pascal Galodé éditeurs

Lire cet article d'Afrik.com et celui paru sur grioo.com

samedi 7 février 2009

«Le Juif d’aujourd’hui, c’est le Kosovar ou le Cap-Verdien»

REPORTAGE | Le livre de Jacques Chessex, «Un Juif pour l'exemple», crée le malaise dans la population. Au-delà du crime nazi, c'est toute l'identité d'une région qui se trouve questionnée. Enterrer cette sombre histoire ou en parler encore pour ne pas oublier? A Payerne, le sujet attise les sensibilités.

PASCALE BURNIER | 06.02.2009 | 00:01

Ses pieds de porc, sa langue et ses tripes garnissent les menus des bistrots du coin. Une fierté viscérale à Payerne. Mais derrière le fumet de la cochonnaille, les ruelles historiques de la ville exhalent le malaise.

En 1942, Arthur Bloch, juif et Bernois, n'aura pas eu le temps de conclure son marchandage. Assassiné puis découpé en morceaux, le marchand de bétail deviendra un symbole de l'intrusion nazie au cœur des campagnes helvétiques. Des bons types, des voisins, des perdus, au dire de certains. Au final, cinq Payernois, Fernand Ischi, Max et Robert Marmier, Fritz Joss et Georges Ballotte, acquis aux dérives du Grand Reich, qui menaient à bien leur mission sanglante.

«Arrêter cette histoire»

Non, Payerne n'a pas oublié. Trente-cinq ans après ce crime sordide, un documentaire le lui rappelait. Aujourd'hui, Jacques Chessex, l'enfant du pays, ne lui permet pas l'oubli en signant son roman, Un Juif pour l'exemple. Le meurtre a apporté son lot de douleurs dans ce grand village. Le livre de Chessex, lui, ravive les rancœurs dans cette petite ville. «Il faut arrêter avec cette histoire. Si on n'en parle pas, on oublie mieux!» murmure Edmond Ischi, affaibli par ses 80 ans. Neveu d'un des assassins, cet ancien garagiste aborde le sujet même si le poids d'une telle filiation semble avoir usé l'homme. Pour accepter l'inacceptable, il évoque le contexte de la guerre. «Beaucoup de gens avaient des affinités avec les nazis ici, vous savez. Hospitalisé, je me souviens qu'on me chantait des airs de propagande. Moi j'étais jeune, alors que voulez-vous que Chessex puisse en juger? Lui, il ressort cette histoire pour l'argent.»

Les copains endoctrinés

Oublier, c'est aussi l'envie d'une légende de la cité, l'ancien facteur, Titi Descombes, alias Jean-Claude. Dans un quartier de Payerne en mutation, sa coquette maison ancre encore ce témoin de 80 ans au cœur du récit. «Vous voyez, là au fond du jardin, c'était la ferme des Marmier. Un peu plus loin, il y avait les Ischi. Et juste à droite, il y avait les Bloch, l'oncle d'Arthur.» Pour Titi, il y a le crime incompréhensible, celui de ses copains endoctrinés. Ceux-là même qu'il ira tous trouver à leur sortie de prison. Et puis, il y a le livre de Chessex. Ce livre qui salit les Payernois, ce roman pas toujours exact, à ses dires. «Moi je pense aux enfants des meurtriers, imaginez le boulet qu'ils ont traîné. Maintenant, il faut arrêter. Plus on brasse, plus ça sent mauvais», lance-t-il.

Et le devoir de mémoire? Un hommage revêtant la forme d'une place au nom d'Arthur Bloch, tué car il était juif, a proposé Jacques Chessex. Même pour les générations suivantes, l'évidence n'est pas de mise. «On ne doit pas oublier mais, pour moi, le devoir de mémoire a été fait, explique Gérald Etter, municipal et vétérinaire. La vérité historique n'a jamais été cachée. Mais quant à poser une plaque commémorative, je ne sais pas. La Municipalité en discute encore.»

Une simple plaque qui dérange le petit bourg encore hanté par cette histoire. «Les gens ne veulent plus être associés à ce crime. Et le problème de ce livre est justement là. Les Payernois s'inquiètent de ce qu'on pense d'eux. Et pourquoi ce meurtre mériterait-il plus une plaque qu'un autre? Le livre suffit», précise le libraire dont les ventes de Chessex ont déjà dépassé les records de "Harry Potter".

Chessex aurait-il donc piqué trop profondément la belle cité historique? A l'Office du tourisme on ne se plaint pas de la publicité faite à la ville. «On sait bien que les Payernois ne sont pas des tueurs de juifs. Mais vu la réaction aussi forte que cela a suscité, je pense qu'un travail de mémoire est nécessaire», indique Adrien Genier, directeur. 

Un Juif pour l'exemple, Jacques Chessex, Editions Grasset, 103 p.


«Le Juif d'aujourd'hui, c'est le Kosovar ou le Cap-Verdien»

Un livre qui ravive la mémoire mais pas seulement. Dans une petite ville de 8000 habitants, où la population d'étrangers atteint les 30%, les dérives xénophobes de 1942 résonnent insidieusement. Dans un pub proche de la gare, deux jeunes assis à une table font vite le rapprochement. «A Payerne, il y a toujours l'esprit nazi qui rôde», balance rapidement Miguel, 22 ans, agent de sécurité. Un lourd regard vers son copain. Hésitant, Michael se confesse: «Je regrette tellement ce que j'ai fait. J'étais jeune et je n'y comprenais rien. Quand j'arrivais dans les fêtes de jeunesse, je faisais le salut hitlérien. Je trouvais que ce qui s'était passé durant la Seconde Guerre mondiale était normal. Maintenant, j'ai compris. D'ailleurs, une plaque en l'honneur de Bloch serait très bien.» L'histoire d'un juif assassiné dans leur ville, ils l'ont appris récemment par les médias. Un crime horrible selon les deux amis. Et pourtant. «Maintenant, les embrouilles on les a avec les Albanais et les Kosovars. Ils veulent montrer qu'ils sont les meilleurs alors moi je ne les porte pas dans mon cœur», explique Michael, l'ancien skinhead. Fils d'un immigré espagnol, Miguel, lui, dit rencontrer souvent des problèmes avec les étrangers. «Il pourrait se passer aujourd'hui à Payerne la même chose qu'il s'est passé en 1942. S'il faut en arriver là pour qu'ils comprennent…»

Un témoignage fruit du hasard? Des propos qui viennent appuyer en tout cas le travail de Jean-Luc Chaubert, enseignant à Payerne et coordinateur du mouvement de soutien aux requérants. «Le livre de Chessex est justement une œuvre utile et nécessaire. Il permet de tirer les leçons du passé pour éviter les erreurs de demain.» Une poignée d'individus, certes. Suffisante pour des dérives fatales? «Oui, je suis soucieux de l'entente entre communautés. Le Juif d'aujourd'hui, c'est le Kosovar ou le Cap-Verdien. Jusqu'à maintenant rien de grave n'est arrivé mais il ne faut pas laisser un terreau favorable s'installer. Nous travaillons donc avec les autorités sur une commission Suisses-Etrangers.»

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vendredi 6 février 2009

La Croix-Rouge s'alarme de l'accueil des demandeurs d'asile en Belgique


La Croix-Rouge de Belgique tire la sonnette d'alarme en raison de la saturation des centres d'accueil pour demandeurs d'asile.



"Chaque jour, des dizaines de demandeurs d'asile se voient refuser un accès aux structures d'accueil collectives et individuelles, par manque de place. Les plus 'chanceux' d'entre eux se retrouvent hébergés dans un abri d'urgence, souvent inadapté, où le chauffage fait défaut", dénonce l'organisation humanitaire. Mandatée par l'Etat fédéral pour participer à l'accueil des demandeurs d'asile, la Croix-Rouge de Belgique estime aujourd'hui devoir faire face à une situation impossible. "Nos centres d'accueil sont surchargés, nous n'avons plus les moyens d'assurer notre mission première d'aide aux plus vulnérables et ce constat nous est douloureux", indique la Croix-Rouge.

jeudi 5 février 2009

Racisme: la conférence de Genève minée en son coeur

Le siège vide d'Israël, en 2001 déjà.

Le siège vide d'Israël, en 2001 déjà. (Keystone)

Prévue le 20 avril prochain à Genève, le suivi de la Conférence sur le racisme de Durban se heurte à de nombreux blocages. La moitié des pays européens menacent de se retirer si les pays islamiques imposent le concept de diffamation de religions.

Genève va-t-elle connaître les mêmes dérapages que la ville sud-africaine de Durban en 2001? Cette année là, des ONG chauffées à blanc avaient hurlé des slogans racistes et antisémites, en marge du Sommet de l'ONU sur le racisme. Des bouffées de haine qui avaient poussé les Etats-Unis et Israël à quitter la table des négociations.

Dans moins de trois mois, du 20 au 24 avril, doit se tenir à Genève la conférence de suivi du sommet de Durban. Une rencontre précédée par une série de réunions préparatoires comme celle qui s'est tenue mi-janvier, sous la présidence du diplomate russe Yuri Boychenko.

Points de désaccords

L'objectif est de se mettre d'accord sur le projet de déclaration qui doit être adopté lors de la conférence de suivi en avril. Réduit de 130 à 38 pages lors des précédentes réunions préparatoires, le document comporte encore de nombreux points de désaccords, dont le nouveau concept de diffamation des religions et la question du Moyen Orient.

Raison pour laquelle le Canada et Israël ont déjà annoncé qu'ils boycotteraient le sommet de Genève. Les États-Unis et l'Australie ne se sont pas encore prononcés, mais ils ne participent pas officiellement aux débats, bien que deux diplomates américains suivent assidument les travaux préparatoires.

La moitié des pays européens menacent, eux, de quitter les négociations si les pays islamiques persistent à vouloir imposer le concept de diffamation des religions ou à focaliser une partie importante du document final sur le Proche-Orient avec une vision «déséquilibrée qui condamne exclusivement Israël».

Diffamation des religions contre liberté d'expression

Quant à la diffamation des religions, les points de discorde restent nombreux. Pour de nombreux pays musulmans, l'islamophobie est en train de prendre le relais de l'antisémitisme. Mais, sous couvert d'anonymat, un diplomate européen avertit: «La diffamation des religions doit être effacée du document, c'est une ligne rouge à ne pas franchir, car cette notion n'est pas compatible avec un discours sur les droits de l'homme».

Pour l'Union européenne (UE), la liberté d'expression doit en effet sortir renforcée de la réunion de Genève, car «elle est un instrument pour lutter contre le racisme».

En septembre dernier, les pays occidentaux avaient d'ailleurs obtenu, lors d'une séance du Conseil des droits de l'homme, que soit refusée la création d'une nouvelle norme sur la diffamation des religions, cela au nom de la liberté d'expression.

Mais la bataille n'est pas encore gagnée. Pour preuve, Doudou Diène - l'ancien rapporteur spécial de l'ONU sur le racisme - affirmait l'année dernière qu'«il faudrait aussi s'attaquer aux nouvelles formes de discriminations, dont l'islamophobie, qui en est une manifestation particulièrement grave, comme la montée de l'antisémitisme ou la christianophobie», à l'occasion de la conférence de suivi.

Conflit plus politique que racial

Concernant le Proche-Orient, l'UE est très réservée sur le fait de se «focaliser sur une région du monde», relevant que le conflit est plus d'ordre politique que racial.

Pour Muriel Berset, diplomate suisse en charge des droits de l'homme, la déclaration de Durban n'aurait pas dû mentionner cette région particulière. Mais à présent que ce point y figure, il s'agit de voir comment le formuler. Et de rappeler que le but de la conférence de Genève est d'examiner la mise en œuvre de la déclaration finale et du plan d'action adoptés le 9 septembre 2001, non d'en modifier les paramètres.

«Il ne faut pas réduire les débats à ces deux seuls points, prévient aussi Muriel Berset. Il y a d'autres problèmes essentiels, comme l'esclavage, la question des réparations, les discriminations multiples – malades ou porteurs du sida, femmes, handicapés.»

Autre point de litige: la question de la liberté sexuelle. Doit-elle figurer dans le texte? Les pays occidentaux et latino-américains y sont favorables, mais les Etats musulmans s'y opposent: «Pour vous, être homosexuel est un droit, pour nous c'est un délit», a résumé un diplomate musulman en s'adressant à un collègue occidental lors de la réunion préparatoire de janvier.

Manifestations anti-israéliennes à Genève?

La question des migrants, très souvent victimes de discrimination raciale, constitue un autre sujet de désaccord. L'UE est très réticente à condamner la «criminalisation» de l'immigration illégale, alors que l'enjeu est capital pour l'Amérique latine et les Caraïbes. Pour être en harmonie avec les dispositions de plus en plus restrictives sur la présence d'étrangers sur son territoire, l'UE voudrait réduire la totalité de ces paragraphes à une formulation générale de quelques lignes non contraignantes.

Et ça n'est pas tout. L'UE ne veut pas entendre parler de réparations financières pour son passé colonial ou esclavagiste, ni du profilage jugé raciste induit par la lutte contre le terrorisme. Pour l'UE, les victimes de racisme doivent toutes être traitées sur un pied d'égalité: «Aucune hiérarchisation des victimes n'est acceptable pour nous», indique un diplomate européen, en faisant allusion à la volonté d'introduire une référence à l'islamophobie dans le document final.

Reste à savoir si Genève sera le théâtre de manifestations anti-israéliennes, comme à Durban. Pour Muriel Berset, une place importante doit être accordée à la société civile. «A Genève, les ONG sont associées au processus, contrairement à Durban où elles ont tenu leur propre conférence en marge du sommet officiel», relève la diplomate helvétique.

«La Suisse travaille avec Genève pour accueillir au mieux les ONG, en leur facilitant les visas, l'hébergement et la nourriture à des prix accessibles. Il y aura aussi un important dispositif de sécurité, car nous ne voulons pas assister à des débordements racistes ou antisémites tels qu'on a pu le voir à Durban», conclut Muriel Berset

Polémique en ville de Lugano sur l'hébergement des réfugiés

LE Temps

Tessin jeudi 5 février 2009

Asile: Lugano fait plier le canton

Par Barbara Knopf

Le maire de Lugano a obtenu le départ d’un groupe de requérants érythréens hébergés au centre-ville. Polémique

«Si les requérants logés à l’hôtel garni San Carlo sur la Via Nassa ne quittent pas les lieux dans les 24 heures, nous les ferons partir nous-mêmes!» C’était l’ultimatum, lancé à la fin de la semaine dernière, par le maire de Lugano, Giorgio Giudici (PRD), au gouvernement tessinois, plus précisément à la conseillère d’Etat socialiste Patrizia Pesenti, responsable des Affaires sociales.

Le Tsar, ou le Roi comme on surnomme Giorgio Giudici, n’a pas eu besoin de passer aux actes. Samedi matin, les sept réfugiés concernés, six femmes et un homme venus d’Erythrée, refaisaient leurs valises pour se rendre dans une pension de Bellinzone. Du coup, le calme habituel revenait à la Via Nassa, la «Bahnhofstrasse» de Lugano, où s’alignent boutiques de luxe et bijouteries et où les prostituées russes de luxe font leurs emplettes.

Le torchon brûle

Sur la scène politique, en revanche, le tempête ne faisait que commencer. La Lega et l’UDC rivalisent de critiques contre la politique d’asile du canton, tandis que le Parti socialiste stigmatise l’égoïsme de la Ville de Lugano. Depuis, les déclarations de guerre ont fait place aux tractations, dont l’issue est encore incertaine. La municipalité réclame le droit de donner son avis sur les lieux d’hébergement des requérants et refuse tout placement au centre-ville. Les autorités cantonales estiment qu’elles sont seules compétentes pour décider et font valoir l’état d’urgence qui prévaut au Tessin également. Le bras de fer qui a opposé le canton du Tessin au «demi-canton de Lugano» – selon l’expression chère à Giuliano Bignasca, le chef de la Lega – a au moins eu le mérite de percer l’abcès et de pousser les parties à la table des négociations.

Le problème du manque de places d’accueil pour les requérants est certes récent, mais le torchon brûle depuis longtemps en matière d’asile entre Ville et canton. Le ballet des trafiquants de drogue dans le quartier résidentiel de Besso, sur les hauts de Lugano, à l’entrée nord de la ville, a attisé le feu. La population est exaspérée. L’association «Besso pulita» (Besso propre), qui a soufflé sa première bougie ces derniers jours, en a profité pour réclamer un nouveau tour de vis. Les vendeurs sont pour la plupart des Africains, les acheteurs souvent des riches Italiens du Nord, dont les voitures de luxe ne passent pas inaperçues dans le quartier.

«Des méthodes fascistes»

Or justement, le canton loge à Besso plusieurs requérants dans des appartements et un petit hôtel. Les trafiquants de drogue viennent d’autres communes ou d’autres cantons, affirme le gouvernement. Faux, rétorque la Lega, les dernières razzias de police ont montré que certains habitaient Lugano. Plus circonspecte, la municipalité explique que les vendeurs de drogue sont hébergés par les demandeurs d’asile logés dans le quartier.

Quoi qu’il en soit, les sept Erythréens de la Via Nassa n’ont rien à voir avec le trafic de drogue du quartier Besso. Ils n’ont pas donné non plus lieu à des réclamations. Le gérant a loué au contraire leur comportement discret. Si discret qu’ils sont passés inaperçus pendant deux mois, ironise le Parti socialiste, en dénonçant le «diktat grotesque et les méthodes fascistes» du maire de Lugano.

Giorgio Giudici, réputé pour «tonner» plus que parler, semble avoir voulu donner un grand coup sur la table pour rassurer la population et démontrer son omnipotence. En attendant, le canton planche sur l’aménagement d’abris de la protection civile pour accueillir les requérants que la Confédération lui assigne. Gare à lui si leur emplacement ne plaît pas au Roi de Lugano.

mercredi 4 février 2009

Sortir de l'ombre: une voie souvent sans issue pour les sans-papiers

   MICHAËL RODRIGUEZ    

VaudRÉGULARISATIONS - En 7 ans, moins de 2% des sans-papiers vaudois ont obtenu un permis. La grande sévérité de Berne n'y est pas pour rien. 
Les sans-papiers sont dans l'impasse. En sept ans, à peine plus de deux cents d'entre eux ont, dans le canton de Vaud, obtenu un permis de séjour pour raisons humanitaires. Un résultat dérisoire, pour une population estimée de 12 000 à 15 000 personnes. Rares sont les sans-papiers qui prennent le risque de sortir de la clandestinité pour déposer une demande de régularisation. Et pour cause: l'administration fédérale ne délivre des permis qu'au compte-gouttes. 

Un écart troublant

Entre 2002 et 2008, l'Office fédéral des migrations a refusé plus de six demandes sur dix. Ce chiffre a de quoi étonner, si on le compare aux régularisations humanitaires de requérants d'asile déboutés. Depuis l'entrée en vigueur de la nouvelle loi sur l'asile, en 2007, l'administration fédérale a rendu une réponse positive dans plus de huit cas sur dix. La gravité de la situation personnelle des migrants serait-elle donc évaluée différemment selon leur statut? 
Interrogé sur les causes de cet écart, l'Office fédéral des migrations en rejette la responsabilité sur les autorités vaudoises. Dans l'examen des cas de rigueur, les cantons jouent en effet un rôle de filtre, en décidant de transmettre ou non les demandes de régularisation à Berne. Si le taux de refus fédéral est important, c'est donc que le Service vaudois de la population (SPOP) laisse passer trop de dossiers qui ne répondent pas aux critères. Punkt schluss! 
Cette affirmation laisse perplexe. D'une main, le Service de la population serait donc consciencieux dans l'examen des demandes de requérants déboutés, alors que de l'autre, il ferait preuve de laxisme avec les sans-papiers? «Nous envoyons des dossiers solides, qui ont des chances de succès au regard de la pratique et de la jurisprudence fédérales», rétorque le chef du SPOP, Henri Rothen. Son service, souvent accusé à l'inverse d'excès de zèle répressif par les défenseurs des migrants, écarte d'ailleurs un grand nombre de demandes: plus d'un quart des dossiers présentés ces sept dernières années n'ont pas été transmis à Berne. 


Inégalité de traitement

Les sans-papiers semblent donc bel et bien se heurter à une sévérité particulière de l'administration fédérale. C'est ce que montre notamment l'application d'un des critères de régularisation humanitaire: la durée du séjour en Suisse. Pour les requérants d'asile déboutés, le seuil est fixé à cinq ans. Avec les sans-papiers, le canton constate que l'administration fédérale met plutôt la barre à neuf ans pour les célibataires, et sept ans environ pour les familles. Une pratique qui poserait un problème d'inégalité de traitement. 
«Le sans-papiers ont, en plus, de la peine à apporter la preuve de leur séjour: ils n'ont pas de fiche de paie, pas de bail à loyer», explique Jean-Michel Dolivo, député et membre du Collectif vaudois de soutien aux sans-papiers. La situation actuelle montre selon lui que les régularisations individuelles «ne peuvent pas être la réponse au problème global». 
Sauf que les autorités fédérales ne veulent pas entendre parler de régularisations collectives. C'est en vain que le Conseil d'Etat genevois a demandé, en 2005, des permis pour 5600 sans-papiers de l'économie domestique. «Comme il n'y a aucune reconnaissance du statut de sans-papier, cela permet une exploitation particulièrement féroce de la main-d'oeuvre en question», critique Jean-Michel Dolivo. 


Peu de renvois forcés

A l'entendre, la démarche genevoise a eu cependant des effets positifs: «Les autorités policières ont un oeil plus bienveillant.» Le canton de Vaud refuse quant à lui de se risquer sur la voie d'une demande collective. Le Grand Conseil s'est en revanche prononcé récemment pour une accélération des régularisations individuelles (notre édition du 14 janvier). 
Pour l'heure, le dossier demeure bloqué. Face à des milliers de sans-papiers, les autorités reconnaissent bon gré mal gré que les renvois forcés sont inopérants. En 2008, le Service vaudois de la population fait état d'une dizaine d'expulsions de sans-papiers. «L'usage de la force est relativement rare, confirme Henri Rothen. Il faut voir que nous sommes souvent en présence de familles.»